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Trump président : quel pouvoir réel détient encore un président des Etats-Unis?

L’homme le plus puissant du monde n’est plus ce qu’il était

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la place du président des Etats-Unis, tant dans sa fonction que dans son image, a évolué.

A l’aube d’un grand changement pour le pays, revenons sur cinquante ans de pouvoir de la fonction présidentielle américaine, qui est relativement en perdition.

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Interview de Alexandre Del Valle pour Atlantico

Atlantico : D’une manière générale, comment a évolué la fonction de président des Etats-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale? L’importance de la fonction, à la fois à l’échelle nationale et internationale, prévaut-elle toujours?

Alexandre Del Valle : A la création des Etats-Unis, ils étaient relativement effacés à l’échelle des affaires mondiales.

A partir de 1945 les Etats-Unis en tant que pays, plus que leur président, ont commencé à monter sur la chaîne diplomatique et médiatique mondiale à mesure qu’ils sont devenus les maîtres du monde succédant ainsi à l’empire britannique, mais ce n’est qu’après que les présidents américains ont fait preuve de leadership personnel.

Malgré tout, leur pouvoir est limité par le Congrès, la progression de l’importance du Président est concordante avec la place des médias dans la société et comme les Américains ont été les premiers à lancer les phénomènes médiatiques modernes, c’est donc dans ce pays que le Président a obtenu une image de leader.

A partir de Ronald Reagan nous pouvons constater une grande personnalisation du pouvoir présidentiel, c’est l’homme issu du cinéma qui avait vraiment une fibre populaire voire populiste, de plus il était considéré comme le vainqueur de la guerre froide, ce qui a contribué à l’hyper médiatisation de sa personnalité.

Si Bush père n’a pas eu cette image de Président médiatique, c’est en revanche le cas de Bush fils. Il a connu un leadership par la guerre extrêmement fort, entre temps Bill Clinton a été un Président très fort en communication, en élément de langage comme en utilisation des médias.

Obama marque une montée en puissance et un leadership présidentiel inégalé depuis Kennedy, Président très médiatique et qui a fait preuve d’un leadership personnel conséquent. Barack Obama a été, pour sa part, un président adulé, il était l’homme providentiel adoré du monde entier qui devait changer le visage des Etats-Unis pour finalement être la grande déception que nous connaissons tous aujourd’hui.

Sur le plan international, il a échoué dans son reset avec la Russie et le monde arabe et aujourd’hui nous payons les conséquences de cette idéalisation d’Obama surtout dans un temps où nous connaissons un discrédit général des hommes politiques.

La présidentielle américaine n’est pas synonyme d’un retour du charisme, les hommes politiques en ont beaucoup moins qu’avant. Il me semble que Barack Obama a été le dernier homme providentiel très charismatique. Aujourd’hui, nous avons une élection présidentielle entre deux candidats détestés dans les deux camps. Une grande partie des Américains et particulièrement les indécis sont déçus des deux candidats. Beaucoup d’Américains vont voter pour Trump comme pour Clinton par dépit et contre l’autre plus que par adhésion.

Il ne me semble pas que l’importance de la fonction, à la fois à l’échelle nationale et internationale, prévaut. Avec des Présidents comme Bush père, Bush fils et Bill Clinton il y avait une réelle concordance entre l’autorité présidentielle et les intérêts de l’Etat. Ce pouvoir venait du Président même s’il découlait de plusieurs sources.

Aujourd’hui il y a un vrai décalage entre Obama, son charisme, son leadership et le pouvoir des lobbies militaro-industriels. Il y a par ailleurs des réelles difficultés entre le pouvoir présidentiel, l’assemblée et le sénat. Le Président a beaucoup de pouvoir lorsqu’il bénéficie d’une convergence de vue avec d’autres sources de pouvoir.

S’il n’y a pas cette convergence de vue le Président américain est relativement démuni contrairement à un Président français par exemple.

Etant donné que le prochain président aura beaucoup moins de charisme et d’unanimité que ses prédécesseurs les contres pouvoirs vont être particulièrement fort. Trump aura tout l’establishment contre lui, le nouveau Président verra donc son pouvoir diminué.

A l’échelle internationale les Etats-Unis ont beaucoup moins de pouvoir qu’auparavant notamment au Moyen-Orient, ce qui a laissé une place de choix à la Russie. C’est un échec du pays et donc une perte de pouvoir pour la fonction présidentielle. Que ce soit en Asie avec la Chine ou même des anciens alliés comme les Philippines qui se retournent contre les Etats-Unis ou au Moyen-Orient nous pouvons remarquer la fragilisation de l’hyper-puissance américaine. Alors que l’armée et la technologie américaines sont inégalées, le leadership et la domination planétaire du pays se réduit.

Tout cela est logique lorsque nous voyons l’apparition d’un monde multipolaire.

Atlantico : Dans quelle mesure l’émergence de nouveaux acteurs de la scène internationale (les multinationales notamment), mais également de nouvelles puissances, a-t-elle contribué à la dilution du pouvoir du président américain? Quelles sont les conséquences aujourd’hui observables de cette dilution?

Les multinationales américaines contribuent à réduire le pouvoir du Président américain, elles sont un allié dont le Président ne peut pas se passer.

Il me semble que ce qui réduit le plus le pouvoir de la présidence ce sont les contre-pouvoirs inscrits dans la constitution. C’est pour cela qu’un Président pour avoir une autorité importante est obligé de faire preuve de séduction auprès de ces contre-pouvoirs. Le pouvoir américain est par la constitution plus parlementaire que présidentiel.

Malgré tout la plupart du temps, les multinationales travaillent avec leur pays plus que pour ou contre un président.

Les Etats-Unis ont comme particularité que leur diplomatie étrangère est réellement au service de l’économie.

Il y a une très grande convergence entre le monde de la recherche, le monde de la diplomatie, l’armée, le monde politique et le monde économique.

Et c’est pour cette raison que les Etats-Unis peuvent se ressaisir et rester numéro un, peu importe le Président.

Encore une fois ce n’est pas la nouvelle configuration du monde multipolaire qui va changer la place de la fonction présidentielle, par contre celle-ci peut influer sur la place et le pouvoir des Etats-Unis en général. Cela va changer la capacité d’action du pays en tant qu’état mais la présidence américaine est plus liée aux contraintes nationales qu’internationales.

Ce qui est certain c’est qu’actuellement la fonction présidentielle américaine apparaît très affaiblie par la vulgarité et la bassesse du débat de la primaire, mais aussi par la relative incapacité de Barack Obama d’accomplir son programme tant au niveau international qu’économique. C’est sa faiblesse qui a créé un vide qui a contribué à l’absence des Etats-Unis notamment en Syrie.

Si Trump applique son programme notamment le reset avec la Russie il y aurait une influence très concrète de ses choix personnels sur l’ordre mondial.

Les faiblesses d’Obama ont créé une fronde des diplomates qui ont voulu déléguer une partie de leur pouvoir à la Russie. La personnalité d’Obama a déclenché des problèmes internes qui ont fini par nuire au pouvoir international du pays.

Atlantico : Que conviendrait-il de faire pour que le futur président des Etats-Unis retrouve sa stature et sa puissance d’avant?

Ce qui est à mon sens fondamental pour une nation qui brigue la première place mondiale et surtout un pays comme les Etats-Unis, qui pendant longtemps incarnait cette notion fondamentale de liberté, est la défense des peuples.

Lorsque la vieille Europe était coloniale, l’Amérique donnait un message de libération des peuples.

Nous en sommes aujourd’hui bien loin, les Etats-Unis semblent plus impérialiste que l’Europe pourtant berceau colonialiste.

Les Etats-Unis ne peuvent pas être numéro un en employant uniquement la force, il faut regagner un attrait et une certaine séduction surtout s’ils veulent vaincre leurs ennemis de manière efficace.

Les Américains ont beaucoup de défaites à leur crédit, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie et l’Irak sont loin d’êtres des problèmes réglés. Il faudrait que le prochain président renonce à des expéditions guerrières le plus possible et n’utilise la guerre que comme moyen de défense pure.

Il faut par ailleurs changer l’image des Etats-Unis d’un pays impérialiste à une nation libératrice.

Le pays doit renouer avec sa tradition Wilsonienne non pas d’une nation isolationniste mais d’un pays qui affranchit les autres, comme phare de la liberté.

Depuis les guerres de Yougoslavie et d’Irak, les États-Unis apparaissent comme l’inverse de ce qu’elles étaient au moment de la Seconde guerre mondiale.

Par ailleurs, depuis que la Russie s’est montrée comme un meilleur défenseur des chrétiens d’Orient ou de l’Occident contre l’islamisme, elle a beaucoup gagné en capacité de séduction.

La capacité de séduction d’une nation passe aussi par son Président. Poutine est apparu comme un vrai leader dans un temps de crise. Et au contraire les Etats-Unis paraissent comme être en porte à faux avec les valeurs qu’elles défendaient.

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l’islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Propos recueillis par Chloé Chouraqui

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