La prophétie de DOHRMAN WINGMAKERS

Wingmakers: The Dohrman Prophecy – Chapitre XLII

The Dohrman Prophecy de James Mahu

Traduction intégrale du livre web

dohrman prophecy

Chapitre 42 – Fils de l’Accomplissement

Doriah descendait l’escalier avec une impatience croissante.

Il avait laissé Hugelitod dans le temple souterrain depuis plus de trois heures, et sa curiosité aux découvertes de Hugelitod avait augmenté jusqu’à ce qu’il ne puisse plus attendre.

Une partie de lui s’étonna de constater que Hugelitod n’avait pas déjà frappé à la porte de l’escalier, agité par l’envie de sortir du temple, mais il savait aussi que Hugelitod n’était pas un prêtre ordinaire.

Tandis que Doriah arrivait dans la salle principale du sanctuaire, il vit que tout était sombre. Il tenait seulement une bougie – en hommage aux anciens qui avaient construit le temple. La lampe torche de Doriah semblait irrévérencieuse, ainsi même avec sa bougie modeste, il pouvait distinguer la silhouette de Hugelitod assise sur le sol avec ses mains repliées à l’intérieur de sa robe, et sa capuche lui couvrant la tête.

« Il fait un peu froid par ici, après quelques heures », dit Doriah avec une lueur d’humour. « Avez-vous eu l’occasion d’explorer ? »

« Asseyez-vous avec moi », répondit Hugelitod. « Il y a quelque chose que je veux vous demander. »

Doriah, avec quelque effort, plaça sa bougie sur le sol, et s’assit lentement sur le sol froid de pierres pavé. Il balaya rapidement la répartition énergétique de Hugelitod, et remarqua qu’elle était amplifiée, claire et dynamique avec une puissance qu’il n’avait jamais vue auparavant – en n’importe quel être humain. Seulement quelque chose de profond pouvait avoir fait cela.

« Vous avez une question à me poser ? », demanda Doriah, alors qu’il tira son capuchon en arrière pour révéler son visage défiguré.

« Est-il possible que vous soyez un sympathisant de l’Oracle », commença Hugelitod d’une voix murmurée mais intense, « et que vous cachiez ceci à l’Ordre des Seize Rayons ? »

Doriah regrettait d’avoir retiré son capuchon ainsi il aurait pu cacher sa surprise avec plus de discrétion. « Pourquoi me posez-vous une question aussi étrange ? »

Hugelitod s’assit plus confortablement. « Dans la chambre … avec le monolithe d’or, les Grands Initiés parlent-ils avec l’Oracle ? »

Il a tout compris, pensa Doriah. Il connaît l’accès au temple !

« Avez-vous eu accès à l’Oracle dans cette chambre ? », demanda Doriah – le ton de sa voix en étrange contraste par rapport à sa sensation de crainte.

« Toute ma vie, j’ai accumulé des idées et des vérités supposées », répondit Hugelitod, « de ceux en qui je faisais confiance. J’estimais que l’Église, avant tout, était axée sur l’apport de la sagesse de Dieu au peuple, et si je pouvais servir à cela, alors je serais satisfait. Ma vie aurait un sens. »

« Mais ensuite, j’ai rencontré l’Oracle … et maintenant je vois les choses différemment. Maintenant, je comprends que nous nous sommes effectivement rejoint dans les rituels, la cérémonie, des termes qui sont depuis longtemps morts et ont cessé de signifier ce qu’ils signifiaient autrefois. Nous avons jugé les autres, ne sachant rien de nous-mêmes. Et nous avons divisé la vérité en autant de pièces que personne ne peut la réassembler. »

« Pourquoi me dites-vous cela ? », demanda Doriah, sentant que Hugelitod renonçait à l’Église.

« Non, pourquoi ne répondez-vous pas à mes questions simples ? », criait presque Hugelitod, sa voix résonnant dans l’immense sanctuaire de glyphes en pierre.

La lueur irrégulière de la bougie semblait être le mouvement respiratoire des antiques murs porteurs d’écrits. Les glyphes semblaient se tordre tels des serpents, et Hugelitod ferma les yeux, espérant qu’il fût inaccessible à leur venin.

« Tout d’abord, ce ne sont pas des questions simples. Je vous parlerai franchement », entonna Doriah, « mais vous devez d’abord comprendre quelque chose à mon sujet. »

Il prit une profonde inspiration, relâcha un soupir et désigna son visage. « Ces brûlures sont dues à une guerre. J’ai grandi dans Santorman, à l’apogée de la Guerre de Huit Ans. C’était avant que les avions ne lâchent des bombes comme des facteurs. On se battait au corps-à-corps dans les rues, qui étaient envahies par le chaos, et les pieds, sinon les pouces, mesuraient chaque mouvement dans la guerre. »

« Le seul refuge dans toute la ville était l’église. C’était une belle et immaculée structure en teck et marbre blanc, dont les vitraux montaient à de telles hauteurs … et quand le soleil traversait leurs riches couleurs… ». Un sourire s’inscrit momentanément sur son visage. « J’ai grandi impie, nous n’avions ni église, ni sanctuaire. Il n’y avait aucun lieu pour se cacher. »

« Quoi qu’il en soit …un jour, j’attendais dans les rues un ami qui m’apportait de la nourriture- »

« Quel âge aviez-vous ? »

« Neuf … presque dix ans », répondit Doriah, sa voix soudainement sombre. « Un groupe de soldats arriva et commença à me harceler … sans raison particulière. Ils ne sont même pas inquiétés de quel côté j’étais, ils voulaient simplement faire du mal à un innocent », soupira-t-il, « comme si j’étais innocent. J’avais vu toute la matière de la souffrance et la misère … »

« Mais le point crucial de cette histoire est que les soldats, n’aimant pas l’explication de ma présence dans la rue, et en raison, du moins en partie, de leur état d’ébriété, ils décidèrent de m’asperger avec de l’essence et se relayaient pour voir qui pourrait jeter une allumette allumée avec une précision suffisante pour m’incendier. »

Hugelitod plissa les yeux de douleur alors que son imagination traduisait les paroles par des images insupportables. Il tendit la main, touchant la manche de Doriah. « Vous n’avez pas besoin de terminer l’histoire- »

« D’accord, c’était il y a bien longtemps, et si c’était trop cruel pour un cœur humain à supporter, je serais mort ce jour-là … mais de toute évidence je ne le suis pas. »

« Qu’est-il arrivé ? »

« Il y eut un prêtre qui se trouvait par là et vit l’horrible événement qui se déroulait, et dès que l’une de ces allumettes trouva mon bras, je fus dévoré par le feu. Je vis un léger gonflement, j’entendis rire et puis j’ai senti une robe m’emmailloter comme un bébé, puis l’odeur de la fumée âcre et des cheveux brûlés emplit mes narines … et … et puis la douleur vive alors que cette lumière commençait à révéler sa nature hostile. »

« Ce prêtre était mon sauveur, envoyé par quelque force, ou intelligence, pour me protéger, pour me donner une autre vie. J’ai passé l’année suivante dans ses soins, récupérant, mais aussi étudiant ce nouveau monde que j’avais précédemment nommé le bavardage du faible. »

Doriah secoua la tête au souvenir. « Quand je parvins finalement à dépasser la douleur, et que je pus utiliser mes yeux à nouveau, je ne pouvais voir que dans des pièces faiblement éclairées. Mes yeux étaient devenus ultras sensibles. Le prêtre qui m’avait sauvé, enleva les bandages, et pour la première fois en trois mois je pus ouvrir les yeux. Je le regardai, mais ne vis qu’un étrange mélange de lumières. Il n’y avait rien de physique. »

« Au début, j’étais terrifié. Tout se résumait à des particules de lumière circulant comme des feuilles dans les courants sauvages d’une mer incroyablement vaste. Je n’étais qu’un enfant, et pour moi, c’était comme si j’étais aveugle, et en quelque sorte … je l’étais. Je ne pouvais voir ni les formes ni les structures physiques d’aucune sorte. Et si j’essayais de regarder en plein jour, mes yeux ne voyaient que du blanc, une lumière aveuglante. »

« Durant trois ans, je n’ai jamais quitté ni l’église, ni le prêtre. Il sentait que j’avais reçu un don de Dieu et il écrivit à l’ordre au sujet de mon état. Après la fin de la guerre, ils envoyèrent un représentant pour me rencontrer… » Le regard de Doriah était vitreux alors qu’il se souvenait de l’événement qui changea sa vie.

« Il doit rester dans la pénombre, c’est pourquoi il reste surtout dans cette pièce », expliquait le prêtre, marchant dans le couloir de portes closes.

« Cela prendra seulement quelques instants », dit le représentant, « mais je préfère parler à l’enfant seul. »

« Bien sûr », dit le prêtre, s’inclinant doucement et ouvrant la porte. « Doriah, notre invité est enfin arrivé. Vous pouvez vous adresser à lui comme Révérend Père. Il a fait un long voyage pour vous rencontrer, alors soyez courtois et honnête. »

Le jeune garçon, ayant tout juste treize ans, acquiesça, regardant avec des fentes minces pour les yeux. « Je le serai, bien sûr. »

Le prêtre s’éloigna de la porte, permettant au Révérend Père d’entrer dans la pièce. Le prêtre lui désigna une chaise. « S’il vous plaît, asseyez-vous et mettez-vous à l’aise. Je vous laisse à votre conversation, et je vais préparer le déjeuner. Je suis sûr que vous avez faim après votre voyage. »

Le Représentant regarda de nouveau le prêtre et lui sourit. « Je vous remercie de votre l’hospitalité. » Il enleva alors son manteau et s’assit sur la chaise, alors que la porte se fermait derrière lui et la chambre s’obscurcissait.
« C’est un miracle que cette église soit restée intacte », dit brusquement le Révérend Père après un long silence. « C’est très beau. »

« Je ne peux que ressentir sa beauté », dit le garçon, « mais quand j’étais plus jeune, je pouvais voir comme vous, et j’ai souvent souhaité, secrètement, pouvoir aller à l’intérieur et la voir. »

« Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? »

Le garçon se détourna, comme si cela lui rappelait un souvenir désagréable.

Il était petit, même pour ses treize ans, et son corps – jusqu’à la taille – était dévêtu. Il était difficile pour le Révérend Père d’essayer de voir la défiguration de l’enfant, dans la chambre obscure ses yeux ne pouvaient voir que la ligne sombre de son visage.

« Je ne me sentais pas digne, je suppose », dit le garçon.

« Et maintenant vous le feriez ? », demanda le Révérend Père.
« Je ne suis pas sûr », répondit timidement le garçon, « mais j’espère. »

« Père Daniel a expliqué que vous voyez des anges. Est-ce vrai ? »

Le garçon s’agita sur sa chaise, comme s’il était nerveux en présence de son invité estimé. « Tout le monde est un ange », répondit le jeune homme. « C’est difficile à expliquer, et je sais que vous voulez comprendre comment je vois les choses différemment de vous … de tout le monde, mais je ne sais pas comment le dire en mots simples. Après ma blessure, mes yeux ont commencé à voir des formes de lumière qui sont toujours en mouvement. À l’heure actuelle, même si vous êtes assis sur votre chaise, immobile, je vois un kaléidoscope de couleurs changeantes. Je ne vous vois pas comme un homme avec une tête, des épaules, des bras et des jambes … Je vous vois comme … une danse de lumière, et bien que mes yeux cherchent quelque chose de familier, je ne peux le voir. »

« Voyez-vous des différences dans les formes de lumière d’une personne à une autre ? », demanda le Révérend Père.
« Oh, oui », dit le garçon. « Tout le monde est différent ; même les insectes et les plantes. »

« Vraiment? Vous pouvez voir les insectes de cette façon, aussi ? »

« Je vois tout de cette façon. Est-ce mal ? »

Le Révérend Père croisa les jambes, et se redressa sur sa chaise en bois qui craquait sous son poids. « Non, bien sûr que non. »

« J’ai eu peur que vous veniez et me trouviez maudit ou possédé par quelque démon, alors je suis très heureux d’entendre vos paroles. Je vous en remercie », dit le garçon, en frappant sur sa chaise avec un petit bâton.
« Je ne peux ni sourire ni rire, alors quand je me sens heureux, j’utilise ce bâton afin que d’autres sachent ce que je ressens », expliqua le garçon.

Le Révérend Père sourit à la voix tendre de l’enfant, et frappa sa propre chaise avec ses doigts en réponse.
« Vous êtes le premier, mis à part le Père Daniel, à le faire », dit le jeune homme, en tapant son bâton. « Mais je reconnais que je peux voir votre bonheur, ou de toute autre émotion, tout simplement en regardant votre répartition de lumière et les couleurs. »

Le Révérend Père resta assis tranquillement pendant quelques secondes. « Que voyez-vous maintenant ? »

« Je vois des lumières d’or avec des reflets roses et verts », répondit le garçon. « Ce sont de bonnes couleurs. Ce sont les couleurs de l’amour. »

« D’où je viens », commença le Révérend Père, après une profonde respiration, « nous avons un grand prophète. Et ce prophète a parlé de vous, ou du moins je crois que c’est vous. »

« Un grand prophète parle de moi ? », demanda le jeune homme, incrédule. « Qu’est-ce qu’il a dit ? »

« Que vous deviendrez un prêtre et remplirez un devoir très élevé au sein de l’Église. »

Sans le savoir, la main gauche de Doriah frappait le sol du sanctuaire, s’imaginant tenir un bâton. Il quitta sa rêverie au son de la voix de Hugelitod.

« Ce grand prophète, je suppose que c’était l’Oracle ? », demanda Hugelitod.

Doriah acquiesça. « L’Oracle avait prédit que je serais le prochain Lecteur de Vérité. Le Révérend Père voulait vérifier que mes capacités étaient authentiques, je suppose. Le lendemain de notre rencontre, je quittai ce qui avait été ma maison pendant trois ans et voyageai avec le Révérend Père vers ma nouvelle demeure. » Doriah leva une main avec un index pointant vers le haut.

« Vous avez vécu ici, tout ce temps ? », demanda Hugelitod.

« Je parais beaucoup plus vieux que je ne le suis », répondit Doriah avec un doux rire étouffé.

Hugelitod savait que la Guerre des Huit Années était terminée depuis 26 ans, et aussi qu’il était arrivé à l’âge de Doriah, et fut choqué de se rendre compte qu’ils avaient seulement deux ans d’écart.

« Maintenant, revenons à vos questions initiales », dit Doriah. « Je suis le seul qui accède à l’Oracle depuis ce temple… à part vous », ajouta-t-il avec un mince sourire. « Les Grands Initiés croient que le monolithe d’or n’est rien de plus qu’un lieu pour offrir des prières à un dieu païen. Ils n’ont même pas aimé ce lieu. Pour eux, cela leur semble un peu trop …ancien. »

Doriah regardait la flamme de la bougie qui dansait au-dessus du sol. « Quant à votre autre question, je sympathise avec l’Oracle, car ce qu’il a apporté à cette planète et à ses habitants est tenu derrière des barreaux comme un prisonnier en isolement carcéral. D’une certaine manière, même Karnomen souhaite qu’il puisse en être autrement, mais s’il faisait toutes les corrections au système de croyances de l’Église il en démantèlerait tous les aspects, tous les principes fondamentaux s’écrouleraient, et la crainte est que les gens ne sauraient ni quoi faire, ni quoi croire- »
« Vous voulez dire qui croire, n’est-ce pas ? », intervint Hugelitod. « Comment quiconque pourrait donner une deuxième chance à l’Église quand il constate qu’elle a délibérément dissimulé la vérité? Ses adeptes la quitteraient, et avec eux, leur argent et leur soutien. Karnomen serait celui qui a détruit l’Église. »

« Karnomen est un grand homme », défendit Doriah. « Ce n’est pas un seul homme, c’est beaucoup plus grand que cela. Toutes les religions de cette planète sont connectées sur ce mensonge, de même que les chefs d’État. »

« Oui, mais notre Église est la principale religion sur cette planète et nous tenons l’essentiel de la responsabilité car nous avons l’Oracle. »

« Qu’est-ce qui vous fait penser que notre Oracle est l’Oracle ? », demanda Doriah, en regardant dans les yeux de Hugelitod.

« Que voulez-vous dire ? »

« L’Oracle a dit que son accès ne peut être gouverné par une seule source », répondit Doriah.

« Mais nous avons un accès ici, dans ce temple, dans cette chambre », Hugelitod pointa le couloir sombre. « Ce n’est donc pas régi par une seule source. Voulez-vous dire qu’il y a d’autres Oracles sur la planète ? »

« C’est une très grande planète, de nombreuses cultures différentes, des croyances différentes qui ont été polies par les anciens du siècle, et nous l’avons souvent oublié. La vérité dégèle toujours, et des hommes sont encore éveillés. Les créateurs de l’Oracle sont bien conscients de ces choses. Il est inimaginable pour moi qu’ils n’aient fourni qu’un seul porte-parole de leur avenir, dans un petit coin de cette planète en pleine expansion. »

Doriah se tut un instant, comme s’il attendait que Hugelitod dise quelque chose.

« L’Oracle a cette notion étrange », dit finalement Hugelitod, la voix un peu brisée, « que je vais devenir un guide d’un certain genre- »

« L’Oracle a dit cela… maintenant… alors que vous étiez dans la Chambre ? »

Hugelitod acquiesça.

« Donc, la prophétie se réalise », murmura Doriah, principalement pour lui-même.

« Vous auriez besoin de l’accès aux documents originaux », laissa échapper Doriah, comme s’il s’était soudain rendu compte qu’il avait à jouer un rôle dans les plans de l’Oracle. « Et l’Oracle sait bien que les copies de ces volumes sont stockées dans ce temple même … »

Doriah fronça les sourcils comme un homme pris entre deux passions, ne pouvant en choisir qu’une seule. « Je ne sais pas si je peux vous aider … ce serait très difficile pour moi de faire quoi que ce soit qui nuirait à Karnomen, ou de contrevenir à sa volonté, je lui dois la vie – tout à fait littéralement. Quand je suis arrivé ici, ma santé s’était détériorée à un tel degré que, sans son aide, je serais mort. Il m’a encadré après ma convalescence. Il me faisait confiance suffisamment pour me laisser être le gardien de ce temple … il est mon plus proche ami et défenseur. »

Doriah se tut, le froncement de sourcils encore bien en vue sur son visage.

« Il y a des voix désincarnées qui semblent avoir tout prévu dans ma vie », dit tranquillement et sans émotion Hugelitod. « Il me semble que j’ai été envoyé dans ce monde pour uniquement cette mission, et quelque part, enfoui au plus profond de moi, tout est défini et clair. Mais là où je vis ici et maintenant, je ne vois que disgrâce et obscurité, et devant moi, je sais qu’un gouffre impossible à traverser attend. Si je n’ai pas votre soutien, quelle chance ai-je ? »

« Je suis désolé », dit Doriah, ses mains s’agitant nerveusement sur ses genoux. « Je ne pense pas que je puisse vous aider sans le consentement de Karnomen. Je comprends votre tâche et je crois en elle, mais mon conflit est trop fort pour simplement changer de loyauté, comme si une seule importait. J’ai besoin de prier à ce sujet, mais pour l’instant, ma réponse est non. Je suis désolé. »

« Votre fidélité envers Karnomen est si forte que vous êtes obligé de lui parler de notre conversation ? »

« Je ne sais pas », dit Doriah, levant son capuchon comme s’il avait soudainement froid, ou était pressé de partir. « Je ne sais pas. Je crains que je doive envisager cette question. Donnez-moi jusqu’à demain après-midi pour avoir une réponse. Je vais vous raccompagner dehors. »

Sur ce, Doriah se leva avec une certaine peine, et Hugelitod, semblable à un reflet, se leva aussi. Le reste du trajet hors du temple fut parcouru dans un silence surnaturel, un cortège de deux hommes entouré par des milliers d’esprits.
Comme ils arrivèrent au local technique, Doriah ralentit, se tourna vers Hugelitod, et avec une expression d’amitié, tendit sa main. Hugelitod l’a pris et sentit la douceur de la peau délicate de la main de Doriah. Elle semblait mince et fragile, et Hugelitod renvoya une douce poignée de main.

« N’oubliez pas une chose dans tout cela », dit Doriah. « Votre expiation n’a jamais été en question. Cela faisait partie intégrante de votre initiation. Nous ne vous demanderons jamais de prendre la vie d’autrui – sauf pour tester votre niveau de fidélité à l’Ordre. »

« Le problème auquel vous faites face est le même pour nous tous : comment dire la vérité aux gens sans perdre leur foi en notre institution ? »

« Peut-être que c’est le moment », rétorqua Hugelitod, « que notre établissement s’autorise à être une Église – pas une Église intérieure et extérieure – une Église qui partage seulement la vérité sur : qui nous sommes, pourquoi nous sommes ici, et où nous allons. Tout le monde ne mérite-t-il pas de savoir cette chose au moins ? »

Doriah fixait le sol, évitant les yeux perçants de Hugelitod. « Vous parlez de transparence comme s’il n’y avait qu’un escalier à monter et tout le monde pourrait tout simplement s’élever au Paradis sans aucune réserve. Comme je l’ai déjà dit, la vérité fond, et les hommes se réveillent, mais les deux processus se produisent – au moins à nos yeux – douloureusement lentement. Mais qui dit que ce n’est pas toute la partie du plan – mélanger les mondes humain et céleste progressivement ? »

« Doriah, qui dit que le rythme ne peut être accéléré. Que l’humanité n’est pas prête pour une distribution plus directe et intense de la vérité ? Qui dit cela ? Karnomen ? Levernon ? Qui ? Je crois que l’Oracle a été apporté à ce monde pour une raison, et que sa connaissance et sagesse doivent être partagées quelle que soit la conséquence. Au moment où nous réglementons la vérité, nous réglementons la destinée humaine, je ne veux pas faire partie de tout ce qui entrave ou contrôle cela. »

« Vous parlez comme si nous privions les gens de leurs droits à Dieu et au royaume céleste », répondit Doriah avec une intensité inhabituelle en marchant vers la porte extérieure. « Personne ne se trouve privé de ce qui est en leur sein. La porte s’ouvre quand ils sont prêts à l’ouvrir, et elle est tout à l’intérieur. » Doriah se retourna et leva les bras. « Tout cela? C’est du théâtre. Il s’agit d’une scène sur laquelle nous tous interagissons dans un jeu soigneusement chorégraphié que nous appelons la vie. »

Il déplaça sa main droite en un poing fermé sur son cœur, se frappant la poitrine doucement dans un rythme sourd. « Ici est la mesure de toutes choses, elle ne se trouve pas dans ce théâtre … On la trouve ici. Comment allez-vous, ou l’Oracle, réorienter les gens à ceci ? Avec des mots simples ? Les croyants croient non pas à cause de paroles ou de brillantes cérémonies ou des rituels tissés de langues anciennes … Ils croient parce que leurs cœurs leur ont dit. Ils résonnent avec la partie de la vérité qu’ils sont prêts à accepter. »

« Peut-être qu’ils sont prêts à accepter plus », dit tranquillement Hugelitod, contrant l’intensité de Doriah. « Peut-être qu’ils veulent une spiritualité qu’ils peuvent utiliser – quelque chose qui ne les exploite pas, mais qui les exalte. »

Doriah secoua la tête. « Pensez-vous vraiment que les gens soient prêts à devenir des dieux ? D’où je viens, j’ai vu et vécu toutes sortes de dépravation humaine ; l’obscurité chez les hommes ne disparaîtra pas tout simplement parce que l’Église les exalte et les oint avec la vérité. Le sourire d’un ennemi, ou le fantôme d’un ancêtre qui chuchote des encouragements, éveille leur colère. Ils vacillent entre le bien et le mal, comme les ailes d’un papillon, brouillant son passage vers la lumière, et ensuite, la lumière trouvée, l’obscurcissant. »

« Les hommes sont des animaux autant qu’ils sont des anges, mais la tristesse de leur vie animale n’est pas une passerelle vers le Paradis, c’est leur limitation à connaître la vérité. Jusqu’à ce que l’humanité puisse s’aimer plus que ce qu’elle craint elle-même, jusqu’à ce que l’humanité voie le Métier à tisser du Ciel comme sa maison, vous ne pouvez pas verser la vérité et espérer que les gens la boivent. Les gens se moqueront de l’Oracle. Ils diront qu’il n’existe pas. Qui est l’Oracle pour nous dire comment vivre ? Pourquoi Dieu enverrait une pierre pour nous dire ce que nous devons croire ? »

« Ce sont toutes les réalités que l’Oracle ne comprend pas. C’est pourquoi la religion est laissée dans les mains de dirigeants humains qui ont un aperçu de l’état de préparation de leur troupeau, qui ont un sens de la préparation et du calendrier, et une sensibilité aux besoins de la collectivité. »

Doriah ouvrit le loquet de la grande porte antique. « Revenez demain, dans l’après-midi, je vous donnerai ma réponse. Dieu soit avec vous », Doriah se tourna et s’éloigna, laissant Hugelitod ouvrir la porte et disparaître dans le monde de la lumière solaire et des arbres anciens.

James
A suivre …

Source : Forum Wingmakers
Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer la source et le site: http://www.elishean.fr

Print Friendly, PDF & Email
Articles similaires

ISOLATION + CHAUFFAGE pour 1 euro. Nouveau dispositif 2020

Vérifiez votre éligibilité !

Suivez nous sur les réseaux sociaux

Votre aide est importante…

Vous appréciez mon travail et vous voulez soutenir ce site?

Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur PayPal.

Même une somme minime sera la bienvenue, car je gère seule tous les sites du réseau Elishean/ les Hathor. Avec toute ma gratitude, Miléna

 

Articles Phares