Evangile de Thomas Le Mystère JESUS

L’évangile de Thomas dévoilé – 3ème partie

par Pierre Mestdagh

51

on dit à lui ses disciples

quand viendra le jour du repos de ceux qui sont morts

et quel jour le monde nouveau viendra-t-il

il leur dit

ce que vous guettez cela est venu

mais cela vous ne le reconnaissez pas

52

on dit à lui ses disciples

vingt-quatre prophètes ont parlé en israël

et tous ont parlé par toi

il leur dit

de celui qui est vivant devant vous

vous vous êtes détournés

et vous avez parlé de ceux qui sont morts

Suite à une question et une vision de ses disciples, Jésus fait à chaque fois une même constatation désolante : à la lumière son témoignage ne se révèle que la nuit profonde de leur incompréhension… Une fois de plus se confirme la ténacité de leurs attaches à l’ancien et s’étale leur manque de maturité spirituelle. Ils n’ont toujours pas compris que la réalité, représentée par le royaume – le monde nouveau – est intérieure et donc spirituelle, et qu’elle ne correspond pas à l’attente suscitée par les écrits bibliques.

Pour nous également sa réponse est troublante… Il sied en effet de constater que notre prière : «que Votre (Ton) règne arrive …» n’est pas bien réaliste… Hormis le fait qu’un progrès douteux d’une modernité religieuse permet aujourd’hui à l’homme de tutoyer Dieu, force est de constater que nous sommes toujours ignorants quant à la présence de la royauté du Père dans notre vie… Car dans ce monde l’autorité du Père est établie ! Son autorité est au service de chaque être qui le désire vraiment. À tous et à toutes elle nous est offerte comme un repas de mariage, la fête de l’unité qui est source de vie… Toute demande est dérisoire… À chaque instant nous sommes invités à participer dans Son autorité… Cette prise de conscience déclare l’attitude de refus de Jésus par rapport à la prière implorante des juifs, qui est devenue aussi celle des chrétiens.

Pour les disciples, qui demeurent toujours dans l’ancien, le message de Jésus reflète celui de tous les prophètes. Sa réponse est incisive : vous n’êtes toujours pas capables de distinguer celui qui est vivant de ceux qui sont morts …

Il est compréhensible que ces deux logia n’ont pas laissé de traces dans les évangiles canoniques. Seul Jean atteste d’une parole parallèle : tous, qui sont venus avant moi, sont des voleurs et des brigands (Jn 10. 8). Fait remarquable est qu’Augustin avait lui une connaissance du logion 52. Dans : « Contra adversarium legis et prophetarum » XI. 4. 14 nous lisons en effet : « Lorsque les apôtres… demandaient au Seigneur ce qu’il pensait des prophètes des juifs, il répondit : celui, qui est vivant devant vous, vous le rejetez et nous parlons des morts ! »

53

ont dit à lui ses disciples

la circoncision est-elle utile ou non

il leur dit

si elle était utile leur père les engendrerait circoncis de leur mère

mais la circoncision véritable en esprit a trouvé toute son utilité

À nouveau un rite juif est mis en cause. La réponse de Jésus à ses disciples est aussi précise qu’évidente : à une telle pratique ne peut être accordée une signification religieuse… Ce que le Père a prévu ne pourrait être corrigé par la main de l’homme ! Plus importante toutefois est la transposition du geste rituel vers une réalité spirituelle. Une valeur véritable concerne l’esprit et non pas le zizi…

Dans le logion 27 le jeun fut précisé comme : jeûnez face au monde. Cette recommandation n’invitait pas à un renoncement au monde, mais à un détachement de valeurs superficielles qui régissent le monde inférieur. Le jeun concerne donc le domaine de l’activité. La circoncision est un rituel dont l’acte consiste en un geste concret de détachement . La transposition de ce geste vers l’esprit, lui donne une dimension intérieure et le situe donc dans le domaine de la non-activité .

Activité et non-activité sont intimement liées, car la base de toute action est un repos. Pneuma , l’esprit, se manifeste à travers notre psychisme, comme une énergie dirigeante, qui détermine le choix de nos actions. Plus notre état psychique est harmonieux, plus l’action aura de chances d’être juste. La circoncision en esprit concerne une metanoia , un retournement mental, dans lequel notre esprit se détache de l’attention portée vers le domaine de l’activité, pour se diriger vers celui de la non-activité, du repos dans sa source intérieure.

Dans l’évangile de Matthieu (6. 6) Jésus a cette parole remarquable :

Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre et, ayant fermé la porte, prie ton Père qui est dans le secret et ton Père, qui voit dans le secret, te donnera de retour.

Précisons que la traduction : prie ton Père dans le secret est une transcription inexacte.

À nouveau il s’agit là d’une parole imagée. La chambre dont nous devons fermer la porte est notre chambre intérieure, l’endroit où réside notre conscience. Si nous voulons porter notre attention vers le Père, la source inspiratrice intérieure, il est impératif de détacher l’attention de notre esprit du domaine où il dirige nos actions : la porte doit être fermée . Ceci représente l’état dans lequel notre conscience, libérée de toute implication dans le monde extérieur, peut retrouver un repos intense et conscient , dans lequel sa réceptivité pour les dons de l’Esprit est optimale. Cet état représente la finalité de la prière : une attention dirigée vers le Père, qui lui-même est dans le secret . Le Père «voit», mais nous ne pouvons le «voir»… Pour notre conscience le Père n’est pas accessible… Le but de la prière est de nous rendre réceptifs pour Son inspiration, Son Esprit…

Cet état de conscience, empreint d’une intense spiritualité, correspond pourtant à une logique scientifique. La nature nous apprend en effet que tout état de repos, de potentiel énergétique mineur, correspond naturellement à un état d’ordre ou d’harmonie supérieur. À chaque fois que nous induisons un état de repos intense dans les structures, qui constituent la base physiologique de notre conscience, nous recevons une impulsion d’harmonie par laquelle notre système nerveux central retrouve une fraction de sa pureté originelle. À partir de structures plus ordonnées la qualité de toute expérience, des pensées, des sentiments et des actions, sera donc plus harmonieuse. Ceci est la voie par laquelle l’Esprit et Sa loi naturelle se manifestent dans l’homme.

Les traditions orientales nous apprennent que la pratique de la méditation est la base même de toute évolution personnelle. Le but d’une méditation est de détacher temporairement l’attention de notre esprit du domaine de l’activité et de la diriger vers celui de la non-activité, du repos intérieur. La spécificité d’un état méditatif est que la conscience y reste en éveil, bien que la qualité du repos soit intense. Malgré que cet état spécifique soit un état naturel, les attaches contraignantes de notre esprit à une activité extérieure sont devenues telles qu’une aide est devenue nécessaire pour induire un état de repos méditatif dans notre conscience.

Différentes techniques peuvent être utilisées pour atteindre un tel repos. La plus communément pratiquée est l’utilisation d’un mantra . Un mantra est un son possédant une valeur vibratoire spécifique, qui est produite dans notre cerveau par la pensée répétitive d’un mot sans contenu mental. Le manque de contenu engendre une absence d’activité mentale. Ainsi l’attention de l’esprit est captée et détournée vers le domaine de la non-activité, de l’absence de pensées.

En Occident nous connaissons également la pratique de telles techniques. Les chants grégoriens, la récitation de litanies avec sa succession de «priez pour nous», la pratique du rosaire, ce sont autant de moyens capables d’induire un repos méditatif, à condition de ne pas porter une attention au contenu des mots. Dans l’absence de pensées, qui caractérise l’état de silence méditatif, il n’existe plus de «moi». Chaque individu redevient «être», uni à l’Être, car réceptif pour Son inspiration. La goutte de pluie rejoint l’océan, sa mère naturelle… Cette qualité de repos est le composant devenu nécessaire pour rétablir l’équilibre originel dans le rythme de mouvement et de repos . (voir le logion 50) La condition essentielle pour y parvenir est une circoncision en esprit…

54

a dit jésus

heureux les pauvres

parce que le royaume des cieux est vôtre

Mt 5. 3 – Lc 6. 20

Être pauvre ne signifie pas nécessairement demeurer dans un état d’indigence… Ceux qui sont capables de pourvoir en leurs besoins vitaux, sans pour autant prétendre à quelque superflu dérisoire, ne peuvent s’attacher à des valeurs qui s’avèrent être superficielles et trompeuses. Spontanément la vie leur apprend à apprécier ces valeurs là, qui ne sont pas tributaires d’une précarité temporelle. Combien de fois n’avons-nous pas pu constater que la solidarité parmi les plus dépourvus est bien plus sincère que parmi les riches. La joie du partage avec d’autres, qui, en plus, leur sont souvent totalement étrangers, est la richesse qu’ils récoltent. Cette leçon nous est surtout proposée par des hommes et des femmes que nous considérons comme plus primitifs que nous… Et pourtant nous ne souhaitons à personne le privilège de ne pas être riche…

Dans l’expression de l’harmonie tout est une question de mesure ! Que la richesse n’est pas une garantie de bonheur est une évidence. Être pauvre peut signifier : ne pas posséder de superflu. À ce que nous ne possédons pas nous ne pouvons pas nous attacher… Celui ou celle qui est détaché du superflu peut plus librement porter son attention vers ces valeurs là, qui ne sont pas tributaires du temporel. Comment distinguer être et avoir… ?

55

a dit jésus

celui qui ne récuse pas son père et sa mère

ne pourra se faire mon disciple

et s’il ne récuse pas ses frères et ses sœurs

et ne porte sa croix comme moi

il ne sera pas digne de moi

101

celui qui ne récuse pas son père et sa mère comme moi

ne pourra se faire mon disciple

et celui qui n’aime pas son père et sa mère comme moi

ne pourra se faire mon disciple

car ma mère m’a enfanté

mais ma mère véritable m’a donné la vie

Mt 10. 37-38 – Lc 14. 26-27

La raison pour laquelle nous avons associé ces deux paroles est évidente. Chacune nous confronte en outre avec un même problème de traduction. Traduire est un exercice délicat ! Vingt siècles nous séparent en effet du contenu d’une parole, émanant en plus d’une culture foncièrement différente de la notre. Le verbe que nous avons traduit par récuser fut, dans la tradition évangélique, traduite par haïr . Cette traduction du grec misein n’est pas inexacte. Se pose pourtant la question : pourquoi a-t-on opté pour l’interprétation la plus extrême du verbe grec ? Il nous semble que le contenu que nous accordons aujourd’hui au verbe haïr, n’est pas conciliable avec la personne de Jésus. Il est probable qu’une traduction par prendre ses distances pourrait bien être la plus appropriée aujourd’hui. En effet, au logion 101 la valeur d’aimer est également mis en exergue.

Atteindre le stade d’adulte signifie pour l’enfant : prendre ses distances par rapport au cocon familial sécurisant, pour s’engager dans une voie de responsabilités et de choix personnels. Cet engagement n’engendre nullement une haine envers ses parents ! Il est clair pourtant que Jésus opte pour un engagement radical : s’ouvrir au nouveau nécessite une rupture avec l’ancien. Accéder à un stade adulte religieux suppose en effet un renoncement à des valeurs imposées par d’autres pour s’engager dans la voie d’une recherche personnelle et sincère. Ce cheminement là ne peut se faire que dans la solitude d’une liberté personnelle.

La gnose de Jésus est une connaissance servante et donc libératrice. Son disciple est un être libéré, qui porte en lui le germe de la vie nouvelle. La liberté mentale, nécessaire à toute évolution spirituelle, peut être entravée par des liens émotionnels. La douleur inhérente à un détachement, symbolisée ici par le port d’une croix , fait partie d’un processus évolutif menant à une vie religieuse adulte. La liberté nouvelle, le fruit du détachement, ne peut en aucun cas porter un préjudice à la pratique de l’amour !

Fait remarquable au logion 101 est que l’image de la mère se substitue à celle du père. Vu le statut religieux de la femme juive, cette substitution ne pouvait être que culturellement dérangeante et ne facilitait certes pas l’accès à la parole imagée de Jésus. (voir le logion 114) Par cette image il différencie la vie biologique, que nous recevons de notre mère, de la vie véritable, que nous recevons de notre mère véritable . La naissance biologique est une merveille dont l’enfant n’est ni conscient, ni responsable. La naissance spirituelle par contre nécessite un engagement conscient et responsable.

La référence à la croix ne pourrait être une allusion à Golgotha, puisque Jésus parle ici au présent. À lui aussi incombe la tâche d’assumer les conséquences de son choix. Jadis celles-ci pouvaient mener à une humiliation à une croix réelle…

56

a dit jésus

celui qui a connu le monde a découvert un cadavre

et celui qui a découvert un cadavre

le monde n’est pas digne de lui

80

a dit jésus

celui qui a connu le monde a découvert le corps

mais celui qui a découvert le corps

le monde n’est pas digne de lui

Deux logia qui se distinguent à peine. Il est probable que nous sommes ici en présence de deux variantes d’une même parole. Il importe toutefois d’en évaluer la différence. Car différence il y a entre un cadavre et un corps et non seulement biologiquement ! Le premier est inutile, le second par contre a une valeur certaine car il est le moyen par lequel l’Esprit s’exprime en nous. (voir le logion 29) Tout corps qui en soi-même a reconnu l’Esprit est devenu vivant. Sinon il n’est que cadavre.

Les valeurs humaines qui régissent le monde sont relatives et donc précaires. Elles déterminent pourtant la «conscience de soi», l’importance accordée à notre moi, le rôle qui nous incombe dans la société . Mais dans celle-ci prévaut avant toute chose la loi du lion, celle du plus fort, du plus influent, car à lui ou elle appartient le pouvoir. De ce pouvoir je suis devenu dépendant, car sournoisement il a restreint ma liberté. Cette prise de conscience implique une invitation à une recherche de valeurs véritables dans une direction différente. Des cadavres peuvent redevenir des corps, retrouver la vie en reconnaissant l’Esprit. Celui ou celle, qui en soi-même a reconnu l’Esprit, a surpassé les valeurs du monde : le monde n’est pas digne de lui (ou d’elle)…

57

a dit jésus

le royaume du père est semblable à un homme

qui possédait une semence excellente

son ennemi vint la nuit et répandit de l’ivraie parmi la semence excellente

l’homme ne laissa pas arracher l’ivraie

de peur dit-il que vous alliez en disant nous arracherons l’ivraie

et que vous arrachiez le blé avec elle

en effet le jour de la moisson les ivraies apparaîtront

elles seront arrachées et brûlées

Mt 13. 24-30

Matthieu est le seul évangéliste à rapporter cette parole, dans une formulation nettement amplifiée il est vrai. En plus il fait suivre son discours d’une interprétation qui de toute évidence, et comme ce fut le cas pour l’ajout au parabole du semeur, ne pourrait être attribuée à Jésus. Son interprétation peut en outre officier comme exemple pour l’ivraie semée parmi la bonne semence… Ceci est devenu hélas le sort réservé à bien de commentaires évangéliques !

Toutes et tous nous étions un jour un enfant de sept jours, exempts encore de toute souillure, demeurant dans la pureté de l’union avec notre source de vie. Ce que nous recevions alors correspondait à Sa loi d’harmonie. De cette loi l’homme s’est séparé… Du fruit de l’arbre de la connaissance – l’autorité du Créateur – Adam s’est accaparé. Son savoir est devenu loi. Mais celui qui agit en fonction d’un prétendu et donc prétentieux savoir ne peut causer que perturbations. De celles-ci chaque enfant est devenu la victime. Ce qui au commencement était vierge et pur sera bien vite souillé par les conséquences de l’orgueil humain.

Une prise de conscience de cette évolution fatidique requiert, à l’exemple du vieil homme au logion 4, expérience et réflexion. La patience est une belle vertu ! Il n’est pas évident de distinguer rapidement l’ivraie des fruits de la bonne semence… La faculté de distinguer est tributaire de l’intelligence et donc d’une expérience de la vie. Une perception exacte de valeurs ne peut s’opérer qu’à la condition que notre conscience soit suffisamment épurée, purifiée, de sorte qu’elle puisse redevenir comme de celle de l’enfant de sept jours…

La loi de karma relie toute action à ses conséquences. Ce que nous semons nous le récoltons ! Au chapitre 4 de l’évangile de Jean Jésus nous propose cette image remarquable : semeur et moissonneur sont un… Le jour de la moisson , qui fut perçu par Matthieu comme le jour du jugement dernier, accompagné d’horreurs ô combien menaçantes, est indissolublement rattaché au jour où semence et bonne terre ont retrouvé leur unité… La où est le commencement là sera la fin… Comme dans le jeu de l’oie, veuillez retourner à la case 18…

58

a dit jésus

heureux l’homme qui a connu l’épreuve

il a découvert la vie

L’épuration nécessaire, dont il était question dans le commentaire précédent, ne peut s’opérer sans épreuves, sans peines… ! Cette réalité fut déjà précisée par Jésus dans l’image d’une croix à porter. Ce logion nous confronte à l’un des aspects les plus délicats dans cette vie : l’expérience de la souffrance… Une souffrance peut être subie, elle peut aussi être acceptée… Le sens d’une épreuve, qui un jour nous plongea dans la détresse la plus complète, peut des fois se révéler que des années plus tard… Souvent une expérience douloureuse est nécessaire pour nous contraindre à une juste réflexion, afin que nous puissions prendre conscience de nos propres erreurs. Cette prise de conscience est essentielle dans le cheminement que nous devons accomplir. La souffrance est comme un garde-fou personnel, comme la loi de karma est le garde-fou de l’harmonie universelle…

Une connaissance de la création relative nous apprend qu’à la base de toute évolution se trouve une loi d’harmonie. Cette loi associe particules élémentaires, atomes, molécules et cellules dans une création continue. Parce qu’à l’homme et à lui seul est déléguée une liberté d’action, lui seul peut interférer dans cette loi et causer des perturbations. Mais la loi est absolue et toute perturbation engendrera dès lors un réflexe, par lequel l’harmonie sera préservée . En cela réside le sens de la loi de karma , qui préserve l’harmonie dans le monde inférieur.

Karma signifie action. Lorsque nous agissons à l’encontre de la loi d’harmonie, nous provoquons la perturbation d’un équilibre qui cherche à se rétablir soi-même . Inexorablement, bon gré mal gré, l’addition nous sera donc présentée… Si nous sommes capables de percevoir la relation de cause à effet, nous pouvons, non sans quelque peine il est vrai, en accepter les conséquences. En absence de toute compréhension nous sommes confrontés à une injustice intolérable…

Une des caractéristiques du monde créé est une interdépendance permanente, qui concerne toute chose et tout être. Chaque perturbation individuelle aura donc des conséquences collectives, comme la collectivité entière pourra bénéficier d’une action positive individuelle. Dans les conséquences de la loi de karma toutes et tous, coupables ou innocents, nous sommes concernés, car unis dans une solidarité universelle.

Depuis que l’homme est apparu sur terre il a été la cause de tant de perturbations qu’il nous est impossible aujourd’hui d’évaluer à sa juste valeur l’ensemble des conséquences de la loi de karma. Ce manque de perception ne nous permet toutefois pas d’affirmer qu’un évènement, dont le sens nous échappe, soit dépourvu de sens… Attribuer la cause des épreuves que nous subissons à une volonté divine, à un hypothétique pouvoir de satan ou à une fatalité, implique une méconnaissance de notre propre responsabilité… ! Car une liberté d’action est déléguée à l’homme. Sa responsabilité en est la conséquence… Parce que, consciemment ou inconsciemment, tous et toutes nous sommes intégrés dans la royauté du Père, dans Sa loi d’harmonie et donc dans le développement de la vie sur terre, nous sommes tous et toutes responsables de l’évolution de cette création.

Personne n’est exempt de fautes. Dans les conséquences de celles-ci nous sommes tous solidaires… nonobstant notre ignorance, notre perception de justice ou d’injustice… La prise de conscience de cette réalité, la réflexion qu’elle peut susciter en nous, peut être déterminante dans l’évolution de notre propre vie. Jamais pourtant la souffrance ne pourrait être acceptée comme une maîtresse, à qui nous avons fatalement à nous soumettre, ni ne pourrait-elle être reconnue comme un moyen qui, à l’image de la souffrance du Christ, peut nous ouvrir les portes du ciel…

Dans le Christ furent unifiés amour et souffrance. Cette association présente une incompatibilité évidente… Car l’amour est une expression d’harmonie, la souffrance par contre la conséquence d’une disharmonie …

59

a dit jésus

scrutez celui qui est vivant tant que vous êtes vivants

afin que vous ne mouriez

et cherchant à le voir vous ne pourriez voir

À plus d’une reprise Jésus nous engage à ne pas abandonner notre vigilance. Ce qui est acquis peut, par inadvertance, être perdu… Toujours nous restons des êtres fragiles, marqués par nos faiblesses ! Même si nous sommes devenus conscients de notre tâche, du cheminement qui doit être le nôtre, cette conscience peut à tout instant être envahie par l’ivraie toujours présente et nous détourner de la juste voie. Scruter celui qui est vivant signifie : diriger notre regard vers la source de la lumière intérieure, celle qui nous permet de voir . Car la réceptivité pour cette lumière détermine la distinction entre vie et mort.

60

ils virent un samaritain qui portait un agneau et entrait en judée

il dit à ses disciples

que va-t-il faire de l’agneau

ils lui dirent

le tuer et le manger

il leur dit

tant que l’agneau est vivant il ne le mangera pas

mais bien s’il le tue et qu’il devienne cadavre

ils dirent

autrement il ne pourra pas faire

il leur dit

vous-même cherchez pour vous un lieu dans un repos

pour que vous ne deveniez cadavres et ne soyez mangés

La recommandation dans le logion précédant se répète ici de façon plus explicite encore. Malgré que nous ayons pu accéder à une vision nouvelle, que nous ayons relativisé la valeur de notre moi dans une reconnaissance mentale de la source absolue de toutes nos facultés et que nous soyons parvenu à un état de conscience plus serein, le pouvoir de l’ancien n’est pas prêt à désarmer… La résistance de l’ancien moi, investi de tant de respectabilité, n’est pas à sous-estimer ! C’est lui qui peut nous faire régresser à l’état de cadavre et nous donner à nouveau en pâture au lion…

Au logion 59 la recommandation de Jésus était : scrutez celui qui est vivant tant que vous êtes vivants . Ici elle est : cherchez pour vous-même un lieu dans un repos . Quelle concordance il y a-t-il entre ces deux recommandations ? La direction vers laquelle nous devons scrutez le vivant est intérieure, vers le silence du vide à l’intérieur de nous, là se situe aussi le lieu du repos . Ceci nous rappelle le logion 53 et sa circoncision en esprit .

En outre s’impose ici une réflexion étonnante… Le mot hébraïque désignant un agneau est talya . Mais ce mot signifie également serviteur . Une confusion est donc inévitable… Jésus est le serviteur, pas l’agneau ! Car un serviteur sert tant qu’il est vivant , un agneau ne sert que s’il est devenu cadavre … Paul ignora le vivant et honora un cadavre… ressuscité il est vrai dans sa foi.

61

a dit jésus

deux reposeront là sur un lit

l’un mourra l’autre vivra

a dit salomé

qui es-tu homme

étant issu de un tu es monté sur mon lit

et tu as mangé à ma table

jésus lui dit

je suis celui qui est issu de celui qui est égal (*)

il m’a été donné ce qui est à mon père

• je suis ta disciple

à cause de cela je dis ceci

quand il sera désert il sera rempli de lumière

mais quand il sera partagé il sera rempli de ténèbres

Lc 17. 34-35 – Mt 24. 40-41 – Jn 14. 10 et 16. 15

Ce logion nous présente une rencontre particulière entre Jésus et une femme, appelée Salomé. Une rencontre entre deux personnes, comme celle avec la samaritaine dans l’évangile de Jean, suscite toujours la question : comment cette conversion a-t-elle été transmise…? En plus ce logion témoigne d’une certaine intimité. Une situation insolite donc pour une conversation religieuse, sujet strictement réservé alors à la gente masculine. Une telle discrimination n’a toutefois pas sa place dans la gnose de Jésus.

Dans ses paroles nous reconnaissons les thèmes principaux de son enseignement :

• le choix entre vie et mort

• l’unité avec le Père

• la nécessité de redevenir vide ou désert

La vision dont témoigne Jésus est radicale : ou nous devenons vivants, ou nous restons morts. Il n’y a pas de demie mesure… Ou nous rejetons le vin qui nous a enivrés et sommes-nous à nouveau devenus vides, déserts, et donc réceptifs à la lumière intérieure, ou nous demeurons dans le partage de la séparation et donc dans les ténèbres…

La ligne 8, indiquée par (*) peut être l’occasion d’une réflexion pertinente ! Quelle est la nature du lien unissant le fils de l’homme au Père…? Moi et le Père sommes un dit Jésus dans Jn 10. 30. Unité signifie-t-elle identité…? La graine et la bonne terre sont un, l’époux et l’épouse sont un… mais pas pareilles… Jésus se présente ici comme : issu de celui qui est égal . Le fruit de la graine est graine… La goutte de pluie, qui est issue de l’océan, ne pourrait considérer l’océan comme son égal… Quoique… tous deux sont H 2 O !

Bien qu’il était sans doute, comme le Bouddha, un être peu commun, Jésus était aussi, comme en témoignent les évangiles, un être de chair et de sang. Pour lui non plus il n’était pas toujours facile d’exprimer sa connaissance dans un langage accessible à tous. Parfois ses paroles ressemblent davantage aux koans du bouddhisme zen…

62

a dit jésus

je dis mes mystères à ceux qui sont dignes de mes mystères

ce que ta droite fera

que ta gauche ne sache pas ce qu’elle fait

Mt 5. 3-4 Notez également la prétentieuse manipulation chez Mt 13. 10-13, Mc 4. 10-12 et Lc 8. 9-10

Une parole mystérieuse en effet, qui laissa des traces dans les évangiles canoniques. Toute action conçue dans l’harmonie de l’unité est une action juste. Elle est à la fois servante, libératrice et dépourvue de toute expectation quant aux fruits qu’elle pourrait nous apporter. Qui donne avec sa droite tout en désirant recevoir avec sa gauche n’agit pas selon Sa loi…

« Sois concerné par l’action elle-même, non par ses fruits » nous dit Krishna dans la Bhagavad Gita. « Tant que nos propres désirs déterminent le choix de nos actions, nous demeurons dans un cycle qui ne produit que souffrance » ainsi parle le Bouddha. Au chapitre 4 de l’évangile de Jean Jésus nous dit : semeur et moissonneur sont un.. .

Les conséquences de l’action sont inhérentes à l’action elle-même : ce que nous semons nous le moissonnons… Semeur et moissonneur sont en effet un . Il n’y a pas de comptes a rendre, ni de droite à gauche, ni à un Juge Suprême ! Cause et effet sont unis dans l’action elle-même. En cela réside l’essence même de la loi de karma .

La tâche du semeur est de semer… La conséquence de son geste ne le concerne plus. La tâche du serviteur est de servir. Ni ce qu’il donne, ni les conséquences de son service ne lui appartiennent. Même la bonté, que nous pouvons exprimer et que fièrement nous nous accordons à nous-mêmes, ne nous appartient pas ! Nous ne pouvons être que reconnaissants de recevoir la faculté d’exprimer la bonté… Celui ou celle, qui s’octroie quelque mérite que ce soit, s’attache, se rend dépendant. Dépendance est manque de liberté… Dans Sa loi point il y a de place pour une dépendance , seulement pour une harmonie librement consentie !

63

a dit jésus

il était un homme riche qui possédait une grande fortune

il dit j’utiliserai ma fortune pour semer récolter planter

afin que je remplisse mes greniers de fruits

en sorte que je ne sois privé de rien

et cette nuit là il mourut

celui qui a des oreilles qu’il entende

Lc 12. 16-20

Si besoin en était, veuillez consulter le logion 42 ou 54

64

a dit jésus

un homme avait des invités

et lorsqu’il eut préparé le repas il envoya son serviteur

afin qu’il convie les invités

il alla au premier et lui dit mon maître te convie

il dit j’ai de l’argent pour des marchands

ils viennent ce soir et je leur donnerai des ordres

je m’excuse pour le repas

il alla vers un autre et lui dit mon maître te convie

il dit j’ai acheté une maison et il me faut un jour

je ne serai pas disponible

il vint chez un autre et lui dit mon maître te convie

il lui dit mon ami va se marier et je ferai le repas

je ne pourrai pas venir excuse moi pour le repas

il alla vers un autre et lui dit mon maître te convie

il lui dit j’ai acheté une ferme et irai recevoir le revenu

je ne pourrai pas venir je m’excuse

le serviteur vint et dit à son maître

ceux que tu as conviés au repas se sont excusés

le maître dit à son serviteur

va au bord des chemins

ceux que tu rencontreras amène les pour prendre le repas

les acheteurs et les marchands ne rentreront pas

dans les lieux de mon père

Mt 22. 1-10 – Lc 14. 15-24

Que représente le repas auquel ces personnes sont invitées, mais qu’elles n’apprécient pas à sa juste valeur ? Est-ce une récompense céleste qui nous attend au terme de nos épreuves terrestres ? La dernière ligne du logion précise en effet qu’il s’agit bien du Père qui invite. Et qui sont les conviés, acheteurs et marchands , qui se sont excusés ? Ne s’agit-il pas de nous, qui aimons tant notre profit…? Et ceux qui, finalement, sont conviés à la fête parce qu’ils ont déjà entamé leur cheminement …? Ce festin pourrait-il faire partie de la réalité de cette vie terrestre…?

La réalité biblique du paradis terrestre est considérée comme une fabulation… Que cette vie puisse être vécue comme un festin nous semble tout aussi fantaisiste ! Notre expérience quotidienne s’oppose foncièrement à une telle vision. Pourtant ce n’est pas la première fois que cet évangile nous confronte à une réalité peu crédible. Dans l’ivresse qui est la nôtre, la pauvreté des ténèbres dans lesquelles toujours nous demeurons, dans un savoir prétentieux concernant Dieu et ses commandements, les lieux aussi où Il demeure, bref, dans l’orgueil qui nous pousse à nous considérer nous-mêmes comme les détenteurs d’une connaissance véritable, voir infaillible, il nous est quasiment impossible d’imaginer une réalité différente, qui serait la conséquence d’une vie vécue selon Sa loi d’harmonie… À l’invitation de cette loi, à laquelle répondent pourtant spontanément toutes les plantes, tous les animaux, toutes les cellules de notre propre corps aussi, à cette invitation notre moi reste sourd…

Ce que vous guettez cela est venu, mais vous ne le reconnaissez pas était dit au logion 51. Comme le nirvana pour le Bouddha, la participation dans la royauté du Père fait, selon Jésus, partie de la réalité de cette vie. Chez Luc (17. 21) aussi nous lisons : car le royaume de Dieu est au-dedans de vous … Une vie vécue dans l’unité avec l’Être absolu, qui est à la fois source et loi, qui est symbolisé par Jésus dans l’image d’un père, cela serait donc le repas auquel tous et toutes nous sommes conviés ici et maintenant.

Si la réalité d’un festin, comme celle du paradis terrestre, eût à l’origine fait partie du scénario de la création, qu’elle pourrait bien être la cause de la tournure désastreuse qu’ont prise les évènements ? Ce scénario pourrait-il encore être corrigé ? La réponse à cette question nous confronte à la responsabilité de chaque être humain sur cette terre. Car à lui seul est déléguée une liberté d’action. Le prix de cette liberté s’appelle toutefois responsabilité , tant individuelle que collective. Au logion 58 nous avons tenté d’évaluer la loi de karma : dans l’action même réside sa conséquence. Toute action juste tente à rétablir l’harmonie, toute action fautive perturbe l’harmonie. Une action, émanant d’une conscience qui méconnaît les valeurs véritables, aura toujours des conséquences néfastes !

Depuis que l’homme, l’Adam, est apparu sur terre il a méconnu l’autorité du Père, a renié Sa loi d’harmonie. Toujours nous sommes l’Adam, car toujours ce sont nos désirs égocentriques qui déterminent le choix de nos actions. Ce qui est sacro-saint dans notre vie est moi, mon et ma… Voici ma famille , ma maison, mon travail, mon droit, mon peuple, ma culture, ma foi… Il y a urgence à dé- mon -ter un certain orgueil, à dé- mâ -ter un bateau ivre… Non pas que nous ayons à répudier nos valeurs, mais une bonne dose de relativisation pourrait bien convenir…

Un arbre est constitué de milliards de cellules, qui toutes sont à l’écoute de Sa loi. Imaginez un instant que ces cellules se comporteraient comme des êtres humains… Il n’y aurait plus d’arbre mais un amas de poussière, car toute cohérence harmonieuse aurait disparu ! Ce qui détermine notre comportement n’est pas une responsabilité collective, mais un intérêt personnel. Cet état d’esprit est, depuis la chute d’Adam, à l’origine d’une spirale de négativité dont les conséquences sont devenues maintenant incommensurables. Car impitoyablement la loi fustige toute perturbation. Comme Jésus au logion 28, nous ne pouvons que faire un constat désolant et reconnaître notre propre responsabilité.

Ce qui sur cette petite planète nous unis tous et toutes est tellement plus important que ce qui nous sépare . Porter notre attention vers ces valeurs, qui nous unissent dans une même source de vie et sa loi, nécessite toutefois un abandon de préoccupations égocentriques, qui nous rendent sourds à l’invitation la plus essentielle. Celle ou celui qui a pris conscience de cette réalité et s’est engagé dans la voie d’un juste cheminement , est convié à la fête chez le Père.

Quelque soit l’image de cette réalité terrestre, qui puisse être la nôtre, jamais elle ne pourrait constituer une excuse pour méconnaître notre responsabilité ici et maintenant. Car tous ensembles nous déterminons aujourd’hui une qualité de vie pour tous ceux qui viennent après nous sur cette planète.

65

il a dit

un homme fortuné avait un vignoble

il le donna à des cultivateurs pour qu’ils le travaillent

afin d’en recevoir le fruit de leurs mains

il envoya son serviteur pour que les cultivateurs lui donnent

le fruit du vignoble

ils s’emparèrent du serviteur et le frappèrent

un peu plus ils l’eussent tué

le serviteur alla et le dit à son maître

son maître se dit peut-être ne les a-t-il pas reconnus (*)

il envoya un autre serviteur

les cultivateurs le frappèrent lui aussi

alors le maître envoya son fils se disant

peut-être respecteront-ils mon fils

puisque les cultivateurs le reconnaissaient comme l’héritier du vignoble

ils le saisirent et le tuèrent

celui qui a des oreilles qu’il entende

Mt 21. 33-41 – Mc 12. 1-9 – Lc 20. 9-16

(*) Cette ligne fut traduite littéralement. Une erreur de transcription est probable. Plus logique serait en effet : peut-être ne l’ont-ils pas reconnu .

Cette vie biologique nous la recevons non pas comme un présent mais comme un prêt. Un présent nous appartient, un prêt doit être rendu ! Si nous voulons jouir pleinement du prêt qui nous est confié, il nous incombe de respecter des règles élémentaires. Avant toute chose nous devons être et rester conscients que toutes les facultés, qui nous sont déléguées et que nous considérons comme nôtres, ne nous appartiennent pas. De ce prêt les fruits non plus ne nous reviennent pas… En réclamer la possession est péché d’orgueil : s’accorder à soi ce qui ne lui appartient pas… Ceci concerne non seulement les fruits que nous récoltons mais également les droits, le savoir, le pouvoir et même la bonté dont nous nous sommes parés.

Quand les conditions de vie nous sont favorables et nous permettent une certaine aisance matérielle, nous avons le privilège de découvrir et de jouir de bien de choses agréables, comme d’un bon vin… Ceci n’a rien de réprimandable, à condition toutefois de rester conscient de la source donatrice et de sa loi d’harmonie. Car une jouissance ne peut se faire ni au détriment d’autrui, ni au détriment de la nature. Le but du prêt, qui nous est confié, est qu’il soit utilisé à bon escient. En tant que bons serviteurs il nous incombe de cultiver le vignoble et d’en récolter les fruits.

La tâche du serviteur est de servir et donc de remettre au seigneur du vignoble les fruits qu’il a récoltés. Ceci est le sens véritable de l’offrande : l’homme élève le fruit de son service vers le Père donateur. Par cette reconnaissance il s’élève lui-même à sa véritable nature : celle de fils ou fille du père le vivant . Alors seulement il jouira pleinement du vin qu’il aura produit dans l’unité avec le seigneur du vignoble. Car point de festin sans vin !

Entendue dans une perspective chrétienne cette parole est apparemment prophétique… Qui autre que le Christ crucifié pourrait-il bien être symbolisé par le fils unique assassiné…?! Cette image ne peut pourtant nous détourner de l’essence même du message de Jésus, qui est que tous et toutes nous sommes enfants du Père. Le sens de l’unique héritier appartient à l’image , qui tente de nous démontrer que l’homme est prêt à tout pour s’accorder à lui-même richesse et pouvoir, qui ne lui reviennent pas ! L’image du propriétaire du vignoble symbolise une réalité absolue. Ce qui dans l’image a un sens, ne l’a pas forcément dans la réalité symbolisée ! Dans l’absolu il ne pourrait être question d’héritage …

66

a dit jésus

renseignez-moi sur la pierre

celle qu’ont dédaignée les bâtisseurs

c’est elle la pierre d’angle

Mt 21. 42-43 – Mc 12. 10-11 – Lc 20. 17-18

Jadis le choix de la pierre d’angle par les bâtisseurs était considéré comme déterminant pour la qualité d’un édifice. Symboliquement la pierre d’angle réfère donc à une valeur essentielle dans la gnose de Jésus. La condition première pour accéder à une juste vision religieuse est une recherche personnelle. Celle-ci suppose la volonté de se remettre en question, de relativiser des valeurs reçues, afin de s’engager dans une voie spirituelle libératrice. Cette pierre d’angle fut toutefois méconnue par les autorités religieuses, car elles ont caché les clefs de la gnose. (voir le logion 39) À la place elles ont prôné leurs propres vérités quant à Dieu et ses commandements. Un savoir prétentieux, car inaccessible à l’homme, remplaça l’expérience de la gnose, autorité devint pouvoir… En plus, l’engagement dans une voie de recherche personnelle est un cheminement bien plus exigeant que l’acceptation de prescriptions religieuses !

Comme la musique naît du silence et l’eau de la source jaillit du vide, toute connaissance émane de la conscience individuelle. L’état de pureté de la conscience détermine la qualité de toute connaissance . Pour nous, humains, cette pureté ne se retrouve que chez l’enfant de sept jours …, cet enfant que prétentieusement certains croient devoir baptiser… La conscience elle-même représente donc l’ultime pierre d’angle dont dépend la valeur de toute évolution personnelle. Peu nombreux sont ceux ou celles qui l’ont reconnue. Dans cette reconnaissance pourtant Krishna, Bouddha et Jésus sont unis.

Les traditions religieuses orientales ont toujours une attention particulière pour un cheminement personnel, dans lequel un rôle prépondérant est réservé à la méditation. En occident, par contre, nous sommes devenus les héritiers d’un savoir judéo-chrétien. Six cent ans après Jésus est venu Mohammed. Tant le judaïsme que le christianisme et l‘islam se fondent d’une part sur la Bible hébraïque et d’autre part sur le pouvoir de l’imaginaire de l’homme. Certaines personnes furent reconnues comme prophètes ou envoyés divins. L’Inconnaissable fut saisit dans un prétentieux savoir… Celui-ci a mené et mène toujours à une démarche religieuse dogmatique, qui fut et est toujours la cause de tant de confrontations humaines sanglantes et douloureuses.

67

a dit jésus

celui qui connaît le tout

s’il est privé de lui-même

il est privé du domaine entier

La connaissance de soi serait donc la valeur fondamentale, conditionnant tout savoir dans quelque domaine que ce soit. Cette connaissance est celle du connaisseur, de la nature profonde du «soi», qui a perçu et transcendé les illusions engendrées par l’importance accordée au «moi».

Parmi les richesses naturelles, le domaine dans lequel il peut réaliser la finalité de son être, l’homme s’est érigé lui-même comme dominateur. Sur tout il peut régner. Dans cette ivresse il a négligé la source de ses possibilités et sa loi inspiratrice, qui en tout manifeste l’harmonie. Dans les ténèbres de son ignorance il s’est égaré. Dans un prétendu savoir réside maintenant son pouvoir illusoire… Parvenir à une juste connaissance de soi sous-entend une prise de conscience qu’à l’intérieur de nous-mêmes tous et toutes nous sommes unis à l’Être absolu. Cette prise de conscience engendre également la reconnaissance de notre responsabilité dans une participation à Son autorité.

De la reconnaissance d’un lien qui nous unit à l’Être découle la reconnaissance d’un «soi» ayant un point d’attache avec l’absolu. Ce «soi» est le «moi» qui s’est libéré de ses spécificités psychiques et somatiques. Par ce «soi» chaque être est relié de manière égale à sa source absolue. À travers le «soi» individuel l’Esprit donne forme et contenu à des structures par lesquelles se manifestent à la fois le corps, le psychisme et l’ego.

Chaque arbre se distingue de chaque autre, mais est de manière égale relié à la terre : par ses racines. À travers ses racines il reçoit le suc vital de la terre. À la superficie des radicelles les plus fines, là où s’opère la transformation de la nappe phréatique en un suc individuel, lui permettant une expression individuelle et unique, là se situe le mystère du «soi» individuel…

Afin de réaliser sa finalité et de servir en produisant de nombreux fruits, chaque graine doit cesser d’être graine, doit obligatoirement passer par un processus de «démantèlement». Ainsi chaque être, qui désire réaliser sa finalité, doit nécessairement se libérer mentalement de toute attache au «moi» personnel. Ce détachement passe, selon l’enseignement de Jésus, par l’expérience du repos dans le vide au plus profond de soi .

Dans cette connaissance de soi, dans la prise de conscience qu’au plus profond de nous-mêmes tous et toutes nous sommes unis à l’Être absolu, notre terroir universel car spirituel, le vide dont le tout est pénétré, réside la valeur et la responsabilité de chaque vie individuelle. Par ce détachement mental – la circoncision en esprit – se révèlent les richesses que chaque «soi» individuel peut recevoir et exprimer en une créativité personnelle. Dans cet état de conscience ne peut plus exister la tentation d’accorder au «moi» les fruits que nous produisons…

La nécessité de relativiser notre moi personnel, d’en intégrer l’importance dans le contexte d’une harmonie universelle, n’engendre pourtant nullement la négation de l’ego individuel ! Toujours, à l’intérieur de l’homme, son ego restera le principe centralisant de la conscience individuelle. Pour lui son ego représente donc une grande richesse. Mais dans la loi d’harmonie chaque individualité sert l’unité. Dans cette serviabilité il ne peut exister de dépendance . Aucune entité n’est plus importante qu’une autre. Aucun rapport de force ne pourrait s’y manifester… Mais de cette loi l’homme s’est distancé. Il a méconnu la tâche servante de son ego pour en faire un ego dominateur… Dans cet orgueil il s’est enivré… Ce qui est toujours une grande richesse est devenu son plus grand ennemi…

68

a dit jésus

vous êtes des heureux

lorsqu’on vous récuse et qu’on vous persécute

et qu’il ne sera trouvé de traces en vous là où vous étiez persécutés

Mt 5. 11 – Lc 6. 22

La traduction de la dernière ligne pose quelque problème. La transcription mot à mot en est : et ne sera pas découvert de lieu dans l’endroit où vous aurez été persécutés en vous.

Lorsque le «moi» s’est libéré, s’est détaché des valeurs somatiques et psychiques qui lui sont propres et a pris conscience du «soi» véritable, il est devenu invulnérable face à l’agression des autres. Douleur et souffrance font partie du monde inférieur et ne peuvent sévir tant qu’existe une dépendance des lois inférieures. C’est la raison pour laquelle, en fait, chaque être porte en lui la cause de sa propre souffrance… Une libération totale engendrerait donc une indépendance de la loi de karma et, par conséquent, du mal causé par autrui. Une gifle sur la joue droite ou sur la gauche ne pourrait plus nous perturber…

Cette dernière réflexion, présente également dans les évangiles canoniques, ressemble davantage à un joli conte de fée qu’à la réalité du vécu… L’expérience du cheminement nous apprend pourtant que notre vulnérabilité, bien qu’elle soit toujours présente, peut ostensiblement décroître. Plus nous devenons réceptifs à la lumière intérieure, moins nous nous laissons perturber par des ombrages… Cette expérience peut nourrir le rêve d’un futur bien plus bel encore…

L’enseignement de Jésus est l’expression de son expérience personnelle, de sa gnose. Ici il nous apprend que lorsque nous demeurons dans l’harmonie de l’unité, nous ne pouvons plus être touchés par l’agressivité de qui que ce soit. Ceci concerne donc au premier chef sa propre personne. Comment expliquer dès lors que Jésus lui-même aurait connu la souffrance…? Qu’ont observé les hommes et qu’elle était la réalité à l’intérieur de lui-même…? En quoi, par ailleurs, pourrait consister la valeur d’une glorification de la souffrance qui, en fait, est la conséquence d’un état de disharmonie et non d’unité…? Ce pourrait-il que la souffrance d’un autre puisse être salvatrice pour nous-mêmes…? Est-ce bien raisonnable d’accorder à la souffrance d’un homme un effet rédempteur pour toute une humanité, passée et à venir…? Cette représentation des faits ne signifie-t-elle pas pour nous tous une solution de facilité…? La glorification de la croix, dans le sillage de la théologie paulinienne, n’eut-elle pas pour conséquence de méconnaître la valeur libératrice de la parole de Jésus…?

69

a dit jésus

heureux sont ceux qui ont été persécutés dans leur cœur

ils ont connu le père en vérité

heureux sont ceux qui sont affamés

car sera rassasié le ventre de qui veut

Mt 5. 6 – Lc 6. 21

Cette parole s’associe à la parole précédente, au logion 58 aussi. Toute expérience de souffrance ou de peine est un moyen par lequel nous pouvons évaluer notre vulnérabilité et de nos limitations. Car jamais nous ne serons à même de déceler le sens de ce qui peut nous survenir. Puisque notre intelligence ne peut avoir accès au domaine de l’absolu, les conséquences de la loi de karma sont un défi constant pour notre perception de justice. Dans ces restrictions demeure notre vulnérabilité…

Toute épreuve peut engendrer une sagesse. Plus nous sommes attachés aux valeurs inférieures – et les êtres aussi font partie du monde inférieur – plus nous sommes confrontés à notre fragilité intérieure. Cette expérience est hélas nécessaire pour évaluer quelles valeurs nous rendent forts et quelles sont celles qui nous fragilisent, afin de déterminer pour nous-mêmes une juste échelle de valeurs existentielles. Parce qu’existe la lumière, existent les ténèbres… Celui ou celle qui a soif de lumière, qui est affamé d’harmonie, peut en découvrir la source à l’intérieur de soi-même et évaluer la force qu’elle peut lui donner.

Au chapitre 4 de l’évangile de Jean l’image de l’eau est reprise par celle du pain. Le sens de l’image reste toutefois inchangé. Quiconque découvre la source véritable en soi-même ne sera non seulement plus jamais assoiffé ou affamé, mais sera source lui-même. Ceux qui dans le désert ont mangé la manne du ciel sont morts… Mais celui qui mange le pain que donne mon Père vivra… (Jn 6. 30 et suite) La condition toutefois pour apprécier ce pain est d’être affamé …

70

a dit jésus

quand vous aurez engendré cela en vous

ce qui est vôtre vous sauvera

si vous n’avez pas cela en vous

ce qui n’est pas vôtre vous tuera

La vie est un processus évolutif, caractérisé par une croissance spontanée et dirigé par une loi absolue. La tâche du semeur est de semer… Ce qu’ engendre l’unité de la graine et de la bonne terre n’est plus de sa compétence. La vie se manifeste spontanément ! Il y va de même pour le nouveau, qui peut s’épanouir dans notre conscience. Mais pour engendrer cela en nous il est nécessaire de labourer le terroir de notre conscience, afin qu’il devienne de la bonne terre. En cela consiste le nécessaire processus de purification intérieure. Alors seulement la vie pourra se manifester spontanément et engendrer cela en nous , par une intégration du supérieur dans l’inférieur.

Ce qui est le fruit du supérieur a une valeur absolue. Il ne s’agit plus d’un prêt mais d’un présent… ! Qui reçoit la lumière n’est plus une ténèbre ! Qui n’a pas cela en soi est mortellement malade…

71

a dit jésus

je renverserai cette maison

et personne ne pourra la reconstruire

Une fois de plus se pose la question de savoir en quelle circonstance cette parole fut dite. Que signifie cette maison ? En plus, jamais la tâche du fils de l’homme ne pourrait s’exprimer par une destruction, un combat «contre», un renversement … Une interprétation plausible ne peut, à notre avis, se dévoiler que par une référence au logion 66 et sa pierre d’angle.

Lorsque la pierre d’angle est méconnue par les bâtisseurs, l’édifice ne peut être solide. En le renversant cela peut être démontré… Combien de croyances ne furent-elles pas fondées sur des pierres d’angle plus que douteuses…?

72

un homme dit à jésus

parle à mes frères

afin qu’ils partagent les biens de mon père avec moi

il lui dit

homme qui a fait de moi un partageur

il se tourna vers ses disciples et leur dit

suis-je un partageur

Lc 12. 13-15

La tâche de Jésus est élevée au dessus des lois conçues par l’homme, afin de maintenir un ordre équitable dans ce bas monde. Une loi peut être bonne ou mauvaise. Cela ne le concerne pas. Lorsqu’une femme fut sur le point d’être lapidée, il ne s’est opposé ni à un jugement, ni à une loi. « Que celui qui est sans fautes jette la première pierre…» Il confronte l’homme à soi-même, à sa responsabilité.

D’autre part Jésus ne pourrait pas non plus être considéré comme un médiateur entre Dieu et les hommes. Le but de sa parole est de témoigner d’une lumière intérieure. La lumière n’intercède, ni ne départage , elle illumine… Quiconque se rend réceptif à sa parole et en recherche le sens véritable, peut bénéficier de l’illumination de son enseignement et reconnaître son «soi» véritable. Cette voie de rédemption chaque être doit l’assumer personnellement, sans médiateur. Voilà le défi que nous propose Jésus. Au besoin retournez au logion 38.

73

a dit jésus

la moisson est abondante mais les ouvriers sont rares

priez donc le maître qu’il envoie des ouvriers à la moisson

Mt 9. 37-38 – Lc 10. 2

En sa plénitude la vie est à notre disposition, car la moisson est abondante . Les rares ouvriers , qui ont atteint le lieu de la moisson, nous rappellent ceux qui, au logion 64, eurent accès au repas parce qu’ils parcouraient déjà le chemin … Parcourir le chemin suppose un engagement conscient, une volonté de se remettre en question, une prise de conscience de la nécessité d’une purification intérieure, afin de devenir réceptif à l’invitation du Père. Là où est le commencement, où demeure l’enfant de sept jours, où se réalise l’unité de la semence et de la bonne terre, là aussi est le lieu de la moisson. Celle ou celui, qui connaît l’endroit de l’unité, en connaît aussi la voie et participera dans la moisson. Je suis la voie, la vérité et la vie… (Jn 14. 6) Comme ce fut le cas pour le repas, l’invitation appartient au Père. La réponse toutefois ressort de notre responsabilité…

L’image d’une moisson abondante est elle aussi peu conciliable avec notre vécu réel… L’attente d’une moisson dans l’au-delà est-elle toutefois plus réaliste…?

74

il a dit

maître nombreux sont ceux autour du puit

mais personne dans le puit

75

a dit jésus

nombreux sont ceux qui se tiennent près de la porte

mais ce sont les monachos

qui entreront dans l’endroit du mariage

Au logion 74 Jésus utilise l’image d’un point d’eau, d’un puit , qui dans les régions arides est source de vie. Au logion 75 il nous propose l’endroit du mariage , le lieu où est fêtée l’unité de l’homme et de la femme, unité qui est source de vie nouvelle. Le symbolisme d’une source a déjà été utilisé à maintes reprises. (voir le logion 29) L’image du mariage rappelle celle de l’unité de la semence et de la bonne terre. Tant pour le puit que pour le mariage, l’invitation est d’ entrer à l’intérieur .

Au départ de toute vie biologique humaine se trouve l’union d’un spermatozoïde et d’un ovule : l’unité du masculin et du féminin. La transposition de l’image biologique vers une réalité spirituelle est une démarche qui, dans les évangiles canoniques, est restée muette… Culturellement il était alors en effet plus que délicat d’accorder à la femme une valeur égale à celle de l’homme. (voir le logion 114 !) Dans les évangiles Jésus figure donc comme un époux sans épouse… ! Dans son élévation de Jésus en tant que fils de Dieu, le psychisme paulinien ne pouvait concevoir un Christ de chair et de sang, qui serait «souillé» par quelqu’acte sexuel… L’image de l’unité de l’époux et l’épouse fut donc amputée de l’épouse… En s’accordant à elle-même le statut d’épouse du Christ, l’Église parât de manière plus que douteuse à sa propre incompréhension…

Se tenir autour du puit ou près de la porte du mariage n’est pas la bonne démarche. Que peut faire la différence entre une présence à l’extérieur et celle à l’intérieur ? Au logion 75 la réponse est limpide : le monachos . Ceux ou celles, qui flânent autour du puit , qui, poussés par quelque curiosité, se tiennent près de la porte du mariage, préfèrent pourtant la terre ferme qui porte leurs pas ou la douce insouciance à l’abri de murs sécurisants de leur foi… Une simple curiosité ne suffit pas pour s’engager vraiment dans une voie de recherche spirituelle !

Le monachos s’est libéré dans son esprit, a relativisé la valeur du «moi» tributaire de normes relatives et précaires, et a reconnu sa valeur véritable dans le lien l’unissant à l’Être absolu. Cette union lui a révélé sa finalité de serviteur dans l’autorité du Père. Dans la prise de conscience d’un lien intérieur et donc vertical – à l’image du puit – il s’est débarrassé de liens horizontaux. Détaché, libéré, le monachos est devenu un dans la source et participe dans la fête du mariage.

Le monachos n’est pourtant reconnaissable à aucun signe extérieur. C’est l’état d’esprit intérieur qui importe. Son engagement dans la société est marqué par une intégration de la lumière intérieure dans sa conscience. La tâche du monachos n’est ni de fuir la disharmonie, ni de la combattre, mais de faire rayonner cette lumière intérieure.

Toute forme de spiritualité suppose un cheminement intérieur . Ce cheminement fait nécessairement partie d’un équilibre mental naturel, qui détermine l’évolution de l’homme. Mais cette voie fut méconnue par les autorités religieuses. Notre parcours fut délimité par des commandements et des interdits, accompagnés de la menace d’une éternelle torture infernale… C’est la manière que choisit l’Église pour nous faire connaître l’enseignement de Jésus… à moins que ce ne soit la doctrine de Paul…

Aujourd’hui, et depuis quelques décennies, nous constatons dans le monde occidental, un renouveau spirituel inspiré par l’exemple oriental. Bien que ce phénomène, appelé «new age», témoigne trop souvent d’un mimétisme superficiel, il reflète néanmoins un besoin réel de spiritualité, auquel une Église arthrosée ne peut répondre. Cet évangile n’a pourtant pas sa place dans une vitrine «new age» ! La metanoia , à laquelle Jésus invita ses disciples voici deux mille ans, était alors de toute évidence trop radicale pour être entendue. Aujourd’hui son invitation est plus que jamais actuelle. Reste à voir ce que vingt siècles d’histoire ont pu apprendre à la conscience humaine… L’homme est-il prêt aujourd’hui à une véritable et nécessaire introspection… ? Son éveil est-il tel qu’il puisse vivre sa liberté, sa responsabilité, son intelligence et son amour dans une communion spirituelle avec la source de toutes ses facultés… ?

76

a dit jésus

le royaume du père est comparable à un marchand

qui possédait un ballot et découvrit une perle

le marchand était un homme sage

il vendit le ballot et acheta pour lui cette perle

vous aussi cherchez le trésor qui ne périt pas

qui demeure dans l’endroit où la mite ne peut le manger

ni le ver ne peut le détruire

Mt 13. 45-46 et 6. 19-20 – Lc 12. 33

Le choix que fait le marchand est comparable à celui du pêcheur avisé au logion 8. Ici le marchand opte pour la valeur inaltérable de la perle plutôt que pour ses biens périssables. Une fois de plus est mis en exergue l’importance de l’intelligence, de la faculté de discernement qui nous est confiée. C’est un trait caractéristique qui distingue cet évangile des évangiles canoniques, où l’amour du prochain et le don de soi sont bien davantage à l’honneur. L’intelligence au service d’une réflexion religieuse libre et personnelle – comme, entre autres, Teilhard de Chardin en fit l’expérience – ne fut hélas jamais appréciée par les autorités ecclésiastiques…

Comme nous est déléguée la faculté d’aimer, au même titre nous est déléguée la faculté de réfléchir… Dans l’autorité du Père notre tâche consiste à faire un usage optimal de toutes les facultés mises à notre disposition. Cela fait partie de notre responsabilité, qui est la conséquence de la liberté qui elle aussi nous est déléguée. En outre, toute expression de bonté n’a de valeur que si l’action se fonde sur une juste connaissance !

77

a dit jésus

je suis la lumière qui est sur eux tous

je suis le tout

le tout est venu de moi (*)

et le tout est venu à moi

fendez le bois là je suis

soulevez la pierre là vous me trouverez

Jn 8. 12

(*) Nous soupçonnons ici une inversion des lignes 4 et 5. L’expérience de la lumière intérieure, du vide dont le tout est pénétré, est en effet la base de l’expression qui peut en être faite.

L’expérience d’un état de conscience d’unité, dont témoignent mystiques et yogi, ne peut s’exprimer en paroles… La parole appartient au monde relatif et s’exprime donc en termes dualistes. La lumière et sa source sont un … Celui ou celle qui en soi-même reconnaît cette lumière est un avec la lumière et donc uni à sa source, qui est aussi le vide… Le vide est «cela» qui pénètre le tout , qui permet l’expression de chaque vibration, de chaque particule élémentaire, de chaque atome. Dans l’inférieur «cela» s’exprime en énergie et matière, en images et couleurs. Au plus profond de l’être du monachos «cela» se manifeste comme une lumière embrasante : je suis être, parce que le vide me pénètre de sa lumière et m’élève dans sa source… Ceci n’est pas l’expression d’une exaltation de soi, mais la reconnaissance d’une intégration dans et au service de l’Être absolu.

Ceux qui voient dans l’inférieur ne distinguent que des couleurs… Celle ou celui qui connaît la lumière, connaît toutes les couleurs ! Qui reconnaît la source dans le vide, voit le tout en soi et soi-même dans le tout . La suspicion de panthéisme, dont ce logion fait l’objet, appartient à ceux qui voient avec deux yeux et ne distinguent que des couleurs. Pour la lumière dans les couleurs leurs yeux sont encore trop faibles, leur conscience trop aveugle…

78

a dit jésus

pourquoi êtes-vous sortis vers la campagne

pour voir un roseau agité par le vent

et pour voir un homme paré de vêtements délicats

là sont vos rois et vos supérieurs

ceux-ci portent des vêtements délicats

et ils ne pourront pas connaître la vérité

Mt 11. 7-10 – Lc 7. 24-27

D’où vient le roseau et d’où le vent qui l’agite ? Ils témoignent d’une vie pure, spontanée et naturelle. La connaissance de la nature et de ses lois est une opportunité pour relativiser tout prétentieux pouvoir humain. Chaque expression naturelle répond en effet à une loi absolue d’harmonie. Dans la reconnaissance d’un lien permanent, unissant toute expression relative à sa source absolue, réside la conscience religieuse universelle .

Notre attention se porte hélas bien plus aisément vers un spectacle artificiel présenté par de hauts dignitaires parés de vêtements délicats . Ce n’est pourtant pas auprès de ces gens là, détenteurs de savoir et de pouvoir, que nous découvrirons la sagesse véritable… L’enseignement que nous donne la nature est bien plus précieux qu’un cortège de professeurs ou de cardinaux…

La mention de rois nous pose un problème… Le fait qu’il s’agisse ici d’un pluriel suppose un usage malpropre du mot. Car un roi est unique… et n’est pas à confondre avec des supérieurs ordinaires…

79

une femme dans la foule lui dit

heureux le ventre qui t’a porté et les seins qui t’ont nourri

il lui dit

heureux sont ceux qui ont entendu la parole du père

et qui l’ont gardée en vérité

car il y aura des jours où vous direz

heureux le ventre qui n’a pas conçu

et les seins qui n’ont pas allaité

Lc 11. 27-28 et 23. 29

Ainsi que Paul nous en donna un témoignage explicite, l’espoir d’un avènement divin libérateur était solidement ancré dans l’esprit des juifs. L’histoire du peuple «élu par Jaweh» est marquée par de nombreuses dominations étrangères. Un jour viendrait pourtant où l’autorité divine serait rétablie. Mais avant que cela puisse se faire la venue d’un Messie était nécessaire. Ceux, qui jadis furent reconnus comme tel, n’ont pu mener leur tâche à bien. Peut-être cette femme a-t-elle reconnu en Jésus un prophète illuminé ou même le Messie tant attendu… Hélas, il ne peut que la désabuser. Ils ne se trouvent pas sur la même longueur d’onde…

L’avènement libérateur qu’espèrent les juifs n’est qu’un rêve. Comme n’est qu’illusion l’alliance qu’ils croient avoir avec leur Dieu. Il n’est pas évident de remettre en question des convictions aussi profondément enracinées dans les esprits et qui détiennent en plus une réponse à des angoisses existentielles. Ce constat est valable tant pour l’homme moderne, que pour les contemporains de Jésus. La réalité représentée dans l’image d’un royaume est bien réelle, mais elle ne correspond pas à l’attente juive. L’avènement du royaume n’est pas le happening, tel qu’il fut conçu dans la Bible hébraïque et reconnu par Paul,mais une réalité intérieure , qui ne peut se révéler qu’au terme d’un cheminement intérieur. En cela consiste la parole du Père , que Jésus tente d’exprimer. Seulement voilà : ils ne l’écoutent pas. Il ne peut que constater la confusion et tenter de les préserver d’une attente illusoire et d’alléluias présomptueux…

Toujours la loi de karma accomplira sa tâche et fustigera les erreurs humaines, faisant des victimes parmi coupables et innocents. Ceci peut nous paraître contraire à tout sentiment de justice, contraire aussi à l’image d’une l’infinie bonté divine… Pour des images l’homme seul est responsable. La loi est ce qu’elle est : imperturbable et impitoyable…

80 voir le logion 56

81

a dit jésus

celui qui s’est fait important qu’il se fasse roi

et celui qui exerce un pouvoir qu’il renonce

110

a dit jésus

celui qui a trouvé le monde et s’est fait important

qu’il renonce au monde

Autorité et pouvoir sont deux notions distinctes, qui dans notre société et probablement depuis que l’homme est apparu sur terre, sont très aisément confondues. Le fruit naturel de toute connaissance est autorité. Dans l’histoire biblique elle fut symbolisée par le fruit de l’arbre de la connaissance, dont Adam s’est accaparé. Une autorité repose sur une connaissance mise au service et donc libératrice pour autrui. Quiconque exerce un pouvoir ne met pas sa connaissance au service d’autrui , mais sert soi-même afin de se faire important. Tout exercice de pouvoir restreint la liberté d’autrui.

Cette confusion fut fatale à ceux qui se sont considérés comme les héritiers des disciples. Depuis que l’empereur romain Constantin fit, au quatrième siècle, de la croyance chrétienne religion d’état, l’autorité religieuse et le pouvoir politique, Dieu et César, se sont épousés. Jamais une telle alliance contre nature n’eût pu être conçue… surtout pas au nom de Jésus, le serviteur, qui jamais ne s’est rallié aux puissants mais a toujours pris partie pour les plus faibles… En Jésus est en effet personnifié le témoignage que jamais une connaissance religieuse ne pourrait engendrer quelqu’exercice de pouvoir que ce soit…

Chaque croyance se fonde sur une prétendue connaissance du divin, qui fut concrétisée dans des commandements et des interdits. Ceux-ci furent présentés comme étant d’origine divine et donc irrévocables. Cette connaissance n’a pas été mise au service de l’homme, pour lui elle n’était pas libératrice mais contraignante : autorité est devenue pouvoir… Renoncer à toute implication dans un exercice de pouvoir est le message évident qui nous est présenté dans ces deux logia. Car quiconque participe à un pouvoir subit la loi du lion. L’histoire de l’Église de Rome illustre bien toutes les conséquences que peuvent engendrer aussi bien la confusion entre autorité et pouvoir que le désir de s’octroyer un pouvoir…

Du logion 81 est à déduire que le titre de roi n’est pas à confondre avec un exercice de pouvoir ! L’autorité royale engendre elle aussi une responsabilité au service des autres. La confusion entre autorité et pouvoir trouve son origine dans la conscience individuelle et appartient donc à la responsabilité de chaque être. Lorsque, victime de perturbations, la conscience se trouble, le moi se fait orgueilleux et s’accorde un pouvoir, il s’engage dans une voie fatale illustrée par l’histoire du péché originel. Adam – l’homme – s’est accaparé du fruit de l’arbre de la connaissance et s’est ainsi octroyé un pouvoir dirigeant dans la création. Il a confondu être et avoir, donner et prendre… Le geste d’Adam n’était pas donnant mais prenant… Inexorablement ce geste fut sanctionné par la loi de karma .

Toujours son orgueil est nôtre… Toujours, et nonobstant la croix, une lucidité rédemptrice nous fait défaut… La prise de conscience des conséquences dévastatrices de l’orgueil humain, qui a usurpé tant d’un savoir que d’un pouvoir illicite, est déterminante dans le choix de notre réponse à l’invitation de Jésus dans cet évangile.

82

a dit jésus

celui qui est près de moi est près de la flamme

et celui qui est éloigné de moi est éloigné du royaume

Origines – homilia in Jeremiam 20.3 : j’ai lu quelque part que le Sauveur a dit – je me demande si on a mis ces mots dans la bouche du Sauveur ou si on l’a cité de mémoire ou bien encore si ce qu’on dit est vrai – en tout cas voici ce que le Sauveur dit en ce passage : celui qui est près de moi est près du feu, celui qui est loin de moi est loin du royaume.

Hors mis le soleil et la lune, une flamme représentait alors l’unique source de lumière. La source de la lumière véritable Jésus l’a reconnue à l’intérieure de lui-même. Qui est près de lui est donc près de la source. Il est évident que cette proximité n’est pas physique mais spirituelle ! L’expérience d’un lien spirituel ne repose ni dans le temps ni dans l’espace. Celle ou celui qui s’est élevé à l’état de conscience de Jésus, transcende temps et espace et est unifié à lui dans la royauté du Père.

83

a dit jésus

des images apparaissent à l’homme

et la lumière qui est en elles est cachée

dans l’image de la lumière du père elle se dévoilera

et son image sera cachée par sa lumière

Cette parole nous invite à une réflexion peu commune ! Le symbolisme de la lumière était déjà présente au logion 50. La lumière est source de visibilité, bien qu’elle-même soit invisible… En effet, la nuit nous voyons la lumière de la lune au milieu des ténèbres. Nous savons pourtant que la lune n’est pas un astre, qu’elle n’est pas une source de lumière. Elle réfléchit la lumière du soleil, qui est donc bien présente là où nous ne voyons que ténèbres… De même une projection cinématographique ne peut se passer d’un écran, dont la matière rend visible les images portées par la lumière. Dans une union harmonieuse avec la matière la lumière est servante , afin de nous révéler les images qu’elle porte en elle.

La lumière du Père est d’une nature différente. Elle est la lumière intérieure, qui inspire à une connaissance ou une vision nouvelle, à un engagement plus conforme à notre finalité. Reçue par l’écran de notre conscience elle est appelée pneuma , Esprit, «le souffle» du Père. Par elle, et uniquement par elle, la réalité proposée par l’entremise de l’image d’un père peut se révéler en nous. La révélation de la présence d’une réalité intérieure absolue ne peut toutefois être confondue avec l’impossible connaissance de cette réalité…

Imaginez un instant un bel après-midi d’été, inondé de lumière. Dans l’image de la lumière nous est révélée sa source : le soleil. Mais le soleil lui-même nous est caché… par sa lumière ! Ainsi toujours l’image du Père nous sera cachée par sa lumière … Aucun être ne peut se prévaloir d’une connaissance du Père, il ne peut être qu’ébloui … Théologien, où est ton deuil…?

84

a dit jésus

les jours où vous voyez votre ressemblance vous êtes réjouis

mais lorsque vous verrez vos images

qui étaient avant vous au début

qui ne meurent ni se manifestent

combien supporterez-vous

Dans les images, que nous percevons de nous-mêmes, par l’entremise du miroir que d’autres nous proposent, nous distinguons notre moi. Ces images peuvent nous flatter ou nous décevoir… Elles sont pourtant déterminantes pour l’image que nous concevons de nous-mêmes. Quelque puisse être l’importance de «l’image de soi», toujours cette image sera fondée sur des valeurs relatives et donc éphémères. Si nous voulons voir notre image véritable, qui se cache derrière l’image de soi, il est nécessaire de transcender les valeurs relatives. Car le «soi véritable», dont le moi n’est que l’expression visible et temporelle, réside dans la lumière intérieure qui est invisible et intemporelle. C’est la raison pour laquelle le «soi véritable» est invulnérable… (voir le logion 67) Dans ce «soi» chaque être est de manière égale unifié à l’Être absolu.

85

a dit jésus

adam est issu d’une grande puissance et d’une grande richesse

et il n’a pas été digne de vous

car s’il eût été digne il n’aurait pas goûté la mort

L’histoire du péché originel fait partie de la culture juive. Reste pourtant la question de savoir comment ce récit biblique fut perçu…? Le geste d’Adam est-il considéré comme un péché unique d’un homme, pour lequel Dieu a puni l’humanité entière, ou s’agit-il d’un conte symbolique fustigeant l’état d’esprit orgueilleux de l’être humain qui, reniant l’autorité du Créateur, s’est accordé à lui-même un pouvoir illicite ?

La loi d’harmonie, qui préside à toute expression de la vie dans son infinie diversité, appartient au supérieur. De cette loi aucun homme ne peut s’octroyer l’autorité. Toute usurpation est geste d’orgueil. Poussé par son savoir prétentieux l’homme s’est séparé d’une autorité absolue – une grande puissance et une grande richesse – dont la loi d’harmonie est l’expression.

Toujours nous sommes l’Adam, car orgueilleusement nous nous accordons toujours un savoir et un pouvoir illicite. Depuis Abraham et jusqu’à aujourd’hui des hommes s’imaginent être les interprètes d’une «volonté divine». Toujours des hommes abusent d’une prétendue connaissance du divin afin d’imposer un pouvoir à d’autres. Il est illusoire de croire que la croix a libéré l’humanité de ce «péché originel» ! Une prise de conscience de notre orgueil, qui toujours nous isole de la source unique dont est issu Adam , est la condition première à une reconnaissance de notre finalité et à un engagement dans la voie libératrice d’une véritable connaissance de soi.

L’expression : il n’a pas été digne de vous peut susciter la présomption que Jésus considère ses disciples comme des êtres quasiment parfaits. Cet évangile nous enseigne pourtant bien souvent le contraire… Il est probable qu’il fait ici allusion à l’image dont il est question au logion précédent : le potentiel absolu présent dans chaque être.

86

a dit jésus

les renards ont leur tanière et les oiseaux ont leur nid

mais le fils de l’homme n’a pas d’endroit

où incliner sa tête et se reposer

Mt 8. 19-20 – Lc 9. 17-18

La nature est la matrice biologique d’où sont issus l’animal et l’homme. Elle est aussi la terre nourricière qui nous permet un développement libre et harmonieux. Elle est en plus une mère pleine de sagesse, qui nous enseigne les valeurs de l’harmonie, tantôt généreuse tantôt péniblement sévère. Car la loi, qui préside à son expression, est aussi celle qui dirige toutes les cellules de notre corps. Seulement, l’expression de cette loi engendre à l’intérieur de l’homme un tel raffinement de son cerveau, qu’il se considère comme étant supérieur à la nature. En une certaine mesure il est en effet capable de subordonner la nature, de domestiquer des animaux. Mais ici aussi l’orgueil de l’Adam a sévi !

L’homme ne peut impunément manier la nature, la maltraiter pour en tirer un profit. Car elle n’est qu’un prêt, dont rien ne lui appartient, ni tanière , ni nid , ni quelqu’ endroit que ce soit. Ici également la loi de karma est de rigueur et pour chaque abus nous est présentée une note de frais… Trop souvent hélas nous préférons ignorer les nombreux avertissements que la nature nous adresse. La nécessité de vivre en harmonie avec la nature est pourtant un souci tellement plus concret que la reconnaissance d’une source d’harmonie, aussi bien dans la nature qu’à l’intérieur de nous-mêmes. Seulement voilà, aussi longtemps que notre harmonie intérieure sera défectueuse, une harmonie avec notre environnement naturel restera problématique !

87

a dit jésus

misérable est le corps qui dépend d’un corps

et misérable est le moi intérieur (psychè) qui dépend de ces deux

Dans le logion précédent nous étions confrontés à la relation qui nous unit à notre environnement naturel. Ici nous sommes confrontés à notre dépendance par rapport au corporel. Comme la nature est un prêt mis à notre disposition, afin de nous permettre un développement harmonieux, notre corps est lui aussi un prêt qui nous est confié individuellement. Il est l’outil par lequel notre moi peut se manifester en une expression personnelle. Comme la nature, notre corps sert lui aussi, afin de nous révéler la loi d’harmonie, par laquelle s’exprime l’Être absolu.

Mais, depuis que l’homme a substitué son propre savoir à la loi d’harmonie, la société humaine porte la marque non plus d’une harmonie mais d’une dépendance . Des liens horizontaux et donc superficiels sont devenus tellement plus importants que cet unique lien intérieur, qui constitue la racine véritable de toute vie relative. Dépendance signifie manque de liberté et engendre esclavage, rapport de forces et confrontations. En se séparant de sa source, en reniant sa loi, le moi serviteur fit place au moi dominateur.

L’équilibre à l’intérieur de l’homme en subit les conséquences. L’unité du corporel et du psychique devint disharmonieuse, son intelligence se troubla. Un savoir imaginaire remplaça une connaissance pure. Ainsi le «moi» est devenu dépendant du corps comme le corps est devenu dépendant du «moi». Des corps sont devenus dépendants d’autres corps et de cette dépendance des «moi» sont devenus les victimes. L’inspiration, qui à l’origine guidait un équilibre harmonieux, ne pouvait plus se manifester…

Toute dépendance corporelle engendre des désirs égocentriques. Tant que ces désirs-là déterminent le choix de nos actions, nous demeurons dans une vulnérabilité qui rend délicate toute tentative de relation harmonieuse. Nos attentes ne sont plus réalistes, parce que nos désirs ne répondent plus aux normes d’harmonie. Aussi bien un savoir que l’amour n’ont de valeur que lorsqu’ils se donnent. La faculté de donner harmonieusement est mis à notre disposition par une source inspiratrice. La condition essentielle pour vivre en harmonie toute relation humaine consiste donc à fixer solidement nos racines dans cette source absolue. « Les hommes manquent de racines, ça les gène beaucoup … » (Le petit Prince XVIII)

Dans la loi d’harmonie règnent unité et serviabilité. Ceci concerne aussi bien l’esprit, le psychisme que le corps. Si nous voulons évoluer vers un idéal d’harmonie, nous devons renoncer à toute forme de dépendance . Ceci ne signifie toutefois pas que nous devons, selon la parole de Paul, renoncer à tout ce qui fait partie du monde «de la chair et du sang» ! Comme la lumière ne peut exprimer sa visibilité que dans une union harmonieuse avec la matière, ainsi «la chair» demeurera toujours le substrat par lequel s’exprime l’Esprit. L’harmonie physique, appelée sexualité, dans laquelle deux corps peuvent s’unir, appartient elle aussi à l’expression de Sa loi… En cette loi point de place pour une dépendance , seulement pour une union harmonieuse …

88

a dit jésus

des anges viennent vers vous et des prophètes

et ce qui est à vous ils vous le donneront

et vous-mêmes donnez leur ce qui est dans votre main

dites-vous quel jour viendront-ils

et recevront-ils ce qui est leur

Voici sans doute le logion le plus cryptique de cet évangile. Sincèrement, le sens de cette projection futuriste nous échappe… Le rôle dévolu aux anges et aux prophètes nous semble pour le moins suspect, surtout lorsqu’on connaît l’opinion de Jésus concernant les prophètes. (voir le logion 52) En plus il s’agit ici de l’unique mention d’anges faite par Jésus dans cet évangile. Les verbes donner et recevoir nous font soupçonner un négoce suspect dans lequel seraient compromis anges et prophètes… Ne s’agirait-il pas là d’une émanation de l’ancien ou d’une gnose mal comprise… ?

L’impression dominante à la lecture de ce logion est la suspicion d’une manipulation, d’une variante fantaisiste du logion 41, mise dans la bouche de Jésus. Dans les évangiles canoniques de telles manipulations sont hélas trop souvent présentes. Certains vont même jusqu’à prétendre qu’elles y sont plus nombreuses que les paroles authentiques de Jésus… Dans cet évangile un problème analogue est de mise au logion 114. « Être passant» nous semble ici l’attitude la plus indiquée…

89

a dit jésus

pourquoi lavez-vous l’extérieur de la coupe

ne comprenez-vous pas que celui qui a créé l’intérieur

et aussi celui qui a créé l’extérieur

Mt 23. 25 – Lc 11. 37-40

La formulation faite par Luc au verset 11. 40 nous semble plus logique : celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur ? Cette possible inversion n’a pourtant pas de conséquences interprétatives.

Une fois de plus il s’agit de la relation entre l’intérieur et l’extérieur, le supérieur et l’inférieur. Le serviteur se doit de servir comme sert une coupe. L’importance d’une coupe est déterminée par son contenu, par l’intérieur. Mais l’intérieur ne peut servir qu’à la condition qu’il soit propre donc vide . En plus : il n’y a pas d’intérieur sans extérieur… Une attention portée vers l’extérieur n’est pas réprimandable, mais n’a de sens qu’en fonction d’un service commun : l’extérieur sert l’intérieur comme l’intérieur sert l’eau de la source.

A suivre …

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