La prophétie de DOHRMAN WINGMAKERS

Wingmakers: The Dohrman Prophecy – Chapitre XVI

The Dohrman Prophecy de James Mahu

Traduction intégrale du livre web

dohrman prophecy

Chapitre 16 – Courants Apocryphes

L’observatoire était l’un des endroits préférés de Karnomen sur Terre. Le bâtiment était d’un blanc pur, construit, quelque deux cents ans plus tôt, à partir d’un calcaire spécial charrié depuis une lointaine carrière.

Le bâtiment était initialement conçu comme un temple, mais avec l’invention du télescope, la construction du temple fut redirigée, conformément à l’avis de l’Oracle, afin d’être le premier observatoire du firmament céleste de l’Église.

L’observatoire était connu parmi les Grands Initiés en tant que Portail du Ciel, et malgré son aspect extérieur immuable, il était dans un état de constante évolution. Karnomen aimait la forme circulaire de l’édifice et le plafond voûté complexe. Le bâtiment était fermé à tous sauf aux Grands Initiés et à un personnel peu nombreux de scientifiques et de techniciens bien rémunérés qui avaient été embauchés par l’Église pour mener ses recherches.

Karnomen était assis à une grande table ornée entourée de cartes du ciel et de diverses œuvres d’art qui rendaient hommage au spectre céleste de la création de Dieu. Un coup sec frappé à la porte le tira de sa rêverie. « Oui ? »

La porte s’ouvrit lentement avec un léger grincement. « Hugelitod est ici, votre Éminence », indiqua la voix du gardien, clairement nerveux.

« Désenchainez-le et ensuite vous pourrez attendre dehors », commanda Karnomen.

Le gardien travailla rapidement et sans bruit puis partit sans un mot ni un coup d’œil.

Alors que la porte se fermait, Hugelitod s’arrêta et balaya la salle des yeux. Il n’avait jamais été à l’intérieur de l’observatoire auparavant, et bien que sa fascination pour l’astronomie ait disparu au profit du séminaire, il aimait toujours les télescopes, en particulier ceux de la puissance du Portail du Ciel.

«Vous pouvez rester ici si vous voulez », offrit Karnomen avec un ton plein de bonté dans sa voix. « Le bon docteur dit que vous guérissez bien. Votre tête va-t-elle mieux ? »

Hugelitod hocha la tête. « Oui, merci. » Il remarqua l’acoustique de la salle avec ses bords métalliques adoucis par les murs arrondis et un plafond voûté où la voix Karnomen sonnait plus mélodieuse.

Karnomen regarda une carafe en porcelaine sur la table. « Voulez-vous du thé ? »

« Oui », répondit-il, se forçant à sourire.

Hugelitod s’assit à une table de forme ovale qui pouvait accueillir facilement vingt personnes. Des lignes et des formes complexes étaient gravées sur la table de marbre. Au centre même il y avait une forme ovale, d’environ dix centimètres de long, qui ressemblait à la forme d’un œil, et provenant des deux coins de l’œil, dans un mouvement en spirale, il y avait de longues vrilles composées de milliers de trous, pas plus gros qu’une tête d’épingle, parfaitement incisés. C’était du pointillisme sur pierre et non sur toile.

Karnomen remarqua l’attention de Hugelitod. « Cela représente notre galaxie. »

« J’ignorais que nous savions à quoi notre galaxie ressemble », dit Hugelitod.

« Nous le savons, eux non », sourit Karnomen. « Dans tous les cas, il y a certaines choses que nous ne partageons pas avec la communauté scientifique. »

« Et pourquoi cela ? »

« Les scientifiques ne peuvent s’empêcher de diffuser toutes informations au public », plaisanta Karnomen. « C’est leur chute dans la mesure où nous sommes concernés. »

Karnomen remit une tasse de thé à Hugelitod qui était assis à trois chaises de là. « Ce petit point, juste ici, c’est la Terre », indiquant un petit trou de couleur bleue.

Comme Hugelitod l’examinait de plus près, il remarqua qu’il était le seul point de couleur sur la table, et que juste à côté il y avait deux X, « que signifie le nombre vingt ? »

Karnomen retourna à son fauteuil et croisa les bras. « C’est le nombre de tours que notre système solaire a effectué autour du centre galactique, ainsi vous voyez, en quelque sorte, chacun de nous a seulement vingt ans en temps galactique. »

Karnomen enleva ses lunettes et se frotta les yeux pendant un instant. « Nous vivons dans une grande ville d’étoiles, et il y a tant d’autres villes que nous ne pouvons même pas commencer à les compter… L’échelle ne cesse de me surprendre et pourtant, en quelque sorte, dans cette infinie multitude de villes stellaires que nous appelons galaxies, l’une d’entre elles a produit les conditions parfaites de vie physique. Et nous sommes dans celle-là. » Ses bras se déplièrent au ralenti.

« Souhaiteriez-vous connaître un secret ? », demanda Karnomen avec un sourire caché aux coins de ses lèvres.

Hugelitod hocha la tête avec un haussement d’épaules.

« Dans 1 213 114 années, notre Terre bien-aimée va mourir. Elle sera victime de la force de gravitation. Une autre étoile la croisera si près que les météores des confins de notre système solaire tomberont du ciel. Cette précieuse planète sera assassinée par une poignée de gros rochers. »
« Bien sûr, nous ne serons plus ici, mais cela se produira, et vous savez pourquoi je sais que cela se produira ? »

Hugelitod, mal à l’aise, se tortillait sur sa chaise. « L’Oracle vous l’a dit, et vous croyez l’Oracle. »

« Exactement », dit Karnomen, montrant son doigt pour mettre l’accent. « L’Oracle avait raison à chaque fois que nous lui avons demandé, et pour ces événements qui sont au-delà de nos vies – dans ce cas-ci – au-delà de nos imaginations, nous croyons que l’Oracle a également raison. »

« Vous voyez », dit Karnomen en prenant une gorgée de thé, « l’Oracle ne peut pas mentir. Il ne comprend même pas la notion de mensonge, ni celle de cacher la vérité, ni l’exagération ou les demi-vérités. Tous ces éléments sont nettement des comportements humains, et l’Oracle est quelque chose, mais pas humain. »

Hugelitod se demanda où Karnomen essayait d’orienter la conversation, et décida d’intervenir alors que Karnomen s’interrompait pour siroter un peu plus de thé. «Et d’où provient l’Oracle s’il n’est pas d’origine humaine? Comme vous me l’avez fait comprendre la dernière fois que nous avons parlé ensemble, il n’est pas la création de Dieu. »

« Ah, c’est la question sur laquelle nous spéculons toujours », répondit Karnomen. « L’Oracle peut voir le futur, mais il est aveugle sur le passé, et c’est seulement dans le passé que l’Oracle peut découvrir ses origines. »

« Ainsi ses origines sont inconnues ? »

Karnomen acquiesça. « L’oubli serait une meilleure façon de présenter les choses. »

« Alors comment savez-vous que ce n’est pas une création de Dieu ? »

« Parce que l’Oracle s’est toujours référé à son créateur au pluriel, les créateurs, et il n’y a qu’un seul Dieu. » Karnomen tendit la main, son index pointé vers le plafond.
« Avez-vous demandé à l’Oracle si cette hypothèse est correcte ? »

« De quelle hypothèse parlez-vous ? », demanda Karnomen, sa voix se nouant légèrement.

« L’hypothèse selon laquelle il n’y a qu’un Dieu pour tout cela », Hugelitod glissa ses bras sur la table.

« Nous ne demandons pas des choses à l’Oracle que nous connaissons déjà », répondit Karnomen. « Nous préférons utiliser sa vision pour voir les événements vers lesquels nous marchons dans le couloir du temps. C’est notre façon de nous préparer. »

Karnomen éclaircit sa voix et se pencha en arrière dans sa chaise. « Torem vous a invité à nous aider dans la destruction de l’Oracle et vous avez refusé. Pourquoi ? »

« C’est votre choix de détruire l’Oracle, non le mien. Votre invitation est destinée à tester ma fidélité et rien de plus. Je n’ai aucune malveillance envers l’Oracle, ou n’importe qui d’autre à cet égard. Mais jusqu’à ce que j’en connaisse plus de l’Oracle et de ses prophéties, je ne veux prendre parti dans sa destruction. » Hugelitod fit une pause. « Je pourrais aussi rejoindre une foule insensée et détruire une église. »

Hugelitod savait que sa déclaration était impertinente et causerait une réaction de la part de Karnomen qu’il regretterait probablement, mais quelque chose à l’intérieur de lui avait dit les mots sans censure ni réserve. Il avait déjà accepté son destin ; simplement, il ne savait pas ce qu’il était.

« Que vouliez-vous dire : l’Église ? », demanda Karnomen, secouant sa tête comme quelqu’un qui devait tolérer une insulte sans fondement. « Vous avez été invité à participer à cette tâche parce que je voulais voir si vous choisiriez la rédemption. Si vous aviez une parcelle d’humilité en vous et montreriez votre fidélité envers les Grands Initiés qui vous ont offert l’accès à une connaissance privilégiée. Mais je vois que vous vous souciez peu de votre avenir, ou à cet égard, de l’avenir de l’Église ! »

Hugelitod regarda la pièce, les escaliers qui montaient en spirale leur chemin aux niveaux supérieurs de l’observatoire où le télescope regardait fixement le ciel. Il avait peur de regarder directement dans les yeux de Karnomen. « Pourquoi détruiriez-vous quelque chose qui est très probablement un cadeau de Dieu ? Que craignez-vous tant ? »

« Vous savez très bien ce que nous craignons et malgré le fait que vous n’ayez pas lu la Prophétie de Dohrman, je connais la partie que vous a révélée Torem, ainsi dans cette révélation vous avez votre réponse. Je ne vous en dirai pas plus désormais que cela. Quant à pourquoi nous détruirons l’Oracle, c’est une simple question de survie. »

« De qui ? », demanda Hugelitod.

« La survie de l’Église ! », cria Karnomen, ensuite adoucissant sa voix. « Si l’Église est renversée, tel que prévu par l’Oracle, donc Dieu est renversé et si cela arrive, nous, en tant qu’espèce, sommes damnés car Satan aura le règne libre sur cette planète. Dois-je vraiment expliquer cela ? »

« Mais vous ne connaissez pas les origines de l’Oracle. Que se passe-t-il si la destruction de l’Église est en réalité le plan de Dieu… »

« Je vois », interrompit Karnomen, « Vous m’avez persuadé d’une chose aujourd’hui. Vous vous êtes esquivé dans un monde de votre propre fabrication. Je souhaite qu’il y ait une manière de vous sauver, mais vous vous êtes égaré… Vous êtes irrévocablement égaré. »

Karnomen glissa sa chaise en arrière et se tint debout avec ses mains sur la table, le stabilisant. « Votre statut, que je contrôle, est qu’à moins que vous ne renonciez à votre sacrilège, à moins que vous ne nous prouviez que vous êtes sincère dans vos intérêts pour servir de nouveau l’Église, vous resterez sous la garde de la Garde Suprême. Le terme de cette sentence est sous votre contrôle – cela pourrait être un jour de plus, ou une vie. Votre comportement et attitude suggèrent un très long emprisonnement et ceci serait un gaspillage d’une vie. Un gâchis ! »

Le poing osseux de Karnomen frappa la table, il se tourna et s’éloigna, prononçant quelque chose au garde de l’autre côté de la porte. Hugelitod entendait des voix mais ne pouvait pas discerner les mots, tout semblait flou. Le doute pesait si lourd sur lui qu’il n’était pas sûr s’il pouvait prendre un autre souffle. Tout ce qu’il pouvait penser était de retourner à sa cellule, prendre un peu plus d’antalgiques et dormir.

« Donc, vous dites que vous avez été surpris par quelqu’un que vous n’avez pas vu ? », demanda Jaunder. « Qui tout simplement a bondi de derrière un arbre et vous a assommé avec une roche ? »

Kamil acquiesça avec une légère protestation. « Je ne les ai pas vus. Depuis je travaille en tant que sentinelle dans mon secteur, je n’ai jamais vu quiconque. Pas une seule fois ! Cela fait presque huit ans. » Kamil s’interrompit et regarda par la fenêtre. « Je ne m’attendais pas à tomber dans une embuscade. »

Jaunder était un homme grand, aux yeux perçants gris-bleu et des oreilles difformes qui ont été déformées par la lutte alors jeune homme dans l’armée. Il était formidable à bien des égards, mais les sentinelles le craignaient à cause de son autorité, en tant que Commandant de Section, pour punir, à volonté, toute insubordination ou faible rendement au travail. Au fond des bois, il était roi. Il n’y avait aucun procès ou jurés dans son royaume.

Kamil était dans une salle d’interrogatoire, habituellement réservée aux intrus, mais depuis 142 années que le poste d’approvisionnement existait, seulement douze intrus furent soumis à un interrogatoire. La salle était utilisée plus fréquemment comme moyen d’information sur les sentinelles sur les questions de performance au travail, de vol de nourriture, d’ébriété au travail et de désertion.

Kamil était bien conscient qu’il existait des histoires de sentinelles prises dans les bois et fusillées pour des délits moins importants que le sien. Les sentinelles étaient jetables.
Jaunder se tenait debout, se versa du whisky dans un verre, et dans un mouvement fluide, se pencha la tête en arrière et but d’un seul coup l’ensemble avec un air léger de dégoût. Il raffermit son regard sur Kamil. « Je pense que vous mentez. D’abord, il est douteux que vous ayez été pris en embuscade – dans ces bois où vous les auriez entendus venir depuis vingt pas. Et deuxièmement, regardez-vous ; vous êtes un garçon solide avec un fusil, formé et connaissant ces bois… Vous avez été vaincu par un mendiant ? Je ne vous crois pas. »

Il tira une chaise à quelques mètres de Kamil, s’assit et examina directement son visage. « Et vous êtes certain de ne pas avoir vu cette personne ? »

Kamil secoua la tête. « Je ne les ai pas vus. J’ai été assommé, regardez mon visage ! »

« Je demande », dit Jaunder, « parce que j’ai eu ce matin le rapport d’une personne disparue passé sur mon bureau de la station de police du village Hunter. Une jeune fille disparue, cheveux noirs, yeux bleus, très jolie si je comprends, étudiante à l’université locale… Cela vous dit quelque chose ? »

Kamil savait que Jaunder étudiait tous les mouvements de son visage quand il posait sa question, et il essaya de ne pas réagir, mais il pouvait sentir un léger tic à son visage dû à la pression.
« Non, je n’ai pas vu qui l’a fait. » Les mots sortaient mesurés et contrôlés.

« Bon alors », Jaunder se mit debout, « conduisez-moi sur le site, je vais rassembler les chiens et nous allons nous amuser. »

Jaunder se versa un autre verre de whisky et l’expédia de la même manière que précédemment. « Et procurez-vous de nouvelles bottes, pour l’amour de Dieu. Et nettoyez votre visage, il est difficile pour moi de le regarder. »

Kamil resta assis pendant quelques instants, se demandant s’il était hors de danger ou si ce voyage dans les bois serait son dernier. Il trouva un certain encouragement dans le fait que Jaunder lui avait ordonné de nettoyer son visage.

James
A suivre …

Source : Forum Wingmakers
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