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La Voie du Souffle et du Son: 1 le Tserouf

« La pratique du Tserouf, l’art combinatoire, ouvre les portes de la Kabbale extatique. Cette extase provoquée par le kabbaliste est un ravissement de l’esprit fusionné par la méditation et détaché du monde sensible. Ceci est sans rapport avec la transe qui est plutôt une perte de contrôle de soi entraî­nant un état médiumnique, Alors que l’extase du kabbaliste est parfaitement contrôlée et attachée à un état prophétique. Par la pratique du Tserouf, les degrés de l’extase sont progressivement expérimentés, le kabbaliste ne s’y oublie pas mais au contraire s’y rencontre. Il découvre en lui le prophète vivant dans le Olam ha Ba (le monde futur), ce que l’on peut comparer à «l’Age d’Or» spirituel. L’homme simple représente le passé tendant à se perdre dans l’ombre, et le prophète le futur s’éclairant continuellement devant lui. En quelque sorte, l’homme simple est un «verre à moitié vide» et le prophète «un verre à moitié plein» ; car le pessimiste se cherche dans l’ombre de son passé et l’optimiste dans son futur. Ces deux aspects de l’être se rencontrent durant l’extase, le mystique tente alors de les rapprocher davan­tage et de rendre permanente leur réunion. Ceci est comparable à un miroir dont les deux côtés seraient réels, l’homme simple marchant vers le miroir voit venir vers lui le prophète avec son futur et ce dernier tout aussi réel avance vers l’homme simple chargé de son passé. » Georges Lahy – Viryah

roue-des-lettresL’origine du Tserouf dans le Sepher Yetsirah

À l’origine du Tserouf, on trouve le verset 2 : 2 du Sepher Yetzirah : « Vingt-deux lettres fondamentales : Il les a gravées, sculptées, permutées, pesées, transformées. Avec elles, il a représenté tout ce qui a été formé et tout ce qui sera formé. »

Ceci nous indique clairement que les 22 lettres contiennent en elles toutes les énergies de la création, et que dans leurs permutations se trouve la clé des potentialités de l’univers créé. Par dix paroles, celui-ci a émergé du Néant. Virya nous dit que ce verset peut également être compris à l’impératif ; « grave-les, sculpte-les, permute-les, pèse-les, transforme-les », ouvrant ainsi les portes de son tsimtsoum personnel, et la création de son univers individuel.

Plus loin, en 2 : 4, nous trouvons : « Vingt-deux lettres de fondement: Il les établit comme un cercle ayant l’apparence d’un mur avec 231 portes. Le cercle oscille de l’avant vers l’arrière. »

Le mot cercle, tel qu’il est utilisé ici, est la base du mot guilgoul, qui signifie rotation, et pour les kabbalistes, le processus de réhabilitation de l’âme.

En calculant le nombre de permutations possibles entre chacune des 22 lettres de l’alphabet avec chacune des 21 autres, on obtient 462. Ce nombre impliquant un « aller – retour » entre chacune des lettres, on peut le réduire à 231 connexions. Le tserouf est donc bien un processus de réhabilitation, à travers les 231 portes de la sagesse, qui s’ouvrent dans un sens et dans l’autre.

Ces permutations se pratiquent par le biais du souffle, de la voix, et de la parole. La façon de vocaliser nous est indiquée par le verset 2 : 3, qui classe les lettres en cinq catégories ; linguales (« o »), dentales (« a »), palatales (« é »), labiales (« ou ») et gutturales (« i »), que nous retrouvons exprimées de nos jours par les points massorétiques.

• H’olam ; notre « o », indiqué par un point en haut à gauche de la lettre.

• Qamats ; notre « a », indiqué par un point sous un trait.

• Tsere ; notre « é », indiqué par deux points sous la lettre.

• Qoubouts / Shourouq ; notre « ou », court ou long, utilisé indifféremment dans le tserouf, indiqué par trois points en diagonale sous la lettre.

• H’iriq ; notre « i », indiqué par un point sous la lettre.

La vocalisation de base se pratique donc en choisissant deux lettres, et en les permutant l’une avec l’autre avec chacune des voyelles. Par exemple, Mem et Shin ;

• MoSho, Mosha, Moshé, Moshi, Moshou.

• Shomo, Shoma, Shomé, Shomi, Shomou.

• Masho, Masha, Mashé, Mashi, Mashou.

• Shamo, Shama, Shamé, Shami, Shamou.

• Et ainsi de suite…

Chaque ligne se prononce en une seule expiration, en prolongeant légèrement la voyelle de la deuxième lettre. Pour employer un terme musical, la première voyelle est une noire, la seconde est une blanche.

L’inspiration doit se faire par le nez, en veillant à bien emplir la totalité des poumons. Une fois ceci fait, gardez l’air inspiré quelques secondes avant de vibrer. Veillez à expulser tout l’air des poumons, avec un rythme continu, par la bouche. Gardez vos poumons entièrement vides quelques secondes avant d’inspirer à nouveau et entamer la ligne suivante.

Pour pratiquer le Tserouf, Virya recommande de se tourner face à l’est, qui est la direction de « Sa Face », mais cela peut se faire également vers le nord, qui est l’axe divin de la Création. La vocalisation peut se faire à voix haute, en murmurant, ou mentalement.

Une fois habitué à la pratique de base, il est possible d’y ajouter des mouvements corporels. Dans ce cas, chaque inspiration – expiration ne couvrira plus qu’une seule voyelle à la fois. Les mouvements à imprimer à la tête sont les suivants ;

• H’olam ; lever verticalement la tête vers le ciel.

• Qamats ; mouvement horizontal de droite à gauche.

• Tsere ; mouvement horizontal de gauche à droite.

• Qoubouts ; lever la tête en diagonale vers la gauche, puis la rabaisser à hauteur de l’épaule gauche, puis mouvement vertical vers l’épaule droite, et de là, baisser la tête en diagonale vers la gauche jusqu’à la verticale.

• H’iriq ; baisser verticalement la tête vers le sol.

Veillez à ramener la tête dans sa position initiale après chaque voyelle.

Pour plus d’informations au sujet du Tserouf, consultez les travaux de Rabbi Aboulafia, ou l’ouvrage de Virya « Kabbale extatique et Tserouf » aux éditions Georges Lahy.

Méthodes et Exercices de Tserouf par A. Aboulafia

Kabbale-extatique-500x700Voici quelques méthodes de Tserouf qui ont pour but de mieux nous faire appréhender cette forme de pratique que l’on associe parfois au yoga. Le texte qui suit est très largement inspiré du livre de Virya « Kabbale Extatique et Tserouf ».

HITBODEOUTH

« Il te faut t’apprêter pour l’union du coeur et la purification du corps. Un lieu particulier et préservé doit être choisi, d’où ta voix ne sera entendue de personne. Installe-toi complètement seul et retire-toi dans l’HITBODED (esseulement). Tu dois être assis en ce lieu préservé, qui peut être une pièce ou une cellule ; mais surtout ne révèle ce secret à personne. Si tu peux, applique la méthode le jour dans une maison, mais le moment le plus favorable est la nuit. Éloigne de ton esprit les vanités de ce monde, car c’est l’instant où tu vas parler avec ton Créateur, de qui tu souhaites connaître la Grandeur.

Enveloppe-toi dans ton châle de prière et place ta tête et ton bras tes tefillim car tu dois être rempli de révérence envers la Shekhinah qui t’enrobe maintenant. Vérifie que tes vêtements soient purs et de préférence blancs ; cette précaution invite avec force au recueillement… » (H’aye haOlam haBa, Abraham Aboulafia)

Hitbodedouth peut se traduire par méditation pris dans le sens de moment de dévotion spirituelle utilisant des combinaisons de lettres et de YIHOUDIM (Noms Divins).

La pratique du Hithbodedouth a pour effet de calmer l’esprit et de pacifier l’agitation intérieure. Cette méthode connaît deux tendances : le Yishouv haDaath (stabilité mentale) et le Bilboul haDaath (confusion mentale).

Le Bilboul haDaath est la confusion mentale de l’esprit. Dans ce cas, l’esprit est complètement dispersé et désordonné. Les comportements essentiels de l’esprit ne peuvent plus communiquer entre eux.

Le Yishouv haDaath signifie littéralement « asseoir la Connaissance », le calme de l’esprit. Dans la mystique, Yeshouv devient un terme de stabilité et de plénitude. C’est cet état que l’Hitbodedouth permet d’acquérir.

Daath signifie connaissance, union de la conscience intellectuelle, intuitive, sensible et méditative, élément qui composent ensemble l’esprit.

Nous vous donnons à présent une première méthode liée à l’Hitbodedouth :

  • 1- s’asseoir dans un endroit calme ;
  • 2- fermer les yeux et prendre conscience de son corps assis ;
  • 3- penser au SHEFA, la force universelle qui nous anime et nous entoure, la contempler mentalement sous l’aspect d’une lumière blanche ;
  • 4- prendre conscience des deux mains, les mouvoir, les frotter, comme pour faire circuler le sang, mais en pensant que le SHEFA se met à s’écouler de plus en plus facilement dedans ;
  • 5- se baisser et frotter les pieds en pensant à la lumière qui circule de mieux en mieux dedans ;
  • 6- mouvoir à nouveau ses mains comme pour restimuler la SHEFA ;
  • 7- puis masser les jambes, toujours en pensant à la circulation du flux de SHEFA ;
  • 8- continuer à remonter de la même façon pour toutes les parties du corps, en rechargeant les mains entre chaque section. Masser les épaules, le cou, les mâchoires, les tempes…
  • 9- ensuite, prendre conscience de la respiration en inspirant profondément et en expirant lentement et complètement ;
  • 10 – penser que l’inspiration permet au flux lumineux de pénétrer dans tout le corps, en ayant pour effet de le stabiliser, le calmer et le purifier ;
  • 11- imaginer ensuite que l’esprit circule de la même manière que le souffle dans notre corps, qu’il a lui aussi l’aspect d’une lumière blanche, et que le calme du corps le pacifie et le stabilise.

SYSTÈMES DU TSEROUF

Le Tserouf est un ensemble de techniques issues de la TEMOURAH, l’art de la substitution des lettres les unes aux autres.

  • 1- le système ATH BASH selon lequel on permute l’Aleph au Tav, le Beth au Shin et ainsi de suite… d’où son nom.
  • 2- le système AL BAM dont la méthode est basée sur le même principe, mais où l’Aleph permute avec Lamed, Beth avec Mem…
  • 3- le système ET BAH, méthode selon laquelle on repartit les lettres selon les dizaines, centaines et milliers
  • 4- le système AB GAD où l’on remplace une lettre par la lettre qui suit.

LE SOUFFLE ET LES TROIS LETTRES MÈRES

La pratique du Tserouf nécessite une respiration correcte lors des exercices.

Les trois phases de la respiration sont ainsi basées sur les trois lettres mères du Sefer Yetsirah, Aleph, Mem et Shin : « Mem est calme, Shin est agité, Aleph les régit agenouillé entre les deux. » (Sefer Yetsirah 6:1).

L’agitation du Shin correspond au dynamisme de l’inspir (l’air remonte du ventre vers la tête), le calme de Mem à l’expir (l’air descend de la tête vers le ventre) et l’équilibre du Aleph à la rétention ou la pause.

On accompagne la respiration de mouvements des mains afin de l’aider, ces gestes correspondent symboliquement aux trois lettres mères et aident à amplifier les effets du souffle.

Il y a donc trois gestes :

  • 1- le geste du Shin, ouvre l’aura afin de permettre aux forces de pénétrer
  • 2- celui d’Aleph fixe les forces et
  • 3- celui de Mem expulse et ferme l’aura de toute influence extérieure.

LE RYTHME

C’est Abraham Aboulafia qui fait allusion à un rythme de 18 respirations.

Il faut donc loger ces 18 respirations en une minute et donc opérer 9 inspirs et 9 expirs, une respiration correspond donc à 3,33 secondes.

LA RESPIRATION COMPLÈTE

Voici à présent un exercice qui peut se pratiquer de préférence le matin et le soir. A noter que l’on doit toujours inspirer par le nez et expirer par la bouche (ce qui est nécessaire pour les vocalisations).

  • 1- s’asseoir confortablement, le dos bien droit, face à l’est (de préférence)
  • 2- prendre conscience du souffle durant un instant
  • 3- vider complètement les poumons
  • 4- inspirer en abaissant le diaphragme et en gonflant à peine l’abdomen. Continuer en dilatant la partie moyenne du thorax, puis écarter les côtés sans forcer. Ouvrir les épaules pour remplir le haut des poumons. Compter mentalement 4 temps durant le processus
  • 5- pendant l’inspiration faire le geste de Shin
  • 6- garder l’abdomen et les poumons ouverts et retenir l’air durant 16 temps
  • 7- faire simultanément le geste du Aleph
  • 8- expirer en abaissant légèrement les épaules, puis graduellement les cotes. Contracter les parois de l’abdomen et creuser très légèrement le ventre. L’expiration doit durer 8 temps, afin de chasser complètement l’air
  • 9- faire simultanément le geste de Mem
  • 10- après l’expiration, faire une petite rétention poumons vides, en ne comptant qu’un seul temps
  • 11- faire là aussi le geste du Aleph ; la rétention ne durant qu’un temps, le geste est rapide.

Cet exercice est à recommencer 5 fois.

NESHIMAH ET TSEROUF

(respiration = neshimah)

« Il devra prendre chacune des lettres séparément et la remodèlera selon les mouvements de sa respiration de façon à ne prendre, entre deux lettres, qu’une seule inspiration très longue, autant qu’il lui sera possible de la prolonger ; ensuite il se reposera le temps d’une respiration. Il devra ainsi procéder pour chaque lettre de manière à ce qu’il y ait deux temps de respiration pour chacune : l’une que l’on retient au moment de la récitation de la lettre vocalisée, et l’autre au moment du temps de pause entre chaque lettre » (Sefer Maftea’h haShemoth, cité par Moshé Idel)

Cette méthode permet de travailler sur les Noms Divins et leurs différentes vocalisations. L’exercice suivant est une vocalisation du Tétragramme dans la Sephirah H’essed, c’est-à-dire Iod He Vau He qui se prononce Yéhévéhé.

  • 1- s’asseoir confortablement, le dos et la tête bien droits, face à l’est
  • 2- prendre conscience du souffle durant un instant
  • 3- vider complètement les poumons
  • 4- inspirer complètement comme décrit ci-dessus
  • 5- pratiquer la rétention poumons pleins
  • 6- expirer complètement l’air par la bouche en prononçant YE
  • 7- faire une pause qui correspond à une rétention poumons vides
  • 8- inspirer complètement à nouveau
  • 9- rétention
  • 10 – expirer en prononçant HE
  • 11- inspiration
  • 12- rétention
  • 13- expirer en prononçant VE
  • 14- pause
  • 15- inspirer
  • 16- rétention
  • 17- expirer en prononçant HE
  • 18- pause

LE TSEROUF DES MOUVEMENTS DE LA TÊTE

À ce niveau de la pratique, selon Virya, il semble clair qu’Aboulafia a été influencé par des soufis car l’on retrouve ce genre de pratiques chez les maîtres soufis. Le mérite d’Aboulafia est de les avoir hébraïser.

  • 1- s’asseoir à l’est, le dos et la tête droits
  • 2- respirer calmement un instant en visualisant les deux lettres de la combinaison
  • 3- prendre conscience de la tête et du coeur, puis les unifier afin d’avoir le sentiment que, lorsque la tête bouge, le coeur se meut dans la même direction
  • 4- expirer pour vider les poumons
  • 5- inspirer complètement [nous ne donnons ici que la première combinaison de Aleph Yod]
  • 6- l’expiration va vocaliser O dans un premier temps. La tête parfaitement dans son axe, commencer à donner l’intention du Aleph sur les lèvres et dans le coeur. Puis, en expirant, vocaliser le Ho’lam en orientant doucement la tête vers le ciel. Il faut veiller à synchroniser le son, le mouvement et le souffle, de manière à ce que la tête se retrouve menton vers le haut à la fin de l’expiration.
  • 7- observer une pause la tête levée, les lèvres ouvertes avec la sensation qu’un souffle qui n’est plus de l’air continue à sortir. Il ne s’agit pas ici véritablement d’une rétention, car, si l’on en ressent le besoin, on peut rester dans cette position l’équivalent de trois respirations ; dans ce cas le souffle se fait libre et sans effort.
  • 8- fermer la bouche, avaler la salive et replacer la tête dans son axe en équilibre.
  • 9- inspirer
  • 10- vocaliser, en expirant, la deuxième partie de la combinaison YO de la même manière : lancer l’intention du Yod avec les lèvres et le coeur, prononcer le Ho’lam en orientant la tête vers le ciel.
  • 11- observer une pause
  • 12- avaler la salive et replacer la tête dans sa position de départ.

SOURCES :

  1. http://www.esoblogs.net/
  2. http://www.kabbale.eu

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