Atlantide Le Livre de l’Atlantide

Le Livre de l’Atlantide – 5 La civilisation des Atlantes

Livre de Michel Manzi

Chapitre 1 – Chapitre 2 – Chapitre 3 Chapitre 4

CHAPITRE V : LA CIVILISATION DES ATLANTES

Les traditions et les recherches modernes sont d’accord pour admettre que les Atlantes atteignirent une civilisation véritablement supérieure. Leurs colonies d’ailleurs en ont laissé le témoignage·

L’Égypte, colonie de l’Atlantide, révèle une civilisation admirable qui, selon Renan, semble n’avoir point connu d’enfance barbare. Cela tient à ce que les Atlantes n’ont colonisé qu’en pleine maturité de civilisation.  Le Pérou et le Mexique confirment aussi ce fait, car là encore d’innombrables vestiges témoignent d’un passé grandiose et civilisé.

D’ailleurs, Égyptiens et Incas reconnaissaient que toute leur science venait des Atlantes.  Les Égyptiens les avaient surnommés les dieux, les Incas, fils du soleil, expression identique ·comme symbole de respect.

D’autre part, les Égyptiens racontaient que la base de leur religion était cette fameuse Table d’Emeraude, où des sages atlantes avaient condensé toute la vérité d’alors. Cette table, apportée en Égypte par Hermès, devint la Loi d’après laquelle les Chaldéens établirent leur morale et dont Moïse se servit pour dicter à son peuple le célèbre décalogue.

Les Grecs eux-mêmes admirèrent la Table d’Emeraude, qu’ils appelaient table de Mercure, le Messager des Dieux (ou Atlantes) et Pythagore composa au sujet de cette table les fameux vers dorés. La morale a contenue dans cette table est fort belle. On la retrouve d’ailleurs dans toutes nos religions. Elle proclamait le respect dû à un être suprême, à une cause première, universelle, omnipotente. Ce Dieu se révélait à nous par la vie et les forces supérieures qui, combinées, en sont l’âme. Ces forces étaient au nombre de quatre. Ainsi l’on retrouve là le quartenaire dans l’unité, ce principe de l’ésotérisme égyptien et indou, et que de nos jours la Kabbale a perpétué.

La pyramide quartenaire par la base, une par le sommet, était le monument symbolique de cette vérité religieuse, le grand temple où l’on recevait l’initiation de la science transcendante.

Mais ce Dieu invisible, omnipotent, se manifestait d’une façon plus tangible pour les êtres terrestres par les astres. Aussi l’homme devait respecter les astres, les saluer avec admiration comme des preuves matérielles de la puissance de la cause première. Puis parmi ces astres il en était un qui symbolisait au premier chef cette puissance, car les Atlantes avaient remarqué que les rayons solaires distillaient la vie et que là où il n’y avait point un peu de soleil, il n’y avait point de vie. Aussi ils avaient adoré le soleil tout particulièrement et l’«avaient proclamé le Dieu des dieux. Donc leur religion était à la fois philosophique et scientifique.

Mais il est certain que ces données abstraites n’étaient l’apanage de la compréhension que de quelques uns. Le peuple se contentait d’être sabéiste. Il adorait les étoiles, le grand homme sidéral, comme la manifestation du grand moteur universel, dont on ne devait même pas essayer de pénétrer le mystère, tel de nos jours l’adoration de nos femmes pour les saints, et leur profond respect pour l’inviolable mystère de la Sainte Trinité.

En somme, les Atlantes ont proclamé, bien avant nos savants modernes, la grande vérité de l’Influx solaire. Pour eux, le soleil était l’instrument vital du grand tout. Aussi le culte du soleil fut-il un des plus importants parmi ceux qui florissaient en Atlantide. On lui construisait des temples gigantesques aux salles formidables, aux plafonds soutenus par une forêt de piliers carrés et rarement circulaires. Ces temples étaient plus monstrueux encore que ceux que nous voyons en Égypte et qui sont d’une architecture analogue. Sur l’autel un grand soleil d’or resplendissait, et disposé de telle façon que chaque matin le premier rayon solaire vînt s’y mirer.

Les temples incas et le culte qu’on y célébrait sont les vestiges des cérémonies religieuses atlantes. Puis sur les montagnes on disposait des cercles de monolithes. Ces grandes pierres étaient au nombre de douze. Chacune d’elles symbolisait un signe du zodiaque et leur disposition était telle que le premier rayon solaire devait frapper la pierre symbolisant le signe zodiacal, où alors il trônait. Ainsi ils avaient en quelque sorte un calendrier sidéral indiquant la position du soleil dans sa course à travers la zone zodiacale. Comme, ici-bas, le feu est le symbole le plus pur du soleil, on avait institué le rite du feu. Il se célébrait d’une façon analogue à celui que pratiquaient les Aryens. Des prêtres spéciaux étaient voués au soleil. Il avait aussi ses prêtresses, ayant fait vœu de chasteté, et chargées d’entretenir le feu d’une façon perpétuelle sur l’autel.

Les vestales ne sont que les filles des prêtresses atlantes et l’adoration perpétuelle de notre culte catholique n’a point d’autres origines. D’ailleurs, au Pérou et au Mexique, l’on a retrouvé aussi des prêtresses sacrées chargées du culte du feu. Ainsi l’Atlantide a généré la plupart de nos rites, que l’évolution des idées, les usages, conséquences du climat, ont sans doute modifiés, transportés d’un plan sur un autre, mais non étouffés. Et il est curieux de constater que le principe des congrégations religieuses actuelles, basé sur le célibat, est d’origine atlante. Nos religieuses ne sont que les filles du soleil qui, selon l’ésotérisme, s’est incarné en Jésus, le Sauveur.

Le culte du soleil et son corollaire, le culte du feu, étaient la base de la religion. On avait institué des danses en l’honneur de l’astre-roi.

Cela consistait à mimer la marche du soleil à travers les constellations zodiacales. Des groupes de danseurs représentaient les signes et se costumaient en conséquence, qui en lion, qui en bélier, qui en écrevisse. Puis certains groupes symbolisaient le Printemps ; d’autres l’Eté, d’autres l’Hiver. Ainsi, ils aimaient représenter ici-bas, en de natives cérémonies, le grand mystère du ciel.

D’ailleurs, nous retrouvons ces danses astronomiques dans les pays colonisés par les Atlantes. L’Égypte, l’Inde, la Grèce nous en ont conservé les vestiges. Les danses pittoresques de java n’ont point d’autre origine. De même au Pérou : les Espagnols les y ont retrouvées dans toute leur splendeur. Il est intéressant de remarquer que, dans notre culte catholique, la procession du chemin de croix ressemble étrangement à ces antiques fêtes. Il y a douze stations comme il y avait douze signes. Devant chaque station l’on s’arrête, l’on chante, l’on prie, comme jadis à chaque signe l’on dansait une ronde spéciale. En somme cette procession n’est que l’ancien rite astronomique atlante, transmis aux catholiques par Ammonius Sacchas, prêtre égyptien. On ne fait que glorifier le Soleil, que symbolise Jésus, dans sa marche à travers le zodiaque : chaque station est l’expression d’un effort solaire luttant contre les ténèbres, opprimant la, vie.

La prière a seule remplacé la danse, car si autrefois la danse était une marque de respect, un témoignage d’adoration, elle est devenue de nos jours, aux yeux des prêtres catholiques, quelque chose de profane. La faute en est aux danses lubriques des Phéniciens, des Grecs, des Romains. Puis l’homme, évoluant, a compris que la méditation exprime mieux l’adoration que des rondes, fussent-elles gracieuses et pittoresques. Mais le fait n’en reste pas moins, et le rite astronomique du soleil, transmis aux Égyptiens par les Atlantes, a été adapté par eux au culte de Jésus et transposé en une procession solennelle.

Les Atlantes croyaient à l’immortalité de l’âme, à la résurrection des corps, à la béatitude d’un lieu céleste.

Pour eux, après la mort, la vie continuait et l’âme revêtait de nouvelles formes. Elle allait sans cesse en évoluant, franchissant des multitudes d’étapes de vie, jusqu’à ce qu’enfin, redevenue lumière subtile, forme primitive, elle réintégrât la cause première. Il est peu probable que les Atlantes, dans leur belle période, aient cru à la réincarnation. Cette théorie est purement indoue. Ils croyaient bien à la réincarnation, mais dans d’autres mondes, et dans d’autres formes que des formes charnelles. Pour eux, l’âme habitait des corps de plus en plus subtils et devenait peu à peu, à mesure de son évolution, un ange, un archange, un séraphin.

La religion des Incas et celle des Égyptiens nous révèlent ce dogme, surtout celle des Incas, qui est restée plus pure que celle d’Égypte, car cette dernière a été souvent modifiée et transformée par les apports théologiques des Noirs et des Blancs. Il est probable aussi que les Atlantes révéraient la mémoire de leurs ancêtres, mais quant à l’institution d’un culte en leur faveur, cela paraît douteux, car la tradition nous apprend qu’en Égypte et que dans l’Inde, il n’y avait point, avant l’arrivée du Boréen Ram, de culte des ancêtres. Ce culte serait donc plutôt une innovation des Boréens et de Ram leur législateur.

Croyant à l’immortalité de l’âme, ils embaumaient leurs morts. Leur méthode était celle des Égyptiens. Ce qui le prouve, c’est l’identité de méthode employée par les Incas et par les Égyptiens. Ces deux races sœurs, qui s’ignoraient, avaient hérité toutes les deux des pratiques des Atlantes, leurs pères. Il y avait bien encore d’autres cultes. La lune avait ses adorateurs ; il en était de même des autres astres. Toutes les planètes étaient révérées, non point comme des êtres autoritaires, des dieux bons ou méchants, mais comme des symboles de la force divine. Car à côté de l’astronomie, l’astrologie jouait un grand rôle. Les influences bonnes ou mauvaises de certains astres avaient été analysées. On révérait Saturne comme l’expression du principe fatal ici-bas, de même que l’on révérait Vénus comme l’expression du principe amour. Pour eux, l’influx solaire, se réfractant à travers Saturne pour agir sur la Terre, prenait un caractère fatal, maléfique. Tandis, que ce même influx, réfracté par Vénus, devenait bénéfique, par la douce impulsion amoureuse qui pousse deux êtres à s’aimer.

Les Atlantes révéraient donc dans les astres des forces de la nature, dont certaines étaient bonnes et utilisables. Ils les appelaient des dieux, pour exprimer simplement leur puissance ici-bas et le néant de la volonté humaine à leur égard. Comme on le voit, cette religion était purement scientifique et pratique. Il n’y avait en elle aucun mysticisme. Elle était basée sur l’observation des faits. Rien d’imaginatif ou d’exalté. Elle ignorait les conceptions nébuleuses d’un indéfinissable paradis. Seulement, comme ces peuples primitifs étaient plus impressionnables que nous, plus portés vers la musique et le chant, plus artistes et plus poètes, par suite d’une communion plus directe avec l’âme d’une nature splendide, se révélant en des paysages grandioses, par un ciel magnifique et toujours bleu, par un climat très doux, ils aimaient à chanter leurs observations, et conter la science sous la forme d’allégories. Ils adoraient les symboles, les danses, toutes les cérémonies gracieuses et pittoresques, sachant que telle vérité, enchâssée dans un rite curieux, frappait mieux la mémoire qu’un texte pénible et abstrait. Le souvenir d’une fête vit longtemps. Il n’en est point de même d’une lecture.

Les moindres détails d’une cérémonie, où l’esprit a été amusé, restent aussi mieux gravés que les détails d’une étude. Pour ceux qui savaient comprendre, ces cérémonies rappelaient toute une longue suite d’observations scientifiques, des travaux innombrables de savants. Aussi, le grand tort des modernes étudiant l’antiquité a-t-il été de ne voir dans ces rites religieux que des manifestations grossières de superstitions. Habitués au silence du cabinet, à nos méthodes abstraites, à nos minuties, à de magnifiques bibliothèques, ils n’ont point compris que ces peuples artistes n’avaient pas de livres et que leurs livres étaient justement ces cérémonies religieuses.

Leur enseignement était oral, et ils préféraient la causerie agréable, souple, aux livres pédants, mesquins, aux pensées claquemurées dans des phrases étroites. Puis, nos savants ne sont point, pour la plupart, des artistes. Ils ne prisent pas le pittoresque et la beauté des choses. La sensibilité est morte en eux. Ils ne conçoivent que l’abstraction. Aussi sont-ils peu faits pour comprendre ces peuples poètes, ces peuples enfants, qui adoraient les allégories et les rites pittoresques.

Voilà sans doute pourquoi l’on a tant dédaigné de nos jours la science antique et les religions du passé. On ne les a point comprises, car nous sommes les enfants d’un climat brumeux, d’une civilisation résultant d’une lutte âpre contre la nécessité. Tandis qu’eux étaient les fils d’un climat adorable, prédisposant à la rêverie. Ils ignoraient cette atroce emprise de la faim qui, de nos jours, nous force à quitter nos travaux, à négliger l’art pour un morceau de pain. La nature leur donnait tout en abondance. Ils avaient su ne point l’épuiser comme nous, qui voulons la transformer à notre gré.

Enfin, nous ne connaissons du passé que la période de décadence, en un mot, celle qui est la plus proche de nous. Nous oublions trop que tout peuple ici-bas a une enfance, une maturité, une vieillesse. Et l’idée que nous nous faisons d’un peuple mort porte trop empreinte de sa période de décrépitude. Nous nous plaisons plutôt à en analyser les tares, les superstitions, et cela dans un sentiment d’orgueil et de vanité intellectuelle.

C’est ce qui s’est passé pour les Atlantes : certains les ont prétendus fétichistes, d’une mentalité à peine supérieure à celle des Cafres. Mais n’a-t-on pas prétendu que les Égyptiens n’avaient adoré que les animaux ? Injure singulière pour un peuple essentiellement métaphysique ! Il y avait bien en effet, en Égypte, un culte idolâtre, mais ce culte n’a existé, qu’à la période de déliquescence, où l’intelligence dégénérée, confondant les symboles, hantée de sadisme, s’est mise à divaguer.

Mais peut-être aucune religion n’a-t-elle suivi une marche plus singulière que la religion atlante. D’abord essentiellement scientifique, d’une métaphysique pure et élevée, elle a dégénéré peu à peu en un culte tout a fait sadique.

Primitivement, on n’admettait dans les temples aucune image. Seuls, le disque solaire et le miroir magique trônaient sur l’autel. Puis l’image humaine vint s’y installer : ce fut le commencement de la décadence. On anthropomorphisa tous les symboles, toutes les allégories. Et la figure humaine vint prendre la place des figures synthétiques. Puis les signes zodiacaux, les étoiles, qui à cause d’une vague ressemblance, ou d’un effet astrologique sur une catégorie d’animaux, avaient pris le nom de chèvre, de lion, etc, furent aussi désormais Figures par les formes de ces animaux. Et ainsi s’installèrent sur les autels, au lieu des emblèmes de jadis, des images de lion, de chèvre, d’éléphant. Là d’ailleurs est l’origine de ce fameux idolâtre, que l’on a reproché aux Égyptiens. D’abord représentation symbolique, ces animaux, devinrent par la suite à leur tour des dieux ; comme si, dans notre culte catholique, le symbole du Saint-Esprit, figuré par la colombe, devenait dans la suite, perdant son sens ésotérique, l’adoration d’un esprit dégénéré. Et alors l’on adorerait les colombes comme des divinités.

Mais là où la religion atlante devint particulière dans sa déliquescence, ce fut dans l’adoration du moi. Déprimés par un matérialisme outré, devenus sceptiques, railleurs, ne comprenant plus le charme des allégories, la langue des symboles, et dégoûtés d’un culte idolâtre, les Atlantes remplacèrent la vieille religion scientifique par la religion de l’homme. Il y eut, alors le culte de l’homme. On le plaça au dessus de tout. Il devint le véritable lieu de la nature, et les Atlantes s’appelèrent fièrement les dieux. Et ce nom qu’ils s’étaient donné jette une lumière singulière sur les vieilles traditions des peuples européens lorsqu’elles parlent de dieux habitant la terre. Ces dieux n’étaient que les Atlantes et ils se faisaient adorer par les peuples sauvages, tels nous si, dans nos colonies, nous nous posions en divinités et si brusquement notre race disparaissait alors notre souvenir se perpétuerait sous le nom de dieux !

Donc l’homme adora sa propre image. Les gens riches faisaient sculpter leur buste et, dans une chapelle, le plaçaient sur un autel. On construisit alors des temples vastes avec des multitudes de niches, pour loger les statues des habitants de la ville. On venait matin et soir s’adorer. On se brûlait des parfums, on s’encensait, on se récitait des prières, on l’implorait. Certains entretenaient même à grands frais des cortèges de prêtres chargés de célébrer leur culte et de les encenser tout le jour. Et ainsi l’on assistait dans les villes au spectacle étrange de gens passant leur temps à s’adorer. Mais dans les campagnes ce culte pour soi n’eut aucune force et là, la dégénérescence générale eut pour résultat l’adoration d’êtres fantasmagoriques créés par les imaginations.

On adora les éléments qui révélaient la sorcellerie, des diables, des lutins, des esprits. On leur sacrifia l’honneur en des rites impurs. On souilla les autels du sang des enfants. Bref on institua des rites de débauche, Et tout un peuple en rut se prosterna devant des boucs, des mélanges de femmes, et d’animaux, des monstres. Le sabbat, les messes noires, toutes les inventions sadiques de notre moyen-âge, toutes les lubricités de nos temps modernes ont été générées durant cette période de décadence.

Satan, Baphomet, et autres égrégores fantastiques enfantés par des esprits tournés au mal, sont les Fils des conceptions maudites des Atlantes dégénérés. Et voilà pourquoi les sages Égyptiens et les peuples naïfs, atterrés de tant de vices, ont raconté que l’Atlantide s’est effondrée dans les flots par suite des mœurs impures de ses habitants. Ils ont vu dans la catastrophe le courroux céleste, la vengeance de loi morale insultée.

Mais, même à la période la plus vile, la vieille religion s’était perpétuée. Elle subsistait dans des collèges d’Initiés.

Ceux-ci continuaient son culte de Symboles et les recherches métaphysiques. Mais comme ils étaient traqués par les magiciens noirs, par les prêtres des cultes maudits, ils ne transmettaient leur science que par une rude et pénible initiation. Dans les ténèbres des pyramides, dont l’entrée était dissimulée adroitement, le néophyte recevait l’initiation à la lueur des torches après des épreuves terribles. Il fallait qu’il se fût montre apte à braver la mort, les tortures, les douces séductions des femmes. Malheur à celui dont le courage vacillait au cours de ces épreuves, car l’épée lui tranchait la tête ou, enfermé dans le temple, il ne voyait plus la lumière du jour et passait sa vie à servir les autres. La morale de ces Initiés était pure. Elle était basée sur la solidarité, l’abnégation du moi au profit de la masse, l’évolution de l’intelligence et du cœur, la lutte contre l’égoïsme. Son but était de rétablir en Atlantide le règne de la paix, le règne de l’amour entre les hommes, d’étouffer la magie noire et ses rites impurs.

Les femmes comme les hommes, avaient accès a l’initiation. Les initiés se mariaient entre eux. Ils avaient établi des loges par toute l’Atlantide et, fièrement, disputaient le terrain moral pas à pas aux prêtres dégénérés.

Mais, accablés par le nombre, trahis, ils émigrèrent dans les colonies et y fondèrent des loges. L’Égypte devint leur principal foyer. Ce fut là que s’installa le Grand Maître, 400.000 ans avant J. C. disent les Indous.

Les grandes pyramides et le Sphinx furent leurs temples. Ils eurent des loges dans l’Inde, en Chine, en Chaldée, au Pérou, en Espagne, en Abyssinie. Il essayèrent de répandre leur morale parmi les Noirs et les jaunes, encore à l’état sauvage. Ils cherchèrent à les tirer de leur barbarie. Mais jusque dans les colonies les Magiciens noirs de l’Atlantide vinrent les poursuivre. Ils fondèrent, eux aussi, des loges ennemies un peu partout, établirent une initiation aux rites voluptueux, aux cérémonies sensuelles. Et, comme l’homme non évolué préfère à la moralité de l’esprit l’amoralité des sens, les Noirs accoururent aux cérémonies sadiques des Atlantes dégénérés qui flattaient leurs passions et leurs faisaient paraître plus douce la vie.

Ainsi se contamina le monde et se répandirent les superstitions grossières qui de nos jours encore ont survécu : le culte des démons, des larves, le fétichisme bête, les rites immondes de Satan. En vain, les Initiés, fidèles à leur mission, cherchèrent à réagir. Ce fut de leurs loges que sortirent plus tard Ram, Moïse, Orphée, Khrisna, Fo-hi, Jésus ; les doctrines indoues, chaldéennes, la Kabbale, la Gnose, le Mahométisme, le Madzéisme, le culte des Incas, le Christianisme, la Franc-Maçonnerie, en un mot ce courant moral et purificateur dont le but est de régénérer l’homme, de transmuer son égoïsme en amour et de lutter contre l’autoritarisme.

Des loges adverses, des magiciens noirs, sortit le courant contraire qui provoqua le schisme d’lrschou, les cultes assyriens, phéniciens, atzèques, civaïtes, les rites idolâtres des Nègres et des Polynésiens, les débauches des naturalistes grecs, et romains, le sadisme des dégénérés du moyen-âge, les lubricités modernes des adeptes de la Voisinet de Vintras, le césarisme catholique des Borgias, enfin la morale arriviste actuelle des décadents, et notre gâchis international.

Ainsi, peu de personnes se doutent que la dualité entre l’amour et l’égoïsme, qui cause notre malheur moderne, a pris racine il y a 800.000 ans en Atlantide.

Notre civilisation est le résultat de la lutte primitive entre les Initiés et les Magiciens noirs qui se sont disputés alors le monde. L’Égypte et l’Inde nous en donnent la clé et voilà le secret des Pyramides, le pourquoi des initiations antiques dégénérées de nos jours en Franc maçonnerie. L’Egypte, fille directe de l’Atlantide, devrait être considérée comme l’œuf d’où est né notre monde moderne avec son idéalisme et son bas matérialisme.

Donc le rôle de la magie a été grand en Atlantide. Mais la magie suppose une évolution scientifique considérable.

Elle ne se borne pas, comme on le croit communément, à des pratiques de sorcellerie. La sorcellerie n’est qu’une application de la magie dans un but immoral et déterminé. La magie est la connaissance et, le moyen d’utiliser pratiquement les forces psychiques de la nature. Elle met donc entre les mains de celui qui en possède l’art une puissance considérable, qui lui permettra d’évoluer ou d’involuer à son gré un objet de la nature qui dépend de ces forces. Ainsi la transmutation des métaux est un acte de magie.

Or la connaissance de ces forces et leur utilisation nécessitent l’étude approfondie des lois physiques de notre monde. Ce qui fait que la chimie, la physique, la physiologie, l’anatomie, l’astronomie, la mécanique, tout le faisceau de sciences enfin qui est notre orgueil et dont nous revendiquons la paternité, étaient étudiées en Atlantide. Mais l’on n’étudiait pas seulement le côté physique de ces objets, mais encore leur côté métaphysique. Ainsi la botanique ne se bornait point à décrire les plantes, elle révélait aussi leurs vertus curatives, leurs effets physiologiques et psychiques, leurs relations enfin avec l’astrologie. En un mot, la magie nécessite l’étude synthétique de tout ce qui y compose notre globe, au physique comme au psychique, afin d’en connaître les moindres lois et d’agir selon leurs données.

Donc le magiste possède un pouvoir immense car, en se servant de certaines lois naturelles d’un coefficient de puissance plus grand que certaines autres, il peut agir sur ces dernières et modifier un état naturel, tant au physique qu’au psychique. Mais ce pouvoir peut agir en bien ou en mal. La volonté de l’homme, seule, en fixe le but. D’où la responsabilité du magiste et cette division de la magie en magie blanche et en magie noire. Sera blanche, la magie dont le but sera moral et évolutif non seulement pour l’individu, mais encore pour la collectivité. Sera noire, la magie dont le but sera oppressif, immoral et dont la résultante ne servira qu’à satisfaire l’égoïsme du magiste et ses passions. Ainsi l’hypnotisme, servant à guérir une habitude fâcheuse chez un individu, sera un acte de magie blanche, tandis que l’hypnotisme, servant à se faire donner de l’argent, un corps sans amour, sera un acte de magie noire et de sorcellerie.

Les Atlantes, arrivés au zénith de leur civilisation, étaient tous magistes.

Ils connaissaient cet art et le pratiquaient dans un but noble et évolutif. Ainsi ils avaient découvert cette fameuse force psychique appelée par les uns vril, par les Hébreux aour, par les indous akasa, par les alchimistes éther, par les modernes astral, od, âme intra-atomique. Ils connaissaient cette force mais, plus habiles que nous savaient s’en servir. Grâce à elle, ils pratiquaient la transmutation des métaux, guérissaient des maladies. Ils s’en servaient comme force motrice, comme moyen d’évoluer certaines plantes sauvages, certaines formes animales. Ce fut sans doute grâce à elle qu’ils parvinrent à domestiquer les animaux.

En un mot, ils se servaient de la magie dans l’industrie, dans la culture, dans le moyen de faciliter l’intelligence des enfants rétifs, et ils guérissaient avec elle non seulement les maladies physiques mais encore les maladies morales. Et voilà pourquoi les traditions et les récits de Platon, de Plutarque, des prêtres égyptiens, des pandits indous, sont d’accord pour vanter les pouvoirs mystérieux et la puissance occulte des Atlantes. D’ailleurs, les Mahatmas de l’Inde, les Fakirs, les Initiés égyptiens se disent encore de nos jours les seuls possesseurs des pouvoirs occultes des Atlantes, leurs ancêtres, des fameux Rutas.

Et voilà pourquoi les écoles hermétismes du passé et du présent, les alchimistes du Moyen-Âge, nos modernes Rose-croix déclarent que la science est dans le passé et que nous devons essayer de rétablir la science des Rouges, que dans les chaos des révolutions nous avons perdue. Ils avaient, en un mot, le fameux arbre de science, le légendaire arbre de vie dont parlaient les Mages chaldéens, l’arbre sacré de l’Eden du bien et du mal et dont le fruit menaçait de rendre l’homme l’égal des dieux. Mais de même qu’Adam, les Atlantes mangèrent la pomme et ce, fut la chute.

Moïse, dans sa fameuse légende du paradis terrestre, ne fait que conter cet épisode historique. L’Eden, c’est l’Atlantide ; l’arbre, la Magie ; Adam, les Atlantes ; Eve, leur imagination ; le Serpent, leur égoïsme. Conscients de leur pouvoir, certains Atlantes, poussés, par l’égoïsme et la cupidité, voulurent employer la magie dans un but personnel. Ils utilisèrent donc les forces psychiques pour accabler leurs frères. Ce fut l’origine de la magie noire, et cette pratique de la magie noire, s’étendant en raison directe de la décadence, causa la chute de l’Atlantide, en amenant le désordre dans les esprits, l’anarchie dans les institutions.

Alors commença la lutte entre les Noirs et les Blancs, Entre les initiés et les dégénérés : luttes terribles, car elles nécessitaient des dépenses formidables de forces psychiques, qui foudroyaient des villes. Et comme nous l’avons vu, les Blancs se réfugièrent dans les colonies et là encore se virent accablés par Cain. La magie noire fut donc la cause de la dégénérescence des Atlantes, en leur permettant d’assouvir leurs passions et de ne vivre que pour leur égoïsme. Et voilà pourquoi la magie fut plus tard enseignée qu’en grand secret, et que la magie noire, appelée sorcellerie pour la distinguer de la blanche, fut prise en horreur par les peuples et les législateurs. Elle devint la science maudite, la science du diable.

Donc, les Atlantes étaient magistes. Cet art était enseigné dans les écoles. Elles étaient nombreuses et à la charge de l’État. Elles se divisaient en écoles primaires et en écoles supérieures. Les prêtres étaient les professeurs. Ces écoles étaient mixtes. En effet, la femme était considérée l’égale de l’homme et même, supérieure à lui dans la production de la force psychique du vril. Femmes et hommes recevaient donc la même instruction et la même éducation.

À douze ans, l’on était admis dans les écoles, mais l’instruction n’était nullement obligatoire.

On ne se glorifiait point de savoir lire. D’ailleurs il y avait pour les paysans et les artisans, des écoles industrielles. âge et agricoles, où seule la pratique était enseignée. À douze ans donc, l’on entrait à l’école et l’on était dirigé, là, selon ses facultés. Un enseignement n’était point uniforme. L’astrologie, la clairvoyance révélaient au professeur les capacités de l’élève et on l’instruisait en conséquence, cherchant à développer ses aptitudes et a en tirer le plus grand parti possible. On étudiait dans ces écoles l’astronomie, l’astrologie, la chimie, l’alchimie, les plantes et leurs propriétés curatives, le magnétisme, les mathématiques, la médecine, les pierres, les parfums.

Celui qui sortait des écoles supérieures était un véritable mage, car le but principal de l’instruction des prêtres était de développer chez leur élève les facultés psychiques et de lui apprendre à manier les forces cachées de la nature, à se servir des propriétés occultes des plantes et des métaux. On développait en lui le fluide, la volonté, le vril, en un mot son pouvoir. Puis il était son propre médecin et le médecin des humbles, car il n’y avait point de corps médical. Chacun se soignait selon l’instruction reçue ou se faisait soigner par l’homme en qui il avait confiance.

Dans les écoles spéciales, on apprenait à l’artisan la mécanique, la chasse, la pêche, au paysan l’agriculture. Ces dernières écoles furent très florissantes. Elles formèrent des sujets remarquables à qui l’on doit l’avoine, le seigle, les céréales en général, la transformation du plantain en bananier, la domestication des animaux et des croisements utiles. Nous avons fait sous ce rapport peu de progrès depuis les Atlantes. Nous en sommes les tributaires et il est à remarquer que, depuis 7.000 ans, il n’y a eu aucune domestication nouvelle.

Les agriculteurs atlantes ont, grâce au vril, transformé des formes animales et domestiqué des animaux.

Le cheval ne serait qu’un produit de leurs essais de transformation. Ils avaient domestiqué le lion, et les ancêtres des jaguars et des léopards. Ils s’en servaient comme bêtes de trait. Mais ces animaux retournaient à l’état de bête sauvage lorsque, par suite de la dégénérescence, le vril disparut, chez les Atlantes. La volonté de l’homme ne s’était pas imposée à eux assez longtemps pour que l’hérédité transmît à leur race l’habitude du servage. Les agriculteurs atlantes employaient la chaleur artificielle et la lumière colorée pour hâter le développement des espèces et pour faciliter certains croisements de races. Ils avaient domestiqué ainsi certains animaux ressemblant aux tapirs et se nourrissant d’herbes : les ancêtres des chats et des chiens. Ils avaient des troupeaux d’élans et pour bêtes de trait des animaux transformés par eux et dont les lamas sont des descendants. Mais le cheval fut leur conquête préférée. Ils avaient des courses de chevaux. Il est probable aussi qu’ils connaissaient le cochon, la chèvre, le mouton. D’ailleurs le climat était très doux. C’était celui des Açores.

Mais toutes ces recherches furent interrompues par la décadence. Beaucoup de travaux furent ainsi perdus pour les héritiers des Atlantes et la belle instruction donnée au temps de l’apogée dégénéra en une éducation surtout physique et arriviste.

Les Atlantes avaient des bibliothèques et des livres. Ils connaissaient le papier mais se servaient de préférence de minces, feuilles de métal dont la surface polie était pareille à de la porcelaine blanche. Ils reproduisaient un texte écrit par la gravure et constituaient des livres.

D’abord le toltèque fut la langue universelle.

Les langues du Mexique et du Pérou sont les restes de cette langue. Mais dans les colonies on parla un tlavatli et rmoahal. Ces langues étaient agglutinantes. Le basque, l’étrusque, le guanche, et le mystérieux langage des Égyptiens primitifs ou voteau étaient des produits de ces langues combinées. D’où la similitude des langues basques et américaines ; de l’égyptien et du péruvien.

Les Atlantes étaient de grands navigateurs. Ils reconnaissaient la boussole. Leur flotte était nombreuse et puissante. Ils avaient des bateaux à voiles et des bateaux mécaniques mûs par le vril, ou une force analogue mais plus dense. Les navires étaient armés. Ils connaissaient la poudre et employaient des explosifs puissants, détruisant par émanations de gaz délétères. Leurs bombes, lancées à l’aide de leviers, asphyxiaient en éclatant des bataillons entiers. Ils se servaient de lances, d’épées, d’arcs, de flèches, mais ignoraient nos fusils. La poudre ne leur servait que comme bombe et surtout pour effrayer les peuples naïfs. Voilà d’ailleurs pourquoi l’imagination des peuples les a représentés depuis maniant le tonnerre. Jupiter tonnant n’est qu’un roi atlante. Ils avaient non seulement des bateaux marins, mais aussi, des bateaux aériens. Ce moyen de locomotion était prodigieux et, cette construction, au point de vue mécanique, merveilleuse. Voici ce que racontent à ce sujet les Sages indous :

En Atlantide, les esclaves allaient à pied, ou en chars traînés par des animaux étranges, des lions, des léopards. Mais les riches avaient des machines volantes. Ces machines étaient coûteuses et d’une fabrication délicate. Elles ne contenaient guère plus de deux personnes. Il y en avait cependant de huit places.

Seuls, les vaisseaux aériens de guerre transportaient 80 à 100 hommes. Ces machines étaient en bois et en métal. Le bois s’employait sous forme de planches très minces qui, imbibées d’une substance, leur donnaient, sans en augmenter le poids, la résistance du cuir et une légèreté particulière. Le métal employé était un alliage de deux métaux blancs et d’un rouge. Ce produit était blanc, semblable à l’aluminium, mais plus léger. La charpente raboteuse du navire aérien était recouverte d’une épaisse feuille de ce métal qui en épousait la forme. On la soudait à l’électricité, car la surface de ces navires devait être parfaitement unie et sans soudure apparente. Ces navires brillaient dans l’obscurité comme enduits d’un produit lumineux. Ils étaient couverts, à cause des passagers qui auraient pu être précipités par la vitesse dans le vide.

Les instruments de direction et de propulsion étaient aux deux extrémités du bateau.

La force motrice était constituée par le vril, condensé en un accumulateur. On remplaça plus tard ce vril par une autre force de nature plus éthérique et générée d’une façon restée encore inconnue.

Voici la description du bateau qui servit au voyage des ambassadeurs envoyés par le roi régnant à Poséidonis, à un autre souverain.

Au centre du navire, une lourde caisse métallique constitue le générateur. De là, la force passe dans deux grands tubes flexibles, qui la dirigent aux deux extrémités du bateau, ainsi que dans huit tubes greffés sur ces deux principaux de l’avant et de l’arrière. Ces tubes ont une double rangée d’ouvertures dirigées verticalement vers le haut et vers le bas.

Au début du voyage, on ouvre les soupapes des huit tubes bouchant les ouvertures dirigées vers le bas. Les ouvertures regardant le ciel restent fermées. Alors le courant, s’échappant avec force, vient frapper la terre et détermine l’élévation du bateau dans l’espace. Lorsque la hauteur suffisante est atteinte, on dirige le tube flexible placé à l’extrémité du bateau vers le point à atteindre. On le met en mouvement, tandis que, par une demi-fermeture des soupapes des huit tubes, le courant se trouve réduit de manière à ce que la hauteur soit maintenue. Alors la plus grande partie du courant dirigée dans le tube principal aboutit à l’arrière du bateau où ce tube dirigé vers le bas, forme un angle de 45 degrés. La propulsion est due au recul occasionné par la force s’échappant, et le bateau avance. On le gouverne en expulsant plus ou moins fortement le courant à travers le tube, car le moindre changement dans la direction de ce dernier influence la marche. Le maximum de vitesse est de cent milles à l’heure. Pour arrêter le bateau, on laisse échapper le courant par le tube placé a l’extrémité du bateau, qui est alors dirigé vers le point d’arrivée, et on diminue graduellement la force de propulsion.

Telle est la description du bateau aérien des ambassadeurs de Poséidonis, d’après les Indous. Ces navires n’allaient jamais en ligne droite. Ils ondulaient. Ils marchaient à une hauteur atteignant quelques centaines de pieds seulement, car ils ne pouvaient dépasser mille pieds, l’air raréfié n’offrant plus de point d’appui suffisant. Ils contournaient donc les montagnes.

Les Atlantes avaient une flotte aérienne plus puissante que la flotte marine.

Ces navires s’attaquaient dans les airs et cherchaient à se culbuter. Ils disparurent à mesure que dégénérait la civilisation atlante, car la force motrice nécessitait, pour être produite, une intelligence et un savoir que la routine peu à peu avait amoindris. Aussi ces navires, vers la de l’Atlantide, ne marchaient plus faute de force motrice, de vril.

Ce récit indou nous a paru fantaisiste. Ce mode de propulsion dû au vril dépasse nos conceptions. Et cependant le vril n’était qu’une force analogue à l’électricité. Le présent nous démontre que la légende indoue était basée sur une certitude, et nous avons des aéroplanes mûs par une force analogue au vril.

L’industrie des Atlantes était prospère. Leurs mines étaient exploitées. Ils allaient en Amérique chercher le cuivre, aux environs du lac Supérieur. Ils sont les inventeurs du bronze et ce sont eux qui ont les premiers fabriqué l’acier. Quant à l’or et l’argent, d’abord tirés des mines du Pérou, ces métaux furent dans la suite fabriqués chimiquement.

Aussi, ils n’avaient aucune valeur précieuse et n’étaient employés que dans la décoration des maisons et des temples. Ils connaissaient aussi un autre métal, que Platon appelle Auriohalque. Était-il, lui aussi, dû à la transmutation ou exploité dans des mines localisées en Atlantide ? On ne sait. Mais ce métal a disparu avec la civilisation atlante, ne laissant qu’un souvenir de sa merveilleuse beauté. Les Atlantes étaient donc des métallurgistes remarquables. Ce sont eux qui ont apporté dans leurs colonies européennes le bronze et qui l’ont vendu aux peuples encore barbares qui ne se servaient que de la pierre polie.

Et voilà pourquoi l’anthropologie nous montre ce fait stupéfiant d’un âge de bronze succédant dans nos pays à un âge de pierre sans les âges transitoires nécessaires du cuivre et de l’étain. Pour arriver au bronze, il fallait cependant passer par ces deux étapes, car le bronze nécessite tout un long passé de recherches, de tâtonnements. Seule l’Atlantide nous donne la clé de ce mystère. Les âges de l’étain et du cuivre ont évolué chez elle et le bronze, qui en est le résultat, a été transmis par eux à nos ancêtres européens.

D’ailleurs, la découverte en Amérique, aux abords des Grands Lacs, d’une civilisation préhistorique employant·exclusivement le cuivre, vient confirmer ce fait, en ce sens que cette partie de l’Amérique était, il y a un million d’années, une presqu’île du continent atlantide.

Ils avaient des fabriques d’étoffes de laine et de coton, des poteries et des endroits où l’on préparait le tabac, car cette plante a été cultivée par les Atlantes, qui fumaient beaucoup, dans des pipes de cuivre et de terre.

Leur commerce était prospère et ce furent les premiers commerçants du monde.

Leurs colonies ne furent primitivement que des comptoirs et ils avaient une véritable flotte marchande. Mais chacun ne commerçait point pour son compte, exploitant un terrain ou une industrie afin d’en vendre les produits, tels les commerçants de nos jours. Le commerce n’avait lieu que sur l’excès des produits, d’après distribution des parts revenant à chacun de la production totale. En un mot, on commençait, chaque année, par distribuer aux habitants de l’Atlantide ce qui était nécessaire à leurs besoins, et seulement le surplus de la production était livré au commerce et expédié dans les colonies. Aussi il n’y avait point dans les rues, comme de nos jours, des boutiques où s’étalaient à la devanture une multitude d’objets. Il n’y avait que des endroits fermés, des chambres, où l’on opérait des transactions, en un mot, des bourses.

Dans ces endroits, on échangeait, on commerçait et la loi de l’offre et de la demande réglait ces sortes de marchés. Cependant, à certaines époques de l’année, il y avait de grandes foires, où les colons envoyaient les produits des colonies et où, l’on exposait les productions nouvelles. Ces foires étaient à la fois des lieux de transaction et des lieux de réjouissance. On y exhibait des animaux expédiés des colonies, des sauvages, ramenés d’Europe, d’Asie ou d’Afrique et dont les coutumes, les bizarreries, faisaient la joie des Atlantes et provoquaient leur hilarité.

Leur système monétaire était des plus curieux. Leur monnaie consistait en un petit morceau de métal ou de cuir, perforé au centre.

Ces disques enfilés dans une lanière formaient un chapelet que l’on suspendait d’habitude soit au cou, soit à la ceinture. Cette monnaie avait une valeur purement fictive. Elle était conventionnelle et analogue à notre billet de banque. En effet, chacun fabriquait sa monnaie selon un type convenu et réglementé par une loi, mais on ne pouvait en fabriquer plus que la valeur réelle de ses biens. En somme, cette monnaie représentait les biens en nature de celui qui la possédait. Elle en était l’équivalence d’un dépôt d’or. De plus, tel notre billet à ordre, c’était une reconnaissance d’échanger à jour dit tel objet contre tel autre.

Ce système monétaire reposait sur la sincérité des trafiquants. Il supposait une élévation morale très grande pour fonctionner, car toute dissimulation aurait entraîné dans les transactions une grave perturbation. En effet, il fallait que celui qui fabriquait sa monnaie eût une solidité morale suffisante pour ne point abuser de sa facilité d’émission en faisant circuler une valeur fictive double ou triple de la valeur réelle de ses biens. Il faut dire que l’éducation atlante développait chez les individus la clairvoyance, faculté psychique merveilleuse qui permettait de se rendre compte des états d’âme d’un être. De cette façon, il aurait été difficile de dissimuler et l’on avait intérêt à répondre à la franchise par la franchise.

Mais ce fut justement parce que ce système économique nécessitait un esprit droit et scrupuleux qu’il périclita lorsque commença la décadence. Le désir, engendrant la cupidité, provoqua une émission fantastique de monnaie qui n’était plus en raison directe de la valeur réelle des biens. Puis à mesure que le corps reprenait ses droits sur l’esprit dans l’éducation, que la bête terrassait l’âme, que tout se matérialisait, devenait passionné et vicieux, la faculté de clairvoyance diminua de plus en plus.

Alors ce furent les ténèbres, le chaos économique et, au temps de Poséïdonis, lorsque les esprits émus par la catastrophe de 80.000 ans essayèrent de réagir, on institua un nouveau système monétaire, basé comme le nôtre sur la valeur intrinsèque de certains métaux, et l’État se réserva le droit de frapper des monnaies analogues aux nôtres, des pièces où l’on voyait gravée comme effigie, une montagne triple. Cette montagne était celle qui dominait la capitale de l’Atlantide, Cerné, la ville aux portes d’or, montagne prodigieusement haute et que l’on apercevait de très loin en mer, jaillissant, des eaux comme un trident.

D’ailleurs, c’est là l’origine de la représentation du Dieu Neptune, symbole de l’Atlantide avec un trident. Ce sont les Atlantes qui ont transmis aux Chinois et aux Indous l’art de frapper la monnaie et Gypses n’a fait qu’emprunter à ces peuples son système monétaire. La collection numismatique de l’empereur chinois à Kang-Hi en témoigne. On y trouve des monnaies du temps de Yao et de la période atlante. D’ailleurs certaines monnaies indiennes ont conservé comme frappe la triple montagne symbolique du pays d’Atlan ou d’Atzlan d’où, disent les traditions indiennes, sont venus les peuples d’Amérique.

La femme était considérée, au foyer, comme l’égale de l’homme.

On lui reconnaissait même une supériorité réelle dans la production des forces psychiques. Elle n’était point exclue du gouvernement. Elle pouvait être prêtresse, membre des conseils, préfet, gouverneur de province. En somme, elle était assimilée à l’homme dans la vie publique et partageait son instruction et son éducation.

La polygamie existait cependant au foyer.

Durant la belle période toltèque, elle se réduisit dans la possession de deux ou trois femmes, mais pendant la décadence, elle battit son plein et le nombre des femmes augmenta. Il y eut cependant monogamie dans les classes supérieures, lorsque la civilisation toltèque atteignit son apogée et principalement chez les prêtres, car ceux-ci, se basant sur l’unité, considéraient la femme comme le complément de l’homme : une moitié, l’unité.

Cependant, lorsqu’il y eut polygamie, il n’y eut point de harem. Les femmes se partageaient la besogne au foyer et vivaient en harmonie. Elles se considéraient comme des sœurs unies dans un même amour pour leur mari. D’ailleurs toute une longue éducation et l’hérédité les prédisposaient à cette conception du partage de l’amour. C’était pour elles un fait naturel et, loin de se jalouser, elles se soutenaient et s’aidaient.

Moïse d’ailleurs n’a fait que s’inspirer des Atlantes, en permettant d’épouser trois femmes.

La loi primitive égyptienne le permettait aussi. Mais il se passa dans l’histoire du mariage un fait curieux chez le peuple touranien. Celui-ci voulut établir à un moment le communisme. Opprimé par les Toltèques, ce peuple, comprenant qu’il ne pourrait résister à son ennemi mieux armé que par le nombre, établit le principe de l’État père de famille. Les enfants furent donnés à l’État qui les éleva lui-même, et le mariage devint l’union libre. Mais ce régime, entraînant la disparition du foyer, l’abolition de la famille détraqua l’organisme social, en favorisant l’égoïsme et l’individualisme. L’enfant, ne reconnaissant plus de lien de parenté, grandit n’ayant pour but que lui-même et sans aucun respect pour autrui. Il devint l’enfant naturel, concentré, replié sur lui-même qui, ne trouvant point à développer normalement ce besoin de tendresse et d’amour inclus dans la nature humaine, ne voit dans son prochain qu’un ennemi. Son esprit est hanté de désespoir et la cruauté, le nervosisme, la folie sont les conséquences de cet état lorsque l’âme est faible ; ou lorsqu’elle est forte, la conséquence est une longue souffrance dans la vie ; une vague mélancolie qui dégénère en langueur et paralyse l’action. Aussi les Touraniens reconnurent bientôt leur erreur. Ils abandonnèrent ce système communiste et rétablirent l’ancien mariage par des lois sévères et étroites. Ainsi cette expérience que certains modernes ont voulu tenter, le peuple atlante Touranien l’a tenté il y a 80.000 ans.

Il y eut des régiments de femmes.

Les épouses accompagnaient leur mari à la guerre et à la chasse. On chassait le mammouth, les éléphants, les hippopotames et de grands marsupiaux à demi reptiles, à demi oiseaux.

La circoncision était pratiquée.

L’emploi en avait été prescrit à la suite de maladies vénériennes qui décimaient la population. La syphilis en effet nous a été léguée par l’Atlantide. Voilà pourquoi, dans les colonies atlantes, la circoncision était si sévèrement pratiquée. On voulait empêcher le fléau de pénétrer en Asie et en Europe. On y parvint en effet. Seules les colonies américaine étaient contaminées et voilà comment Colomb rapporta, avec la découverte de l’Amérique, le fléau atlante qui florissait chez leurs descendants américains.

Les Atlantes buvaient du sang et dédaignaient la chair de porc à cause de la trichine.

Le sang était un mets favori. Ils en préparaient différents plats. Ils rejetaient la chair que nous mangeons et mangeaient les parties que nous rejetons. Ils aimaient le poisson, mais une fois décomposé. Ils ne mangeaient aussi que de la viande très faisandée. À part cela, ils consommaient du pain, des gâteaux, du lait, des fruits, des légumes.

Ils ignoraient les boissons fortes.

Ils avaient cependant trouvé une liqueur fermentée d’un goût agréable. Mais son usage, se répandant, causa de tels désordres qu’une loi en interdit l’usage sous peine de mort.

L’alimentation variait avec les classes. Le roi, les prêtres et les initiés étaient végétariens.

Ceux-ci, d’ailleurs monogames, suivaient des préceptes hygiéniques rigoureux. La loi de Moïse nous en donne un aperçu. Ils formaient dans la société une société à part. Ils avaient leurs cours, leurs juges, leurs temples, leurs mines, leurs fonderies, leurs ateliers, leurs aqueducs, leurs vaisseaux, leurs processions, leurs bannières, leurs riches arches.

Le principe économique qui constituait la base de l’état était le suivant.

La terre appartenait à l’empereur, au roi, au chef militaire suivant le pays ou la race. L’empereur était donc le propriétaire de tout. L’empire était divisé en provinces. Dans chaque province un roi représentait l’empereur. Il était assisté d’un vice-roi et d’un conseil agricole comprenant les actifs, c’est-à-dire les agriculteurs choisis par voix d’élection et les sociétaires, qui étaient des astronomes, des savants, des chimistes. Le roi était responsable du bien-être de sa province. Il surveillait la culture, la moisson, les troupeaux, et présidait les expériences agricoles.

Les sociétaires cherchaient de nouvelles méthodes, essayaient des croisements, calculaient le temps, les influences de la lune, les probabilités météorologiques et savaient produire la pluie. Lorsque la moisson était faite, on distribuait aux habitants leur part de denrées. Ce partage était proportionnel à l’effort donné. Le gouvernement avait la moitié de la production, le cultivateur l’autre moitié. Ainsi chacun avait sa part et il n’y avait point de pauvres, car les vieillards étaient nourris sur la part de l’État. De cette façon, les produits étaient consommés sur place par les producteurs.

La part de l’État était partagée entre l’empereur et les prêtres. L’empereur avait à sa charge les fonctionnaires, l’armée, les routes. Le clergé se chargeait de l’éducation du peuple, des malades, des monuments et de l’entretien de tout habitant qui, ayant atteint quarante cinq ans, était dispensé de travail. Car la retraite était chose connue en Atlantide, et le travailleur avait le droit de se reposer à quarante-cinq ans. Il était alors nourri aux frais de tous. Lorsque la production dépassait les besoins, on centralisait les produits dans les villes, et les rois et les vice-rois échangeaient entre eux ces produits. C’était là le premier acte de commerce. Puis, le surplus de ces produits était livré au commerce local et international, lorsqu’on avait l’assurance que chaque habitant de l’Atlantide était satisfait. L

es riches pouvaient alors seulement acheter un surplus et l’on exportait le reste. Ainsi tout le monde avait l’assurance de vivre et de voir ses besoins satisfaits. Les échanges entre rois gouvernant les provinces empêchaient que telle partie de l’Atlantide souffrît tandis que telle autre prospérait. Le partage était équitable et à base communiste.

La loi du libre échange se développait dans toute sa vigueur. Cette forme économique est simple et belle. Elle supprime le paupérisme et la fameuse lutte entre le travail et le capital de nos temps modernes. Pas de miséreux au sens propre du mot. Sans doute il y avait des riches et des pauvres. Mais les pauvres n’étaient que ceux qui savaient se contenter de peu et qui donnaient un effort minime dans la production. Ils travaillaient juste pour se nourrir, préférant le doux farniente à la richesse, résultat d’un effort plus grand. Les riches étaient au contraire ceux qui, travaillant beaucoup, récoltaient beaucoup. Personne en un mot ne mourait de faim et tout le monde avait l’assurance qu’au foyer femmes et enfants auraient leur pitance.

Avec la décadence, cette belle organisation dégénéra.

Cette conception du partage était basée sur une morale sévère, une conscience stricte, une honnêteté à toute épreuve. Aussi, dès que l’individualisme empoisonna les âmes et déchaîna dans les cœurs la cupidité, l’égoïsme, le goût de la paresse et du luxe, la morale en s’affaiblissant porta la perturbation dans ce système économique. Chacun voulut avoir la grosse part. Le moi remplaça le tous. La répartition ne fut plus proportionnelle à l’effort donné. Le bon plaisir et les procédés des magiciens noirs remplacèrent l’honnêteté. L’avarice naquit et le faible devint le misérable. Alors l’angoisse de ce chaos se répandit dans les cœurs et les luttes de classes commencèrent, l’éternel combat du loup et de l’agneau. Chacun voulut tondre à son tour et non partager. Et cela dégénéra en l’esclavage des uns, en la tonitruante richesse des autres et le culte de l’or et du moi remplaça le culte chaste des d’antiques symboles des vertus de l’âme.

Mais dans les colonies ce système économique persista, principalement au Pérou, où il fut la base d’une prospérité qu’envièrent les Espagnols.

Nous retrouvons là l’Inca tenant la place de l’empereur. Il partage la terre avec le cultivateur, et sa moitié, il la partage à son tour avec le clergé. Pas de misérables. Partage proportionnel à l’effort. Et l’Inca garde à sa charge l’armée, les routes, laissant au clergé le soin de d’éducation, l’entretien des hôpitaux et des retraites.

En Asie et en Europe, ce système fut remis en vigueur par Ram dans l’empire du bélier.

Mais il dégénéra bien vite par suite de la contamination que les peuples noirs avaient subies au contact des magiciens noirs atlantes. Cependant, en Afrique, ce système économique se perpétue de nos jours dans certaines tribus Peules, aux environs du lac Tchad. Plusieurs de nos explorateurs modernes ont assisté avec étonnement à ces partages communistes. Il faut dire que les Peules sont des descendants des Atlantes, abâtardis par un fort mélange avec les types noirs.

Les Atlantes avaient des ingénieurs de première force.

Leurs routes étaient fort belles, très longues et pavées de larges dalles. Elles sillonnaient non seulement l’Atlantide mais ses colonies. On peut en voir des vestiges au Pérou, où les voies atlantes, entretenues par les Incas, servent encore et font l’admiration de nos ingénieurs modernes. Ils savaient, aussi construire des aqueducs énormes et longs de plusieurs centaines de kilomètres, afin de transporter l’eau dans les villes.

Leurs travaux, dont les ruines subsistent au Pérou, nous apparaissent comme des œuvres de géants. Rien ne les arrêtait. Ils passaient par dessus les montagnes, franchissaient les vallées. L’Amérique revendique la paternité de travaux analogues, mais en ont puisé la conception dans l’architecture atlante. Il semblerait que l’air d’Amérique, encore imprégné des idées gigantesques du peuple disparu ait inspiré nos ingénieurs modernes et leur fasse rêver de construire des choses formidables a l’égal des Atlantes.

Leur architecture avait des proportions gigantesques.

Ils construisaient des temples formidables, des pyramides géantes, des statues grandioses, des tours dont la grande hauteur semblait menacer le ciel. L’art égyptien est l’enfant de l’art atlante. Il procède des mêmes conceptions, mais il est plus humain et de dimensions moindres. L’art égyptien est la miniature de l’art atlante et ses temples cependant vastes, ses obélisques ne sont que des jouets à côté de ceux de l’Atlantide. Néanmoins on peut se faire une idée, à la vue des ruines de Karnak, des temples de Thèbes et de Memphis, des conceptions esthétiques des Atlantes.

D’ailleurs la grande pyramide et le grand sphinx ont été construits par les Atlantes eux-mêmes.

Au Pérou, les ruines de Quito donnent la même impression de gigantesque. Elles ressemblent aux ruines égyptiennes, car Égypte et Pérou sont les héritiers de l’art atlante. La Cathédrale de Paris tiendrait, parait-il, dans une des salles de Karnak sans que sa flèche en touchât le plafond. Cette architecture était massive et ne connaissait point la frêle élégance de nos constructions modernes. Il semblerait que ces peuples, ayant sous les yeux de grandes montagnes, des immensités boisées, aient voulu, dans leur art, donner l’impression du grandiose qu’ils avaient ressentie en face de la nature. Ils voulaient créer à l’image de Dieu ; leur contemplation du ciel, leur avait donné le goût de l’infiniment grand.

Le temple était donc immense. Certains chevauchaient des collines. Ils se composaient de salles gigantesques, au plafond soutenu par des piliers carrés, et ces salles étaient subdivisées en chapelles où, sur des autels, brillaient des symboles astrologiques. Des tourelles nombreuses surmontées de dômes jaillissaient de ces temples vers le ciel. Ces tourelles servaient au culte du soleil. C’était là que, chaque matin et chaque soir, lorsque le soleil naît puis meurt après le sacrifice accompli du jour, montaient des prêtres pour saluer l’astre naissant ou l’astre mourant. Ils récitaient des prières, faisaient brûler de l’encens, psalmodiaient des litanies, se répondant d’une tour à l’autre, tandis que, très doucement, carillonnaient des cloches et que dans l’air erraient des plaintes vagues d’instruments de musique et des chants de prêtresses agenouillées dans les cours et dans les jardins. Alors toute la ville était en prière, car de chaque maison privée jaillissait également une tourelle, où le maître, sa femme, ses enfants montaient réciter matin et soir les prières au soleil ! L’Angélus n’est qu’un vestige de ce rite. Il en est de même de l’habitude orientale des Musulmans de monter matin et soir saluer Allah du haut de la mosquée.

Il y avait dans ces temples une tour plus massive et plus importante. Elle servait d’observatoire. C’était là que les prêtres observaient la nuit le cours des astres.

La zigzunat des mages de Khaldou n’est autre chose que la survivance de cet observatoire. Ces temples étaient accompagnés de jardins splendides et enchâssaient des cours, où dans des bassins jaillissaient des fontaines. C’était la que les prêtres et les prêtresses venaient faire leurs ablutions et que l’on baptisait les nouveaux-nés. Et après ces bains, on soignait de parfums, tandis que l’on chantait la gloire de l’âme régénérée par ce bain symbolique, tel chaque matin le soleil sortait régénéré de l’azur toujours mère, toujours vierge, du grand ciel liquide…

Les murailles de ces temples étaient incrustées d’or, d’argent, d’aurichalque. Ces métaux, étant fabriqués chimiquement, ne servaient que dans les arts à cause de leur peu de consistance. L’or était voué au soleil, l’argent à la lune ; Aussi, lorsqu’on entrait dans ces temples, l’on était ébloui surtout le matin, car les ouvertures étaient disposées de telle façon que les premiers rayons solaires pussent pénétrer sans difficulté dans les salles et allumer sur les autels, dans les miroirs magiques, dans les disques d’or symbolisant le soleil, une multitude de feux. C’était là qu’en décembre, lorsque le soleil paraissait mourir accablé par l’hiver, qu’un peuple en deuil se pressait, attendant avec impatience la résurrection de l’astre roi. Lorsqu’il ressuscitait, nouveau messie, victorieux dans sa lutte contre la fatalité, on criait : nouveau salut, nouvelle gloire, noël ! noël !

Alors on chantait et c’étaient des processions, des cortèges de prêtres et de prêtresses psalmodiant au milieu des nuages gris des parfums brûlant dans les vases sacrés. On illuminait le temple, et l’on défilait dans la ville avec des bannières, des branches vertes d’olivier, du feuillage de gui. Puis l’on dansait la marche du soleil à travers le zodiaque en acclamant la loi nouvelle de l’année, aux doux murmures des flûtes, des tambourins, des instruments à cordes, que rehaussait parfois l’éclat tonitruant de cymbales en cuivre et de trompettes.

Il y avait une multitude de statues dans ces temples, car la sculpture, de même que la peinture, était enseignée dans les écoles atlantes. La sculpture avait atteint un degré de perfection bien supérieur à celui de la peinture. D’ailleurs, l’art statuaire égyptien procède des écoles d’Atlantide. Et l’on sait les merveilles que la sculpture a données en Égypte. Le Scribe accroupi du Louvre en témoigne. Donc la sculpture avait atteint son maximum d’expression en Atlantide. On sculptait des hommes et des animaux. Mais on excellait surtout dans la reproduction des animaux. L’art assyrien, si fameux par sa Lionne blessée, est l’héritier de ces dispositions à la sculpture animalière.

Les mages de Khaldou, en perpétuant les traditions artistiques atlantes, ont été les initiateurs des Assyriens. Il en est de même des Grecs. Leur sculpture réaliste est fille de celle d’Égypte. Elle leur a été enseignée par Orphée, initié d’Osiris, compagnon d’études de Moïse, et Orphée tenait sa science des traditions artistiques atlantes conservées dans les sanctuaires égyptiens.

Donc, notre art moderne procède de l’art atlante. L’Égypte, en en recueillant fidèlement la tradition, a été notre initiatrice. Il est curieux de remarquer que, tandis que l’art sorti d’Égypte évoluait en Grèce et en Assyrie sur le plan réaliste, il évoluait dans l’Inde sous l’influence de l’art imagé des noirs, en art symbolique et décoratif, pour atteindre au Japon son maximum d’expression décorative et symbolique.

Ces statues atlantes étaient en argent, en or, en aurichalque, en pierres rares. Elles représentaient des hommes et des animaux. Mais beaucoup de sculpteurs, préoccupés de donner un sens symbolique à leurs œuvres, de traduire par la pierre une idée philosophique, conçurent des êtres fantastiques, moitié hommes, moitié animaux, dont le sphinx est le produit. Toutes les sculptures égyptiennes de dieux à tête d’animaux, à corps d’homme, tout l’art fantasmagorique assyrien aux Kheroubs ailés, aux taureaux à tête d’homme, aux hommes poissons, découlent de ce principe atlante que l’art doit symboliser une idée et la traduire dans ses formes.

Ainsi le Sphinx d’Égypte, ne rejeton de l’art atlante que les siècles n’ont point consommé, symbolise les qualités que l’homme idéal doit avoir:

VOLONTÉ exprimée par la tête d’homme, ACTION exprimée par les pattes du lion, RÉSISTANCE exprimée par le corps du taureau ; PENSÉE exprimée par les ailes de l’aigle. Ainsi la sculpture n’était point pour les Atlantes un art purement de forme mais aussi un art de pensée.

Chaque autel était orné de statues. C’était devant celle du grand juge que l’on devait se confesser de ses fautes et faire pénitence, car la confession était un rite pratiqué chez les Atlantes, de même que la communion. On communiait devant l’image du soleil, voulant exprimer par là cette pensée qu’en mangeant du pain et qu’en buvant du vin, tous les deux produits de la terre enfantés par le soleil, on se reconnaissait soi-même fils du soleil, partie intégrante de son âme et on saluait en lui le grand générateur de vie, celui dont le rayon nourrit l’homme sous la forme des espèces.

La peinture était surtout décorative. Elle était allégorique. Les couleurs en étaient vives. On peignait les murs, les tombeaux et les statues. Mais l’art pictural ne fut jamais bien développé. On peut s’en rendre compte par les peintures décoratives, qui ornent les temples péruviens et égyptiens, En revanche la gravure fut très florissante. On gravait des pierres dures et des cylindres, les instruments usuels, l’or, l’argent, l’aurichalque. Quant à l’art décoratif proprement dit, il fut lui aussi très prospère. Le moindre objet était sculpté et orné ; les peignes, les cuillers, les manches d’instruments de musique et d’instruments de travail.

L’art décoratif égyptien et assyrien, si minutieux et si joli, est le dérivé de l’art atlante. Car les femmes étaient coquettes. Ce défaut ne date pas de nos jours. Elles aimaient les parures, les bijoux, les parfums, les belles étoffes. Aussi l’art industriel fut très développé et il est probable que les Atlantes connurent la soie. En tous les cas, ils avaient pour teindre les étoffes un procédé qu’ils transmirent aux Égyptiens et que de nos jours nous avons perdu. Ce procédé était merveilleux et donnait aux étoffes un éclat et une fraîcheur que n’amortissaient point les années. Les étoffes égyptiennes trouvées dans les tombeaux le témoignent et nous étonnent encore par la vivacité de leurs couleurs.

L’habitation atlante était composée de quatre bâtiments entourant une cour centrale.

Dans cette cour jaillissait une fontaine, car les Atlantes aimaient l’eau. Aussi leur capitale, à cause de la multitude des fontaines que l’on y trouvait, avait été surnommée la Ville des Eaux. La caractéristique de ces maisons était la tour qui s’élevait à l’un des coins des bâtiments. Cette tour était couronnée d’un dôme pointu. Un escalier extérieur en spirale donnait accès au sommet. C’était là, comme nous l’avons vu, que matin et soir les gens de la maison montaient pour saluer le soleil et réciter les litanies répondant d’une tour à l’autre. Ils recevaient la bénédiction des prêtres qui, montés sur les tours des temples, plus hautes, les bénissaient ayant en mains la croix, symbole de la résurrection du soleil. Car la croix est le symbole atlante de l’immortalité de l’âme.

Ces maisons étaient construites en pierre rouge, blanche ou noire. Elles étaient peintes de brillantes couleurs et ornées de fresques et de sculptures. Les baies des fenêtres étaient remplies par une substance analogue au verre, mais moins transparente.

Des jardins entouraient ces maisons, des jardins merveilleux, avec des orangers et des tapis de fleurs. C’était là que se réunissaient les femmes pour broder et coudre, tout en fumant, car le tabac était en grand honneur en Atlantide. D’abord réservé aux prêtres et employé dans les cérémonies comme parfum ayant une vertu reconnue pour porter à la rêverie et à l’extase, le tabac se répandit bientôt dans toutes, les classes. Hommes et femmes fumaient la pipe. Ces pipes étaient sculptées. Certaines représentaient des éléphants.

Et voilà comment on a retrouvé en Irlande des pipes appartenant à l’âge de pierre et de bronze et sculptées en forme d’éléphant. Ce mystère qui intrigue nos modernes devient des plus explicites lorsque l’on sait que l’Irlande a été une presqu’île de l’Atlantide. Des pipes en forme d’éléphant ont été retrouvées aussi en Amérique et datant d’une époque où l’éléphant n’existait plus dans cette région. Ces pipes provenaient de l’Atlantide.

Les maisons étaient donc toutes entourées de jardins. Elles étaient peu hautes et n’étaient point tassées les unes contre les autres comme dans nos villes modernes. Les Atlantes aimaient l’air, les arbres et c’est ce qui explique la surface gigantesque qu’occupaient leurs villes.

Leur capitale était Cerné, ou la Ville aux portes d’or. Elle était située au bord de la mer, sur la côte orientale, à quinze degrés environ de l’Equateur. Elle était construite sur la pente d’une colline haute de 500 mètres et descendait en gradins vers l’océan. Une contrée boisée l’entourait et c’était là que les riches avaient fait construire leurs villas et leurs résidences de chasses. Elle était dominée à l’Ouest par une majestueuse chaîne de montagnes, très haute et surmontée de trois pics qui se découpaient sur le ciel comme un fantastique trident.

Au sommet de la colline, s’élevait le palais de l’Empereur, entouré de vastes jardins au centre desquels un torrent jaillissait. Ce torrent arrosait les fontaines du palais puis, se divisant en quatre cours d’eau, il s’en allait alimenter les quatre coins de la ville et conduisait les eaux dans les moindres recoins par des canaux secondaires. Il y avait quatre grands canaux : trois circulaires divisant la ville en trois zones distinctes et un rectangulaire qui recueillait les eaux des canaux adjacents après leur course à travers la ville et les conduisait à la mer.

Ce réseau fluvial était long de douze milles et couvrait une surface de dix milles carrés. Ainsi pas un quartier de la ville n’était privé d’eau et tous les jardins étaient arrosés, pourvus de fontaines. Il y avait aussi des canaux secondaires qui recueillaient les eaux des sources chaudes, car ces dernières étaient nombreuses, autour de la colline. Ainsi la ville, par ce merveilleux système d’irrigation, était alimentée d’eau chaude et d’eau froide. Il était d’ailleurs secondé par la création gigantesque d’un lac artificiel et d’un aqueduc formidable. Dans la crainte que le torrent un jour ne s’épuisât, et en prévision d’une sécheresse momentanée, les Atlantes avaient construit un lac artificiel dans les montagnes de l’Ouest. Ce lac était situé à 2.600 pieds. Il centralisait les eaux de nombreuses sources, de nombreux petits lacs et formait un réservoir formidable,

Un aqueduc de section ovale de cinquante pieds sur trente partait de ce réservoir et, traversant des collines, des plaines, des vallées, conduisait les eaux à un lac artificiel et souterrain en forme de cœur, que l’on avait creusé au centre de la colline sur laquelle s’élevait Cerné et au niveau de la mer. De ce réservoir montait un puits taillé dans le roc et haut de 500 pieds, qui débouchait au centre des jardins du palais de l’empereur, tout proche de la source du torrent naturel. L’eau jaillissait avec force de ce puits en vertu de la loi physique des vases communicants, formait un magnifique jet d’eau et se mêlait aux eaux du torrent, se précipitant avec lui en cascade dans les canaux encerclant la ville. Ainsi la crainte d’un tarissement était devenue impossible et la ville pouvait compter sur une éternelle abondance d’eau.

Voilà pourquoi toutes ces fontaines, et le surnom de ville des Eaux donné à la Capitale atlante. Peu de peuples modernes ont tenté d’aussi gigantesques travaux hydrauliques Les ingénieurs atlantes ont égalé les nôtres. Les ingénieurs péruviens ont repris les traditions de leurs ancêtres, en construisant un aqueduc formidable pour alimenter Quito. On peut encore en voir les ruines.

Quant aux Égyptiens, fidèles héritiers des traditions hydrauliques de leurs pères, ils ont construit ce fameux lac Moeris, dont la structure fait encore notre admiration. En endiguant le Nil, ils ont su l’empêcher de se perdre dans les marais du Bar-El-Gazhal et, créant après Karthoum les fameuses cataractes, l’ont forcé de suivre la vallée montagneuse où il coule de nos jours afin d’aller déboucher dans la Méditerranée après avoir fertilisé toute une région.

De même les Chaldéens ont continué les travaux des ingénieurs atlantes, en cherchant à faire de Babylone une nouvelle Cerné. Mais ils ne le purent complètement. La géographie physique de leur région leur créa des obstacles insurmontables. Ils ne purent que fertiliser, par des merveilles de canalisation rappelant celles d’Atlantide, une étroite bande de territoire. Les fameux jardins suspendus n’étaient qu’un souvenir de ceux de Cerné, mais un bibelot, un joujou comparé aux autres.

Aussi voilà pourquoi tous les peuples issus des Atlantes ont gardé dans leurs traditions le souvenir • de jardins merveilleux qu’arrosaient quatre fleuves jaillissant d’une même source. Le jardin des Hespérides, l’Eden, tous les paradis fameux des vieilles religions ayant pour culte la légende historique des Atlantes, ne sont que des souvenirs de la merveilleuse Cerné.

Et voilà pourquoi Ram, voulant dans l’Inde évoquer l’Atlantide, s’installa dans une vallée du Thibet, afin d’y fonder sa capitale, à l’origine de quatre fleuves. Lhassa, la ville mystérieuse, est le vestige de cette nouvelle Cerné, et la région où elle est située était appelée le Paradis par les sectateurs de Ram. En Amérique, l’on trouve aussi la tradition du Paradis perdu et des jardins édéniques.

Les Incas avaient essayé, eux aussi, de reconstruire les fabuleux jardins. Toute l’antiquité, fille des Atlantes, désolée des merveilles englouties au fond de l’Océan, a vécu de l’espoir de pouvoir un jour les faire revivre. C’est pourquoi tous les peuples ont dit qu’ils avaient été chassés du paradis terrestre par le glaive flamboyant d’un Khéroub, symbole du volcan, et que depuis, ils erraient à la surface du monde, à la recherche d’un nouveau paradis, d’une nouvelle terre de prospérité, d’un nouveau Chanaan.

Et voilà aussi pourquoi les prêtres ont raconté que seul ici-bas le travail pourrait réparer la faute originelle, restaurer le paradis, les lieux de délices où tout n’était que bonheur. La loi antique du travail avait pour but la reconstitution de l’Atlantide, et c’est, ce qui explique ces travaux gigantesques, cette hantise du grandiose, tous ces géants de pierre qui, ayant vaincu l’emprise des siècles, regardent encore dédaigneusement la petitesse de nos conceptions. Leur paradis n’était point nébuleux comme ceux des métaphysiques. Il reposait sur une réalité engloutie au fond de la mer et il n’y a rien d’étrange à ce que des peuples ayant connu la douceur et la volupté d’une civilisation avancée et se trouvant précipités à la suite d’un effroyable cataclysme sur des terres incultes et arides, parmi des sauvages, aient regardé avec émotion le passé et se soient donné pour mission de l’évoquer dans le futur. Telle est la raison pour laquelle l’avenir était pour eux contenu dans les formules du passé, ou de l’âge d’or !

Cerné était donc divisée en trois zones, que déterminaient des canaux concentriques.

Dans la première s’élevait le palais de l’empereur, magnifique et fortifié. D’immenses jardins publics l’entouraient. On y voyait des arbres fruitiers de toutes sortes avec des fruits monstrueux, des lacs, des ruisseaux, des cascades, des bois, des bosquets, et au centre le jet du torrent s’élançant de terre, l’arbre de vie, comme on l’appelait, voulant par là exprimer cette idée scientifique que, si le rayon solaire est l’âme de la vie, l’eau en est l’aliment principal. La fameuse fontaine de jouvence est un souvenir de ce torrent qui donnait la prospérité à toute une ville et l’arbre de vie que saluaient les mages assyriens, n’en était que le symbole. Et, disaient-ils, l’eau est ici bas la femme du soleil et leur enfant est la terre. Il y avait dans ces : jardins un champ de courses. Le peuple venait se reposer a l’ombre des palmiers et des orangers. Il voyait courir, écoutait la musique des prêtres, respirait l’arôme des fleurs, et c’étaient des danses, des cris de joie, des fêtes où l’on se promenait avec des torches et où l’on suspendait aux arbres des ballons de papier, avec dedans des luminaires.

L’usage des ballons transmis aux Japonais par les Atlantes s’est perpétué jusqu’à nos jours. Il y avait aussi dans cette zone les habitations des fonctionnaires et les principaux temples. Et de ci de là, c’étaient des statues, des obélisques, des sphinx, des pyramides pointues ou au sommet formant terrasse, d’où l’œil jouissait de la vue splendide de la ville s’étalant doucement en pente vers le grand océan bleu, avec au loin des rideaux de verdure, que dominait le trident majestueux des hautes montagnes de l’ouest, dont la neige étincelait au soleil. Ces pyramides étaient parfois des temples secrets où se réunissaient des initiés, parfois des tombeaux, et parfois aussi, lorsqu’elles se terminaient par une terrasse, des points de vue, et des plates-formes où évoluaient, se détachant magnifiquement sur le ciel bleu, nimbes d’azur dorées de soleil, les danseuses sacrées vêtues de blanc ou vêtues de rose, constellées de bijoux d’or. Et c’était une féerie de les voir mimer, ainsi perdues dans le ciel, le grand mystère du soleil à travers la zone zodiacale.

Dans cette zone se trouvait aussi le palais des étrangers. On y hébergeait, aux frais du gouvernement, tous les étrangers qui désiraient visiter la ville, et cela aussi longtemps qu’ils le voulaient. Ce palais était une merveille. Platon nous conte que l’or, l’argent, l’ivoire, l’aurichalque y avaient été prodigués. On s’y mirait et l’on était ébloui.

Dans les deux autres zones, se trouvaient les maisons ordinaires et les temples. Les plus pauvres habitaient au bord de la mer. C’étaient les pêcheurs. Mais tous étaient propriétaires de leur maison. La pauvreté était chez eux l’absence du superflu. Un pauvre de l’Atlantide serait chez nous un bourgeois aisé. Il y avait des esclaves sans doute, mais ces esclaves étaient bien nourris et bien traités. Ils ignoraient les brutalités assyriennes, les angoisses et les pleurs. Leurs enfants naissaient libres. Ils n’étaient en quelque sorte que des domestiques.

Telle était Cerné, la ville des eaux, la ville aux portes d’or a qui flamboyait au soleil, immense et magnifique, sous un ciel adorable, avec un climat très doux ! On ignorait la puanteur et les clameurs de nos rues, le confiné de nos maisons de carton. Les avenues étaient larges et ce n’était qu’un immense jardin dans lequel se trouvaient disséminées des maisons. Aussi tout n’était qu’arôme de fleurs, parfums jasminés, murmures de ruisseaux et de cascades, bruits de fêtes, lointains accords de musique. On y respirait largement. On y rêvait délicieusement et les couchers de soleil étaient splendides sur la haute montagne au trident neigeux. Les habitants ignoraient notre pas hâtif et pressé. Ils allaient nonchalamment dans des voitures tirées par des lions ou des jaguars, ou passaient sur des chevaux richement harnachés, ou sur de monstrueux éléphants. Ou bien, on les voyait dans les airs dans leur machine volante filer en bourdonnant comme de gigantesques insectes.

Cerné avait deux millions d’habitants.

Il en partait des routes merveilleuses, très larges, dans toutes les directions. Ces routes traversaient des fleuves sur des ponts suspendus, car les ponts suspendus sont loin d’être des inventions modernes. Au Pérou, les Incas en avaient construit : on en voit encore les vestiges. Ces routes étaient mesurées. Des bornes indiquaient les distances et il y avait de loin en loin des auberges entretenues par le gouvernement, où le voyageur recevait l’hospitalité. On pouvait donc voyager commodément en Atlantide. On était sûr de trouver un gîte, un endroit pour se reposer et boire. Ces auberges étaient nombreuses. Il y en avait environ tous les cinq kilomètres. Le Pérou avait repris cet usage et les Incas, fidèles aux traditions des Atlantes, leur ancêtres, avaient installé sur leurs routes de pareilles auberges. Il y avait aussi une poste très rapide, qui permettait de transmettre des nouvelles d’un coin du pays à un autre.

En somme, la civilisation des Atlantes a été merveilleuse. Ils étaient arrivés à un système économique, à une morale et à une religion, qui donnèrent la prospérité à cet immense empire, et les Anciens, reconnaissants de cet héritage moral et scientifique, les avaient salués du surnom de dieux et parlaient de leur temps comme étant l’âge d’or !… Quand les dieux habitaient sur terre … disent toutes les légendes.

Cette civilisation a été supérieure à la nôtre. Supérieure en ce sens qu’elle a développé chez l’individu plus que la nôtre les facultés psychiques. Elle l’a évolué moralement avant de d’évoluer matériellement. Pour elle, la base du bonheur ici bas a été la clairvoyance de l’âme et de l’esprit. Et voilà en quoi elle est noble, et pourquoi elle a évité cette crise moderne qui nous paralyse en ce moment. Notre base a été l’évolution matérielle avant l’évolution morale.

Ceci est une faute, car l’évolution physique, entraînant des appétits, et n’étant point refrénée par une évolution analogue de l’âme, mène à l’anarchie. Tout le monde a faim de richesses, de jouissances. Tout le monde veut posséder, croyant que le bonheur consiste avant tout dans la satisfaction des sens. Illusion ! Le bonheur est dans l’évolution de la moralité de l’individu, et lorsque les assises morales d’un peuple ne sont point assez fortes pour dominer ses appétits, il marche à la folie, à la ruine, car l’horizon de ses jouissances matérielles recule indéfiniment. Il croit sans cesse tenir l’idéal, tandis que ses mains n’étreignent qu’un spectre. La conséquence en est l’état morbide de notre société, cette vague désespérance qui empoisonne l’âme de tous les jeunes et leur fait paraître la vie une vallée de larmes. Tandis que, lorsque la moralité d’un individu évolue avant le physique, maître de la clairvoyance, il sait s’arrêter dans sa poursuite des jouissances matérielles, se contenter et ne point chercher l’impossible. La civilisation atlante donc était supérieure à la nôtre sous ce rapport-là. Quant au physique, elle semble avoir atteint, le même degré. Elle ne connaissait point sans doute pratiquement la vapeur ; elle a connu des forces analogues que nous ne connaissons point. Un seule invention est réellement moderne : c’est l’Imprimerie.

Sa décadence a été justement causée par le déséquilibre de l’évolution morale et de l’évolution matérielle. La faute en est à trop de science. La conscience de pouvoirs puissants engendre chez l’homme l’orgueil. Cet orgueil le perd, en l’incitant à user de sa science dans un but oppressif et égoïste. Et voilà l’origine de la décadence, le péché originel, la tare de la nature humaine.

Aussi voilà pourquoi les héritiers des Atlantes, les sages Égyptiens, dans un but de morale et d’humanité, recueillant les débris de cette science qui, comme Saturne, avait dévoré ses enfants et s’était détruite elle-même, l’ont enfermée dans le secret des pyramides, dans le mystère de leurs sanctuaires, la couvrant du triple voile d’Isis, afin que tels des papillons aventureux, les profanes ne vinssent point s’y brûler les ailes. Voilà l’origine des initiations scientifiques de l’antiquité.

Vers le chapitre 6

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