Le Mystère JESUS Visions de Anne Catherine Emmerich

Visions de A.C. Emmerich: Les Mystères de l’Ancienne Alliance, secret du Dépôt Sacré et de l’immaculée conception

Bienheureuse Anne Catherine Emmerich
(1774-1824)
Béatification en octobre 2004

édition par livres-mystiques.com et JESUSMARIE.com
Texte intégral recueilli par Clémens Brentano

Avant-propos

Etonnantes révélations que les visions d’Anne-Catherine Emmerick sur les mystères de l’Ancienne Alliance ! Encore toute petite fille, la célèbre stigmatisée westphalienne fut favorisée de la contemplation sous forme d’images, comme elle le précise elle-même expressément, de nombreuses scènes qui lui montraient la laborieuse préparation par Dieu d’un Peuple Elu avec lequel il voulait faire alliance, pour susciter en son sein une Vierge Immaculée qui donnerait naissance au Christ Rédempteur.

Toutes les visions d’Anne Catherine Emmerick s’ordonnent autour d’un thème unique vers lequel elles convergent : le mystère du Salut, accompli dans le Christ Rédempteur. Déjà dans la toute première vision, la création des anges, la chute des esprits rebelles et le thème du Salut se trouve évoqué. Et, à la suite de la voyante, nous découvrons avec étonnement la création de l’univers et du premier couple, les merveilles du Paradis, l’histoire du péché originel, celles du Déluge et de la construction de la Tour de Babel nous compatissons aux épreuves de Job et assistons aux malheurs de Jacob ; nous suivons Abraham d’Ur en Terre Promise, et Joseph jusqu’en Egypte au récit biblique, les visions d’Anne Catherine ajoutent une foule de détails pittoresques, d’une rare précision, souvent d’ordre visuel : en effet, tout ceci, Anne-Catherine l’a vu. Il ne s’agit point de méditations ni d’élévations spirituelles, ni de réflexions ou de lumières purement abstraites, mais de visions : regardant et contemplant des scènes hautes en couleur et souvent mouvementées, la petite voyante avait l’impression de regarder son  » livre d’images », comme elle le dit si bien.

Au-delà de la trame biblique, Anne Catherine Emmerick a pu voir plusieurs scènes de l’antiquité orientale : ainsi la vie de Djemchid et d’Hom, descendants de Noé, chefs de tribu et fondateurs d’une religion, le brahmanisme : ainsi les épisodes de la vie de la légendaire Sémiramis, reine de Babylone, et de sa mère Derkétô. Ainsi les pérégrinations et l’oeuvre du roi de Salem, le mystérieux Melchisédech, à peine évoqué dans l’Ecriture.

Aucune des visions d’Anne Catherine Emmerick n’est en contradiction avec la Bible. Et l’histoire, l’archéologie, ont corroboré les révélations de la stigmatisée, bien après sa mort : l’utilisation de l’hémione comme animal de trait, la technique de la voéte en berceau à Babylone au IIè millénaire avant Jésus-Christ, l’emploi de mosaïques et de fresques en Mésopotamie, la construction de pyramides pour des cultes astrologiques et orgiaques en Egypte, l’existence et l’oeuvre religieuse du faux prophète Hom… Tout cela, l’archéologie l’a découvert, parfois longtemps, après qu’Anne Catherine Emmerick en eut fait mention.

Car elle voyait, elle participait à la vision divine, elle abolissait l’espace et le temps : charisme prodigieux, unique dans l’histoire de l’Eglise. Toutes les visions sur les mystères de l’Ancienne Alliance sont données à Anne Catherine dans la lumière de l’unique Réalité : l’Amour de Dieu pour les hommes, et la manifestation de cet Amour dans le Salut. La Rédemption.

Cette première traduction française des « mystères de l’Ancienne Alliance » est très littérale, précisément pour conserver aux paroles d’Anne Catherine Emmerick leurs mille nuances. et surtout l’expression visuelle des scènes : le verbe  » voir » se rencontre partout il eut été facile de le supprimer souvent. mais eut-ce été honnête ? Car c’est le récit d’une voyante exceptionnelle que voici, récit de celle qui fut peut être la plus grande visionnaire de tous les temps.

Introduction

Anne Catherine relatait ainsi les visions de sa prime jeunesse:

« Lorsque, vers l’âge de cinq ou six ans, je méditais le premier article de la profession de Foi catholique – « je crois en Dieu le Père, Créateur tout-puissant du ciel et de la terre… « , toutes sortes d’images se rapportant à la création du ciel et de la terre se présentaient à mon âme. Je voyais la chute des anges, la création de la terre et du Paradis, Adam et Eve, et le péché originel. Je croyais tout simplement que chacun voyait cela, comme les autres choses qui nous entourent, si bien que j’en parlais à mes parents, à mes frères et soeurs, à mes compagnons de jeu je racontais tout cela naïvement, jusqu’au moment où je remarquai que l’on se moquait de moi, me demandant si j’avais un livre dans lequel tout cela était écrit. Aussi commençai-je peu à peu à taire ces choses, pensant qu’il était inopportun de parler de tels sujets je ne me fis toutefois aucun souci particulier quant à cela.

J’ai continué d’avoir ces visions, aussi bien la nuit qu’en plein jour, aux champs, à la maison, quand je marchais, quand je travaillais, parmi toutes sortes d’occupations. une fois, à l’école, je racontai la résurrection d’une façon toute différente de celle qui nous avait été enseignée, mais sans aucune malice j’en parlai avec d’autant plus d’assurance que je croyais naïvement ces détails connus de tout un chacun aussi bien que de moi : je n’avais nullement l’idée que cela pût être quelque chose qui m’était particulier Alors les autres enfants, stupéfaits, se moquèrent de moi et se plaignirent de moi au maître d’école, qui me défendit sévèrement de me livrer à de telles rêveries.

Mais je continuais d’avoir ces visions, et me tus j’étais comme une enfant qui regarde des images et les commente en son for intérieur, sans trop chercher à savoir ce que ceci ou cela signifie Comme j’avais eu plusieurs fois l’occasion de voir des images conventionnelles de saints, ou des représentations de scènes bibliques, figurées tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, souvent contradictoires, sans que cela eut changé quoi que ce soit dans ma foi, je considérais que mes visions étaient mon livre d’images, et je les contemplais paisiblement, ayant toujours cette pensée présente à l’esprit : tout pour la plus grande gloire de Dieu !

Dans les choses spirituelles, je n’ai jamais rien cru d’autre que ce que le Seigneur Dieu a révélé et qu’Il propose à notre foi dans la sainte Eglise catholique, fut-ce expressément écrit ou non Jamais je n’ai cru selon le même degré de foi ce que je voyais dans mes visions : je les considérais sur le même plan que ces crèches de Noël, toutes différentes les unes des autres, devant lesquelles j’allais ça et là me recueillir sans que la différence de l’une à l’autre ne me trouble et dans chacune d’entre elles, c’est toujours le seul même Enfant Jésus que je prie Il en était de même pour tous ces tableaux de la création du ciel et de la terre, et de l’homme : c’est le Seigneur Dieu, le Créateur tout puissant du ciel et de la terre, que je priais à partir de ces différentes visions.

La Création

1 – la chute des anges

Je vis d’abord apparaître devant moi un espace de lumière infini, et, très haut dans cet espace, comme un globe lumineux semblable à un soleil je sentis que dans ce globe se trouvait l’unité des trois divines Personnes. En mon for intérieur, je nommai ceci le Consentement (divin) et j’en vis procéder comme une Opération : alors furent appelés à l’existence les Choeurs d’Esprits, infiniment éclatants, et puissants, et beaux, qui apparaissaient sous le globe lumineux comme des anneaux, des cercles concentriques brillants. Ce monde de lumière se tenait au-dessous du soleil supérieur comme un autre soleil.

D’abord, ces Choeurs évoluèrent tous, comme animés par l’amour issu du divin soleil Soudain, je vis une partie de tous les Choeurs se fixer en eux-mèmes, abîmés en leur propre beauté Ces Esprits ressentaient un plaisir propre, ils voyaient toute beauté en eux-mêmes ; ils se tournaient sur eux-memes, se complaisaient en eux-mêmes.

Au commencement, tous les Esprits étaient tirés d’eux-mêmes par un mouvement supérieur à eux maintenant, une partie d’entre eux se fixaient en eux-mêmes, immobiles. Et au même moment, je vis tous ces Esprits précipités vers l’abîme et s’obscurcissant, tandis que les autres Esprits s’écartaient d’eux et évoluaient de façon à combler leurs rangs, qui étaient plus petits. Mais je ne vis pas ceci comme s’ils les pourchassaient en sortant du cadre de la vision: tandis que les premiers s’immobilisaient et tombaient, les autres, toujours en mouvement, occupaient leurs rangs, et tout ceci était une même chose.

Lorsque ces Esprits furent précipités vers l’abîme, je vis apparaître, en bas, un disque de ténèbres qui me sembla devoir constituer leur séjour, et je compris que leur chute était irrémissible. Mais l’espace qu’ils occupaient à présent en bas était bien plus restreint que celui qu’ils avaient eu en partage en haut, si bien qu’ils m’apparaissaient étroitement serrés les uns contre les autres.

Depuis que, petite enfant, j’avais vu cette chute des Esprits, j’étais effrayée jour et nuit par leur action, et je me disais qu’ils devaient faire beaucoup de mal à la terre : ils sont toujours autour d’elle il est heureux qu’ils n’aient pas de corps, sinon ils obscurciraient le soleil et on les verrait planer devant lui comme des nuées ce serait épouvantable.

Aussitôt après la chute, je vis les Esprits des cercles lumineux s’humilier devant le globe de la Divinité et demander avec soumission que ce qui était tombé fût de nouveau rétabli.

Alors je vis un mouvement et une opération dans le globe de la lumière divine, qui était resté jusque-là immobile et qui avait, à ce que je compris, attendu cette requête.

Après cette démarche des Choeurs angéliques, je compris intérieurement qu’ils devaient désormais rester préservés de toute chute J’eus cependant connaissance de ceci, qui est la déclaration de Dieu et son jugement éternel: tant que les Choeurs déchus ne seront pas rétablis quant au nombre, il y aura un combat.

Et je vis cette durée infiniment longue pour mon âme, comme impossible. Ce Combat aura lieu cependant sur la terre, car il ne peut plus y avoir de lutte en haut, décréta Dieu.

Après cette transformation intérieure, je n’ai plus été capable d’avoir la moindre pitié pour le diable car je l’ai vu se précipiter avec violence dans l’abîme, dans le libre exercice de sa volonté mauvaise Et je n’ai plus été aussi fâchée contre Adam, j’ai toujours pensé qu’il avait été prédestiné.

2 – la création de la terre

Juste après la requête des anges restés fidèles et après le mouvement dans la Divinité, je vis apparaître une sphère sombre a côté du disque de ténèbres qui avait pris naissance en bas cette sphère était à la droite du disque, à une faible distance.

Alors je posai mon regard plus attentivement sur cette sphère sombre à droite du disque de ténèbres, et j’y vis un mouvement, comme si elle devenait de plus en plus grosse je vis des points lumineux jaillir de la masse, la recouvrir comme de rubans clairs et déborder ça et là en larges taches claires et en même temps, Je vis le profil de la terre qui surgissait de l’eau et s’en séparait. Puis je vis un mouvement dans les endroits découverts, comme si quelque chose y prenait vie. Et je vis de la végétation croître sur la terre ferme, et un fourmillement de vie parmi les plantes. déjà des mon enfance, je pensais que les plantes étaient animées.

Jusque-là , tout avait été gris, puis tout devint clair, et Je vis comme un lever de soleil. C’était comme le petit matin sur la terre, lorsque tout sort du sommeil. Tout le reste de la vision disparut alors. Le ciel était bleu, le soleil y commençait sa course Je vis seulement une partie de la terre éclairée et illuminée par le soleil, spectacle si beau et si ravissant que je pensai que ce fût le paradis.

Et je voyais tout ceci, toutes ces transformations sur la sphère sombre, comme un jaillissement du globe tout-puissant de la Divinité Lorsque le soleil monta, tout fut comme au matin, au réveil : mais là, c’était le premier matin, et pourtant aucune créature ne le savait: elles étaient là comme si elles avaient toujours été là , elles étaient dans l’innocence.

Tandis que le soleil montait, je voyais les arbres et les plantes devenus plus grands et croissant toujours plus. L’eau était plus limpide et plus sainte, toutes les couleurs étaient plus pures et plus vives, tout était indiciblement agréable il n’y avait pas non plus trace de ce que les créatures sont maintenant. Toutes les plantes, toutes les fleurs, tous les arbres avaient d’autres formes maintenant tout parait aride et rabougri en comparaison, maintenant tout est comme dégénéré.

Souvent, lorsque je comparais les plantes ou les fruits de notre jardin à ceux du sud, qui sont tout différents, plus grands, nobles, plus savoureux, comme par exemple les abricots, je pensais : ce que sont nos fruits par rapport aux fruits tropicaux, les fruits tropicaux le sont, et encore de bien plus loin, par rapport aux fruits du paradis.

J’y ai vu des roses, blanches et rouges, et je pensai qu’elles signifiaient les souffrances du Christ et la Rédemption. J’ai vu des palmiers aussi, et de grands arbres au large feuillage, qui donnaient une ombre très étendue, comme un toit.

Dès que je vis le soleil, tout était petit sur la terre, puis tout grandit et devint finalement immense. Les arbres ne poussaient pas serrés les uns contre les autres. Je vis seulement une plante de chaque espèce, pour les grandes du moins, comme lorsqu’on expose seulement un spécimen dans les parterres Du reste, tout était verdoyant et d’une pureté, d’une intégrité et d’une perfection que ne rappellent en rien les aménagements et les nettoyages effectués par les hommes Je pensais encore combien tout était beau, tant que l’homme n’était pas là ! il n’y a pas de péché, pas de destruction, pas de déchirement. Ici, tout est intègre et saint ici, rien n’a été soigné et guéri ici, tout est pur, rien n’a eu besoin de purification.

L’étendue que je voyais était douce et vallonnée, et toute recouverte de végétation mais au milieu il y avait une source, d’où s’écoulaient de tous côtés des ruisseaux, qui se jetaient parfois les uns dans les autres. Je vis d’abord du mouvement dans ces eaux, et remarquai des animaux vivants puis ensuite je vis les animaux ça et la, parmi les buissons et les fourrés, comme sortant du sommeil et regardant ça et là autour d’eux ils n’étaient pas craintifs, et tout différents de ce qu’ils sont maintenant par rapport aux animaux actuels, ils étaient aussi parfaits que des hommes ils étaient purs, nobles, rapides, attachants et doux. Il est impossible de l’expliquer. La plupart de ces animaux m’étaient inconnus. Je n’en vis vraiment aucun comme maintenant.

J’ai vu l’éléphant, le cerf, le chameau, et particulièrement le rhinocéros, que j’ai vu aussi dans l’Arche, où il était remarquablement attachant et doux il était plus trapu qu’un cheval et avait une tête ronde Je n’ai pas vu de singe, pas d’insectes. ni aucune de ces misérables bêtes hideuses j’ai toujours pensé que c’étaient là des punitions du péché. J’ai vu de nombreux oiseaux, et j’entendais leurs chants merveilleux, comme au matin mais Je n’ai entendu aucun rugissement, je n’ai vu aucun oiseau de proie.

Le Paradis existe toujours, mais il est absolument impossible aux hommes d’y accéder, je l’ai vu, qui subsiste toujours dans toute sa splendeur, très haut, séparé en biais de la terre, comme le disque de ténèbres des anges déchus fut détaché du ciel.

3 -Adam et Eve

J’ai vu qu’Adam fut crée non pas au Paradis, mais à l’emplacement où devait par la suite s’élever Jérusalem.

Je l’ai vu sortir, éclatant et blanc, d’une colline de terre jaune, comme d’un moule. Le soleil brillait, et je pensais, car j’étais alors une enfant, que le jour avait fait sortir Adam de la colline. Il était comme né de la terre, qui était vierge: Dieu la bénit et elle devint sa mère Il ne sortit pas soudain de la terre, il y eut un instant jusqu’au moment où il parut. Il était dans la colline, allongé sur le côté gauche, le bras replié sur la tête, et une légère nuée le recouvrait comme d’une gaze je vis une forme dans son côté droit et compris que c’était Eve, qui fut tirée de lui par Dieu, au Paradis. Dieu l’appela, et ce fut comme si la colline s’ouvrait, et Adam en sortit peu à peu. Là , il n’y avait pas d’arbre, simplement des petites fleurs. J’avais vu également les animaux sortir chacun de la terre, un par espèce, et les femelles s’en détacher.

J’ai vu Adam emporté au loin, dans un jardin situé très haut, le Paradis.

Dieu conduisit les animaux devant Adam, au Paradis, et Adam leur donna un nom et ils le suivirent et ils jouaient autour de lui. Tout lui était soumis avant le péché, Eve n’avait pas encore été tirée de lui. Tous les animaux auxquels il avait donné un nom le suivirent plus tard sur la terre.

Je vis Adam dans le Paradis, non loin de la source au milieu du jardin il semblait sortir du sommeil, parmi les fleurs et les plantes Il était auréolé d’une lueur blanche, mais son corps était plus proche de la chair que de l’esprit. Il ne s’étonnait de rien, ni de soi-même, et se promenait parmi les arbres et les animaux, comme s’il était habitué à tout, comme quelqu’un qui inspecte ses champs.

Je vis Adam près d’une colline, allongé près de l’eau sous un arbre, le bras gauche replié sous la joue Dieu fit tomber le sommeil sur lui et, souriant très doucement, Adam fut ravi en extase.

Alors Dieu tira Eve du côté droit d’Adam, à l’endroit où Jésus fut plus tard percé par la lance Je vis Eve fine et petite elle devint rapidement plus grande, jusqu’à atteindre sa taille définitive et être parfaitement belle. Sans le péché originel, tous les hommes seraient ainsi nés au cours d’un doux sommeil. La colline se fendit en deux et je vis apparaître, du côté d’Adam, un roc comme composé de cristaux de pierres précieuses, et du côté d’Eve une vallée toute blanche, comme recouverte de petits fruits blancs et fins comme du froment.

Lorsqu’Eve eut été formée, je vis que Dieu donnait ou plutôt répandait, quelque chose sur Adam. C’était comme si, du front, de la bouche, de la poitrine et des mains de Dieu, qui apparaissait sous figure humaine, s’écoulaient des flots de lumière qui se réunissaient en un globe éclatant: ce globe entra dans le côté droit d’Adam, d’où Eve avait été tirée. Adam seul reçut ceci: c’était le germe de la bénédiction de Dieu. Dans cette bénédiction était une trinité.

La bénédiction qu’Abraham reçut de l’ange était identique, apparaissant sous la même forme, mais pas aussi lumineuse.

Eve se tenait radieuse devant Adam, et Adam lui tendit la main. Ils étaient comme deux enfants, indiciblement beaux et nobles. Ils étaient tout brillants, revêtus de rayons comme d’une gaze. Je voyais un large flot de lumière sortir de la bouche d’Adam, et sur son front comme une auréole de majesté. Autour de sa bouche hait un soleil de rayons, qu’il n’y avait pas chez Eve. Je vis leur coeur, exactement comme celui des hommes maintenant, mais des rayons enveloppaient leurs poitrines, et au milieu du coeur de chacun je voyais une auréole brillante, dans laquelle se tenait une petite figure qui semblait serrer quelque chose dans la main je pense que cela représentait la troisième Personne de la Divinité. De leurs mains et de leurs pieds aussi je vis jaillir des rayons lumineux. Leurs cheveux retombaient de la tête en cinq mèches lumineuses, deux à partir des tempes, deux derrière les oreilles et une de l’arrière de la tête.

J’ai toujours eu le sentiment que les portes du corps humain avaient été ouvertes par les Plaies de Jésus, qu’elles avaient été refermées par le péché originel et que Longin avait ouvert au côté de Jésus la Porte de la nouvelle naissance à la vie éternelle.

J’ai vu les mèches lumineuses, rayons sur la tête d’Adam, comme sa plénitude, son auréole, l’achèvement des autres rayonnements et cette auréole retrouve sa place sur les âmes et les corps glorieux.

Nos cheveux sont cette gloire déchue, éteinte, obscurcie, et la comparaison entre notre chair actuelle et celle d’Adam avant la chute est du même ordre que celle de nos cheveux avec les rayons qui couronnaient Adam.

Adam tendit la main à Eve ils quittèrent le lieu de la création d’Eve pour se promener dans le Paradis, contemplant tout avec bonheur. Ce lieu de la création d’Eve était le plus élevé du Paradis, tout y était splendeur et lumière, plus que partout ailleurs.

4 l’Arbre de la Vie et l’Arbre de la Connaissance

Au milieu du jardin lumineux, je vis une étendue d’eau avec une île qui était reliée à la berge par un isthme. Cette île et l’isthme étaient plantés d’arbres très beaux. mais au milieu de l’île se dressait un Arbre magnifique. qui dominait tous les autres et en même temps les protégeait. Ses racines constituaient le sol de l’île. Il recouvrait toute l’île et se dressait de toute sa hauteur et largeur jusqu’à une cime très fine. Ses branches s’étendaient très droit, portant des rameaux qui s élançaient vers le ciel comme autant de petits arbres comparables. Les feuilles étaient fines, les fruits jaunes étaient protégés par une cosse de feuilles, comme les roses qui s’ouvrent à peine. L’Arbre avait quelque chose de semblable au cèdre. Je ne me souviens pas avoir vu Adam ou Eve ou des animaux sur l’île prés de l’Arbre. sinon de très beaux oiseaux blancs. majestueux. que j’entendais chanter dans les branches. Cet Arbre était l’Arbre de la Vie.

Juste devant l’isthme qui menait à l’île se dressait l’Arbre de la Connaissance. Le tronc en était écailleux comme celui des palmiers les feuilles poussaient directement sur le tronc. très grandes et larges. ayant un peu la forme de semelles de chaussures. Cachés au creux des feuilles. les fruits pendaient par grappes de cinq un en avant et les quatre autres groupés autour de la tige du premier. Les fruits. jaunes. avaient moins l’aspect d’une pomme que celui d’une poire ou d’une figue : ils avaient cinq côtes et leur germe ressemblait à un nombril. l’intérieur de ces fruits était mou comme celui des figues. couleur de sucre brun, avec des veines rouge sang.

L’Arbre était plus large en haut qu’en bas. il jetait des branches qui s’enfonçaient profondément dans la terre. Je vois encore cette espèce d’arbres dans des pays chauds. Il jette en terre ses branches, comme des pousses. qui s enracinent et forment de nouveaux arbres. qui se reproduisent de la même façon, si bien qu’un tel arbre constitue souvent un abri sur un grand espace qu’occupent de nombreuses familles.

A quelque distance de l’Arbre de la Connaissance, sur la droite. je vis une petite colline arrondie. doucement inclinée. constituée de cristaux rouges lumineux et de toutes sortes de pierres précieuses elle était garnie de degrés en forme de cristaux. Tout autour d’elle croissaient des arbres élancés. suffisamment hauts pour cacher quelqu’un qui se fût trouvé sur la colline d’autres plantes et végétaux poussaient alentour. Ces arbres et ces plantes avaient des fleurs et des fruits vivaces et multicolores.

A quelque distance de l’Arbre de la Connaissance, sur la gauche. je vis une dépression. une petite vallée. Elle était couverte comme d’une terre blanche, délicate. ou de brume. et de fleurettes et de grains blancs. à cet endroit aussi croissaient toutes sortes de plantes, mais elles étaient sans couleurs et portaient quelque chose qui ressemblait plus à de la poussière qu’à des fruits.

C’était comme si ces deux endroits avaient une relation entre eux, comme si la colline devait être déposée dans la vallée : elles étaient comme la semence et le champ. Ces deux endroits me parurent sacrés. Je les voyais tous deux lumineux, surtout la colline. Entre eux et l’Arbre de la Connaissance poussaient toutes sortes de petits arbustes et de buissons. Tout ceci, comme du reste toute la nature, était comme transparent et en lumière. Ces deux endroits étaient les lieux de séjour de nos premiers parents. L’Arbre de la Connaissance était comme une séparation entre eux. Je pense que Dieu leur a attribué ces lieux après la création d’Eve et au début, je les vis assez peu se promener ensemble. Je les voyais se promenant chacun à sa place, sans aucune convoitise.

Les animaux étaient d’une grâce inexprimable, tout lumineux. et servaient Adam et Eve. Chaque animal, suivant son espèce, avait son séjour, son gîte, ses sentiers. ses limites, et tous ces cercles d’évolution renfermaient en eux un grand mystère d’ordre et d’harmonie divine.

Le péché et ses conséquences

1 – Le Péché originel

Je vis Adam et Eve se promener pour la première fois dans le Paradis. Les animaux venaient à leur rencontre et les escortaient, s’attachant davantage à Eve qu’à Adam… Eve s’occupait en général beaucoup plus qu’Adam de la terre et des créatures, elle regardait plus souvent le sol autour d’elle, et semblait plus curieuse. Adam était plus calme, plus tourné vers Dieu.

Parmi tous les animaux, il s’en trouvait un qui s’attacha plus que tous les autres à Eve c’était une bête extrêmement familière, enjôleuse et docile je n’en connais aucune à quoi je puisse la comparer. Cette bête était en effet toute lisse et mince, comme si elle n’avait pas d’os. ses pattes de derrière étaient courtes et elle marchait debout.

1. Note : Dans Gen. 3.1s. le serpent est présenté comme l’animal le plus rusé des champs. Mais il est montré non pas tant comme animal que comme créature diabolique qui mène nos premiers parents à la chute par sa ruse… Le serpent se dresse en paroles contre Dieu. en L’accusant de mensonge, et il se révèle en même temps comme l’ennemi des hommes en poussant par ses discours Adam et Eve à la révolte contre la volonté de Dieu ; (NdT)

Sa queue pointue traînait sur le sol. et elle avait de petites pattes courtes. très haut. près de la tête. Sa tête était ronde et exprimait une ruse remarquable : cette bête avait une langue fine toujours en mouvement. La couleur de son ventre, de sa poitrine et de sa gorge était à peu près blanc jaunâtre. et tout son des était tacheté de brun, presque comme une anguille. Cette bête avait environ la taille d’un enfant de dix ans. Elle tournait toujours autour d’Eve. si docile et folâtre. si agile et si curieuse de tout et de rien qu’Eve éprouvait beaucoup de plaisir en sa compagnie. Mais pour moi. cette bête avait je ne sais quoi d’effrayant. et je la vois toujours aussi distinctement. Je n’ai pas vu qu’Adam ou Eve l’aient touchée. Il y avait avant le péché une grande distance entre l’homme et les animaux et je n’ai jamais vu nos premiers parents toucher un animal et si les animaux étaient plus confiants envers l’homme ils n’en restaient pas moins à l’écart.

Lorsqu’Adam et Eve revinrent à l’endroit lumineux. une silhouette éclatante. comme celle d’un homme majestueux aux cheveux blancs étincelants. vint à eux et sembla leur donner tout ce qui les entourait. leur désignant tout en quelques mots. et aussi leur ordonner quelque chose. Ils n’avaient nulle crainte. mais écoutaient avec candeur. Lorsque cette silhouette disparut. ils parurent plus satisfaits. plus heureux. ils semblaient mieux comprendre et découvrir un ordre plus grand en toutes choses : et ils en éprouvaient une très vive reconnaissance. mais Adam plus qu’Eve. qui pensait à son bonheur et à ces choses plus qu’à la reconnaissance car elle n’était pas aussi tournée vers Dieu qu’Adam. son âme se penchait plus vers la nature. Je crois qu’ils se sont promenés trois fois dans le Paradis.

Puis je vis Adam sur la colline lumineuse où il avait été plongé dans le sommeil, lorsque Dieu tira la femme de son côté : il rendait grâce et s’émerveillait. Il se tenait tout seul sous les arbres. Quant à Eve, je la vis s’approcher de l’Arbre de la Connaissance, comme si elle voulait se tenir prés de lui. La bête était de nouveau près d’elle, encore plus folâtre et plus agile : Eve fut toute conquise par le serpent et se complut particulièrement en sa compagnie. Alors le serpent grimpa dans l’Arbre, assez haut pour que sa tête fût à la hauteur de celle d’Eve il s’agrippa au tronc avec ses pattes et. tournant la tête vers Eve, il lui parla. Il lui dit que si Adam et elle mangeaient de ce fruit de l’Arbre, ils deviendraient libres et ne seraient plus des esclaves qu’ils connaîtraient la façon dont ils se multiplieraient.

Adam et Eve avaient déjà reçu de Dieu l’ordre de se multiplier. Mais j’appris qu’ils ne connaissaient pas les desseins de Dieu à ce sujet, et que, s’ils les avaient sus et avaient néanmoins péché, la Rédemption eut été impossible.

Dès lors, Eve ne cessa de penser à ce que lui avait dit la bête, et elle s’enflamma du désir d’en savoir plus il se passa en elle quelque chose qui l’abaissait, et j’en frémis. Alors elle se tourna vers Adam, qui se tenait paisiblement sous les arbres, et l’appela, et il vint Eve courut à lui, puis fit demi-tour il y avait en elle une hésitation et un trouble. Elle marcha, comme si elle voulait dépasser l’Arbre, mais elle s’en approcha, du côté gauche, et se tint derrière le tronc, recouverte de ses longues feuilles tombantes.

L’Arbre était plus touffu au sommet, et ses longues branches flexibles recouvertes de feuilles retombaient jusqu’à terre. à l’endroit où se tenait Eve. un fruit particulièrement beau pendait.

Lorsqu’Adam arriva près d’elle. Eve lui prit le bras et lui fit part de ce qu’avait dit cette bête qui parlait. et Adam écouta aussi. Lorsqu’Eve prit le bras d’Adam. c était la première fois qu’elle le touchait : lui ne la toucha pas. mais tout devint plus obscur autour d’eux.

Je vis que la bête montrait le fruit sans oser toutefois le cueillir pour Eve. Mais lorsqu’Eve convoita le fruit. La bête le cueillit et le lui tendit : c’était le fruit d’une grappe de cinq. le plus beau. celui qui se trouvait au milieu des autres.

Je vis alors qu’Eve s’approcha d’Adam avec le fruit et le lui donna. et que sans son consentement à lui. il n y aurait pas eu de péché.

Je vis que le fruit semblait s ouvrir dans la main d’Adam qui parut y voir des Images. C’était comme s’ils avaient révélation de ce qu’ils devaient ignorer.

L’intérieur du fruit était couleur de sang et parcouru de veines. Je vis qu’Adam et Eve s’obscurcissaient et qu’ils se tassaient dans leur taille. L’éclat du soleil sembla se ternir. La bête sauta de l’arbre et je la vis s’enfuir à quatre pattes. Mais je n’ai pas vu qu’Adam et Eve aient mangé le fruit avec leur bouche. comme nous faisons : le fruit disparut entre eux.

Je vis qu’Eve avait déjà péché lorsque le serpent était dans l’Arbre. car elle lui avait remis sa volonté.

Je compris à ce sujet quelque chose que je suis incapable d exprimer en paroles : c’était comme si le serpent représentait la forme. le symbole de leur volonté. comme celui d’un être par lequel ils pouvaient tout faire et tout atteindre. Et Satan se glissa en cela.

Le péché ne se trouva pas accompli par le seul usage du fruit défendu ce fruit renferme en soi la faculté d’une reproduction tout arbitraire, reproduction dans l’ordre des sens, qui sépare de Dieu: il est le fruit de cet arbre qui plonge ses branches dans la terre pour se reproduire en poussant ainsi de nouveaux surgeons. ceux-ci se multipliant à leur tour de la même façon, même après la chute.

Aussi, ayant consomme ce fruit dans la désobéissance, l’homme se sépara de Dieu. et la concupiscence s’implanta en lui, et par lui dans toute la nature humaine. Cette usurpation des propriétés du fruit eut en l’homme, qui voulut ainsi satisfaire son désir propre, de funestes conséquences : la division. La déchéance de la nature, le péché et la mort.

Après la création d’Eve, Dieu avait accordé à Adam une bénédiction porteuse d’une faculté permettant à l’homme de se reproduire dans la sainteté et la pureté et cette bénédiction fut retirée à Adam à cause de l’usage qu’il fit du fruit défendu.

Car je vis le Seigneur passer derrière Adam lorsque celui-ci quitta sa colline pour rejoindre Eve* et lui retirer quelque chose: et il me sembla que le Salut du monde devait sortir de ce que Dieu avait repris à Adam.

Note :

L’union charnelle ne constitue nullement le péché originel qui, ainsi que le souligne Anne Catherine Emmerick, est avant tout désobéissance et faute dans l’ordre spirituel. La forme actuelle de la reproduction n’est qu’une conséquence du péché originel. (N.D.T.)

*C est lorsqu’Adam répondit à l’appel d’Eve qui se trouvait prés de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. (NdT)

Ce que Dieu avait retranché d’Adam devint le « dépôt sacré » dont il sera question danss le chap. 12. (N.D.T.)

Un jour. à la fête de la sainte et immaculée Conception de Marie, Dieu m’accorda une vision de ce mystère: je vis la vie physique et spirituelle de tous les hommes comme contenue en Adam et Eve, et gâtée par la chute et mêlée au mal, ce dont les anges déchus tirèrent une grande puissance. Mais je vis également la seconde Personne de la Divinité descendre vers Adam et lui retirer la bénédiction divine, avec une lame recourbée, avant qu’il consentit au péché. Au même moment, je vis la Vierge Marie sortir du côté d Adam, comme une petite nuée lumineuse qui s’éleva vers Dieu.

Lorsqu’Adam et Eve eurent consommé le fruit, ils furent comme ivres, et leur consentement au péché provoqua de grands changements en eux. Car, le serpent étant auprès d’eux, ils étaient pénétrés de son influence, et l’ivraie s’introduisait parmi le bon grain.

La circoncision a été établie comme un signe de châtiment et d’expiation: de même que le premier surgeon de la vigne est émondé, pour éviter que le vin ne devienne aigre, mauvais et inutilisable, de même homme fut soumis à ce rite, comme s’il devait par là retrouver sa noblesse.

Lorsque la réparation de la chute m’était montrée sous forme de visions, je voyais Eve qui, à peine issue du côté d’Adam tournait déjà la tête vers le fruit défendu et courait vers l’arbre pour l’entourer de ses bras. Mais je voyais en même temps, dans une vision opposée, comment Jésus, né de la Vierge Immaculée, se hâtait vers la Croix et la serrait dans ses bras, et comment la descendance de nos premiers parents, souillée et dispersée par la faute d’Eve, retrouvait sa pureté grâce aux souffrances de Jésus. Il m’a été montre comment la convoitise et ses troubles doivent être extirpés de la chair par les douleurs de l’expiation 5. J’ai toujours ainsi compris les mots de l’Epitre aux Galates selon lesquels le fils de la servante n’a point de part à l’héritage : par ce terme « servante », on doit entendre la chair et les soumissions serviles qu’elle engendre 6. Le mariage est un état de pénitence, qui exige le renoncement, la prière, le Jeéne. la pratique de l’aumône et dont le but est l’accroissement du Royaume de Dieu.

Avant le péché originel, Adam et Eve étaient fort différents de ce que nous, misérables humains, sommes à présents mais à cause de l’usage qu’ils firent du fruit défendu. ils reçurent un devenir formel et temporel, et tout ce qui en eux était spirituel se mua en chair. matière, instrumentalité et réceptivité.

Auparavant. ils étaient un en Dieu, et leur volonté ne faisait qu’une avec celle de Dieu désormais, ils sont divisés en leur volonté propre, qui est égoïsme, concupiscence. impureté. En cueillant le fruit défendu, l’homme se détourna de Dieu, son Créateur, et ce fut comme s’il usurpait le pouvoir de créer. Dans l’être humain, toutes les forces. les actions et les qualités, et leurs relations entre elles et avec la nature entière, sombrèrent au niveau de la matière, dans l’ordre corporel, et empruntèrent toutes sortes de formes et d’expressions.

A l’origine, l’homme avait été établi par Dieu maître de toute la création désormais, tout se trouvait en lui rabaissé au niveau de la nature, il était comme un seigneur que ses esclaves eussent soumis et lié, et il devait à présent lutter et combattre contre ces esclaves. Je ne suis guère capable d’exprimer ces choses : c’est comme si l’homme avait possédé en Dieu l’origine et le centre de toutes choses, et comme s’il les avait ramenées a soi, si bien que ces choses étaient devenues ses maîtres.

Note :

5. Le thème de l’expiation est l’un des plus importants dans la vie et les écrits d Anne Catherine Emmerick. (NdT)

6. Ces soumissions ne sont pas limitées à la sexualité mais se manifestent dans toutes les convoitises de la chair : gourmandise. paresse. envie. intempérance, luxure etc. (NdT)

J’ai vu l’intérieur de l’homme, tous ses organes, comme l’image de toutes les créatures et de leurs relations entre elles 7,  il récapitule en lui toutes choses, des astres jusqu’aux plus petits animaux, comme si ceux-ci étaient par la chute de l’homme tombés eux-mêmes dans le corporel et le périssable 8.

Tout ceci s harmonisait en l’homme, mais il brisa cette harmonie et dut désormais travailler, lutter et souffrir à cause de sa faute Je ne peux exprimer cela plus clairement. car je suis moi-même un membre de l’humanité déchue.

L’homme a été créé pour combler les rangs laissés vides par les anges rebelles.

Sans le péché originel, il se fut multiplié, jusqu’à ce que le genre humain atteignit le nombre des anges déchus, et la création eut alors été achevée. Si Adam et Eve avaient vécu une seule génération sans pécher, ils ne seraient jamais plus tombés ensuite.

Je suis assurée que le monde ne finira pas tant que le nombre des anges rebelles ne sera pas obtenu et que tout le froment n’aura pas été séparé de la balle.

Note :

7. Crée à l’image de Dieu et à sa ressemblance l’homme récapitule en soi toute harmonie mystérieuse de l’univers (NdT)

8. Le péché est un désordre qui. non seulement lèse celui qui le commet mais atteint toute l’harmonie du plan divin de la Création. (NdT)

J ai eu un jour la vision globale de TOUT le péché, en son incommensurable étendue, et de TOUT le salut. J’ai contemplé clairement tous les mystères. je les ai compris avec précision. mais il m’est bien impossible d’exprimer cela en paroles. J’ai vu le péché, depuis la chute des anges et la faute d’Adam. jusqu’à nos Jours, avec la totalité de ses innombrables ramifications. et j’ai vu également toutes les préparations de la Rédemption et du Salut, jusqu’à la venue et la mort de Jésus. Jésus m’a montré le prodigieux mélange et l’incroyable désordre qui règnent en toutes choses. et tout ce qu’Il a accompli depuis l’origine pour la purification et la restauration de l’univers.

Lors de la chute des anges. beaucoup d`esprits mauvais vinrent sur la terre et infestèrent les airs: j’y ai vu nombre de choses saturées et possédées de toutes sortes de façons par leur fureur.

Le premier homme était une image de Dieu, il était comme le ciel. Tout était un avec lui et en lui : sa forme était une expression de la forme divine.

Il devait recevoir et posséder la terre et les créatures, mais en les tenant de Dieu et en l’adorant. Cependant, il était libre. c’est pourquoi il fut confronté à l’épreuve, à ce qui lui était interdit: manger du fruit de l’Arbre.

A l’origine. tout était uni et semblable: lorsque s’éleva la petite hauteur, la colline lumineuse sur laquelle se tenait Adam. et lorsque se creusa la vallée toute blanche et semée de fleurs minuscules, comme de la poussière. le Tentateur s’approcha.

Après la chute, tout changea. Toutes les formes de la création se réalisèrent et s’éparpillèrent, tout ce qui était uni se diversifia.

Tout ce qui était un se multiplia Adam et Eve ne restèrent plus tournés vers Dieu seul, mais se fixèrent en eux-mêmes.

C’est alors qu’ils ne furent plus un, mais deux 9, puis bientôt trois, et finalement une multitude.

Ils étaient des images de Dieu. Ils devinrent simplement le complément l’un de l’autre, produisant en eux-mêmes, l’image du péché. Ils furent ainsi entraînés dans une relation avec le cercle des esprits rebelles.

Ils conçurent à partir d’eux-mêmes et furent tributaires du sol, et les anges déchus établirent leur domination sur eux et sur la terre, si bien qu’il en résulta une infinie variété de péchés, de culpabilité, de misères, à cause du mélange des hommes entre eux et de leur dispersion dans la nature amoindrie par la faute originelle.

Mon Fiancé 10 me montra toutes ces choses très clairement, de façon précise et compréhensible, de façon bien plus exacte que tout ce que nous percevons des événements de la vie quotidienne, et je pensais qu’un enfant serait tout à fait capable de les comprendre. Pourtant’ je ne peux plus guère exprimer ces réalités.

Il me fit voir le plan et les voies du Salut depuis l’origine et tout ce qu’Il a accompli. J’ai reconnu l’inexactitude de cette idée selon laquelle Dieu n’avait pas besoin de se faire homme, ni de mourir sur la croix, étant fort capable de procéder tout autrement pour nous sauver, grâce à sa Toute-Puissance.

Note :

9. Le péché est rupture de l’unité qui a sa source en Dieu’ il est division : Adam et Eve. se détournant de Dieu, sont divisés et s’affrontent désormais. (NdT)

10. C est ainsi qu’Anne Catherine Emmerick nommait Jésus-Christ.

En fait. il a réalisé tout ceci en toute perfection, miséricorde et justice. Dieu ne connaît point de nécessité. Il réalise tout ce qu’Il produit, Il est Celui qui est.

J’ai vu Melchisédech11 comme un ange, préfigurant le Christ. Prêtre Eternel venu sur la terre. Comme le sacerdoce est en Dieu de toute éternité, il était prêtre dans l’ordre éternel, en tant qu’ange.

J’ai vu tout ce qu’il a fait pour préparer, fonder, établir et préserver la race humaine. et pour la guider. J’ai vu également Hénoch et Noé, leur rôle et leur signification.

Et. à côté de toutes ces figures, il m’a été montré l’empire de l’enfer, toujours à l’oeuvre dans l’éclosion, les agissements et les mille formes d’un culte idolâtrique terrestre, charnel. diabolique. Toutes ces choses empruntaient des expressions précises et comparables. issues de pulsions intérieures et secrètes. qui incitaient et menaient au péché et à la dispersion. qui en est la conséquence.

C’est ainsi que tout m’a été révélé. d’Abraham à Moïse. de Moïse aux prophètes, toujours en relation et en correspondance avec notre monde actuel. Ainsi, par exemple. cet enseignement sur une question précise:

Pourquoi les prêtres n’ont-ils plus le pouvoir d’aider en opérant des guérisons, pourquoi ne parviennent-ils plus ou si peu à exercer ce charisme ?

Ce don du sacerdoce m’a été montré à l’époque des prophètes. ainsi que son origine: j’ai vu par exemple Elisée donner son bâton à Giezi 12 pour le poser sur l’enfant de la Sunamite, qui était mort. Or dans ce bâton se trouvait renfermée toute la puissance d’Elisée, sa mission. de façon toute spirituelle.

Note :

11. Cf. chap 10.

12 Elisée (Dieu a aide.) était un prophète. fils de Saphat d AbelMéchola : disciple et successeur d Elle. il vécut vers 850-800 avant J.C. et accomplit de nombreux miracles. Giezi (ou Gechasi) était son serviteur. Cf 2 Rs 4. 29-37. (NdT)

Ce bâton était le prolongement de son bras, c’était son bras même.

C’est à cette occasion que j’ai vu l’origine de la crosse des évêques, du sceptre des rois, et leur pouvoir, tel que la foi le communique, en les liant de façon particulière à ceux qui sont investis d’une mission, et en les tenant à l’écart de tout le reste.

Mais Giezi n’y croyait pas assez, et la mère éplorée s’imaginait ne pouvoir obtenir du secours que d’Elisée lui-même, si bien que des doutes occasionnés par l’obscurcissement humain avaient fait obstacle à la force de Dieu communiquée à Elisée et à son bâton.

Je vis cependant Elisée s’allonger sur l’enfant, bouche contre bouche, main contre main, poitrine contre poitrine, et, par sa prière, ramener l’âme de l’enfant dans le corps. J’ai eu à cette occasion l’explication de cette forme de thaumaturgie. et de sa relation avec la mort de Jésus qu’elle préfigurait.

En Elisée, la foi et la grâce divine ouvrirent de nouveau à l’homme les portes du salut et de la rédemption qui avaient été closes par le péché, à la tête, au côté, aux mains et aux pieds 13. Elisée se coucha. tel une croix de vie déjà préfigurée, sur l’enfant mort, image d’une croix aux sources fermées 14 et, par sa prière et sa foi, fit de nouveau circuler en lui la vie et la santé, réparant et expiant les fautes des parents, commises par la tête, le coeur, les mains et les pieds, qui avaient causé la mort de l’enfant.

Note :

13. Ces portes sont les Plaies du Christ. que le chrétien doit reproduire en son âme. (NdT)

14. La croix est instrument de mort. mais. par la mort du Christ elle est devenue dispensatrice de vie. (NdT)

J’ai vu en même temps que tout cela des symboles sur la mort de Jésus en Croix et sur ses saintes Plaies, et l’harmonie qui existe en tout. Mais j’ai contemplé la plénitude de ce don de la résurrection et de la guérison qui se répandait depuis la mort de Jésus sur la croix dans tout le sacerdoce de son Eglise, et en particulier dans les chrétiens à la foi éminemment solide: car c’est à la mesure de notre vie en Jésus et de notre crucifixion en lui que les portes de la grâce manifestées par ses Plaies sont ouvertes en nous. J’ai appris beaucoup de choses sur l’imposition des mains, sur la puissance de la bénédiction et sur son action au loin, et tout me fut expliqué précisément en cet exemple du bâton d’Elisée, bâton qui est en quelque sorte prolongement de la main et porteur de sa puissance.

Il m’a été montré pourquoi les prêtres, à l’heure actuelle, répandent si rarement des grâces de bénédiction et de guérison cela m’a été représenté sous forme de symboles, comme toutes les réalités de cet ordre. J’ai vu trois artistes qui modelaient des figures de cire.

Le premier utilisait de la belle cire blanche il était lui-même très habile et travaillait avec facilité, mais avait la tête toute pleine de sa propre suffisance et ne portait pas l’image du Christ dans son coeur, si bien que son oeuvre avorta. Le second modelait de la cire pâle, mais il était rempli d’amour-propre et prenait son ouvrage si peu à coeur qu’il ne fit rien de bon. Quant au dernier, fort maladroit, il pétrissait avec patience et naïveté de la vulgaire cire jaune, et, bien qu’il travaillât avec beaucoup de difficultés, il fit un très bon ouvrage et une image fort expressive malgré la grossièreté de l’exécution.

De même. les prêtres tout occupés à disserter de choses mondaines et imbus de sagesse humaine et de fausse science ne produisent rien de bon. alors que quelques-uns, par leur seule pauvreté et simplicité, manifestent la puissance du sacerdoce dans la bénédiction et la guérison.

En toutes ces choses, c’était comme si j’allais à l’école. et mon Fiancé m’enseignait comment, de sa conception à sa mort, il avait souffert et expié et réparé. Et je voyais tout ceci en des représentations de sa vie uniquement.

J’ai vu également que l’on pouvait. par la prière et en offrant ses propres souffrances, obtenir la conversion et le salut de nombreuses âmes qui ne travaillent guère sur la terre et sont captives du péché mortel.

J’ai vu aussi comment les Apôtres se sont dispersés sur la plus grande partie de la terre, pour y briser la domination de Satan et y porter la bénédiction. Et comment certaines régions étaient tout particulièrement au pouvoir de l’ennemi. Mais Jésus, par son sacrifice parfait, a obtenu aux hommes la puissance de sa bénédiction et l’a solidement établie en eux, en leur envoyant autrefois, et maintenant encore, son Esprit de Sainteté.

Et il m’a été montré que ce don, destiné par la force de la bénédiction à soustraire la terre et les pays à la domination de Satan, se trouve évoqué en ces paroles : « Vous êtes le sel de la terre ». C’est pour cela que le sel entre également dans la composition de l’eau bénite.

En ces visions, j’ai vu également combien scrupuleusement on s’adonne avec passion aux occupations charnelles et temporelles, si bien que toutes les pratiques issues du refus des bénédictions célestes constituent le sens même de la vie pour beaucoup: prodiges du royaume de Satan, culte de la nature, superstition, magie, magnétisme, science tournée vers l’humain, arts superficiels, tous les moyens en somme de farder la mort, de rendre le péché agréable et d’endormir la conscience sont pratiqués avec une superstitieuse ferveur par ceux-là mêmes qui prétendent déceler dans les mystères de la religion catholique des formes caractéristiques de superstition.

Et pourtant ces mystères pourraient se célébrer par des rites différents, tandis que ces gens-là mènent leur vie et toutes leurs activités mondaines de façon extrêmement consciencieuse selon des normes analogues, de sorte que seul vienne à être négligé le Royaume du Dieu fait homme. C’est ainsi que j’ai également constaté combien on accorde d’importance à toutes les occupations mondaines, au détriment du service de Dieu.

2 la promesse du Salut

Après la chute originelle, Dieu montra aux anges comment il allait restaurer le genre humain.

Je vis le trône de Dieu, la très Sainte Trinité, un mouvement entre les trois divines Personnes. Je vis les neuf choeurs d’anges, Dieu leur révéla de quelle façon Il désirait rétablir le genre humain déchu. Et les anges manifestèrent alors une allégresse et une jubilation indescriptibles.

Je vis le roc de pierres précieuses d’Adam apparaître devant Dieu, tout resplendissant, comme s’il avait été apporté par des anges ce roc était taillé en degrés, il s’agrandit, il devint un trône, une tour, qui s’élargit jusqu’à tout contenir. Les neuf choeurs d’anges se tenaient tout autour, et au-dessus d’eux dans le ciel.

Je vis l’image de la Vierge. C’était Marie, non dans le temps. mais dans l’éternité, en Dieu. 2, Elle était quelque chose qui sortait de Dieu.

La Vierge pénétra dans la Tour, qui s’ouvrait devant elle, et ce fut comme si elle s’identifiait au monument 3. Quelque chose apparut. qui sortait de la très Sainte Trinité et se dirigea vers la Tour pour entrer en elle.

Notes :

1. Cf. chap. 4. 1ère partie :  » L’Arbre de la Vie et l’Arbre de la Connaissance ».

2. Marie. éternellement présente dans le dessein de Dieu. (NdT)

Je vis également une sorte d’ostensoir au milieu des anges. qui participaient tous à sa réalisation et à sa finition: il représentait une sorte de tour ornée de toutes sortes de figures mystérieuses. Deux personnages se tenaient devant, de chaque côté. se tendant la main. Je vis quelque chose, issu de Dieu. qui passa parmi tous les choeurs angéliques et pénétra dans l’ostensoi : c’était un don sacré, étincelant, qui se précisait au fur et à mesure qu’il se rapprochait.

Il m’apparut comme le germe de la bénédiction divine, destiné à une croissance très pure donné par Dieu à Adam. il lui fut retiré au moment où l’homme allait écouter Eve et acquiescer à son désir de cueillir le fruit défendu.

C’est la bénédiction qu’Abraham reçut de nouveau, qui fut reprise à Jacob et de nouveau confiée à Moise. dans l’Arche d’Alliance, d’où Joachim, le père de Marie, la reçut finalement, si bien que Marie fut conçue aussi pure et immaculée qu’Eve. Lorsque celle-ci fut tirée du côté d’Adam endormi. Cependant, l’ostensoir entra dans la Tour.

Je vis également les anges préparer un calice semblable par sa forme au calice de la Cène ce vase entra aussi dans la Tour. Sur le côté extérieur droit de la Tour, il y avait du vin et du froment, comme posés sur un rebord de nuages dorés : des mains aux doigts joints se baissaient sur ce vin et ce froment’.

Notes :

3. Cf. le titre de Marie « Tour de David  » dans les litanies. (NdT)

4. C’est le mystérieux « dépôt sacré » dont il sera question aux chapitres 6. 12. 13. 14. 15. 16, et 17. Cf. l’appendice à ce sujet.

C’est alors qu’un rameau, puis un arbre entier, se dressèrent au-dessus les branches de cet arbre portaient des figures miniatures d’hommes et de femmes qui se tendaient les mains. La dernière fleur de cet arbre était la crèche avec l’enfant.

J’eus alors des visions sur le mystère de la Rédemption comme Promesse jusqu’à son accomplissement à la fin des temps. Je vis aussi des images, des obstacles, qui se dressaient contre ce mystère.

Finalement, je vis au-dessus du roc étincelant une grande église majestueuse, l’Eglise Catholique une et Sainte, qui porte en son sein le vivant Salut du monde entier. Il y avait en toutes ces visions une merveilleuse unité de relation et de progression. même les obstacles, même les fruits du mal, même ce qui était rejeté par les anges, devait servir au développement du plan de salut.

C’est ainsi que je vis le Temple ancien surgir d’en-bas il ressemblait à l’Eglise Sainte, mais n’avait pas de tour. Il était fort grand, mais fut repoussé sur le côté par les anges et bascula. Je vis une grande coupe en forme de coquillage. qui apparut et voulut forcer les portes du Temple mais elle fut jetée sur le côté 6.

Je vis une large tour à étages (une pyramide égyptienne) dont les multiples portes se refermaient sur des personnages comme Abraham et les enfants d’Israël. Cela signifiait leur captivité en Egypte. Cette pyramide fut repoussée, comme une autre tour égyptienne à étages qui symbolisait l’astrologie et la divination. Je vis ensuite un temple égyptien, également écarté et qui s’écroula.

Note :

5 Préfiguration de la prière. qui obtint la réalisation de la Promesse, et de la Consécration. épanouissement de cette Promesse. (NdT)

6. Symbole des légendes païennes et des cultes idolâtriques (précision d Anne Catherine Emmerick ).

Finalement, j’eus la vision de ce qui se passait sur la terre : Dieu faisait savoir à Adam qu’une Vierge apparaîtrait et lui rapporterait le Salut perdu. Mais Adam ne savait pas quand cet événement devait se produire c’est pourquoi je le vis plus tard fort triste de voir qu’Eve ne lui donnait que des garçons, jusqu’à ce qu’elle mit au monde une fille.

J’ai vu Noé et son sacrifice, au cours duquel il reçut la bénédiction de Dieu. J’ai eu ensuite des visions sur Abraham, sur sa bénédiction, sur l’annonce d’Isaac. J’ai vu cette bénédiction se transmettre d’aîné en ainé, toujours sous la forme d’un sacrement.

J’ai vu Moïse, comment il reçut le mystère du dépôt sacré au cours de la nuit précédant l’Exode, ce que seul Aaron savait.

J’ai vu ce dépôt mystérieux dans l’Arche d’Allianc : seuls les grands-prêtres et quelques saints eurent, par révélation divine, connaissance de ce secret. C’est ainsi que j’ai contemplé la transmission de ce mystère dans toute la lignée de Jésus-Christ, jusqu’à Joachim et Anne, le couple le plus pur et le plus saint de tous les temps, qui donna naissance à Marie la Vierge Immaculée. Et c’est Marie finalement qui fut elle-même l’Arche d Alliance, le Tabernacle du mystère.

3 l’exclusion du Paradis

Après quelque temps, je vis Adam et Eve errer ça et là, en proie à une grande tristesse. Ils étaient sombres marchaient loin de l’autre, comme s’ils cherchaient quelque chose qu’ils eussent perdu. Chaque pas les faisait s enfoncer davantage. C’était comme si le sol se dérobait et, partout où ils allaient, tout devenait terne, la végétation perdait son éclat, devenant comme grise et les animaux s’enfuyaient. Ils cherchèrent toutefois de grandes feuilles, s’en firent un pagne qu’ils ceignirent et continuèrent de marcher isolément.

Quand ils eurent ainsi parcouru un certain trajet le merveilleux endroit qu’ils avaient fui n’était plus qu’une petite montagne lointaine, et ils se cachèrent, chacun de son côté. parmi les buissons d’une même plaine. C’est alors qu’une voix venue d’en-haut les appela: mais ils n’osèrent se montrer, eurent encore plus peur, se sauvèrent plus loin pour se cacher mieux. Cela me causa une grande peine. La voix se fit alors plus sévère, ils se fussent volontiers dissimulés plus avant, mais ils furent obligés de se découvrir.

La silhouette majestueuse et éclatante de lumière apparut: ils s’avancèrent vers elle tête baissée, sans oser regarder le Seigneur: ils se jetaient toutefois des coups d’oeil et s’excusèrent. Alors Dieu leur indiqua, plus bas encore, une plaine piquetée d’arbres et de fourrés. Et c’est alors qu’ils comprirent vraiment leur état misérable. Lorsqu’ils furent seuls, je les vis prier. Ils s’écartèrent l’un de l’autre. tombèrent à genoux, levèrent les mains vers le ciel et se mirent à crier et à pleurer. Lorsque je voyais cela. je sentais combien l’isolement est bienfaisant pour la prière.

Ils étaient désormais vêtus d’un habit qui couvrait leur corps des épaules aux genoux. Leur ceinture était une bande d’écorce. Pendant qu’ils fuyaient, le Paradis semblait se retirer derrière eux, comme un nuage. Et un cercle de feu, comparable aux halos que l’on voit autour du soleil ou de la lune, descendit du ciel et s’établit tout autour de la montagne où était le Paradis.

Adam et Eve n’avaient passé qu’un jour au Paradis.

Je vois celui-ci de loin, maintenant. comme un banc sous le soleil levant. Lorsque j’ai cette vision, je vois le soleil prendre sa course à l’extrémité droite de ce banc.

Le Paradis est situé à l’est de la Montagne des prophètes, et m’apparaît toujours comme un oeuf flottant à la surface d’une eau indescriptiblement claire qui le sépare de la terre et la Montagne des prophètes est comme un contrefort du Paradis: on y découvre des régions verdoyantes, magnifiques, séparées par de profonds ravins et des gouffres pleins d’eau. J’ai déjà vu des hommes entreprendre l’exploration de la Montagne des prophètes, mais ils ne sont pas allés bien loin

J’ai vu Adam et Eve arriver sur cette terre de pénitence: c’était un spectacle infiniment bouleversant, que ces deux êtres en pénitence sur la terre nue. Adam avait eu la permission d’emporter un rameau d’olivier du Paradis. et où il le planta. j’ai vu que, par la suite, la Croix fut taillée dans ce bois. Ils étaient dans une affliction poignante. Comme je pus le constater, ils ne pouvaient qu’à peine apercevoir le Paradis. Ils étaient toujours poussés plus loin. et, en même temps, c’était comme si quelque chose se retournait finalement, ils atteignirent, dans l’obscurité et la nuit, le triste lieu de l’expiation.

Note :

1. Le rameau d’olivier, gage de l’Alliance et de la Promesse (cf aussi Noé. chap. 6) donnera naissance a la Croix. sur laquelle cette Alliance et cette Promesse trouveront leur épanouissement et leur achèvement définitifs dans le sacrifice du Christ. (NdT)

4 la famille d’Adam

C’est dans la région du Mont des Oliviers que j’ai vu arriver Adam et Eve: le paysage était différent de ce qu’il est maintenant, mais il me fut montré que c’était bien ce pays.

Je les ai vu habiter et faire pénitence à l’endroit même où Jésus eut la soeur de sang. Ils cultivaient les champs. Je les ai vus entourés de fils et plongés dans une grande affliction, suppliant Dieu de leur accorder aussi des filles. Ils avaient reçu la promesse que la postérité de la femme écraserait la tête du serpent.

Eve donnait naissance à ses enfants à intervalles préci : il y avait toujours un certain nombre d’années de pénitence entre deux naissances. C’est ainsi qu’elle enfanta Seth l’enfant de la promesse1 dans la grotte de la Nativité. après sept ans de pénitence: et là . un ange de Dieu lui dit que Seth était la postérité que Dieu lui donnait à la place d Abel. Seth demeura longtemps caché en ce lieu, ainsi que dans la grotte de l’allaitement d’Abraham, 2 parce que ses frères – comme ceux de Joseph 3 – cherchaient à attenter à sa vie.

Un jour, je vis douze personnes : Adam, Eve, Caïn, Abel et deux de leurs soeurs, et d’autres enfants plus petits. Tous étaient habillés de peaux de bêtes jetées sur leurs épaules et ceintes comme des scapulaires. Ces peaux s’élargissaient sur la poitrine et servaient de sac elles étaient plus longues autour des jambes et attachées sur les côtés. Les hommes portaient des peaux plus courtes auxquelles étaient fixées des gibecières dans lesquelles ils portaient quelque chose. Ces peaux étaient très blanches et fines, des épaules jusqu’à mi-bras, et les femmes les attachaient sous leurs bras. En ce vêtement, ils étaient très beaux et majestueux.

Il y avait là des cabanes, quelque peu enfoncées dans la terre, et recouvertes de plantes: c’était une communauté parfaitement organisée. J’ai vu des champs avec de petits arbres fruitiers assez robustes il y avait aussi des céréales, du blé, que Dieu avait donné à semer à Adam.

Je ne me souviens pas d’avoir vu du blé et de la vigne dans le Paradis. Il n’y avait au Paradis aucun fruit susceptible d’être utilisé comme aliment. La préparation des mets est une conséquence du péché et pour cela un symbole de la souffrance. Dieu donna à Adam tout ce qu’il devait semer. Je me souviens également avoir vu des hommes comparables à des anges donner quelque chose à Noé, lorsqu’il entra dans l’Arche cela me parut être une pousse de vigne, qu’il piqua dans une pomme. 4

Il y avait également une sorte de céréale sauvage qui poussait librement, et parmi laquelle Adam devait semer le froment, car ainsi s’améliorait l’espèce sauvage mais elle dégénéra finalement et devint encore plus mauvaise. Dans les premiers temps, ce grain sauvage se répandit, particulièrement bon et comme anobli, vers le Levant, en Inde ou en Chine, lorsqu’il y avait encore peu d’hommes en ces contrées. là où il y a de la vigne et des poissons, ce grain ne pousse pas.

Adam et sa famille buvaient le lait des animaux et mangeaient aussi du fromage, qu’ils faisaient sécher au soleil. Parmi les animaux, j’ai vu surtout des montons. Tous les animaux auxquels Adam avait donné un nom l’avaient suivi mais ils fuyaient, et il dut d’abord s’attacher les animaux domestiques en les nourrissant, et les habituer à lui. J’ai vu des oiseaux aussi, qui volaient ça et là , des petits animaux, et aussi des animaux sauteurs. C’était une communauté toute patriarcale. J’ai vu les enfants d’Adam étendus autour d’une pierre dans une cabane, pour manger, je les ai vu prier et rendre grâce.

Dieu avait enseigné l’offrande à Adam, et il était le prêtre dans sa famille. Caïn et Abel le furent aussi, et je vis que leur formation eut lieu dans une cabane particulière.

Ils avaient la tête coiffée de bonnets de feuilles et de brindilles tressées en forme de nacelle, avec quelque chose à l’avant qui permettait de les saisir. Ils avaient la peau d’une belle couleur jaune, brillante, comme de la soie, et des cheveux blond-roux, comme de l’or. Adam portait aussi les cheveux longs il avait une barbe courte d’abord, puis plus longue. Eve porta d’abord les cheveux très longs, puis roulés en mèches disposées autour de la tête comme une coiffe.

Note 4. Cf. chap. 6.

J’ai toujours vu le feu comme de la braise recouverte, comme s’il était souterrain. Ils le reçurent d’abord du ciel et Dieu leur apprit à l’utiliser.

Il y avait une matière jaune. comme de la terre, comme une sorte de charbon. qu’ils brélaient. Je ne les vis pas cuire d’aliments. Je vis qu’au début ils les séchaient au soleil: ainsi le blé, écrasé et exposé au soleil dans de petites fosses, sous un toit en treillis. Les céréales que Dieu leur donna étaient le blé. le seigle et l’orge. Dieu leur apprit la culture comme Il les enseigna en toutes choses.

Des grands fleuves. comme par exemple le Jourdain. je n en vis point: mais des sources jaillissaient, qu’Adam et sa famille canalisèrent pour former des étangs.

Avant la mort d’Abel. on ne mangeait pas de viande.

J’ai eu un jour cette vision au sujet du mont du Calvaire: je vis qu’un prophète, le compagnon d’Elie. se rendit en ce lieu, qui était alors une colline percée de grottes et de niches funéraires murées. Il entra dans une de ces grottes, sous terreet tira d’un sarcophage de pierre plein d’ossements, le crâne d’Adam. Un ange se tenait prés de lui, en apparition. qui lui dit : « Ceci est le crâne d’Adam », et qui lui interdit de l’emporter. Il y avait. sur ce crâne, encore quelques fins cheveux blonds, ça et là . Je vis aussi qu’à la suite du récit que fit le prophète on nomme cet endroit « le lieu du crâne. ~ 5.

C’est juste au-dessus de ce crâne que le pied de la Croix du Christ fut planté, au moment de la crucifixion. J’ai eu révélation que cette place est le centre de la terre, et il m’a été indiqué la distance en chiffres vers l’Orient, le Midi et le Couchant. mais je l’ai oubliée.

Note :

5. « Lieu du Crâne »: Golgotha. (NdT)

5 Caïn – les enfants de Dieu – Les géants

J’ai vu que c’est au Mont des Oliviers que Caïn forma le projet de tuer Abel, et que c’est là qu’il revint, affolé et saisi de crainte. Il plantait des arbres et les arrachait aussitôt. Alors je vis l’apparition d’un homme sévère, lumineux, qui demanda : « Caïn, où est ton frère Abel ? »

D’abord. Caïn ne le vit pas puis il se tourna vers lui et dit : « Je ne sais pas : il n’a pas été confié à ma garde ! « 

Lorsque Dieu dit que le sang d’Abel en appelait à Lui de la terre, Caïn eut encore plus peur je vis qu’il discuta pourtant un long moment avec Dieu. Dieu lui dit également qu’il serait maudit sur la terre, que celle-ci ne lui donnerait plus son fruit et qu’il devrait fuir. Alors Caïn protesta que partout on chercherait à le tuer. Il y avait déjà beaucoup d`hommes sur la terre. Caïn était déjà très âgé et avait des enfants, ainsi qu’Abel. et il y avait encore bien d’autres frères et soeurs. Mais Dieu dit que non, que celui qui le frapperait serait puni sept fois il avait fait aussi un signe sur lui, afin qu’on ne le mit pas à mort.

Ses descendants furent des hommes de couleur. Cham également eut des enfants qui furent plus bruns que ceux de Sem. Plus les hommes étaient nobles, plus ils étaient blancs. Ceux qui étaient marqués du signe avaient des enfants comme eux et, par l`hérédité croissante. le signe s’étendit finalement sur tout le corps, si bien que les hommes devinrent de plus en plus sombres. Mais au commencement il n`existait pas d’hommes complètement noirs ; ils le devinrent seulement peu à peu.

Dieu lui indiqua également une région ou il devait fuir. Et. comme Caïn disait : « Ainsi vas-tu me laisser mourir de faim, puisque la terre m’est malédiction ! » Dieu dit que non, qu’il devait manger la chair des animaux. et qu’un peuple serait issu de lui, et qu’il en sortirait aussi du bien. Auparavant. les hommes ne mangeaient pas de viande.

Alors Caïn s’exila, et il a bâti une ville à laquelle il a donné le nom de son fils,Hénoch.

Abel fut tué dans la vallée de Josaphat’ au flanc du mont du Calvaire. Par la suite, il y eut encore à cet endroit toutes sortes de meurtres et de malheurs. Caïn abattit Abel avec une sorte de massue, avec laquelle il écrasait les pierres tendres et les mottes de terre au cours des cultures. Elle était probablement en pierre, avec un manche en bois, car elle était recourbée

On ne doit pas s’imaginer le pays avant le Déluge comme maintenant. La Terre Sainte n’était pas accidentée, avec ses vallées et ses ravins et de loin ! Les plaines étaient bien plus étendues et les rares montagnes avaient des pentes bien plus douces. Le Mont des Oliviers n’était en ce temps qu’une hauteur médiocre aux pentes molles. La grotte de la Nativité, près de Bethléem, existait aussi, grotte sauvage dans les rochers mais les environs étaient différents. Les hommes étaient plus grands, mais pas difformes: maintenant,on les regarderait avec étonnement, mais pas avec crainte. Et ils étaient encore plus beaux dans leurs constructions sous les antiques statues de marbre que je vois dans plusieurs lieux, allongées dans des chambres souterraines, il y a encore de ces figures.

Caïn entraîna tous ses enfants et petits-enfants dans la région qui lui avait été attribuée par Dieu, et ils se multiplièrent encore. Je n’ai plus vu de choses horribles sur Caïn même et son tourment fut de s’épuiser très rudement au travail, car rien ne voulait prospérer pour lui personnellement. Je l’ai vu aussi injurié et méprisé par ses enfants et petits-enfants, et surtout en butte à leurs mauvais traitements pourtant, ils le suivaient en tout comme leur maître, mais en même temps comme un maudit. J’ai vu que Caïn n’est pas damné. mais qu’il a du expier très rudement.

Un de ses descendants fut Tubalcam c’est de lui que vinrent des arts variés, c’est de lui aussi que sortirent les géants.

J’ai vu souvent qu’au moment de la chute des anges un certain nombre d’entre eux eurent un moment de regret et ne tombèrent pas aussi bas que les autres plus tard, ils obtinrent un séjour sur une très grande montagne isolée et inaccessible, qui est devenue une mer au cours du Déluge, je crois que c’est la Mer Noire. Ces anges rebelles avaient la liberté d’agir sur les hommes dans la mesure où ceux ci s’éloignaient de Dieu. Après le Déluge, ces anges ont disparu de ce lieu et se sont dispersés dans les airs ce n’est qu’au jugement dernier qu’ils seront précipités en enfer.

Je vis les descendants de Caïn devenir toujours plus impies et sensuels. Ils s’approchèrent toujours plus de cette montagne, et les anges déchus possédèrent beaucoup de leurs femmes et les dominèrent et leur enseignèrent tous les arts de la séduction. Leurs enfants étaient très grands, avaient toutes sortes de dons et d’aptitudes, et se rendirent complètement les instruments des mauvais esprits. C’est ainsi que naquit sur cette montagne et loin aux alentours une race perverse, qui chercha à entraîner la descendance de Seth dans son monde de vices, en usant de la force et de la séduction. C’est alors que Dieu annonça le Déluge à Noé, qui eut à subir d’épouvantables tourments de la part de ce peuple, pendant qu’il construisait l’Arche.

J’ai vu beaucoup de choses sur ce peuple des géants: comment ils traînaient très facilement d’énormes rochers jusqu’au sommet de la montagne, comment ils montaient de plus en plus haut, comment ils accomplissaient les choses les plus étonnantes.

Ils grimpaient en courant le long des parois ou des troncs d’arbres, comme je l’ai vu faire par d’autres possédés. Ils pouvaient faire toutes sortes de choses, et les plus étonnantes. mais uniquement des simulacres et des artifices, qui se produisent avec l’aide du diable.

C’est pour cela que tous les tours de prestidigitation et tous les arts divinatoires me sont aussi insupportables. Ils pouvaient faire toutes sortes de figures de pierre et de métal mais de la science de Dieu, ils n’avaient plus aucun vestige et cherchaient n’importe quoi à adorer. J’ai vu qu’ils se mettaient soudain à tirer une statue de la première pierre adéquate et à l’adorer, ou bien n importe quelle bête horrible, ou bien même quelque chose qui ne représentait rien. Ils savaient tout, voyaient tout, préparaient du poison, se livraient à la sorcellerie et à tous les vices.

Les femmes découvrirent la musique je les ai vu vagabonder pour séduire les races meilleures et les attirer dans leurs dépravations. J’ai vu qu’ils n’avaient pas de maisons d’habitation ni de villes, mais qu’ils se construisaient de grosses tours rondes en pierre semblable à du mica, au pied desquelles s’adossaient des constructions plus petites qui conduisaient à de vastes cavernes où ils célébraient leurs orgies.

On pouvait se promener sur le toit de ces bâtiments et en faire le tour, et ils montaient au sommet des tours pour observer le lointain à travers des tubes ce n’était pas comme avec des télescopes. mais par un procédé satanique. Ils voyaient ou se situaient les autres contrées et s’y rendaient, détruisant tout, libérant tout, en abolissant toutes lois : et c’est cette liberté qu’ils instauraient partout. J’ai vu qu’ils sacrifiaient des enfants en les enterrant vivants. Dieu a détruit cette montagne pendant le Déluge.

Hénoch, l’ancêtre de Noé, 2 a enseigné contre eux. Il a aussi beaucoup écrit et il était un homme très bon, très tourné vers Dieu. En beaucoup d’endroits, il a dressé en pleins champs des autels de pierre, là où les cultures étaient abondantes, pour rendre grâce à Dieu et lui offrir des sacrifices.

2. Gen. 5. 18-24.

C’est lui particulièrement qui transmit la religion dans la famille de Noé. Il est établi dans le Paradis et repose à la Porte de la Sortie, ainsi qu’un autre (Elie),et il en reviendra avant le Jugement dernier.

Les descendants de Cham également ont eu après le Déluge de semblables accointances avec les esprits mauvais. et c’est pourquoi il y eut parmi eux tant de possédés. de magiciens et de puissants de ce monde, et aussi de nouveau des hommes très grands. sauvages et mauvais. Sémiramis 3 également est issue de l’union de deux possédés : elle pouvait tout, sauf devenir sainte !

C’est ainsi qu’apparurent d’autres humains qui furent plus tard tenus pour des dieux par les païens les premières femmes qui se laissèrent ainsi posséder par les mauvais esprits le firent en toute connaissance de cause : mais les autres non : elles avaient cela en elles comme la chair et le sang. comme le péché originel.

3. Voir la note au chapitre 9.

6 Noé et sa descendance.

Les fondateurs de lignées Hom et Djemschid

J’ai vu Noé, petit vieillard candide habillé d’un long vêtement blanc, qui se promenait dans un verger et ébranchait les arbres avec un couteau recourbé. une nuée apparut devant lui, dans laquelle se tenait une silhouette humaine. Noé se prosterna, et, comme je le vis. Il apprit que Dieu voulait tout exterminer et que lui, Noé, devait bâtir une arche. Je le vis afflige par cette révélation et priant pour obtenir miséricorde. Il n’entreprit pas tout de suite son travail, et Dieu lui apparut encore deux fois pour lui ordonner de se mettre à l’oeuvre’ sans quoi il serait lui aussi anéanti.

Je le vis alors quitter son pays et se rendre avec sa famille dans la contrée où vécut plus tard Zoroastre, l’étoile étincelante.

Zoroastre, ou Zarathustra, était un prophète de la Perse antique l’époque de son existence et les dates de sa vie sont inconnues. Il fut réputé comme législateur et vécut dans une région élevée, très boisée et isolée, au milieu d’un peuple de nomades qui dormaient sous la tente. Il avait également fait édifier un autel devant lequel il présentait l’offrande.

Noé et sa famille ne bâtirent pas de maison de pierre car ils croyaient en l’annonce du Déluge mais le peuple païen qui les entourait avait déjà des bâtiments ceints de remparts. des fondations d’épaisses murailles et toutes sortes de constructions bâties pour durer et résister.

C’était l’époque d’une effroyable dépravation sur la terre: les hommes se livraient à tous les vices, en particulier les plus monstrueux. Chacun volait et pillait ce qu’il convoitait, ils se détruisaient mutuellement maisons et champs, enlevaient femmes et jeunes filles. Plus les hommes apparentés à Noé par leur commune origine s’étaient multipliés, plus ils étaient devenus pervers et méchants, et ils le pillaient et s’en prenaient à lui aussi. Pourtant, les hommes n’avaient pas sombré dans ces coutumes néfastes parce qu’ils étaient frustes ou sauvages. mais par goût du vice : en effet, ils vivaient très confortablement. avec beaucoup d’organisation. Mais ils se livraient à la plus scandaleuse idolâtrie. chacun se faisant une idole de ce qui lui plaisait le plus. Ils cherchèrent. par des procédés diaboliques. à dépraver les enfants de Noé.

C’est ainsi qu’ils débauchèrent Mosoch. fils de Japhet et petit-fils de Noé, en lui faisant boire le jus d’une plante qui l’enivra alors qu’il travaillait aux champs. Ce n était pas du vin. mais le suc d’une plante, qu’ils absorbaient en petite quantité au cours de leurs travaux. et dont ils mastiquaient aussi les feuilles et les fruits. Et Mosoch devint père d’un fils que l’on nomma Hom.

Note :

1. Hom est un personnage légendaire (il y a certainement une base historique a la légende) dont le baron d’Ow. dans son ouvrage  » Hom. le faux-prophète du temps noachique » (1906), a révélé et explique l’influence. Selon les traditions de l’Inde, Hom fut le plus important fondateur de religion après Jésus-Christ. Il est reconnu comme le père jusque-là inconnu du brahmanisme de récents travaux archéologiques et historiques ont permis d’établir l’existence de son culte, lié à la plante « haoma « .Chez les anciens Perses et dans une grande partie de l’Asie Mineure (Afghanistan, Inde occidentale, Irak et Iran en particulier).

L’enseignement attribué a Hom est un homothéisme, la divinisation de l’homme qui, depuis la plus haute antiquité, s’est développé en face du monothéisme. Cet enseignement aurait fortement influence le manichéisme. et par là la gnose. le catharisme etc. (cf. l’ouvrage du Professeur Johann Niessen : « Les charismes et visions d’Anne Catherine Emmerick ». 1918, p. 220-225). (NdT)

2. Haoma (ou hom) est une plante (légendaire ?) qui donna son nom au faux prophète Hom (cf. note ci-dessus). Elle était utilisée comme stupéfiant et narcotique. Il s’agit Peut-être d’une sorte de chanvre indien ? ( NdT)

Lorsque l’enfant fut né, Mosoch demanda à son frère Thubal de le prendre comme le sien, afin que sa faute restât cachée. Et Thubal accepta, par affection pour son frère. La mère déposa l’enfant devant la tente de Thubal, avec une tige bourgeonnante de la plante hom 2. Sa mère espérait ainsi obtenir un droit sur son héritage mais le Déluge vint peu après, et la femme y mourut.

Thubal recueillit l’enfant et le fit élever dans sa maison, sans trahir son origine: c’est ainsi que cet enfant entra dans l’Arche. Thubal lui donna le nom de la plante hom, parce que c’était le seul signe qu’il trouva auprès de l’enfant. Celui-ci fut nourri de cette plante, et non de lait. Lorsque cette plante pousse, elle atteint bien la hauteur d’un homme mais si on la fait ramper, elle se développe par pousses aux bourgeons tendres, comme des asperges, et la souche est dure. Elle sert de nourriture et remplace le lait. Elle germe à partir d’un bulbe ou d’un oignon, avec une petite couronne de quelques feuilles brunes au ras du sol. Sa tige devient passablement grosse, et on utilise sa moelle comme farine : on la cuit en bouillie, on la hache finement, on peut en faire du pain. Dans les endroits où sa culture prospère, elle foisonne sur des lieues à la ronde. J’ai vu cette plante dans l’Arche.

Il y eut un temps bien long jusqu’à ce que la construction de l’Arche fût achevée. Noé interrompait souvent son travail pendant plusieurs années, et Dieu revint trois fois l’avertir de nouveau alors Noé reprenait des aides, puis laissait le travail se ralentir toujours plus, dans l’espérance que Dieu ferait miséricorde mais finalement il mena l’oeuvre à terme.

J’ai vu que pour l’Arche, comme pour la Croix, quatre sortes de bois furent utilisées : du palmier, de l’olivier, du cèdre et du cyprès. Je les voyais abattre les arbres et les tailler sur place Noé lui-même portait les planches sur ses épaules jusqu’au chantier, comme Jésus porta sa Croix.

Le chantier était une colline entourée d’une vallée. D’abord, on assembla les éléments de la quille. en bas : l’Arche était arrondie en arrière, la quille avait la forme d’une auge et était enduite de poix. L’Arche avait deux ponts, les mats étaient disposés par deux, l’un au-dessus de l’autre. Ils étaient creux : ce n’étaient pas des troncs d’arbres ronds, ils avaient une section quelque peu ovale et renfermaient une moelle blanche qui devenait fibreuse. formant des couches concentriques à partir du coeur. Ces troncs avaient comme des cannelures ou des écailles. Les grandes feuilles poussaient tout autour directement, sans branches, comme des joncs (c’était vraisemblablement une espèce de palmier).

Je vis que les ouvriers faisaient couler la sève à l’aide d’un poinçon ils coupaient tout le reste en fines planches. Lorsque Noé eut tout transporté sur le chantier et tout disposé, ils commencèrent à construire : la quille fut assemblée et enduite de poix, puis la première rangée de mâts fut dressée et on boucha avec de la poix les trous dans lesquels ils étaient plantés. Ensuite vint le premier pont, avec une nouvelle rangée de mâts, puis le second pont et le toit. Les espaces entre les mâts furent délimités par de fines cloisons de bois brunâtre et jaunâtre disposées en croix, et toutes les fentes et fissures furent colmatées avec des fibres végétales et une mousse blanche qui poussait en abondance autour de certains arbres : puis tout fut enduit de poix. à l’intérieur comme à l’extérieur.

L’Arche était également arrondie sur le dessus: au milieu du flanc du bâtiment, au-dessus de la mi-hauteur. il y avait la porte, avec une fenêtre de chaque côté, et une ouverture carrée au milieu du toit. Lorsque l’Arche fut complètement enduite de poix. elle brilla comme un miroir sous le soleil.

Puis Noé travailla encore longtemps tout seul à l’intérieur, pour aménager les compartiments réservés aux animaux: et chaque espèce eut un espace délimité, comme une stalle, séparé des autres. Il y avait deux allées qui coupaient l’Arche au milieu. Dans la partie arrière arrondie. il y avait un autel de bois dont la table avait la forme d’un demi-cercle. avec tout autour des tentures qui l’isolaient. Devant l’autel, il y avait un récipient de charbon comme combustible. Il y avait aussi à droite et à gauche des cloisons délimitant les couchettes. Noé et les siens portèrent toutes sortes d’ustensiles et de caisses dans l’Arche. Ainsi que diverses semences. des pousses de plantes et des arbustes dans des pots de terre disposés le long des parois de l’Arche, qui en devinrent toutes verdoyantes. Je les ai vu aussi introduire de la vigne dans l’Arche. avec de lourdes grappes dorées aussi longues que le bras.

On ne peut dire combien Noé. pendant toute la construction de l’Arche. eut à souffrir de la méchanceté et de la malice des ouvriers, qu’il rémunérait en bétail. Ils le méprisaient. se moquant de lui de mille façons et le traitant de vieux fou ils travaillaient contre un bon salaire. et pourtant ne cessaient de critiquer. Personne ne savait pour qui Noé construisait cette Arche. si bien qu’il dut subir mille railleries à cause de cela. Je l’ai vu rendre grâce. Lorsque tout fut achevé : Dieu lui apparut alors et lui dit d’appeler les animaux des quatre coins de l’horizon en soufflant dans une flute pour les rassembler.

Plus le jour du jugement approchait, plus le ciel s’assombrissait d’une effroyable terreur gagnait toute la terre: le soleil ne brillait plus et de terribles roulements de tonnerre ébranlaient sans relâche le ciel. Je vis Noé faire quelques pas en direction de chacune des quatre régions du monde, tirant quelques notes d’un pipeau : ~ et je vis alors les animaux arriver par couples, mâle et femelle, et pénétrer en ordre dans l’Arche, par une passerelle appuyée à la porte, que l’on retira ensuite : les gros animaux. éléphants blancs et chameaux. venaient les premiers. Toutes les pauvres bêtes étaient terrorisées comme à l’approche d’un orage : elles défilèrent pendant plusieurs jours avant d’être toutes entrées dans l’Arche. Les oiseaux entraient en volant par la lucarne du toit. mais les oiseaux aquatiques prirent place dans la quille du vaisseau : les mammifères étaient au premier pont et les oiseaux sous le toit. perchés sur des baguettes ou nichés dans des cages. Il y avait toujours sept couples de chaque espèce de bétail.

Note :

3. L histoire de Noé n est pas sans rappeler le mythe homérien d Orphec :histoire réelle a Peut-être été transmise au monde grec par les envahisseurs doriens. originaires d Asie centrale (Caucasie). La Bible fait des grecs les descendants de Jawan. petit-fils de Noé (cf. Gen. 10.2) : Jawan désigne soit les Ioniens d Asie Mineure, soit les Doriens d Asie centrale. (NdT)

Lorsqu’on voyait de loin l’Arche terminée reposer sur la colline. elle était étincelante et bleuâtre, comme si elle était venue des nuages. Je vis que le temps du Déluge était proche. Noé l’avait déjà annoncé aux siens : il prit avec lui Sem. Cham et Japhet. avec leurs femmes et leur descendance les petits-enfants avaient déjà de cinquante à quatre-vingts ans, et leurs propres enfants, petits et grands, se trouvaient également dans l’Arche. Tous ceux qui avaient travaillé à la construction de l’Arche. en restant bons et éloignés de l’idolâtrie. entrèrent dans l’Arche. Il y avait plus de cent personnes, ce qui était bien nécessaire à cause des nombreux animaux qu’il fallait nourrir chaque jour et dont on devait nettoyer les stalles.

Je ne peux pas dire autre chose que ce que je vois constamment. c’est-à-dire qu’il y avait aussi les enfants de Sem. Cham et Japhet dans l’Arche : je vois beaucoup de jeunes filles et de jeunes garçons, tous les descendants de Noé qui étaient bons. Dans l’Ecriture on ne parle pas non plus d’enfants d’Adam en dehors de Caïn, Abel et Seth, et pourtant j’en ai vu bien d’autres, toujours par deux, fille et garçon. De même, dans la première épître de saint Pierre, 3, 20, il n’est fait mention que de huit personnes qui se seraient trouvées dans l`Arche. c’est-à-dire les quatre couples qui devaient repeupler la terre après le Déluge. Je vis également Hom dans l’Arche. Cet enfant était couché dans un berceau d`écorce et recouvert d’une peau qui l’y maintenait. J ai vu beaucoup d’enfants déposés ainsi dans des nacelles d’écorce qui flottaient sur les eaux du Déluge 4.

Lorsque l’Arche commença à s’élever sur l’eau, Noé et les siens étaient déjà à l’intérieur beaucoup d hommes gémissaient aux alentours, s’étant réfugiés au sommet des montagnes et dans de grands arbres. Les eaux se mirent à charrier des cadavres et des troncs. même lorsque Noé fut entré dans l’Arche avec son épouse. ses trois fils et leurs femmes, il supplia encore Dieu de faire miséricorde. Ils retirèrent la passerelle derrière eux et fermèrent les ouvertures. Il abandonna tout, même de proches parents et leurs petits enfants. qui s’étaient éloignés de lui pendant la construction de l’Arche.

Un effroyable orage éclata, les éclairs frappaient la terre comme des colonnes de feu et les trombes d’eau étaient aussi denses que des ruisseaux. La colline sur laquelle était l’Arche devint bien vite une île. La détresse était si grande que j’espère que beaucoup d’hommes se seront convertis à ce moment. Je vis un démon noir d’apparence hideuse, avec une gueule pointue et une longue queue, qui volait dans l’orage et cherchait à pousser les hommes au désespoir. Des crapauds et des serpents venaient se réfugier clandestinement dans l’Arche. Je n’ai vu ni mouches ni vermine : ces bestioles ont été suscitées plus tard, comme châtiment pour les hommes.

Note :

4. Dans les cavernes et dans les fondations de pierre des tentes, il y avait des niches de maçonnerie dans lesquelles on gardait les berceaux d’écorce : les couches des adultes étaient également des alcôves disposées en rangées dans les murs. comme les sépultures des juifs. (Note d’A. C. Emmerick )

Dans l’Arche, je vis Noé faire des offrandes d’encens son autel était recouvert de motifs blancs sur fond rouge. Il avait dans une cassette arrondie plusieurs ossements d’Adam, qu’il posait sur l’autel pendant la prière et les sacrifices.

Je vis aussi au-dessus de l’autel le Calice de la Cène, qui avait été apporté à Noé pendant la construction de l’Arche par trois personnages vêtus de longues robes blanches, semblables aux trois hommes qui vinrent voir Abraham pour lui annoncer la naissance d’un fils. Ils venaient d’une ville qui fut détruite par le Déluge et dirent à Noé qu’il était un homme si glorieux qu’ils voulaient lui confier cet objet mystérieux, afin qu’il ne disparut pas au cours du Déluge.

Dans le Calice étaient un grain de froment aussi gros qu’un pépin de tournesol, et un surgeon de vigne. Noé piqua ces deux germes dans une pomme jaune qu’il déposa dans le Calice, celui-ci n’avait pas de couvercle. Le surgeon de vigne devait pousser. Après la dispersion de la tour de Babel, j’ai vu ce Calice chez un descendant de Sem qui fut l’ancêtre des Samanes, dans le pays de Sémiramis. Les Samanes furent établis en Canaan par Melchisedech et y emportèrent ce Calice.

Note : 5. Fleur de soleil. (NdT)

J’ai vu l’Arche flotter, entourée de nombreux cadavres à la dérive. Elle s’échoua sur une haute montagne vers l’orient, plus bas que la Syrie. Elle resta longtemps sur cette montagne isolée et très découpée 6. Je voyais déjà des terres émerger, recouvertes de boue, avec de la verdure comparable à de la moisissure.

Dans les premiers temps après le Déluge, Noé et les siens mangèrent des poissons et des coquillages puis ensuite du pain, et des oiseaux lorsque ceux-ci se furent suffisamment reproduits. Ils aménagèrent des jardins, et le sol était si fécond que le blé qu’ils plantaient avait des épis aussi vigoureux que ceux du mais ils cultivèrent également la plante haoma. La tente de Noé, comme plus tard celle d’Abraham, était dressée dans la plaine, avec toutes les tentes de ses fils autour dans la région.

Je vis la malédiction de Cham7 mais Sem et Japhet reçurent la bénédiction de Noé, agenouillés devant lui, comme je vis plus tard Isaac la recevoir d’Abraham Quant à la malédiction prononcée par Noé sur Cham, Je la vis comme une nuée noire qui descendit sur le malheureux et l’enveloppa de ténèbres. Il n’était plus aussi blanc qu’auparavant. Sa faute était comparable à un sacrilège contre un sacrement, faute d’un homme qui voulait pénétrer de force dans l’Arche d’Alliance.

J’ai vu une race très corrompue issue de Cham : elle s’enfonçait toujours davantage dans les ténèbres Les peuplades noires, païennes et complètement arriérées me sont montrées comme des descendants de Cham, et leur couleur de peau n’est pas un effet du soleil, mais la conséquence de l’origine obscure de leur race maudite.

Note : 6. Gen. 8. 4. 7. Gen. 9, 18-27.

Il m’est impossible d’exprimer comment je vis les peuples se multiplier et croître de toutes sortes de façons et sombrer toujours plus dans l’obscurcissement. et comment il y avait au milieu d’eux quelques lignées plus lumineuses qui aspiraient à la lumière

Lorsque Thubal, le fils de Japhet, se fit attribuer par Noé la contrée où il devait s’établir avec ses enfants et ceux de son frère Mosoch, le groupe comptait quinze tribus. Les enfants de Noé vivaient tout alentour et assez loin, et les familles de Thubal et de Mosoch étaient fort éloignées de Noé. Mais lorsque la descendance de Noé s’accrut et se dispersa, Thubal voulut se retirer encore plus loin, afin de se séparer des enfants de Cham, qui pensaient déjà à la construction de la Tour de Babel. Lorsque Thubal et les siens furent conviés à participer à l’édification de cette Tour, ils refusèrent de répondre, tout comme les descendants de Sem

Thubal se rendit donc avec toute sa descendance devant la tente de Noé, afin que celui-ci leur désignât un territoire.

Noé habitait sur une montagne entre le Liban et le Caucase.

Il pleura, car il aimait cette famille, la meilleure et la plus pieuse de toutes. Il leur attribua une région vers le nord-est, et leur recommanda d’observer la loi de Dieu et les rites d’offrande, puis leur fit promettre qu’ils préserveraient la pureté de leur origine et éviteraient toute union avec les descendants de Cham.

Note : 8. Cf. Gen. 10,2 (Tubal : Toubal) (Mosoch : Mécheek)

Il leur remit des ceintures et des scapulaires qu’il avait conservés dans l’Arche, afin que les chefs dedans les revêtissent lors du service divin et à l’occasion des mariages, afin d’être préservés de tout malheurs et d’une postérité perverse. Le service divin institué par Noé pour le sacrifice me faisait penser au saint sacrifice de la messe il consistait en versets et répons. Noé évoluait autour de l’autel et s’inclinait parfois.

Il leur confia également un sac de cuir renfermant un coffret d’écorce dans lequel se trouvait un récipient d’or en forme d’oeuf ce récipient contenait lui-même trois petits vases. Ils reçurent également les tubercules ou bulbes de la plante haôma, ainsi que des rouleaux d’écorce ou de parchemin couverts d’écriture, et des bâtons arrondis sur lesquels étaient gravés des signes.

Ces gens-là étaient très beaux, avec le teint lumineux et de couleur jaune-ocre.

Ils portaient des vêtements de peaux de bêtes et de toisons de montons, retenus par des ceintures seuls leurs bras étaient découverts. Je vis qu’ils revêtaient ces peaux aussitôt après en avoir dépouillé les animaux, alors qu’elles étaient encore toutes sanglantes, et ils les portaient si ajustées que je crus tout d’abord que c’était une race velue.

Lorsqu’ils émigrèrent vers les hautes terres du nord-est, ils n’avaient pas beaucoup de bagages avec eux, hormis des graines Je n’ai pas vu de chameaux dans leurs troupeaux, mais des chevaux, des ânes, et des animaux aux longues cornes semblables à des cerfs. Ils s’établirent près d’une haute montagne, vivant en communautés dans de longues cabanes basses, construites comme des tonnelles à flanc de sommet. Tout autour de leurs maisons, ils creusaient, plantaient et aménageaient de grandes rangées d’arbres. L’autre versant était glacial, et, par la suite, le climat se refroidit dans toute la région, si bien qu’un petit-fils de Thubal nommé Djemschid, 9 chef de la tribu, fit émigrer celle-ci vers le sud-ouest. Au moment de cette migration, tous ceux qui avaient connu Noé et avaient pris congé de lui étaient morts dans cette région montagneuse, et tous ceux qui suivirent Djemschid y étaient nés, sauf quelques vieillards, rares survivants contemporains de Noé, qu’ils emmenèrent avec eux, les portant avec beaucoup de soins dans de grands couffins.

Lorsque Thubal quitta Noé avec sa famille, je vis dans le groupe ce fils de Mosoch nommé Hom, qui avait été recueilli dans l’Arche. C’était déjà un adulte. Je l’ai vu par la suite, très différent des autres, d’une taille gigantesque, très farouche et grave il portait un long manteau et ressemblait à un prêtre mais il vivait en retrait et passait de nombreuses nuits entières seul au sommet des montagnes: il observait les étoiles et s’adonnait à la magie le diable lui inspirait des visions dont il tira une doctrine codifiée qui dénatura l’enseignement d’Hénoch.

Les mauvais instincts de sa mère se mêlaient en lui à la pure hérédité d’Hénoch et de Noé, et à l’influence de leurs enseignements, auxquels les enfants de Thubal restaient fidèles. Mais par ses visions et ses révélations, Hom introduisit dans l’antique vérité de fausses notions et des interprétations erronées. Il raisonnait subtilement et étudiait, observait les étoiles et avait des visions qui lui révélaient des interprétations de la vérité falsifiées par le démon et qui, par leur ressemblance avec la vérité firent de son enseignement et de son idolâtrie la source de toutes les hérésies.

Note : 9. Djemschid : ancêtre et chef des Indo-iraniens. (NdT)

Thubal était un homme bon: les pratiques et l’enseignement de Hom lui déplurent, et il éprouva une grande douleur à voir un de ses fils, le père de Djemschid. se convertir aux doctrines de Hom. J’ai entendu Thuhal se lamenter « Mes enfants sont désunis, je désirais et aurais du rester auprès de Noé ! « 

Hom capta deux sources dans la montagne prés de laquelle ils vivaient il les canalisa et les réunit en un seul cours d’eau qui devint bientôt un fleuve assez large : 10 j’ai vu les descendants de Thubal franchir ce fleuve lorsqu’ils émigrèrent sous la conduite de Djemschid. Hom fut bientôt vénéré comme une divinité il leur enseignait que Dieu se trouvait dans le feu il faisait également une large place à l’eau et surtout à la racine de la plante haôma, dans sa doctrine pernicieuse il organisa la culture de cette planté dont il tirait son nom, et la distribuait solennellement comme une nourriture sacrée et un remède, si bien que cela donna naissance à un commerce religieux il portait sur lui le suc ou la pulpe de cette plante, dans un récipient brun semblable à un mortier.

Les piquets de tente de la tribu étaient faits du même métal que le récipient et forgés par les membres d’une autre peuplade qui s’était établie assez loin d’eux, dans une région montagneuse, et qui avait basé son industrie sur l’art du feu je les ai vus prés de monts qui, tantôt d’un côté et tantôt d’un autre, crachaient du feu et je pense que le récipient porté par Hom avait été fabriqué avec du métal ou de la lave en fusion qu’ils avaient coulé dans un moule.

Hom ne se maria point et ne vécut pas très vieux. Il publia beaucoup de révélations sur sa mort, comme plus tard Derketô 11.

Lui-mème et ses fidèles attachaient foi à ces élucubrations, mais je le vis mourir d’une façon si effroyable qu’il ne resta rien de lui, car l’Adversaire (le diable) l’emporta avec lui. Aussi ses sectateurs crurent-ils qu’il avait été comme Hénoch. enlevé dans un endroit sacré. Il avait désigné le père de Djemschid comme son successeur et lui avait légué son esprit, afin qu’il poursuivit son enseignement. Djemschid lui-même devint, grâce à sa sagesse, le chef de la tribu, qui c’était rapidement accrue et qui formait un véritable peuple lorsque Djemschid la conduisit vers le sud.

Il avait reçu une éducation fort soignée et l’enseignement de Hom. D’un dynamisme et d’une rapidité remarquables, il était bien meilleur et plus actif que Hom, celui-ci étant très hautain et sombre. C’est lui qui fixa définitivement la religion et l’enseignement de Hom, en y ajoutant divers détails: il s’adonnait également à l’astrologie. Le peuple dont il était le chef possédait déjà le feu sacré 12 et pratiquait le tatouage, usant d’un signe qui lui était propre. Les hommes se tenaient alors à l’écart les uns des autres, regroupés suivant les tribus, et n’avaient pas de relations les uns avec les autres comme aujourd’hui. Djemschid veilla tout particulièrement à la pureté et à l’intégrité des tribus : il mariait ou séparait selon les normes qui lui paraissaient les meilleures. Les hommes étaient tout à fait libres, et pourtant fort soumis à des lois strictes.

Les races primitives, que je vois encore à présent dans des pays lointains et des îles, ne peuvent en rien être comparées, pour la beauté, la noblesse, la simplicité et la force, à ces premiers peuples issus de Noé. Elles sont loin d’en avoir l’habileté, la vigueur et l’adresse.

Au cours de ses pérégrinations, Djemschid construisit de longues routes de pierre, établit les fondations de cités et de campements qu’il entoura de champs, et installa en divers endroits de nombreuses familles, avec leurs troupeaux, leurs plantes et leurs arbres. Il parcourait à cheval de grandes étendues de territoire et fichait l’instrument qu’il tenait toujours en main dans un point précis du sol où ses sujets se regroupaient et se mettaient aussitôt à creuser et à bâtir. à défricher et à élever des enceintes. Il était d’une sévérité et d’une inflexibilité étonnantes.

Je l’ai vu comme un grand vieillard maigre, à la peau ocrée, chevauchant un étonnant animal au pelage rayé de noir et de jaune, qui ressemblait à un âne aux pattes grêles et qui était très rapide 13. Il délimitait les territoires en les parcourant au galop, comme les pauvres gens de chez nous, sur la lande, qui font le tour des champs pendant la nuit pour rechercher des endroits propices à la construction. A des endroits précis, il faisait halte silencieusement et enfonçait son sceptre ou une perche dans la terre, c’est là que l’on s’établissait. L’instrument qu’il utilisait et que l’on nomma plus tard le soc d’or de Djemschid, ressemblait à une croix latine aux longues branches, garnie d’une lame lorsque la lame était sortie, l’ensemble formait une équerre. Il traçait un sillon dans la terre avec la lame.

Il portait également un signe représentant cet instrument sur le côté de son vêtement, à l’endroit où il y a d’habitude la poche. Cela ressemblait à l’insigne que Joseph et Aseneth portaient toujours sur eux, en Egypte et avec lequel ils délimitaient également les territoires mais leur instrument ressemblait davantage à une croix, garnie au sommet d’un anneau dans lequel elle pouvait être repliée 4.

Djemschid portait un grand manteau rejeté en arrière de la ceinture aux genoux pendaient quatre pièces de cuir, deux devant et deux derrière, qui étaient cousues sur les côtés et entre les genoux 15. Les pieds étaient chaussés de cuir et entourés de lacets. Il portait une cuirasse d’or sur le torse il avait de nombreuses cuirasses de ce genre, qu’il changeait suivant les occasions et les fêtes. Sa couronne était un cercle d’or garni de pointes, avec cependant une sorte d’éperon plus haut à l’avant, comme une corne, au bout duquel il y avait comme un petit drapeau.

Il parlait beaucoup d’Hénoch et savait qu’il avait été enlevé de la terre et n’était pas mort. Il enseignait qu’Hénoch avait révélé à Noé toute vérité et tout bien et appelait ce dernier le père et le dispensateur de tout bien. Djemschid conservait Précieusement un récipient d’or en forme d’oeuf dans lequel il gardait, disait-il, le bien que Noé avait emporté avec lui dans l’Arche et qu’il lui avait légué.

A l’endroit où sa troupe faisait halte, le récipient était fixé au sommet d’une colonne abritée par une tente semblable à un petit temple, dont les piquets étaient finement ciselés et représentaient toutes sortes de figures. Ce récipient avait comme couvercle une couronne évidée, et lorsque Djemschid faisait du feu, il en prenait quelque chose qu’il jetait dans les flammes. Ce récipient avait effectivement servi à Noé à conserver le feu, lorsqu’il était dans l’Arche. Il était devenu l’idole de Djemschid et de son peuple. Lorsqu’on l’exposait, on allumait des feux tout autour, et le peuple adorait le feu et offrait des sacrifices d’animaux. Djemschid enseignait que le dieu suprême se trouvait dans le feu et dans la lumière, et qu’il était servi par des divinités inférieures et des esprits.

Tout le peuple se soumit à lui il établissait ça et là des hommes et des femmes avec leurs troupeaux, et leur donnait ordre de construire et de cultiver la terre. Ils n’avaient pas le droit de se marier selon leurs désirs, il les traitait comme du bétail et accordait à chaque homme les femmes qu’il lui choisissait. Lui-même avait plusieurs épouses, notamment une très belle jeune fille de la meilleure tribu, qui lui donna un fils, son successeur. Il fit bâtir aussi de grandes tours rondes que l’on gravissait grâce à des marches et qui servaient à observer les astres.

Les femmes, qui vivaient à l’écart et étaient totalement soumises aux hommes, portaient des jupes courtes et des corsets de courroies tressées sur la poitrine et les épaules en arrière pendait une sorte de pièce d’étoffe, et une écharpe aux extrémités arrondies entourait leur cou et descendait jusqu’aux genoux elle était décorée, sur les épaules et la poitrine, de toutes sortes de signes ou de lettres. Djemschid ordonna de tracer des routes directes, à partir de chaque pays qu’il avait fondé, jusqu’à Babel.

Il n’y avait encore personne dans les territoires où il s’établit il n’eut pas à déloger de peuples, tout se fit de façon pacifique: ce fut un établissement et un peuplement’ et non une conquête. Sa race était rouge-jaunâtre de peau, avec un teint lumineux comme l’ocre c’était un beau spécimen de l’humanité.

Toutes les tribus furent tatouées, de façon à ce que l’on reconnut les souches pures et les familles de sang mêlé.

Djemschid réussit à escalader avec son peuple une haute montagne couverte de glaciers je ne sais comment ils y arrivèrent, avec assez de chance mais beaucoup moururent au cours de cette entreprise. Ils avaient des chevaux ou des ânes, mais Djemschid montait un animal au pelage rayé, de petite taille. un changement de climat les contraignit à quitter leur territoire, car il y faisait trop froid actuellement, le climat s’est réchauffé, là -bas. Il rencontra au cours de ses pérégrinations plusieurs tribus livrées à elles-mêmes, soit qu’elles se fussent soustraites à la tyrannie d’un chef, soit qu’elles eussent été frappées par le malheur elles recherchaient un chef et se soumirent volontiers à lui, car il était doux et leur procurait de la nourriture et des bénédictions. Il y avait aussi de pauvres fugitifs qui avaient été chassés de leurs terres après avoir été, comme Job, dépouillés de leurs biens et persécutés. J’en vis qui se trouvaient sans feu et devaient faire cuire leur pain sur des pierres exposées au soleil.

Djemschid rencontra également une tribu qui pratiquait les sacrifices d’enfants, lorsque ceux-ci ne leur paraissaient pas assez beaux ou avaient un défaut. Il fit abolir cette pratique, confia ces enfants aux soins des femmes et les fit élever dans un campement plus tard, il en fit ses serviteurs.

Djemschid s’était tout d’abord dirigé vers le sud-ouest la montagne des prophètes se trouvait sur la gauche, au sud par la suite, il poussa plus avant vers le sud, et la montagne se trouva dès lors vers l’Orient. Je crois qu’il a franchi plus tard le Caucase. A cette époque, tandis que dans ces régions l’humanité s’étendait et commençait ses activités, il n’y avait dans nos pays que des régions désertiques, des forêts et des tourbières vers l’est, ça et là , un tout petit groupe s’égarait parfois.

L’Etoile resplendissante (Zoroastre), qui vint bien plus tard à cette époque, était un descendant d’un fils de Djemschid dont il rénova la doctrine. Djemschid écrivit toutes sortes de commandements sur des tablettes de pierre ou d’écorce une seule lettre allongée signifiait parfois toute une phrase. Cette langue fait partie des langues originelles, elle a des relations avec la nôtre. Djemschid vivait au temps de Derketô, et de sa fille Sémiramis. Mais il ne vint jamais à Babel.

J’ai vu l’histoire d’Hom et de Djemschid lorsque Jésus enseignait devant les philosophes païens de Lanifa, dans l’île de Chypre ceux-ci avaient parlé de Djemschid devant Jésus, le représentant comme un très ancien roi d’une grande sagesse, qui se serait établi loin au-delà de l’Inde, vers le nord, et qui aurait délimité de nombreux pays, à l’aide d’un poignard d’or que Dieu lui aurait donné, pour les peupler et y répandre partout la bénédiction. Ils posèrent à Jésus toutes sortes de questions sur lui et sur les miracles que lui attribuait la légende.

Jésus leur dit que Djemschid était un homme naturellement habile et d’une grande sagesse, qu’il avait dirigé des peuples, qu’il avait pris la tête d’une tribu à la suite de la confusion de la Tour de Babel et l’avait conduite dans des régions qu’ils avaient peuplées successivement il dit également qu’il y avait eu d’autres chefs comparables à lui. mais qu’ils avaient conduit des entreprises plus mauvaises que les siennes, parce que sa race à lui n’était pas aussi dépravée que la leur. Mais il leur montra aussi combien de fables avaient été écrites à partir de lui, et comment il apparaissait comme une caricature médiocre du Prêtre et Roi Melchisedech.

Il leur dit de porter leur intérêt plutôt sur Melchisédech et sur la race d’Abraham car lorsque les peuples commencèrent à se disperser, Dieu avait envoyé Melchisedech aux familles les plus pieuses, afin qu’il les guidât et les unit, et qu’il leur préparât des territoires et des endroits où ils pussent s’établir et devenir, suivant leurs oeuvres et leur pureté, de plus en plus dignes de la grâce du Salut. Il leur dit qu’ils devaient chercher à savoir qui était Melchisedech, car il était bien vrai qu’il était la préfiguration de la grâce de la Promesse, désormais si proche de son accomplissement’ et que son offrande du pain et du vin devait à présent s’épanouir pleinement et s’achever pour demeurer jusqu’à la fin du monde.

7 la construction de la tour de Babel

La construction de la Tour de Babel fut l’oeuvre de l’orgueil. Les bâtisseurs voulurent édifier un monument selon leurs propres conceptions, pour se dresser contre les desseins de Dieu. Lorsque les enfants de Noé furent devenus très nombreux, les plus prétentieux et les plus doués pour les arts se réunirent entre eux et décidèrent de construire une oeuvre si grande et si solide que les générations l’admireraient éternellement et qu’elles parleraient d’eux comme des hommes les plus puissants et les plus habiles. Ils ne pensèrent alors nullement à Dieu, mais à leur seule gloire, sinon, ainsi qu’il me l’a été expliqué très fermement, Dieu leur eut permis de mener leur ouvrage à terme.

Les sémites ne prirent point part à la construction. Ils habitaient une contrée de plaines où poussaient des palmiers et d’autres arbres fruitiers aussi nobles mais comme ils n’étaient pas assez loin, ils furent contraints de fournir quelque chose pour l’ouvrage. Seuls les descendants de Cham, et ceux de Japhet participèrent à cette entreprise ils traitaient de peuple stupide les Sémites qui se dérobaient.

De surcroît, les Sémites n’étaient pas aussi nombreux que les autres et, parmi eux, la lignée d’Héber et d’Abraham se tenait encore plus à l’écart. Dieu avait posé son regard sur Héber, qui ne travailla pas à la Tour, afin de le préserver avec sa postérité de l’égarement et de la corruption universels: il voulait en faire un Peuple saint, à part. Aussi lui donna-t-il également une langue sacrée nouvelle, qu’aucun autre peuple ne connut, afin que sa lignée fût tenue à l’écart: c’est la langue hébraïque ou chaldéenne pure.

La langue originelle, celle que parlaient Adam, Noé et Sem, était toute différente, et ne se retrouve plus actuellement que dans certaines consonances ses premiers dérivés sont la langue des Bactriens, des Zend, et la langue sacrée de l’Inde 2, On y retrouve des termes tout à fait comparables à ceux du bas dialecte de mon pays. Le livre, que je vois enfoui dans l’actuelle Ctésiphon, sur le Tigre, est écrit dans la langue originelle.

Héber vivait encore à l’époque de Sémiramis 3. Son grand-père Arpharad4 était le fils préféré de Sem, doué d’une intelligence pénétrante et rempli de sagesse mais beaucoup de cultes idolâtriques et de pratiques magiques se réfèrent à lui les Mages prétendaient également remonter à lui.

Note :

1. Heber : ancêtre d’Abraham. cf Gen. l’ 14-16.

I 2. Probablement le sanscrit. (NdT)

3. Cf. chap. 8 et 9.

4. Gen. Il. 10-12 ( : Atpakchad).

La Tour fut construite sur un plateau dont on parcourait la circonférence en deux heures environ et qui se dressait au milieu d’une vaste plaine couverte de champs, de jardins et d’arbres. Vingt-cinq voies très larges, bordées de murailles, convergeaient de tous les points de la plaine jusqu’aux murs de soutènement de la Tour, c’est-à-dire jusqu’au niveau de la première plate-forme. Il y avait vingt-cinq tribus qui participaient aux travaux, et chacune devait posséder sa propre route, qui commençait au loin dans la ville de chaque tribu, et aboutissait à la Tour, afin qu’en cas de danger tous les habitants pussent s’y réfugier.

Cet édifice devait également servir de temple pour leur culte idolâtrique.

Les voies fortifiées, fort éloignées l’une de l’autre à leurs points de départ dans la plaine, se resserraient tellement qu’à leur jonction avec la Tour, toutes ces routes étaient reliées l’une à l’autre par des arcades abritant des portes de dix pieds de large, qui d’une part assuraient la communication d’une voie à l’autre, et par ailleurs permettaient d’accéder à la base de la Tour.

Dès que les routes, qui s’élevaient en pente douce sur des rampes, avaient atteint un certain niveau, elles étaient reliées entre elles par de grands portiques, puis, plus près de l’édifice, par des portiques superposés, qui s’ouvraient sur des passages voutés creusés dans les rampes 5 : ainsi pouvait-on contourner la première assise de la Tour en empruntant ces sortes de tunnels. Aux endroits où les routes enjambaient ces passages qui établissaient la communication de l’une à l’autre, la chaussée était horizontale.

Toutes ces routes qui montaient vers l’édifice étaient comme les racines d’un arbre, contreforts étayant la monstrueuse construction elles servaient également de voies d’accès sur lesquelles on charriait les fardeaux et les matériaux de toutes provenances, jusqu’au milieu de la Tour.

Entre ces racines déployées autour de l’édifice, il y avait des campements établis sur des plates-formes fortifiées et séparés par les routes à de nombreux endroits, le faite des tentes surplombait la chaussée. Des escaliers taillés dans la pierre faisaient communiquer chaque campement avec le niveau des routes et on pouvait. grâce aux tunnels creusés dans les rampes, faire tout le tour de la construction en traversant les campements.

Hormis les habitants de ces tentes, il y avait d’autres gens qui vivaient dans les multiples alvéoles et niches aménagées de part et d’autre, dans les rampes. C’était un monstrueux grouillement autour et au-dessus de l’ensemble, c’était comme une immense fourmilière.

D’innombrables animaux, chameaux, éléphants et ânes, circulaient en grands troupeaux aux abords de la Tour, montant et descendant, portant de lourds chargements il y avait le long des routes des places aménagées pour la nourriture et le chargement de ces animaux, ainsi que des tentes et de grands chantiers à l’endroit ou la chaussée était horizontale. J’ai vu des animaux, charges de fardeaux, parcourir sans maître toute la route, dans un sens et dans l’autre.

Les portes creusées à la base de la Tour s’ouvraient sur un monstrueux dédale, un labyrinthe de corridors et de salles. On pouvait accéder directement à ces fondations grâce à des escaliers taillés dans la pierre. à partir de ce premier niveau, une voie extérieure contournait l’édifice aux angles multiples, lui-même constitué de vastes et profondes caves et d’un enchevêtrement de couloirs et de salles. Les travaux étaient entrepris tous ensemble, dans toutes les directions. convergeant vers le point central où se dressait encore, au début, un grand campement.

Ils faisaient des constructions de briques, y incorporant toutefois de grosses pierres taillées qu’ils traînaient jusque-là. Le revêtement des routes était tout blanc et brillait sous le soleil c’était, vu de loin, un spectacle magnifique. La Tour était édifiée avec beaucoup d’art, et il m’a été dit qu’elle aurait pu être achevée et se dresserait encore à l’heure actuelle, comme un beau monument à la gloire de la puissance des hommes, si ceux-ci l’avaient bâtie en l’honneur de Dieu.

Mais ils ne pensèrent pas à Dieu à ce moment c’était seulement la réalisation de leur propre orgueil. Sous les voutes, ils inscrivaient sur des stèles, en pierres de couleurs différentes, les noms et les louanges de tous ceux qui accomplissaient des exploits dans la construction ils écrivaient cela en grandes lettres.

Ils n’avaient pas de rois, mais des chefs de clans, et ceux-ci dirigeaient tout après avoir délibéré ensemble.

Les pierres étaient artistement taillées, et tout s’harmonisait et se tenait. Tout le monde participait à l’ouvrage. On avait creusé des canaux et des citernes pour l’approvisionnement en eau. Les femmes pétrissaient l’argile avec leurs Pieds. Les hommes travaillaient bras nus et torse nu les contremaîtres portaient un petit bonnet avec un bouton. Les femmes se voilaient la tête très tôt.

L’édifice devint si grand et si haut que l’un des côtés, à cause de l’ombre, était tout froid, alors que l’autre était très chaud, sous les effets de la réverbération.

Ils étaient à l’oeuvre depuis trente ans et avaient atteint le second étage déjà la plate-forme était aménagée, ils y dressaient des paliers semblables à des tours, sur lesquels ils inscrivaient avec des pierres multicolores les listes de leurs noms et de leurs tribus c’est alors que survint la confusion.

On ne voyait aucune sculpture en relief dans l’édifice, mais simplement des figures gravées dans des niches. ça et là , et beaucoup de mosaïques.

Je vis un envoyé de Dieu, Melchisedech 6, intervenir parmi les dirigeants et les contremaîtres. Il critiqua leurs agissements et annonça le châtiment divin et la confusion s’établit.

Beaucoup, qui avaient jusqu’alors travaillé très régulièrement, commencèrent à se prévaloir de leur habileté et exigèrent des salaires pour leur travail ils s’organisèrent en factions et revendiquèrent tel et tel privilège. Les autres protestèrent et il s’établit un climat d’hostilité et de révolte. On en rejeta la responsabilité sur deux tribus, qui furent expulsées mais elles se rebellèrent. tous en vinrent aux mains et s’entre-tuèrent.

Note :

6. Cf. chap. 10.

Je vis la descendance de Sem s’établir vers le sud, dans une région qui devait être la patrie d’Abraham 7, mais un homme, qui était bon, ne s’exila pas: il demeura parmi les méchants, à Babel, à cause de la volonté de son épouse. Cet homme est le père des Samanes, qui restèrent un peuple à part et furent plus tard conduits vers la Terre Promise par Melchisédech, sous le règne de la terrible Sémiramis 8.

Lorsque, étant enfant, j’eus la vision de la Tour de Babel. je ne pouvais la comprendre et l’écartais sans cesse. car je n’avais jamais rien vu d’autre que nos maisons, où les vaches sortaient par la cheminée (c’est-à-dire que la porte servait aussi d’évacuation pour la fumée) et la ville de Koesfeld 9 c’est pourquoi je pensais que cela devait être le ciel. Et plus tard, et aujourd’hui encore, cette vision m’a toujours été montrée de la même façon j’ai vu également comment la Tour se présentait encore à l’époque de Job.

L’un des personnages qui dirigèrent la Construction de la Tour était Nimrod, honoré ensuite comme divinité sous le nom de Belus 10. Il est l’ancêtre de Derketo 11 , également vénérée comme déesse, et de Sémiramis. Nimrod se servit des pierres de la Tour.

Note :

7. Cf. chap. 12. Ur en Chaldée se trouve au sud-est de la Babylonie. (NdT)

8. Cf. chap. 10.

9. Anne Catherine traduit ici avec spontanéité et humour ses impressions d enfant. (NdT)

10. Nimrod (héb. Nemrod). figure légendaire présentée par la Genèse (10. 8-12) comme grand chasseur et premier souverain puissant sur la terre Belus. Bel ou Baal (« Maître ») était la divinité tutélaire de Babylone. (NdT)

11. Cf. chap. 8.

8 Derketô

J’ai vu trois tribus, l’une issue de la fusion des deux autres, entre l’époque de Derkétô 2 et celle de Sémiramis. J’ai vu Derkétô quitter en hâte la région de Babylone. accompagnée d’une foule d’hommes et de femmes c’était -une grande et robuste virago, vêtue de peaux de bêtes encore garnies de leurs queues et ornés de nombreuses lanières elle portait sur la tête un bonnet de plumes. Fort versée dans la voyance, la prédiction et les sacrifices, elle ne cessait de voyager et de fonder des cités. Lorsqu’elle avait détecté un emplacement propice à des constructions, elle chassait devant elle les tribus déjà établies avec leurs troupeaux et faisait élever par ses sujets de hautes tours de pierre. souvent hideuses ils offraient alors des holocaustes et s’adonnaient à tous les vices.

Tout se rattachait à elle. Elle se trouvait tantôt ici, tantôt ailleurs, et partout on la vénérait elle eut dans son âge mur une fille qui poursuivit son action. J’ai vu tout cela surtout dans une plaine, où fut établie l’origine de ce culte abominable. Finalement, je l’ai vue dans une ville au bord de la mer : c’était une horrible vieille, qui accomplissait ses opérations magiques au bord de l’eau. Elle se tenait devant tout le peuple, dans un état de transe diabolique, et annonçait qu’elle voulait se sacrifier et mourir pour le salut de la cité elle ne pouvait plus rester prés d’eux, disait-elle, mais elle se transformerait en poisson et demeurerait ainsi dans le voisinage. Elle ordonna également de lui rendre un culte, dont elle fixa les détails, puis se jeta à la mer en présence de tout le peuple. Il y avait dans toutes ces prédictions d’étranges secrets et toutes sortes de significations attachées à l’eau et à Derketô 2.

Note : 1. Derketo (nom grec de la divinité syro-phénicienne Atargatis) fut vénérée surtout à Karnion (2 Mac 12,26) et à Ascalon. C’était une nymphe qui fut changée en poisson. selon la légende. Son culte était commémoré à Ascalon, où l’on entretenait des poissons sacrés dans deux étangs, à Palmyre, etc. (NdT)

J’ai vu ensuite un poisson sauter hors de l’eau, salué par tout le peuple qui célébra des sacrifices et se livra aux pires abominations de l’idolâtrie, suivant les prescriptions de Derketô.

Après elle, une autre femme apparut sur une petite montagne, c’était sa fille. Cette image signifiait qu’elle aurait un plus grand renom de puissance. J’ai vu cette fille adonnée à toutes les horreurs propagées par Derketô. mais c’était encore plus impétueux et sauvage. Elle organisait de grandes battues sur des centaines de milles. traquant les fauves, célébrant entre-temps des sacrifices, s’occupant de magie et de prédiction. Elle fit bâtir partout des cités et organisa des cultes idolâtriques. Je la vis mourir noyée, alors qu’elle chassait un hippopotame.

Note : 2. Le culte d Agartis était une célébration de la fécondité. qui donnait lieu a des scènes licencieuses. (NdT)

Sa fille Sémiramis m’apparut sur une haute montagne, entourée de toutes les richesses et de tous les trésors de la terre, comme si le diable les lui montrait et les lui offrait elle instaura toute l’abomination à Babylone. De telles prédispositions se retrouvaient dans beaucoup d’hommes, mais à l’état latent, au cours des premiers âges par la suite, elles s’affirmèrent avec violence chez certains personnages, qui devinrent alors des chefs et furent considérés par les autres comme des divinités ils établirent à partir de leurs illusions toutes sortes de cultes païens, réalisant de surcroît des oeuvres d’art, faisant des découvertes et déployant leur puissance partout, car ils étaient animés par le mauvais esprit.

Ils furent à l’origine de lignées de tyrans et de prêtres, qui ne furent plus tard que des familles sacerdotales.

Dans les temps anciens, j’ai vu qu’il y avait plus de femmes que d’hommes de cette sorte, et elles étaient partout en proie à des transes dans lesquelles elles prophétisaient et agissaient.

Beaucoup de ce que l’on rapportait d’elles n’était qu’une relation incomplète de leurs vaticinations extatiques ou magnétiques l’histoire de leur origine, de leurs exploits, de leur vie était relatée soit par elles-mêmes, soit par d’autres somnambules diaboliques.

Les juifs aussi se livraient, en Egypte, à de nombreux cultes secrets mais Moise les extirpa, il fut le voyant de Dieu. Toutefois, beaucoup de ces mystères furent conservés par les rabbins, qui se les transmirent comme une science secrète réservée aux lettrés 3. Plus tard. ces pratiques se retrouvèrent chez divers peuples, mais fort amoindries et appauvries, réduites à la sorcellerie et à la superstition, qui persistent encore.

Note : 3. Origine de la Kabbale juive. matrice diabolique de toutes les sciences occultes et de la Franc-Maçonnerie. (NdT)

Tout ceci cependant est issu du même arbre de perdition de l’unique royaume inférieur. Je vois toutes ces choses de façon confuse ou situées tout à fait sous la terre. Il y a également un élément de ces abominations dans le magnétisme 4,

Dans ces premiers cultes idolâtriques, l’eau était sacrée : ils accomplissaient tous leurs sortilèges près de l’eau. et leur état de transe visionnaire et prophétique était provoqué par l’observation de l’eau 5. Ils aménagèrent bientôt des étangs sacrés destinés à cet usage. Plus tard. ils n’eurent plus besoin d’eau pour susciter en eux ces états de transe. J’ai eu l’occasion d’apercevoir leurs visions, et c’est tout à fait curieux : c’était comme si tout l’univers se retrouvait sous l’eau. avec tous ses éléments qui sont normalement au-dessus : mais tout était voilé par un halo sombre et malsain On voyait arbre sous arbre, montagne sous montagne. mer sous mer etc. J’ai appris que ces femmes adonnées à la magie percevaient de la sorte tous les événements. les guerres, les peuples, les dangers etc. Elles voyaient toutes ces choses comme actuelles, mais elles-mèmes, en fait, agissant immédiatement selon leurs visions, les réalisaient. Elles voyaient : il y a ici un peuple, qui peut vous vaincre, qui peut être défait par tel autre. qui peut bâtir une ville là -bas.

Note :

4. Pseudo-science thérapeutique. étroitement liée à l’occultisme et à l’hypnose. vulgarisée dans la seconde moitié du XVIII s. par l’allemand Mesmer. (NdT)

5. C est l`hydromancie. procédé de divination encore très répandu chez nos modernes devineresses. l’eau est un excellent « support » de voyance, selon elles. (NdT)

Elles voyaient des hommes et des femmes puissants et savaient alors comment les vaincre par la ruse elles prédisaient en fait tout le culte diabolique auquel elles se livraient. C’est ainsi que Derketô vit qu’elle devait se jeter à la mer pour devenir un poisson, ce qu’elle fit ! Elle ne voyait dans l’eau que ses propres abominations.

La fille de Derketô vécut à une époque où l’on construisit davantage de routes et de grandes voies de communication. Elle erra ça et là jusqu’en Egypte, et toute sa vie ne fut que voyages et campagnes de chasse. C est a ses disciples que Job dut d’être si spolié en Arabie 6. Toutes ces pratiques se répandirent en Egypte d’une façon si particulière, avec tant d’ampleur que l’on y était complètement adonné et que beaucoup de prophétesses étaient établies dans des temples et des officines, assises sur de curieux sièges disposés devant toutes sortes de miroirs et, tandis qu’elles étaient en proie à leurs visions, les prêtres rapportaient toutes leurs vaticinations à des hommes qui, par centaines, en inscrivaient le texte dans la pierre, gravant ces révélations dans les parois des salles.

J’ai vu aussi cette chose étrange : les chefs de ces instruments du démon étaient reliés entre eux de façon mystérieuse, formant une société secrête. Par ailleurs, dans des endroits très différents, diverses personnes se livraient aux mêmes abominations, toutes très proches les unes des autres : les seules différences tenaient à des particularismes locaux et aux intérêts mauvais propres à chaque peuple.

6. Cf. chap. 11.

Certains peuples, toutefois, n’étaient pas aussi pervertis et corrompus par ces horreurs ils étaient plus prés de la vérité : ainsi la tribu qui donna naissance à Abraham. la famille de Job et la lignée des trois mages’ de même que les astrologues de Chaldée et les disciples de l’Etoile brillante, Zoroastre 7.

Lorsque Jésus-Christ vint dans le monde et arrosa la terre de son sang. la puissance maléfique de ces pratiques régressa’ et les effets en furent plus faibles. Moïse Dès son enfance, fut un voyant, mais tout en Dieu et il suivait toujours ce qu’il voyait 8.

Derketô et sa fille Sémiramis 9 atteignirent un âge fort avancé pour leur époque. C’étaient de grandes femmes robustes et lourdes, qui nous feraient presque peur à l’heure actuelle. Elles étaient d’une hardiesse, d’une insolence et d’une vivacité incroyables, et pratiquaient avec une audace inouïe leur commerce avec les mauvais esprits et leurs pratiques de divination elles se prenaient tout à fait pour des êtres à part, des divinités. Elles étaient une réplique exacte de ces magiciens de la haute montagne. encore plus terribles qu’elles. qui avaient été engloutis par le Déluge 10.

Note :

7. Cf. chap. 6.

8. Les magiciennes « réalisaient » elles-mèmes leurs prophéties, car les illusions conjurées par les mauvais esprits les incitaient aux méfaits causant les maux qu’elles annonçaient (cf. Chap. 16. note 17 : la description des visions des prêtres d’idoles égyptiens).

Moïse. par contre. « suivait » ses visions. qui consistaient en recommandations et informations véridiques données par Dieu lui-mème, car il se conformait, sciemment, en toutes ses actions. aux directives de Dieu, qui soit lui dictait sa conduite, en l’avertissant ou non des résultats qu’il obtiendrait, soit l’avisait de faits réels, cachés ou futurs, que Moïse ne pouvait susciter, en lui indiquant éventuellement qu’elle devait être sa réaction (NdT).

9. Plutôt sa petite-fille. (NdT)

10. Cf. chap. 5.

Il est émouvant de voir comment les justes et les patriarches durent lutter et souffrir au milieu de ces désordres effroyables, malgré de nombreuses révélations qu’ils recevaient de Dieu, et comment le Salut emprunta des chemins cachés et laborieux pour s’épanouir finalement sur la terre, alors que toutes ces pratiques diaboliques proliféraient et s’étalaient au grand jour.

Lorsque je voyais tout cela : ce cercle d’activités infâmes autour de ces déesses, et le culte qu’on leur rendait, et par ailleurs la petite armée de Marie, préfigurée dans la nuée d’Elle et combattue par les mensonges éhontés des philosophes de Chypre, et Jésus, accomplissement de la Promesse, qui se tenait devant eux, pauvre et patient, pour les enseigner, et que l’on menait vers la Croix ! Ah ! cela m’était douloureux. et c’était pourtant bien là l’histoire de la Vérité et de la lumière qui ont brillé dans les ténèbres, et que, jusqu’à ce jour, les ténèbres n’ont pas voulu recevoir !

Mais la miséricorde de Dieu est infinie. J’ai vu au cours du Déluge beaucoup, beaucoup d’hommes se convertir sous l’effet de la terreur et de l’angoisse et aller au Purgatoire. d’où Jésus les tira lors de la descente aux enfers. Beaucoup d’arbres resèent enracinés au cours du Déluge, et je les vis reverdir ensuite, mais la plupart furent toutefois abattus et détruits.

9 Sémiramis

La mère de Sémiramis 1 était née dans la région de Ninive malgré son aspect revèche, elle était fort dépravée et cruelle. Son père était syrien, très versé dans les pratiques les plus abominables de l’idolâtrie, tout comme la mère à la naissance de l’enfant, il fut mis à mort, conformément aux prescriptions d’un oracle.

Sémiramis naquit au loin, prés d’Ascalon en Palestine : les prêtres des idoles la confièrent aussitôt à des bergers qui transhumaient dans le désert : c’est là qu’elle fut élevée.

Au cours de son enfance, elle était souvent laissée seule sur une montagne, et je voyais des prêtres lui rendre visite, ainsi que sa mère parfois, au hasard de ses expéditions de chasse.

Note :

1. Sémiramis (arm. Schamiram) était une reine légendaire d’Assyrie. petite-fille de la déesse Derketô et épouse du roi Ninos. à la mort de son mari. elle assura la régence au nom de son fils Ninyas. Les « jardins suspendus » de Sémiramis, à Babylone étaient l’une des sept merveilles du monde antique. (NdT)

Je vis également le diable revêtir toutes sortes d’apparences pour venir jouer avec elle, avec autant de familiarité que les anges auprès de Jean-Baptiste dans le désert. Je vis aussi des oiseaux au plumage multicolore qui volaient autour d’elle et lui apportaient toutes sortes de jouets. Je ne sais pas exactement tout ce qui se passait autour d’elle, mais c’était la plus abjecte turpitude. Elle était belle, fort avisée, experte dans tous les arts, et tout lui réussissait.

Grâce aux pratiques divinatoires, elle parvint à se faire épouser par l’intendant des troupeaux du roi de Babylone, puis par le souverain lui-mème. Celui-ci avait vaincu et soumis un peuple, loin dans le nord, et en avait réduit une partie en esclavage, faisant venir un grand nombre de malheureux à Babylone. Lorsque Sémiramis se fut emparée du pouvoir absolu, elle traita ces esclaves avec une extrème rigueur et les fit travailler à ses constructions insensées.

J’ai vu encore sa mère à la tête de sauvages expéditions de chasse : elle parcourait de vastes étendues, dirigeant une petite armée montée sur des chameaux, des ânes au pelage rayé 2 et des chevaux. Je l’ai vue une autre fois en Arabie, prés de la Mer Rouge, entreprenant une grande battue. à l’époque où Job séjournait dans une ville de la région 3. Ces femmes chasseresses étaient très lestes et montaient à cheval comme des hommes : elles étaient vêtues au-dessous du genou. les jambes entourées de lanières qui retenaient aux pieds des semelles renforcées de deux pièces au talon : et ces pièces étaient ornées de figures peintes.

Note :

2 .Peut-être des zèbres. plus probablement des hémiones. (NdT)

3. Cf. Chap 11

Elles avaient de courtes tuniques de fines plumes multicolores de toutes sortes de formes et de nuances sur la poitrine se croisaient des courroies garnies de plumes : un col de plumes, également, semé de pierres brillantes et de perles, protégeait leurs épaules, et une sorte de bonnet de soie ou de laine rouge couvrait leur tête : elles avaient deux pans de voile devant le visage, pour se protéger du vent et de la poussière. un court manteau complétait leur costume leurs armes de chasse étaient le javelot, l’arc et les flèches elles portaient un bouclier attaché au côté 4.

Les bêtes sauvages s’étaient multipliées d’une façon épouvantable. Ces chasseresses les traquaient sur de longues distances et les abattaient on creusait également des fosses que l’on recouvrait, afin de capturer les fauves et de les tuer à coups de hache et de massue. J’ai vu aussi la …. de Sémiramis chasser cet animal que Job décrit sous le nom de Behémoth 5, ainsi que des tigres, des lions et d’autres carnassiers. En ces temps anciens, je n’ai pas vu de singes. On chassait également sur l’eau. C’est surtout au bord des cours d’eau et des lacs que se déroulaient les cultes idolâtriques, avec toutes leurs horreurs. La mère de Sémiramis n’était pas aussi débauchée que sa fille, mais elle avait un caractère diabolique et faisait preuve d’une force et d’un courage inouïs.

Ce fut une chose effroyable que de la voir précipitée dans la mer au cours de la lutte contre ce puissant et énorme animal (l’hippopotame).

Note :

4. Cette description évoque les Amazones. peuplade de femmes chasseresses qui, selon la légende, vivait au Moyen-Orient. (NdT)

5. C’est l’hippopotame (hebr. béhémot) cf. Job. 40, 15-24, où cet animal est présenté comme une merveille de la création.

Elle était sur un dromadaire et traquait l’hippopotame, lorsque celui-ci se retourna contre elle et la précipita à l’eau avec son dromadaire. Elle fut honorée comme déesse de la chasse et bienfaitrice des hommes.

Sémiramis se rendit également en Egypte, au retour d’une expédition guerrière ou d’une chasse en Afrique ; le royaume d’Egypte avait été fondé par Mesraim. un petit-fils de Cham, qui, à son arrivée dans le pays, trouva quelques groupes épars de tribus primitives

L’Egypte a été peuplée par diverses races qui s’emparèrent tour à tour du pouvoir 7, Lorsque Sémiramis vint dans ce pays, il y avait quatre cités : la plus ancienne, Thèbes, était peuplée par des hommes plus grands, plus minces et plus habiles que ceux qui occupaient Memphis, dont les habitants étaient plus petits et trapus. Thèbes s’étendait sur la rive gauche du Nil, traversé par un grand pont : sur la rive droite se dressait le château où vécut par la suite la fille de Pharaon, au temps de Moïse Les indigènes à la peau sombre et aux cheveux crépus furent esclaves Dès les temps anciens et n’ont jamais eu le pouvoir en Egypte. Ceux qui les premiers envahirent le pays sont venus d’Afrique (je crois) 8 les autres 9 arrivèrent par la Mer Rouge. empruntant la route suivie par les Israélites lors de l’Exode. Une troisième cité se nommait Chume, et plus tard Héliopolis. Elle se situe bien loin au-delà de Thèbes. Lorsque Marie et Joseph s’enfuirent en Egypte avec Jésus, j’ai vu aux alentours de cette ville des bâtiments d’une dimension peu commune qui s’élevaient encore 10. Plus bas que Memphis, non loin de la mer, se dressait la ville de Saïs je crois qu’elle est encore plus ancienne que Memphis.

Note :

6. Il s agit probablement de la déesse Antou, dont le culte fut supplanté par celui d’Ishtar ou Astarté. (NdT)

7. L histoire et l’archéologie ont confirmé cette affirmation d’A-C Emmerick. (NdT)

8. Les Thinites, venus du Sud (NdT)

9. Peut-être les Hyksos, originaires d’Asie.

Chacune de ces quatre cités avait son propre roi. Sémiramis jouit d’une grande vénération en Egypte, ou, par ses menées et ses arts diaboliques, elle répandit partout l’idolâtrie. Je l’ai vue à Memphis, où les sacrifices humains avaient cours elle dressait des plans, s’exerçait à l’astrologie et pratiquait la magie Je ne vis pas le taureau Apis11 , à cette époque, mais des idoles avec une tête comparable au soleil et une queue. C’est là qu’elle dressa les plans de la première pyramide, qui fut construite sur la rive orientale du Nil, avec la participation de tout le peuple. Lorsque l’édifice fut achevé, je vis Sémiramis revenir avec quelques centaines de personnes : c’était l’inauguration, et Sémiramis fut presque honorée comme une déesse.

La pyramide fut édifiée dans un endroit humide et marécageux. On construisit un soubassement de piliers étonnant, comme un grand et large pont, sur lequel s’élevait la pyramide, si bien que l’on pouvait déambuler en dessous, comme dans un immense temple à colonnades. Il y avait là de nombreuses salles, des cachots et des chambres profondes, et la pyramide elle-même comprenait jusqu’à son sommet de multiples pièces, grandes et petites, avec fenêtres auxquelles je vis suspendre et bénir des bandes de toile. Tout autour de la pyramide s’étendaient des bassins et des jardins 12,

10. Hieropolis est dans le delta du Nil. (NdT)

11. Apis (égypt. hap) était le taureau sacré vénéré par les égyptiens à Memphis, « l’ Incarnation vivante » de Ptah. qui fut assimilé rapidement à une incarnation d’Osiris. (NdT)

Ce monument était le siège même de l’idolâtrie égyptienne, de l’astrologie, de la magie et des pratiques les plus horribles. On immolait des enfants et des vieillards. Astrologues et devins habitaient dans la pyramide et y exerçaient leurs arts diaboliques. Près des bassins, un grand établissement filtrait l’eau boueuse du Nil. Et plus tard, je vis des femmes égyptiennes se baigner avec impudeur dans ces bassins, qui étaient liés aux pratiques les plus scandaleuses du culte des idoles. Cette pyramide n’est pas restée longtemps debout : elle a été détruite.

Le peuple était effroyablement idolâtre et les prêtres des faux-dieux faisaient preuve de tant d’ignorance et de gout pour les arts divinatoires, qu’ils collectionnaient à Héliopolis tous les récits de songes et de visions de n’importe qui et les transcrivaient, et se livraient à l’observation continue des étoiles. Il y avait de plus en plus de somnambules en proie à des visions diaboliques, dans lesquelles se mêlaient le vrai et le faux c’est à partir de cela que fut organisé le panthéon des idoles et que l’on établit un calendrier.

Je vis ainsi que les dieux Isis 13 et Osiris 14 ne sont rien d’autre que Aseneth et Joseph 15 leur venue en Egypte avait été annoncée par les astrologues, qui en eurent la révélation à partir de leurs visions diaboliques, et qui les intégrèrent au panthéon égyptien. Lorsqu’il vécurent en Egypte, ils furent idolâtrés, et j’ai vu Aseneth pleurer beaucoup à cause de cela et écrire contre ces déviations.

Notes :

12. Cette pyramide est Peut-être celle de Zoser (env. 2900 av. J.C.) dont les fouilles qui se poursuivent actuellement, révèlent des données inédites et stupéfiantes sur la civilisation memphite. (NdT)

13. Isis (egypt. Eset) déesse égyptienne, soeur et épouse d Osiris : elle était une divinité très populaire dans l’antiquité. Son sanctuaire le plus célèbre se dressait sur l’ële de Philae. Le culte d’Isis se répandit jusque dans la Rome paienne, où il fut finalement étouffé par la diffusion du christianisme. (NdT)

14. Osiris, fils du dieu de la terre Geb et de la déesse du ciel Nuth, époux d’Isis, sa propre soeur : ils furent parent d’Horus. Osiris était le dieu du soleil et du royaume des morts. Son frère Seth le tua et dépeça son cadavre en 14 morceaux qu’Isis récupéra et rassembla. Ce fut la première momie. (NdT)

Nos savants actuels, lorsqu’ils dissertent sur l’Egypte, se fourvoient beaucoup en attribuant à l’histoire, à l’expérience et à la science des Egyptiens ce qui ne relève que de leurs fausses visions et de leur astrologie : ces pratiques rendent les hommes aussi bêtes et stupides que l’étaient alors réellement les Egyptiens.

Mais les savants tiennent pour impossibles ces commerces avec les démons et ces pratiques magiques. ils en nient la réalité, et tiennent les Egyptiens pour plus anciens qu’ils ne sont réellement, car ils attribuent toutes ces croyances et ces rites magiques à une époque très reculée 16.

J’ai vu cependant qu’ils étaient déjà versés dans toutes sortes de pratiques divinatoires et d’erreurs avec leur astrologie, lorsque Sémiramis arriva à Memphis. Ils voulaient se faire passer pour le peuple le plus ancien et composèrent une foule de listes de rois et de cycles de temps parfaitement fausses. Ils arrivaient ainsi à tout autre chose que des calculs exacts pour le calendrier, et comme ils réajustaient constamment leurs comptes, ils obtenaient des résultats imaginaires. Alors ils entreprirent de perpétuer la mémoire de ces erreurs, en construisant de grands monuments et en gravant des textes, ce qui fixa définitivement les erreurs.

Note :

15. Cf. chap. 16.

16. A.C. Emmerick s’en prend au positivisme, fort en vogue en Allemagne a son époque. L’archéologie contemporaine commence à réviser sérieusement les données des premiers égyptologues, contemporains de la stigmatisée. (NdT)

C’est ainsi que pendant longtemps ils calculèrent l’âge des ancêtres et des descendants de façon à faire coïncider la date de la mort du père avec celle de la naissance du fils. Les rois, qui étaient en perpétuel conflit avec les prêtres au sujet des généalogies, s’inventèrent des ancêtres qui n’avaient jamais existé on compta comme descendants de père en fils les quatre rois de même nom qui régnèrent simultanément à Thèbes, Memphis, Héliopolis et Sais. J’ai vu également que l’on compta une fois 970 jours pour un an, et que par ailleurs on calculait autant d’années qu’il y avait de mois dans une période. J’ai même vu un prêtre d’idoles qui faisait une opération dans laquelle 500 ans étaient systématiquement convertis en 1100 ans.

J’ai vu dénoncer ces faux calculs de temps et le culte rendu aux idoles dans l’enseignement du sabbat, à Aruma: Jésus parlait devant les pharisiens de la vocation d’Abraham et de son passage en Egypte, 17 et il dénonça à cette occasion les falsifications dont les Egyptiens se rendaient coupables.

Jésus dit aux pharisiens que le monde avait alors 4028 ans et lorsque j’entendis le Sauveur dire cela, il était lui-mème âgé de 31 ans.

Note : 17. Cf. Gen. 12. 10-20.

J’ai vu en ce temps également des personnes qui vénéraient Seth à l’instar d’une divinité très puissante. et qui accomplissaient de longs et périlleux voyages pour se rendre sur son tombeau. que l’on croyait situé en Arabie. Il me semble qu’il existe encore de telles personnes, qui, passant par la Turquie où la voie leur est libre, se rendent encore sur ce tombeau.

10 Melchisedech

J ai vu souvent Melchisedech 1 non pas comme un homme mais comme un être d’une autre nature comme un ange, envoyé de Dieu. Jamais je n’ai vu qu’il ait eu une résidence déterminée, une patrie, une famille, des parents jamais je ne l’ai vu manger, boire ou dormir, et jamais la pensée ne m’a effleurée qu’il put être un homme. Il était vêtu comme aucun prêtre ne l’était alors, comme les anges que j’ai contemplés dans la Jérusalem Céleste, et comme je vis plus tard Moise faire effectuer les vêtements des prêtres, selon les ordres de Dieu.

Je l’ai vu intervenir ça et la, apparaissant et agissant dans des affaires qui concernaient les peuples, comme par exemple lorsqu’on célébrait la victoire après les guerres si terribles de cette époque. là où il intervenait, là où il se trouvait, une puissance irrésistible émanait de sa personne. Personne ne se dressait contre lui, et pourtant il n’avait pas besoin d’user de la force, et tous les hommes, pourtant adonnés à l’idolâtrie, accordaient volontiers la priorité à ses décisions, à son conseil.

Note :

1 Melchisedech (Hebr malki-sedek) était roi de Salem (Jérusalem) et prêtre du Très Haut dans le Nouveau Testament l’apôtre Paul fait référence a Melchisédech (Heb 5.6.10 ; 7.1) comme préfiguration de Jésus.

Il n’avait pas de semblable, pas de familier, il était tout seul : parfois, il était accompagné de deux messagers qu’il envoyait devant lui c’étaient deux coureurs, court vêtus de blanc, qui se chargeaient d’annoncer son arrivée ça et là puis il les renvoyait. Tout ce dont il avait besoin, il l’avait ou le recevait. Les personnes à qui il demandait quelque chose ne le lui refusaient pas et même le donnaient avec joie. On se félicitait. là où il venait, et on le craignait quelque peu, l’entourant d’honneurs. Les méchants s’effaçaient devant lui et s’humiliaient, bien qu’ils en disent du mal.

Il en était pour lui, être d’une essence supérieure parmi ces grands personnages païens, en partie sans foi et dépravés, comme il en est actuellement pour toute personne pieuse et particulièrement droite qui arrive quelque part où elle n’est pas connue et fait le bien autour d’elle.

C’est ainsi que je l’ai vu à la cour de Sémiramis, à Babylone. Elle avait là une puissance et un faste indescriptibles elle fit réaliser les plus somptueuses constructions par des esclaves qu’elle traitait encore plus rigoureusement que Pharaon ne traita les enfants de Jacob en Egypte. Il régnait là également la plus effroyable idolâtrie : on sacrifiait des êtres humains que l’on enterrait jusqu’au cou. Tout le confort, les plaisirs, le faste, les richesses et les arts s’épanouissaient là , et tout frisait l’impossible. Sémiramis entreprenait aussi de grands combats avec de monstrueuses armées, mais presque toujours contre les peuples d’Orient elle allait fort peu vers l’Occident, et vers le Midi vivaient des peuples à la peau sombre et basanée.

Dans son pays, une tribu très nombreuse s’était peu à peu développée, à partir de la souche sémitique restée à Babel 2 après la construction de la Tour. Ils vivaient sous la tente, comme un petit peuple de pasteurs. avaient des troupeaux et célébraient leur service divin au coeur de la nuit, dans une tente découverte ou en plein air. Ils recevaient beaucoup de bénédictions. Tout leur réussissait, et leur bétail était toujours particulièrement beau. La femme diabolique 3 voulait anéantir cette tribu et en avait déjà décimé une grande partie. C’est en constatant les bénédictions qui favorisaient cette tribu que Sémiramis reconnut combien Dieu la prenait sous sa protection miséricordieuse aussi. comme instrument du diable, elle voulut la faire disparaître.

Lorsque les malheurs de cette tribu atteignirent leur paroxysme, je vis Melchisédech intervenir. Il se rendit auprès de Sémiramis et lui demanda de laisser partir cette tribu. Il lui reprocha aussi ses turpitudes : Sémiramis n’agit pas contre lui, et il conduisit la tribu martyrisée, répartie en divers groupes, vers la Terre Promise.

Melchisédech avait comme habitation un campement près de Babylone, et là il leur fit connaître le pain, dont ils apprirent d’abord à tirer leur force. à Canaan, il leur indiqua ça et là des emplacements pour bâtir, et ils reçurent comme patrimoine une région déterminée. Ils furent eux-mêmes tenus à l’écart des autres populations, à cause de leur Dureté, afin de ne pas se mêler à elles. Leur nom est comme « Samanes » ou « Semanes « . A certains d’entre eux, Melchisédech attribua comme territoire la région de la Mer Morte mais leur ville fut détruite avec Sodome et Gomorrhe.

Notes :

2 Babylone (NdT)

3 Sémiramis (NdT)

Sémiramis avait accueilli Melchisédech avec un grand respect et une secrête terreur a cause de sa sagesse. Il lui apparut comme le Roi de l’Etoile du Matin, c’est-à-dire, de l’Orient lointain. Elle s’imagina qu’il pourrait la demander en mariage mais lui, il lui parla très sévèrement, lui dévoila ses dépravations et lui prophétisa la destruction de la pyramide dressée près de Memphis. Elle fut effrayée et resta sans voix. Je vis le châtiment qui la frappa : elle devint comme un animal domestique et on l’enferma pendant longtemps par prudence, on lui jetait de l’herbe et du foin dans une crèche un seul serviteur se tenait près d’elle, pourvoyant à sa nourriture. Puis elle fut libérée, mais sombra de nouveau dans la folle. Finalement, elle mourut de façon atroce ses entrailles furent arrachées de son corps. Elle avait vécu cent dix-sept ans.

Melchisedech était considéré comme un prophète, un sage, un homme d’une essence supérieure, à qui tout réussissait. Il y eut à cette époque et même plus tard diverses apparitions de personnes d’un ordre supérieur et elles étaient aussi peu étrangères aux peuples de ce temps que les anges à Abraham, qui était en relation avec eux. Il se produisit également des apparitions néfastes à côté des bonnes, comme se dressent de faux prophètes à côté des vrais.

La sortie de la tribu a des points de ressemblance avec l’histoire de la sortie des Israélites hors d’Egypte : mais ce ne fut pas aussi long que pour ceux-ci.

Parmi les Samanes établis par Melchisedech dans la Terre Promise, je vis trois hommes qui vivaient dans des cavernes à proximité du Thabor, sur le mont appelé « Montagne du Pain » (Moreh 4), longtemps avant l’apparition d’Abraham. Ils étaient plus bruns de peau qu`Abraham, se vêtaient de toisons de bêtes et se protégeaient du soleil en couvrant leur tête de grandes feuilles. Ils menaient une vie sainte, suivant la sagesse d`Hénoch, et avaient une religion secrète simple. avec des révélations et des visions sobres. Leur religion était basée sur le fait que Dieu voulait faire alliance avec les hommes et qu’ils devaient tout mettre en oeuvre pour s’y préparer. Ils faisaient également des offrandes. en laissant le tiers de leur nourriture exposée au soleil, à moins que ce ne fût à l’intention d`affamés, ce que j’ai vu également.

J’ai vu ces personnages vivre tout seuls, séparés des autres habitants du pays qui n’étaient pas encore très nombreux et demeuraient loin les uns des autres’ dans des endroits bâtis à l’image des campements de tentes. J’ai vu ces hommes parcourir les diverses régions du pays. creuser des fontaines, arracher les mauvaises herbes et poser des fondations à des endroits déterminés, où s’élevèrent par la suite des villes. Je les ai vu chasser les mauvais esprits de l’air dans des régions entières et les confiner dans d’autres endroits stériles, marécageux et brumeux. J’ai vu de nouveau que les mauvais esprits se tiennent en de tels endroits.

Note :

4. « Montagne du Pain « , traduction textuelle. Il pourrait s’agir du Mont Moréh. colline qui servira d’observatoire a Gedean dans sa guerre contre les Madianites (Juges. 7. Iss).

J’ai vu souvent ces hommes combattre ces (mauvais) esprits et lutter contre eux. Au début, je m’étonnais en voyant que les emplacements où ils disposaient les pierres étaient de nouveau recouverts par la végétation et revenaient à l’état sauvage, et que pourtant des villes devaient s y dresser : et je vis dans une image une foule de lieux bâtis sur l’emplacement de ces pierres, par exemple Saphet 5, Bethsaide, Nazareth (ils y travaillèrent à l’endroit où se dressa plus tard la maison dans laquelle Marie reçut l’annonce de l’Ange), Gatepher, Sephoris, dans la région où s’éleva plus tard la maison d’Anne prés de Nazareth, Meggido, Naim, Ainon, les grottes de Bethléem et prés d’Hébron j’ai vu aussi la fondation de Michmethath, et beaucoup d’autres lieux que j’ai oubliés.

Sur cette montagne 6, j’ai vu ces hommes se réunir chaque mois avec Melchisédech, qui leur apportait un grand pain carré, d’une dimension de trois pieds, assez épais : on le partageait, en de très nombreux petits morceaux. Ce pain était brun, cuit sous la cendre. Je vis Melchisédech venir à eux toujours seul parfois je le voyais porter ce pain très légèrement, comme s’il planait entre ses mains parfois lorsqu’il s’approchait d’eux, le pain était très lourd et il le portait sur son des. Je crois que cela vient du fait que, s’approchant d’eux. il devait leur apparaître comme un homme. Ils se conduisaient envers lui avec un très grand respect et se prosternaient la face contre terre. Il leur apprit aussi à cultiver la vigne sur le Thabor, et ils semèrent dans de multiples endroits du pays toutes sortes de graines qu’il leur donna. et ces plantes poussent encore abondamment à l’état sauvage.

Note :

5. L’actuelle Safed. (NdT)

6. Le Mont Thabor. (NdT)

Je les ai vu rompre chaque jour un morceau du pain, avec l’outil brun dont ils se servaient pour travailler. Ils se nourrissaient aussi d’oiseaux, qui venaient là en grands vols. Ils avaient des jours de fêtes et connaissaient les étoiles, célébraient le huitième jour par des offrandes et des prières, et quelques jours au changement d’année. Je les ai vu aussi aménager, à travers ce pays encore sans routes. de nombreux chemins qui relaient les endroits où ils avaient établi des fondations, creusé des puits et semé des plantes, de sorte que les hommes qui leur succéderaient pussent, en suivant ces chemins, se rendre d’eux-mèmes aux puits et aux emplacements fertiles et dégagés afin de s’y établir. Je les ai vus souvent entourés de troupes de mauvais esprits au cours de leurs travaux ils pouvaient les voir, et j’ai vu comment ils les chassaient par la prière, leur commandant de ce retirer dans des endroits insalubres et déserts et ces esprits obéissaient. laissant les (trois) hommes Poursuivre tranquillement leurs travaux de défrichage et d’aménagement.

Ils dégagèrent des chemins vers Cana, Meggido, Naim et relièrent ainsi les lieux de naissance de la plupart des prophètes 7. Ils posèrent les fondations de Abelmahola et Dothain, et creusèrent le beau bassin de la fontaine de Béthulie. Melchisedech parcourait le pays seul, comme un étranger, et on ne savait pas où il séjournait. Ces gens étaient âgés mais encore très rapides.

Note : 7. Exemple type de vision à la fois réaliste (le travail des trois hommes) et symbolique (l’unité du Plan divin de l’Alliance, exprimée dans un signe concret) que l’on trouve fréquemment dans les révélations d’A.C. Emmerick. (NdT)

Sur la Mer Morte et en Judée existaient déjà des villes ainsi que quelques-unes dans le haut pays, mais pas au centre. Ces gens avaient eux-mèmes creusé leurs tombes et ils s’y couchèrent, l’un près d’Hébron, l’autre sur le Thabor et le troisième dans les cavernes non loin de Saphet. Ils furent en tout pour Abraham ce que Jean (Baptiste) fut pour Jésus. Ils préparèrent et aménagèrent le pays et les chemins, ils semèrent de bons fruits et capèent l’eau pour le patriarche du Peuple de Dieu Jean (Baptiste), lui, prépara les coeurs à la pénitence et à la naissance nouvelle en Jésus. Ils accomplirent pour Israël ce que Jean accomplit pour l’Eglise. J’ai vu aussi d’autres hommes semblables en d’autres lieux, ils avaient été instituée là par Melchisédech.

J’ai vu souvent Melchisédech, quand. bien avant le temps de Sémiramis et d’Abraham. il apparut dans la Terre Promise qui était encore un désert, comme s’il organisait le territoire comme s’il choisissait et réparait des endroits précis. Je l’ai vu tout seul et pensais: que veut donc cet homme ici, alors qu’il n’y a encore personne ? C’est ainsi que je le vis creuser une source sur une montagne c’était la source du Jourdain. Il avait un long pieu fin qu’il planta dans la montagne comme un rayon. C’est ainsi que je le vis ouvrir la terre en divers endroits. Dans les premiers temps après le Déluge, je n’ai pas vu les fleuves jaillir et couler comme maintenant, mais beaucoup d’eau qui sourdait d’une haute montagne à l’Orient.

Melchisedech prit possession de nombreux endroits de la Terre Promise en les délimitant il établit les dimensions de la piscine de Bethesda.

Il posa un rocher à l’emplacement où devait s’élever le Temple, bien avant la fondation de Jérusalem. Je le vis planter comme du grain les douze pierres précieuses qui étaient enfouies dans le lit du Jourdain et sur lesquelles se tenaient les prêtres portant l’Arche d’Alliance au moment du passage des enfants d’Israël. Et ces pierres grandirent. J’ai toujours vu Melchisedech seul, sauf lorsqu’il devait intervenir dans les filiations, les divisions et la conduite des familles et des tribus.

J’ai vu aussi que Melchisedech construisit un château prés de Salem. Mais c’était davantage un campement qu’un château. entoure de galeries et d’escaliers, dans le genre du domaine de Mensor en Arabie. Seul l’emplacement était de roche dure. Je crois avoir vu encore, à l’époque de Jean (Baptiste), les autres angles où se dressaient les piquets principaux. Ce château avait simplement une assise très solide en pierre, qui ressemblait à une aire embroussaillée lorsque Jean y établit sa petite ruche. Ce campement ou château était un endroit où faisaient halte beaucoup d’étrangers et de voyageurs. une sorte de relais libre, précieux pour l’eau qui y jaillissait. Peut-être Melchisedech, que j’ai toujours vu comme le conseiller et le conducteur des peuples et tribus itinérant ça et la, avait-il bâti ce domaine pour les héberger et les enseigner. En tout cas. cela avait déjà une relation avec le baptème.

Melchisedech avait là sa résidence, d’où il se rendait à Jérusalem, chez Abraham etc. pour ses missions. Il recueillait et établissait aussi des familles et des gens en ce lieu, qui se fixaient ça et là . Ceci était bien avant l’offrande du pain et du vin, qui eut lieu, à mon avis, dans une vallée au sud de Jérusalem. L’endroit où il travailla et construisit semble avoir été l’emplacement d’une grâce à venir, comme s’il voulait attirer l’attention sur ce lieu, comme s’il entreprenait quelque chose qui devait se réaliser par la suite.

Melchisedech appartient à ce choeur d’anges affectés aux pays et aux peuples, qui vinrent apporter des messages à Abraham et aux patriarches, et se manifesèent à eux. Ils se tiennent juste au-dessous des Archanges Michel, Gabriel et Raphaël.

11 JOB

Le père de Job, un grand chef de tribu, était frère de Phaleg. le fils d’Héber. Peu avant sa naissance eut lieu la destruction de la tour à Babylone. Il avait treize fils, dont Job était le plus jeune, et habitait au sud de la Mer Noire, dans une région montagneuse où l’un des versants est chaud, l’autre froid et couvert de glaces.

Job est un ancêtre d’Abraham, dont la mère était une arrière-petite-fille de Job, qui se maria dans la famille d’Héber. Job peut avoir encore été en vie au moment de la naissance d’Abraham il a séjourné en divers lieux et connu ses malheurs en trois endroits différents La première fois, il eut neuf ans de paix, ensuite sept ans et finalement douze, et à chaque fois les malheurs le frappèrent dans un endroit différent. Jamais il ne fut touché au point de n’avoir plus rien il était simplement très pauvre par rapport à sa situation Précédente. payant ses dettes avec ce qui lui restait.

Job ne put demeurer dans la maison de ses parents, car il avait une toute autre mentalité qu’eux. Il priait le Dieu unique dans la nature, le contemplant dans les étoiles et les phases du jour il parlait sans cesse des oeuvres merveilleuses de Dieu et observait un culte pur. Il émigra avec les siens au nord du Caucase. Il y avait là une contrée même et beaucoup de tourbières, et je crois que maintenant y vit un peuple au nez aplati, aux pommettes saillantes et aux petits yeux. C’est là que Job entreprit d’abord tout, et tout lui réussit. Il regroupa toutes sortes de pauvres gens abandonnés qui vivaient parmi les broussailles et dans les grottes, n’ayant pour subsister autre chose que des oiseaux et d’autres animaux qu’ils capturaient et dont ils mangeaient la chair crue, jusqu’à ce que Job leur eut appris à l’apprêter.

Avec eux, il cultiva la terre, et eux-mêmes défrichèrent tout. Job et ses gens étaient alors légèrement vêtus. Ils habitaient sous des tentes. Job avait déjà là des troupeaux, bientôt nombreux, parmi lesquels des ânes au pelage rayé 1 et d’autres animaux tachetés. Il fut père de trois garçons, puis de trois filles. nés ensemble les deux fois. Il avait pas bâti de ville en cet endroit, mais vivait en transhumant sur ses terres qui composaient une propriété que l’on parcourait en sept heures. En cette région, ils ne cultivaient pas de céréales, mais une sorte de gros roseau qui pouvait aussi bien croître dans l’eau et renfermait une moelle qu’ils mangeaient pilée ou parfois rôtie. A l’origine, ils séchaient la viande dans des poteries exposées au soleil, jusqu’à ce que Job leur eut appris à la cuire. Ils cultivaient également de nombreuses espèces de courges dont ils se nourrissaient.

Job était pour tout ce pauvre peuple d’une douceur, d’une bonté, d’une générosité, d’une équité et d’une droiture indescriptibles. Il était également fort chaste, et vivait dans l’intimité de Dieu, qui souvent se manifestait à lui sous l’aspect d’un ange ou « homme blanc « . comme ils le nommaient. Ces apparitions angéliques étaient semblables à des adolescents lumineux mais imberbes.

Ils portaient de longs vêtements blancs aux nombreux plis ou rayures verticales on ne pouvait faire la distinction. Ils avaient des ceintures et acceptaient de manger et de boire. Au cours de ses souffrances. Job fut consolé par Dieu au moyen de semblables apparitions. dont les avis étaient pris en considération bien plus que ceux des amis, neveux et parents. il ne vénérait aucune idole, contrairement aux autres habitants de la région qui se taillaient toutes sortes de figures d’animaux et les adoraient. Il s’était néanmoins sculpté une effigie du Dieu tout-puissant. selon son idée : c’était l’image d’un enfant à la tête entourée de rayons, qui tenait ses mains l’une sous l’autre et portait une boule sur laquelle étaient représentées des vagues et une embarcation.

Je pense que cela devait figurer le Déluge. dont Job parlait souvent avec ses deux serviteurs les plus intimes, ainsi que de la sagesse et de la miséricorde de Dieu. Cette sculpture était aussi brillante que du métal, et il pouvait l’emporter partout avec lui. il priait et faisait devant elle des offrandes de blé, et la fumée s’élevait vers le ciel comme à travers un crible.

C’est en ce pays que Job connut son premier malheur. Il y eut toujours des critiques et des querelles après chaque revers, car il était entouré de nombreuses tribus malveillantes, et il se retira par la suite plus haut dans les monts du Caucase, où il recommença tout à partir de rien, et où tout lui réussit. C’est là que lui et ses gens commencèrent à se vêtir davantage, et bientôt ils connurent une existence bien plus agréable.

De ce second établissement, Job vint se fixer avec une grande suite en Egypte, où des rois nomades étrangers, originaires du pays de Job, régnaient, en ce temps-là , sur une partie du territoire.

Par la suite, ils furent repoussés par un roi d’Egypte. Job devait conduire en Egypte la fiancée du fils d’un de ces rois nomades. qui lui était apparentée. Il emporta de riches présents et avait avec lui au moins trente chameaux et de nombreux serviteurs. Lorsque je l’ai vu là en Egypte. Job était un homme grand et robuste, au teint d’une agréable couleur brun-jaune, avec des cheveux roux : Abraham avait la carnation bien plus claire mais les habitants d’Egypte étaient, eux, tout à fait bruns de peau.

Job s’était rendu en Egypte à contrecoeur, et je vis qu’il regardait avec nostalgie vers l’orient. vers sa patrie, qui était plus au sud que la contrée reculée d’où vinrent les trois rois (mages). Je l’entendis confier à ses serviteurs qu’il préférait vivre avec les bêtes sauvages plutôt qu’avec ces hommes, ici en Egypte. Car il était très troublé par les effroyables cultes idolâtres qui s’y pratiquaient. Ils sacrifiaient des enfants vivants à une horrible divinité à tête de boeuf redressée. avec une gueule grande ouverte ils déposaient les enfants vivants sur les bras de l’idole chauffés à blanc.

Le roi nomade, pour le fils duquel Job avait conduit la fiancée en Egypte, désirait le retenir et lui attribua comme résidence la ville de Matarea. Cet endroit était alors complètement différent de ce qu’il fut par la suite, quand la Sainte Famille y fit étape mais je vis que Job habitait à la même place que la Sainte Famille ultérieurement, et que Dieu lui montra déjà la fontaine de Marie.

Lorsque Marie découvrit cette fontaine, elle était simplement enfouie, mais le fond en était déjà aménagé et maçonné. Job utilisa également le rocher prés de la fontaine pour son culte. Par la prière, il débarrassa la région et les alentours de bêtes sauvages et venimeuses. Il eut là des visions sur le salut de l’humanité et aussi sur les épreuves qui l’attendaient encore. Il agit avec zèle contre les moeurs scandaleuses du peuple égyptien et les sacrifices humains, et je crois qu’ils furent abandonnés.

Lorsqu’il fut de retour dans son pays, le second malheur s’abattit sur lui. Et lorsque le troisième arriva. il vivait plus au sud, droit à l’est de Jéricho. Je crois que cette contrée lui avait été donnée après le second malheur, parce qu’on l’aimait et le vénérait beaucoup partout, pour sa grande droiture, sa crainte de Dieu et sa sagesse. là aussi il avait tout entrepris de nouveau, dans une région très plate. Sur une hauteur fertile. toutes sortes d’animaux majestueux s’ébattaient. en liberté, même des chameaux, et on les capturait là . comme on capture chez nous les chevaux sauvages sur la lande.

Job cultiva cette hauteur, devint très riche et bâtit une ville, tant il accrut ses biens La ville était assise sur des fondations de pierre, avec des toitures de toile et lorsqu’il fut de nouveau au sommet de la prospérité, le troisième malheur le frappa, qui le rendit ci horriblement malade. Lorsqu’il eut surmonté également cette épreuve avec sagesse et patience, il recouvra une santé florissante et eut de nouveau de nombreux fils et de nombreuses filles. Je crois qu’il mourut très âgé, à l’époque où un autre peuple s’implantait dans la région.

Mème si l’histoire est racontée de tout autre façon dans le Livre de Job, on y retrouve cependant encore beaucoup de discours réels de Job, et je pense que je serais capable de les discerner. Dans l’histoire des serviteurs, lorsque ceux-ci accourent si rapidement l’un après l’autre, il faut remarquer que les mots : « et alors qu’il en parlait encore 2 » signifient : et alors que le souvenir des malheurs précédents ne s’était encore effacé de la mémoire des hommes.

Satan se rendant auprès de Dieu avec les enfants de Dieu pour se plaindre de Job est un épisode exprimé également en raccourci. Il y avait en ce temps-là beaucoup de relations entre les hommes idolâtres et les mauvais esprits, qui leur apparaissaient simplement sous l’aspect d’anges. C’est ainsi que les mauvais voisins furent dressés contre Job et qu’ils le calomnièrent ils disaient que Job ne servait pas Dieu avec rectitude, que tout lui souriait et que c’était bien facile pour lui d’être bon.

Alors Dieu a voulu montrer que les souffrances ne sont souvent qu’une épreuve etc. amis qui palabrent autour de Job manifestent les considérations de ses familiers sur son sort. Job attendait avec ardeur le Rédempteur, et il fut inséré dans la race de David, se rattachant à Abraham par la mère d’Abraham qui était une de ses descendantes, comme les ancêtres d’Anne se rattachent à Marie.

Son histoire et ses dialogues avec Dieu furent recueillis de sa propre bouche, comme il les raconta, et mis par écrit par ses deux plus fidèles serviteurs. qui étaient comme des gérants. Ces deux serviteurs se nommaient Hai et Uis, ou Ois. Ils écrivirent sur des rouleaux. Cette compilation fut conservée religieusement par ses descendants. se transmettant de génération en génération jusqu’à Abraham même dans l’école de Rébécca, les filles de Canaan furent éduquées à partir de ces textes, au sujet de la soumission dans les épreuves.

C’est ainsi que ce récit parvint, par Jacob et Joseph, jusqu’aux enfants d’Israël, en Egypte Moise le recueillit et le modifia à l’usage des Israélites, au temps où ils étaient soumis à l’esclavage en Egypte, puis pour leurs épreuves dans le désert la relation originale était bien plus longue, il s’y trouvait beaucoup de détails qu’ils n’auraient pas compris et qui ne leur eussent été d’aucune utilité.

Salomon cependant modifia de nouveau entièrement ce texte, en retira beaucoup d’éléments et y ajouta du sien, si bien que cette histoire réelle fut transformée en un livre d’édification, rempli de la sagesse de Job, de Moïse et de Salomon, et on ne pouvait que difficilement y retrouver le récit original de Job et comme les faits furent, de plus. transposes dans le pays de Canaan, avec des noms populaires, on a cru que Job était un Edomite.

12 ABRAHAM

Abraham 1 et ses ancêtres étaient une tribu déterminée de grands hommes. Ils menaient une vie de bergers, et n’habitaient pas Ur en Chaldée à l’origine, mais ils s’y étaient établis. Ces gens avaient une force et une droiture particulières. Ils conquéraient ça et là des régions où se trouvaient de riches pâturages ils délimitaient leurs conquêtes, dressaient un autel de pierre et l’espace ainsi marqué était leur propriété.

Il arriva à Abraham, au cours de son enfance, quelque chose de comparable à ce qui se produisit pour Moïse enfant car c’est sa nourrice qui lui sauva la vie. Il avait été prophétisé au maître du pays qu’un enfant merveilleux devait naître, qui serait dangereux pour lui. Cet homme prit des mesures en conséquence. Aussi la mère d’Abraham se tint-elle cachée, et Abraham fut enfanté dans la grotte même où j’ai vu Eve cacher Seth. Abraham y fut élevé en secret par sa nourrice Maraha. Elle vivait comme pauvre esclave travaillant dans la campagne sauvage, et elle avait sa hutte tout près de la grotte qui fut, en souvenir d’elle, nommée « Grotte de l’allaitement « , et ou, plus tard, elle fut inhumée à sa demande par Abraham.

Note :

1 Abraham est le premier des trois Patriarches. Son nom d’origine était Abram (« père comblé » ou « père de nombreux peuples » ) Il vécut entre 1900 et 1700 avant J. C.

Abraham était d’une taille peu ordinaire ses parents le reprirent auprès d’eux, lui faisant quitter la grotte, quand il put passer pour un enfant né avant l’annonce prophétique. Cependant, il fut de nouveau en danger à cause de sa maturité précoce. Sa nourrice s’enfuit avec lui et le cacha encore dans la grotte pendant un temps déterminé. à ce moment, beaucoup d’enfants de son âge furent tués. Abraham aimait beaucoup cette nourrice, et, plus tard, il l’emmena avec lui, dans sa suite, sur un chameau. Il habita également à Sukkoth avec elle. Elle avait atteint l’âge de cent ans lorsqu’elle mourut, et Abraham lui aménagea une sépulture dans le bloc de pierre blanche qui obstruait la grotte comme un monticule. Cette grotte devint un lieu de pèlerinage, spécialement pour les mères. En cette histoire entière se trouvait une mystérieuse préfiguration de la persécution immédiate dont Marie fut l’objet avec l’Enfant Jésus Marie aussi se tint cachée dans cette grotte, lorsque les soldats d’Hérode (la) recherchaient (avec) l’Enfant.

Le père d’Abraham connaissait beaucoup de secrets et recevait beaucoup de grâces. Les gens de sa tribu avaient le don de découvrir l’or dans la terre, et il cisela de petites idoles en or semblables à celles que Rachel déroba à Laban. Ur est une ville du nord de la Chaldée. J’ai vu en cette région, à beaucoup d’endroits dans la montagne et dans la plaine, des feux s’élever, comme si la terre brûlait. Mais je ne sais si ce feu était d’origine naturelle ou s’il était fait par les hommes.

Abraham était très versé dans la science des astres : il percevait également les particularités des choses et les influences des étoiles sur la naissance il lisait beaucoup dans les astres mais il ramenait tout à Dieu en tout, Le servant Lui seul. Il enseigna cette science à d’autres hommes en Chaldée, mais en les tournant en même temps vers Dieu.

Je vis qu’il reçut de Dieu, au cours d’une vision, l’ordre de s’exiler. Dieu lui montra un autre pays, et sans poser de question, Abraham rassembla le matin suivant tous ses gens pour partir, et il se mit en route. Je vis par la suite qu’il avait établi ses tentes dans une région de la Terre Promise ou, comme il m’apparut, se dressa plus tard Nazareth.

Abraham bâtit lui-même en ce lieu un long autel de pierre abrité sous une tente. Lorsqu’il se prosternait devant l’autel, une nuée éclatante descendait du ciel sur lui, et un ange, messager de Dieu, venait à lui et lui parlait, lui communiquant un don de luminosité qui l’irradiait. L’ange parlait avec Abraham et celui-ci reçut le secret de la bénédiction, le caractère sacré du Ciel il ouvrit son vêtement et déposa ce secret sur sa poitrine. Il me fut dit toutefois que c’était le sacrement de l’Ancienne Alliance.

Abraham n’en connaissait pas encore le contenu, qui lui était voilé, comme nous est caché le contenu du Saint-Sacrement. Mais cela lui fut donné comme objet sacré et gage de la prospérité future qui lui avait été annoncée. L’ange était en tous points semblable à celui qui annonça à la sainte Vierge l’Incarnation du Messie il était tout aussi doux et calme dans ses enseignements, mais non aussi rapide et empressé que d’autres anges que j’ai vus à l’oeuvre. Je crois qu’Abraham porta toujours cette chose mystérieuse sur lui. L’ange lui parla également de Melchisedech qui devait accomplir l’offrande devant lui, offrande qui serait réalisée pleinement après la venue du Messie et durerait jusqu’à l’éternité.

Abraham sortit ensuite d’un coffret cinq grands os qu’il disposa en forme de croix sur l’autel il alluma du feu devant et fit l’offrande. La lumière brillait comme une étoile, blanche au centre, avec des rayons rouges.

J’ai vu aussi Abraham en Egypte avec Sara 2. Il s’y rendit a cause de la famine, mais aussi pour récupérer un trésor qui se trouvait en ce pays pour y avoir été apporté par un parent de Sara. Cela lui avait été ordonné par Dieu.

Le trésor était un registre généalogique des enfants de Noé, et plus particulièrement de Sem Jusqu’à son époque, constitué de plaques d’or triangulaires rassemblées entre elles. C’est la fille d’une soeur de la mère de Sara qui l’avait emporté avec elle en Egypte cette femme était venue en ce pays avec le peuple nomade de la race de Job, c’est-à-dire avec les collatéraux de celui-ci, et avait été servante là -bas. Elle avait dérobé ce trésor, comme Rachel déroba les idoles de Laban. Cet arbre généalogique était semblable à un plateau de balance avec ses chaînes les chaînes notamment consistaient en un assemblage de petites plaques triangulaires avec des arêtes séparées.

Note : 2. Sara : « Princesse » . Demi-soeur et épouse d Abraham (Gen. 12. 11 20, 2)… considérée comme mère d’Israël. Inhumée dans la grotte de Makpéla.

Sur toutes étaient gravés les noms des gens de la tribu de Noé, et particulièrement ceux de la descendance de Sem, avec des figures et des lettres, et quand on lâchait ces chaînes, tout se trouvait regroupé dans le plateau. J’ai entendu également combien de sicles, c’est le nom d’une mesure de poids, l’ensemble pesait, mais je l’ai oublié. Ce registre généalogique était arrivé entre les mains des prêtres et de Pharaon qui n’étaient pas parvenus, malgré leurs éternels calculs de toutes sortes, à en saisir tous les arcanes.

Or Pharaon, se voyant atteint de graves maladies, prit conseil de ses prêtres idolâtres et donna ensuite à Abraham tout ce que celui-ci lui demandait.

Quand Abraham fut revenu dans la Terre Promise, je vis Loth prés de lui sous la tente, et Abraham montrait tout de la main autour de lui il avait, dans sa façon d’être, beaucoup d’attitudes des trois rois (mages). et il était vêtu d’une longue robe de laine blanche avec des manches, avec une ceinture blanche ornée de franges. et une sorte de capuchon qui pendait en arrière. Sur la tête, il portait un bonnet, et un écu de métal ou de pierre précieuse sur la poitrine Il avait une longue barbe. Je ne peux exprimer combien il était bon et généreux : lorsqu’il possédait quelque chose qui plaisait à une autre personne, en particulier dans son cheptel, il le lui donnait sur-le-champ c’est ainsi qu’il fut toujours particulièrement ennemi de la jalousie et de l’égoïsme.

Loth était vêtu de façon à peu prés semblable il n’était cependant pas aussi grand et aussi noble qu’Abraham. Il était bon, lui aussi, mais quelque peu avare. Je vis toutefois souvent leurs serviteurs se quereller, et je vis comment Loth se sépara d’Abraham mais il allait dans un brouillard Au-dessus d’Abraham, je vis de la lumière, et je le vis par la suite démonter ses campements et déménager il éleva un autel de pierres qu’il abrita sous une tente.

Les gens étaient très habiles à bâtir quelque chose en pierres brutes. et le maître comme le serviteur, mettait la main à l’ouvrage.

Cet autel était dans la région d’Hébron l’endroit où habita plus tard Zacharie, le père du Baptiste. La contrée où s’était établi Loth était une très bonne terre, comme toute la région qui borde le Jourdain. J’ai vu également comment les villes de la région où habitait Loth furent pillées et comment Loth fut emmené avec tout son avoir. Et je vis un fuyard venir relater ce fait à Abraham, et celui-ci prier, puis marcher à l’assaut avec ses serviteurs, vaincre les ennemis et délivrer son frère 3 je vis comment Loth remercia Abraham, et combien il fut attristé de s’être séparé de lui.

Les ennemis, surtout les chefs guerriers, en particulier les géants, qui étaient des hommes d’une stature peu commune et accomplissaient tout avec brutalité et par la contrainte, et à qui tout fut repris de même, n’étaient pas habillés comme les gens d’Abraham. Ils étaient vêtus plus court et plus étroit, avaient davantage de pièces d’habillement et surtout beaucoup de boutons, d’étoiles et de sequins.

Note : 3. En fait. son neveu – cf. les « frères de Jésus » dans l’Evangile (ses cousins) en Orient, le terme  » frère » s’applique à tout parent proche. (NdT)

13 l’offrande du pain et du vin par Melchisédech

J’ai vu, plusieurs fois, Melchisédech avec Abraham. Il venait de la même façon que les anges qui souvent se manifestaient à Abraham. un jour, il lui ordonna de faire une triple offrande de pigeons et d’autres oiseaux. et lui prophétisa le sort de Sodome et celui de Loth, lui annonçant qu’il reviendrait à lui pour accomplir l’offrande du pain et du vin il indiquait aussi ce qu’Abraham devait demander à Dieu dans la prière Abraham était rempli de respect devant Melchisédech, dans l’attente de l’offrande prophétisée aussi construisit-il un très bel autel qu’il abrita sous une hutte de feuillage. Melchisedech, arrivant pour l’offrande du pain et du vin, fit annoncer à Abraham sa venue comme roi de Salem, par des messagers. Abraham alla à sa rencontre, s’agenouilla devant lui et reçut sa bénédiction. Ceci se passa dans une vallée au sud de la plaine fertile qui s’étend vers Gaza.

Melchisédech vint de l’emplacement où plus tard s’éleva Jérusalem. Il avait avec lui une monture grise, très rapide, à l’encolure courte et trapue, très chargée : d’un côté, l’animal portait un tonneau de vin aplati sur la face qui touchait le flanc de la bête, de l’autre côté une caisse dans laquelle se trouvaient dresses les uns contre les autres des pains plats de forme ovale, ainsi que le calice même que j’ai vu plus tard lors de l’institution du Saint-Sacrement, au cours de la Cène, et des gobelets en forme de petits féts : ces récipients n’étaient ni en or ni en argent, mais comme d’une pierre précieuse translucide, brune ils me paraissaient avoir poussé (comme des plantes), et non avoir été fabriqués de main d’homme.

Melchisedech faisait la même impression que le Seigneur au cours de sa marche apostolique. Il était très mince et grand, extrèmement grave et doux. Il portait un long vêtement, si blanc et lumineux que cela me rappelait le vêtement blanc dans lequel le Seigneur se montra à la Transfiguration. La tunique d’Abraham était toute terne en comparaison. Il portait également une ceinture ornée de lettres, comme en eurent plus tard les prêtres juifs, et je vis que comme eux il était coiffé pour cette offrande d’un couvre-chef plissé. Ses cheveux étaient d’un jaune éclatant, comme de la soie longue et lumineuse, et son visage rayonnant.

Le roi de Sodome avait déjà établi ses campements non loin d’Abraham, lorsque Melchisedech s’approcha, et aux alentours étaient de nombreuses personnes avec des animaux, des sacs, des coffres. Tous étaient très silencieux et prêts pour une fête, remplis de respect envers Melchisedech dont la présence les intimidait.

Melchisédech s’approcha de l’autel : il s’y trouvait une sorte de tabernacle dans lequel il déposa le calice il y avait aussi un creux sur l’autel, sans doute pour le sacrifice. Comme à chaque cérémonie d’offrande, Abraham avait disposé les ossements d’Adam sur l’autel, reliques que Noé avait déjà avec lui dans l’Arche. Devant ces reliques, ils suppliaient que Dieu voulut bien réaliser la promesse du Messie annoncé à Adam.

Melchisedech étendit d’abord sur l’autel une couverture rouge qu’il avait apportée avec lui, puis, dessus. une nappe blanche transparente. Sa cérémonie me rappela la sainte messe. Je le vis élever le pain et le vin, les offrir, les bénir et rompre le pain. Il tendit à Abraham le calice qui devait servir plus tard à la Cène. afin qu’il y bét. Les autres burent dans les petits gobelets qui furent présentés à tout le peuple par Abraham et par les assistants les plus rapprochés de l’autel. ainsi que les pains rompus. Ils reçurent des morceaux plus grands que ceux qui furent donnés à la Cène. Je vis ces morceaux briller ils étaient seulement bénis, et non consacrés. Les anges ne peuvent pas consacrer. Tous furent stimulés à se tourner vers Dieu.

Melchisédech tendit à Abraham du pain et du vin pour son usage. et celui-ci reçut du pain plus fin et plus lumineux que les autres. Il en obtint beaucoup de force, et un tel accroissement de sa foi qu’il n’hésita pas, ultérieurement, à offrir son fils, enfant de la Promesse, sur l’ordre de Dieu. Il prophétisa et dit ces paroles : ce n’est pas ce que Moise donna aux Lévites sur le Sinaï. Je ne sais si Abraham lui-mème effectua également l’offrande du pain et du vin, mais ce que je sais, c’est que le calice dans lequel il but est celui-là même dont Jésus se servit pour instituer l’Eucharistie.

Lorsque Melchisédech donna sa bénédiction à Abraham lors de l’offrande du pain et du vin, il l’institua prêtre. Il prononça sur lui ces paroles : « Le Seigneur dit à mon seigneur : siège à ma droite. Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech. Le Seigneur l’a juré et ne s’en dédira point 1. » Il étendit les mains sur Abraham, et par la suite, celui-ci lui versa la dîme : et j’eus connaissance de la signification du versement de la dîme par Abraham. Mais je ne me souviens plus de la cause pour laquelle c’était si important 2.

J’ai vu aussi que lorsque David composa ce psaume. il eut une vision de la consécration d’Abraham par Melchisédech et qu’il reprit les paroles de ce dernier en leur donnant une portée prophétique. Les mots « siège à ma droite » ont une signification particulière. Lorsque la génération éternelle du Verbe m’est montrée sous forme d’image, je vois le Fils sortir de la droite du père dans une manifestation lumineuse entourée d’un triangle, comme lorsqu’on représente l’oeil de Dieu 3. Dans le sommet du triangle, je vois le Saint-Esprit. Mais cela est inexprimable.

J’ai vu également Eve sortir du côté droit d’Adam, et les patriarches qui portaient la bénédiction dans leur côté droit ils plaçaient à leur droite les enfants à qui ils donnaient leur bénédiction. Jésus a reçu le coup de lance à droite, et l’Eglise est née de son côté droit. Lorsque nous entrons dans l’Eglise, nous pénétrons dans le côté droit de Jésus et sommes en Lui unis au père 4.

Notes :

1. Cf. ps. 110. (NdT)

2. Cf. chap. 7 de l’épître aux Hébreux. (NdT)

3. Motif architectural et pictural très utilisé en Allemagne à l’époque baroque : triangle équilatéral renfermant un oeil ouvert. (NdT)

4. Cf. spiritualité de la Plaie du côte et du Sacré-Coeur. (NdT)

Je pense que la mission de Melchisedech sur la terre fut achevée avec cette offrande et la consécration d’Abraham, car je ne je vis plus jamais par la suite. Il légua le calice et les six gobelets à Abraham.

14 Abraham reçoit le sacrement de l’Ancienne Alliance

Abraham se tenait en prière, assis devant sa tente, sous un arbre où aboutissait la route principale. Il venait souvent là pour proposer l’hospitalité aux voyageurs de passage. Tout en priant, il contemplait le ciel et eut alors la vision de Dieu. comme dans un rayon de soleil. qui lui annonça la venue des trois personnages vêtus de blanc. Aussitôt après, il immola un agneau et l’offrit en holocauste je le vis ravi en extase devant l’autel, priant pour le salut des hommes.

L’autel se dressait à droite du grand arbre, dans une enceinte à ciel ouvert plus à droite de l’arbre s’élevait une autre tente dans laquelle on rangeait les instruments pour le sacrifice, et dans laquelle Abraham se tenait le plus souvent lorsqu’il avait à traiter avec ses bergers des environs. Assez loin de cet endroit l’habitation de Sara et de sa maisonnée bordait la route : les femmes vivaient toujours à part.

Le sacrifice d’Abraham se terminait à peine qu’il aperçut les trois anges sur la route. Ils s’avançaient sur la route. à égale distance l’un de l’autre ils portaient des vêtements retroussés. Abraham se hâta vers eux et s’inclina devant eux en louant Dieu il les conduisit vers l’enceinte de l’autel, où ils déposèrent leurs vêtements. Ils ordonnèrent au patriarche de s’agenouiller.

Je vis la merveilleuse opération qui se réalisa par l’intermédiaire des anges pour Abraham, ravi en extase, seulement 1. Tout s’effectua en peu de temps, comme tout ce qui se passe en de telles circonstances.

Je vis le premier ange annoncer au patriarche agenouillé que Dieu voulait susciter dans sa descendance une vierge immaculée, sans péché. destinée à enfanter le Sauveur. Mais que lui-mème, Abraham, devait recevoir ce qu’Adam avait perdu par le péché. Alors l’ange lui présenta une parcelle de nourriture étincelante et lui fit boire le liquide lumineux contenu dans une petite coupe.

Sur ce, il traça de sa droite une bénédiction sur Abraham. comme une ligne droite de la tête jusqu’au-dessous du torse. et ensuite de l’épaule droite, puis de l’épaule gauche jusqu’au-dessous du torse, où les trois traits de la bénédiction se rejoignaient. Ensuite, l’ange tendit à deux mains quelque chose de lumineux vers la poitrine du patriarche. comme une petite nuée, que je vis pénétrer en Abraham 2, et j’eus l’impression que celui-ci recevait le Saint-Sacrement.

Le second ange annonça à .Abraham qu’il devait, avant de mourir, transmettre au premier-né de Sara le secret de cette bénédiction. comme il l’avait reçue, et que son petit-fils Jacob serait le père de douze garçons qui fonderaient douze tribus.

Note :

1 Par la suite la bénédiction. avec son « support » concret, matériel, se transmit différemment (NdT)

2 La bénédiction est accordée comme réalité spirituelle et comme réalité concrête qui deviendra le « dépôt sacré » (NdT)

L’ange dit également que cette bénédiction serait retirée à Jacob lorsque celui-ci aurait donné naissance à un peuple, et qu’elle serait rendue comme mystère sacré et bénédiction pour tout le peuple, dans l’Arche d’Alliance 3. Ce mystère ne pourrait être obtenu que par la prière.

L’ange révéla à Abraham que ce dépôt sacré, à cause de l’impiété des hommes, passerait aux prophètes et serait finalement transmis à un homme destiné à être le père de la Vierge. J’entendis également, au cours de cette prophétie, que six voyantes 4 et des signes dans les étoiles annonceraient aux païens la réalisation du salut du monde par la médiation d’une Vierge.

Tout ceci fut révélé à Abraham dans une vision où il contempla également une apparition de la Vierge dans le ciel. un ange se tenant à sa droite et lui effleurant la bouche avec un rameau. Et l’Eglise, sortant du manteau de la Vierge, s’épanouit alors 5.

Le troisième ange annonça à Abraham la naissance d’Isaac: je vis le patriarche si émerveillé par l’annonce de la Vierge et par son apparition qu’il ne songeait guère a Isaac. Je pense que la promesse de cette Vierge lui rendit également plus supportable, ultérieurement. la perspective du sacrifice d’Isaac.

C’est seulement après ces saintes révélations que je vis l’hospitalité accordée aux anges et le rire de Sara. Je vis aussi Abraham accompagner les anges et intercéder pour Sodome 6.

Notes :

3. Cf. chap. 17

4. Les « Sibylles » de l’Antiquité. (NdT)

5. Cf. Marie « mère de l’Eglise » (NdT)

6. Cf Gen. 18.22-33.

Lorsqu’Abraham revint de son extase, il conduisit les anges sous l’arbre et leur dressa des escabeaux autour du tronc ils s’assirent afin que le patriarche leur lavât les pieds puis il se hâta vers la tente de Sara, pour qu’elle préparât un repas elle vint un peu plus tard l’apporter à mi-chemin, s’avançant vers eux la face voilée.

Apres le repas. Abraham accompagna les anges sur une certaine distance’ et c’est là que, comme ils lui parlaient de la naissance de son fils, Sara se mit à rire 7 elle s’était approchée d’eux, derrière l’enceinte de son campement, et avait entendu leurs paroles J’ai vu beaucoup de pigeons autour des tentes, aussi familiers que des poules. Le repas se composait de ces volatiles, de pains ronds et de miel.

Abraham avait déjà reçu le secret de la bénédiction bien longtemps auparavant : un ange le lui avait révélé lors du départ de Chaldee 3, mais de façon voilée et seulement comme un gage de la Promesse : c’était juste l’annonce qu’il serait le père d’un peuple innombrable. à présent, le mystère lui avait été découvert par les anges, et il en possédait toute la signification.

Note :

7. Cf. Gen. 18.12.

8. Cf. Chap. 12.

15 Jacob

Rébécca 1 savait qu’Esaü¸ n’avait point de part au mystère divin et à sa splendeur. Esaü¸ était balourd, rustre et paresseux Jacob, par son caracèe avisé et par sa souplesse, ressemblait davantage à sa mère. Or Isaac préférait Esaü¸, car celui-ci était le premier-né.

Esaü¸ passait son temps à chasser. Rébécca se creusait la tête pour savoir comment elle pourrait faire transmettre le droit d’aînesse et la bénédiction à Jacob. Elle enseigna à celui-ci le mets destiné à acheter à Esaü¸ le droit d’aînesse : c’était un plat de légumes avec de la viande et des feuilles vertes, comme de la laitue 2. Esaü¸ revint de la chasse épuisé : Jacob le natta et obtint ainsi la cession du droit d’aînesse.

Isaac, qui était déjà fort âgé et aveugle, appréhendait la mort et voulut donner sa bénédiction à Esaü¸. Rébécca savait que Jacob avait acquis le droit à cette bénédiction’ mais elle ne put en convaincre Isaac. Elle en était très affligée et ne cessait de tourner en rond, en proie a un grand trouble. Or voici qu’Isaac refusa de reporter davantage sa décision et fit appeler Esaü¸, qui se trouvait dans les environs Rébécca s’employa à cacher Jacob, afin que son frère ne le vit pas 3, et l’envoya chercher un chevreau du troupeau : de son côté. Isaac ordonna à Esaü¸ d’aller capturer une pièce de gibier. Esaü¸ se mettait à peine en route que le mets destiné à Jacob était déjà prêt.

Rébécca donna alors a Jacob les propres vêtements d`Esaü¸ : c’était surtout une tunique semblable à celle de Jacob, mais plus rude et ornée de broderies multicolores sur la poitrine. Esaü¸ était très velu, en particulier aux bras et sur le torse, où sa toison abondante était noire et aussi fournie qu’un’ fourrure c’est pourquoi Rébécca entoura les bras de Jacob de peaux de bêtes, et en plaça aussi sur sa poitrine, à l’échancrure de la tunique. Ce vêtement se différenciait des autres seulement par sa finition 4 : il était fendu sur le côté, l’encolure était taillée dans du cuir brun, souple on l’enfilait par la tête, et il était fermé sur le côté par des cordons. une ceinture le serrait à la taille, et servait de poche. Ils ne portaient que ce vêtement, à même le corps cette tunique n’avait pas de manches, et la poitrine était dégagée. Le costume comportait en outre un bandeau pour la tête et un tablier, de couleur brunâtre ou grise.

Note :

3. Esaü¸ aurait soupçonné quelque chose s’il avait vu Isaac auprès de leurs parents à ce moment précis. Chaque membre de la famille vivait dans son propre campement. (cf. chap. précédent). (NdT)

4. La tunique de l’ainé, souvent offerte par le père était plus richement décorée que celle des autres. (cf. chap. 16. la tunique de Joseph). (NdT)

J’ai vu Isaac palper le torse et les mains de Jacob, endroits où Esaü¸ était très velu il fut troublé, eut un léger vertige et se mit à douter mais comme c’était le moment, et surtout comme c’était la volonté de Dieu, il crut toutefois qu’il avait Esaü¸ en face de lui et il donna à Jacob la bénédiction qu’il avait reçue d’Abraham et que celui-ci avait reçue de l’ange.

Il avait auparavant préparé avec Rébécca quelque chose qui était lié à la bénédiction : c’était un breuvage dans une coupe.

Les enfants ne connaissaient rien de tout cela seul celui qui recevait la bénédiction était appelé à partager ce mystère, qui restait néanmoins un mystère, comme le Saint-Sacrement pour nous. La coupe était plus aplatie d’un côté que de l’autre transparente et irisée comme de la nacre, elle était pleine d’un liquide rouge, et j’eus l’impression que c’était comme du sang, comme le sang d’Isaac. Rébécca avait assisté à la préparation de ce breuvage.

Mais lorsqu’Isaac bénit Jacob, ils étaient tous deux seuls Jacob découvrit sa poitrine et se tint devant son père : celui-ci traça de sa main la bénédiction sur Jacob, du front à la base de l’estomac, puis de l’épaule droite et de l’épaule gauche à ce même point. Il lui posa ensuite la main droite sur la tête et la gauche sur le coeur Jacob dut ensuite boire le contenu de la coupe, et finalement, ce fut comme si Isaac lui transmettait tout, toute sa force et sa puissance, en retirant de ses deux mains quelque chose de son propre corps et en le déposant dans le corps de Jacob. Je sentis que c’était là ce qui constituait sa force et sa bénédiction.

Tout au cours de ces rites, Isaac priait à haute voix il était dressé sur sa couche pour la bénédiction’ au cours de laquelle il exultait d’allégresse tandis qu’une lumière sortie de son corps l’enveloppait. Pendant qu’il traçait les lignes de la bénédiction Jacob tenait les mains ouvertes, à moitié levées, comme le prêtre au DOMINUS VOBISCUM.

Note :

5. C’est le mystérieux « dépôt sacré ». (NdT)

Lorsqu’Isaac priait, Jacob tenait les mains croisées sur sa poitrine Lorsqu’Isaac transmit la bénédiction (le « dépôt sacré « ), Jacob le reçut, puis croisa ses mains sur son coeur comme quelqu’un qui renferme quelque chose en soi Finalement, Isaac lui posa les mains sur la tête et sur l’estomac Jacob reçut également le récipient dont il avait bu le contenu.

Lorsque la bénédiction fut achevée, par la transmission du « dépôt sacré « , je vis Isaac complètement épuisé à cause de la transmission même et de la perte de cette force qui était en lui Par contre, je vis Jacob tout épanoui, devenu très vigoureux, plein de vie et de vigueur C’est alors qu’Esaü¸ revint.

Isaac apprit alors que la bénédiction avait été transmise à Jacob mais il n’en fut guère affecté, car il reconnut en cela la volonté de Dieu Esaü¸, au contraire, était furieux et s’arrachait les cheveux, mais c’était plus par jalousie envers Jacob que par regret de n’avoir pas reçu la bénédiction.

Les deux fils étaient déjà des hommes d’âge mûr, lorsque la bénédiction fut donnée Esaü¸ avait déjà deux épouses, qui ne plaisaient guère à ses parents. Lui et son frère avaient plus de quarante ans. Lorsque Rébécca vit la fureur d’Esaü¸, elle envoya secrêtement Jacob chez son propre frère Laban. Je le vis se mettre en route : il portait une tunique qui descendait jusqu’aux genoux, et une cape jusqu’à la ceinture, et avait des sandales aux pieds et un bandeau autour de la tête.

Jacob ne prit rien d’autre qu’une houlette de pâtre, une sacoche de pain qu’il attacha à son épaule et une cruche sous le bras. Je le vis aussi prendre congé de sa mère en larmes. Isaac le bénit une nouvelle fois et lui recommanda de partir auprès de Laban 7 et de prendre femme là -bas. Les parents étaient très contrariés par Esaü¸, en particulier Rébécca, qui avait beaucoup de chagrin.

Au cours de son voyage vers la Mésopotamie, j’ai vu Jacob dormir à l’endroit où s’éleva plus tard Bethel’. Le soleil était couché, Jacob cala une pierre sous sa tête et s’endormit, allongé sur le dos, tenant son bâton à la main. Je vis alors également l’échelle qu’il contempla en songe et dont l’histoire biblique dit : « Elle était dressée à terre, et son sommet touchait le ciel 9 ».

Mais j’ai vu cette échelle s’élever à partir de Jacob lui-mème, qui était allongé par terre, et atteindre le ciel, comparable à l’arbre vivant de sa descendance elle m’apparut comme on représente les arbres généalogiques. Elle était semblable à une vigne verdoyante issue du corps même de Jacob endormi sur le sol, qui se divisait en trois branches, chacune de ces branches s’élevait vers le ciel comme une pyramide à trois faces au sommet pointu. Ces trois branches étaient reliées entre elles de trois côtés par des rameaux latéraux dont les pousses constituaient une échelle pyramidale à trois faces.

Notes :

6. une sorte de turban. (NdT)

7. Laban : (hebr. Laban : « le blanc « ) l’Araméen, fils de Bethuel, frère de Rébécca. père de Léa et Rachel. (Gen. 25. 20 etc.)

8. Bethel (hébr. « maison de Dieu « ) nom ancien de Beitin, village sacré situé sur la route antique de Jérusalem à Sichem, à 15 Km. au nord de Jérusalem. (NdT)

9. Gen. 28. 12.

J’ai vu cette échelle entourée de nombreuses apparitions. J’ai vu les descendants de Jacob monter sur cette échelle, dessinant la lignée humaine de Jésus. Ils gravissaient les échelons en passant souvent d’un côté à l’autre, certain. précédaient les autres. Quelques-uns demeuraient en retrait, précédés par d’autres venus d’un côté différent, tout ceci selon que le germe de l’Humanité sainte de Jésus était troublé par le péché ou purifié par la sainteté, et jusqu’à l’éclosion sur la plus haute cime de l’échelle de la fleur pure, de la Vierge sainte de laquelle Dieu voulait prendre chair pour se faire homme J’ai vu le ciel ouvert et la gloire de Dieu au-dessus d’elle. Et Dieu parla à Jacob.

Lorsque Jacob s’éveilla au matin, je le vis édifier une petite assise de pierres disposées en cercle, sur lesquelles il plaça un rocher plat et, par-dessus, la pierre qui lui avait servi de chevet il alluma un feu et offrit un sacrifice, il versa également quelque chose dans le feu, sur la pierre Il priait à genoux Je crois qu’il faisait le feu en frottant des pierres les unes contre les autres, comme les trois Mages.

Puis je l’ai vu en voyage, son bâton à la main, s’arrêtant en divers endroits avant d’arriver chez Laban. Il fit halte à Aïnon 10, entre autres, comme à Bethel il était déjà venu dans ce lieu et y avait remis en état une citerne qui devait plus tard devenir la fontaine baptismale de saint Jean-Baptiste. Je l’ai vu prier déjà à ce moment à Mahanaïm « , demandant à Dieu de le protéger et lui confiant ses vêtements, afin qu’il pût faire bonne figure en arrivant en Mésopotamie et Laban pût le reconnaître. Il eut alors la vision de deux armées qui l’escortaient dans le ciel, comparables à des troupes de guerriers : c’était le signe qu’il serait gardé par Dieu et qu’il deviendrait fort puissant. J’ai vu la réalisation de cette promesse lors de son retour.

Notes :

10. Ainon (hebr. « les sources « ) localité sur le Jourdain, siège de la prédication de saint Jean-Baptiste. (NdT)

11. Mahanaim (hebr. Makhanayim : « le Camp « ) ville à l’est du Jourdain. cf. Gen. 32. 2-3. (NdT)

Puis je le vis plus loin vers l’est, longeant la rive méridionale du Jacob 12 il passa une nuit à l’endroit où, plus tard, il lutta contre l’ange 13, là aussi, il eut une vision.

Lors du retour de Mésopotamie, le campement de Jacob fut dressé à l’est de l’emplacement de la future Jabesh-Gilead 14. J’ai vu son beau-père Laban le poursuivre, parce qu’on lui avait dérobé ses dieux domestiques, et le rejoindre à cet endroit, où ils eurent de violentes altercations à cause de ces idoles. Jacob ne savait pas que Rachel 15 avait secrêtement emporté ces statuettes.

Lorsque Rachel s’aperçut que son père faisait fouiller tout le campement pour retrouver ses idoles et qu’il allait arriver à sa tente, elle dissimula les objets détournés, c’étaient cinq poupées de métal emmaillotées, longues comme la moitié du bras, dans un très grand tas de foin destiné aux chameaux, qui avait été rassemblé non loin de son campement, sur le versant méridional de la vallée du Jaboc.

Elle s’assit sur ce tas de foin, toute voilée, comme si elle était malade et indisposée 16,

Plusieurs autres femmes prirent place autour d’elle, C’est sur un tas comparable, mais encore plus gros, que j’ai vu Job se retirer lorsqu’il était lépreux Le tas sur lequel s’assit Rachel équivalait à une pleine charretée. Ils emportaient beaucoup de foin avec eux, au cours de leurs voyages, et en chargeaient les chameaux et ils s’approvisionnaient encore très souvent en cours de route. Rachel était depuis longtemps fort irritée contre son père à cause de ces idoles et ne les avait emportées que pour les soustraire définitivement.

Notes :

12. Le Jaboc. aujourd’hui Nahr ez-Zerka (« rivière bleue ») important affluent du Jourdain. rive gauche. (NdT)

13. Cf. Gen. 32. 22.

14 Jabesh-Gilead : ville de Galaad où fut inhumé le roi Saul (cf. Sam, 31, 8-13) (NdT)

15 Rachel (« brebis .) fille de Laban, épouse de Jacob. (cf. Gen. 29. 20 sq.). (NdT)

Jacob avait envoyé des messagers à Esaü¸, car il le redoutait et ceux-ci étaient revenus en annonçant l’approche d’Esaü¸ à la tête de quatre cents hommes. Alors Jacob répartit tous ses biens en deux lots, il divisa le premier lot de troupeaux en plusieurs groupes qu’il dépêcha à la rencontre d’Esaü¸ il les accompagna jusqu’à Manahaim, où il eut de nouveau la vision dont il avait été favorisé lors de son départ : l’armée des anges 17. Alors il dit : « Je suis parti avec mon bâton et suis devenu riche de deux armées ! » C’est alors seulement qu’il comprit le sens de sa vision d’autrefois.

Lorsque tout eut franchi le Jaboc, Jacob fit passer également ses femmes et ses enfants, et il demeura seul. C’était la nuit. Il fit dresser sa tente à l’endroit où il avait vu la face de Dieu, lors de son départ de Palestine, car il voulait prier là toute la nuit Il fit fermer sa tente de tous les côtés et renvoya ses serviteurs Je le vis invoquer Dieu de tout son coeur et tout lui confier, en particulier sa grande peur d’Esaü¸. La tente était ouverte vers le haut, afin qu’il pût mieux voir le ciel en priant.

Notes :

16. Pour cet épisode. cf. Gen. 31, 17-54. (NdT)

17. Gen. 32. 2.

18. Gen. 32. 25-33.

Je vis alors Jacob lutter contre l’ange où cela se passa en une vision. Il se tenait debout en prière, lorsqu’une grande lumière descendit du ciel un personnage robuste et éclatant apparut et commença à lutter contre Jacob, comme s’il voulait le chasser de la terre. Ils se combattirent dans la tente, de tous côtés l’apparition semblait pousser Jacob dans toutes les directions du monde, mais Jacob revenait toujours se camper au milieu de la tente. Ceci était comme la préfiguration du destin d’Israël qui, attaqué de toutes part, ne devait pas être déraciné de la Terre Promise.

Alors que Jacob se retrouvait une nouvelle fois au milieu de la tente, l’ange le frappa à la hanche. Je vis ceci arriver quand Jacob, qui luttait dans sa vision, voulut s’allonger sur sa couche ou tomba sur elle. En frappant Jacob à la hanche, accomplissant ainsi ce qu’il désirait, l’ange lui dit : « Laisse-moi partir, car l’aurore point ! »

En effet, Jacob le tenait encore fermement C’est alors qu’il revint à lui, s’éveillant de sa vision et du combat. mais il vit l’ange de Dieu, qui se tenait toujours devant lui, et il lui dit : « Non, je ne te laisserai pas aller avant que tu ne m’aies béni ! » Car il sentait qu’il avait besoin de la bénédiction de Dieu il se trouvait affaibli, et l’arrivée d’Esaü était imminente, alors l’ange lui demanda : « Comment t’appelles-tu ? » Il répondit :- « Jacob » (c’était là le premier rite de la bénédiction, comme Abram qui devint Abraham à cette occasion).

L’ange dit : « Tu te nommeras Israël, car tu as lutté contre Dieu et contre des hommes, et tu l’as emporté ». Jacob demanda à son tour : « Et toi, quel est ton nom ? » L’ange fit cette réponse : « Pourquoi me demandes-tu une telle chose? » ce qui équivaut a : « Ne me connais-tu pas ? Ne m’as-tu donc pas rencontré précédemment ? » Alors Jacob s’agenouilla devant lui et reçut la bénédiction. L’ange le bénit suivant le rite révélé par Dieu à Abraham, et par celui-ci à Isaac, de qui Jacob le tenait : il traça les trois lignes de bénédiction. Ceci renforça particulièrement la patience et la persévérance de Jacob. L’ange disparut alors, et Jacob vit les premiers feux de l’aurore il nomma cet endroit Phanuel 19, Puis il fit démonter sa tente et, traversant le Jaboc, il rejoignit sa famille Comme le soleil se levait, il boitait du côté droit car c’est là que Dieu l’avait touché.

Lorsqu’Esaü¸ fut reparti, Jacob s’établit à Mahanaim et occupa toute la région de Sukkoth 20 jusqu’à la colline d’Aïnon, avec ses troupeaux et ses serviteurs il vécut lui-mème dix ans à Ainon, puis il étendit son domaine vers l’occident, au-delà du Jourdain jusqu’à Salem 21 il implanta ses campements jusqu’à la résidence de Sichem 22 et acheta un champ par là .

J’ai vu Dina 23 se promener dans cette région avec ses suivantes et, par curiosité, se mettre à parler avec les Sichémites. J’ai vu comment Sichem nous une idylle avec elle, et comment les suivantes la quitèent puis Sichem l’emmena avec elle dans sa ville. Ce fut l’occasion de grandes peines pour elle, et de massacre et de mort pour les Sichémites. Sichar était alors une ville encore modeste, bâtie en pierres taillées, et n’avait qu’une porte.

Notes :

19. Phanuel (Hébr. Penuel . « Face à Dieu ») localité située sur la rive sud du Jaboc. Cf Gen. 32, 31.

20. Sukkoth ( » les cabanes « .) campement de Jacob au nord du Jaboc. (Gen. 33. 17). (NdT)

21. C’est Jérusalem, alors simple bourgade. (NdT)

22. Sichem prince des Sichémites, dont la capitale était Sychar. (NdT)

23. Dina, fille de Jacob et de Léa. (Gen. 34,1). (NdT)

Les patriarches Abraham, Isaac et Jacob étaient un peu plus forts du côté droit que du gauche. Mais cela ne se voyait guère, car ils portaient des vêtements amples et larges. Ils avaient au côté droit comme un renflement dans lequel était le dépôt sacré, la bénédiction, le mystère 24.

Il avait la forme d’un haricot avec un germe et était lumineux. Le premier-né le recevait de son père, ce qui lui conférait une si grande prééminence. Jacob le reçut à la place d’Esaü¸ parce que sa mère savait qu’il y était prédestiné. Lorsque l’ange frappa Jacob, il lui retira le dépôt sacré sans toutefois lui causer de plaie : c’était comme si le renflement s’était résorbé. Jacob ne fut plus aussi assuré par la suite et rechercha la protection de Dieu. Auparavant, il était comme quelqu’un qui se trouve fortifié par un sacrement qu’il porte en soi par la suite, il fut plus humilié, plus soucieux, et connut le malheur. Il sentit bien que l’ange lui ôtait le dépôt sacré, c’est pourquoi il lui demanda sa bénédiction, pour en être fortifié. C’est Joseph qui, par la suite, reçut de nouveau d’un ange la bénédiction et le dépôt sacré, lorsqu’il se trouvait dans la prison de Pharaon, en Egypte.

24. Cf. annexe : « la bénédiction de Dieu .. en fin d’ouvrage.

16 Joseph et Aseneth (1)

Lorsque Joseph fut vendu et conduit en Egypte, il avait seize ans. Il était de taille moyenne, très mince, souple, agile de corps et d’esprit. Il était tout différent de ses frères. Chacun était porté à l’aimer. Si son père ne l’avait pas autant chéri, ses frères l’eussent aimé beaucoup. Ruben aussi était plus souple que les autres Benjamin, par contre, était un très grand garçon, lourdaud, mais très bon et avisé.

Joseph portait les cheveux partages en trois mèches : une de chaque côté de la tête, la troisième en arrière, très longue et fournie. Lorsqu’il devint un grand d’Egypte, il se rasa le crâne, mais plus tard il porta de nouveau les cheveux longs.

En même temps que la tunique multicolore, Jacob avait donné à Joseph les ossements d’Adam, sans toutefois que Joseph sut ce que c’était. Jacob les lui remit comme une amulette protectrice, car il savait parfaitement que ses frères lui voulaient du mal.

Note : 1. Aseneth était la fille ou suivante de Putiphar, prêtre d’Héliopolis. et l’épouse de Joseph qui la rendit mère de Manassé et Ephraim. (Gen. 41 ,45,50-52) ;

Joseph portait ces reliques dans une petite bourse de cuir arrondie suspendue à son cou. Lorsque ses frères le vendirent, ils lui ôtèrent simplement sa tunique multicolore et son vêtement courant mais il avait encore un pagne autour des reins et une sorte de scapulaire sur le torse. sous lequel il portait cette petite bourse. La tunique multicolore était blanche, avec des rayures rouges et trois bandes noires ornées de motifs jaunes à l’avant ce vêtement, très ample en hautësi bien que Joseph pouvait y glisser quelque choseëétait étroit en bas, mais avec une fente sur le côté, de façon à ne pas entraver la marche. Il descendait jusqu’à terre, un peu plus long en arrière, avec l’avant quelque peu dégagé 2. Quant au vêtement ordinaire de Joseph, il n’arrivait que jusqu’aux genoux.

Joseph était déjà connu du Pharaon et de son épouse bien avant d’être jeté en prison. Il gérait si parfaitement les affaires de Putiphar, et celui-ci accomplissait si bien ses fonctions à la cour pendant la présence de Joseph chez lui, et en retirait tant de bénédictions, que Pharaon voulut connaître ce serviteur modèle. La femme de Pharaon, qui était très soucieuse de son salut et très dévote, et, comme tous les Egyptiens, très avide de connaître de nouvelles divinités, fut si étonnée devant ce merveilleux et sage adolescent qu’était Joseph, un étranger si spirituel, qu’elle l’honorait secrêtement comme un dieu et ne cessait de répéter à son époux : « Cet homme est envoyé par nos dieux, ce n’est pas un être humain comme nous ! »

Note : 2. Cf. les robes des Assyriens et Chaldéens, dans les fresques et émaux retrouvés dans les ruines d’Ur. (NdT)

Il n’en fut pas moins jeté en prison, où il devint par la suite gardien des autres captifs. La Grande Dame 3 déplora beaucoup son erreur quand elle le vit emprisonné comme adulèe mais lorsqu’il fut remis en liberté, elle lui accorda de nouveau et à jamais toute sa bienveillance. Et cette coupe qu’il fit glisser dans les affaires de Benjamin, c’était précisément le premier présent que lui fit l’épouse de Pharaon. Je connais bien cet objet, qui avait deux anses et pas de pied. Il était comme taillé dans une pierre précieuse ou dans une masse translucide, que je ne connais pas, et avait la forme de la partie supérieure du calice de la Cène : il fut également placé parmi les récipients que les enfants d’Israël ramenèrent d’Egypte, et on le garda par la suite dans l’Arche d’Alliance 5.

Joseph demeura sept ans en prison c’est là qu’il reçut, en pleine tribulation, le secret de Jacob, comme ses ancêtres l’avaient reçu eux aussi, et qu’il eut la vision d’une nombreuse postérité. Je connais bien la femme de Putiphar l’ai vu également comment elle voulut séduire Joseph mais après la faveur dont il fut ensuite honore, elle fit pénitence et devint pieuse et chaste. C’était une grande femme potelée, avec une peau brun-jaune, éclatante comme de la soie. Elle portait une robe de couleur, avec un fin vêtement orné de figures brodées, sous lequel la robe apparaissait comme à travers de la dentelle. Joseph se trouvait souvent avec elle, car son maître lui confiait toutes les affaires de la maison. Lorsqu’il s’aperçut qu’elle devenait entreprenante, il ne dormit plus dans la maison du maître lorsque celui-ci s’absentait. Mais elle venait couvent le déranger pour lui faire des avances, lorsqu’il travaillait aux écritures. Je la vis une fois venir vers lui, vêtue de façon très provocante, alors qu’il était dans un angle d’une salle, en train d’écrire. On écrivait alors sur des rouleaux étalés sur des plans inclinés fixes au mur, devant lesquels on pouvait se tenir debout ou s’asseoir. Elle lui parla et s’attira une réponse nette, mais elle s’enhardit, si bien qu’il tourna les talons et se dépêcha de sortir Mais elle l’attrapa par son manteau, qu’il lui laissa entre les mains.

Je vis Joseph auprès du prêtre idolâtre Putiphar, à Héliopolis dans la maison du prêtre vivaient huit jeunes servantes, parmi lesquelles Aseneth, fille de Dina et de Sichem 6, prophétesse et chargée du soin des idoles. Putiphar l’avait achetée à sa nourrice alors qu’elle n’avait que cinq ans, et que toutes deux avaient été expédiées au bord de la Mer Rouge par Jacob, qui craignait que ses fils ne tuent l’enfant Aseneth possédait l’esprit de prophétie et avait les fonctions d’oracle auprès de Putiphar.

Joseph la connaissait, sans savoir qu’elle fût sa nièce. Elle était très réservée, recherchait la solitude et détestait les hommes qui tournaient autour d’elle à cause de sa radieuse beauté. Favorisée de visions très remarquables, elle était fort versée dans l’astrologie égyptienne, mais avait une profonde intuition de la religion des Patriarches je n’ai pas vu qu’elle fût adonnée à la magie. Elle contemplait en vision tout le mystère de la vie, de l’exil. de l’avenir et de l’exode d’Israel. et toute la traversée du désert.

Elle remplissait de feuilles d’une plante aquatique 7 et de peaux, d’une merveilleuse écriture dont les lettres ressemblaient à des têtes d’animaux et d’oiseaux 8. Ces ouvrages étaient déjà incompris de ses contemporains égyptiens et on en faisait mauvais usage, en interprétant toutes sortes d’horreurs. Aseneth était fort troublée par cette incompréhension, établie par le diable, et pleurait beaucoup. Elle avait plus de visions que n’importe quel personnage de son époque et était d’une remarquable sagesse. Mais elle agissait en tout très discrètement, conseillant les uns et les autres. Elle savait également filer et broder, et sa sagesse était si profonde qu’elle reconnaissait bien les égarements et les déviations de l’humanité C’est pour cela qu’elle se tenait si réservée avec un maintien grave et silencieux.

J’ai vu qu’Aseneth, à cause de l’interprétation erronée de ses visions et de ses écrits, fut à l’origine du culte idolâtrique qui l’assimilait à Isis et qui faisait de Joseph Osiris. C’est Peut-être pour cela qu’elle pleurait tant elle a également écrit des rouleaux contre ces abus, annonçant qu’on l’honorerait comme la mère de tous les dieux.

Lorsque Putiphar offrait un sacrifice, Aseneth montait dans une tour où elle se trouvait comme dans un petit jardin, et elle observait les étoiles à la lueur de la lune. Elle était ravie en extase et voyait toutes choses très clairement dans les astres, et la vérité sous les symboles, car elle avait été prédestinée par Dieu.

Mais j’ai vu aussi des prêtres idolâtres qui voyaient les choses les plus horribles, car ils étaient égarés dans des univers complètement étrangers et diaboliques. C’est à cause de ces visions démoniaques que les révélations mystérieuses d’Aseneth furent déformées en horribles idolâtries.

Aseneth avait introduit beaucoup de choses en Egypte. Elle fit venir beaucoup d’animaux utiles, les vaches par exemple 9 elle enseigna aussi la fabrication du fromage, le tissage et de nombreux arts inconnus. C’est à Joseph que l’on doit l’introduction de la charrue en Egypte, car il était seul à en connaître le maniement 10.

Il y a une chose qui m’a vraiment plongée dans l’admiration : Aseneth faisait bouillir longuement la chair des nombreux animaux offerts en sacrifice, dans de grands chaudrons à moitié enterrés en plein air, jusqu’à ce que cette viande devint une masse ayant la consistance de la colle on s’en servait comme alimentation dans les campagnes militaires et en temps de famine. Les Egyptiens en étaient très heureux et tout étonnés.

Lorsque Joseph vit Aseneth chez le prêtre des idoles. celle-ci s’approcha de lui et voulut le serrer dans ses bras. Ce n’était pas là de la provocation, mais une sorte de prescience, un geste prophétique c’est pour ce don qu’elle était dans l’entourage du prêtre des idoles. Aseneth était tenue pour sainte. Mais je vis que Joseph la repoussait, les mains tendues en avant, et lui adressait des paroles sévères. Et je la vis alors très troublée : elle se retira dans sa chambre et vécut dés lors dans le deuil et la pénitence.

Notes :

9. C est Isis qui. dans la mythologie égyptienne donna la vache aux habitants du Nil. Ce trait corrobore parfaitement l’identification Isis-Aseneth révélée à A.C. Emmerick. (NdT)

10. De même. c’est à Osiris qu’est attribuée l’invention de la charrue et de la culture du blé en Egypte. là encore l’identification Osiris-Joseph est parfaitement claire. (NdT)

Je vis Aseneth dans son appartement : elle se tenait derrière une tenture, ses longs et abondants cheveux dénoués et terminés en boucles. Elle avait, au creux de l’estomac, un signe merveilleux imprimé sur la peau. Dans une figure, semblable à une coupe en forme de coeur, se tenait un enfant aux bras ouverts, tenant dans une main un petit plateau et dans l’autre un gobelet ou un calice. Sur le plateau étaient trois épis souples issus d’une même tige, et la figure d’une colombe qui semblait picorer le raisin contenu dans le calice.

Jacob connaissait ce signe : c’est pour cela qu’il fut obligé d’éloigner Aseneth, pour la soustraire à la colère de ses fils. Lorsqu’il se rendit plus tard en Egypte auprès de Joseph, et que celui-ci lui eét confié toutes ces particularités, il reconnut sa petite-fille, à cause du signe qu’elle portait. Joseph aussi avait un signe sur le torse : c’était une grappe de raisin aux nombreux grains.

Puis je vis un ange apparaître, vêtu d’une robe très riche, tenant une fleur de lotus dans la main. Il salua Aseneth celle-ci le regarda et se voila la face. Il lui ordonna de ne plus se lamenter et de s’habiller avec apparat il lui demanda de lui préparer un plat. Elle se leva et partit se vêtir, puis revint toute parée, portant sur une légère table basse du vin et de petits pains aplatis cuits sous la cendre. Elle n’était nullement effrayée. mais très simple et humble, comme Abraham et d’autres patriarches en face de saintes apparitions lorsque l’ange lui parlait, elle se voilait. L’ange lui demanda du miel alors elle répondit qu’elle n’en avait pas comme les autres jeunes filles, qui le mangeaient. L’ange lui dit qu’elle trouverait du miel entre les statues d’idoles qui se dressaient dans l’appartement, représentant diverses figures entourées de bandelettes, avec des têtes d’animaux et des queues de serpent enroulées.

Alors elle découvrit un grand rayon de miel, blanc comme une hostie, très beau, qu’elle posa devant l’ange qui lui ordonna d’en manger. Il bénit le miel, que je vis tout illuminé et rayonnant entre eux. Je ne peux plus exprimer tout à fait la signification de ce miel céleste, car lorsqu’on voit de pareilles choses, on sait tout, car on comprend alors tout mais à présent, le miel ne signifie pour les hommes rien de plus que ce qu’il est, du miel, sans que l’on saisisse ce que les fleurs, les abeilles et le miel représentent effectivement

Je peux simplement en dire ceci : Aseneth n’avait vraiment que du pain et du vin chez elle, mais pas de miel en mangeant de ce miel, elle fut détachée du culte des idoles et le culte d’Israël (c’est-à-dire le salut de l’Ancienne Alliance) s’éveilla en elle.

Ce fut comme si elle devait aider beaucoup d’hommes et comme si beaucoup devaient, tels des abeilles, bâtir autour d’elle. elle-même dit qu’elle ne voulait plus boire de vin. que le miel lui suffisait. à Midian. chez Jethro « j’ai vu beaucoup de miel, beaucoup d’abeilles.

Note : 11. Jethro, beau-père de Moise, prêtre de Midian (Madian). Cf Ex. 2 16 sq.

L’ange bénit le rayon de miel avec son doigt, le dirigeant vers toutes les régions du monde cela signifie que par sa présence, par son exemple et par le mystère qu’elle renfermait en elle, Aseneth devait être une mère et une éducatrice pour beaucoup d’hommes. Lorsque plus tard on la vénéra comme une déesse et qu’on la représenta sous forme d’une statue aux nombreux seins 12, ce fut parce qu’on interpréta de cette façon sa vision dans laquelle elle comprit qu’elle comprit qu’elle devait nourrir un si grand nombre d’hommes.

L’ange lui dit également qu’elle était la fiancée de Joseph et qu’elle devait l’épouser. Il la bénit, comme Isaac avait béni Jacob comme l’ange avait béni Abraham. mais les trois traits de bénédiction se dédoublèrent sur elle. se dirigeant d’une part sur le coeur, d’autre part sur son giron.

Plus tard, j’ai eu une vision dans laquelle Joseph revenait chez Putiphar, pour lui demander la main d’Aseneth : comme l’ange, il tenait une fleur de lotus dans la main. Il connaissait la remarquable sagesse d’Aseneth, mais leur parenté leur restait mystérieusement caché à tous les deux.

J’ai vu aussi que le fils de Pharaon était épris d’Aseneth, si bien qu’elle devait se tenir cachée, qu’il fut détourné de cette passion par Juda, sinon Dan 13 et Gad 14, à l’instigation du fils de Pharaon avec qui ils avaient mis sur pied une embuscade, auraient assassiné Joseph.

Notes :

12 La fameuse « Diane d’Ephèse », déesse alliant les attributs hellénistiques d’Artémis (Diane) et Egyptiens d’Isis. (NdT)

13. Dan. fils de Jacob et de Bilba. (Gen. 30, 3-6)

14. Gad. fils de Jacob et de Zilpa. (Gen. 30, 9-11)

Je crois que Juda avait reçu en songe un avertissement divin et qu’il avait conseillé à Joseph de prendre un autre chemin. Je me souviens aussi que Benjamin a joué également un rôle dans cette affaire et qu’il a protégé Aseneth. Dan et Gad subirent un châtiment, certains de leurs enfants moururent brusquement ils avaient eux aussi été prévenus par Dieu, avant que quiconque eét connaissance de cette machination.

Lorsque Joseph et Aseneth paraissaient devant le peuple, ils tenaient a la main comme le prêtre Putiphar, un l’emblème de leur toute-puissance que l’on considérait comme sacré. La partie supérieure de cet emblème était un anneau, la base une croix latine, un T.

Ce sceptre servait de sceau, et, au moment de la moisson, lorsque le blé était distribué, les tas étaient mesurés en y enfonçant le sceptre c’est également au moyen de cette sorte de mesure que l’on délimitait les greniers à blé et les canaux, que l’on calculait les crues et les décrues du Nil. Les actes écrits étaient scellés avec cet instrument, après avoir été marqués avec le suc rouge d’une plante. Lorsque Joseph exerçait une fonction, cet emblème était posé prés de lui sur un tapis, la croix repliée dans l’anneau. Cela me semblait être également comme une préfiguration du mystère de l’Arche d’Alliance, mystère que Joseph portait encore en lui.

Aseneth avait également un instrument comme une verge, avec lequel, marchant en extase, elle frappait le sol là où cet instrument vibrait : on découvrait à ces endroits de l’eau et des sources souterraines. Cela était accompli sous l’influence des étoiles 15.

Note : 15 Il s’agit de la rhadomancie, technique encore utilisée par les sourciers. (NdT)

Au cours des cortèges solennels. Joseph et Aseneth s’avançaient dans un char étincelant. Aseneth portait un corselet tout doré, qui entourait tout son corps sous les bras ce vêtement était orné de nombreux signes et de figures, et descendait jusqu’au-dessus des genoux les jambes étaient entourées de bandelettes. Elle avait sur les épaules un ample manteau, ramené en avant et attaché au-dessus des genoux. Les chaussures avaient des pointes recourbées, comme des skis. La coiffure, semblable à un casque, était composée de plumes et de perles multicolores.

Joseph portait une étroite tunique à manches courtes, et un corselet d’or par-dessus, orné de figures et retenu aux épaules par des courroies croisées garnies de clous d’or il avait un grand manteau sur les épaules, et sa coiffure était également composée de plumes et d’orfèvrerie.

Lorsque Joseph arriva en Egypte, on bâtissait Memphis-la-Neuve, qui se trouvait à quelque sept heures de marche au nord de Memphis, l’ancienne cité. Entre les deux villes, une grande route bordée d’allées avait été aménagée sur des digues ça et la, entre les arbres, se dressaient des statues de divinités féminines aux visages très sévères et tristes elles avaient des corps de chien et étaient assises sur des socles de pierre. Il n’y avait guère de beaux bâtiments, mais des grands remparts et des montagnes artificielles en pierre 16, pleines de couloirs et de chambres.

Note : 16. Les pyramides. (NdT)

Les habitations étaient des constructions légères aux toits de bois. Il y avait encore de vastes forêts et des marécages. Le Nil avait déjà modifié son cours, lors de la fuite de la Vierge Marie en Egypte.

Les Egyptiens adoraient toutes sortes d’animaux, des crapauds, des serpents, des crocodiles. Ils restaient parfaitement paisibles lorsqu’un homme était dévoré par un crocodile. Lorsque Joseph vint en Egypte, le dieu taureau n’était pas encore à l’honneur mais son culte suivit de peu le songe de Pharaon, à cause du symbolisme des sept vaches grasses et des sept vaches maigres.

Ils avaient beaucoup de statues de dieux certaines étaient comme des enfants langés, d’autres lovées comme des serpents : parmi celles-ci il y en avait qui pouvaient être étirées ou raccourcies Beaucoup de ces effigies d’idoles étaient ornées de plastrons (d’or) sur lesquels on gravait de façon remarquable les plans des villes et les cours du Nil. Ces plastrons étaient confectionnés d’après les images que les prêtres idolâtres, du haut de leurs tours, découvraient dans les étoiles : ils faisaient construire villes et canaux en fonction de ces images. C’est ainsi que fut bâtie Memphis-la-Neuve.

Les mauvais esprits devaient avoir à cette époque une autre puissance, bien plus matérielle car j’ai vu la magie égyptienne procéder surtout de la terre et de ses profondeurs Lorsqu’un prêtre d’idoles exerçait ses pouvoirs maléfiques, je voyais de tous côtés d’épouvantables figures d’animaux surgir du sol autour du magicien et entrer dans sa bouche comme un filet de vapeur noirâtre Il en était alors enivré et avait des visions. Mais c’était comme si, en même temps que chacun de ces esprits qui faisait intrusion en lui, un monde secret entrait également en lui et il voyait alors des choses proches et éloignées, les profondeurs de la terre, des pays et leurs peuples, des faits secrets, cachés, c’est-à-dire tout ce que chaque esprit gouvernait.

Par la suite, la magie me parut toujours plus sous l’influence des esprits aériens : ce que les magiciens croyaient alors grâce à ces démons ressemblait à des illusions, à des hallucinations provoquées par ces mêmes esprits. Je pouvais apercevoir ces esprits en arrière de ces visions, ils étaient comme des ombres entrevues derrière un rideau 17.

Note : 17 Rapprocher tout ce paragraphe de chap. 8, note 8.

Lorsque les prêtres idolâtres égyptiens voulaient lire dans les étoiles, ils se préparaient par le jeûne et des purifications, se recouvraient la tête de cendres et revêtaient des sacs. Pendant qu’ils observaient le ciel, du haut de leurs tours, on offrait des sacrifices.

Les païens de cette époque avaient une connaissance complètement déviée des mystères de la religion du vrai Dieu, qui avaient été transmis par Seth, Noé, Henoch et les patriarches au peuple élu c’est pour cela qu’il y avait toutes sortes d’horreurs dans leurs cultes idolâtres par ces horreurs, comme plus tard par les hérésies’ le diable travaillait contre la Révélation de Dieu aux hommes, Révélation qui s’était gardée dans sa pureté et sa rigueur. C’est à cause de cela que Dieu entoura de feu le mystère de l’Arche d’Alliance, afin de la préserver.

Je vis qu’au temps de Joseph les femmes égyptiennes étaient encore vêtues comme Sémiramis. Jacob, lorsqu’il rejoignit Joseph en Egypte, prit un chemin que devait emprunter plus tard Moïse pour aller vers la Terre Promise.

Il avait su qu’il reverrait Joseph, et ceci lui pesait sur le coeur. déjà lorsqu’il s’était rendu en Mésopotamie, il avait eu une vision sur ses futurs fils, là où il dressa une pierre, et non à l’endroit où il vit l’échelle des anges 18 il avait vu que l’un de ses fils s’enfonçait dans la région où Joseph fut vendu et reparaissait comme une brillante étoile plus au Sud. C’est pour cela qu’il dit, lorsqu’on lui présenta la tunique tachée de sang : « je veux pleurer Joseph jusqu’à ce que je le retrouve « , car le souvenir de cette vision, complètement oubliée, lui revint alors.

Jacob avait d’abord cherché à savoir par Ruben qui était l’épouse de Joseph, mais n’avait pas immédiatement révélé à Joseph qu’elle était sa nièce. Il se lia d’amitié avec Putiphar et celui-ci, après de longues relations d’estime, se fit circoncire et servit le Dieu de Jacob.

Jacob vivait à une journée de marche environ de la maison de Joseph, et lorsqu’il fut malade, son fils se rendit chez lui. Jacob interrogea alors beaucoup Joseph au sujet d’Aseneth et, ayant appris l’existence du signe que celle-ci portait sous la poitrine, il dit à Joseph : « C’est la chair de ta chair, ce sont les os de tes os. « , et lui révéla l’identité d’Aseneth. Joseph en fut si bouleversé qu’il en tomba évanoui, et, lorsqu’il revint chez lui, il en parla à son épouse : tous deux pleurèrent alors ensemble, de reconnaissance.

Par la suite, Jacob fut encore plus malade, et Joseph se rendit de nouveau auprès de lui. Jacob étendit ses jambes en dehors de la couche, et Joseph dut poser sa main sous la hanche de son père et lui jurer de l’inhumer à Canaan. Après ce serment, Jacob accorda sa bénédiction à Joseph. Il savait que Joseph avait reçu la bénédiction de l’ange, celui-là même qui s’était avancé contre lui Joseph garda cette bénédiction dans son côté droit jusqu’à sa mort. La bénédiction demeura également dans son cadavre, jusqu’au moment où elle fut recueillie par Moïse dans la nuit de l’Exode et déposée avec les reliques de Joseph dans l’Arche d’Alliance, comme dépôt sacré du Peuple Elu.

Note : 18. Gen. 28. 12 sq.

C’est trois mois après cette visite que mourut Jacob. Après sa mort, on publia un panégyrique dans lequel on le louait beaucoup avec amour. Aseneth rendit Joseph père de Manassé et d’Ephraïm, tout d’abord, puis en tout de dix-huit enfants parmi lesquels plusieurs jumeaux. Elle mourut trois ans avant Joseph et fut embaumée par des femmes juives. Tant que Joseph vécut, le corps d’Aseneth demeura dans le monument funéraire qu’il avait fait élever pour elle et lui,

Mais les Anciens du peuple avaient cependant recueilli un peu de ses entrailles, qui étaient conservées dans un récipient d’or Comme les Egyptiens convoitaient également ces restes sacrés, on les confia aux sages-femmes d’Israël, et l’une d’entre elles les cacha dans un cylindre enduit de poix, au milieu des roseaux prés du canal. Dans la nuit de l’exode, une nourrice de la tribu d’Asser révéla ce secret à Moise. Elle se nommait Sara.

A sa mort, Joseph fut embaumé par les juifs en présence des Egyptiens, et on réunit les momies de Joseph et d’Aseneth, conformément aux révélations qu’avait faites Aseneth à partir de ses visions, dont le récit avait été légué aux juifs. Les prêtres égyptiens et les astrologues, qui avaient placé Joseph et Aseneth parmi leurs divinités, connaissaient également ces révélations et avaient une intuition de la profonde signification que revêtait pour Israël la bénédiction de Joseph et d’Aseneth aussi cherchèrent-ils à ravir cette bénédiction à Israël pour l’accaparer.

C’est à cause de cela que les Israélites, qui s’étaient étonnamment multipliés après la mort de Joseph, furent si rudement persécutés par Pharaon Les Egyptiens savaient également qu’Israël ne quitterait jamais leur pays sans les ossements de Joseph aussi dérobèrent-ils à maintes reprises la momie de Joseph, et ils finirent par la garder en leur possession. L’ensemble du Peuple juif connaissait seulement l’existence des restes de Joseph, sans savoir le mystère qu’ils renfermaient : ce mystère était presque généralement ignoré. Mais tout le Peuple tomba dans une grande consternation quand on fit savoir aux Anciens que le dépôt sacré, auquel était liée la Promesse, avait été dérobé.

Moïse, qui avait été élevé à la cour de Pharaon et connaissait toute la sagesse égyptienne, visita son Peuple et connut le motif de son abattement. Lorsqu’il tua l’Egyptien, Dieu le conduisit vers Jethro 19 dans sa fuite, car celui-ci, par son mariage avec la sibylle Segola, pouvait lui être d’un grand secours pour la découverte des reliques volées.

Moïse avait, sur l’ordre de Dieu, épousé Sephora 20, afin de réunir cette tribu à Israël.

Segola était la fille naturelle de Pharaon et d’une femme juive, et, très versée dans l’astrologie égyptienne, elle avait beaucoup fait pour les juifs.

Note :

19. Prêtre de Midian (Madiân), beau-père de Moïse. Ex. 2, 16 sq.

20. Sephora ou Cippora, fille de Reuel ou Jethro, prêtre de Madiân, épouse de Moïse, cf. Ex. 2, 21 3, 1 4, 25 18, 1-2.

Elle fut la première qui découvrit que Moise, bien qu’il fût élevé à la cour, n’était pas le fils de Pharaon. Après la mort de son épouse, Aaron 21 devait à son tour épouser une fille de cette Segola’ afin que l’union de la mère avec Israël fût plus étroite. Les enfants de ce couple partirent avec les Israélites mais Aaron dut par la suite se séparer de cette femme, afin que la race sacerdotale juive fût issue d’une souche juive parfaitement pure.

La fille de Segola, répudiée par Aaron, se remaria, et sa descendance habitait à Abila, au temps de Jésus c’est dans cette ville que la momie de cette femme fut conservée par ses descendants.

Segola était très éclairée et avait beaucoup de crédit auprès de Pharaon, elle avait au front un bombement comme en avaient souvent dans l’Antiquité les gens doués de prophétie. Elle était poussée par l’Esprit à accorder beaucoup de concessions et de présents.

Dans la nuit où l’Ange du Seigneur frappa les premiers-nés d’Egypte, Segola, le visage voilé, alla avec Moise, Aaron et trois autres Israélites vers deux collines funéraires 22 séparées par un canal mais reliées par un pont. Le canal se jetait dans le Nil entre Gosen et Memphis L’entrée du monument funéraire s’ouvrait sous le pont, au-dessous du niveau de l’eau un escalier y menait, à partir du pont. Segola descendit, accompagnée seulement de Moïse, et jeta dans l’eau un billet sur lequel était inscrit le nom de Dieu.

Notes :

21. Frère de Moise. Ex. 4, 14 sq.

22.Des « tumuli », mode de sépulture employé en Egypte conjointement aux pyramides. (NdT)

Alors l’eau se retira et découvrit l’entrée du monument. Ils frappèrent sur la pierre qui murait l’accès, et celle-ci s’écarta de l’intérieur. Alors ils appelèrent les autres. Moïse leur lia alors les mains avec son étole et leur fit jurer de garder le secret. Après le serment, il leur libéra les mains. Tous s’enfoncèrent alors dans le monument funéraire, portant des lumières devant eux On voyait partout des voutes et des effigies de défunts.

Le corps de Joseph et les restes d’Aseneth, qui avaient été rassemblés, gisaient dans un sarcophage égyptien en forme de taureau le sarcophage était en métal et brillait comme de l’or poli Ils soulevèrent le des, c’est-à-dire le couvercle Moïse prit le mystère, le sortant du corps évidé de Joseph, l’enveloppa de linges et le tendit à Segola, qui le porta devant elle, roulé dans son voile. Les ossements furent déposés sur une pierre, disposés dans des linges et emportés par les hommes. Maintenant qu’ils avaient récupéré le dépôt sacré, Israël pouvait quitter le pays. Segola pleurait, Israël était saisi d’une allégresse indicible.

Moise enchâssa dans la pointe de son bâton, qui était une branche de néflier jaunâtre entourée de feuilles. une relique du corps de Joseph. Ce bâton était différent de la houlette de berger que Moïse dut jeter à terre devant Dieu. où il se transforma en serpent. C’était un bâton creux, dont on pouvait détacher les deux extrémités avec le bout inférieur, qui me sembla être de métal, avec une forme aiguë en pointe, Moïse frappa le rocher, comme s’il y inscrivait des mots. Le rocher s’ouvrit sous la pointe, et de l’eau en jaillit. Et partout où Moïse traçait des caractères sur le sable. avec la pointe de ce bâton, de l’eau s’écoulait.

L’extrémité supérieure de cette verge creuse avait la forme d’un bouton de néflier elle pouvait également être détachée. C’est devant elle que la Mer Rouge se divisa. De la mort de Joseph à l’Exode s’écoulera environ cent soixante dix ans, selon notre façon de compter.

Mais les hommes avaient alors une autre façon de mesurer le temps, avec des mois et des années différents. Cela m’a été souvent expliqué : mais seule je ne puis le répéter. Aussi longtemps que les Israélites furent en Egypte, ils n’eurent d’autre temple que des tentes. Ils dressaient des pierres, les arrosaient d’huile, sacrifiaient des céréales et des agneaux, chantaient et priaient.

17 L’Arche d’Alliance

Au cours de la nuit même où Moise recueillit le dépôt sacré, on exécuta la caisse d’or en forme de sarcophage dans laquelle les Israélites l’emportèrent lors de l’Exode. Cette caisse devait être assez longue pour qu’un homme pût s’y tenir couché car ce dépôt sacré devait donner naissance à une Eglise et un Corps. C’est au cours de cette même nuit que les Israélites marquèrent les portes avec du sang. Les voyant travailler si rapidement à la construction de la caisse, je pensai à la sainte Croix, qui fut également exécutée en hâte dans la nuit précédant la mort de Jésus 2.

La caisse, composée de plaques d’or, avait la forme d’un sarcophage de momie égyptien. Plus large en haut qu’en bas, elle présentait à l’extrémité supérieure la figure d’un visage auréolé de rayons sur les côtés étaient esquissés les bras et le tracé des côtes.

Notes :

1. L’Eglise, Corps Mystique du Christ, sacrement du Salut, est la réalisation parfaite et définitive de la Promesse faite par Dieu à Adam et Eve, puis aux Patriarches et aux prophètes. (NdT)

2. Cf.  » La Douloureuse Passion de N.S. Jésus-Christ » d’Anne Catherine Emmerick. (NdT)

Dans cette caisse, à peu prés au milieu de sa longueur, on plaça un coffret d’or renfermant le dépôt sacré recueilli par Segola dans le tombeau souterrain. Dans la partie inférieure furent rassemblés des récipients sacrés et les gobelets des Patriarches, qu’Abraham avait reçus de Melchisédech 3 et qui s’étaient transmis, avec la bénédiction, d’aîné en aîné. Tel fut le premier contenu et telle fut la première forme de l’Arche d’Alliance, que l’on enveloppa d’une couverture rouge, puis d’une blanche 4.

C’est seulement au Mont Sinaï que l’on exécuta l’Arche de bois, plaquée intérieurement et extérieurement d’or fin 5 on y plaça le sarcophage d’or qui renfermait le dépôt sacré. Ce sarcophage n’arrivait qu’à mi-hauteur de cette nouvelle Arche, et n’était pas aussi long qu’elle, car il restait encore de la place aux deux extrémités, pour deux coffrets plus petits dans lesquels on réunit les reliques de Jacob et de la famille de Joseph par la suite, on y mit également le bâton d’Aaron 6.

Lorsque l’Arche d’Alliance fut installée dans le Temple de Sion on en modifia l’intérieur en retirant le sarcophage d’or et en le remplaçant par une figure semblable mais plus petite, taillée dans une masse blanche.

déjà au cours de mon enfance, j’ai vu souvent l’Arche d’Alliance et tout ce qu’elle renfermait, tout ce qui l’entourait, et aussi tout ce que l’on y déposait au fur et à mesure les Israélites y plaçaient tous les objets sacrés qu’ils recevaient mais elle ne devait pas être bien lourde, car on la portait facilement.

Notes :

3. Cf. chap. 13

4. Anne Catherine Emmerick vit également la table de la dernière Cène de Jésus recouverte d’une couverture rouge. puis d’une blanche. (NdT)

5. Cf. Ex. 25. 10-11 et Ex. 37. 1-2

6. Cf. Ex. 7. 10-12.

L’Arche était plus longue que large, et de même plus haute que large à sa base, une baguette en saillie faisait socle sa partie supérieure était entourée d’une bande d’or, large d’une demi-aune, artistement ouvrée de diverses couleurs, fleurs, volutes, figures, soleils et étoiles. Tout était magnifiquement travaillé, sans toutefois faire beaucoup saillie, et ne dépassait que de peu, avec ses pointes et ses feuillages, le bord supérieur de l’Arche. Au-dessous de ce sertissage, il y avait aux angles des deux parois latérales des anneaux dans lesquels on passait les barres qui servaient à porter l’Arche 7. Tout le reste de l’Arche était décoré d’une très belle marqueterie de bois d’acacia de teintes diverses, enchâssée dans l’or et représentant toutes sortes de figures.

Il y avait, au milieu de l’Arche, une petite porte que l’on ne remarquait guère afin que le Grand-Prêtre, lorsqu’il se trouvait seul dans le Saint des Saints eu pût prendre le dépôt sacré, le sortir de l’Arche pour la bénédiction et la prophétie, et l’y replacer ensuite. Cette porte s’ouvrait en deux panneaux à droite et à gauche, vers l’intérieur de l’Arche, et était assez grande pour permettre au Grand-prêtre d’accéder facilement au dépôt sacré. à l’endroit où les barres de portement passaient devant la porte, elles étaient légèrement incurvées. Dès que la double porte était ouverte, le coffret qui renfermait le dépôt sacré, enveloppé de linges fins, s’ouvrait également, comme un livre.

Notes :

7. Cf. Ex. 25, 13-15 et Ex. 37, 3-5.

8. Le jour de la Fête des Expiations, cf. Lév. 16 et Héb. 9, 25.

Au-dessus du couvercle de l’Arche se dressait le trône de grâces 9 : c’était un plateau creux, également plaqué d’or, recelant des ossements sacrés. Ce plateau était aussi grand que le couvercle, mais peu épais sur ses deux longueurs, il était fixé au couvercle par quatre vis de bois de sittim 10 qui pénétraient dans l’arche, de façon telle que l’on pouvait voir un vide entre couvercle et plateau. Les vis étaient ornées de têtes en forme de fruits les quatre qui se trouvaient à l’extérieur se fichaient dans les quatre angles de l’Arche, et les quatre autres étaient plantées dans l’intérieur de l’Arche.

A chaque extrémité du trône de grâces se dressait un Chérubin d’or de la taille d’un enfant, fixe sur un socle 11.

Au milieu du trône de grâces était cependant pratiquée une ouverture ronde, par laquelle un tuyau, traversant le couvercle, aboutissait à l’intérieur de l’Arche on pouvait voir ce tuyau entre le trône de grâces

Cette ouverture était entourée d’un treillis d’or semblable à une couronne qui, à son sommet, encerclait une hampe cette hampe s’élevait du dépôt sacré, à l’intérieur de l’Arche, à travers le tuyau, et, fixée à la couronne d’or par des fermoirs, s’épanouissait en sept pointes comparables aux pétales d’une fleur. à cette hampe se joignaient la main droite de l’un des Chérubins et la gauche de l’autre et en arrière se touchaient l’aile droite de l’un des Chérubins, et la gauche de l’autre, toutes deux déployées 12. Les deux autres ailes, peu déployées, recouvraient les épaules sans se toucher, laissant voir, de l’avant de l’Arche, la couronne au milieu du trône de grâces.

Sous cette aile à moitié repliée, chaque Chérubin tendait le bras, la main levée en signe d’avertissement Les Chérubins n’étaient prosternés qu’avec un genou posé sur le socle, l’autre jambe étant tenue levée Leurs visages, tournés vers l’extérieur, donnaient une impression de mouvement, comme s’ils portaient une crainte révérencielle à l’éclat de la couronne. Ils n’avaient de vêtement qu’au milieu du corps. Lors des longs trajets, ils étaient descellés de l’Arche et transportés à part.

J’ai vu qu’en haut, sur les pointes s’épanouissant comme des pétales de fleurs, il y avait des lumières ou des flammes qui brulaient, allumées par les prêtres ils utilisaient à cet effet une matière brune, je pense que c’était une résine sacrée. Ils la recueillaient dans des buissons 13. Mais j’ai vu également très souvent que de grands rayons de lumière jaillissaient de la couronne, convergeant vers la hampe, et que de semblables courants descendaient du ciel sur la couronne, tandis que de tous côtés crépitaient des étincelles lumineuses formant des fils très fins et indiquant par là la direction à prendre 14.

Notes :

12. Cf. Ex. 25, 20 et 37, 9.

13. Peut-être de la résine d’astragale, de ciste ou de lentisque, arbrisseaux fréquents dans le monde méditerranéen et donnant des baumes et des gammes. (NdT)

14. Cet étrange phénomène lumineux perçu par Anne Catherine rappelle la « Gloire de Dieu » d’Ex. 24, 17 etc. Cf aussi Ex. 25, 22 pour le rôle indicateur joué par ce phénomène. (NdT)

A la partie inférieure de la hampe, dans l’Arche même, il y avait des crochets auxquels étaient fixes le coffret d’or renfermant le dépôt sacré, et, au-dessus, les Tables de la Loi en avant du coffret, un petit récipient d’or cannelé plein de manne était suspendu, sans toucher les parois de l’Arche. Lorsque je voyais de côté l’intérieur de l’Arche, je ne pouvais apercevoir l’autel, je veux dire le dépôt sacré, avant ce récipient.

En effet, j’ai toujours reconnu en l’Arche d’Alliance la préfiguration d’une église, le dépôt sacré représentant l’autel avec le très Saint-Sacrement, alors que le récipient de manne symbolisait la lampe du tabernacle. Et lorsque, enfant, j’allais à l’église, je m’expliquais toujours tel et tel détail en référence à l’Arche d’Alliance le dépôt sacré qu’elle contenait m’était comparable à ce que le très Saint-Sacrement est pour nous, seulement il ne m’apparaissait pas aussi riche de grâces, mais plutôt sévère, aussi il produisait sur moi une impression plus obscure et plus terrifiante, quoique très sainte et mystérieuse.

Il me semblait toujours que l’Arche recelait tout ce qui est saint, et que notre Salut se trouvait en elle comme enveloppé dans des langes et comme en devenir et ce qui était le plus mystérieux dans l’Arche d’Alliance, c’est le dépôt sacré. Il me paraissait être le fondement du très Saint-Sacrement de l’autel, celui-ci en étant l’accomplissement Je ne peux l’exprimer.

Ce mystère était aussi voilé que Jésus l’est pour nous dans le très Saint-Sacrement. J’ai compris que fort peu de grands-prêtres savaient ce que c’était : seuls les plus pieux d’entre eux, favorisés de lumières particulières, le connaissaient et en faisaient usage. C’était caché à beaucoup, qui ne s’en servaient pas, comme pour nous beaucoup de grâces et merveilles de l’Eglise sont méconnues et perdues, et comme tout notre Salut irait se perdant s’il était bâti sur des forces humaines de raisonnement et de volonté. Mais il est bâti sur le roc.

C’est toujours avec tristesse que je vois l’aveuglement et la situation des juifs, et cela me fait pleurer, car ils ont tout en germe mais n’ont pas voulu reconnaître le fruit. Tout d’abord, ils possédèrent le mystère : c’était le témoignage, la Promesse, ensuite s’y ajouta la Loi, puis vint la Grâce. Lorsque je vis le Seigneur enseigner à Sichar, les gens lui demandaient où le mystère de l’Arche d’Alliance avait donc bien pu s’égarer. Il leur répondit que les hommes avaient reçu beaucoup de choses à ce sujet et qu’ils étaient seuls responsables de cette perte. Par ce seul fait déjà que ce mystère avait été perdu, on pouvait comprendre et reconnaître que le Messie était né !

J’ai vu ce mystère, ce dépôt sacré sous une forme particulière, dans une sorte de voile, comme un contenu, un être, une force. Il était pain et vin, chair et sang, c’était le germe de la bénédiction avant la faute originelle c’était la présence qui fut préservée dans la religion et qui rendit possible aux hommes la constitution, par leur piété, d’une lignée se purifiant toujours plus et s’épanouissant finalement en Marie, afin qu’elle conçut du Saint-Esprit le Messie si longtemps espéré.

Noé, qui planta la vigne « , fut chargé de la préparation, qui renfermait déjà la réconciliation et la protection de Dieu. C’est Abraham qui reçut cette présence sacramentelle sous forme d’un objet, d’une réalité concrête que je lui ai vu transmettre au cours de la bénédiction 16.

Note : 15. Cf. Le symbolisme du Cep et des Sarments. (NdT)

Cela resta un mystérieux bien de famille, qui explique la grande prééminence du droit d’aînesse 17.

Avant l’Exode d’Egypte, Moise reçut de nouveau ce dépôt sacré qui. ayant été autrefois un secret de famille, devint alors le mystère du Peuple entier. Il prit place dans l’Arche d’Alliance, comme le très Saint-Sacrement dans le tabernacle et dans l’ostensoir 18.

Lorsque les enfants d’Israël, adorant le veau d’or, sombrèrent dans un terrible égarement, Moise douta de la puissance du dépôt sacré et en fut puni en n’ayant pas le droit de pénétrer dans la Terre Promise 19.

Lorsque l’Arche d’Alliance tomba entre les mains de l’ennemi 20, le dépôt sacré en avait été, comme à chaque alerte, retiré par le Grand-prêtre, car c’était le lien de l’unité d’Israël et pourtant, la sainteté de l’Arche elle-même était si grande que les ennemis durent la restituer, forcés par des châtiments divins 21.

Notes :

16 Cette réalité concrête est le « dépôt sacré » dont il a été question dans les précédents chapitres. Cf. chap. 14. (NdT)

17. Car le mystère se transmettait d’aîné en aîné. (NdT)

18. Ce passage, difficile à comprendre, est un exemple typique des visions d’Anne Catherine : elle évoque une réalité unique perçue dans sa triple dimension spirituelle, mystique (symbolique) et matérielle. Pour Anne Catherine, ces trois dimensions sont toujours étroitement imbriquées :

Le sacrement de l’Ancienne Alliance se présentait sous la forme du mystérieux « dépôt sacré » (réalité matérielle) porteur de « bénédiction » (réalité spirituelle) c’était un « secret » ou « mystère » (réalité mystique) transmis de génération en génération.

19. Nb 20.12 Dt 32,48-52. 34,4-5.

20. 1 Sam. 4. 11.

21. 1 Sam. c. 5 et 6.

Mais peu de personnes connaissaient le mystère du dépôt sacré et de sa transmission. Et souvent, il arrivait qu’un homme, par ses vices, ternit le rayonnement qu’il avait reçu de ce mystère en vue de constituer la lignée sainte du Messie cela retardait pour l’humanité entière l’échéance de la venue du Sauveur, ou plutôt de la pure créature qui devait le concevoir de Dieu. Mais les hommes pouvaient de nouveau se purifier par la pénitence.

Quant à l’essence du sacrement lui-mème, je ne sais pas de façon certaine s’il y avait simplement un projet divin actualisé surnaturellement par le ministère du prêtre opérant une sorte de consécration, ou si tout était établi directement et sans intermédiaire par Dieu je pencherais plutôt pour la première explication car je sais assurément que des prêtres qui ont souvent négligé ce sacrement, faisant ainsi obstacle au Plan du Salut, en ont été punis de mort, très rigoureusement.

Lorsque ce mystère opérait, lorsque la prière était exaucée, le dépôt sacré devenait plus grand et jetait une faible lueur rougeâtre à travers son enveloppe. La bénédiction augmentait ou diminuait selon les époques, en fonction de la prière et de la pureté des hommes : elle semblait croître suivant la prière, le sacrifice et la pénitence.

Je n’ai vu ce sacrement utilisé par Moïse devant le Peuple qu’à deux occasions : lors du Passage de la Mer Rouge et au moment de l’adoration du veau d’or. Moïse, l’ayant sorti de son coffret doré, recouvert comme le très Saint-Sacrement le Vendredi-Saint, le portait ainsi voilé devant sa poitrine, pour bénir ou pour retrancher de la communauté, comme s’il agissait à distance. C’est ainsi que Moise regroupa beaucoup d’enfants d’Israël autour de lui, les sauvant de l’idolâtrie et de la mort.

Souvent aussi, j’ai vu le Grand-Prêtre, lorsqu’il se trouvait seul dans le Saint des Saints, qui utilisait le dépôt sacré, le tournant d’un côté ou de l’autre pour produire une force, une protection, un arrêt, ou une bénédiction. un bienfait, l’exaucement d’un voeu un châtiment22.

Il ne tenait jamais ce précieux dépôt dans ses mains nues. Il en touchait également de l’eau, pour des usages sacrés, et faisait boire de cette eau comme bénédiction. La prophétesse Debora, Anne, mère de Samuel, à Silo, et Emerentia, mère de Sainte Anne, burent de cette eau. C’est par ce breuvage qu’Emerentia fut préparée à concevoir sainte Anne. Sainte Anne elle-même ne but point de cette eau, car la bénédiction était en elle.

Joachim 23 reçut d’un ange le dépôt mystérieux retiré de l’Arche d’Alliance. Et c’est alors que Marie fut conçue sous la Porte Dorée du Temple et devint elle-même, par sa naissance, l’Arche du mystère. Et le dessein de Dieu fut accompli, l’arche de bois dans le Temple se trouvait dés lors vidée de son précieux dépôt.

Notes :

22. Le Grand-Prêtre n’est que le ministre de la puissance de Dieu qui se manifeste par le dépôt sacré. (NdT)

23. père de la très Sainte Vierge. selon la Tradition. (NdT)

Lorsque Joachim et Anne se rencontrèrent sous la Porte Dorée, ils furent entourés d’une nuée lumineuse, et la sainte Vierge fut conçue sans le péché originel. Il y eut autour d’eux une musique merveilleuse, comme une voix divine.

Le mystère de l’Immaculée Conception de Marie est incompréhensible aux hommes, c’est pour cela qu’il leur reste caché 24.

La lignée qui devait donner naissance à Jésus avait reçu le germe de la bénédiction en vue de l’Incarnation de Dieu mais Jésus-Christ lui-même instaura le Sacrement de la Nouvelle Alliance, comme le fruit de ce germe, comme l’accomplissement de cette bénédiction, pour unir de nouveau les hommes à Dieu.

Lorsque Jérémie 25 fit cacher l’Arche d’Alliance avec d’autres objets sacrés sur le mont Sinaï, lors de la déportation de Babylone, le dépôt sacré ne s’y trouvait plus il n’en restait que les linges ayant servi à l’envelopper, qui furent mis à l’abri avec l’Arche. Jérémie connaissait le contenu de l’Arche et son caractère sacré, et il voulut en parler ouvertement au Peuple comme il lui relatait les horreurs de l’Exil. Mais Malachie 26 le détourna de ce projet et c’est lui qui recueillit le dépôt sacré, confié plus tard grâce à lui aux Esséniens un prêtre le fit par la suite replacer dans l’Arche.

Notes :

24. Le Dogme de l’Immaculée-Conception ne fut promulgué qu’en 1854, trente ans après la mort d’Anne- Catherine Emmerick.

25. Jérémie : prêtre et prophète du royaume de Juda aux VIIè-VIè siècles avant J.C. (NdT)

26: Malachie : prophète d’Israel, postérieur à Jérémie. (NdT)

Malachie était, comme Melchisédech, un ange, un envoyé de Dieu ; je ne l’ai pas vu comme un homme ordinaire Il apparaissait sous figure d’homme, comme Melchisédech, sans autres différences que celles qui caractérisent des époques distinctes.

Peu après la captivité de Daniel 27 à Babylone, je l’ai vu, semblable à un jeune garçon d’environ 17 ans, vêtu d’un habit rougeâtre et tenant un bâton à la main il semblait perdu et alla finalement chez un couple très pieux à Sapha, dans la tribu de Zabulon Ils le prirent pour un enfant perdu d’Israélites exilés et le gardèrent avec eux Il était très aimable, surhumainement patient et doux, si bien que tous l’aimaient et qu’il pouvait les enseigner et agir auprès d’eux sans rencontrer de contradiction.

Il entretenait de fréquentes relations avec Jérémie qu’il avait aidé de ses conseils lors de grands dangers. Car c’est par lui également que Jérémie fut libéré de sa prison à Jérusalem.

L’Ancienne Arche d’Alliance cachée par Jérémie sur le Sinaï ne fut jamais retrouvée. Celle que l’on fit par la suite n’était plus aussi belle, et ne renfermait pas tout ce que la précédente avait contenu.

Le bâton d’Aaron fut recueilli par les Esséniens de l’Horeb, qui gardaient également une partie du dépôt sacré. La tribu que Moïse avait établie pour garder l’Arche d’Alliance et veiller sur elle subsista jusqu’à l’époque d’Hérode.

Au jour du Jugement dernier, tout ceci apparaîtra et le mystère sera alors dévoilé, pour la terreur de tous ceux qui l’auront bafoué.

27. Daniel : prophète d’Israel au VI ème siècle av. J.C.

FIN

Note sur le « dépôt sacré »

Créant Adam, Dieu dépose en lui une bénédiction destinée à être transmise de génération en génération.

Cette bénédiction est certes une réalité spirituelle, mais aussi un « objet » concret : au moment où Adam est près de pécher, Dieu lui retranche, à l’aide d’une lame recourbée, ce « dépôt sacré « ; les visions d’Anne Catherine Emmerick nous montrent ce « dépôt sacré » comme support concret d’une double réalité ce dépôt sacré est donné à Adam, puis à Abraham sous la forme d’une petite nuée : il provoque chez les patriarches un renflement du côté droit il se transmet d’aine en aine il a la forme d’un haricot avec un germe finalement, il est retrouvé par Moise dans le sarcophage de Joseph, et placé, enveloppé d’un linge, dans l’Arche d’Alliance.

Lors des vicissitudes d’Israël, ce « dépôt sacré » retiré de l’Arche est confié aux prophètes, puis transmis à Joachim, père de la très Sainte Vierge Marie et c’est en Marie que, sous l’action de l’Esprit-Saint, il se réalise en Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui effectue le Salut de toute l’humanité par la Rédemption. Appelé parfois « germe », le dépôt sacré est le signe concret de l’Alliance de Dieu avec l’humanité, et il est le gage de la Rédemption par le Christ.

Ce dépôt sacré est le support d’une réalité spirituelle : la bénédiction de Dieu, accordée à Adam, certes, puis à Abraham et à ses descendants, fut momentanément retirée à Jacob, père des douze tribus d’Israël, et remise à travers Joseph à tout le Peuple Elu : l’Alliance divine n’est plus personnelle, mais proposée à tout le peuple. C’est pourquoi le « dépôt sacré », gage concret de cette Alliance, sera placé dans l’Arche d’Alliance. Il se conservera au milieu du Peuple jusqu’au moment ou, la très Sainte Vierge Marie, ayant été prédestinée par Dieu à devenir la nouvelle Arche d’Alliance, elle recevra en elle ce mystérieux dépôt sacré qui en fera l’Immaculée Conception et la préparera à être la mère du Verbe Incarné, la mère du Saint des Saints.

A la réalité spirituelle, bénédiction et alliance, se greffe toute une signification mystique du dépôt sacré : il est le présage et la préfiguration de l’Eucharistie et les visions d’Anne Catherine Emmerick ramènent constamment le dépôt sacré et l’alliance à l’Eucharistie : dans l’Ancienne Alliance, Dieu restait présent dans son Peuple grâce à ce dépôt sacré, gage d’alliance et de bénédiction dans l’Alliance Nouvelle, Jésus-Christ est l’Emmanuel, « Dieu parmi nous », constamment présent au milieu de son Eglise, le nouvel Israël, par l’Eucharistie. Tout le rituel, tous les symboles qui entourent la remise ou la passation du dépôt sacré rappellent l’Eucharistie : la consécration des patriarches, le calice remis par Melchisedech à Abraham, les nappes ou linges blanc et rouge, qui se retrouvent à la Cène, les pains et le vin ou la liqueur comparable à du sang.

On ne peut lire et comprendre lés visions d’Anne-Catherine Emmerick qu’en fonction de l’Eucharistie, à la lumière de l’Eucharistie, sacrement des sacrements, déjà préfigurée dans ce dépôt sacré confié au Peuple Elu a donné définitivement par le Christ, qui accomplit et achève l’Alliance de Dieu avec les hommes, dans l’Eucharistie et au sein de l’Eglise, nouvel Israël, dépositaire du Christ Lui-mème, qui s’est fait le gage et la réalisation de l’Alliance de Dieu avec les hommes.

J.-J. Bouflet – http://jesusmarie.free.fr

LIRE AUSSI : De l’Ancien Secret de l’Immaculée Conception à la Parthénogenèse

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