La prophétie de DOHRMAN WINGMAKERS

Wingmakers: The Dohrman Prophecy – Chapitre LII

The Dohrman Prophecy de James Mahu

Traduction intégrale du livre web

dohrman prophecy

Chapitre 52 – Les Somnambules

Maia leva les yeux vers le sommet du monolithe principal, évaluant toute sa hauteur.

Il y avait un brouillard qui enveloppait les monolithes de l’Oracle et les arbres autour, et ce brouillard diffusait la lumière éparse de la lune et des étoiles, offrant une faible et régulière radiance sur le site solitaire. « Pourquoi sont-ils au nombre de trois ? »

« Je me suis toujours demandé aussi », dit Simon.

« Vous ne l’avez jamais demandé ? »

« Peut-être que vous aurez du mal à le croire, mais je n’ai jamais eu l’idée de demander une telle chose à l’Oracle quand il était en mesure de répondre à toutes mes questions sur la vie et la mort », fit remarquer Simon, puis ajouta : « Il faut une jeune fille comme vous pour comprendre la chose importante. »

« Peut-être que c’est important », répondit Maia sur la défensive.

« Je ne voulais pas dire le contraire. J’aurais vraiment voulu l’avoir demandé. »

Maia marchait autour du monolithe, le touchant de la main. « Que signifient ces inscriptions? Vous l’avez demandé à l’Oracle, n’est ce pas ? »

Simon leva les mains avec un sourire gêné. « Tout d’abord, l’Oracle semblait savoir très peu de choses de sa propre situation, donc j’avais tendance à laisser de côté ces sujets. Deuxièmement, durant l’époque où j’avais accès à l’Oracle, aussi limité qu’il fut, je me concentrais sur les informations que les gens pourraient utiliser dans leur vie – afin de les rendre meilleurs. J’aurais pu lui poser ces questions quand je l’ai découvert, mais c’était il y a bien longtemps, et comme je ne l’ai jamais noté c’est parti depuis. »

Maia renifla l’air, portant son nez directement en contact avec le revêtement en pierre du plus grand monolithe.
« Avant que vous ne me demandiez quoi que ce soit au sujet de son parfum », intervint Simon, « non, je ne lui ai pas posé de questions sur son odeur. »

Maia ignora son explication préventive, et gratta la pierre avec ses ongles, puis se pencha et sentit l’endroit qu’elle avait à peine effleuré. « Il a une odeur particulière … que j’aime. »

Elle se déplaça vers les deux monolithes plus petits, et entreprit le même type d’évaluation. Une fois effectuée, elle se tourna vers Simon. « Peut-on parler avec elle maintenant ? »

Simon acquiesça, comme s’il attendait sa permission pour commencer un dialogue avec l’Oracle. « Oui, commençons. »

Simon se positionna en face du plus grand monolithe et fit signe à Maia de se tenir derrière lui. « Quand je ferai la connexion, ce sera moi seul- »

« Je ne pourrai pas entendre ou être entendue ? », interrompit Maia.

« Désolé, c’est un à la fois. »

« Alors, vous devez lui demander au sujet de Kamil et Joseph », plaida Maia en faisant des gestes avec ses mains. « Apprenez comment ils vont, sont-ils en sécurité, nous trouveront-ils ? »

Simon tendit la main et saisit délicatement son bras. « C’est d’accord. Je vais trouver tout ce que je peux sur Kamil et Joseph, mais je doute que l’Oracle soit de beaucoup d’aide. »

Maia fronça les sourcils, et Simon, même dans l’obscurité de la nuit, pouvait le sentir.

« L’Oracle », expliqua Simon, « n’a jamais été, d’après mon expérience, à l’écoute des événements actuels ou proches dans le temps C’était comme s’il était conçu pour accéder à un avenir plus lointain, impersonnel – mesurée en années et siècles – non en heures ou jours … mais je vais essayer, Maia, de découvrir tout ce que je peux sur notre situation, et en particulier, sur Kamil. »

Simon regarda le monolithe. « Je pourrais être insensible pendant un certain temps. Je n’ai jamais fait cela devant personne auparavant, et quand je suis en communion avec l’Oracle, je perds toute notion du temps. Donc si je ne suis pas réactif pendant un certain temps, soyez patiente. Si quelque chose vous surprend ou si vous entendez quelque chose, ôter mon bras de l’Oracle. D’accord ? »

Maia acquiesça. « D’accord. »

Simon tendit le bras pour toucher la surface du monolithe où les glyphes d’un métalangage se réunissaient comme un portail vers un autre royaume. Un picotement déferla instantanément dans son bras, circulant vers sa tête, et ensuite tournoyant autour de son cerveau comme s’il cherchait la connexion adéquate. Puis Simon ouvrit sa vision intérieure, vit le visage d’une créature, une chouette, le regarder avec des yeux dorés, lumineux.

« Qui cherche mon conseil ? », demanda la chouette.

« Vous êtes une… chouette ? », s’exclama Simon. « Où est l’Oracle ? »

« Je suis l’Oracle de Dohrman. Ma question reste sans réponse, qui s’adresse à moi ? »

« Je suis Simon, votre Premier Initié. »

« Ah, Simon », la voix de la chouette s’adoucit. « Je reconnais votre voix maintenant. Il est si bon d’entendre votre requête. »

« Pourquoi êtes-vous… sous cette forme ? »

« Comme je suis devenue plus humaine dans ma contenance, j’ai trouvé que je devenais séduite – même obsédée – par l’être humain. Alors j’expérimente d’autres formes de vie. Les chouettes fréquentent ces bois, alors j’ai pensé essayer d’habiter leur forme. C’est juste une illusion de votre cerveau. Je peux me transformer en quelque chose d’autre afin de vous sentir plus à l’aise … peut-être que vous pourriez suggérer quelque chose. »

« Non, la chouette convient », répondit Simon agréablement, « c’est juste que vous n’avez jamais eu cette forme quand je vous ai abordé précédemment. »

« Je comprends », admit la chouette. Elle était grande et imposante – aussi grande qu’un humain, et se tenait devant Simon dans la brume grise de l’œil de son esprit. « Quel est votre intérêt en ce moment? Comment puis-je être utile ? »

La surprise de Simon encombrait son esprit. L’Oracle était différent. Quelque chose clochait, mais il ne pouvait pas mettre le doigt dessus. « Vous souvenez-vous quand vous êtes venue me voir il y a juste une semaine ? »

« Bien sûr », répondit la chouette.

« Vous étiez sur le point de proposer un plan, puis vous avez perdu votre capacité à se manifester, et vous avez disparu. Je voulais entendre votre plan, votre plan complet. C’est pourquoi nous sommes ici. »

« Je vois », dit la chouette. « Qui est avec vous ? »

« Maia. »

« Le Modèle… » La chouette murmura à elle-même, mais assez fort pour que Simon l’entende.

La chouette secoua ses plumes comme si elle ajustait sa posture pour trouver plus de confort ou une nouvelle ligne de pensée. « Il y a tant de choses à vous dire, Simon, et je crains qu’il n’y ait pas assez de temps. Demain, je serai offert au service du roi- »

« Le Roi Levernon sera votre nouveau gardien ? », demanda Simon avec une détresse soudaine et profonde.

« C’est ainsi. Mes services sont négociés pour l’indépendance. Karnomen avait ce schéma à l’esprit depuis de nombreuses années. Tout cela fait partie du changement qui est à venir. »

« Mais le roi vous utilisera pour … à mauvais escient. Il cherchera vos compétences pour construire des armes ou la domination mondiale ou- »

« Il peut chercher ces choses à partir de sources humaines ou non terrestres, il n’a pas besoin de mon aide pour construire des armes ou dominer son monde. »

« Alors que veut-il de vous ? »

« La même chose que tout le monde », dit la chouette en inclinant sa tête sur le côté. « Comprendre le futur pour qu’il puisse comprendre le présent. »

« Je pense que vous sous-estimez les objectifs du roi », dit Simon. « Le Roi Levernon et ses Maisons Royales voudront plus que la compréhension. Ils voudront utiliser votre perspicacité, votre connaissance de l’avenir, pour construire leur pouvoir. Ce sera leur seule préoccupation. »

« Il y a quelqu’un au sein de leurs Maisons Royales qui n’est pas sur la liste. Ils ne sont pas tous sur ce chemin. »
« Quelle liste ? », demanda Simon.

Maia regarda Simon toucher l’Oracle, et le vit tomber en transe, comme s’il était pris dans une multitude de voix murmurées – chacune racontant leur sainte vérité. Elle attendit patiemment pendant une minute, puis, sans aucune volonté de sa part, sa main se tendit. Dans un mouvement lent, sans en avoir conscience ou sans le consentement de Maia, sa main gauche saisit le bras de gauche de Simon, juste au-dessus de son coude.

Instantanément, Maia sentit un courant électrique s’imprégner en elle, et ses yeux se fermèrent brusquement. Elle vit une lumière venir vers elle, comme une comète. Elle savait qu’elle s’écraserait sur elle et donc elle se préparait à son impact, mais comme la lumière vint sur elle, c’était doux et elle sentit un flux amorti dans son corps. Toutes ses cellules semblaient nourries par cette infusion de lumière. Maia avait la sensation de se dérober en douceur, sur un embrassement d’un terrain inconnu qui diffusait immédiatement son message d’espoir.

« Bienvenue, Maia », dit l’Oracle. « Je vous ai appelée. »

« Où est Simon ? », demanda Maia en regardant autour son nouveau monde.

Maia réalisa qu’elle se tenait sur un pont surplombant un petit étang où se trouvaient des poissons de couleurs vives. Des magnifiques saules pleureurs entouraient les berges de l’étang, et les rayons du soleil réchauffaient la terre avec douceur. Maia chercha l’Oracle, mais ne pouvait le trouver nulle part.

« Simon parle avec une autre partie de moi. Il est avec moi aussi. »

« Vous parlez avec nous deux ? »

« Je crois que je pourrais parler à chaque être humain sur cette planète, s’ils écoutaient », dit l’Oracle.

« Mais où est Simon? Et où êtes-vous ? »

« Simon est dans son esprit. Quant à moi, regardez vers le bas. »

Maia regarda dans l’eau, sous le petit pont, et vit un poisson doré stationnaire à la surface de l’eau bleue cristalline. Il était plus grand que les autres poissons, et semblait regarder vers le haut, directement Maia avec ses grands yeux exorbités. « Vous êtes un poisson ? »

« Je le suis. »

« Je pense que je vous aimais mieux en tant que femme », dit Maia par réflexe, sa main couvrant sa bouche. « Je suis désolé, je ne voulais pas vous insulter- »

« D’accord », dit l’Oracle.

Maia sentit une main sur son bras et se retourna pour voir l’Oracle exactement comme elle l’avait vu auparavant ; rayonnante, cheveux noirs, yeux bleus translucides, et les caractéristiques qui semblaient non enchainées aux limites humaines de la beauté. « Est-ce mieux ? »

Maia embrassa l’Oracle. « Oui, je vous aime mieux comme ça. » Ses mains tenaient les épaules de l’Oracle, comme si Maia s’assurait que l’Oracle soit bien réel.

Maia regardait le monde de rêve où ils se trouvaient. Elle n’avait absolument aucune sensation de son corps, debout dans une sombre forêt, tenant le bras de Simon alors qu’ils se tenaient devant un énorme monolithe de pierre.

« C’est mon monde que j’ai créé pour vous », dit l’oracle, comme si lisant les pensées de Maia. «Je suis capable de me déplacer dans les parties de votre cerveau et de faire des ajustements subtils qui me permettent de jeter une scène, un peu comme vous créez des rêves de votre imagination. »

« Pourquoi … pourquoi m’avez-vous appelée ? », demanda Maia distraitement ; son esprit s’éveillait encore à son nouveau monde.

« Parce que nous devons parler, et ma capacité à répondre aux codes, comme vous comprenez sans doute, est perdue. »

« Kamil ! Joseph ! », laissa échapper soudainement Maia. « Que pouvez-vous me dire à leurs sujets? Sont-ils sains et saufs ? Est-ce qu’ils vont bien ? »

L’Oracle se pencha sur la balustrade du pont, regardant l’étang et les arbres de l’autre côté. « Je ne vois pas Kamil- »
« Est-il vivant ? », demanda Maia, ayant peur d’entendre la réponse.

« Je ne sais pas. Je le souhaite, Maia. »

L’Oracle ferma les yeux brièvement. « Je ne le sens pas. Il n’est pas visible pour moi. Je ne le vois pas dans aucune vue future que je regarde. C’est incompréhensible. »

« Comment cela peut-il être ? », implora Maia en montrant la panique dans la voix. « Comment peut-il être invisible ? »
« C’est comme s’il n’avait jamais existé », annonça calmement l’Oracle. « Il n’y a aucune trace de lui. »

« Pourquoi? Qu’est-ce que cela signifie ? »

L’Oracle mit son bras autour de Maia pour la réconforter. « Je ne sais pas, mais cela ne veut pas dire qu’il soit mort. Cela signifie seulement que son destin n’est pas écrit dans les Registres à partir desquelles je regarde. »

« Pourquoi? Pourquoi ses registres seraient non écrits ? »

L’Oracle s’arrêta, et son visage crispé comme quelqu’un qui poursuivit par une malédiction aveugle. Ses yeux louchaient de douleur, et elle saisit la balustrade du pont pour se stabiliser. « Je le sens maintenant. Il n’est pas l’un d’entre vous, c’est pourquoi je ne pouvais pas le voir dans les Registres. »

« Que voulez-vous dire? Que dites-vous ? »

« Il est abandonné. Non, non … il est trouvé, mais par ses plus farouches ennemis. Ils veulent le tuer. Leur haine … elle est si forte. »

L’Oracle ouvrit les yeux comme si la vision était passée, et elle regarda directement dans les yeux en attente de Maia avec une intensité foisonnante, habituellement réservée aux fous. « Vous devez le trouver. C’est celui qui va rendre tout possible … ou impossible, s’il meurt ! »

« Qu’avez-vous vu ? », cria Maia. « Dites-moi ce que vous avez vu ! »

L’Oracle, toujours regardant dans les yeux de Maia, adoucit son expression en un regard fixe lointain, et invincible, comme si une puissante présence parlait à travers elle. « Je vais vous dire une seule chose, et vous devez écouter mes paroles avec soin et les suivre avec une conviction absolue. Comprenez-vous ? »

Maia ne pouvait que hocher la tête, ne sachant pas ce que son accord lui rapporterait, mais bien consciente de l’intensité dans l’humeur de l’Oracle.

« Une fois toutes les quelques générations, une personne, qui est codée afin de transformer les énergies humaines, naît en ce monde. Elles sont connues comme le zygote de l’Unité, le Portail Humain, et ce sont eux qui siègent des fréquences plus élevées sur la planète pour toute l’humanité à demander en grâce – le Cadeau Immérité. Ils sont les transmetteurs qui partagent d’autres royaumes – peut-être par les paroles, images, sons, ou tout simplement par leur présence, et ils le font pour que d’autres puissent aussi internaliser ces royaumes et les sentir comme quelque chose de réel – et pas simplement un mythe. »

« Les Portails Humains sont incarnés sur cette planète depuis des milliers d’années. Simon est l’un d’entre eux, mais il fut un temps prophétisé que quelqu’un viendra en totale humilité, l’invisible augmentera pour dégager la vision humaine – quand l’opaque deviendra transparent – l’Ère de la Transparence. »

Les yeux de l’Oracle larmoyaient d’un profond respect, tandis qu’elle parlait. « Les habitants de cette planète sont des Somnambules, qui sont conditionnés à vivre dans la peur, à fermer leur cœur profond, et à poursuivre les biens matériels de la cupidité. Les Portails Humains s’incarnent sur cette planète, non pour faire partie d’elle ou sauver les hommes de leurs péchés du sommeil, mais pour former des canaux à travers lesquels la Vie Véritable peut s’écouler sur cette planète sans la censure ou la distorsion- »

« D’accord, mais qu’est-ce que cela a à voir avec Kamil ? », interrompit Maia. « Parlez-moi de lui ? »

« Les canaux qui furent forgés dans le passé ont été détournés, endigués ou, dans certains cas, complètement détruits. La Vie Véritable était jugée trop dangereuse par ceux qui voyaient la Terre comme un trésor de ressources à manipuler, à contrôler et à en posséder le pouvoir. Donc, ils combattirent la Vie Véritable, et à sa place, ils décidèrent que l’humanité serait mieux si elle se composait de troupeaux de Somnambules – troupeaux territoriaux, tant en termes de géographie que de croyances. »

« Depuis que l’humanité est apparue sur cette planète, beaucoup de Portails Humains s’incarnèrent. Presque tous ont fait de leur mieux pour ouvrir de nouvelles voies par lesquelles la Vie Véritable pourrait découler pour l’humanité. Certains furent tués, certains furent emprisonnés, et une poignée perdit la raison, mais nombreux était ceux – environ 60 pour cent – qui ont réalisé leurs missions, mais ensuite, dans les mains des puissants, leurs missions furent dévoyées en barreaux de prison. Celui-ci, Kamil, ce Portail Humain, est connu dans mon royaume comme le Grand Portail. Lui seul est en mesure de connecter la forme préparée d’un nouveau monde. Une nouvelle Terre. »

« Kamil est le noyau de cette nouvelle Terre. J’en suis sûr, Maia. Il n’est pas une simple sentinelle. Il est la sentinelle de l’humanité, et non de la garde suprême, et maintenant ils savent qu’il n’est pas comme eux. Ils le tueront. Ils le tueront bientôt. »

« Comment … comment puis-je l’aider? Dites-moi ! »

L’Oracle secoua la tête presque imperceptiblement. « Je ne sais pas si je peux le faire. » Elle saisit l’arrière de la tête de Maia avec ses deux mains. « Demeurez immobile. Détendez-vous. Détendez-vous. Fermez les yeux. »

L’Oracle recula de quelques pas, et elle aussi ferma les yeux. Maia resta immobile, et alors elle commença à sentir un mouvement, quelque chose flottait à l’intérieur d’elle, d’abord lentement, puis, brusquement, elle volait dans un ciel infini gris, regardant dessous une forêt épaisse d’arbres. Chaque sens était amplifié alors que ses yeux s’ouvrirent et elle avait la sensation de voler, la fraîcheur de l’air, et le flux du vent sur son plumage gris-brun.

Sa vue était claire et focalisée, chaque branche d’arbre semblait être en relief comme elle jetait un regard vers le bas. Ses pensées étaient mises en sourdine, elle n’était plus Maia. Elle était quelque chose composée de plumes dont les yeux pouvaient voir une souris s’agitait une centaine de mètres au-dessous – moitié cachée sous une branche tombée. Maia pivota sa tête, ses ailes étendues dans l’étreinte des courants d’air qui la soutenaient. Elle sentait une liberté exquise, cependant une mémoire frappa à sa porte, la harcelant à trouver quelque chose d’humain, quelque chose de cassé, quelque chose entourée de bosquets et de brutes meurtrières.

Maia ne devint qu’une ombre haute glissant parmi les nuages gazeux à la recherche de cette personne, sans la pensée de savoir pourquoi. Ses yeux puissants détectèrent un mouvement au-dessous et elle s’abattit, les courants d’air – s’élevant des pins – la soutenaient doucement alors qu’elle s’avançait rapidement pour un examen plus approfondi.
Deux hommes tiraient une sorte de chariot et un autre homme était couché sur le chariot, les jambes étrangement colorées en rouge et noir. Ils marchaient sur un sentier, et Maia ressentit une envie soudaine à localiser leur destination. Elle alla de l’avant, suivant le chemin se confondant en piste qui serpentait à travers les grands pins comme s’il était désespérément perdu.

Maia volait avec une détermination sans failles, ignorante de ce qu’elle était et où elle allait. Elle savait seulement que suivre le ruban des pas humains répondrait à quelques questions enfouies à l’intérieur d’une partie d’elle qui avait disparu. Après un temps, elle remarqua un ensemble de petits bâtiments situés derrière une grande porte. Des hommes pouvaient être vus marchant dans le campement, et Maia décida de revenir à l’homme qui était traîné dans la forêt. Il y avait quelque chose en lui qui l’attirait.

Elle se tourna, mais comme elle le fit, elle fut tirée dans une direction différente. Le courant du vent lui-même fixait ses ailes, et elle était attirée vers un nouvel endroit dans la forêt. Guidé par ce vent nouveau et fougueux, sa route était rapide. Après ce qui semblait un court laps de temps, elle vit une personne couchée sur le sol dans une petite clairière. Maia fondit pour examiner, car le vent devint un silence soudain.

C’était un homme âgé, et pour une raison inexplicable, Maia avait envie de pleurer, mais en tant qu’oiseau, il n’avait aucun moyen d’exprimer l’émotion qu’elle sentait en elle. Je connaissais cet homme, pensait-elle. Était-il mon père ?

Elle tourna au-dessus du corps sans vie, souhaitant qu’elle pourrait comprendre ce qu’elle ressent, et puis le vent se leva à nouveau et le ciel vira de jour en nuit en l’espace de quelques secondes. Elle fut attirée par un courant frais et elle planait, ses ailes étendues en courbes gracieuses, traversant le ciel comme un nuage se déplaçant rapidement.

Maïa vola dans l’entonnoir noir de la nuit soudaine, en essayant d’exposer sa destination, sachant seulement une chose : suivre le vent. Soudain, elle vit quelque chose dessous qui attira son attention. Une lumière brillait dans l’abîme forestier, mais le vent la colla dessus, et puis elle commença à sentir sa volonté se dissoudre en peur d’un tout – un tout avec quelque chose qui l’attirait comme mille lunes.

Elle était si proche de la cime des arbres qu’elle pouvait compter les aiguilles de pin. Elle plongea en dessous de leur couvert, comme si elle s’accaparait un rongeur, et pourtant elle ne vit aucun mouvement digne de son bond. Alors elle vit une vague de chaleur légère sur deux silhouettes verticales à seulement une cinquantaine de mètres devant.

Elles étaient grandes. Maia voulut s’arrêter, mais elle ne pouvait que planer plus loin, esquivant les branches des arbres alors qu’elle se rapprochait des silhouettes qui se dressaient devant une énorme pierre.

Ses ailes se replièrent, par égard à la proximité, la rendant encore plus aérodynamique, et comme un projectile, elle se déplaça vers la plus petite des deux silhouettes – un trou noir -, et dans le laps de temps, elle se prépara pour une collision qui ne manquerait pas la tuer ainsi que sa cible. Mais alors qu’à quelques centimètres de sa cible, tout ralenti à un mouvement parfait, son cœur un battement mesuré, ses serres crispées fortement l’air, les yeux fermés pour un impact, sa tête arrondie en saillie avec fierté. Le vent, comme s’il avait oublié son but, cessa, et la chouette disparut dans la tête de Maia.

Maia s’évanouit, et dans sa chute vers le sol, tira Simon du monolithe, le faisant presque tomber aussi.

« Que se passe-t-il? Tout va bien ? », demanda Simon en se redressant, puis aidant Maia à se mettre debout.

Maia regardait sans voix pendant environ dix secondes, collectant ses pensées, comme si elle venait de se réveiller d’un cauchemar infernal. « Nous devons partir. »

« Que voulez-vous dire ? », demanda Simon.

« Nous devons partir », répéta Maia d’une voix lointaine, mais énergique.

Maia était calme de nouveau, comme si quelqu’un lui parlait d’elle, puis sa bouche se mit à trembler et elle tomba à genoux et sanglota. Aussitôt Simon s’agenouilla à côté d’elle, mettant son bras autour d’elle pour plus de réconfort. « Qu’est-ce qui ne va pas? Pourquoi pleurez-vous ? »

Maia, entre des sanglots incontrôlables, fit de son mieux pour parler. « Joseph – est mort ! Kamil … il a été capturé … la Garde suprême l’a. Il est blessé … »

Elle était tellement bouleversée que Simon décida tout simplement la soutenir et lui laisser le temps pour rassembler ses sentiments. Il resta calme et simplement répéta une phrase. « Nous les trouverons, ça ira. Nous les trouverons.

Nous les trouverons … »

Simon sourit mal à l’aise quand il sentit le hochement de tête de Maia d’accord.

Il se souvint d’un rêve qu’il avait fait la nuit précédente. Il marchait sur un chemin qui conduisait à une entrée ornée qui était verrouillée comme si elle cachait quelques profonds secrets. Au-delà de la porte protégée, le chemin continuait, mais il lui manquait la clef. D’une certaine manière, il savait que le chemin menait vers une destination qui lui était indispensable – à tous. Il devait poursuivre. Sans avertissement, le grondement distinctif d’un glissement de terrain emplit l’air, et de gros rochers et de la terre frappèrent la porte qui céda, laissant un champ de débris et guère plus. La porte qui l’empêchait de poursuivre son voyage était détruite, mais le chemin demeurait infranchissable, et sa destination semblait encore plus éloignée maintenant que le chemin était parsemé de destruction. Son rêve prit fin là, mais il se souvenait du sentiment de frustration persistant, comme une humeur non désirée, mais inébranlable.

Il pria pour que son rêve ne soit pas prophétique.

James
A suivre …

Source : Forum Wingmakers
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