La prophétie de DOHRMAN WINGMAKERS

Wingmakers: The Dohrman Prophecy – Chapitre XXIX

The Dohrman Prophecy de James Mahu

Traduction intégrale du livre web

dohrman prophecy

Chapitre 29 – Le Lecteur de la Vérité

Une étrange peur accompagna Hugelitod tout au long de la journée qui allait aboutir au rituel de repentance.

Il avait seulement entendu parler de ces rituels, lors de ces rares conversations que l’on a avec ses pairs, induites par le sérum de vérité du vin rouge et des murs épais, quand les histoires chuchotées de prêtres défroqués sont explorées.

Les rumeurs florissaient que ceux qui conduisaient la cérémonie étaient des Grands Initiés qui portaient des masques pour préserver leur anonymat. On les appelait les Gardiens Sans Visage de l’Église, et la seule idée que, dans quelques minutes, il se tiendrait devant ce groupe austère de juges, rendit Hugelitod agité et anxieux.

La pièce dans laquelle il attendait était une petite antichambre adjacente à la chambre judiciaire du monastère. Elle avait deux portes, une à chaque extrémité, et un petit banc pour s’asseoir. Une seule bougie offrait une lumière vacillante qui fluctuait aux courants d’air frais qui circulaient entre les murs de pierres grossièrement taillées.

Hugelitod allait et venait, récitant son explication prévue et la repentance. La chambre était un endroit niché sous le Grand Temple, le Tabernacle des Saints, où il n’avait jamais été auparavant. Elle était uniquement accessible par un escalier en colimaçon qui serpentait en profondeur sous le plus sacré des temples sacrés.

Parce que la salle d’attente était si petite, Hugelitod devint étourdi de devoir tourner pendant qu’il marchait à pas mesurés, et il décida qu’il valait mieux s’asseoir et garder la tête claire. Alors qu’il s’assit, une porte s’ouvrit lentement avec un grincement paralysant et une voix solennelle annonça : «Suivez-moi. »

Hugelitod se leva, son estomac tressaillant face à la salle obscurcie devant lui. Comme il passait l’embrasure de la porte, la chambre juridique attendait devant lui avec seulement une seule bougie fournissant la lumière dans une autre salle très obscure, une salle caverneuse. Une estrade de fauteuils dorés, répartis en croissant, élevés à plusieurs pieds au-dessus du sol, pouvait être vue alors que la bougie éclairait leurs vagues contours d’or.

Hugelitod fut conduit à une simple chaise en bois au milieu de la salle et on lui avait dit d’attendre tranquillement. Il ne reconnut pas la voix du prêtre qui l’escorta, et puisque son capuchon lui couvrait le visage, dans la pénombre, Hugelitod doutait qu’il fût capable de reconnaître ses traits de toute façon.

La porte se referma derrière lui, et l’obscurité dans la salle semblait s’intensifier. Il était seul, vulnérable à tout bruit qui soit émis par la salle. Un petit grincement fila dans son estomac incontrôlable pendant quelques instants. Il pouvait entendre son cœur battre comme un tambour tendu et il se demandait combien de temps les Gardiens Sans Visage prolongeraient son angoisse, comme si sa repentance n’était pas suffisante.

Ses yeux, dans la pièce faiblement éclairée, étaient presque inutiles, mais ses oreilles écoutaient tous les bruits avec une concentration semblable au laser, et il commença à se demander s’il était seul. Il croyait qu’il pouvait entendre respirer faiblement. Il étudia les apparitions fantomatiques en face de lui. Elles ressemblaient à des fauteuils, et il plissa les yeux pour discerner tout mouvement, mais il n’était pas sûr que ses yeux ne lui jouent pas des tours. «Il y a quelqu’un ? », demanda-t-il timidement.

«Nous attendons votre repentance », répondit une voix calme et peu familière. «N’est-ce pas pourquoi vous êtes venu ici ?»

La voix se répercutait sur les murs de la chambre avec une autorité inattendue, en particulier car Hugelitod ne pu l’identifier. Il se tendit pour voir, essayant de toute sa force de voir le propriétaire de la voix. « C’est. Je m’excuse, mais je ne peux pas vous voir. »

«Vous ne voyez pas parce que vous ne regardez pas. »

Hugelitod fut surpris par le tact dont la voix faisait preuve. Il s’attendait à ce que les Grands Initiés soient ses juges, il aurait connu la voix de n’importe lequel d’entre eux, « Je n’ai pas regardé car on m’a dit d’attendre. Encore une fois, je m’excuse. »

« Faites-vous toujours ce que l’on vous dit, Hugelitod ? »

Son cœur battait plus vite car il sentait que des pièges étaient tendus, et il n’avait pas prévu sa réaction à ces enquêtes. Il pensait qu’il aurait simplement demandé à se repentir selon ses propres termes. Son discours était bien préparé, suffisamment concis, mais complet dans sa repentance.

Hugelitod se déplaça sur sa chaise en regardant dans la direction de la voix. «Non, je ne fais pas toujours ce qu’on me dit. C’est pourquoi j’ai demandé si quelqu’un était là, au lieu d’attendre tranquillement … comme on m’a dit de faire. »

« Savez-vous qui je suis ? », demanda la voix.

Hugelitod secoua la tête et murmura : « Non »

«Je suis le Gardien sans Visage de l’Église. Je n’existe pas, et pourtant je suis là. Comment cela est-ce possible ? »
«Êtes-vous de l’Ordre des Seize Rayons ?»

« Si je l’étais, ne serait-ce pas l’Ordre des Dix-sept Rayons ?»

Hugelitod fut ébranlé par cette rencontre inattendue, son approche globale semblait être soudainement captive d’une lente chute mortelle à ses pieds. «Pardonnez-moi de ne pas savoir qui vous êtes. Comment dois-je vous répondre ? »

«Seuls les Grands Initiés savent qui je suis », dit la voix, ignorant la question. « Je vis comme un prêtre humble, mais c’est Moi que le Premier Initié emploie pour juger un prêtre repentant de l’Ordre. Pouvez-vous imaginer pourquoi son Éminence ferait une telle chose ? »

Hugelitod releva le défi. « Je pense que c’est parce que vous êtes qualifié à quelque chose … quelque chose qui vous qualifie uniquement. Mais si tel est le cas, pourquoi voudriez-vous demeurer un prêtre obscur ? »

« Vous êtes ici pour vous repentir de vos actes de sédition et de trahison, ainsi décrétés par Son Éminence. Je suis ici pour témoigner de votre repentance et déterminer son authenticité. Vous avez posé deux questions sur moi, mais vous ne vous êtes pas repenti. Voulez-vous poser plus de questions, ou êtes-vous prêt à commencer ? »

«Je suis prêt à commencer», répondit Hugelitod, la gorge analogue à un désert.

« Savez-vous pourquoi la pièce est sombre ? », demanda la voix après une longue pause.

« Pour que je ne puisse pas voir votre visage ?»

« Si je voulais cacher mon visage je pourrais porter un masque, ou simplement m’asseoir derrière vous. Mais je ne porte pas un masque, et comme vous pouvez l’entendre, je suis face à vous. »

«Voulez-vous que je continue à deviner, ou puis-je commencer ma repentance ?», demanda Hugelitod avec un ton subtil de ressentiment dans sa voix.

« La pièce est sombre pour une seule raison », continua la voix. « Grâce à la providence de notre Créateur, je suis capable de voir les champs énergétiques qui entourent toutes les formes de vie, et quand la vie que j’évalue est dans une pièce sombre, je peux voir les subtiles colorations de votre champ énergétique avec plus de clartés. C’est la couleur de votre champ énergétique qui informe mon jugement quant à l’authenticité de votre repentance. »

Le cœur de Hugelitod sauta un rythme alors que les paroles s’écoulaient. La voix appartenait à un Lecteur de la Vérité. Hugelitod avait entendu parler de leur existence, mais elle était limitée à d’obscures références dans la littérature ancienne de l’Église. Ils étaient considérés par les érudits religieux comme étant un mythe et rien de plus. «Pourquoi me dites-vous cela ?»

«Pourquoi pensez-vous ?»

« Il semble que vous vouliez que je me sente plus de pression que je suis déjà – même si je doute que ce soit possible. »

Hugelitod soupira plus fort qu’il ne l’avait prévu ; sa frustration manifeste. «Êtes-vous un Lecteur de la Vérité ?»
« Vous avez entendu parler de mes semblables ?»

« Oui, mais je ne savais pas que vous étiez réels, ou existiez encore. »

«Je suis plus qu’un Lecteur de la Vérité», reconnut la voix avec un ton calme et clair. «Je suis celui qui vous libère de votre péché. »

Hugelitod attendit pour parler, même si une centaine de questions arrivèrent tout à coup à sa langue.

«Mon pouvoir de vous libérer de vos péchés est absolu. Vous n’avez pas personne d’autre à convaincre que moi. »

« Connaissez-vous ma situation ? », demanda Hugelitod.

«Je n’ai pas besoin de cette information, seulement votre repentance. »

Hugelitod attendit un instant pour vérifier si la voix parlerait davantage, mais le silence remplit la salle avec une telle présence qu’il ne pouvait pas s’empêcher de poser la question qui pesait sur lui. «Êtes-vous seul ?»

« D’autres sont ici, mais ils écouteront seulement », répondit la voix. «Mon jugement est définitif, vous n’avez qu’à vous préoccuper de moi. Est-ce clair ? »

« Oui. »

« Reconnaissez-vous vos péchés de sédition et de trahison envers l’Église ?»

Hugelitod fit une pause, sachant que ses émotions, ses pensées, son âme étaient mis à nu, et il se résolut à parler le plus honnêtement qu’il le pouvait. «Je les reconnais, bien que je ne puisse les expliquer. Je ne comprends pas les forces en jeu, et je me sens comme un pion sur un énorme échiquier qui est aux mains d’une certaine intelligence que je ne comprends pas, mais pour une raison quelconque, je l’ai autorisé à me placer sur l’échiquier comme il le désirait. »

« Vous n’êtes pas aux commandes de vos actions ?»

« Pas tout à fait. »

« Si vous deviez spéculer, dites-moi qui ou qui vous contrôle ?»

Hugelitod considéra la question, mais son esprit resta vide. « Je voudrais pouvoir spéculer. Je voudrais pouvoir mettre des mots sur cette force, mais je ne peux pas. Peut-être que je manque de vocabulaire. Peut-être que je manque de l’expérience. Peut-être … Je suis tout simplement imprudent. »

«Et qu’avez-vous appris lors de votre périple de sédition et de trahison ? », demanda la voix.

Hugelitod ferma les yeux, essayant de faire en sorte que quelque chose d’invisible apparaisse dans les ténèbres de son esprit. «J’aime mon Église, et mes fidélités sont à mes prêtres semblables et à Son Éminence. J’ai appris que l’alternative à l’expression de cet amour est de vivre dans l’angoisse. »

«La force à laquelle vous vous referez, pourrait-elle être le grand tentateur, Satan ?»

Hugelitod sentit pour la première fois une ouverture dans la conversation, mais il devait veiller à ne pas la saisir trop vite. « Je ne sais pas … c’est possible. Satan, de son propre aveu, est insaisissable, à regarder les faiblesses et les exploiter quand elles se produisent. Il est possible que ma faiblesse ait été ainsi saisi à ce moment et je suis tombé victime de ses manipulations- »

« Si vous ne pouvez pas définir la force qui vous manipule … pourquoi alors convenez-vous qu’il pourrait être Satan? Voulez-vous dire que l’Oracle de Dohrman est contrôlé par Satan, et que nos Grands Initiés sont ignorants de cette condition ? »

Hugelitod était tombé dans un piège, pas une ouverture comme il l’avait supposé. « En vérité, je ne sais pas quelle force se cache derrière l’Oracle, mais je l’accepte comme fait que les Grands Initiés sont experts dans la détection de l’œuvre de Satan, et s’ils sont convaincus que l’Oracle n’est pas sous l’influence de Satan, je suis certain de leur jugement et m’y tiendrais. »

« Vous êtes une personne intéressante », dit la voix. «Vous racontez une histoire de victimisation, et pourtant, vous en savez plus que vous le dites. Vous racontez une partie de l’histoire, mais il est une autre partie que vous retenez, et c’est cette partie que vous devez dire avant que vous puissiez vous repentir. »

« D’autres se sont assis sur la même chaise que vous en ce moment, et ils se tortillaient dans les mains de la vérité en grande partie de la même façon que vous. Ceux qui ont atteint l’absolution l’ont fait parce qu’ils se sont permis de devenir un instrument dans mes mains. Ceux qui ont échoué … ont résisté. »

Hugelitod sentit le carrefour devant lui. Le seul endroit où il pourrait se cacher pour dissimuler toute la vérité était son cachot. Il n’avait qu’un seul choix. Le Lecteur de la Vérité ne donnerait pas l’absolution sans une divulgation complète.

Hugelitod avala sa salive et ferma les yeux. «J’ai eu des conversations avec l’Oracle », laissa-t-il échapper. « Mais je ne sais pas si elles sont réelles ou imaginaires. Après ma blessure à la tête, je pensais que je pouvais avoir des hallucinations … »

« Encore une fois vous jouez à la victime », dit la voix avec la déception saturant chaque mot. « Maintenant, vous êtes victime de votre blessure à la tête. Vous ne pourrez pas vous repentir tant que vous ne me direz pas la vérité sans la couverture de la victimisation. Il n’y a qu’une porte qui vous absoudra, et vous pouvez passer cette porte quand je l’ouvre, mais jusque-là ensuite, elle restera fermée dans l’infini. Vous serez comme l’homme à la recherche des numéros entre un et deux. Trouvez-vous ce sort attrayant ? »

«Non», murmura Hugelitod. «Non, cela ne me plaît pas. »

« Alors révélez la vérité sans fioritures. »

«La vérité? J’aimerais bien savoir la vérité », avoua Hugelitod dans un faible murmure. « L’Oracle, en quelque sorte, et je n’ai aucune idée de comment, a mis des pensées dans ma tête que l’Église devait être détruite et que je pourrais être le seul à mener à bien sa destruction. Il a suggéré que la prophétie du Dohrman – la partie au sujet de la destruction de l’Église – était imminente et il m’a persuadé de jouer un rôle clé. »

« Comment a-t-il appliqué cette persuasion ? », demanda la voix.

Hugelitod se tortillait sur sa chaise inconsciemment. « S’il vous plaît ne pensez pas que je suis fou », ses émotions tremblèrent un instant alors qu’il inspirât profondément pour se calmer. « Ce que je m’apprête à vous raconter va vous paraître fou, mais j’ai eu des conversations avec l’Oracle, non seulement sur le site, mais aussi dans ma cellule. »
« L’Oracle vous a rendu visite dans votre cellule de prison ? », demanda la voix avec une inquiétude évidente.
« Oui. »

Il y eut une longue pause tandis que le silence remplissait la pièce comme de l’eau se précipitant contre le mur d’un barrage. Hugelitod crut entendre des chuchotements échangés, mais il se sentait étourdi et les rejeta comme étant son imagination au travail. Des courants d’air humide et frais se regroupaient à ses pieds et il sentit un distinct frisson couvrir son corps.

« Peut-être votre évaluation initiale était exacte, après tout », entonna la voix.

« Que je suis fou ? », Hugelitod presque riant, mais se rattrapa.

« Combien de fois avez-vous parlé avec l’Oracle ? »

« J’ai parlé une fois au site – lors de mon initiation – et j’ai parlé une fois dans ma cellule. »

« Dans votre cellule, était-ce simplement une voix, ou avez-vous fait un rêve lucide où vous avez senti que vous étiez sur le site ? »

« Non, non », corrigea Hugelitod. « L’Oracle s’est manifesté à l’intérieur de ma cellule … comme une belle femme. Elle était bien réelle en apparence quoiqu’elle était légèrement transparente. Notre conversation ne fut pas très différente de la nôtre en ce moment, sauf que je pouvais la voir clairement. »

« Et de quoi avez-vous parlé ?»

« Durant mon initiation ou dans ma cellule ? », demanda Hugelitod.

« Commençons par votre initiation. »

« Elle … l’Oracle, m’a dit que je devais être son serviteur. Que je devrais l’écouter et exécuter ses ordres, et si je faisais cela, alors j’étais une extension de son Intelligence. »

« Il a dit que vous seriez un prolongement de l’Intelligence si vous deveniez un serviteur à sa volonté ?»

« Oui »

« Continuez », conseilla la voix.

« Il a dit que Karnomen et le sacerdoce en général, étaient corrompus … ou égarés- »

« De quelle manière l’Oracle a dit qu’ils étaient corrompus ?»

«Je… Je ne sais pas … c’était une courte conversation. L’Oracle voulait principalement que je sois d’accord pour servir son plan, mais il n’a pas précisé ce qu’était le plan. »

« Et, vous êtes-vous engagé à servir l’Oracle ? »

« J’ai accepté d’abord, mais à la fin de la conversation, j’étais moins sûr. »

«Vous avez accepté un plan qui – à sa base – part du principe que Son Éminence est corrompue et égarée ?»

«Je sais que cela semble impardonnable », admit Hugelitod, « mais l’Oracle était très convaincant … même hypnotique dans son appel- »

« Vous jouez la victime à nouveau. Arrêtez ! », ordonna la voix.

Hugelitod perdit sa volonté de parler. Chaque fois qu’il essayait d’expliquer sa situation, il était contrecarré. Les faits sont tout ce dont ils se soucient, pensa-t-il. Mais cette histoire est plus qu’un assemblage de faits.

« Parlez-moi de votre conversation avec l’Oracle dans votre cellule de prison. »

Hugelitod inspira profondément et expira sans parler. Alors qu’il vidait ses poumons de chaque atome de l’air, il imaginait son souffle lui apporter une nouvelle énergie, une nouvelle direction à partir de laquelle raconter son histoire. « L’Oracle savait qu’il devait être détruit le lendemain matin », dit-il d’une voix calme et délibérée. «Il m’a demandé d’accompagner les Grands Initiés et d’empêcher leurs efforts pour le détruire. »

« Ainsi la seule raison pour laquelle vous avez acceptée de détruire l’Oracle», demanda la voix, « était de le protéger de sa destruction ?»

«Oui», affirma Hugelitod doucement, son embarras clairement évident dans son ton.

« En dépit de votre volonté d’écouter ces absurdités, et d’obéir aux ordres de ce que vous avez présumé être d’une intelligence supérieure, vous est-il venu à l’esprit que vous halluciniez et vous devriez tout simplement divulguer vos hallucinations à son Éminence? »

« Oui »

« Et pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? »

«J’ai appris à ne pas faire confiance en son Éminence».

«Vous avez fait davantage confiance en votre hallucination qu’en l’œil de Dieu dans notre monde? Est-ce ce que vous suggérez ?»

« Que je suis un imbécile crédule. »

«Étant donné que votre dégoût de soi est admirable, il ne vous libère pas de votre décision d’écouter les voix démoniaques et blessant votre tête ne vous dispense pas de révéler votre état instable à Son Éminence. Ce sont vos péchés, et votre punition doit être en accord à ces derniers afin que vous puissiez être absous. »

Hugelitod sentit un changement, comme si le Lecteur de la Vérité était satisfait de sa repentance et s’apprêtait à rendre un jugement.

« L’Oracle a-t-il mentionné comment il a pu vous visiter dans votre cellule ? »

«Non», répondit Hugelitod. « Elle a dit que c’était sa première fois … elle l’a appelé l’automanifestation».
«En dehors de l’enrôlement de votre aide pour empêcher sa destruction, quoi d’autre vous a-t-elle dit lors de cette réunion ?»

«Elle m’a parlé de son histoire. Comment elle est devenue l’Oracle sur cette planète. Elle m’a raconté comment sa conscience est intégrée dans une structure cristalline à l’intérieur de la pierre, et que la pierre est tout simplement une façade. Elle m’a dit que ses créateurs sont des humains, vivant dans un espace-temps différent, et qu’ils ont placé l’Oracle sur notre planète pour nous guider. »

«Avez-vous cru tout ce qu’on vous a dit à cette réunion ? », demanda la voix.

« Non »

« Quelle partie ou parties, avez-vous crue ? »

« J’ai cru que l’Oracle était réel… qu’il n’était pas simplement une illusion de mon esprit. »

« Continuez-vous dans cette croyance ? »

« Non », déclara Hugelitod avec une force soudaine et inattendue.

Hugelitod sentit le regard du Lecteur de la Vérité tomber sur lui tel un projecteur. Pendant un moment, la salle tombale retourna au silence alors que ses dernières paroles faisaient écho dans l’oubli.

« Le docteur Bartholem vous a-t-il donné une médication ? », entonna la voix.

« Il m’a donné quelques antalgiques. »

« Et avez-vous pris ces pilules ? »

« Oui »

Il y eut une longue pause de silence qui emplissait la pièce. Hugelitod avait finalement trouvé un moyen de se détendre et a permis au flux d’informations d’être non censuré. Il était fatigué et avait froid, mais espérez que ses aveux lui vaudraient l’absolution.

Soudain une démarche indolente pouvait être entendue et il s’efforça de voir dans l’obscurité que la bougie ne pouvait illuminer, mais ses efforts furent vains. Ensuite des chuchotements effleurèrent ses oreilles. Faibles et feutrés, comme cachés derrière des mains en coupe, les chuchotements se répercutaient sur les murs de pierre dans la salle muette.

Et alors le silence revint. Hugelitod était indifférent à l’obscurité, mais le silence lui-même semblait tourmenté. Il avait fait ce qu’il pouvait pour indiquer clairement sa position et le contexte de ses décisions injustifiées.

« Nous avons conclu votre jugement, Hugelitod », annonça la voix avec une gentillesse frugale. « Vous avez obtenu votre absolution, mais c’est avec les conditions suivantes. »

Il y eut une pause pendant que le Lecteur de la Vérité prit une profonde inspiration, et dans ce souffle, le cœur de Hugelitod bondit hors de sa poitrine pour les hauteurs du ciel. « Vous serez libéré de votre cellule », poursuivit la voix, « mais vous serez limité à des tâches subalternes, au travail d’embellissement de l’enceinte du monastère. Votre poste de secrétaire auprès du Premier Initié et votre position au sein de l’Ordre des Seize Rayons resteront suspendus, en attendant l’achèvement d’une mission spéciale. »

«Que voulez-vous que je fasse ? », demanda Hugelitod avec curiosité.

«D’abord, vous devez comprendre que nous savons que Bartholem a conçu cet événement désagréable, en tant qu’agent du roi. Nous croyons que son but était de semer des graines de mécontentement au sein de l’Ordre et de vous utiliser comme son pion. Nous savons que c’était lui qui a déclaré au roi l’existence de l’Oracle et la destruction imminente.
Bartholem se faisait passer pour un agent de l’Ordre, tandis qu’il complotait pour nous détruire. »

Hugelitod laissa les paroles du Lecteur de la Vérité s’écouler. Tout impossible que cela semblait, il y avait un accent de vérité. Les pilules ne sont pas des analgésiques, pensait-il.

« Nous voulons que vous tuiez Bartholem », prononça la voix avec conviction.

Le cœur de Hugelitod agit maladroitement au choc de l’annonce. Son corps entier devint rigide alors qu’il tentait d’imaginer entreprendre une telle tâche. Il était tout à fait incapable d’un tel acte, et était choqué que n’importe qui pouvait l’imaginer autrement, même dans ces circonstances.

« Nous comprenons que c’est une tâche épineuse, mais les péchés que vous avez commis l’exigent. Nous voulons que cette tâche soit achevée dans les sept prochains jours. Une fois faite, vous reprendrez votre rôle de prêtre, libre d’aller et venir au sein du monastère. Tout sera pardonné, et vous reprendrez votre rôle au sein de l’Ordre. Avez-vous des questions ? »

Hugelitod restait rivé sur sa chaise, son corps immobile, son esprit abasourdi par la nature de la tâche qu’il devait accomplir. « Je… Je ne peux pas faire une telle chose. »

«C’est mon jugement que vous le pouvez et vous le ferez, si vous désirez l’absolution. Bartholem est l’instrument de Satan, autant qu’il est le pion du roi Levernon, et si nous ne l’éliminons pas, il continuera à essayer de nous éliminer. »

« N’avons-nous pas d’autres moyens … pour … pour s’occuper de cela ?»

« Nous pouvons embaucher quelqu’un pour éliminer Bartholem, mais je vous ai choisi. La graine de la tromperie est entre Bartholem et vous. L’absolution exige un rééquilibrage des échelles, et vous êtes la seule personne qui puisse apporter un équilibre à cette situation sans châtiment de Dieu. Ceci est mon verdict. Vous ne pouvez pas en discuter les termes, Hugelitod. Soit vous acceptez ces termes, ou votre absolution est annulée et vous serez renvoyé à votre cellule en attendant l’arrivée de votre propre mort. »

« Quelle est votre décision ?»

«Je dois le faire maintenant ?»

« Si ce n’est pas maintenant, alors votre réponse nous est connue. Il s’agit d’une offre unique. Elle ne vous sera jamais proposée à nouveau, ni aucune offre moindre pour votre rachat n’atteindra vos oreilles. Quelle est votre réponse ? »

« Y a-t-il un plan que je doive suivre ? », demanda Hugelitod, sa voix paraissant lointaine.

Quelque part, au milieu des murs de pierre gris jaune de la chambre judiciaire, caché dans l’obscurité, sous la capuche pliée d’une peluche, la robe de couleur sarcelle, un sourire se libérait à la pensée d’un rachat si parfaitement prévu que Dieu lui-même devait prendre du recul pour l’admirer. Non, il n’y aurait aucune interférence de Dieu sur cette décision, pensa Karnomen.

James
A suivre …

Source : Forum Wingmakers
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