Le Couple Cosmique TORAH

Le «Visage« de Dieu: Quand Dieu parle aux hommes

Le-doigt-de-Dieu-4Comment pouvons-nous concilier la noble et haute idée de pur monothéisme à la vision biblique prêtant des traits humains à l’Eternel?

N’est-ce pas réduire Dieu que de lui attribuer des attributs physiques et des sentiments humains? N’est-ce point donc trahir et porter atteinte à l’indicible Essence de Dieu qui, inaccessible à l’entendement humain, ne peut se traduire ni en mots, ni en concepts, ni en images?

Notre étude portera sur la Transcendance [1], l’Immanence divine [2] et la révélation du “Visage” de Dieu à travers autrui [3].

1 – Transcendance

Les Sages d’Israël enseignent que la Tora (et par extension l’ensemble du TaNa’Kh)  «s’exprime dans la langue des hommes» (דִּבְּרָה תּוֹרָה כִּלְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם ).

Dieu voit, entend, parle, ressent des sentiments, ordonne à Israël et aux hommes que sa Volonté soit réalisée, celle de suivre la voie de l’Amour et de la  Justice.  (Abraham Gen. 18, 19; Michée 6).

Maïmonide, le grand philosophe et médecin du Moyen-âge (1138-1204) s’oppose à la vision anthropomorphique biblique et soutient que seul le recours aux attributs négatifs sont à même de «décrire» la transcendance de la divinité (théologie négative ou apophatisme, Abstraction d’attributs positifs comme la bonté, la compassion, la grandeur: Dieu est Infini- Ayin אַֽיִן) en ce sens qu’aucun mot ne peut décrire la profondeur de l’Essence divine. Elle est indescriptible).

«גָּדוֹל יְהוָה וּמְהֻלָּל מְאֹד  וְלִגְדֻלָּתוֹ אֵין חֵקֶר» –

«Grand est l’Eternel et vraiment loué, sa grandeur est infinie.» (Psaumes 145, 3)

«גָּדוֹל אֲדוֹנֵינוּ וְרַב-כֹּחַ; לִתְבוּנָתוֹ אֵין מִסְפָּר» –

«Grand est notre Maître et tout-puissant, sa sagesse est sans limites.» (Ps. 147, 5)

L’Essence divine, c’est-à-dire sa Sainteté, dépasse notre entendement d’humain.

«אַל-תְּבַהֵל עַל-פִּיךָ וְלִבְּךָ אַל יְמַהֵר לְהוֹצִיא דָבָר לִפְנֵי הָאֱלֹהִים: כִּי הָאֱלֹהִים בַּשָּׁמַיִם וְאַתָּה עַל הָאָרֶץ עַל-כֵּן יִהְיוּ דְבָרֶיךָ מְעַטִּים» –

«N’ouvre pas la bouche avec précipitation; que ton cœur ne soit pas prompt à proférer quelque parole devant Dieu, car Dieu est au ciel, et toi, tu es sur la terre; c’est pourquoi tes propos doivent être peu nombreux.» (Ecclésiaste 5, 1)

Toutefois, soucieux de rendre accessible la Bible au commun des mortels, Maïmonide tente d’expliquer l’anthropomorphisme biblique à travers les nombreux attributs positifs apparaissant tout au long du texte sacré. Selon lui,  l’anthropomorphisme biblique vise à rapprocher Dieu de la créature humaine[1]. Dieu «descend» au niveau des hommes. Il reste proche de nos problèmes, de nos souffrances et de nos espoirs.

En effet, immédiatement après avoir avoué son incapacité à décrire la magnificence divine (verset 5 du Psaume 147 cité plus haut), l’auteur de ce même Psaume poursuit et clame  haut et fort:

«מְעוֹדֵד עֲנָוִים יְהוָה מַשְׁפִּיל רְשָׁעִים עֲדֵי-אָרֶץ» –

«L’Eternel encourage les humbles, il abaisse jusqu’à terre les méchants. (Psaumes 147, 6)

La semaine dernière, notre étude biblique porta sur la dimension transcendantale de Dieu. L’étude d’aujourd’hui s’attache à mettre l’accent sur la dimension immanente de Dieu dans le TaNa’Kh.

2 – Immanence

La source biblique insiste tout particulièrement sur la dimension d’immanence divine: Dieu réside en l’homme et ne se révèle en ce monde dans la Nature (sous le Nom d’Elohim) et l’Histoire (Adonaï) qu’à travers les fils d’Adam. La Bible privilégie le rapport intime et direct entre l’homme et la divinité et invite chacun d’entre nous, à dialoguer face à face sans aucun intermédiaire avec la Source suprême et infinie, Créateur de tous les mondes, sur l’exemple du plus grand des prophètes d’Israël, Moïse.

Comparons deux versets qui, pour semblables qu’ils paraissent, laissent transparaître une nuance importante:

«יְהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם אֲשֶׁר לְקָחַנִי מִבֵּית אָבִי וּמֵאֶרֶץ מוֹלַדְתִּי » –

« L’Éternel, le Dieu des cieux, qui m’a retiré de la maison de mon père et du pays de ma naissance» (Gen, 24, 7)

«וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל-עַבְדּוֹ זְקַן בֵּיתוֹ, הַמֹּשֵׁל בְּכָל-אֲשֶׁר-לוֹ: שִׂים-נָא יָדְךָ תַּחַת יְרֵכִי. וְאַשְׁבִּיעֲךָ בַּיהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם וֵאלֹהֵי הָאָרֶץ: אֲשֶׁר לֹא-תִקַּח אִשָּׁה לִבְנִי מִבְּנוֹת הַכְּנַעֲנִי אֲשֶׁר אָנֹכִי יוֹשֵׁב בְּקִרְבּוֹ» –

«Abraham dit au serviteur le plus ancien de sa maison, qui avait le gouvernement de tous ses biens: «Mets, je te prie, ta main sous ma hanche, pour que je t’adjure par l’Éternel, Dieu du ciel et de la terre, de ne pas choisir une épouse à mon fils parmi les filles des Cananéens avec lesquels je demeure» (Gen. 21, 2-3).

Rashi (1040-1105), le célèbre commentateur français du Moyen-âge, porte notre attention sur le fait que le premier verset ne fait mention que du Dieu des Cieux (Transcendance divine), alors que le second verset témoigne de la Présence divine dans le ciel et sur terre (Immanence). Rashi explique que cette immanence, signe de la Présence de Dieu (She’khinah) dans l’Histoire des hommes, témoigne de la reconnaissance de l’unité divine par ces derniers. C’est au sein de cette unité divine emplissant le Cosmos et se révélant dans le cours de l’Histoire que les hommes seront aptes à accepter la différence de l’autre, à cohabiter dans la paix et s’unir par le lien qu’ils établiront entre le Transcendant à l’Immanent. Dieu n’est point seulement Celui qui a créé la plus lointaine des galaxies mais aussi Celui qui demeure dans le cœur des hommes.

Alors:

«וְהָיָה יְהוָה לְמֶלֶךְ  עַל-כָּל-הָאָרֶץ; בַּיּוֹם הַהוּא, יִהְיֶה יְהוָה אֶחָד וּשְׁמוֹ אֶחָד» –

«L’Eternel sera roi sur toute la terre; en ce jour, l’Eternel sera un et unique sera son nom» (Zacharie 14, 9).

L’anthropomorphisme divin a pour dessein d’enseigner à l’homme qu’il se doit de se rapprocher de son frère humain, à l’image de Dieu prêt à tout instant à abandonner «Son Trône» pour subir la douleur de Ses créatures.

L’humanisme de Dieu est une Ethique de la responsabilité fondée sur le ‘Hessed, l’Amour gratuit de toutes les créatures.

Ce thème fera l’objet de notre prochaine étude «Le Visage de Dieu, les visages d’autrui ».

3 – les visages d’autrui

Marcher à la rencontre de Dieu. Est-ce possible? Comment un être à l’entendement limité peut-il prétendre voir la Face de Dieu? L’homme, créé à l’image de Dieu, aspire de toute son âme à retourner à l’origine de son être et voir le «Visage» («Panim») de Dieu.

«…אֶת-פָּנֶיךָ יְהוָה אֲבַקֵּשׁ » (תהלים כ”ז, ח’)

«…c’est ta Face que je recherche, ô Seigneur! » (Ps. 27, 8)

 

 «עַל-כֵּן יָצָאתִי לִקְרָאתֶךָ לְשַׁחֵר פָּנֶיךָ וָאֶמְצָאֶךָּ» (משלי ז’, ט”ו).

«C’est pourquoi je suis sortie à ta rencontre pour me mettre en quête de ta Face, et je t’ai trouvé! » (Prov. 7, 15)

Le Nom de Dieu «Elohim» s’achève par la terminaison «im», marque du pluriel en hébreu. En parallèle, le substantif «Panim» est toujours au pluriel en hébreu et signifie «le(s) visage(s)» de l’homme.

Le pluriel du mot «Panim» en hébreu exprime l’idée qu’un visage englobe tous les visages des êtres humains, de notre prochain.

La rencontre avec Dieu passe à travers le regard que nous portons à l’égard de notre prochain et partageons avec autrui. Nos frères humains nous renvoient l’image du divin inscrit en notre être:

 «כַּמַּיִם הַפָּנִים לַפָּנִים כֵּן לֵב-הָאָדָם לָאָדָם » (משלי כ”ז, י”ט).

Comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi chez les hommes les cœurs se répondent» (Proverbes 27, 19)

La diversité de notre visage, reflet d’autant de mondes intérieurs (Panim signifie «visage» mais aussi «intériorité») à explorer, traduit l’expression de l’Unité du divin, dont le nom est un pluriel exprimant un singulier. L’unité, loin d’être uniformité, se révèle à travers la rencontre avec la différence et la richesse multiple du visage humain. L’infini de ces visages d’hommes, de femmes et d’enfants, concentré en chaque visage, témoigne de l’infini divin.

«וַיֹּאמֶר יְהוָה  אֶל-קָיִן: לָמָּה חָרָה לָךְ וְלָמָּה נָפְלוּ פָנֶיךָ» (בראשית ד’, ו’).

«Le Seigneur dit à Caïn; Pourquoi es-tu chagrin, et pourquoi ton visage est-il abattu (tombe-t-il)?» (Gen. 4, 6)

Le visage de Caïn est abattu («tombe»)  de telle manière que son regard ne croise plus celui de son propre frère qu’il finit par assassiner (Gen. 4, 8). La chute intérieure due à la colère, à la tristesse, aux sentiments négatifs, entraîne une absence d’attention à l’égard de notre semblable et, selon la vision biblique, un éloignement du divin.

Au contraire de Caïn, l’homme qui a choisi de s’éloigner de Dieu, Moïse, le Prophète des prophètes, jouit du privilège de côtoyer Dieu, le voir et lui parler sans intermédiaire:

« וְדִבֶּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה פָּנִים אֶל-פָּנִים כַּאֲשֶׁר יְדַבֵּר אִישׁ אֶל-רֵעֵהוּ» (שמות ל”ג, י”א).

«Or, l’Éternel s’entretenait avec Moïse face à face, comme un homme s’entretient avec un autre » (Exode 33, 11)

En vertu de quel mérite Moise accède-t-il directement à Dieu? Est-ce par pure grâce ou le fruit d’une conduite morale?

 « וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם  וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו  וַיַּרְא בְּסִבְלֹתָם» (שמןת ב’, י”א).

«Or, en ce temps-là, Moïse, ayant grandi, sortit vers ses frères et vit leurs souffrances» (Exode 2, 11).

Moïse «voit», il «prend conscience/ adhère à la cause/ prête attention» et «sort» (il abandonnera son statut social de prince Egyptien). En ce sens, il suit les traces de Dieu qui «voit» (רָאַה Racine: /ר. א. ה.  R. A. H.) la souffrance des Enfants d’Israël en «descendant» de son Trône (symbole de la transcendance divine) pour se rapprocher des hommes et rendre Sa justice immanente.

«וַיֹּאמֶר יְהוָה רָאֹה רָאִיתִי אֶת-עֳנִי עַמִּי אֲשֶׁר בְּמִצְרָיִם  וְאֶת-צַעֲקָתָם שָׁמַעְתִּי מִפְּנֵי נֹגְשָׂיו כִּי יָדַעְתִּי אֶת-מַכְאֹבָיו.  וָאֵרֵד לְהַצִּילוֹ מִיַּד מִצְרַיִם…»

«L’Éternel poursuivit: “J’ai vu, j’ai vu l’humiliation de mon peuple qui est en Égypte; j’ai entendu sa plainte contre ses oppresseurs, car je connais ses souffrances.  Je suis donc descendu pour le délivrer de la puissance égyptienne» (Ex. 3, 7-8)

«וְעַתָּה הִנֵּה צַעֲקַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל בָּאָה אֵלָי; וְגַם-רָאִיתִי אֶת-הַלַּחַץ אֲשֶׁר מִצְרַיִם לֹחֲצִים אֹתָם»

«Dès lors que la plainte des enfants d’Israël est venue jusqu’à moi, J’ai, alors, vu l’oppression dont les Égyptiens les accablaient » (Gen. 3, 9)

Comme Dieu «voit» les souffrances des Hébreux, ainsi Moïse marche sur la voie de Dieu en «voyant» la face de l’humilié, celle du délaissé et de l’opprimé. Il témoigne, de la sorte, non seulement de sympathie mais plus encore d’empathie à l’égard de ses propres frères, ce qui lui vaut de «voir» la Face de Dieu. Comme il adhère et s’identifie pleinement à la souffrance d’Israël, de la même manière que Dieu, alors Dieu le traite, pourrait-on dire, «d’égal à égal», autre traduction possible de «פָּנִים אֶל-פָּנִים» («Panim el Panim»).

Un exemple de cet humanisme biblique se retrouve chez le Patriarche Abraham:

«וַיֵּרָא יְהוָה אֶל-אַבְרָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲנִי-אֵל שַׁדַּי הִתְהַלֵּךְ לְפָנַי  וֶהְיֵה תָמִים» (בראשית י”ז, א’).

«Le Seigneur lui apparut [s’est fait voir à lui] et lui dit: Je suis le Dieu tout-puissant; marche devant moi [au-devant de Ma Face], sois irréprochable» (Gen. 17, 1).

«צֶדֶק וּמִשְׁפָּט מְכוֹן כִּסְאֶךָ; חֶסֶד וֶאֱמֶת  יְקַדְּמוּ פָנֶיךָ» (תהלים פ”ט, ט”ו).

«La justice et le droit sont la base de ton trône, l’amour et la vérité marchent devant toi [devancent Ta Face ou dépassent Ta Face (Ps. 89, 15).

La  pratique de l’Amour et de la Justice constituent les deux valeurs naturelles chez Abraham, le premier Patriarche d’Israël. En effet, il ose, en leur nom, se porter au secours de tous les hommes sans qu’aucune injonction divine ne lui ait été dictée préalablement. C’est à ce titre qu’il jouira de la révélation de Dieu.

Cordial shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

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