La prophétie de DOHRMAN WINGMAKERS

Wingmakers: The Dohrman Prophecy – Chapitre XXXIV

The Dohrman Prophecy de James Mahu

Traduction intégrale du livre web

dohrman prophecy

Chapitre 34 – Temples des Balbutiements

C’était un glorieux matin ensoleillé tandis que Hugelitod parcourait tout le domaine du monastère avec une cisaille et des gants épais.

C’était le lendemain de son rituel de repentance, et il était dehors, au milieu des jardins, très répandus mais méticuleusement entretenus, qui bordaient la frontière orientale du monastère.

Le goût de la liberté était un médicament enivrant qui coulait dans ses veines, lui apportant un sentiment irrésistible de joie.

Chaque arbre et fleur étaient en relief sur les murs gris fatigués de son ancienne cellule de prison. Même la tâche indicible, sa tâche de l’expiation avec Bartholem, restait cloisonnée dans un recoin profond et non révélé de son esprit, et ne pouvait pas ternir son ardeur pour la liberté retrouvée.

Comme Hugelitod marchait vers un bâtiment obscur abritant les outils de jardinage et d’entretien des pelouses pour le monastère, il prit une profonde inspiration d’air vivifiant, âcre avec le parfum d’aiguilles de pin et le parfum plus subtil de jasmin. Le secteur était caché de la pelouse impeccable, niché derrière un bosquet de pins rouges qui s’élevaient telles des sentinelles fléchant vers le ciel. Hugelitod marcha autour de l’édifice à la recherche d’une entrée. Il était beaucoup plus grand que ce qu’il imaginait. Les histoires d’une serre secrète doivent être vraies, pensait-il. Sur l’arrière il trouva une porte en bois avec un étrange heurtoir – un serpent enlacé dans un cercle comme s’il mangeait sa propre queue.

Il porta la main et tira le cercle de bronze, le laissant tomber sur la plaque métallique. Le son était clair et faisait écho parmi les troncs d’arbres à proximité. Le grincement d’une porte le salua et un vieux moine, légèrement courbé à la taille, apparut soudainement hors de l’ombre. « Bonjour Hugelitod, je vous attendais. »

La voix lui était immédiatement familière, mais le moine ne l’était pas. « Bonjour … Je suis arrivé aussi vite que mes jambes me portent. »

« Ah, c’est un jour trop beau pour courir çà et là », dit le vieux moine, faisant signe à Hugelitod d’entrer.

Tous les outils de jardinage imaginables entouraient la pièce, et les odeurs dans la pièce rappelaient à Hugelitod l’alchimie particulière de l’herbe et de l’acier froid.

« J’ai cru comprendre que vous avez grandi dans une ferme », dit le moine, en abaissant son capuchon pour révéler un visage qui avait été clairement brûlé par le feu, et bien que guéri, son visage et cou ont gardé leur plastique pommelée, l’aspect fragile d’une peau après une sévère brûlure. Même le dessus de sa tête, en grande partie chauve avec des tâches impaires de cheveux comme un archipel d’îles, confirmait le sort de la chair brûlée, mais sous les premières impressions de son visage défiguré, des yeux doux, tels ceux d’une tortue de mer, se cachaient.

« Oui, en effet », répondit Hugelitod, en essayant de ne pas fixer trop allègrement.

« Alors, je suppose que bon nombre de ces outils vous sont familiers. »

Hugelitod jeta un regard circulaire sur l’organisation minutieuse de la pièce. Les outils étaient tous propres et rangés soigneusement contre les deux longs murs. Des tondeuses étaient stockées sur les parois opposées, toutes en ligne précise, leurs lames en acier brillant dans la lumière disponible.

« Mon nom est Doriah, je prends soin de ce bâtiment … Je vis ici même. »

Hugelitod hocha la tête et tendit la main, veillant à ne pas serrer trop fort. « Je suis heureux de vous rencontrer. » Hugelitod sourit et regarda autour de lui. « C’est plus grand que je ne pensais », ajouta-t- il, « et d’autre part j’ignorais que quelqu’un vivait ici. »

« Oui, je suis le gardien de ce lieu depuis … eh bien, je pense une vingtaine d’années maintenant. »

« Votre assistant a dit que vous vouliez me montrer quelque chose ? », dit Hugelitod.

Doriah sourit et ensuite indiqua à Hugelitod une autre porte de sa main. « Nous pouvons entrer ici et parler. »
Derrière la porte se trouvait un coin cuisine simple avec une petite table et trois chaises. Une minuscule fenêtre carrée près du plafond diffusait la seule lumière pour cet espace.

Doriah s’assit avec un soupir et désigna une chaise pour Hugelitod. Il y avait deux tasses de thé avec de la vapeur s’élevant d’eux. « J’ai fait du thé, alors s’il vous plaît, servez-vous. »

« Merci », dit Hugelitod en s’inclinant.

« Me reconnaissez-vous ? », demanda Doriah.

Hugelitod cacha son étonnement face à la question en prenant une gorgée de thé. « Non, je ne vous reconnais pas, mais votre voix semble familière. »

Doriah sourit. « Je suis le Lecteur de Vérité. Nous nous sommes rencontrés hier, quoique sous des conditions nettement différentes. »

Hugelitod haleta légèrement, réalisant en un instant qu’il ne se trouvait en aucun cas dans une situation ordinaire. Soudain, l’innocence de la journée changea à ce qu’il avait imaginé serait la planification sombre et sordide du meurtre de Bartholem. « Je … Je ne savais pas que vous viviez ici? Pourquoi m’avez-vous appelé ? »

« Comme mon assistant vous l’a dit, je veux vous montrer quelque chose. »

Doriah se mit debout avec une perte d’équilibre subtile. « Suivez-moi », dit-il, en mettant en place sa capuche. « Vous pouvez apporter votre thé si vous voulez. Il peut faire un peu froid où nous allons. »

L’escalier était raide à descendre, et Hugelitod fut surpris par son apparition soudaine. Quelques instants plus tôt, derrière une porte dans la cuisine, ils étaient entrés dans un couloir mal éclairé car sans fenêtre. Lorsque Doriah arriva à une alcôve, il ajusta quelque chose et un panneau dans le couloir s’ouvrit, révélant un escalier. Il alluma une bougie, et les deux hommes descendirent une volée de marches anciennes en pierre qui étaient lisses d’usure et, à certains endroits, les marches étaient si usées qu’elles étaient concaves.

« Je vous expliquerai tout cela dans un instant », dit Doriah, jetant un regard en arrière. « Faites attention aux marches… elles sont plus longues que la normale, et un peu glissantes par endroits. »

Hugelitod était heureux de n’avoir pas amené sa tasse de thé, car elle seule aurait compliqué sa navigation. Comme il descendait l’escalier, il remarqua que les murs, aussi, étaient faits de pierre, taillés selon une maçonnerie sophistiquée. Sur les murs il y avait inscrit des glyphes étranges qu’il n’avait jamais vus lors de ses études.
« Qui a fait cela ? », chuchota Hugelitod avec émerveillement.

« J’en arriverai à cela dans un instant », répondit Doriah. « Incroyable n’est-ce pas ? »

Hugelitod réussit à hocher la tête, mais les mots lui manquaient. Il se sentait comme s’il était entré dans un autre temps, ou avait été transporté sur une autre planète.

Il passa sa main sur les inscriptions. Elles étaient minutieusement sculptées en relief avec des détails superbes que seul un artiste prodigue peut exprimer dans la pierre, le type destiné à l’esprit d’un Dieu. Les murs étaient couverts de cette langue mystérieuse du sol au plafond, encodé en lignes ondulées, ne demandant qu’à être déchiffrés, comme l’éclat d’un nouvel amour.

Hugelitod remarqua à peine que l’escalier finissait alors qu’il marchait sans voix dans une salle caverneuse. Ses murs, hauts de six mètres, étaient comme ceux de l’escalier, remplis de glyphes élaborés par une civilisation perdue. Des cristaux saillaient des murs de la grande salle, positionnés selon un motif se rapprochant d’un cercle.

« D’où … d’où cela vient-il ? », demanda Hugelitod, chuchotant toujours d’émerveillement.

Doriah sourit comme un homme qui avait vu Dieu, et était maintenant capable de conduire d’autres vers leur maison céleste, en observant leur première rencontre avec la divinité. « Ne vous avez-vous jamais demandé pourquoi l’Église a construit son centre opérationnel ici ? »

Hugelitod, examinant encore la salle avec une expression impressionnée sur son visage, secoua la tête. « Je supposais que c’était pour sa beauté ? »

« Cette terre a une histoire riche et mythologique. Une reine-prêtresse la légua à son fils, mais le fils n’était pas destiné à être le roi, car il avait trois frères plus âgés. Ce prince, sous l’impulsion de sa mère, s’est fermement fixé sur la religion plutôt que la dignité du roi. Comme il étudiait les différentes religions de notre monde, il découvrit quelques écrits obscurs sur la vie et les enseignements de notre Messie. Ces écrits l’ont convaincu que notre Messie était digne d’une religion et de l’ensemble des accoutrements. Et ainsi, une religion était née, et un Grand Prêtre – sans lien avec la royauté – vit le jour. »

« Vous parlez de Primorian ? », demanda Hugelitod.

« En effet », acquiesça Doriah. « Primorian fut le premier chef de notre Église, nommé par le jeune prince pour créer une religion à partir des écrits en lambeaux qui furent conservés par les partisans dévoués de notre messie. »

« Le jeune prince, Constapo, donna cette forêt à Primorian, et lui dit qu’il pourrait bâtir son Église sur ces terres. Il n’avait qu’une seule exigence qui était que Primorian lui accorderait l’autorité suprême sur les Livres Saints de l’Église. »

« Monsieur, j’ai étudié l’histoire de l’Église », dit Hugelitod, « et je n’ai jamais rencontré ce prince, ou tout autre nom comme le sien. Êtes-vous sûr de ces faits ? »

« Le bon prince fut tué par son père quand il, le roi Dohrman le troisième du nom, découvrit que des terres avaient été données dans le but de créer une religion qui faisait concurrence avec les Maisons Royales. Vous voyez, la famille royale était à la fois roi et prêtre à cette époque, et ils se prenaient littéralement pour des dieux. Leur religion était le culte soutenu par l’État, culte vénéré par l’élaboration minutieuse de mythes et légendes qui faisaient l’éloge de leurs programmes d’expansion, comme si l’esprit de l’univers privilégiait leurs Dieux. »

« Quand le plan de Constapo fut découvert, il fut exécuté et son existence fut effacée. Mais avant que le roi ait découvert son plan, Primorian découvrit ce temple alors que lui et ses partisans arpentaient les terres, et peu de temps après cette découverte l’Oracle fut trouvé. »

« Notre religion commença dans le secret. Seul Constapo connaissait les plans, et il donna à Primorian le pouvoir de construire son Église et préparer le matériel, y compris nos Livres Saints, qui étaient fondés sur les enseignements de notre messie. Les enseignements de l’Oracle vinrent plus tard, et ces enseignements, bien que similaires à certains égards à notre messie, étaient beaucoup plus détaillés et expressifs des autres mondes ou des dimensions de l’existence. »

« C’était comme si notre messie expliquait le fait que ces autres mondes existent, et l’Oracle précisait ce qu’ils étaient, comment ils interagissaient, et quel était leur but. Notre Seigneur a parlé à l’homme du peuple, tandis que l’Oracle parlait à notre Premier Initié, et c’était là la différence entre les enseignements. »

« Et pour quelle raison les enseignements de l’Oracle ont-ils été retenus ? », dit Hugelitod.

« C’est très compliqué », répondit Doriah avec un long soupir. Un homme du peuple nommé Simon Atmeen découvrit l’Oracle. Ce fut Simon qui établit le premier contact avec l’Oracle de notre ère. Avant cela, ce sont les gens qui ont bâti ce temple, les Chakobsa, mais comme vous pouvez le voir … leur langue était très différente de la nôtre. »

« Simon possédait une affinité naturelle avec l’Oracle, et cela semblait réciproque. Selon nos premiers écrits, ce fut Simon qui rédigea la première collection – en notre langue au moins – des enseignements de l’Oracle. Cela fut fait vers la même époque où Primorian établissait la doctrine de l’Église, les rites, les rituels, les symboles et ses livres saints. »

« Primorian connaissait-il Simon ? »

« Oui, oui, bien sûr, mais pas avant que Simon n’ait écrit le premier volume des enseignements de l’Oracle. Simon avait des adeptes qui étudiaient et pratiquaient les enseignements … nous les appelons des païens bien qu’ils étaient des mystiques qui furent attirés sur les eaux profondes de la vérité. Je suis sûr qu’ils étaient bien conscients que si le roi, ou de toute autre de la famille royale, connaissait l’existence de l’Oracle, ils perdraient sa sagesse, mais pire, l’Oracle serait certainement abusé. »

« Alors qu’a fait Simon ? », demanda Hugelitod.

« La nouvelle se répandit qu’une nouvelle religion était développée par Primorian. Simon estima que sa découverte de l’Oracle et la manière de communiquer avec lui seraient mieux protégées et conservées par Primorian et sa nouvelle Église, puisque les enseignements du Messie étaient plus ou moins alignés sur l’Oracle. Mais ce que Simon ne réalisait pas c’est que les Livres Saints furent modifiés par Primorian pour apaiser Constapo, en accord avec leurs accords. »
« Quel genre de modifications ? », demanda Hugelitod.

« Trop nombreuses pour les mentionner, je le crains », admit Doriah, levant les mains. « Mais tout a été fait pour instiller un sentiment de suivisme dans l’ensemble des citoyens, pour les rendre malléables à l’autorité, ce qui servait à la fois la famille royale ainsi que la religion naissante de Primorian. »

« Pourquoi le roi a-t-il permis à Primorian d’achever son Église, s’il était si en colère contre son fils qu’il l’a fait exécuter ? »

« Le roi avait d’autres fils … il voulait qu’ils sachent ce qui arriverait si l’un d’eux trahissait sa confiance. La royauté, du moins en ces jours, fit des leçons aux membres de leur famille parce que la famille avait accès au roi. Le roi Dohrman, le troisième, était un homme habile et peu importe ce qu’il pensait de Constapo, il comprit les besoins de son peuple d’avoir une religion qui leur était propre … au peuple. Et il vit la sagesse d’avoir une église. En outre, l’accord de Constapo avait forcé Primorian à réviser le texte des livres saints pour apaiser les Maisons Royales. »
« Pouvez-vous me donner un exemple de cette révision ? »

« Notre Messie devait être le Messie universel », répondit Doriah.

« Mais il l’est ! »

Pour la première fois, Doriah retint sa langue, comme si son silence était un équivalent de «Non».

Hugelitod se pencha en avant, regardant fixement Doriah incrédule. « C’est un blasphème. Je ne peux pas croire que vous dites cela ! »

« Il n’y a pas de Messie Universel », déclara avec force Doriah. « Les enseignants qui sont venus sur cette planète font partie d’un collectif. Ils n’opèrent pas comme des enseignants isolés, même si les théologiens et les historiens aiment à les peindre dans cette lumière. Ils sont tous liés. Il n’y a jamais eu, il n’y en aura jamais, un Messie Universel, eh oui, je suis conscient que cette opinion est blasphématoire, mais j’ai un engagement avec Karnomen d’être sincère avec vous. »

« Karnomen croit cela aussi ? »

« Tous au sein de l’Ordre nous croyons cela », déclara Doriah. « Vous aussi quand vous avez eu une chance d’étudier les transcriptions de nos Premiers Initiés. »

« Je suis confus », dit Hugelitod avec un soupir las. « Comment tout cela se rattache à mon expiation ? Pourquoi me montrez-vous ce … ce temple ? »

Doriah s’appuya contre un des murs, et croisa les bras. « Pour vous apporter la compréhension. »

« Quelle compréhension? Je n’ai jamais été si loin de la compréhension de toute ma vie ! » Hugelitod baissa la voix, mais son intensité était sans équivoque.

« Bien », dit Doriah.

« Bien ? », demanda Hugelitod. « En quoi la cécité est une bonne chose ? »

« Quand vous êtes confus, incertain, perdu, et vous n’avez nulle part où courir … c’est lorsque l’univers change. Il peut sembler que le moteur a des ratés, ou même soit arrêté, mais l’univers s’est tout simplement réorganisé pour vous montrer une fissure dans le mur. Ceci est votre fissure dans le mur. »

Hugelitod ne put retenir son rire. « Ma fissure dans le mur? De quel mur suis-je en train d’essayer de voir à travers ? »

« Ce n’est pas le mur qui est important, c’est ce qui est de l’autre côté », répondit calmement Doriah.

« Et qu’est-ce que c’est ? »

« Une version plus profonde de la vérité », dit tranquillement Doriah. « En ce moment, vous prenez votre monde tellement au sérieux que vous vous êtes égaré. Vous vous êtes rendu compte que vous n’avez pas de conscience. Vous avez découvert il y a plusieurs années, en tant qu’enfant, que vous n’êtes pas seulement un corps. Vous avez découvert que vous êtes aussi de l’énergie – une substance non physique circule dans votre corps matériel, et ses capacités magiques s’unissent à votre intention et vous avez regardé cette énergie se manifester dans votre vie. »

« Et un jour, vous vous êtes réveillé à la réalité que vous n’êtes pas énergie, mais plutôt, vous êtes une conscience. Cette conscience est votre identité la plus centrale, le noyau qui se développe et évolue pour devenir quelque chose d’infiniment plus grand que vous. »

Hugelitod écoutait, mais ne parvenait pas à saisir la signification des paroles. C’était comme s’il avait perdu sa capacité à comprendre quoi que ce soit. Tout ce qu’il écoutait, et chaque parole qu’il entendait, semblait étranger. « Que m’est-il arrivé? Je ne comprends pas comment je suis devenu une partie de tout ceci. »

« Puis, soudainement, vous vous rendez compte que vous n’êtes pas une conscience non plus », Doriah continuait en ignorant les inquiétudes plaintives de Hugelitod. « Au contraire, vous faites parti d’un grand esprit unifié, un esprit qui supervise les horizons de l’espace-temps. Tout ce qui se produit dans ce royaume se produit dans cet esprit unifié, partie d’une immense mosaïque qui n’a vraiment rien à voir avec la vie de quiconque ou conscience. »

« Mais après vous vivez dans cette réalisation, comme un serpent, vous effectuez une mue encore une fois, et vous renaissez dans la réalisation que vous n’êtes pas le Grand Esprit. Vous êtes simplement une onde lumineuse harmonieuse dans la félicité totale. Vous n’êtes pas l’univers, ni une apparence de quelque chose, ou une prise de conscience d’un esprit. Vous êtes sans direction, but, ou responsabilité. Vous êtes simplement un expérimentateur de joie illimitée. Et dans cet état vous vivez dans la gratitude éternelle. »

« Mais alors, l’impossible se produit, et vous réalisez que vous n’êtes pas que cette onde lumineuse harmonieuse vivant dans le bonheur. Non, vous êtes la conscience absolue. Vous vous levez dans la conscience et tombez dans l’ignorance. Vous embrassez toutes les choses. Vous vivez et mourez. Vous savez et vous ne savez pas. Et chaque fois que vous atteignez un piédestal de la réalisation, vous sautez dans une position où vous perdez votre certitude. »

« Et vous voulez connaître la question qui accompagne cette incertitude ? »

« Quelle est-elle ? », demanda Hugelitod, son esprit tout à coup concentré et en alerte.

Doriah se dégagea la gorge, et prit une profonde inspiration. « Comme j’épluche consciencieusement l’oignon de qui je suis, pourquoi dois-je m’inquiéter? Pourquoi dois-je m’inquiéter de qui je suis ? Pourquoi dois-je lutter pour connaître la vérité quand la vérité glisse de mes mains et devient quelque chose d’autre ? Pourquoi dois-je chercher le salut quand je ne peux jamais être sauvé ? Pourquoi dois-je demander la réalisation, lorsque la réalisation ne dure jamais ? Pourquoi la certitude se plie-t-elle toujours vers l’incertitude ? »

Hugelitod s’assit sur le sol du temple, sa frustration se manifestant dans son comportement. « Alors, quelle est la réponse? Pourquoi je m’inquiète ? »

« Pourquoi croyez-vous que vous êtes ici ? », demanda Doriah.

« Vous voulez dire que dans ce temple antique ? »
*
Doriah hocha la tête, ses yeux possédés par une puissance sans nom.

Hugelitod haussa les épaules et secoua la tête. « Je ne sais pas. »

« Avez-vous entendu quelque chose de moi qui vous rappelle les enseignements de l’Église ? »

« Non. »

Doriah sourit à l’amertume de Hugelitod, si habilement révélée dans la signature énergique émanant de son corps comme une aurore boréale. « C’est parce que l’Église a un enseignement extérieur et un enseignement intérieur ; une église dans une église. »

Doriah glissa vers le bas pour une position assise en face de Hugelitod. « Ceux d’entre nous assez chanceux pour entrer en contact avec l’enseignement intérieur vivent dans une réalisation différente, mais cette prise de conscience ne peut être partagée avec ceux de l’enseignement extérieur. Ce serait contraire à tout ce que l’Église a travaillé à construire. »

« Alors les plus hauts dirigeants de l’Église ne croient pas à la doctrine qu’ils prêchent ? », demanda Hugelitod.
« Nous croyons en une version différente. Il y a des similitudes, mais c’est seulement en surface que vous pourrez les trouver. »

Doriah regarda directement Hugelitod, ses yeux brillant comme les cristaux derrière lui. « Donc ma question demeure, pourquoi êtes-vous ici ? »

« Je pensais que la question était pourquoi je m’inquiète ? », murmura Hugelitod avec une indifférence croissante de sa voix.

« Ils sont différents angles du même triangle », dit Doriah.

« Eh bien, Je suppose que c’était pour discuter de mon expiation … pour tracer les détails- »

« Ce n’est pas cela. Allez plus profond ! »

« Non, j’ai réalisé que le moment … où nous descendions cet escalier, il y avait quelque chose d’autre, quelque autre agenda était en jeu. »

« Quand vous regardez ces murs, que voyez-vous ? », demanda Doriah.

Hugelitod examina les murs, en contemplant leur signification. « Je vois une langue d’un peuple qui estimait que ces mots – quoi qu’ils signifient – sont importants à préserver Ils étaient probablement des dévotions à leur Dieu, j’imagine. »

« Ce sont les paroles de l’Oracle », corrigea Doriah. « Ce sont ses enseignements il y a plusieurs milliers d’années. »
« Vous les avez décodés ? »

Doriah acquiesça.

« J’imagine qu’il y a ici pour moi quelque chose à apprendre alors ? », proposa Hugelitod. « C’est pourquoi je suis ici. Mais pourquoi me montrez-vous cela ? Si cela ne se rapporte pas à mon expiation »

« Parce que vous avez besoin de comprendre pourquoi vous vous inquiétez de peler le masque et rejoindre l’Église intérieure. C’est alors seulement que vous aurez la motivation pour entreprendre votre expiation. Donc, je vais vous laisser passer le reste de la journée à explorer ce temple- »

« Vous allez me laisser ici ? »

« Avez-vous peur ? », demanda avec surprise Doriah.

« C’est juste que j’ai vécu dans une cellule sombre depuis une semaine, et aujourd’hui j’espérais vraiment profiter de la lumière du soleil, le vent- »

« Ne sous-estimez pas ce temple ou la sagesse de mon instruction, Hugelitod. Il existe plusieurs chambres dans ce temple, chacune digne de votre exploration. »

« Mais je ne peux même pas lire cette langue- »

« Ce n’est pas grave ! » Doriah éleva la voix. « Ne comprenez-vous pas, cet endroit est la source de notre Église, tout a commencé ici. Par sa seule présence, vous apprendrez. Écoutez et restez ouvert à tout dans ces murs. Lorsque vous serez prêt à partir, je vous trouverai. »

Sur ce, Doriah se leva, en utilisant le mur derrière lui comme soutien. « Il y a une lampe torche là-bas. Je vous conseille de la prendre avant que je parte avec la seule lumière de ce temple. Je suggère aussi que vous envisagiez pourquoi arrive-t-il que vous vous souciez tellement à être une personne spirituelle au milieu de la pesanteur d’un millier de couches d’obscurité. »

Hugelitod regardait silencieusement Doriah gravir les marches usées par le temps, la bougie dans sa main silhouettant son corps voûté. Hugelitod était seul dans un monde étranger, et même s’il s’agissait de la source de son Église, elle ne ressemblait pas à la rivière dans laquelle il avait passé la majeure partie de sa vie dans l’étude fervente. Il ne pouvait penser qu’à une chose à faire : maudire Dieu, mais il résista.

James
A suivre …

Source : Forum Wingmakers
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