A la Une Terrorisme

Le Hezbollah, implanté au Venezuela avec la protection de Maduro. Blanchiment, trafic et financement du terrorisme

L’ancien dirigeant de la SEBIN, la police sécuritaire, a accusé le président d’être à la tête d’une « entreprise criminelle »

L’ancien chef de la très redoutée police de renseignement de Nicolas Maduro, l’homme fort du Venezuela, a accusé le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah d’opérer dans ce pays d’Amérique latine avec la protection du gouvernement.

Le général Manuel Ricardo Cristopher Figuera, qui a fui son pays natal pour la Colombie avant de se rendre aux Etats-Unis après le soulèvement manqué du 30 avril au Venezuela, a transmis certains des secrets les plus jalousement gardés par le régime du Maduro aux responsables américains.

Dans un entretien accordé lundi au Washington Post, il a évoqué son désenchantement devant le gouvernement qu’il avait la charge de protéger dans le passé.

« Je n’avais jamais vu d’aussi près la situation du pays et la corruption gouvernementale qu’au cours de mes six derniers mois de service », a-t-il raconté, faisant référence à la période pendant laquelle il avait pris la tête de la célèbre SEBIN, ou service de renseignement bolivarien – l’entité assurant la sécurité politique du régime.

« J’ai rapidement réalisé que Maduro était à la tête d’une entreprise criminelle où sa propre famille est également impliquée », a confié Figuera.

Parmi les abus : Des membres de la famille liés au régime qui utilisent leur influence pour vendre et pour acheter de l’or à l’Etat, moyennant d’immenses profits ; le soutien apporté à des groupes terroristes comme l’ELN, en Colombie, et l’influence profonde que Raoul Castro, à Cuba, exerce sur Maduro, au niveau personnel comme au niveau des gardes et des conseillers cubains qui entourent le président vénézuélien.

Le général Manuel Ricardo Cristopher Figuera, ancien chef de la police secrète SEBIN, évoque son soutien au soulèvement du mois d’avril 2019 contre le président vénézuélien Nicolas Maduro, dans une vidéo du mois de mai 2019 (Capture d’écran :YouTube)

Figuera ajoute qu’il a vu lui-même des rapports de renseignement affirmant que le groupe terroriste libanais du Hezbollah opère à Caracas, la capitale du pays mais aussi à Maracay, une ville voisine, et dans la région insulaire de Nueva Esparta, avec la bénédiction du gouvernement de Maduro.

Cette présence est « apparemment liée à des activités commerciales illicites pour aider au financement d’opérations au Moyen-Orient », note le Post.

Cela fait longtemps que les agences de renseignement occidentales croient que le Hezbollah joue un rôle significatif dans le trafic de stupéfiants depuis l’Amérique du sud, afin de financer ses capacités militaires au Liban et ses infrastructures dans le monde entier.

Les propos tenus par Figuera, cités brièvement dans l’interview réalisée par le Post, pourraient bien être toutefois la toute première reconnaissance publique au plus haut-niveau de telles activités, de la bouche d’un ancien éminent responsable d’un régime apportant son soutien au groupe terroriste.

Un rapport établi au début du mois par des chercheurs israéliens avait indiqué que des membres du Hezbollah servaient d’intermédiaires sur l’itinéraire emprunté par la drogue depuis l’Amérique du sud vers l’Europe via l’Afrique de l’ouest, aidant à introduire des centaines de tonnes de cocaïne et autres stupéfiants dans des ports de Belgique et d’Allemagne – 5 % à 10 % des cargaisons seulement étant interceptées par la police.

Au mois de juin aussi, les Etats-Unis et l’Argentine ont organisé un sommet régional de deux jours à Buenos Aires consacré à la menace persistante du Hezbollah dans l’hémisphère ouest.

Cette rencontre, qui a eu lieu le 11 et le 12 juin, est survenue un mois avant le 25e anniversaire de l’attentat terroriste qui avait frappé le centre juif AMIA au sein de la capitale argentine.

Cette attaque avait été commise par un kamikaze du Hezbollah et elle avait été orchestrée par l’Iran, avait établi feu l’enquêteur argentin Alberto Nisman.

Sur cette photo du 13 mai 2016, des combattants du Hezbollah transportent le cercueil du commandant Mustafa Badreddine, tué en Syrie, pendant ses funérailles dans une banlieue du sud de Beyrouth, au Liban (Crédit :AP Photo/Hassan Ammar)

Les policiers, les procureurs et des professionnels du milieu de la finance ont participé à ce sommet, a indiqué un communiqué du département d’Etat.

Ils venaient des deux pays organisateurs et du Chili, de la Colombie, du Panama, du Paraguay et du Pérou.

« La conférence s’est intéressée au modus operandi du Hezbollah dans le monde et à ses infrastructures et activités terroristes et criminelles sur le continent américain », ajoutait le communiqué.

« Les participants ont débattu des techniques variées pour contenir et pour contrer les activités illicites du groupe terroriste et notamment des outils financiers et législatifs à disposition pour identifier, enquêter et poursuivre les réseaux qui soutiennent et qui aident le Hezbollah dans le monde », précisait le communiqué.

Ce sommet avait été prévu dans le cadre des événements programmés par le gouvernement argentin pour commémorer l’anniversaire de l’attentat du 18 juillet 1994, qui avait fait 85 morts et plus de 300 blessés.

L’agence de renseignement du Mossad joue depuis longtemps au chat et à la souris avec le groupe terroriste du Hezbollah pour entraver ses efforts visant à établir des entrepôts d’explosifs depuis la Thaïlande jusqu’à New York, a confirmé un responsable israélien des renseignements au début du mois.

La plus grande cache, qui contenait environ trois tonnes de nitrate d’ammonium – un ingrédient essentiel pour certains types d’explosifs – a été retrouvé à trois endroits distincts, dans le nord de Londres, des sites qui avaient fait l’objet d’un raid de la police métropolitaine en septembre 2015.

D’autres caches mises en place par des cellules du Hezbollah ont été découvertes à Chypre, en Thaïlande et dans des pays européens qui n’ont pas encore été nommés, selon des informations.

Figuera, pour sa part, a été l’un des quelques responsables vénézuéliens placé sous sanctions américaines pour son rôle de chef d’un service de sécurité réputé pour ses tortures et pour son traitement inhumain des prisonniers politiques.

Des étudiants débattent avec des policiers lors d’un rassemblement en faveur du leader de l’opposition Juan Guaido et contre Nicolas Maduro à l’Universidad Central de Venezuela à Caracas, Venezuela, le 2 mai 2019. (Edilzon Gamez/Getty Images/via JTA)

Ancien dirigeant sécuritaire pour le mentor de Maduro, l’ancien président Hugo Chavez, Figuera était considéré comme l’un des membres les plus loyaux au régime.

Mais sa participation à de multiples abus a entraîné un profond regret chez lui, a-t-il affirmé.

La « Tombe » de la SEBIN – la prison qui accueille les détenus politiques sous son siège de Caracas – est accusée depuis longtemps d’imposer des conditions inhumaines qui ont entraîné la mort ou le suicide des détenus, des conditions mises en place pour pousser les individus qui y sont incarcérés à avouer leurs crimes politiques.

« Vous voyez, s’il y a quelque chose que je regrette, c’est de ne pas avoir libéré tous les prisonniers. Parce qu’il y a beaucoup de gens, là-bas, qui ont été kidnappés et qui sont traités injustement. Et je dois quelque chose à tous ces gens, vous comprenez ? », a-t-il dit.

« A un moment, j’ai cru que je serais capable de ramener Maduro à la raison. Il y a des gens qui ont un cancer. Il y a une femme là-bas qui a des problèmes. Il y a des gens qui n’ont rien à faire là-bas, qui n’ont aucune raison d’y être. Je pense que j’aurais pu faire bien plus. Ces gens ne sont pas une menace pour le pays », a-t-il ajouté.

 

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