Eugénisme

Vers l’humain génétiquement modifié

Comme toute innovation, les nouvelles techniques issues de la biotechnologie aideront les uns, blesseront les autres. Aurons-nous le courage d’affronter les promesses et les risques de notre avenir ?

Par Gregory Stock

Lorsque nous réfléchissons aux promesses de la biologie moléculaire, il apparaît clairement que des disciplines comme la génomique, la protéomique, le génie génétique ou la médecine régénérative vont entraîner l’humanité au-delà de ce qu’elle peut imaginer aujourd’hui.

Évidemment, de tels développements sont susceptibles de provoquer l’enthousiasme, des angoisses existentielles, ou encore de faire naître une vague de réglementations, litiges et débats politiques. Il n’empêche que la tendance est irréversible. Nous assistons actuellement à deux révolutions sans précédent.

La première, celle du silicium, a imposé dans notre quotidien les télécommunications, les ordinateurs, l’intelligence artificielle, les systèmes experts et toutes les techniques apparentées.

La seconde révolution, issue de la première, est celle de la biologie moléculaire. À mesure que nous explorons les mécanismes de la vie et que nous fouillons notre biologie, nous devenons les maîtres de notre évolution. La science a placé l’évolution sur la position «avance rapide», et personne ne saurait dire aujourd’hui où nous allons.

Si le monde ne s’est pas encore écroulé sous nos pieds malgré tous les changements en cours, ce n’est que le calme avant la tempête.

Le Projet «génome humain» est un bon exemple.

Nous disposons actuellement d’une liste des gènes humains, des banques de données de leurs nombreuses variantes, des techniques de puces à ADN pour les sonder à des coûts de plus en plus bas, et nous développons des systèmes bio-informatiques pour nous aider à comprendre le raz-de-marée d’informations sur le point de nous engloutir!

Ces développements auront des conséquences énormes parce que les gènes sont essentiels. Ils ne déterminent pas notre destin mais ils renferment des informations extraordinaires sur nos atouts, nos faiblesses et notre identité.

Une fenêtre sur nous-mêmes

Les gènes ouvrent une fenêtre sur nous-mêmes et la plupart des caractéristiques individuelles que nous considérons -comme cruciales notre caractère, notre goût du risque plus ou moins prononcé, certains aspects de notre personnalité, nos capacités intellectuelles, et voilà que nous voudrions refermer cette fenêtre! Mais d’ici cinq à quinze ans, la génomique mettra à la disposition du grand public des tests génétiques bon marché et fiables, et les informations obtenues pourront se révéler extrêmement stimulantes pour nous, en tant qu’individus ou à l’échelle de la société.

Dans un avenir plus proche, nous assisterons également à une transition radicale vers la médecine préventive.

À mesure que nous découvrirons nos faiblesses génétiques, nous nous orienterons vers la prévention, pas seulement par des modifications de notre alimentation et de notre style de vie –pas évidentes à mettre en œuvre–, mais aussi par des traitements pharmaceutiques à long terme. Il s’agit là d’un défi scientifique, clinique et politique de taille.

La pharmacogénétique, c’est-à-dire l’adaptation des médicaments à la constitution génétique et à la biochimie de chacun, représente un autre développement important. Nous disposerons sans nul doute de médicaments plus nombreux et plus efficaces, mais, dans le contexte actuel, ils seront coûteux, et le prix que nous sommes prêts à payer deviendra vraisemblablement un enjeu politique.

Notre idée du «politiquement correct» souffrira aussi des résultats des tests génétiques à grande échelle, qui mettront en évidence les nombreuses différences entre les individus et les populations.

Les fameux 99,9% de similitude de nos génomes nous intéressent bien moins. Nous nous attachons avant tout à percevoir les différences les plus subtiles lorsque nous recherchons un conjoint, un employé, ou lorsque nous jugeons les autres. Or, nous devrons convenir que ces différences ont souvent des fondements biologiques.

Toutefois, notre profonde angoisse existentielle concernant les biotechnologies puise ses racines ailleurs. Notamment dans ses promesses à plus long terme, nettement plus problématiques et enclines à diviser l’opinion.

Trois grands domaines sont d’ores et déjà identifiables. D’abord, que se passerait-il si nous pouvions stopper le vieillissement, voire l’inverser? La médecine régénérative s’y consacre, et un éventuel succès bouleverserait la société, des relations familiales aux structures éducatives, en passant par la transmission du patrimoine et du pouvoir d’une génération à l’autre, ou encore les formes de diverses institutions sociales.

Autre source d’inquiétude: notre dépendance grandissante à la pharmacologie, pas uniquement pour nous soigner mais aussi pour gérer nos états émotionnels. Une telle «pharmacologie cosmétique» sort du champ de la médecine régénérative, et deviendra une véritable gageure dans les prochaines décennies.

La Ritaline, le Viagra, le Prozac et autres n’en sont qu’à leurs balbutiements, et nous nous découvrons le pouvoir de court-circuiter les émotions programmées tout au long de notre évolution pour orienter le comportement humain vers la survie et la reproduction.

Qu’arriverait-il si nous pouvions avaler un cocktail de médicaments qui nous aiderait à éprouver bonheur et satisfaction en toutes circonstances, sans aucun effet secon-daire physiologique notable? Serions-nous capables d’y résister? Dans le cas contraire, qui deviendrions-nous? Par quoi serions-nous motivés et guidés?

Dernier défi posé par les biotechnologies: la reproduction, alors que la transmission de la vie d’une génération à l’autre est si importante pour la perception que nous avons de notre identité.

L’obsession des médias pour le clonage reproductif est suscité plus par l’aspect symbolique d’une telle intrusion dans la reproduction humaine que par ses éventuelles conséquences.

– Lorsque le clonage reproductif fonctionnera, il ne causera vraisemblablement aucun cataclysme. Compte tenu de sa complexité, il ne pourra être réalisé qu’à petite échelle, et la route est encore longue avant qu’il soit considéré sans danger par quelques pionniers. Bien entendu, des bébés pourraient en souffrir, mais comment la conception de jumeaux à des moments différents pourrait-elle signifier la fin de notre civilisation? Et dans quelle mesure la peur du clonage pourrait-elle justifier l’arrêt des recherches si prometteuses sur les cellules souches d’embryon?

Diagnostic préimplantatoire

Le choix du patrimoine génétique de nos enfants passe -aussi par le dépistage embryonnaire, ou diagnostic génétique préimplantatoire. C’est une procédure déjà courante qui consiste à prélever in vitro une seule cellule sur un embryon de 6 ou 8 cellules, puis à soumettre la cellule à un test génétique [1].

Une femme peut aussi subir une simple biopsie ovarienne visant à recueillir des dizaines d’ovules qui seront congelés, stockés, puis décongelés après plusieurs années pour être mûris in vitro et fécondés par le sperme de son partenaire. Si elle fait confiance à la nature, elle se fera réimplanter un embryon pris au hasard.

Toutefois, j’ai le sentiment que le dépistage d’éventuelles maladies génétiques chez les embryons, voire de traits de caractère ou de personnalité, sera une exigence plus fréquente. Les possibilités offertes par la technique seront telles que les demandes pour les mettre à la disposition de tous dépasseront certainement celles en faveur de leur interdiction.

Le dernier type d’intervention sur la reproduction humaine passe bien entendu par la modification génétique directe de la première cellule de l’embryon humain, une étape marquant le début de la conception humaine consciente, et découlant tout naturellement des techniques sophistiquées de dépistage disponibles dans les décennies à venir.

Des enquêtes internationales montrent que 25 à 80% des parents, selon les études, choisiraient de modifier les capacités physiques ou intellectuelles de leurs enfants s’ils avaient la certitude de l’innocuité des techniques employées. Sachant qu’elles seront réalisables dans des milliers de laboratoires dans le monde, et que leur utilisation sera difficilement contrôlable, la question n’est pas de savoir si ces techniques existeront mais quand, où et sous quelle forme.

L’humanité suivra la voie de la conception humaine consciente pour deux raisons.

La première est qu’il n’est pas nécessaire de mener des recherches spécifiques, mais que cette conception procédera de la recherche biomédicale fondamentale actuellement en cours dans nos plus prestigieuses institutions.

La seconde raison est que nous sommes humains et que nous avons au cours de notre histoire toujours utilisé la technique pour améliorer notre vie. Croire que nous nous priverons pendant encore longtemps de techniques plus efficaces et plus performantes pour modifier notre constitution est un évident déni de l’expérience du passé, de même qu’imaginer que nous pourrions utiliser ces techniques sans nous inquiéter.

Le progrès est en marche. Comme toute innovation, les nouvelles techniques issues des biotechnologies aideront de nombreuses personnes, et elles causeront certainement aussi beaucoup de mal. Il nous incombera, non pas de déterminer comment nous servir du clonage, du dépistage génétique ou de toute autre technique, mais de savoir si nous avons ou non le courage de continuer à affronter les promesses de l’avenir et d’en accepter les risques inhérents, ou bien si nous reculons, peureux, et laissons ce soin à d’autres âmes plus courageuses, dans d’autres régions du monde.

Notre conception de l’être

De quoi précisément avons-nous peur? Tout d’abord, de nous-mêmes et d’abus éventuels. Bien entendu, il y en aura, comme on l’a vu par le passé avec d’autres techniques. Mais ce sera sans commune mesure avec les armes nucléaires capables d’anéantir des millions d’innocents.

Une autre inquiétude se fait jour d’un point de vue philosophique: les possibilités qui nous seront offertes changeront-elles la conscience que nous avons de nous-mêmes? Il s’agit en tout cas de la base la moins valable pour établir une politique publique en matière de biotechnologie, parce que notre conception de l’être humain ne sera pas si facilement modifiée par les progrès des prochaines années.

Si nous pouvions stopper net les biotechnologies, d’autres techniques transformeraient alors notre société.

Lorsque nous pensons à l’avenir, souvenons-nous que nos grands-parents ne se sentiraient pas à l’aise dans le monde d’aujourd’hui, de même que la plupart d’entre nous n’auraient pas souhaité vivre à leur époque. Donc, nous nous accommoderons de notre avenir. Il se peut que nous ne l’aimions pas, mais nos descendants l’aimeront, et ils considéreront certainement l’époque actuelle comme primitive et peu attrayante.

Notre plus grande peur, toutefois, est que nous soyons obligés de reconnaître que nous ne maîtrisons pas réellement l’avenir de l’humanité.

Les conséquences à long terme de notre évolution autodirigée sont impossibles à prévoir, parce que notre parcours dépend trop d’aspects qui pour l’instant nous échappent. Paradoxalement, le fait d’accepter l’évolution que je viens de décrire représente un choix profondément spirituel.

S’embarquer pour un voyage vers une destination inconnue constitue un acte de foi bien plus profond que d’essayer de s’en protéger, en répétant que nous ne devrions pas nous prendre pour Dieu. Évidemment, nous nous prenons déjà pour Dieu, en faisant voler les avions ou en créant les antibiotiques.

EN DEUX MOTS

Chercheur à l’université de Californie et auteur à succès, Gregory Stock défend la vision d’un futur où, pour la première fois de notre histoire, nous prendrions en main notre destin génétique grâce aux outils de la biologie moléculaire. En découlera une révolution des mentalités, des structures économiques et sociales, de notre perception même de ce qui constitue l’humain. Le débat est récurrent sur ces questions avec la récente sortie d’un rapport du Conseil de bioéthique du président américain et la contribution de Francis Fukuyama dans son livre The Post-Human Future.

http://www.larecherche.fr/

Les Dérives de la Procréation Médicale Assistée : Des Enfants Génétiquement Modifiés…

La communauté scientifique s’inquiète du potentiel des dernières découvertes de manipulation génétique. Celles-ci pourraient permettre de créer des bébés, et même toute une lignée, sur mesure.

pmaAu cours des 3 dernières années, une trentaine d’enfants génétiquement modifiés sont nés dont quinze à la suite d’un programme expérimental de l’Institut de médecine de Reproduction et des Sciences de St Barnabas dans le New Jersey.

Les mères avaient des difficultés à procréer.

Les gènes supplémentaires – transmissibles dans la descendance – provenaient d’un donneur femelle et ont été insérés dans les œufs avant qu’ils ne soient fécondés.

Des tests d’empreintes génétiques sur deux enfants âgés d’un an confirment qu’ils ont hérité de l’ADN des trois adultes : deux femmes et un homme.

Cette technique rejetée par la grande majorité des scientifiques du monde entier a provoqué un furieux débat sur le plan éthique. Les généticiens craignent en effet qu’un jour cette méthode puisse être utilisée pour créer de nouvelles races d’êtres humains avec les caractéristiques diverses souhaitées y compris sexuelles…

Le parlement britannique pourrait pourtant approuver dès cette année une loi sur la légalisation des enfants génétiquement modifiés… ( Cet article fut écrit en septembre 2012)

On croyait cela réservé à certains films. Voilà que maintenant, après ces expériences aux USA, c’est l’Angleterre qui légifère.

Il est alors de bon ton de rappeler que, hélas, certaines œuvres de science-fiction, comme « 1984 », le « Meilleur des Mondes », ou encore « Bienvenue à Gattaca » ont des caractères prophétiques…

L’adoption de cette loi pourrait autoriser la naissance de bébés censés être protégés de nombreuses maladies génétiques. Certaines de ces maladies peuvent tuer un enfant en quelques heures, d’autres le rendre handicapé à vie.

La technologie prévoit qu’un enfant doit être né de deux mères et d’un père biologique. Les défenseurs de cette nouvelle technologie affirment que la construction génétique des ovules et des embryons aidera les couples dont les enfants risquent de mourir à la naissance ou ont une forte chance de naître avec des malformations à la naissance.

Les détracteurs de cette méthode parlent de l’atteinte à la sainteté de la vie humaine et s’alarment des conséquences inconnues pour les enfants des générations suivantes. Nous sommes de plein pied dans une forme d’eugénisme cher aux mondialistes de tout poil…

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer l’auteur, la source et le site : http://www.elishean.fr/

Copyright les Hathor © Elishean/2009-2015/ Elishean mag



Print Friendly, PDF & Email
Articles similaires

ISOLATION + CHAUFFAGE pour 1 euro. Nouveau dispositif 2020

Vérifiez votre éligibilité !

Suivez nous sur les réseaux sociaux

Votre aide est importante…

Vous appréciez mon travail et vous voulez soutenir ce site?

Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur PayPal.

Même une somme minime sera la bienvenue, car je gère seule tous les sites du réseau Elishean/ les Hathor. Avec toute ma gratitude, Miléna

 

Articles Phares