Les Rômes Terres Sacrées

Les Rômes: Histoire vraie des Bohémiens (parties 3&4)

par LE PORTEUR DE LUMIERE

On continue sur la tradition des Roms, et il manque quelques pages sur le livre. Quel dommage. Car ce Peuple possède des racines qui remontent loin dans le temps, à l’Origine. Au commencement. Et ils ont gardé leur tradition pratiquement intacte. Quand on voit combien ils sont rejetés par le monde depuis des milliers d’années et aujourd’hui par le monde moderne, je pense fortement que ceux qui règnent au sommet ont à coeur d’enterrer l’Histoire de l’Humanité. Car les Romes sont notre mémoire. Et je suis fière d’être ici leur Amie et d’avoir découvert grâce à eux les Saintes Maries de la mer mais aussi d’autres lieux dans le monde. Car être l’Amie des Gitans c’est posséder un passeport international où l’on est reçu comme un Frère partout où l’on va. On ne peut pas en dire autant de tout le monde…

Les Rômes

Histoire vraie des vrais Bohémiens

par Jean-Alexandre Vaillant

1857

Les Rômes: Histoire vraie des Bohémiens (parties 1&2)

3ème partie

Tableau de William Bouguereau
Tableau de William Bouguereau

Il est, du Sind au Gange, un territoire appelé Panc’ab, c’est-à-dire cinq eaux, parce qu’au sud, cinq rivières : le Sutlej, le Ravi, le Shnab, le Jilu et le Sind l’arrosent et le fertilisent (…pages manquantes 30 et 31)

(…) troupeaux de bétes que leur intelligence avait soumises et apprivoisées ; ces premiers pâtres furent bientôt les premiers rois.

Cependant, ils étaient sans loi, sans liens sociaux, sans culte, sans science, sans art, sans industrie, sans agriculture, sans astronomie, sans commerce ; ils vivaient isolément les uns des autres, divisés par familles et séparés de toute la distance nécessaire à la nourriture de leurs troupeaux ; chaque famille parlait un langage rude et dure, pauvre et décousu ; ils étaient loquaces, mais leur voix sortait rauque du gosier, et leur langue était glapissante dans le palais, parce qu’ils ne possédaient qu’à demi le lab, cette articulation des lèvres (labia) qui, par leur battement, font la syllabe et composent le discours. L’esprit de société étant en eux, ils se rapprochèrent, et leur union augmentant leurs forces physiques, intellectuelle et morale, ils ne tardèrent pas non-seulement à cultiver la terre pour y semer et y planter, mais aussi à la creuser pour y ravir ses métaux et ses pierres précieuses.

Ce premier rapprochement des hommes eut lieu dans le haut Mul-tan, qui n’avait pas encore de nom, aux sources de l’Ira-vati, du Brahma-putr, du Gange, dii Sind et du Gihon; oui, c’est là, aux limites des trois grands pays connus depuis sous les noms de Médie, Indes, Boutan, que se réunissent les trois premieres families, tribus ou peuplades auxquelles la Tradition attribue toutes les vérités et toutes les fables qui projetèrent plus tard leur lumière et leur ombre sur l’intelligence de l’humanité. Ces trois familles, dont nous allons parler, étaient les Zath, les Bodhas et les Meydes (1).

Les Bodhas ou Boutains, adorateurs ou cultivateurs de la Terre (Bhu ou Ebhu ), furent les premiers laboureurs et devinrent bientôt les premiers Puthi, penseurs, supputeur ou calculateurs du temps, les premiers astronomes, parce qu’ils avaient senti que, pour mieux cultiver la terre, il leur fallait connaître les cieux.

Les Meydes ou Medes, adorateurs de la magicienne Médée, triple Hécate, qui est la lune, furent les premiers qui creusèrent les mines et dont l’intelligence pénétra jusque dans les entrailles de la terre, comme la lune de Médie, comme Made-leine roule son disque argenté à travers le ciel de la nuit. Devenus avec le temps, les premiers médecins, ces dispensateurs de la santé des hommes, s’en firent aussi les rois.

Les Zath, adorateurs du soleil sous son nom de Pal ou Bal, et les premiers nés d’entre les hommes paissaient les troupeaux qu’il avaient soumis, comme le soleil, leur père et leur dieu, paît les hommes qu’il éclaire.

Ainsi, pâtres, laboureurs et artisans, comme ils avaient besoin les uns des autres, les Zath, les Mèdes et les Bodhas vécurent longtemps en bonne intelligence, assez du moins pour asseoir la science sur sa base, la faire rayonner sur toute la terre, et imposer à ceux qui l’avaient créée, Indiens et Tartares, le nom de parfaits ianaka et anaki. Nous reconnaîtrons tout à l’heure dans les Mèdes, les Zath et les Bodha, ces trois fils de Noé, Sem, Cham et Japhet, qu’il mit dans son arche et sauva du déluge, pour en faire les pères de toutes les nations de la terre. Nous allons maintenant faire entendre ce qu’étaient les Anak, quelle était leur science, et comment aussi ils devinrent chefs et rois des nations.

Incapables, après un laps incalculable de sommeil dans le temps, de trouver l’origine de la naissance de l’homme, et se sentant le besoin d’un principe, les Zath, les Mèdes et les Bodhas le demandèrent à leur intelligence ; et leur intelligence s’élevant jusqu’à l’Arc du ciel, séjour des arcanes ou arcs de l’anneau zodiacal, depuis devenus mystères, ils se le donnèrent pour principe, en composèrent leurs arches, et firent un vaisseau, un argo ; et cet argo, comme tout arc de cercle, arc céleste faisant pont sur la terre, et cette arche zodiacale faisant un vaisseau dans les cieux, ils passaient sans cesse sur ce pont pour aller sans cesse de l’une à l’autre rive du temps, de la nuit au jour, ils montaient sans cesse dans ce vaisseau pour voguer sans cesse de l’un à l’autre bord de la mer de l’éternité, du jour à la nuit; et c’est ainsi qu’en passant chaque nuit et chaque jour au-dessus de leur tête, cet arc céleste, cette arche zodiacale leur livrant, leur traduisant, leur trahissant, nuit par nuit, jour par jour, les arc-anes, ou révolutions diurnes et arcs annuels qui font les mystères des cieux, ils en firent leur harghah ou tradition ; et, comme le monde est la voûte, le dôme céleste circulaire, le tabernacle, dont chaque arc est la carène et l’ensemble, un vase, un vaisseau qui contiennent la vérité du monde, la tête de l’homme fut pour eux un tabernacle, dont le crâne est la carène, et dont l’ensemble est le vase qui contient la science de la terre.

Ces ainsi qu’ayant étudié les deux vers ou côtés de l’univers, et les trois zone sidérales, lunaires et solaires, ils firent de cette amazone du monde la triple mamelle de tout. La nuit et le jour, le feu et la lumière, la lune et le soleil, le ciel et l’air, l’eau et la mer furent pour eux les dix éléments du monde, les dix premiers besoins ou tyrans des hommes, leurs dix premiers rois ou patriarches. Toute étoile (sidus) fut pour eux le siège (sedes) d’un monde, et tout corps sidéral un foyer dont la lumière qu’il émet et qui s’en émane est une émission, un message céleste, qui en fait un messager, un ange du ciel, en correspondance avec les coeurs et les intelligences des hommes, astres et lumières de la terre.

La lune et le soleil furent pour eux les guides de l’esprit et les chefs des corps, les rois ou régulateurs, les pâtres ou les prêtres des choeurs des astres et des coeurs des hommes ; ils en firent tour à tour les sacerdotes et les pontifes, selon qu’ils étaient au-dessus ou au-dessous de l’horizon, sur le pode ou sous le pont dans Ormuzd ou dans Ahriman ; ils firent de l’orient et de l’occident du soleil la main droite et gauche de Dieu, donc la terre est le piédestal. Le ciel fut pour eux une vaste mer de ténébres, du sein desquelles sort ou naît la Lumière, et dans lesquelles voguent et voyagent sans cesse la lune, le soleil, la terre et les astres, comme les vaisseaux des hommes sur l’océan de la terre. Pour eux, Dieu fut l’ix ou l’axe invisible, inconnu, autour duquel tourne le temps éternel, comme le ciel semble tourner sur son axe autour de la terre qui l’admire comme la roue du char tourne autour de son essieu sur la terre qu’il parcourt. Pour eux, la zone sidérale, le zodiaque, fut une robe étoilée, la stole ou l’étole dont Dieu se revêt à l’Orient quand le soleil se couche à l’Occident. C’est dans cette robe qu’ils renfermèrent les destinées humaines ; et c’est de cette robe (apo-stole) que vinrent plus tard toutes ces grandes voix qui, dans tous les siècles, se sont fait entendre à la terre.

Pour eux, la lune et le soleil furent tour à tour le corbeau et la colombe, le vautour et l’aigle, le roi et le prophète qui tour à tour s’élèvent et s’abaissent, disparaissent et meurent dans la mer des cieux pour s’y relever et y revivre, s’y rabaisser et y mourir encore. Les quatre points des solstices et des équinoxes furentles quatre principaux messagers célestes, les quatre grands bras de la croix lumineuse du ciel, que le soleil porte éternellement sur son dos autour de la terre et sur chacun de ses points. Les quatre saisons ou temps que ces points déterminent furent les quatre grands livres de Brahma ou d’Hermès, les quatre grandes voix ou oracles de Dieu, les quatre grands anges ou messagers, les quatre grands prophètes ou évangélistes. Les douze mois qui remplissent par triades ces quatre grands temps furent les douze petits livres de Dieu, les douze boeufs ou taureaux célestes de la nuit et du jour, qui soutiennent à la fois l’océan du temps et la mer d’airain du temple de Salomon ; les douze tables de la loi de Moïse et de Romulus, où sont écrits les dix commandements de Manu, dieu de Bouddha, ou de Manoel, dieu de David ; les douze fils de Jacob, rochers d’Israël au Sinaï et sur le Jourdain, et les douze apôtres de Jésus, rochers du Christ au Jourdain et sur le Gol-gotha.

Pour en arriver à comprendre, à suivre, à déterminer toutes ces grandes révolutions qui font les divisions du temps, Meydes, Zath, Bodhas couraient la terre et conduits, pendant la nuit, par les sept étoiles du Char, s’élevaient jusqu’au sommet des plus hautes montagnes, dont ils faisaient leurs observatoires. Le ciel nocturne étant un océan d’étoiles, et le Char celle des constellations qui leur était le plus utile, ils en firent le type de cet océan, le signe du temps sidéral, le nommèrent Hénoch, appellèrent henochi et henochia les montagnards les montagnes qui s’étendent du Caucase au Boutan, ils prirent même le nom de Ianaka ou Anaki, parce qu’ils étaient pour les hommes ce que les étoiles du Char étaient pour eux-mêmes, des guides sûrs, des chefs parfaits.

Quand, à l’aide de Rama, le soleil, et de C’andra, la lune, ils se furent assurés de la justesse de leurs observations, ils en firent une science, l’astronomie, qu’ils nommèrent du nom de ces deux astres Rama-C’andra ou C’andrama, en dressèrent les Mantaras ou formules, qu’ils gravèrent sur une une table de pierre carrée, le Rasaï-sita ; et le Mandala ou cercle étant tracé, et le Tantara ou Zodiaque étant composé, le monde fut créé et les siècles commencèrent.

C’est à cette époque qu’il faut faire remonter leur première pérégrination au-delà des limites du Sind, car c’est alors que l’un d’eux, sous le nom d’Inachus va porter de Cappadoce en Grèce le culte de Diane et d’Apollon ; que, Dandares, ils vont porter en Phrygie, qui en prit le nom de Dar-danie, les formules, ou tantara, zodiacales, et que Pali ou Anaki, ils vont occuper, sous le nom de Pelasges ou de Philistins, le Kanaan et la Palestine. D’ailleurs, un fait remarquable, et qui tend à convertir en preuves toutes ces présomptions, c’est que ce Tan-tara de Bouddha donna naissance au Taro de tous les pays, au Tyndare des Grecs et au Tora des Juifs aussi bien qu’au Den-dera ou Ten-tyra d’Egypte et que les Dar-danes ou Dan-dares étaient, chez les Phrygiens, réputés pour les inventeurs des signes lunaires de la rasaï sita, et les possesseurs de ces formules dont ils faisaient un mystère comme d’un don de Dieu.

Pour nous éviter la peine de revenir à leur berceau, nous ne les suivrons pas encore dans cette première émigration, nous attendrons pour cela que les sages, sagia et sakia, se soient substitués aux parfaits ianaca ou anaki ; que les signes, les idoles, les images se soient substitués aux types, aux faits, aux phénomènes : que l’histoire de la vérité et de la science des astres, vélée d’abord dans le temps sous le voile de l’ignorance des hommes, puis dévélée par la sincérité de leur intelligente autogorie, se soit enfin révélé par leur sagace allégorie du velum de la fiction, du manteau de la fable, de la révélation des dieux. Afin de se bien convaincre que les Rômes qui sont Zath, ne sont pas comme on le croit, des Parias, mais des Soudras, nous verrons d’abord ce qu’étaient les Zath, ce que sont encore les Soudras et les Parias et comment les Rômes sont Soudras.

Les Zath sont si bien reconnus dans tout l’Orient pour les aînés de la race humaine, qu’on dit Zati-brahman, né Brahme ou Brahme de naissance ; que cette expression « Zata-samram » ne signifie synthétiquement les Justes, que parce qu’elle signifie au propre « nés de la lune et du soleil » et au figuré « nés avec le souvenir de la vie antérieure » ; que, chez les Népalais, le Zataca-mala est le livre des naissances et des vies antérieures. D’ailleurs, pour que le premier né d’entre les astres, le soleil, servitde type à cet arbre de la science, qui, sous le nom de pari-zata, anbre de vie, orna le premier le jardin des dieux, il fallait nécessairement que les Zath, ses premiers adorateurs, fussent rééllement considérés aussi comme les premiers nés d’entre les hommes. Enfin, selon les Chinois, c’est au pays de Ta-hia que fut composé le livre sacré du lotus de la loi excellente, et qu’un Zath, par eux nommé Zata-vana, le Zath vende ou errant, traduisit les livres sanscrits en langue du Boutan et du Thibet.

Ce pays de Ta-hia est précisémcnt celui que les Romains connurent plus tard sous les noms d’Aria et d’Hénochia, le Haut Mult-an, pays des anaki et des sagia, des savants et des sages. Quoique pâtres, ces Zath étaient jadis si fameux que les livres indiens disent du soleil, puissant Hari, dieu des combats, qu’ils appellent Sram, et que les Grecs et les Romains nomment Arès et Mars, « Couvert d’une peau de bête, un bâton à la main, et les cheveux relevés en Zatha, il va au milieu des ombres, comme le feu à travers les touffes de gazon. »

Quatrième partie

romes10Il est donc acquis à l’histoire que les Zath, premiers pâtres et premiers guerriers, sont les premiers nés d’entre les hommes, aussi bien à la vie du corps qu’à celle de l’esprit. La plus forte preuve en est leur état primitif de pâtres, car il est le premier auquel les hommes purent se livrer alors qu’aux premiers jours du monde ils n’avaient ni instrument pour labourer ni terre, ni outils pour y creuser des mines. La force et le courage qu’ils durent déployer pour dompter len animaux avec lesquels ils avaient à lutter d’abord corps à corps, le besoin qui les poussa à les soumettre et le plaisir qu’ils éprouvèrent à les apprivoiser, les rendirent à la fois guerriers et artisans.

Pâtres, ils étaient monades, c’est-à-dire solitaires, parce qu’ils marchaient seuls par famille, avec leurs troupeaux, devenus guerriers et errant ensemble par tnbus pour chercher aventure, ils furent nomades; et c’est de là que les Rômes s’appellent eux – mêmes encore aujourd’hui Rom-muni. Dans leur état de pâtres et de guerriers, ils cherchaient les moyens de charmer leurs loisirs; et, comme ils n’en trouvèrent pas d’autres que le chant et la danse, ils inventèrent den instruments dont ils purent s’accompagner ; comme aussi c’était par monts et par vaux qu’ils s’en allaient paissant leur bétail au milieu de leurs lyri ou montagnes, tout porte à croire qu’ils ont inventé cet instrument dontApollon, berger chez Admete, charma le premier les troupeaux, et qu’on appelle la lyre; comme enfin pour prendre leurs ébats, ils se prenaient par la main et formaient des kol, c’est-à-dire des choeurs ou des rondes, ils devinrent danseurs, bari-guri et cory-bas.

Il ne faut donc pas s’étonner que len Rôes, qui sont un niélange de Zath, de Mèdes et de Bodhas, soient restés en Europe ce qu’ils étaient aux Indes, artisans et artistes; mais il serait complètement faux et déraisonnable, à l’aspect de la misère qui les couvre, d’en vouloir faire des Parias. Aussi ceux-là seulemenet sont tombés dans cette erreur qui ne jugent que sur les apparences ; et ils y sont tombés parce que, depuis les institutions brahmaniques auxquelles ils sont antérieurs, comme le fait à la fiction, la vue à l’idée, Boudha à Brahma, les artisans Ts’oud tartares ou Soudras indiens, fils de Brahma, réduits plus tard en servitude par le code de Manou, comme le furent en Egypte par le code de Ménès les artisans hébreux, fils d’Abraham, dont le dieu est Manoel, y sont maintenus jusqu’aujourd’hui dans un tel état de dépendance et d’infériorité que, malgré toute leur intelligence, ils n’en peuvent sortir que par la révolte. Cependant il y a toute une civilisation de difference entre les Parias et les Soudras : les premiers sont le type absolu du plus haut point de dégradation et d’abjection auquel puisse jamais arriver la faiblesse et la bassesse de l’esprit et du coeur de l’homme. Auprès d’eux les crétins sont des aigles, et les plus idiots sont des hommes, ce que ne sont pas les Pariah pour les Brahmanes. Quant aux seconds, de quelque profond mépnis dont les ait frappés la loi de Manou, il est facile de voir qu’ils ne sont pas moins hommes que ne l’étaient les Hébreux en Egypte.

Selon ce code de Manou, les Soudras sont la caste servile; rien ne peut les dégager de cette servililé, pas même l’affranchissement ; « car, dit la loi, qui pourrait les dégager d’un état qui est leur nature ? Le devoir du soudra est de servir, et son nom est l’expression du mépris. Qui le tue ne paie pas plus d’amende que pour un chat ou un chien, un lézard ou un crapaud. II peut se louer comme charpentier, serrurier, maçon, peintre, écrivain, musicien ; mais il lui est défendu d’amasser des richesses », et, pour lui en épargner l’orgueil, la loi qui fixe l’intérêt mensuel de l’argent à deux pour cent pour le brahmane, l’a fixé pour lui à cinq pour cent. « Il peut accomplir les sacrifices religieux, mais il en doit omettre la lecture des textes sacrés, et les lui enseigner est un crime. Il ne doit se nourrir que des restes de son maître et ne se vêtir que de ses vieux habits. »

Tandis que l’homme des trois castes supérieures peut choisir femme dans les castes inférieures, les soudras ne peuvent s’allier qu’entre eux. L’enfant né d’un soudra et d’une brahmane est declaré c’andali (Prononcez tchandali.), comme qui dirait lunatique et répnouvé, comme autrefois en Europe un bâtard. Tandis que, dans le cas de succession, la femme brahmane a quatre parts, la kshatria trois, la veyssiah deux, la soudra n’en a qu’une, et l’enfant qu’elle a de son mari d’une des trois castes supérieures n’a droit, serait-il unique, qu’à cette quatrième part. D’ailleurs, si un soudra se permet de s’asseoir sur le siège d’un brahmane, on lui brûle avec un fer chaud la partie coupable. Insulte-t-il un homme de caste supérieure? on lui coupe la langue; ose-t-il admonester un brahmane? la loi ordonnce de lui couler de l’huile bouillante dans la bouche et dans les oreilles.

Cette servilité dans laquelle ils sont maintenus est certainement affreuse, mais si elle est la servitude, elle n’est pas l’esclavage, et moins encore le néant dans lequel sont tenus les pariah. Ils sont tenus bons à servir, les Pariah sont tenus bons à rien ; qui les tue ne paie que comme pour un chien , qui tue un pariah ne paie rien ; ils doivent omettre la lecture des livres sacrés dans leursacrifices, les pariah ne doivent pas même sacrifier; ils ne peuvent porter que de vieux habits et ne manger que les miettes, le pariah est condamné à rester nu et à manger les bêtes immondes et les charognes; ils paient six pour pour cent d’intérêt annuel, le pariah ne saurait trouver de credit à aucun pnix; ils sont désavantagés dans leurs alliances dérogatoires avec les castes supérieures, mais les Pariah ne pourraient jamais être l’objet d’une pareille mésalliance. Ainsi, le soudra n’étant point pariah, le Rôme qui est soudra ne peut l’être davantage. Le soudra est serf, mais il n’est esclave ni de l’Etat ni des particuliers. Il ne donne pas, il loue ses services, et c’est à son propre compte qu’il exerce son métier. enfin ii peut posséder, droit que n’a pas l’esclave; et sa personne est protégée contre son maître, qui ne doit pas le châtier injustement. Il est si peu esclave de l’Etat que l’émigration, si sévèrement interdite aux autres castes, lui est au contraire permise. En effet, tandis que la loi ordonne expressément à tout homme qui, étant deux fois né, a été investi du cordon sacré, de ne pas sortir des Indes et d’habiter de préférence de l’Hymalaya au Mont- Vindhya, elle laisse au soudra la au soudra la faculté d’ailer gagner sa vie dans tous les pays du monde. Ainsi, mêrne après leur asservissement par les intitutions brahmaniques, les Soudras ont toujours pu sortir des Indes ; brahmanes, ils s’y seraient refusés, parias, ils n’auraient même pu y songer ; le brahmane et le paria tenant aux Indes, l’un, comme l’aigle à l’air, l’autre, comme le reptile au limon.

Mais bien que maintenus dans une position servile et dégradée par les institutions brahmaniques, il ne s’ensuit pas que les Soudras aient toujours été réprouvés et jugés inaptes à la guerre, à l’administration, au gouvernement ; il ressort même du livre de Manou qu’il y avait en son temps non seulement des villes gouvernés par des rois soudras, mais aussi des territoires entièrement habités par des Soudras, comme l’est encore aujourd’hui le pays des Mahrates. En effet, les Zath qui, eux aussi, étaient soudras, s’étaient constitués en un Etat dès la plus haute antiquité ; et tout porte à croire que ce fut apres bien des siècles que, par suite de leurs querelles, ils furent soumis à la famille d’Hastinapour. Alors, ainsi que nous l’avons dit, ils occupaient le haut Multan avec les Meydes et les Bodhas. Le pays fut partagé entre eux; une partie fut concédée aux Mèdes, une autre aux Zath. Des villes se fondérent, et la vallée se civilisa. Parmi ces, on pourrait indiquer Balk, Caboul, Peshour, Cas’mir, Delhi, Mythra et Magada, puisque si c’est là que s’établirent les Anaki de Tartarie et les Inaka de l’Inde, c’est de là aussi que sortirent les sakia et les sagia ; il est aussi permis de supposer, les Medes et les Bodhas ayant gardé pour eux le haut de la vallée, que les Zath se retirèrent d’abord dans la partie inférieure, qui porte seule aujourd’hui le nom de Mul-tan et que, plus tard encore, ils furent obligés de le quitter pour aller s’établir au sud, dans le delta du Sind, et à l’est, dams le territoire d’Agra , dont ils occupent aujourd’hui toute la contrée, située entre Thana, Sour et Lahore.

Quoi qu’il en noit, cette soumission des Zath, ce partage de la vallée, cet établissement des Zath sun les rives de la Gemma et dans le delta du Sind, semblent n’être que les résultats de la conquête des Brahmanes. Jusque-là, adonnés à la garde de leurs troupeaux et se livrant, comme leurs frères du Thibet et de la Tartarie, à l’exercice de tous les métiers, les Zath, principalement musiciens et danseurs, comme les Basigurs, s’en allaient an son du neï, de la kobza et de la mogada, rois pour eux des instruments, chanter aux Bodhas et aux Medes, manassa et t’shoud, c’est-à-dire cultivateurs et artisans, la paix, la joie et l’amour. Peu leur importait des demeures fixes ( sala ), des habitations couvertes (stré-kaïa), la terre était à eux, puisque pantout l’on y aime la danse, la musique et le chant. Voulaient-ils de l’espace? il était vaste; un beau ciel ? il était bleu ; de la chaleur ? elle était grande: que pouvaient-ils désirer de plus et espérer de mieux au delà des sources des Panc’ab ? ils n’y eussent trouvé que sauvagenie et ténèbres. Au delà des Tagh tout est de glace, an delà des Ghât tout est de feu. Hommes de la nature, ils vivaientavec elle, et ils étaient heureux, comme ils le seraient toujours et partout où l’ordre liberticide n’interviendrait pas violemment entre elle et eux.

Dans leur reconnaissance pour Adon, le soleil, leur père et leur dieu, ils lui offraient en esprit la vie du chevreau ou du bouquin, du iagu ou du mandu, dont ils allaient manger la chair pour sustenter leurs corps après une longue fatigue. Soit dit en pnssant, c’est ce iagu et ce mandu, emblèmes pour eux de l’ardeur des sens, comme le Meyde on Mende était l’expression de l’ardeur au travail, que des leur première descente vers les contrécs du sud-ouest, les Pélasges apprirent aux Grecs à chanter dans leurs tragédies, et que les Egyptiens honorèrent au point d’appeler de son nom Mendès la ville où ils lui dressèrent un temple. Travailler pour jouir, aimer pour multiplier, telle était la vie des Zath; et elle ne pouvait être autre sous ce riche et puissant climat des Indes où la nature est si prodigue qu’elle n’a que faire du secours de l’homme, où l’homme est tellement favorisé de la nature, qu’il peut, au besoin, se passer du secours des arts, où la nature et l’homme ont un besoin constant d’expansion, et où tous deux ils semblent n’être que pour féconder et produire.

Telle fut longtemps leur vie; mais, nous l’avons dit, tout porte à croire que, mêlés aux Meydes et aux Bodhas, ils finirent par se livrer à leurs travaux puisque, sous leur nom de Rômes, ils les exercent encore aujourd’hui en Europe. En effet, s’ils ne creusent pas la terre pour y chercher, commle les Meydes, l’argent et l’or, comme eux du moins ils travaillent les métaux, le fer et le cuivre et cherchent l’or dans le sable des nivières; s’ils ne cultivent pas non plus ka terre comme les Bodhas, pour y semer du blé, comme eux pourtant ils en étudientles simples pour en composer, comme eux, des philtres enchanteurs, dont les uns sont des breuvages solutaires et les autres de subtils poisons. C’est donc des montagnes, tagh ou togh, des pays d’Aria et d’Hénochia, c’est donc des montagnes plus hautes encore, Tangh ou Tanghut, du haut Thibet ou Boutan, enfin c’est donc du haut pays ou Taghorma du Mul-tan qu’il est dit au livre de Job (Ch. 27, v. 7, 8, 9) : « Certainement l’argent a sa veine et l’or un lieu d’où on le tire pour l’affiner; car l’homme met fin aux ténèbres, en sorte qu’il recherche le lieu de toutes choses, même les pierres précieuses dans l’ombre de la mort. C’est de là que sortent le pain, la poudre d’or, l’onyx et le saphir. — Les jeunes lions n’y ont point marché, les vieux lions n’ont point passé par là. L’homme y met sa main aux pierres les plus dures et renverse les montagnes jusques aux fondements. »

On est d’autant plus porté à le croire que la légende de Job n’est qu’une allégorie de l’opulence et de la misère où s’élève et tombe l’homme qui s’évertue à fatiguer la terre, et que le nom même de JOB, par lequel les Hébreux ont caractérisé tous les IEBUSIENS, fait suffisamment allusion à ces anciens terriens de la terre Ebhu du Bhoutan pour n’en pas douter.

Aussi lorsque la légende ajoute : « L’homme fait passer les ruisseaux a travers les rochers fendus », est-on en droit de se demander si ce n’est pas à l’homme, au Meyde, plutôt qu’au dieu Zab, qu’il faut attribuer l’écoulement des eaux qui faisaient jadis une vaste mer, un brillant miroir de cette vallée riante et profonde, qu’arrose aujourd’hui le Jilum, et dont la capitale a conservé le nom de Cash-mir.

Quoi qu’il en soit, les Meydes furent les premiers tubal ou forgerons et les Bodhas les premiers sémites on cultivateurs de semences, blé ou orge, riz ou dora ; et les rapports des Zath avec eux sont suffisamment établis par la langue des Rômes. En effet, s’ils nous appellent gac’ni (villageois) avec le sens de païens, c’est que leur gac’o ou village (pagus) n’est autre que le gac’an des Mog-gols ; d’ailleurs, lleur homme spirituel kuduk, son intelligence os’ak, son savoir, jana étant pour les Moggols : la sagesse, la vue, la science, ces analogies font naturellement supposer qu’ils ont dû vivre ensemble ; et ce qui peut induire à faire de cette présomption une certitude, c’est que, aux temps antiques, les fils n’étant disciples que de leurs pères et les disciples se disant fils de leurs maîtres, les premiers disciples ou c’abi (prononcez tchabi) des Moggols sont assurément les fils ou c’abi des premiers Rômes.

Sans doule les montagnes du Caucase sont assez hautes pour être un Taghorma, et elles recèlent assez de métaux pour qu’on en ait exploité les mines dès la plus haute antiquité; mais là n’est pas le Togharma biblique, là n’est pas le premier séjour des Tubal. Ces premiers affineurs de métaux, ces premiers forgerons étaient les Meydes, qui habitaient où nous les avons vus, au nord-ouest du Multan et jusqu’au Taghorma thibétain. C’est chez eux et non chez les Chalybes du Caucase que se dirige, plus tard, l’intendant d’Abraham pour chercher une épouse au fils de son maître; et c’est à Paddan Haran, c’est-à-dire à Aram, sur le Padda ou grand Gange qu’il s’arrête, quand il l’a trouvée. C’est chez les Bodhas que vint habiter Jacob, près de Laban, son oncle, et c’est de chez eux qu’il rapporta en Judée le livre ou parole de la science astronomique, dont Laban lui-même est le labeon ou genie qui en fait la voix; enfin ce sont les Zath qui ont conservé chez les Hébreux ces charmes de la parole, ces dharamas indo-tartares dont les Grecs ont fait des drames, et qui consistent, comme nous l’allons voir, a changer le fait en fiction, la vérité en fable, les astres en héros, les héros en dieux, les heros et les dieux en hommes, par la substitution de l’allégorie de l’imagination à l’autogorie du bon sens.

Posté par Adriana Evangelizt

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