Les Rômes Terres Sacrées

Les Rômes: Histoire vraie des Bohémiens (parties 1&2)

par LE PORTEUR DE LUMIERE

Un cadeau pour mes amis Gitans… et là où je vis, ils se nomment Hofmann, Ziegler ou Weiss… étrange comme leur nom est semblable à ceux de nos « ancêtres ». Intimement je suis persuadée qu’ils sont la treizième tribu égarée. J’ai trouvé un livre fabuleux mais il manque quelques pages… un ouvrage à la gloire des Roms, de leur histoire, de leur race qui a gardé la tradition orale et la façon de vivre des temps immémoriaux. J’avais déjà posé La symbolique gitane. Alexandre Vaillant a passé quinze ans de sa vie avec les Rômes. Il en est sorti un livre éclatant de beauté. J’espère qu’il fera plaisir à tous mes frères tziganes qui passent sur mon blog.

Les Rômes

Histoire vraie des vrais Bohémiens

par Jean-Alexandre Vaillant

1857

1ère partie

romesVous qui, au récit d’une femme sublime par le coeur et par la pensée, versez encore des pleurs de compassion sur les Nègres d’Afrique, dont l’Amérique républicaine fait ses esclaves, jetez un regard charitable sur cette courte histoire des Romes de 1’Inde, dont l’Europe monarchique fait ses Nègres, et ces hommes, pelerins d’Asie, ne seront plus routiers, et ces esclaves blancs seront libres.

Pour nous, nous nous estimons d’autant plus heureux d’avoir enregistré dans les annales de l’Histoire les actes de leur affranchissement en Roumanie, que cette contrée, qui nous est chère, s’est ainsi mérité les justes sympathies de l’Europe; et nous félicitons les princes A. D. Ghyka, de Valaquie, et G. A. Ghyka, de Moldavie, d’avoir entrepris et achevé cette oeuvre humanitaire qui doit porter leurs noms à la postérité et les couvrir d’une gloire immortelle.

AVANT-PROPOS

Sorciers, bateleurs et filous,
Reste immonde
D’un ancien monde,
Sorciers, bateleurs et filous,
Gais Bohémiens, d’où venez-vous?

Tout le monde a entendu parler des Romes sous les différents noms de Gypsi, Bohémiens, Gitanos; beaucoup en ont vu; bien peu les connaissent. Ceux-là même qui croient en savoir le plus sur leur compte sont encore à se demander leur nom, leur origine, leur croyance; leur noms, parce que chaque peuple les ayant qualifiés à sa guise, ils semblent en avoir trop pour en avoir un ; leur origine, parce qu’il n’est résulté des recherches des savants qu’hypothèses plus ou moins fausses, conclusions trop exclusives et souvent absurdes, en un mot, rien de certain ; leur croyance, parce qu’elle est au fond de leurs coeurs, que leurs coeurs, fermés à notre indifference et à notre tyrannie, ne peuvent se trahir que par leur langage, que leur langage, seul critérium de leur origine, est inconnu, et que dès lors toute comparaison est impossible.

Si comme les particuliers, comme les Espagnols surtout, les peuples pouvaient faire de la multiplicité de leurs noms autant de titres de noblesse, les Romes seraient assurément la race la plus noble, comme elle est aussi la plus ancienne de la terre; car on peut compter jusqu’à soixante et plus les différents noms qu’on leur donne, et dont la plupart ne leur appartiennent point.

Ainsi selon les temps et les lieux, on les a appelés : Bohémiens, Egyptiens, Gitanos, Gypsi, Philistins, Pharaoniens, Iatars, Taterpak, Skoeier-pak, Splinter-pak, Spukaring, Kieldering, Nads-moends-folk, Heidenen, Ceard ou Caird, Sarrazins, Agariens, Pagani, Sani, Tsani, Kieni, Cieni, Sicani, Secani, Siguni, Sinti, Sindi,. Siah-Indous, Zind-Cali, Cali, Siku1i, Cal—Indi, Luri, Caras’mar, Cinquanes, Cingesi, Ciagisi, Cingari, Gingari, Zinguri, Zingari, Zogori, Zechi, Zendji, Zidzuri, Gindani, Dandari, Dardani, Zigenner, Ziegeuner, Zeygeunen, Djaï, Daïas, Biadjaks, Vangari, Gadjar, Korbut, Madjub, Harami, Astingi, Asdingi, Athingani, Tsigani, Zâth, Zoth, Tshigani, Rom-cali, Romnic’aï.

On conçoit donc, leur nom n’étant point connu, que leur origine ne pouvait l’être davantage. En effet, les uns la croyent toute récente et les autres fort ancienne; ceux-ci les font venir d’Asie en Europe, ceux-là d’Afrique; les premiers par l’Orient, les seconds par l’Occident; tel les fait descendre du Zendji-Bar ou côte des Zendji par l’Egypte, tel les fait passer de la Tangi-Tan, montrueuse contrée d’Afrique, en Espagne; quelques-uns les font descendre du Caucase ou sortir des Palus Méotides. A en croire ceux-ci, ils sont Kalmouks, venus de la Dsongarie; à en croire ceux-là ils sont Scythes, et probablement le reste des Daces vaincus par Trajan; qui ne voient en eux que les debris des Avars et des Pétchénègues, qui les tiennent pour les ilotes de Sparte ou les bacchantes de Thrace ; qui les croient les Aborigènes de la vallée du Danube, les Siguni d’Hérodote; qui, enfin, les confondent, au contraire, avec les colons romains de ces contrées dont ils ne sont que les esclaves.

Que dire encore de l’opinion des savants sur leur croyance? Ils divaguèrent au point qu’après les avoir traités en Pauliciens, en Manichéens, parce que, selon les ideologues, les Déistes sont pires que les Athées. Dès qu’ils les surent danseurs, nomades, maraudeurs, ils les firent Tourlaks, Fakirs, Calenders; puis, à l’aspect de leur peau tannée, à la vue de leur misère, à l’examen de leurs penchants et de leurs aptitudes, il fut décidé qu’ils étaient ou Ethiopiens, d’Egypte on de Colchos, ou Troglodites, ou Phrygiens, peut-être même Canaanites, enfants de Chus; mais, à coup sûr, fils de Caïn et condamnés à errer comme lui jusqu’à la fin des temps.

Certes, à la vue de conclusions si diverses, il faudrait s’étonner, si l’on ne savait que l’histoire n’est que trop souvent à côté de la fable, que l’examen est moins un levier qu’une sonde et que la vérité jaillit parfois de l’erreur comme l’étincelle du caillou, et n’en brille qu’avec plus d’éclat, comme le diamant au sortir de la mine. Cependant, il faut le dire, si chacune de ces conclusions est trop absolue, elles sont généralement justes dans leur ensemble, car si les Romes ne sont pas exclusivement ce que chacun isolément les croit, ils sont à peu près tout ce que, tous ensemble, ils les disent.

L’Egyptien, s’est-on dit, est noir et mange la chair de porc, donc ils sont Egyptiens; le Troglodite était orpailleur, donc ils sont Troglodites; ils dansent, s’enivrent et s’abandonnent à la lasciveté des sens, donc ils sont les satyres et les bacchantes de Thrace; ils disent la bonne aventure, donc il sont les prêtres ou les prêtresses d’Isis.

Etranges conclusions qui montrent à quel point peuvent divaguer et la science étymologique, lorsque, violentant la raison pour n’avoir pas tort, elle se renferme dans le cercle étroit d’un fait, d’une idée, d’un mot, et la science d’examen, quand elle s’appuie sur des faits particuliers, communs à des races diverses, au lieu de s’appuyer sun des faits généraux, propres à chaque race.

On en conviendra volontiers quand par leur langue, tout mot ayant sa raison, disent Cicéron et Saint-Paul, je pourrai découvnir le sens vrai d’une multitude de faits dont la sagesse antique a forgé des fables, dont la science a composé des dogmes, dogmes et fables qu’elles ne sont plus en état d’expliquer; on en conviendra quand on se sera convaincu que, si peu nombreux qu’ils soient restés en Europe, les Rômes sont un peuple; que, bien que vagabonds depuis les siècles, ils ont cependant une patrie; que, quoique loin d’elle, ils en ont conservé la langue autant qu’ils l’ont pu; on en conviendra quand on aura reconnu comment leur histoire est liée à celle de tous les peuples; comment la plupart des émigrations de la haute Asie n’étaient pas encore en Europe qu’ils étaient déjà aux colonnes d’Hercule; comment ils étaient en Afrique en même temps qu’en Espagne; en Thrace et en Dacie avant de se répandre en Germanie et jusqu’aux confins du pays des Celtes; au Caucase et sur les bords de la mer Noire, avant de pénétrer en Sarmatie et jusqu’en Scandinavie; dans toute la Moesie, avant de coloniser la Grèce; en Macédoine, avant de monter en Illyrie et de là en Italie; aux Indes, avant de se répandre, d’un côté en Tartanie, en Perse, en Syrie, de l’autre en Arabie, au Caucase, en Egypte, et de ces diverses contrées par toute la terre. Et que, si ceci étonne, ceci est pourtant la vérité, car ainsi m’a dit NARAD, fils de NUN, l’lnde est ma gemma bhu, ma terre natale.

Cette vérité fut confirmée vers le milieu du XVIII siècle par un jeune Roumain d’Omlash en Ardialie : Valé était son nom. Comme il étudiait à Leyde, il y fit la connaissance de trois jeunes Malabarais , étudiants comme lui. Etonné d’abord de la ressemblance de ses amis avec les Romes ou T-sigans de son pays, Valé le fut davantage lorsqu’il entrevit l’analogie de leur langue, et son étonnement fut au comble quand, de retour à Omlash, il se fut assuré que les Romes comprenaient au moins a demi les quelques mots malabarais qu’il avait eu soin de recueillir.

Ce fut sur ces données, qu’il se procura, que Grellman publia, en 1782, son histoire des T-sigans, seul et premier livre sérieux sur cette malheureuse race. Pour corroborer son travail, il prit soin de le faire suivre d’un petit vocabulaire et de courtes observations grammaticales de Valé. Ce premier pas fut un pas immense. La langue des Romes cessa d’être ce qu’on la croyait généralement, un Argot, et son analogie avec le malabarais donna naturellement à ceux qui la parlent une origine commune avec les peuples de l’Inde. Après lui, Fessler va plus loin sous le rapport philologique. Ayant naturellement à parler des Romes dans son histoire de la Hongrie, où il en est plus de cent mille, il met leur langue en rapport avec les principaux idiomes de l’Indoustan et corrobore si bien, par son tableau comparatif, l’opinion de Grellman, que de présomption elle devient certitude.

Des lors, plus de doute, les Rômes sont Indiens, Indoustans, Multans, Bengaliens ou Malabarais; ces nouvelles idées émises, Richardson essaie de découvrir la caste à laquelle i!s appartiennent, et croit la trouver dans celle des Baziguri, parce que ceux-ci sont ménétriers, danseurs et vagabonds; mais cette analogie, pareille à tant d’autres, ne prouve encore rien, sinon que parmi les Romes ii est assurement des Baziguri; et les Romes restent ce qu’ils sont, des indiens dont l’origine est un mystère que leur langue seule peut dévoiler. Mais pour connaitre leur langue, ii faut les voir de près, vivre avec eux, vivre de leur vie; et ils sont si misérables que la plupart de ceux à qui cette heureuse idée peut venir y renoncent à la vue de la dégoutante misère qui les entoure.

Cependant, en 1803, le docteur Godefroy Hasse semble les étudier de si près qu’il les voit loin dans le passé et les aperçoit partout dans Hérodote, en même temps que Robertson les retrouve partout au Kanaan, a l’aide des livres hébreux. Si, par de simples rapprochements de moeurs, ils ont su se faire de nombreux adherents, j’ose espérer m’attirer tous ceux de l’un et de l’autre. En 1835, M. Graffunder publie à Erfurth son essai grammatical de leur langue, et M. Kogalniceano en fait imprimer à Iassi la traduction française. Par cet essai grammatical, M. Graffunder fait voir les règles et la construction de la langue des Romes et comprendre comment, en leur conservant leur haine et leur amour traditionnels., leur lasciveté et leur nomaderie immémoriales, elle les a séparés des autres peuples au milieu desquels ils se glissent et campent comme des ronces et des taupes dans un jardin.

Restée longtemps en arrière de la simple curiosité, la philanthropie s’empare enfin de toutes les précieuses découvertes opérées jusqu’en 1835, et M. Borrow, jaloux de répandre la foi anglicane parmi les Romes d’Espagne, ne craint pas d’aller étudier leur langue au milieu d’eux. Dc ses longs et généreux efforts il est résulté un livre riche de faits et de pittoresque, d’expérience et de savoir. On y voit les Romes tels qu’ils sont, car il ne les peint que comnme il les a vus, et sa connaissance de leur dialecte m’a convaincu, plus que le pittoresque des deux premieres parties, qu’il n’a pu faire autrement que de les bien voir. Il interprète plus qu’il ne commente; il raconte plus qu’il n’expose; il ne présume pas, il démontre; il ne disserte pas, il prouve. Il prouve que le dialecte zincali n’est langue de filou d’aucune sorte, ni l’argot français, ni le gergo d’ltalie, ni le cant, ni le slang, ni le latin-voleur d’Angleterre, ni le germania des Espagnes, ni l’italien rouge des Allemands, ni même le more.

Tandis que M. Borrow s’occupe ainsi au milieu de ceux d’Espagne, et qu’après les avoir étudiés en Dacie, je m’en occupe en Turkie, M. Bataillard les cherche dans les documents historiques, s’empare de tous les textes connus sur leur apparition en Europe et juge raisonnable de ne les y fixer que vers 1417, parce que, ignorant leur langue, il est amené à révoquer en doute les monuments les plus précieux, et ceux-là même qui pourraient le tirer de son erreur sur l’époque, non pas de leur apparition en Occident, mais de leur établissement en Orient.

D’un autne côté, M. A.-F. Pott de Hall les étudie et dans les chartes et dans les livres, recueille, traduit, impnime en un volume in-8° tous les mots, toutes les expressions qu’il a pu découvrir de la langue des Rômes et mérite, en 1845, de la part de l’Académie française, le prix de philologie.

Il est certain que cette langue n’a pu demeurer invariable; que, disséminé comme il l’est, le peuple qui la parle a dû, malgré son aversion pour tout ce qui n’est pas lui, subir la loi de nature, adapter à son usage plus d’un mot étranger, et façonner les siens à certaines modifications hétérogènes; mais il n’en est pas moins vrai que, si la forme en varie, le fond en est toujours un partout et pour tous, et ce fond est le sanscrit. II est vrai que l’analogie du Rômmanès et du sanscnit est devenu presque imperceptible, quant a la forme grammaticale; mais elle est évidente et presque complète dans la valeur des lettres et dans la composition; ainsi, comme en sanscrit, le mouvement s’exprime par r, la profondeur et la hauteur par g, le fluide par l, etc. Comme en sanscrit, les mots se composent par simple juxta-position et le dernier seul se modifie.

Ainsi Uri-gaben, s’habiller, mot à mot : passer ses chausses ; mus’in-kero, chapelier, mot à mot : faiseur de chapeaux ; ma-garu, âne, mot à mot : longue oreille; kar-pu, melon, mot à mot : fruit de la terre; kol-pu, tour, golfe, mot à mot : rond-terre; kris’tal, cnistal, mot à mot : transparente et solide surface.

Un fait remarquable et qui peut servir à montrer comment, malgré leur ignorance et leur disséminement, leur langue les a fait rester eux, c’est qu’ils ne nous méprisent pas moins que nous les méprisons; c’est que, si nous les appelons payens, ils nous appellent gacni (Prononcez : gatchni); c’est que, si nous nous disons fils de l’homme, Adam, ils se disent fils de la femme, Romni.

2ème partie

romes2Selon eux, leur langue est sonore, malléable, harmonieuse, et leur misère seule la rend rauque et glapissante. Nous parlons, m’ont-ils dit souvent, comme les oiseaux chantent, nous chantons comme les lions rugissent. C’est donc dans leur langue que j’ai cherché leur origine; car c’est là qu’ils se cachent tout entiers, et s’abritent contre les atteintes de notre civilisalion liberticide. Quoique restée pauvre, quoique bigarrée de mots étrangers, quoique dégénérée, elle n’en a pas moins conservé son mécanisme originel, son bizarre génie, son cachet antique sur lequel on peut lire, comme sur le plus vieux des schâles dc Cas’mir, sinder Vaïom, je viens de l’Inde.

En effet, ainsi que nous le ferons entrevoir ici, jusqu’à ce qu’il nous soit permis de le démontrer au livre de la Parole, les Romes sont un mélange de Zath, de Meyd et de Bhodas, devenus Pali, Mèdes et Boutains. Tous d’abord Ianak indiens ou Anaki tartares, c’est-à-dire parfaits, ils devinrent plus tard Sagia ou sakia, c’est-à-dire sages. Ils restèrent parfaits tant que, sinon dans la croyance de la réalité du moins dans le positif de l’évidence, sinon dans la certitude des causes du moins dans la connaissance des effets, ils demeurèrent sinon dans toute la vérité des faits du moins dans toute la sincérité de la science; mais quand leur imagination, plus active que leur jugement, eut substitué l’idée à la vue, le possible au réel, l’image au type, la fiction au fait, quand ainsi les fantasiastes se furent substitués aux réalistes, les poëtes aux vates, les fabulistes aux historiens, ils devinrent sages et conservènent improprement à leur nouveau nom le sens du premier.

Mais le sage, sagia sanscnit ou sakia tartare, n’est pas plus parfait, ianak ou anaki, que le menteur n’est véridique. Le vrai sens de sage est celui qu’il avait chez les Latins, celui de couvreur ou fabuliste, de revoileur ou mythologue, de découvreur ou oracle, et de dévoileur ou devin. Le sage (sagus) est au propre celui qui fait du silence (sige) le voile ou la saie (sagum) de son savoir; le sage, Salomon le dit, cache ce qu’il sait (1); et la sagesse (sigae) latine est l’art et le talent de couvrir pour se faire un mérite de découvrir. Elle est le résultat de la sagacité avec laquelle le sage, devin ou sorcier, cache sa pensée sous le silence de la parole et fait de la lettre une lettre morte, une fable, en jetant sur la réalité de l’histoire le manteau allégorique de la fable, et sur la vérité des faits ce muet langage de la fiction, qui fait qu’en tous pays la religion, qui devrait être la science, n’en est précisément que l’inéffable ou muet langage, la mythologie.

C’est ce que démontrera jusqu’à l’évidence le livre de la Parole, dont l’arithmologie, raison mathématique des mots, a pour but principal de prouver ce qu’affirment Moïse, saint Jean et saint Athanase, savoir : 1° qu’au commencement il n’étaitqu’une LEVRE, c’est-à-dire qu’une langue chiffrée et mathématique; 2° qu’au commencement la parole était, qu’elle était en Dieu, qu’elle était Dieu, que Dieu était la parole; 3° que le JUDAÏSME, quoique diamétralement opposé à l’HELLENISME, n’en est pas moins faux et comme lui hors de la vérité; conséquemment, comme l’ont pressenti Arnobe, Onigène el les plus savants Pères de l’Eglise chrétienne, que la BIBLE n’est autre chose qu’une cosmosophie mythologique où les hommes jouent prosaïquement le rôle poétique des dieux et des héros d’Homère, personnifications des devas, astres du Meru des Indes et des soreh, astres de l’Omer d’Arabie; et que la révélation de la vérité de Dieu n’est autre chose que la revoilation de la science des astres par la substitution de l’allégorie à l’autogorie, c’est-à-dire du sens figuré au sens propre, de la fiction au fait.

Quoi qu’il en soit, si, complétement déchus en Europe de leur condition de curi (guerriers) ou de fils du soleil (raïput) en leur qualité de Zath, les Romes en sont venus à ne plus être, comme les Meydes, que des artisans, ils n’exercent cependant aucun des états réputés vils aux Indes; ainsi ils ne sont ni potiers (sukali), ni pelletiers (mucieri), ni cordonniers (s’akili), à moins qu’un maître ne les y oblige; mais ils sont vaniers (kos’ari), orpailleuns (nhudari), et aussi forgerons, fondeurs, serruriers, maréchaux, fourbisseurs, graveurs. C’est que Pelo-pes et Pelas-ges, c’est-à-dire maîtres de la terre, dont ils ont fait le cycle ou le tour, ce qui leur valut le nom de Cycl-opes, ces Rômes, anciens Titans indo-tartares, sont les restes des zak-indi de Sicile, issus de la Sindi-kie du Pont et de ces Sindi de Pysidie, de Lybie, de Carie, de Lemnos et de Thrace, en si grande réputation dans l’antiquité pour leur habileté dans les arts que les Grecs la personnifièrent sous le nom de POLYPHEME, et en firent un géant immense et monstrueux n’ayant qu’un oeil au milieu du front, l’intelligence, oeil du genie. D’où l’on conçoit comment, pour les Grecs comme pour les Hebreux, la prudence et la ruse constituant la sagesse, le prudent et rusé Ulysse, type de la sagesse hellénique, dut crever cet oeil du genie qui ne découvre la vérité, science de Dieux, que pour en faire l’évidence, science de l’homme.

D’ailleurs, les Romes sont restés ce qu’ils étaient, pâtres et nomades, musiciens et poetes, artisans et artistes, sigans ou sagans, oracles ou devins, sages ou sorciers; et ni le temps, ni la misère, ni l’esc!avage n’ont pu détruire complètement leur langue, leur croyance, leurs traits; Indo-tartares, ils sont bruns de peau, d’un brun foncé, bistre ou olivâtre, et quelquefois même presque noirs, presque aussi noirs que les Abussari du Tagh-orma Thibétain, leurs ancêtres, que les Habes d’Abyssinie, que les Malli ou montagnards de ce Porus qu’Alexandre traita en roi, que ces tribus du Togh-arma biblique, le Caucase, que le roi des Perses plaça dans son armée à côté des indiens; mais ils sont sveltes, bien faits, souples, agiles, vigoureux; ils ont le visage ovale, le front haut, les yeux noirs, grands et bien fendus, de longs cils qui versent sur leur visage une teinte de melancolie, le nez presque grec, les dents blanches et bien rangées, les lèvres minces et vermeilles, les mains et les pieds plus petits que grands, les bras et les jambes gréles, les cheveux noirs et épais, durs et mats, généralement longs et droits, mais souvent aussi frisés et bouclés comme ceux de Pâris et d’Ascagne; et qui a vu ce Vulcain gravé sur les antiques monnaies de Lemnos, qui leur doit son nom, a vu leur portrait le plus frappant et le mieux frappé. Voir les GRAVURES, ICI…

Doués au plus haut point du sentiment instinctif de la literté, ils ont toujours été nomades; ils ont toujours aimé les tentes, les chevaux et les chars ; mais doués également des facultés de l’esprit, au lieu de se laisser abrutir par l’exercice continu du corps, ils ont conservé les précieux dons que la nature leur a répartis. Ils élèvent des chevaux, travaillent les métaux, composent des danses, improvisent de la musique et des chansons; chansons lubriques, musique lascive, danses dythyrambiques, qui échappent à leurs instincts comme malgré eux, et deviennent l’expression la plus vraie de leur violent amour des sens; car ils aiment comme ils marchent, dès qu’ils peuvent et tant qu’ils peuvent, de bonne heure et longtemps.

C’est parce qu’ils ont toujours marché que la science s’est faite, et c’est parce qu’ils l’ont apportée avec eux des Indes dès la plus haute antiquité, qu’en recherchant leurs origines j’ai pu délier le noeud des siècles, et que je ferai toucher du doigt l’origine réelle des choses d’ici-bas. Leurs pythons, penseurs ou savants, ont rempli le Kanaan, l’Egypte et la Grèce; leurs curi, lettrés ou militants de la science, ont civilisé la Colchide et la Crête, l’Italie et les Gaules; tout Saxon pour qui talk et tell signifient dire et conter peut comprendre sans peine que leurs oracles Telkas et Telmas descendent de ces Telchines de Colchide, qui donnèrent à la Grèce sa première civilisation et instituèrent chez les Rhodiens, comme chez les Gaulois, le culte d’Ogarn ou d’Ogmion, c’est-à-dire la navigation océanique, le culte de Neptune. C’est d’eux que les dames anglaises tiennent leur qualité de lady, expression du sexe d’Eve dont elle cache l’abîme et dont chez les Grecs Ladon exprime la pudeur et Léda l’impudicité. C’est d’eux que les Montmorency tirent leur titre de premier baron chrétien, synonyme pour eux de grandeur, éminence, altesse; et que dire de plus? De même que le culte de Diane et d’Apollon a été importé de Dioscure en Grece par leurs telchines de Colchide, et de même que le mythe de Késu Chris’ten naquit aux Indes, il y a trois mille ans, au milieu des Zatha ou Jatha, leurs ancêtres, c’est du milieu des Esséniens, leurs pères, qu’est sorti, il y a dix-huit siècles, le mythe hébraïco-grec, qui fait le mystère de Jesus-Christ.

Si, semblables à un père de famille qui, par excès de tendresse, se dépouille pour ses enfants et reste pauvre et nu, ils paraissent n’avoir rien gardé de ce qu’ils ont donné aux hommes, c’est qu’ils ne leur ont donné que l’art et qu’ils ont gardé pour eux la nature ; c’est qu’ils ne leur ont donné que la lettre et qu’ils leur ont gardé pour eux l’esprit; c’est qu’ils ne leur ont donné que la fable du livre et qu’ils ont gardé pour eux la vérité du ciel. En effet, ils n’ont d’autre livre que le ciel, d’autres lettres que les étoiles, d’autres anges que la lumière des astres, d’autres prophètes que les saisons et les mois, d’autres sacerdotes et d’autres pontifes que le soleil et la lune, d’autre Dieu que la lumière, d’autre maître que Dieu, d’autre temple que le monde. Et c’est ainsi que, hommes de la nature et faisant du ciel leur bible ou leur livre de la lumière et du temps le dieu de leur temple et le temple de leur Dieu, ils savent se passer et de livre et de temple.

Je ne traite ici que leur histoire, afin de coopérer autant qu’il est en moi de les tirer de l’abjection dans laquelle ils vivent, et de leur mériter une place sur la terre. Peut—être ai-je déjà contribué par la parole à en asseoir quelques uns ; puissent ces quelques pages, les faisant mieux connaitre qu’ils ne le sont, les aider à devenir tous selassi, c’est-à-dire fixes ou sédentaires, et partie intégrante des populations au milieu desquelles ils vivent. L’Europe y gagnera pnès d’un million d’âmes, qui lui font honte et la gênent; et je n’aurai point à regretter les dix-huit années que j’ai employées à la bible de leur science. Je regrette de ne pouvoir y renvoyer dés à present le lecteur, désireux de s’expliquer, par leurs origines, celles de la plupart des choses d’ici-bas; mais ce livre est la PAROLE, cette Parole qui au commencement était et par qui tout a été fait ; cette Parole qui était en Dieu, parce qu’elle était dans la vérité de la science physique, intellectuelle et morale; cette Parole qui était Dieu, parce qu’elle était la lumière morale, intellectuelle et physique du ciel et de la terre, des astres et des hommes; cette Parole enfin que les sages ont si bien révélée ou revoilée en l’embellissant, et qu’ils ont tant d’intérêt à révéler ou à revoiler de la saie de leurs allegories et de la sagacité de leurs fables, qu’ils ne la comprennent plus eux-mêmes.

Peut-étre ne m’est-il pas moins dangereux de la révéler aux hommes qu’il ne leur est nécessaire de la connaître; car, chose singulière, les hommes, qui de tous côtés cherchent Dieu, se détournent de la parole de vérité, qui est la science, et ont en horreur la vérité de la Parole, qui est Dieu. Mais, courage! car, sinon tout ce qui est ancien et vieux, comme dit l’ Apôtre, du moins tout ce qui est fictif et mensonger, doit être aboli; or le temps est proche où la Parole doit enlever la saie de la fable, et mettre à nu les mysteres des dogmes qui, en revoilant l’évidence des axiomes, font de la vénité de Dieu un mensonge dont, en tous pays, le sage fait la religion de l’homme. La présomption de cette vérité ressortira du moins de cette histoire; car si c’est d’Onient que nous vient la lumière, c’est aussi d’Orient que nous viennent les ténèbres, et la patrie des Rômes est le berceau des vérités et des fables de l’Occident.

Oui, l’lnde, cette vaste contrée où tout est grand, où les plaines sont sans limites, où les montagnes touchent au ciel, où les fleuves sontdes dieux, où un seul arbre abrite des tribus entières, où un seul animal porte toute une famille; l’Inde, ce puissant climat où tout bruite, tout chante, tout vit, où le serpent siffle, où l’oiseau parle, où rugit le tigre, où rit le singe, où le ver luisant est un flambeau ; l’lnde, cette officine des peuples, où la race humaine fermente et foisonne, on les mangues se pétrissent et se forment, où chaque corps d’etat constitue une société à part; l’Inde, cette terre des diamants, des perles et de l’or, des sorciers, des pèlerins et des bayadères, des pagodes, des fétiches et des dieux, l’Inde est la patrie des Rômes; et ni la haine ni la tyrannie qui les en ont chassés, ni les espaces immenses de temps et de lieux qui les en séparent, n’auraient jamais pu la leur faire oublier, car elle est tout entière dans leur langue, car leur langue est leur science et leur science est la vérité. Ce qu’elle demeura de temps dans le calme de l’âge d’or, personne ne le sait, parce qu’alors elle travaillait seule aux calculs du temps, à la confection de l’astronomie, à l’invention de l’anneau zodiacal, à la fabrication du mandu, à la creation du monde, dont en Egypte osi-mand-ias est l’ombre de la lumiere, et dont en Nubie ocu-mand-ueï est la vue et la parole, et qu’elle n’en sortit que pour tomber dans l’anarchie des mythes et des dieux, des doctrines et des cultes dont elle embellit et couvrit son oeuvne. Agitée depuis par les schismes qui naquirent dans son nom, elle s’épancha continuellementau dehors; chaque secousse qui l’ébranla fit faire au reste du monde un pas de plus vers la civilisation ; et ses peuples et ses langues, ses mythes et ses dieux, ses doctrines et ses cultes, ses sciences et ses fables, ainsi semés sur toute la terre, y prirent plus ou moins racine. Si l’histoire ne l’a point écrit, c’est qu’elle ne pouvait l’écrire, car elle n’existait pas, mais les langues de tous les peuples nous le témoignent; et, pour tout homme de bon sens, ce témoignage vaut mieux qu’un récit, car, ou les langues n’expriment pas ce qu’elles disent, ou elle sont elles-mêmes l’histoire; et cette histoire, exempte de toute partialité, est naturellement la plus vraie, parce qu’elle est la plus ingenue, la seule vraie, parce qu’elle est mathématique. D’ailleurs, elle ne commente pas, elle traduit, comnme un, dix, cent, traduisent 1, 10, 100; aussi sol-eil venant du latin sol, celui-ci traduisant le grec el-ios, et sol et ios exprimant l’unité, la monade, la sol-itude de l’astre du jour, ces mots offrent une tiliation de faits plus authentiques et plus réels que les vingt et une premières, que les rois et les patriarches anté-diluviens de la Chine, de l’Assyrie et des Juifs, que les premiers sièges de Troie et de Tyr, que la conquête de la Toison-d’Or par Jason et le massacre du minotaure par Thésée, que les sept premiers rois de Rome et les trois premiers rois de France, toutes choses auxquelles les Rôm-muni m’ont appris à ne pas croire, et auxquelles personne ne croira plus quand j’aurai parlé.

Mais, je le sais, il n’est que trop de gens sur l’esprit desquels un écrit, quel qu’il soit, s’il date de loin, a plus d’empire que tout ce que le bon sens peut découvrir de mensonger dans ce qu’ils appellent documents des siècles. Pour eux Ktésias est un historien, et l’auteur du Livre de la Parole, s’il n’est visionnaire, ne sera peut-être qu’un homme ingénieux; pour moi, ils ne sont, eux, que des enfants crédules qui regardant sans voir, veulent prendre la lune dans le seau d’eau où elle se mire, et qui, lisant sans comprendre, acceptent aussi bien le mensonge que la vérité. Entre eux et le bohémien Narad, fils de Nun, il y a toute la distance de l’imagination au discernement, de la foi éclairée à la foi brute, de la defense hébraïque de cueillir les fruits de l’asvata, grande science indienne du bien et du mal, et la recommandation indienne de s’en nourrir; de la sagesse qui fait la ruse, du mystère à l’évidence qui fait la sincérité de la science, de la Judée aux Indes; car tout en s’appuyant, comme eux, sur des documents, et sur les leurs propres, le Bohémien ne se contente pas de lire la lettre, il en veul comprendre l’esprit. La lettre est pour lui le sam-scrita, le signe formé par les étoiles, écrit par la lune et le soleil, parole du ciel et verbe de Dieu, sur le DEVA NAGARI, divin lac du ciel où la lumière des astres reflète l’intelligence de Dieu, lac lumineux de la terre où l’intelligence de Dieu fait refléter la lumière des astres. Oui, pour lui, l’écriture est le miroir de la parole, comme la parole est le miroir de la pensée, comme le chiffre est le miroir du nombre : elle est pour lui le vaste miroir où toute image se reflète et c’est cette image qu’il veut voir et quand il en a vu la pile et la face, il a vu la vérité. C’est cette vérité dont il m’a donné la clef que je ferai connaître au monde dès qu’il le voudra. En attendant, et pour me preparer la voie, j’interprèterai si clairement dans cette courte et lamentable histoire de ceux de sa race, certains faits et certaines expressions qui leur sont propres, que chacun y reconnaîtra leur origine indo-tartare, leur vie cyclopéenne, monade et nomade, l’antiquité de leur invasion en Europe, le noeud qui les unit à la plupart des peuples de tout l’ancien continent et enfin leur affinité avec les Abas de Perse et les Anak de Tartarie, avec les Abantes de l’Eubée et les Anax de la Grèce, avec les Pythons et les Anakins du Kanaan, avec les Curètes de Colchide et de Crète, avec les Curi du Latium et les Curils des Gaules, avec les artisans et les savants, avec les sorciers ou devins, avec les militants de la science et de la sagesse antique chez tous les plus anciens peuples de la terre.

C’est avec un sentiment profond d’estime et de sympathie que j’ai choisi pour textes à mes quinze chapitres les admirables couplets de notre illustre chansonnier ; et ce livre n’est que l’analyse d’une longue et cruelle misère dont sa chanson est la synthèse la plus vraie.

A suivre …………..

Posté par Adriana Evangelizt

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