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Malédiction des Noirs dans l’islam et esclavage

Les chrétiens n’étaient pas les premiers à présenter ce que nous appellerions aujourd’hui la version raciste de la malédiction de Cham.

Quatre auteurs musulmans ont abordé l’« affaire Cham et Noé » : Ibn Hisham (mort vers 830), Ibn Sa’d (mort vers 845), Ibn Qutayba (mort en 889) et Ya’qûbî (mort en 891).

Mais Thariq Thabari était une source d’inspiration ex-cathedra.

Il nous paraît intéressant de parler de cet intellectuel musulman afin de dégager la conception islamique de la malédiction, du thème de l’esclavage et définir les facteurs qui ont déterminé cette conception. Nous pourrons alors voir si ces sources contiennent ou non des éléments à charge.

Thariq Thabari (839-923), grand lettré musulman qui fait son apparition dans l’édition révisée du monumental Dictionnaire historique.

Quoique né dans le nord de l’Iran au moment où cette région était encore sous influence pré-islamique, Thabari pouvait se revendiquer d’une lignée arabe musulmane, du moins au regard du nom de ses ancêtres paternels. Il se garde néanmoins d’insister sur ses origines, si bien que la question n’est pas tranchée.

Savant à la vocation tôt affirmée, il gagna bientôt des foyers intellectuels plus actifs en Irak, Syrie et Egypte, avant de s’installer finalement à Bagdad, capitale du califat abbasside alors au faîte de sa puissance.

L’ampleur et la qualité de son oeuvre émerveillait jusqu’aux polymathes de son époque, qui avaient calculé qu’entre sa puberté et sa mort, il avait rédigé en moyenne quatorze folios par jour.

Thabari avait effectivement inclus les histoires de Cham et Noé dans les premières sections du al-ta’rikh al-Rusul w’al Mulûk, [L’Histoire des Prophètes et des Rois], qu’il termina vers 915. Thariq Thabari ecrit que Noé ayant donné sa malédiction à Cham et à Canaan, l’effet de cette malédiction fut que non seulement leur postérité fut asservie à ses frères, et née pour ainsi dire dans l’esclavage, mais aussi que tout à coup la couleur de leur chair devint noire ; car ils tiennent que tous les Noirs viennent de Cham et Canaan.

Non seulement il écrivit une histoire du monde (en plusieurs volumes) depuis sa création divine jusqu’au califat abbasside, mais il recueillit et passa au crible les traditions de l’islam et des religions antérieures dont la tradition juive pour construire un commentaire complet du Coran, destiné à faire autorité, que l’on appelle d’ordinaire le Tafsir, c’est-à-dire Le Commentaire.

Une seule des œuvres de Thabari évoque la négritude asservie des Chamites. Thabari introduit les fils de Noé assez tôt dans son Histoire. Il ne les mentionne d’abord que brièvement au sein des développements sur Noé et les événements de son temps, leur réservant un traitement plus détaillé dans une section à part.

C’est alors qu’il évoque les passagers embarqués sur l’arche que Thabari, citant des sources musulmanes, affirme : « Cham attaqua[sexuellement] sa femme dans l’arche, si bien que Noé pria pour que sa semence fût altérée, et ainsi il engendra les Noirs. La couleur noire est ensuite confirmée par d’autres sources musulmanes qui en font état.

L’ISLAM ET L’ESCLAVAGE | 2000 ANS D’HISTOIRE | FRANCE INTER

L’islam prend naissance dans un monde dont l’esclavage est une composante. Et bien que le Coran accorde aux esclaves un statut différent que celui qui leur était accordé avant lui chez les Grecs et les Romains, prévoyant une possibilité d’affranchissement systématique et progressif, il ne l’interdit pourtant pas formellement et en légalise dans les faits la pratique.

Ainsi, si l’asservissement des prisonniers de guerre n’est pas pratiqué par les premiers califes, Omar ibn al-Khattab (634-644) est d’ailleurs à l’origine d’une législation qui vise à interdire de mettre en servitude un musulman. Il y fait toutefois la distinction entre les « infidèles » et les croyants. Cette prescription, qui encourage les musulmans aura par la suite des répercussions dans le cadre des campagnes de razzias en Afrique noire et dans le Sud de l’Europe, où les habitants sont capturés puis livrés au trafic d’esclaves. Ainsi, Gao et surtout Tombouctou, villes à majorité musulmane, prospèrent aux XVe siècle et XVIe siècle grâce à la traite arabe transsaharienne.

La traite orientale a été la plus longue et la plus régulière des trois traites, ce qui explique qu’elle ait globalement été la plus importante en nombre d’individus asservis : 17 millions de noirs selon l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, du VIIe siècle à 1920.

(Vidéo en haut de l’article)

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