Le Couple Cosmique Le DOUBLE Messianisme TORAH

MELKITSEDEQ : La Tradition Primordiale

Par Jean TOURNIAC

Le Zohar (sur Melkitsédeq)

Tome I (Zohar, I, 86 b, 87 a, 88 a), section Lekh-Lekha

Il est écrit : « Et Melchisedech, roi de Salem, offrit du pain et du vin ; car il était prêtre du Dieu très haut. »

Rabbi Siméon a ouvert une de ses conférences de la manière suivante :

L’Écriture dit : « Il a choisi la ville de Salem pour son lieu et Sion pour sa demeure. »

Remarquez que, lorsque le Saint, béni soit-il, a voulu créer le monde, il fit sortir une étincelle de la Lumière suprême; il fit souffler un vent d’un haut contre un vent d’en bas; et, du choc de ces deux vents, l’un contre l’autre, sortit une goutte qui montait des profondeurs de l’abîme ; cette goutte unit les deux vents l’un à l’autre ; et c’est l’union de ces deux vents qui donna naissance au monde. L’étincelle monta en haut et se plaça du côté gauche, et la goutte monta à son tour et se plaça du côté droit.

Mais elle changent de position ; tantôt c’est l’étincelle qui occupe le côté droit et la goutte le côté gauche ; et tantôt c’est inversement.

De ce changement continuel de position, il résulte un va-et-vient ; pendant que l’une descend du côté droit pour se rendre au côté gauche, l’autre quitte le côté gauche pour monter au côté droit. Au moment de leur rencontre, pendant que l’une descend et l’autre monte, elles produisent un frottement, et ce frottement produit un vent.

Ainsi le vent procède de toutes les deux et forme aussi l’union de toutes les deux. Et c’est lorsque l’étincelle est unie avec la goutte à l’aide du vent (rouah ) qui procède de toutes les deux que la paix est en haut et en bas. C’est alors que le Hé s’unit au Vav et le Vav au Hé ; c’est alors que le Hé monte et s’unit d’un lien parfait.

Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Et Melchisedech, le roi de Salem (schalem)… » Le mot schalem signifie « complet; l’Écriture ne veut donc pas dire le roi de Salem, mais le roi complet.

Quand le règne du roi est- il complet ? – Le jour du « Pardon » (Kippour), où tous les visages rayonnent de joie.

D’après une autre interprétation, le mot « Melchisedech » désigne le monde d’en-bas, et les mots « roi de Salem » désignent le monde d’en-haut. Dieu a mis en communication ces deux mondes, de manière qu’il n’y ait aucune séparation entre eux; le monde d’en-bas de même ne forme qu’un avec celui d’en- haut. L’Écriture ajoute : « …Offrit du pain et du vin » ; car ces deux espèces représentent le monde d’en- haut et celui d’en-bas.

L’Écriture ajoute :

« …Car il élève le monde d’en bas à la hauteur de celui d’en-haut. »

Le terme : « Il est prêtre…. » désigne le côté droit de l’essence divine ; et les paroles :

« ….Du Dieu très haut » désignent le monde suprême. Et c’est pour cette raison que le prêtre doit bénir le monde.

Remarquez que le monde d’en bas est comblé de bénédictions lorsqu’il s’attache au Grand Prêtre. C’est pourquoi, l’Écriture dit : « Et il le bénit ; et dit : Béni soit Abraham du Dieu très haut, qui a créé le ciel et la terre. »

De même, la mission du prêtre dans ce bas monde consiste à attacher ce monde à celui d’en haut par un lien indissoluble ; le prêtre doit également bénir le monde, afin que, grâce à cette bénédiction, ce bas monde arrive à l’union avec celui d’en haut.

Dans la bénédiction de Melchisedech, on trouve la formule établie pour les bénédictions liturgiques. Les mots : « Béni soit Abraham »correspondent à : « Sois béni », mots qui commencent toute bénédiction liturgique. Les mots : « …Du Dieu très haut » correspondent aux mo ts : « Seigneur, notre Dieu…. » Les mots : « ….Qui a créé le ciel et la terre » correspondent aux mots : « Roi du Monde ».

Ainsi, on retrouve dans ce verset le mystère des bénédictions liturgiques. Les mots : « …Et il le bénit » signifient qu’il bénit le monde d’en bas pour qu’il parvienne à s’unir avec celui d’en haut. Les mots : « Et que le Dieu très haut soit béni » signifient qu’il implora le monde d’en haut de s’attacher celui d’en bas.

L’Écriture ajoute : « …Et il lui donna la dîme de tout. » Ces paroles signifient qu’il a opéré le lien qui unit le monde d’en haut à celui d’en bas.

Que dit l’Écriture de l’époque d’Abraham ?

Elle dit : « Et Melchisedech le Roi complet (schalem)… », ce qui veut dire que le trône de Dieu était parfait en ce moment et qu’il ne présentait aucune brèche.

L’Écriture ajoute : « …Il fit sortir (hotzi ) du pain et du vin », ce qui veut dire qu’il obtint la nourriture pour ce monde. L’Écriture se sert du mot « il fit sortir »(hotzi ) pour nous indiquer qu’il fit sortir de l’échelle suprême la nourriture et les bénédictions pour tous les mondes ; car le mot hotzi signifie « produire », ainsi qu’il est écrit : « Que la terre produise (hotzi) « .

L’Écriture ajoute : « …Et il est prêtre du Dieu très haut », ce qui veut dire que tout l’ordre céleste se trouvait, à cette époque, tout à fait complet.

Ces paroles nous démontrent combien est grand le crime des coupables qui provoquent une brèche dans le monde céleste et empêchent les bénédictions de descendre.

Ces paroles nous prouvent également que c’est le mérite des justes que les bénédictions célestes se répandent dans le monde et que c’est par leur mérite que tous les habitants de ce monde sont bénis.

Il est écrit : « … Et il lui donna la dîme de tout. » Que signifient les mots : « …La dîme de tout » ?

L’Écriture veut dire : la dixième partie de cette région d’où émanent les bénédictions ; et cette région s’appelle « Tout ».

D’après une autre interprétation, les mots : « …Et il lui donna la dîme de tout » signifient que le Saint, béni soit- il, donna la dîme à Abraham ; Et en quoi consistait cette dîme ? Elle consistait dans le degré séphirothique sur lequel est basée toute la foi, et qui est la source de toutes les bénédictions.

Or, en accordant à Abraham la faculté d’atteindre cette séphira, il lui donna ainsi la dîme qui consiste dans le prélèvement d’un sur dix et de dix sur cent. C’est après avoir reçu cette dîme qu’Abraham a atteint le plus haut degré qu’il soit permis à un homme
d’atteindre ; Tome VI (Zohar III, 270 b – 271 b), section Eqeb. Raaïah Mehemnah – Pasteur fidèle

Si, après avoir entendu ces ordonnances, vous les gardez et les pratiquez, le Seigneur votre Dieu gardera aussi à votre égard l’alliance et la miséricorde, etc. « Et tu mangeras et tu te rassasieras, et tu béniras le Seigneur ton Dieu, etc. » C’est le commandement de bénir le Saint, béni soit- il, pour le manger, pour le boire et pour toute jouissance en ce monde ; si on ne le bénit pas, on vole le Saint, béni soit- il, ainsi qu’il est écrit : « Celui qui dérobe son père et sa mère… »

Les collègues l’ont déjà expliqué. Quiconque bénit le Saint, béni soit- il, attire en ce monde la vie de la « Source de vie ». Ces bénédictions s’étendent sur tous les degrés et remplissent tous les mondes à la fois. Aussi celui qui bénit le Seigneur doit- il avoir l’intention de bénir à la fois les parents et les enfants.

Celui qui bénit reçoit une part de ces bénédictions pour lui- même ainsi qu’il est écrit : « Partout où la mémoire de mon nom sera établie, je viendrai à toi et je te bénirai. »

Les bénédictions se répandent d’abord sur le « verger de pommiers sacrés » ; ensuite elles descendent dans les mondes inférieurs et crient: »C’est un don qu’un tel a envoyé au Saint, béni soit-il. »

Comme celui qui prononce les bénédictions, celui qui y répond « Amen » attire également pour lui-même une part de ces bénédictions. La formule de la bénédiction : « Sois béni, toi, Jéhovah notre Dieu » cache un mystère : « Sois béni » désigne la Source suprême qui éclaire toutes les « lampes » ; c’est une source dont les eaux ne cessent jamais de couler.

C’est à cette source que commence ce qu’on appelle « monde futur » et que l’Écriture désigne sous le nom d’ »une extrémité du ciel à l’autre extrémité du ciel » ; car la région mentionnée a aussi une extrémité, comme le monde d’ici-bas. Cette région est appelée « bénie », par rapport aux régions inférieures qui sont bénies par elle, puisqu’elle y fait parvenir les bénédictions de la Sagesse suprême par le moyen d’un sentier étroit. « Toi » (athâ) désigne la voie cachée de la source suprême.

« Athâ » est le prêtre de cette région, et c’est le mystère des paroles : « Tu es (athâ) le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisedech. »

Entre Ciel et Terre : la Paix de la Jérusalem indivisible, sanctuaire mekitsédéqien

Nous avons relevé le caractère duel du nom Yeroushalaïm,

Dualité dans l’Unité qui évoque le couple humain.

Ainsi, remarquait Mlle de Tryon-Montalembert, directrice du collège Beth-Rikvah Loubavitch et co rédactrice, avec le P. Kurt Hruby, d’un ouvrage sur la Kabbale :

Lorsque la relation entre l’homme et la femme est harmonieuse, la Shekhinah, ou Présence divine, repose sur eux, sinon c’est la haine qui brûle comme le feu. L’homme, c’est ish (aleph – iod – shin), et la femme tirée de lui isha (aleph – shin – hé) (Genèse, 2,23).

Chacun tire son principe d’une sephira divine, l’homme par le Iod et la femme par le Hé.

Il s’ensuit, pour Rabbi AKIBA, que la Shekhinah – la divine Présence- repose au sein du couple où se trouve inscrit l’essentiel de son Nom : les deux lettres radicales de ce mystérieux tétragramme, de cet imprononçable Nom révélé au Sinaï, dans la Gloire et
la Majesté de l’Éternel.

Mais, pour que demeure la Présence, l’harmonie doit être sans faille entre l’homme et la femme. Sinon, continue Rabbi Akiba, la discorde fait jaillir entre eux un feu, esh (alef-schin) qui s’embrase dès la disparition des deux lettres divines, le mot feu, esh (alef-schin) résultant de la suppression du yod de ish, l’homme et de celle du hé de isha (alef-schin-hé), la femme.

C’est pour cela que la Jérusalem, entendue comme support symbolique des mariages mystiques entre l’épouse (= la Shekhinah, la Kâlé, ou la Bat-Kol, fille de la Voix) et l’époux messianique, l’époux du Cantique des Cantiques, demeure une éternelle bénédiction, une bénédiction de Paix : « Shalom ba shem ha-Meshiah «

Cette bénédiction de Paix issue de Jérusalem… qui unit les distinctions d’homme et femme et qui transcende les distinctions confessionnelles de la postérité d’Abraham, n’est-ce pas la bénédiction du prêtre du Très-Haut, « roi de Justice et de Paix », Melkitsédeq ?

Poser la question, c’est y répondre, car il est, lui aussi, finalement, « entre ciel et terre », en ce « lieu sans où », ce situs spirituel qui seul convient à la création extratemporelle des sanctuaires et tabernacles sacrés.

Le situs symbolique de la Tradition ininterrompue depuis les origines de notre monde, la Tradition primordiale.

Melki-Tsédeq, prêtre de la religion primordiale (Melki-Tsédeq) connaît le vrai Dieu, non pas sous le nom de Yahvé qui sera révélé à Moïse, mais sous le nom de El, qui est celui du Dieu créateur connu à travers son action dans le monde. C’est là une nouvelle attestation de la connaissance de Dieu à travers le cosmos qui avait déjà été montrée par Hénoch, prophète de la religion cosmique.

Melki-Tsédeq est le prêtre de cette religion première de l’humanité qui embrasse tous les peuples car elle n’est pas limitée à .

En effet, il offre le sacrifice dans le monde entier, qui est le Temple, mais qui n’est pas celui spécifique d’Israël.

Il est intéressant de noter que ce sacrifice n’est pas celui du sang, d’un animal, il n’est pas expiatoire ; il est l’offrande de la pure oblation du pain et du vin, c’est donc un sacrifice d’action de grâces…..

Melki-Tsédeq, principe de l’initiation sacerdotale

Le vin est pris souvent comme représentation de vraie Tradition initiatique depuis le SOMA, breuvage de connaissance des Traditions orientales devint inconnu. C’est donc un breuvage substitué mais qui n’en garde pas moins son caractère initiatique. Chez les Hébreux le mots IAÏN (vin) et SOD (mystère) ont le même nombre (70) et se substituent l’un à l’autre.

Chez les soufis, le vin ne convient pas à tous les hommes, il est réservé à l’élite et il est le symbole de la connaissance ésotérique, c’est pourquoi tous les hommes ne peuvent boire impunément le vin.
(…)

Vu sous cet aspect le personnage central de Melki-Tsédeq est bien l’Envoyé du Principe, le témoin du Centre spirituel suprême, qui bénit Abraham et l’investit pour ainsi dire de la paternité des trois traditions monothéistes….

Extraits de « MELKITSEDEQ, la Tradition Primordiale » par Jean TOURNIAC
Bibliothèque de l’Hermétisme ALBIN MICHEL

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