Nouveau Paradigme Objectif : Robot et Cyborg

Le transhumanisme : analyse d’une idéologie qui s’infiltre en Occident

On pourrait très rapidement la définir par 3 concepts : tuer la mort, augmenter l’humain par la technique, et le connecter à l’intelligence artificielle.

C’est une idéologie des années 30, que l’on pourrait apercevoir dans le roman des plus pertinents : le meilleur des mondes. Ce courant s’est fortement développé via la Silicon Valley, par les plus grosses boîtes informatiques qui adoptent cette vision (Google en étant un bon exemple).

La médecine tente, une fois que le problème arrive, de le supprimer. Cependant, tous les patients sont amenés à mourir un jour ou l’autre de part notre statut de mortel. Du coup, le courant transhumaniste s’est demandé : pourquoi ne pas supprimer la mort ?

Et nous arrivons ainsi à une vision plus proche du golem fantastique et de l’androïde de science-fiction que du serment d’Hippocrate. Seulement, la mort est liée à la vie. Supprimer la mort, c’est supprimer le désir qui devient une question de temps. On ne désire plus une chose que l’on n’a pas par choix, on attend le moment où l’on pourra l’avoir. Dans le fond, on en vient à la question de la frustration et de l’assouvissement des passions. Au lieu de penser ces questions de manières philosophiques, on les supprime en déplaçant le problème sur le rapport à la mort, qui est un des thèmes qui structure toutes les sociétés.

Kepler a dit : « La différence entre Dieu et l’homme, c’est que Dieu connaît tous les théorèmes depuis toute l’éternité alors que l’homme ne connaît pas tout, pas encore. »

Nous voyons ici la vision d’un être en devenir qui maîtrisera le fragile et la nature. Mais alors quelle vision de l’Homme peut se baser sur cette vision ? Cette vision apporte, de manière inconsciente, une profonde mutation sur la vision même de ce qu’est un être humain. On passe de l’organisme basé sur un système holistique (doctrine ou point de vue qui consiste à considérer les phénomènes comme des totalités) à un agrégat, une somme de modules, à ajouter ou à supprimer selon les envies et besoins de chacun ou de la mode sociale.

La timidité est mal vue socialement, on crée un médicament qui bloque cet incident. Une personne est un peu trop artiste, on lui donne des médicaments pour la calmer. Cela entraîne la suppression de l’enracinement à soi-même, problème majeur de la montée des dépressions.

En ce qui concerne l’être humain augmenté, autre point important du transhumanisme : sur quels critères se base cette augmentation ? Cela ne pousse-t-il pas toujours plus à combler un manque jamais comblé ? Vouloir un être augmenté, par rapport à une norme qui n’existe pas d’un être « entier », pose la question de la place de la fragilité et donc de l’eugénisme. Cette idéologie qui s’est développée dans les années 30, vue comme totalement scandaleuse à la fin de la 2ème guerre mondiale, devient une chose logique de nos jours.

Pourquoi ne pas faire en sorte d’être le mieux possible ? Cette évolution du « tout possible sans limite » devient permise de nos jours grâce, par exemple, à la technique et aux tests possibles pour prévenir telle ou telle pathologie dans le ventre de la mère. Je ne critique pas ce genre de test, que je les ferais certainement pour mon futur enfant. Cependant, il faut reconnaitre au niveau social qu’il pose des questions éthiques qui ne sont pas posées sur la place publique, notamment la limite de ce genre de pratique. Il y a quelques temps, la puce RFID était une peur des conspirationnistes ; de nos jours, la science cherche le moyen de connecter ses organes pour suivre, en temps réel, notre état de santé.

Nous en arrivons à une hybridation entre la technologie et le vivant, ce qui créé une externalisation des fonctions humaines.

Ce qui pouvait être fait auparavant par une pratique et un apprentissage est maintenant fait par une machine (exemple le GPS). Ces hybridations créent malheureusement de nouveaux problèmes.

Un exemple pour illustrer cela :

une personne sourde de naissance se crée un savoir corporel intrinsèque qui se modélise (codifie) d’une certaine manière. Le sourd de naissance a structuré son corps, son rapport au monde à l’aide d’une information, non codifiée par le langage parlé, mais par d’autres voies d’accès. Il a donc une subjectivité perceptive qui donne un rapport perceptuel différent.

Ainsi, lorsqu’on implante une puce afin qu’il puisse entendre, il aura accès à une information codifiée par un entendant, donc sur le code du langage oral, ne correspondant pas à son information corporelle qui est un rapport au monde du sourd.

Cette personne ne sera donc ni sourde, car elle aura à présent le code du langage oral, ni bien entendante, car elle recevra un code non compatible avec sa mécanique propre.

Pour finir, d’un point de vue clinique, la vie se base sur des failles fondatrices (ce qui nous « manque » défini, ce que nous sommes en tant qu’être) contrairement à la défaillance, propre à l’appareil mécanique, qui peut être réparée sans répercussion.

L’outil (quel qu’il soit) a toujours suivi l’évolution, et l’évolution fait peur (voir l’article sur le rapport au changement sur ce site). Donc, les questions ne portent pas sur la science en elle-même, mais sur les limites de la technique. La science libérale entraine les questions : pourquoi ne pourrais-je pas utiliser la technique qui existe ? Quelle est la légitimité de celui qui souhaite devenir un être augmenté ?

Cependant cela s’ajoute à un autre fait. Tout ce que la technique rend possible devient anthropologiquement et sociologiquement obligatoire, sinon on se retrouve en décalage profond avec la société elle-même tel les amish aux USA. Du coup, la production de technique est devenue elle aussi, dans nos sociétés, un foyer de conformisation, voir normalisation.

La base de la philosophie libertaire et de la mouvance post 68 est : tout est possible. Seulement, les limites qui structurent la vie sont essentielles à l’existence. Aujourd’hui, le néolibéralisme, lié à la technologie, pousse aussi au « tout est possible ».

Cela entraîne une réflexion politique de la limite, tout en faisant attention, car celles-ci peuvent vite renvoyer vers l’obscurantisme qui aime des limites fortes : coercitive, étatique, voire théologique. Face à une vision libertaire du « tout est possible » rejoignant dans les faits les dérives néolibérales, se questionner sur la place d’une limite devient indispensable.

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