Autres Mondes The Coming Race - la race qui nous supplantera

The « Coming Race », la race qui nous supplantera – Partie 5

The Coming Race (La Race qui nous supplantera) par Edward Bulwer-Lytton

Bulwer Lytton (connu dans le monde entier par son fameux roman : Les Derniers Jours de Pompéi) a écrit aussi des oeuvres ésotériques. En particulier cet ouvrage intitulé : The Coming Race, dans lequel il décrit une civilisation très en avance sur la nôtre qui se cache dans des cavernes au centre de la Terre. Ces cavernes sont éclairées par une lumière très forte qui semble provenir de l’électrification de l’atmosphère. Les habitants sont végétariens. Ils ne se déplacent pas en marchant, mais en volant à l’aide d’engins dont le fonctionnement nous serait incompréhensible. Ils ne connaissent pas la maladie, vivent longtemps, peut-être des siècles. Leur organisation sociale est parfaite. Il n’y a pas d’exploitation. Chacun reçoit ce dont il a besoin.

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Chapitre 11

Quand je cherchais à revenir de la surprise que me causait l’existence de régions souterraines habitées par une race à la fois différente et distincte de la nôtre, rien ne m’embarrassait plus que le démenti infligé par ce fait à la plupart des géologues et des physiciens. Ceux-ci affirment généralement que, bien que le soleil soit pour nous la principale source de chaleur, cependant plus on pénètre sous la surface de la terre, plus la chaleur augmente ; le taux de cette progression étant fixé, je crois, à un degré de plus par pied, en commençant à cinquante pieds de profondeur.

Bien que les domaines de la tribu dont je parle fussent situés à des hauteurs assez rapprochées de la surface de la terre pour jouir d’une température convenable à la vie organique, cependant les ravins et les vallées de cet empire étaient beaucoup moins chauds que les savants ne le supposeraient, eu égard à leur profondeur ; ils n’étaient certainement pas d’une température plus élevée que le midi de la France ou que l’Italie. Et suivant tous les renseignements que je pus recueillir, de vastes districts, s’enfonçant à des profondeurs où j’aurais cru que les salamandres seules pouvaient vivre, étaient habités par des races innombrables organisées comme nous le sommes.

Je ne puis prétendre à donner la raison d’un fait si en contradiction avec les lois reconnues de la science et Zee ne pouvait m’aider beaucoup à trouver la solution de cette difficulté. Elle supposait seulement que nos savants n’avaient pas assez tenu compte de l’extrême porosité de l’intérieur de la terre, de l’immensité des cavités qu’elle renferme et qui créent des courants d’air et des vents fréquents, des différentes façons dont la chaleur s’évapore, ou est rejetée à l’extérieur. Elle convenait cependant qu’il existait des profondeurs où la chaleur était regardée comme intolérable pour les êtres organisés comme ceux que connaissaient les Vrilya ; mais leurs savants croyaient que, même là, la vie existait sous une forme quelconque ; que si l’on y pouvait pénétrer, on y trouverait des êtres doués de sensibilité et d’intelligence.

– Là où le Tout-Puissant bâtit, disait-elle, soyez sûr qu’il place des habitants. Il n’aime pas les maisons vides.

Elle ajoutait cependant que beaucoup de changements dans la température et le climat avaient été produits par la science des Vril-ya, et que les forces du vril avaient été employées avec succès dans ce sens. Elle me décrivit un milieu subtil et vital qu’elle appelait Lai, que je soupçonne devoir être identique avec l’oxygène éthéré du docteur Lewins, et dans lequel agissent les forces réunies sous le nom de vril ; elle affirmait que, partout où ce milieu pouvait s’étendre de façon à donner aux différentes propriétés du vril toute leur énergie, on pourrait s’assurer d’une température favorable aux formes les plus élevées de la vie. Zee me dit aussi que, d’après les naturalistes de son pays, les fleurs et les végétaux, produits par les semences que la terre avait jetées à cette profondeur dans les premières convulsions de la nature, ou importés par les premiers hommes qui avaient cherché un refuge dans les cavernes, devaient leur existence à la lumière qui les éclairait constamment et aux progrès de la culture. Elle me dit encore que depuis que la lumière du vril avait remplacé tous les autres modes d’éclairage, le coloris des fleurs et du feuillage était devenu plus brillant, et que la végétation avait pris plus de vigueur.

Mais je laisse ce sujet aux réflexions des gens compétents et je vais consacrer quelques pages à l’intéressante question de la langue des Vril-ya.

Chapitre 12

La langue des Vril-ya est particulièrement intéressante, parce qu’elle me paraît montrer avec une grande clarté les traces des trois transitions principales par lesquelles passe une langue avant d’arriver à sa perfection.

Un des plus illustres philologues modernes, Max Müller, cherchant à établir une analogie entre les couches du langage et les stratifications géologiques, énonce ce principe absolu : « Aucun langage ne peut, dans aucun cas, être inflexionnel sans avoir passé par le stratum agglutinatif et le stratum isolant. Aucune langue ne peut être agglutinative sans être attachée par ses racines au stratum inférieur d’isolement (1). »

1 Max Müller, Stratification des langues, p. 20

Prenant la langue chinoise comme le meilleur type existant du stratum isolant originel, « comme la photographie fidèle de l’homme à la lisière essayant les muscles de son esprit, cherchant sa route à tâtons, et si ravi de son premier succès qu’il le répète sans cesse (1) », nous trouvons dans la langue des Vril-ya, « encore attachée par ses racines au stratum inférieur d’isolement », la preuve de l’isolement originel.

1 Max Müller, Stratification des langues, p. 13

Elle abonde en monosyllabes, car les monosyllabes sont le fond des langues. La transition à la forme agglutinative marque une période qui a dû s’étendre graduellement à travers les siècles, et dont la littérature écrite a survécu seulement dans quelques fragments de mythologie symbolique et dans certaines phrases énergiques qui sont devenues des dictons populaires.

Avec la littérature des Vril-ya commence le stratum inflexionnel. Sans doute, à cette époque, différentes causes doivent avoir concouru à ce résultat, comme la fusion des races par la domination d’un peuple et l’apparition de quelques grands génies littéraires qui ont arrêté et fixé la forme du langage. À mesure que l’âge inflexionnel prévaut sur l’âge agglutinatif, il est surprenant de voir avec quelle hardiesse croissante les racines originelles de la langue sortent de la surface qui les cache.

Dans les fragments et les proverbes de l’âge précédent les monosyllabes qui forment ces racines disparaissent dans des mots d’une longueur énorme, comprenant des phrases entières dont aucune portion ne peut être séparée du reste pour être employée séparément. Mais quand la forme inflexionnelle de la langue prit assez le dessus pour être étudiée et avoir une grammaire, les savants et les grammairiens semblent s’être unis pour extirper tous les monstres polysynthétiques ou polysyllabiques, comme des envahisseurs qui dévoraient les formes aborigènes.

Les mots de plus de trois syllabes furent proscrits comme barbares, et, à mesure que la langue se simplifiait ainsi, elle acquérait plus de force, de dignité et de douceur. Quoiqu’elle soit très concise, cette concision même lui donne plus de clarté. Une seule lettre, suivant sa position, exprimait ce que nous autres, dans notre monde supérieur, nous exprimons quelquefois par des syllabes, d’autres fois par des phrases entières.

En voici un ou deux exemples : An (que je traduirai homme), Ana (les hommes) ; la lettre S signifie chez eux multitude, suivant l’endroit où elle est placée ; Sana signifie l’humanité ; Ansa, une multitude d’hommes.

Certaines lettres de leur alphabet placées devant les mots dénotent une signification composée. Par exemple, Gl (qui pour eux n’est qu’une seule lettre, comme le th des Grecs, placée au commencement d’un mot, marque un assemblage ou une union de choses, soit semblables, soit différentes, comme Oon, une maison ; Gloon, une ville (c’est-à-dire un assemblage de maisons).

Ata, douleur ; Glata, calamité publique. Aur-an, la santé ou le bien-être d’un homme ; Glaur-an, le bien de l’État, la prospérité de la communauté ; un mot qu’ils ont sans cesse à la bouche est Aglauran, qui indique le principe de leur politique, c’est-à-dire que le bien-être de chacun est le premier principe d’une communauté.

Aub, invention ; Sila, un ton en musique. Glaubsila, réunissant l’idée de l’invention et des intonations musicales, est le mot classique pour poésie ; on l’abrège ordinairement, dans la conversation, en Glaubs.

Na, qui, pour eux, n’est, comme Gl, qu’une lettre simple, quand il est placé au commencement d’un mot, signifie quelque chose de contraire à la vie, à la joie, ou au bien-être, ressemblant en cela à la racine aryenne Nak, qui exprime la mort ou la destruction. Nax, obscurité ; Narl, la mort ; Naria, le péché ou le mal. Nas, le comble du péché et de la mort, la corruption.

Quand ils écrivent, ils regardent comme irrespectueux de désigner l’Être Suprême par un nom spécial. Il est représenté par un symbole hiéroglyphique qui a la forme d’une pyramide : Λ.

Dans la prière, ils s’adressent à Lui sous un nom qu’ils regardent comme trop sacré pour le confier à un étranger et que je ne connais pas. Dans la conversation, ils se servent généralement d’une périphrase, telle que la Bonté-Suprême.

La lettre V, symbole de la pyramide renversée, au commencement d’un mot, signifie presque toujours l’excellence ou la puissance ; comme Vril, dont j’ai déjà tant parlé ; Veed, un esprit immortel ; Veed-ya, l’immortalité ; Koom, prononcé comme le Cwm des Gallois, signifie quelque chose de creux, de vide. Le mot Koom lui-même signifie un trou profond, une caverne. Koom-in, un trou ; Zi koom une vallée ; Koom-zi, le vide, le néant ; Bodh-koom, l’ignorance (littéralement, vide des connaissances). Koom-Posh est le nom qu’ils donnent au gouvernement de tous, ou à la domination des plus ignorants, des plus vides.

Posh est un mot presque intraduisible, signifiant, comme le lecteur le verra plus tard, le mépris. La traduction la plus rapprochée que j’en puisse donner est le mot vulgaire : gâchis ; on peut donc traduire librement Koom-Posh par atroce gâchis. Mais quand la Démocratie ou Koom-Posh dégénère et qu’à l’ignorance succèdent les passions et les fureurs populaires qui précèdent la fin de la démocratie, comme (pour prendre des exemples dans le monde supérieur) pendant le règne de la Terreur en France, ou pendant les cinquante années de République Romaine qui précédèrent l’avènement d’Auguste, ils ont un autre mot pour désigner cet état de choses : ce mot est Glek-Nas. Ek veut dire discorde ; Glek, discorde universelle. Nas, comme je l’ai déjà dit, signifie corruption, pourriture ; ainsi Glek-Nas peut être traduit : la discorde universelle dans la corruption.

Leurs termes composés sont très expressifs ; ainsi Bodh, signifiant connaissances, et Too étant un participe qui implique l’idée d’approcher avec prudence, Too-bodh est le mot qu’ils emploient pour Philosophie ; Pah est une exclamation de mépris analogue à notre expression : Absurde ! ou quelle bêtise ! Pahbodh (littéralement, connaissance absurde) s’emploie pour désigner une philosophie fausse ou futile et s’applique à une espèce de raisonnement métaphysique ou spéculatif autrefois en vogue, qui consistait à faire des questions auxquelles on ne pouvait pas répondre et qui, du reste, étaient oiseuses, ne valaient pas la peine d’être faites ; telles que, par exemple :

  • Pourquoi un An a-t-il cinq orteils au lieu de quatre ou de six ?
  • Le premier An créé par la Bonté Suprême avait-il le même nombre d’orteils que ses descendants ?
  • Dans la forme sous laquelle un An pourra être reconnu de ses amis dans l’autre monde conservera-t-il des orteils, et s’il en est ainsi seront-ils matériels ou immatériels ?

Je choisis ces exemples de Pahbodh non par ironie ou par plaisanterie, mais parce que les questions que je cite ont fourni le sujet d’une controverse aux derniers amateurs de cette « science »… il y a quatre mille ans.

On m’apprit que, dans la déclinaison des noms, il y avait autrefois huit cas (un de plus que dans la grammaire sanscrite) ; mais l’effet du temps a réduit ces cas et a multiplié, à la place des terminaisons différentes, les prépositions explicatives. Dans la grammaire soumise à mes études, il y avait pour les noms quatre cas, trois marqués par leur terminaison et le quatrième par un préfixe.

Dans la première période de la littérature inflexionnelle, le duel existait : mais on a depuis longtemps abandonné cette forme. Le génitif est aussi hors d’usage ; le datif prend sa place : ils disent la Maison à un Homme, au lieu de la Maison d’un Homme.

Quand ils se servent du génitif (il est quelquefois usité en poésie), la terminaison est la même que celle du nominatif ; il en est de même de l’ablatif ; la préposition qui le désigne peut être un préfixe ou un affixe au goût de chacun ; le choix est déterminé par l’euphonie. On remarquera que le préfixe Hil désigne le vocatif. On s’en sert toujours en s’adressant à quelqu’un, excepté dans les relations domestiques les plus intimes ; l’omettre serait regardé comme une grossièreté ; de même que, dans notre vieille langue, il eût été peu respectueux de dire Roi, au lieu de ô Roi.

Bref, comme ils n’ont aucun titre d’honneur, la forme du vocatif en tient lieu et se donne impartialement à tout le monde. Le préfixe Hil entre dans la composition des mots qui impliquent l’éloignement, comme Hil-ya, voyager.

Dans la conjugaison de leurs verbes, sujet trop long pour que je m’y étende ici, le verbe auxiliaire Ya, aller, qui joue un rôle si considérable dans le Sanscrit, est employé d’une façon analogue, comme si c’était un radical emprunté à une langue dont fussent descendues à la fois la langue sanscrite et celle des Vril-ya.

D’autres auxiliaires, ayant des significations opposées, l’accompagnent et partagent son utilité, par exemple : Zi, s’arrêter ou se reposer.

Ainsi Ya entre dans les temps futurs, et Zi dans les prétérits de tous les verbes qui demandent des auxiliaires. Yam, je vais ; Yiam, je puis aller ; Yani-ya, j’irai (littéralement, je vais aller) ; Zampoo-yan, je suis allé (littéralement, je me repose d’être allé). Ya, comme terminaison, implique, par analogie, la progression, le mouvement, la floraison. Zi, comme terminaison, dénote la fixité, quelquefois en bonne part, d’autres fois en mauvaise part, suivant le mot auquel il est accouplé. Iva-zi, bonté éternelle ; Nan-zi, malheur éternel. Poo (de) entre comme préfixe dans les mots qui dénotent la répugnance ou le nom des choses que nous devons craindre.

Poo-pra, dégoût ; Poo-naria, mensonge, la plus vile espèce de mal. J’ai déjà confessé que Poosh ou Posh était intraduisible littéralement. C’est l’expression d’un mépris joint à une certaine dose de pitié. Ce radical semble avoir pris son origine dans l’analogie qui existe entre l’effort labial et le sentiment qu’il exprime, Poo étant un son dans lequel la respiration est poussée au dehors avec une certaine violence.

D’un autre côté, Z, placé en initiale, est chez les Ana, un son aspiré ; ainsi Zu, prononcé Zoo (pour eux c’est une seule lettre), est le préfixe ordinaire des mots qui signifient quelque chose qui attire, qui plaît, qui touche le cœur, comme Zummer, amoureux ; Zutze, l’amour ; Zuzulia, délices. Ce son adouci du Z semble approprié à la tendresse. C’est ainsi que, dans notre langue, les mères disent à leurs babies, en dépit de la grammaire, « mon céri » ; et j’ai entendu un savant professeur de Boston appeler sa femme (il n’était marié que depuis un mois) « mon cer amour ».

Je ne puis quitter ce sujet, cependant, sans faire observer par quels légers changements dans les dialectes adoptés par les différentes tribus la signification originelle et la beauté des sons peuvent disparaître.

Zee me dit avec une grande indignation que Zūmmer (amoureux) qui, de la façon dont elle le prononçait, semblait sortir lentement des profondeurs de son cœur, était, dans quelques districts peu éloignés des Vril-ya, vicié par une prononciation moitié nasale, moitié sifflante, et tout à fait désagréable, qui en faisait Sūbber. Je pensai en moi-même qu’il ne manquait que d’y introduire une n devant l’u pour en faire un mot anglais désignant la dernière des qualités qu’une Gy amoureuse peut désirer de rencontrer dans son Zummer (1).

1 Du verbe To snub, brusquer, gourmander, réprimander

Je me bornerai maintenant à mentionner une particularité de cette langue qui donne de la force et de la brièveté à ses expressions.

La lettre A est pour eux, comme pour nous, la première lettre de l’alphabet, et ils s’en servent souvent comme d’un mot destiné à marquer une idée complexe de souveraineté, de puissance, de principe dirigeant. Par exemple : Iva, signifie bonté ; Diva, la bonté et le bonheur réunis ; ADiva, c’est la vérité absolue et infaillible.

J’ai déjà fait remarquer la valeur de l’A dans Aglauran, de même dans Vril (aux vertus duquel ils attribuent leur degré actuel de civilisation) ; Avril, signifie, comme je l’ai déjà dit, la civilisation même.

Les philologues ont pu voir par les exemples ci-dessus combien le langage Vril-ya se rapproche du langage Aryen ou Indo-Germanique ; mais comme toutes les langues, il contient des mots et des formes empruntés à des sources toutes différentes. Le titre même de Tur, qu’ils donnent à leur magistrat suprême, indique un larcin fait à une langue sœur du Turanien. Ils disent eux-mêmes que c’est un nom étranger emprunté à un titre que leurs annales historiques disent avoir appartenu au chef d’une nation avec laquelle les ancêtres des Vril-ya étaient, à une période très éloignée, en commerce d’amitié, mais qu’elle était depuis longtemps éteinte ; ils ajoutent que, lorsque, après la découverte du vril, ils remanièrent leurs institutions politiques, ils adoptèrent exprès un titre appartenant à une race éteinte et à une langue morte, et le donnèrent à leur premier magistrat, afin d’éviter de donner à cet office un nom qui leur fût déjà familier.

Si Dieu me prête vie, je pourrai peut-être réunir sous une forme systématique les connaissances que j’ai acquises sur cette langue pendant mon séjour chez les Vril-ya. Mais ce que j’en ai dit suffira peut-être pour démontrer aux étudiants philologues qu’une langue qui, en conservant tant de racines de sa forme originaire, s’est déchargée des grossières surcharges de la période synthétique plus ancienne mais transitoire, et qui est arrivée à réunir ainsi tant de simplicité et de force dans sa forme inflexionnelle, doit être l’œuvre graduelle de siècles innombrables et de plusieurs révolutions intellectuelles ; qu’elle contient la preuve d’une fusion entre des races de même origine et qu’elle
n’a pu parvenir au degré de perfection, dont j’ai donné quelques exemples, qu’après avoir été cultivée sans relâche par un peuple profondément réfléchi.

J’aurai plus tard l’occasion de montrer que, néanmoins, la littérature qui appartient à cette langue est une littérature morte, et que l’état actuel de félicité sociale auquel sont parvenus les Ana interdit toute culture progressive de la littérature, surtout dans les deux branches principales : la fiction et l’histoire.

Chapitre 13

Ce peuple a une religion et, quoi qu’on puisse dire contre lui, il présente du moins ces deux particularités étranges : les individus croient tout ce qu’ils font profession de croire et ils pratiquent tous les préceptes de leur croyance. Ils s’unissent dans l’adoration d’un Créateur divin, soutien de l’univers. Ils croient qu’une des propriétés du tout-puissant vril est de transmettre à la source de la vie et de l’intelligence toutes les pensées qu’une créature humaine peut concevoir ; et quoiqu’ils ne prétendent pas que l’idée de Dieu est innée, cependant ils disent que l’An (l’homme) est la seule créature, autant que leurs observations sur la nature leur permettent d’en juger, à qui ait été donnée la faculté de concevoir cette idée, avec toutes les pensées qui en découlent. Ils affirment que cette faculté est un privilège qui n’a pu être donné en vain et que, par conséquent, la prière et la reconnaissance sont acceptées par le Créateur et nécessaires au complet développement de la créature humaine. Ils offrent leurs prières en public et en particulier.

N’étant pas considéré comme appartenant à leur race, je ne fus pas admis dans le temple où l’on célèbre le culte en public ; mais on m’a dit que les offices étaient très courts et sans aucune pompe ni cérémonie. C’est une doctrine admise par les Vril-ya que la dévotion profonde ou l’abstraction complète du monde actuel n’est pas un état où l’esprit humain se puisse maintenir longtemps, surtout en public, et que toute tentative faite dans ce but conduit au fanatisme ou à l’hypocrisie. Ils ne prient dans leur intérieur que seuls ou avec leurs enfants.

Ils disent que dans les temps anciens il y avait un grand nombre de livres consacrés à des spéculations sur la nature de la Divinité et sur les croyances et le culte qu’on supposait lui être les plus agréables. Mais il se trouva que ces spéculations conduisaient à des discussions si chaudes et si violentes que non seulement elles troublaient la paix de la communauté et divisaient les familles les plus unies, mais encore que, dans le cours de la discussion sur les attributs de la Divinité, on en venait à discuter l’existence même de la Divinité ; ou, ce qui était encore pire, on lui attribuait les passions et les infirmités des humains qui se livraient à ces disputes.

– Car, disait mon hôte, puisqu’un être fini comme l’An ne peut en aucune façon définir l’Infini, quand il essaie de se faire une idée de la Divinité, il réduit la Divinité à n’être qu’un An comme lui.

Aussi, dans ces derniers siècles, les spéculations théologiques, sans être interdites, avaient été si peu encouragées qu’elles étaient tombées dans l’oubli.

Les Vril-ya s’accordent à croire à une existence future, plus heureuse et plus parfaite que la vie présente. S’ils ont des notions très vagues sur la doctrine des récompenses et des punitions, c’est peut-être parce qu’ils n’ont parmi eux aucun système de punitions, ni de récompenses ; car ils n’ont pas de crimes à punir, et leur moralité est si égale qu’il n’y a pas un An qui soit regardé en somme comme plus vertueux qu’un autre. Si l’un excelle dans une vertu, l’autre arrivera à la perfection d’une autre vertu ; si l’un a ses faiblesses ou ses défauts dominants, son voisin a aussi les siens. Bref, dans leur vie si extraordinaire, il y a si peu de tentations qu’ils sont bons, selon l’idée qu’ils se font de la bonté, uniquement parce qu’ils vivent.

Ils ont quelques notions confuses sur la perpétuité de la vie, une fois accordée, même dans le monde végétal, comme le lecteur pourra en juger dans le chapitre suivant

Chapitre 14

Les Vril-ya, comme je l’ai déjà dit, évitent toute discussion sur la nature de l’Être Suprême ; cependant ils paraissent se réunir dans une croyance par laquelle ils pensent résoudre ce grand problème de l’existence du mal, qui a tant troublé la philosophie du monde supérieur. Ils disent que lorsqu’Il a donné la vie, avec le sentiment de cette vie, si faible qu’il soit, comme dans la plante, la vie n’est jamais détruite ; elle passe à une forme nouvelle et meilleure, non pas sur cette planète (ils s’écartent en cela de la méthode vulgaire de la métempsycose), et que l’être vivant garde le sentiment de son identité, de sorte qu’il lie sa vie passée à sa vie future et qu’il a conscience de ses progrès dans l’échelle du bonheur. Car ils disent que, sans cette supposition, ils ne peuvent, suivant les lumières de la raison qui leur ont été accordées, découvrir la parfaite justice qui doit être une des qualités principales de la Sagesse et de la Bonté Suprêmes.

L’injustice, disent-ils, ne peut venir que de trois causes : le manque d’intelligence pour discerner ce qui est juste, le manque de bonté pour le désirer, le manque de puissance pour l’accomplir ; et que chacun de ces défauts est incompatible avec la Sagesse, la Bonté et la Toute-Puissance Suprêmes. Mais, même pendant cette vie, la sagesse, la bonté et la puissance de l’Être Suprême étant suffisamment apparentes pour nous forcer à les reconnaître, la justice, résultant nécessairement de ces trois attributs, demande d’une façon absolue une autre vie, non seulement pour l’homme, mais pour tous les êtres vivants d’un ordre inférieur.

Même dans le monde végétal et animal, nous voyons certains individus devenir, par suite de circonstances tout à fait indépendantes d’eux-mêmes, extrêmement malheureux par rapport à leurs voisins, puisqu’ils n’existent que pour être la proie les uns des autres ; des plantes même sont sujettes à la maladie et périssent d’une façon prématurée, tandis que les plantes qui se trouvent à côté se réjouissent de leur vitalité et passent toute leur existence à l’abri de toute douleur.

Selon les Vrilya, on attribue à tort nos propres faiblesses à l’Être Suprême, quand on prétend qu’il agit par des lois générales, donnant ainsi aux causes secondaires assez de puissance pour tenir en échec la bonté essentielle de la Cause Première ; et c’est concevoir la Bonté Suprême d’une façon plus basse et plus ignorante encore, que d’écarter avec dédain toute considération de justice à l’égard des myriades de formes en qui le Tout-Puissant a infusé la vie, pour dire que la justice est due seulement à l’An.

Il n’y a ni grand ni petit aux yeux du divin Créateur. Mais si l’on reconnaît qu’aucun être, si humble qu’il soit, qui a conscience de sa vie et de sa souffrance, ne peut périr à travers la suite des siècles ; que toutes les souffrances d’ici-bas, même si elles durent du moment de la naissance à celui du passage à un meilleur monde, durent moins, comparées à l’éternité, que le cri du nouveau-né comparé à la vie de l’homme ; si l’on admet que l’être vivant garde à l’époque de sa transmigration le sentiment de son identité, sans lequel il n’aurait pas connaissance de sa vie nouvelle, et bien que les voies de la justice divine soient au-dessus de la portée de notre intelligence, cependant nous avons le droit de croire qu’elles sont uniformes et universelles, et non pas variables et partiales, comme elles le seraient si elles n’agissaient que par les lois de la nature ; car cette justice est nécessairement parfaite, puisque la Suprême Sagesse doit la concevoir, la Suprême Bonté la vouloir, et la Suprême Puissance l’accomplir.

Quelque fantastique que puisse paraître cette croyance des Vril-ya, elle tend peut-être à fortifier le système politique qui, admettant divers degrés de richesse, établit cependant une parfaite égalité de rangs, une douceur extrême dans toutes les relations, et une grande tendresse
pour toutes les créatures que le bien de la communauté n’oblige pas à détruire. Cette idée d’une réparation due à un insecte torturé, à une fleur piquée par un ver, peut nous sembler une bizarrerie puérile, du moins elle ne peut faire aucun mal. Il est doux de penser que dans les profondeurs de la terre, que n’ont jamais éclairées un rayon de lumière de notre ciel matériel, a pénétré une conviction si lumineuse de l’ineffable bonté du Créateur, qu’on y croit si fermement que les lois générales par lesquelles Il agit ne peuvent admettre aucune injuste partialité, aucun mal, et ne peuvent être comprises que si l’on embrasse leur action dans l’infini de l’espace et du temps.

Et puisque, comme j’aurai occasion de le faire observer plus tard, le système politique et social de cette race souterraine réunit et réconcilie les grandes doctrines en apparence opposées, qui de temps en temps sur cette terre apparaissent, sont discutées, puis oubliées, et reparaissent encore parmi les philosophes ou les rêveurs, je puis me permettre de placer ici quelques lignes d’un savant terrestre. En regard de cette croyance des Vril-ya à la perpétuité de la vie et de la conscience chez les créatures inférieures aussi bien que chez l’homme, je veux mettre un passage éloquent de l’ouvrage d’un éminent zoologiste, Louis Agassiz. Je viens de le retrouver, bien des années après que j’avais confié au papier ces souvenirs de la vie des Vrilya, dans lesquels j’essaie aujourd’hui de mettre un peu d’ordre.

« Les relations de chaque individu animal avec son semblable sont telles qu’elles devraient depuis longtemps être regardées comme une preuve suffisante qu’aucun être organisé n’a pu être appelé à l’existence que par l’intervention directe d’une volonté réfléchie. C’est là unpuissant argument en faveur de l’existence, dans chaque animal, d’un principe immatériel semblable à celui qui, par son excellence et ses dons supérieurs, place l’homme à un rang si élevé au-dessus de l’animal ; cependant le principe existe certainement, et, qu’on l’appelle sens, raison, ou instinct, il présente dans toute la chaîne des êtres organisés une série de phénomènes étroitement enchaînés les uns aux autres. C’est de ce principe que dérivent, non seulement les manifestations les plus élevées de l’esprit, mais la permanence même des différences spécifiques qui caractérisent chaque organisme. La plupart des arguments en faveur de l’immortalité de l’homme s’appliquent également à la permanence de ce principe chez les autres êtres vivants. Ne puis-je pas ajouter que si, dans la vie future, l’homme était privé de cette grande source de jouissance et de progrès moral et intellectuel, qui consiste dans la contemplation des harmonies d’un monde organisé, ce serait là une perte immense ? Et ne pouvons-nous considérer le concert spirituel des mondes et de tous leurs habitants réunis en présence de leur Créateur comme la plus haute conception du Paradis ? » (Essai sur la Classification, Sect. XVII, p. 97- 99.)

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