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Les »BLACK PROGRAM »: le projet BLOODSTONE, une unité spéciale composée d’Ex Nazis, de criminels et d’Agents de la CIA

Un Programme de la CIA pour créer une unité spéciale, qui serait utilisée pour des assassinats et des enlèvements de personnalités étrangères.

Le programme surnommé « Bloodstone » est sans doute l’un des moins connu, tout en étant l’un des éléments les plus significatifs, au sujet des aspects criminels de l’agence de renseignements Américaine.

On peut dire que ce projet est né quasiment en même temps que la CIA, puisqu’il sera décidé au printemps 1948 (et la CIA fût crée en septembre 1947).

Les missions du projet seront définies très précisément dès le départ par les chefs d’opérations de la CIA, et le Pentagone qui est au courant du projet, mentionnera que l’opération Bloodstone sera chargée, « d’opérations spéciales ». En outre, le « National Sécurity Council », le « Conseil national de sécurité » avait déjà autorisé la CIA à procéder à des « projets spéciaux » (des « opérations clandestines »), par une « Executive Authorization of Cover Action », à partir de 1948.

Les objectifs du projet Bloodstone sont sans aucune ambiguité pour ceux qui sont de nature criminelle:


– Recrutement de transfuges, voulant ou ayant quitté l’URSS et rallié l’Ouest;

– Recrutement et utilisation de toutes organisations d’extrême-droite, officielles ou non, mais farouchement anti-communiste;

– Recrutement d’anciens militaires et agents nazis, pouvant être employés contre l’URSS;

– Création d’une unité spécifique, pouvant être utilisée pour des assassinats et des enlèvements et aussi des missions de sabotage;

– Possibilités d’être employé pour des opérations anti-communistes, de « guerre clandestine » et de « subversion ».

La planification du programme et la création de l’unité.

La mise en place du programme et la constitution de la future unité, seront placés entre les mains d’un nouveau venu à la CIA, mais qui est loin d’être un débutant dans le domaine du renseignement, et encore moins pour ce qui est de superviser une unité qui doit être utilisée sur le terrain, pour des missions secrètes.


Il s’agit du colonel Boris T. Pash, qui était officier du contre-espionnage, et était responsable de la sécurité du « Manhattan Engineer District », pendant la Seconde Guerre Mondiale, et qui fera ensuite partie des « missions militaires Alsos » en France et en Allemagne (1).

Le colonel Boris Pash, (à droite) en Allemagne en 1945.

Pash est donc un militaire aguerri, très compétent pour organiser des opérations commandos, et surtout qui connait déjà le monde du renseignement, de par sa carrière.

De plus, un petit atout non négligeable et que Pash, malgré qu’il soit né aux Etats-Unis, avait vécu de nombreuses années en Russie durant sa jeunesse. Il y avait vécu sur place la Révolution d’Octobre de 1917, et quittera la Russie après avoir suivi les armées des « Russes Blancs », avec son père d’origine Russe, un pasteur qui y avait été envoyé comme missionnaire. Pash s’engagera dans l’armée Américaine dans les années vingt et fera toute sa carrière dans les services de renseignements.

Pash connait donc le Russe et le parle couramment (ce qui est bien-sûr intéressant quand on veut recruter des personnes originairent d’URSS).

Pash était arrivé en 1948 comme « représentant de l’armée » auprès de la CIA. Le 3 mars 1949, il rejoindra l’OPC, « Office of Policy Coordination », le « bureau de la coordination des politiques ». L’OPC, qui existera de 1948 à 1952, avait été mis en place pour remplacer le « Spécial Procédures Group » et portera pendant une courte période le nom de « Office of Spécial Projects », avant de prendre son nom définitif de OPC.

Ce dernier était dirigé par Franck G. Wisner pour: « …la guerre secrète contre l’Union Soviétique, basée sur un programme d’infiltration et de déstabilisation, de subversion, et de la guerre de guérilla pure et simple destinée à faire reculer le pouvoir Soviétique en Europe de l’Est et des républiques Soviétiques de Biélorussie et d’Ukraine. Son directeur jouit de pouvoirs quasi illimités pour poursuivre par tous les moyens qu’il croit devoir appliquer pour atteindre ses objectifs politiques – y compris, bien sûr, l’emploi des ex-nazis, des criminels de guerre, des anciens des réseaux de renseignements SS. »

L’OPC, « Office of Policy Coordination », de par sa fonction, travaillera donc en étroite collaboration avec l’opération Bloodstone. Et aura recours à elle, pour étendre ses activités d’opérations clandestines dans le mode entier.(2)

Par la suite, Pash deviendra le chef d’une unité, la « PB/7 », pour « Program Branch 7 ».

Cette unité, qui est une « Spécial Opérations Unit with Assassination Juridisction », une « unité des opérations spéciales ayant le pouvoir et l’autorisation à faire commettre des assassinats », était à ce moment constituée de cinq personnes et plus tard, deux agents supplémentaires viendront la compléter.


Ces sept agents, deviendront les planificateurs et les concepteurs des opérations d’assassinats et d’enlèvements, dont la CIA aura la charge. Comme vous pouvez le voir sur le document ci-dessous:

Elle recevra une charte écrite qui dira, entre autre, que « les membres de l’unité PB/7 seront responsables d’assassinats, d’enlèvements ainsi que d’autres fonctions qui pourront de temps en temps leur être données par …une autorité supérieure » (document ci-dessous).

Leurs procédures seront reprises est appliquées à six autres branches de programme de l’OPC, comme celles de: « la guerre politique, la guerre psychologique, la guerre économique, l’enlèvement et l’évasion, le sabotage et le contre-sabotage ».

Alors qu’il dirige la « PB/7 », on sait également que Pash se trouvera aussi impliqué dans le Projet « Bluebird » (qui deviendra plus tard le projet « Artichock ») (3), par le lien qu’il aura avec une autre « unité spéciale », qui s’appelait officiellement, le « Health Alteration Committee », le « Comité pour l’aménagement de la Santé » et qui était utilisé pour la création de drogues. Et dont Pash sera le co-dirigeant, avec le Dr. Sidney Gottlieb.

Pash quittera le projet Bloodstone le 3 janvier 1952, mais continuera à être en lien avec la CIA sur d’autres projets d’importance après cette date (cela sera confirmé par une lettre de la CIA du 16 janvier 1976). Il prendra sa retraite du service actif en 1957.

Il faut signaler ici que l’unité PB/7 aura un rôle déterminant dans son opposition face à un autre service de la CIA et son refus, lorsque la « CIA’s Warfare Political Program Branch », « la branche du programme de la CIA pour la guerre politique », profitant d’une absence de Pash qui se trouvait à l’étranger, approchera l’unité, pour demander l’assassinat de leaders communistes Asiatiques.

Le Chef-adjoint, qui assurait alors l’intérim comme responsable de l’unité, répondra que le chef du « Political Program Branch », n’avait pas « l’autorité supérieure » nécessaire, pour donner de tels ordres. Et il sera en cela appuyé par le Quartier Général de la CIA, qui enverra un câble, disant qu’il « désapprouvait la recommendation de faire assassiner des leaders Asiatiques ». (Cette branche de la « guerre politique », tentera de renouveler sa tentative en 1955. Quand elle demandera l’assassinat de leaders politiques Asiatiques, lors d’une conférence. Demande qui sera de nouveau rejetée).

Les méthodes d’assassinats dans le manuel de la CIA de 1954.

La participation des agents de la CIA dans des assassinats remonte avec certitude, au moins à 1954, quand il sera préparé un manuel pour accomplir des meurtres, dans le cadre d’une opération à l’encontre du gouvernement de gauche du Guatemala.


Ce manuel de 19 pages, qui a été déclassifié en 1997, est sans équivoque sur ce qu’il cherche à enseigner: « Le point essentiel de l’assassinat est la mort du sujet », et déclare que, « même s’il est possible de tuer un homme avec les mains nues… » « …les plus simples des outils locaux sont souvent le moyen le plus efficace de l’assassinat. Un marteau, une hache, une clé, un tournevis, le feu, le couteau de cuisine, un pied de lampe ou quoi que ce soit de dur, lourd et maniable suffira ».

Le manuel recommandait ce qu’ils appellent, « l’accident artificiel », comme le meilleur moyen de se débarrasser de quelqu’un.

« L’accident le plus efficace… …est une chute de 75 pieds ou plus sur une surface dure. Les cages d’ascenseurs, les escaliers, les fenêtres et les ponts peuvent servir. » Le manuel suggère de procéder en saisissant la victime par les chevilles et de procéder à un « basculement du sujet sur le bord… ». « Pousser au passage des trains, des wagons de métro sont généralement efficaces, mais nécessitent une synchronisation précise. »

Le manuel examine ensuite les « armes contondantes », notant que, « un marteau peut être trouvé presque partout dans le monde » et que « les battes de baseball sont également excellentes ». Le manuel explique les meilleurs endroits du corps pour tuer une personne par arme blanche ou encore les avantages et les inconvénients de l’utilisation des fusils, pistolets, mitraillettes et autres armes.(4)

Les recrutements de l’unité « PB/7 » au cours de la Guerre Froide.

L’opération Bloodstone deviendra alors une alternative pour des dizaines de membres actifs d’organisations d’extrême-droite anti-communiste et d’anciens nazis, qui seront jugés utiles pour la guerre contre le communisme en Europe de l’Est, et qui trouveront à entrer légalement aux Etats-Unis.

La face « officielle » du projet pour le Congrès, était d’utiliser les « socialistes, syndicats, intellectuels, les groupes politiques de droite et d’autres », pour la distribution de propagande anti-communiste, par des « prospectus, publications, magazines ou encore par l’utilisation de radios clandestines ». Les activités criminelles étant bien-sûr cachées aux parlementaires Américains et gardées beaucoup plus secrètes.

Beaucoup de recrues de Bloodstone, qui étaient d’anciens militaires ou d’anciens agents nazis, seront introduit aux Etats-Unis pour servir à la CIA.

Certains d’entre eux finiront par devenir des agents pour des missions d’assassinats et de sabotages.


Les hommes (et même des femmes), qui se seront enrôlés en vertu de l’opération Bloodstone, n’étaient pas seulement de simple « criminels de guerre », comme par exemple des gardiens de camps de concentration, comme on pourrait le penser. Bien au contraire, il y a avait aussi ce que l’on pourrait appeler, un personnel nazi « de haut niveau ».

Des commandos militaires chevronnés, des dirigeants de services, des spécialistes du renseignement, qui avaient tous épousé la cause nazie.

En 1950, l’armée clandestine organisée par les Américains en Europe de l’Est, constituée principalement d’anciens combattants des Waffen-SS, comptait quelque trente mille hommes formés, et entièrement équipés. Cela a été bien sûr un problème majeur pour dissimuler une telle grande armée clandestine. Et la meilleure solution sera de la cacher dans les rangs des propres forces Américaines en Europe, sous le couvert de ce que l’on a appelé les « unités de service du travail » (des auxiliaires de service non-américains qui secondaient l’armée Américaine en Allemagne).

A l’appui de leur tâche, les agents de la CIA furent aidés par Joseph Schreider, qui travaillait dans les laboratoires de l’agence, dans le but de développer de nouveaux poisons pour les assassinats.

La CIA mis au point des médicaments et des toxines bactériologiques qui pouvaient immobiliser une personne pendant des heures, des jours ou des mois, ou la tuer d’une manière qui ne pourrait être découverte par une autopsie ou qui pouvait sembler être le résultat d’une maladie mortelle, que l’individu pourrait vraisemblablement avoir contracté naturellement.

Les assassinats liés à ce programme de la CIA.

Voici quelques opérations réalisées, parmi les programmes d’assassinats les plus notoires, dont des compte-rendu et des informations sont parvenus jusqu’à nous (très peu sont connus en détail):

Les opérations « HAGBERRY » et « LITHIA ».

Deux de ces opérations d’assassinats nous sont assez bien connues. Elles avaient pour nom de code « Hagberry » et « Lithia », et avaient été dirigées contre des agents étrangers qui avaient pénétré des réseaux d’espionnage anglo-américain émigrés en Europe (qui opéraient dans le cadre d’une mission d’espionnage, qui avait pour nom de code « Rusty »).

L’opération Hagberry avait été conçue pour liquider un réseau de renseignements Soviétique dans la zone géographique Américaine, connu sous le nom de « Anneau de Chikalov ».

L’opération Lithia, qui avait commencé sous les auspices de l’armée en novembre 1947, avait autorisé « la liquidation dans la zone Américaine de l’Anneau Kindermann, un réseau de grande envergure en Tchécoslovaquie. » Une partie du processus de liquidation devait apparemment assassiner tous les personnels soupçonnés d’être des agents doubles.

L’opération OHIO.

Cette opération est le parfait modèle, de l’application des objectifs du programme Bloostone.

Elle avait au départ était financée, supervisée et autorisée par l’US Army Counter Intelligence Corps (CIC), l’Office of Naval Intelligence (ONI), et le renseignement de l’US Air Force (G-2), sous le nom de code de « Ohio », et sera poursuivie durant les années cinquante sous la conduite de la CIA.

Cette opération employait une équipe d’Ukrainiens ex-nazis pour liquider des agents doubles et des agents Soviétiques de l’Est, ainsi que des agents Québécois, se trouvant dans un camp de personnes déplacées à Mittenwald en Allemagne de l’Ouest, dans les Alpes Bavaroises.

Pour cette opération, plusieurs anciens de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN), qui avaient derrière eux, bon nombre de crimes contre l’humanité, avaient été recrutés. (5)

Selon un rapport, on estime que plus de cent personnes ont été assassinées par cette opération, en Europe occidentale après la guerre, mais le nombre exact n’a jamais été confirmé. Selon un employé d’origine Russe de la CIA qui a travaillé dans le camp de personnes déplacées à Mittenwald en Bavière du Sud, les agents Américains présents dans le camp se sont débarrassés des cadavres en les brûlants dans les fours à pain, qui se trouvaient dans le camp.

Une femme qui a travaillé comme secrétaire des autorités Américaines dans le camp de Mittenwald a également confirmé les meurtres qui y ont eu lieu.

Un autre informateur qui a été témoin de ces incidents a soutenu que les clés du local des fours à pain de Mittenwald étaient détenues par des hommes en uniformes de l’armée des Etats-Unis, et les tueurs Ukrainiens n’avaient qu’à les demander aux Américains, chaque fois qu’ils voulaient utiliser les fours.

Le « Jungen Deutscher Bund ».

En 1950, des unités de service du travail ont été utilisées comme couverture à la fois par le CIC et la CIA, dans le but de former une organisation d’extrême-droite Allemande à Berlin. Qui était officiellement une unité des services techniques du métro, mais dont le vrai nom était le « BDJ », « Jungen Deutscher Bund », ou « Ligue des jeunes Allemands »).

L’un des objectifs du BDJ, devait consister à effectuer un programme d’assassinat en Allemagne de l’Ouest dans le cas d’une attaque Soviétique.

Les équipes de la BDJ devaient approcher les cibles sélectionnées, qui étaient des dirigeants Allemands qui avaient été jugés insuffisamment anti-communiste, puis de les supprimer. Les cibles étaient non seulement des communistes Allemands, mais aussi des membres du Parti social-démocrate (le principal parti d’opposition sous le régime Adenauer), y compris le chef du parti, le ministre de l’Intérieur, et les maires de Hambourg, de Hesse et de Brême.

L’opération AMLASH.

Par le biais de L’opération Amlash, la CIA cherchera pendant des années à assassiner Fidel Castro par différents moyens.

Elle a même engagée la mafia pour empoisonner sa nourriture et même tenter de lui donner une combinaison de plongée contaminée par le « pied de Madura », une maladie tropicale très rare, qui commence dans le pied et se déplace vers le haut, détruisant lentement le corps. Et aussi en tentant d’empoisonner ses cigares.

Comme vous pouvez le voir sur ce « mémorendum pour les archives » de la CIA du 23 mai 1967, classé « Secret – Eyes Only » et ayant pour objet: « Rapport sur les plans pour assassiner Fidel Castro », déclassifié en 1997. La seconde page présente les différentes phases des tentatives qui eurent lieu entre 1960 et 1966 (le rapport complet fait 141 pages!).

En 1960, la CIA a aussi élaboré un plan (qui avait été approuvé par Eisenhower) pour tuer Patrice Lumumba, un leader congolais, en infectant sa brosse à dents avec la bactérie d’une maladie mortelle. Il en serait mort quelques jours ou quelques semaines plus tard.

Le 2 novembre 1963, ce sera le président du Sud-Vietnam, Ngo Dinh Diem et son frère Ngo Dinh Can.

Vers la même époque, la CIA réussira à faire parvenir un mouchoir empoisonné au général Abdul Karim Kassem, un leader Irakien pro-soviétique.

Pendant les années de la Guerre Froide, il est établi que la CIA a comploté contre huit dirigeants étrangers, dont cinq sont morts violemment. L’agence a procédé de différentes manières dans chaque cas.

Les opérations « ZR-RIFLE ».

Un des agents responsable le plus impliqué était William Harvey, qui sera en poste au bureau de la CIA à Berlin-Ouest, dans la zone d’occupation Américaine, jusqu’en 1960. Avant d’être nommé en charge de préparation d’assassinats en 1961, par Richard Bissel, un « Directeur des opérations et des plans » de la CIA. Il y eu à ce moment (suite à l’arrêt du projet « Bloodstone » à la fin des années cinquante), le désir de « moderniser » et aussi d’améliorer la façon de faire, qui avait été initiée en 1948.

En janvier 1961, Bissell donnera instruction à William Harvey, qui était alors chef de personnel de la « CIA Foreign Intelligence », de mettre en place une « mesure des capacités sur le pouvoir exécutif », qui comprenait la recherche sur la possibilité d’assassinat de dirigeants étrangers.

Bissell avait indiqué que les actions envisagées couvriraient un large éventail d’actions visant à « éliminer l’efficacité » de dirigeants étrangers, avec l’assassinat comme étant le moyen « le plus extrême » de mode d’action.

Les plans et opérations pour les assassinats de dirigeants et de personnalités politiques, les « Executive action assassination capability », prendront le nom de code de « ZR-Rifle ». Et les équipes constituées pour effectuer cette besogne seront surnommées les « ZR-Rifle Team ».(6)

La dénomination « ZR-Rifle » est utilisée pour désigner en fait deux programmes, deux applications différentes. L’une étant l’action proprement-dite d’assassinat. La seconde étant destinée à fournir une couverture pour les exécutants des missions d’assassinats, comme vous pouvez le voir avec cette note de bas de page (document ci-dessous). William Harvey sera en charge de la section de la CIA ayant une compétence générale pour ces deux programmes.

Harvey déclarera que Bissell lui avait dit que « la Maison Blanche » avait les années précédentes par deux fois, préconisée la création d’une telle « capacité d’intervention ». William Harvey dira aussi que les 25 et 26 janvier 1961, il avait rencontré deux autres cadres de la CIA: Joseph Scheider, qui était alors devenu chef de la Division des services techniques, et un officier recruteur de la CIA (apparemment James O’Connell, du Bureau de la sécurité du sous-directeur chargé des enquêtes et soutien opérationnel), pour discuter de la possibilité de créer au sein de l’Agence une « Executive Action Capability ».

En clair, il était demandé officiellement à la CIA de pouvoir mettre en oeuvre des assassinats, qui pourront être ordonnés directement par le président des Etats-Unis.

L’agent « QJ-WIN ».

Un seul agent sera placé sous contrôle direct de Harvey pour Les opérations « ZR-Rifle » (mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en eu pas d’autre, pour ces opérations).

Cette agent avait le nom de code « QJ-Win », c’était un citoyen étranger ayant des antécédents criminels qui avait été recruté par la CIA pour certains programmes sensibles, qui existaient déjà, avant la mise en place des projets « ZR-Rifle ».


Harvey utilisa « QJ-Win » pour repérer des civils, des « particuliers » avec des antécédents criminels qui pouvaient être employés en Europe, avec une possible utilisation polyvalente (avoir des activités criminelles, tout en ayant une « façade » civile et une « couverture » publique sans histoires. Qui pourraient être également utilisés par la CIA).  »

Par exemple, QJ-Win signalera qu’un atout potentiel au Moyen-Orient était « le chef de file d’un syndicat de jeu » qui était en fait « un bassin d’assassins » (voyez les trois documents ci-dessous).

Et cet agent « QJ-Win », déjà utilisé dans l’assassinat de Lumumba, a aussi été chargé d’une opération dans le but de tuer Castro.

Dans le « mémorendum pour les archives » mentionné plus haut, on trouve cette page d’une opération de février-mars 1962, disant que « l’opération Castro et ZRRFIFLE sont synonyme »…, et aussi « …synonyme avec QJWIN l’agent chargé de l’intégralité du programme ». Les « opérations ZR-Rifle » étaient donc bien une réalité, dès 1962:

Il serait interessant de découvrir le nom réel, et qui était cet agent « QJ-Win » (un autre agent en relation avec ce genre d’opération avait le nom de code de « WI-Rogue »).

En général, un projet ZR-Rifle consistait à évaluer les problèmes et les exigences de l’assassinat, pour l’élaboration d’un plan réalisable et d’évaluer les « capacités » appropriées, qui devraient être mises en oeuvre pour assurer sa réalisation.

Plus précisément, il s’agissait de repérer des agents potentiels et de rechercher les meilleurs techniques d’assassinats qui pourraient être utilisées.

Même si le programme « Bloodstone » se termina officiellement à la fin des années cinquante, son action se poursuivra, avec d’autres programmes sous d’autres noms.


Le chiffre exact du nombre total des assassinats voulus et orchestrés par la CIA durant la Guerre Froide, est bien-sûr inconnu. Il est très difficile à estimer, mais il doit être de plusieurs centaine et peut être même de plusieurs milliers.

Notes

(1) Voir « Les Black Program: Le Projet Alsos ».

(2) L’OPC se trouvera malgré tout exclu à partir de 1950 du sud-est asiatique. Le général MacArthur (général en chef des forces Américaines en Asie) ayant refusé d’accorder l’autorisation à l’OPC, de procéder à des activités sur le théatre d’opération du Pacifique durant la guerre de Corée.

(3) Voir « Les Black Program: Le Projet MK Ultra/Monarch ».

(4) Pour connaitre l’histoire de l’origine de ce manuel, voir les pages du manuel original et lire sa traduction en Français, voir: « Le Manuel d’assassinat de la CIA » dans la catégorie: « Les Programmes Secrets ».


(5) Durant l’occupation Allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’OUN joua un rôle important dans l’extermination des Juifs et d’autres « indésirables », et ont souvent effectué le travail des « Einsatzkommando », les escadrons Allemands d’extermination.

(6) Lorsque des agents de la CIA seront impliqués dans la préparation et l’assassinat du président Kennedy, ils auraient tout simplement suivi la marche à suivre, inspirée des procédures d’opérations « ZR-Rifle ».

Sources:
« Rapports supplémentaires détaillés du personnel sur l’étranger et le renseignement militaire, volume IV, Rapport final du comité sur l’étude des opérations gouvernementales au sujet des activités de renseignements aux Etats-Unis », rapport du Sénat des Etats-Unis n° 94-755 du 23 avril 1976;
« Plans allégués d’assassinats de dirigigeants étrangers, Rapport du comité sur l’étude des opérations gouvernementales dans l’activité du renseignement », rapport du Sénat des Etats-Unis n° 94-465 du 20 novembre 1975;
« Blowback – American’s recruitment of Nazi and its disastrous effect on our domestic and foreign policy », par Christopher Simpson, Editions Collier Books – Macmillann;
« The CIA, licensed to kill – The agency has been involved in planning assassinations since at least 1954 », par David Wise, article paru dans le Los Angeles Times du 22 juillet 2009.

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