A la Une Conspirationisme

UNE AUTRE HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE par OLIVER STONE

Une autre histoire de l’Amérique, est une série documentaire créée par Oliver Stone en dix épisodes, qui revient sur l’histoire de l’Amérique, de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours, en insistant sur les événements majeurs qui ont été passés sous silence ou peu traités. Après plusieurs années de recherches, Une autre histoire de l’Amérique a pour but de ré-informer le public sur l’histoire des États-Unis.

En dix épisodes, Oliver Stone, grand cinéaste engagé et auteur de nombreux Oscars, étrille soixante-quinze ans de politique extérieure américaine. Partial, à la limite de la propagande, mais efficace.

De Platoon, sur la guerre du Vietnam, à W., l’improbable président George Bush Jr., Oliver Stone a puisé dans l’histoire con­tem­poraine la matière de nombre de ses films, sans forcément s’embarrasser avec la vérité des faits comme dans son film JFK, où il expliquait l’assassinat du président Kennedy par une théorie du complot fumeuse…

Pour retracer soixante-quinze ans de politique extérieure des États-Unis dans une série documentaire produite par la chaîne câblée américaine Showtime et diffusée en France sur Planète+, le cinéaste autoproclamé briseur de mythes s’est montré plus rigoureux. Il s’est adjoint les services d’un historien professionnel, Peter Kuznick, directeur réputé de l’Institut d’études nucléaires à l’American University de Washington.

Au terme de quatre années d’efforts, les deux hommes ont livré une saga de dix heures uniquement constituée d’ima­ges d’archives, impressionnante par la densité de ses informations…, et la virulence de son propos. Sans surprise de la part d’un réalisateur qui a démoli Nixon au cinéma et consacré trois documentaires plutôt admiratifs à Fidel Castro.

Oliver Stone veut montrer comment des erreurs graves ont été commises par tous les présidents américains, depuis Franklin D. Roosevelt au nom de dogmes bellicistes, puis néoconservateurs.

Il raconte une Amérique ayant « peur de son ombre », qui voit toujours ses ennemis, le communisme hier, le terrorisme qu’elle a créée aujourd’hui, plus dangereux qu’ils ne le sont. Il souligne l’aveuglement d’une diplomatie façonnée ­depuis 1945 par des hommes proches des milieux d’affaires et soumise au fameux « complexe militaro-industriel », partisane d’une économie de guerre permanente, et d’une domination des États-Unis sans partage via la menace atomique et les opérations de déstabilisation menées par la CIA dans les pays d’Asie et d’Amérique latine jugés trop « progressistes ».

Au fil des dix épisodes, l’histoire se répète, et toujours sous la forme de la tragédie : Le budget de la Défense croît sans cesse au détriment des program­mes sociaux ; les mensonges de George W. Bush sur les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein pour justifier l’intervention militaire en Irak font écho à l’attaque fabulée de deux torpilleurs viêt-congs qui, en août 1964, servit de prétexte à Lyndon B. Johnson pour intensifier les bombardements sur le Vietnam ; et les espoirs d’une diplomatie moins agressive entretenus par les candidats aux élections présidentielles sont systématiquement abandonnés une fois la Maison Blan­che acquise.

Que Stone qualifie les deux mandats de Ronald Reagan de « barbares » ou compare Bush Jr. à un « empereur romain », c’était prévisible. Mais on ne s’attendait pas à une telle charge contre Barack Obama, ce « loup déguisé en agneau » qui a « dévalorisé son prix Nobel de la paix »…

Dans son récit au style volontiers lyrique, Oliver Stone laisse peu de place au doute et à la nuance. Au point que, montage hyperefficace aidant, son Autre histoire de l’Amérique prend parfois des allures de film de propagande.

Les historiens néoconservateurs s’en sont émus lors de la diffusion outre-­Atlantique en novembre 2012.

« Stone manipule les preuves et ignore celles qui contredisent ses préjugés », a estimé ­Ronald Radosh dans une interview au New York Times. Ce spécialiste de la guerre froide et marxiste repenti, n’a pas du tout apprécié les hommages ­appuyés de Stone à l’URSS de Staline pour ses sacrifices pendant la Seconde Guerre mondiale et ses efforts pacifi­ques. Des arguments, selon lui, dignes d’un espion soviétique infiltré aux Etats-Unis dans les années 1950.

Les critiques sont également venues de chercheurs classés plus à gauche. Sean Wilentz, enseignant à la prestigieuse fac de Princeton et ancien soutien de Bill Clinton, a ainsi raillé la « distorsion idéologique » d’Oliver Stone, avant de moquer sa prétention à « révéler l’histoire non dite » des États-Unis…

Il n’y a, de fait, aucun scoop dans la leçon du professeur Stone. Mais, pour une population américaine souvent amnésique de son propre passé, cette piqûre de rappel, même partiale, est salutaire, y compris pour le reste du monde.

Une série documentaire de qualité comme on en voit rarement qui vous fera apprendre beaucoup de choses que vous croyiez connaitre, en insistant sur les événements majeurs qui ont été passés sous silence ou peu traités.
(telerama/une-autre-histoire-de-l-amerique)

>> Les dix épisodes de la série :

Interview d’Oliver Stone : « Comprendre d’où vient l’arrogance américaine. »

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire et de réaliser cette « »Autre histoire de l’Amérique » ?
Je venais de terminer le film sur George W. Bush. Je me suis demandé si ce président était une aberration de l’histoire. Je me suis aperçu que c’était la continuation d’une situation qui durait depuis longtemps.
Je voulais aussi corriger des choses qui nous étaient enseignées. Par exemple, dans les écoles américaines, la contribution soviétique dans la victoire contre le nazisme a été minorée. Le jour J est présenté comme le tournant de la guerre. Nous savons tous que ce n’est pas le cas.

Le documentaire mélange archives et extraits de films de cinéma. N’y a-t-il pas un risque de perte de crédibilité ?
C’est une nouvelle forme de documentaire. Cela fait partie de mon style. Ce que j’avais fait avec JFK a influencé ce choix. Cela permet aussi de garder l’attention du public pendant les cinquante-huit minutes que dure chaque épisode.

Vous faites démarrer l’histoire de l’Amérique au début de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ?
Avec Peter Kuznick, nous devions absolument partir de cette période-là si nous ne voulions pas ennuyer les spectateurs, même si la série diffusée aux États-Unis comporte un épisode sur la révolution russe et un autre sur les années 1930 qui ont été réalisés après.
Commencer par la Seconde Guerre mondiale était plus fort, car il s’agit de notre guerre, celle que nous avons « gagnée ». Le livre, Les Crimes cachés des présidents, une autre histoire de l’Amérique, commence à la Première Guerre mondiale. Tout cela a été très difficile à produire. Plus de 60 % de l’argent nécessaire ont été apportés par des personnes privées. Sans compter que nous avons pris deux ans de retard, car il y a eu beaucoup de réécriture, de vérifications.

Pourquoi avez-vous privilégié une analyse de la politique étrangère des États-Unis et évoquez-vous assez peu l’évolution de la société américaine ?
Ce qui nous intéressait, c’était de comprendre d’où vient l’arrogance américaine, pourquoi les États-Unis se donnent le rôle d’intervenir partout dans le monde, pourquoi les présidents Reagan, Clinton et même Obama ont affirmé que nous ne devions pas être honteux de ce que nous avons fait au Vietnam.
Cela nous arrive de nous attarder sur des sujets nationaux. Dans le septième épisode, nous nous arrêtons sur l’affaire du Watergate, car elle ouvre une période de réformes. Mais cela n’a pas duré longtemps.

Pour vous, l’apparition de la bombe atomique a conditionné la politique étrangère américaine, et vous jugez que c’est la menace des États-Unis de l’utiliser qui a provoqué le raidissement de l’URSS. N’est-ce pas caricatural ?
Non. Depuis soixante-dix ans, cela nous a permis d’imposer notre moralité sur le monde.

Pour vous, c’est la peur des américains vis-à-vis de l’étranger qui a induit ce comportement. Comment l’expliquez-vous ?
Les américains sont tous des émigrants qui ont fui des gouvernements corrompus en Amérique latine ou en Asie, ou l’intolérance religieuse en Europe. En arrivant dans cet immense pays, c’était un nouveau départ. Pour ces émigrés, le Vieux Monde était le diable, oppressant. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui encore, 75 % des américains n’ont pas de passeport, ne voyagent pas.

Une autre voie, plus ouverte vers l’extérieur, était possible, celle que soutenait le populaire Henri Wallace, vice-président de Roosevelt à partir de 1941, mais qui fut écarté au profit d’Harry Truman. Pourquoi n’a-t-elle pas été suivie ?
Après avoir gagné une guerre, les vainqueurs sont plus libéraux, mais curieusement nous sommes devenus plus conservateurs. Il y avait une peur profonde dans le monde des affaires d’un retour de la récession. On estimait donc qu’il fallait garder une économie de guerre pour l’éviter.

Comment expliquez-vous qu’aucun président n’ait par la suite décidé d’emprunter cette voie ?
Dans une certaine mesure, John Kennedy l’a fait. Il avait d’ailleurs des contacts secrets avec Wallace, mais je ne pense pas que la politique américaine puisse changer aujourd’hui. Carter a essayé de le faire au tout début de son mandat, mais il a très vite été submergé par des conseillers très conservateurs. Vous ne pouvez pas être élu si vous n’avez pas une politique étrangère dure et si vous ne faites pas de la surenchère sur la sécurité !
(agoravox./oliver-stone)

SOURCE : http://www.inexplique-endebat.com

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