Parasha de la semaine

Le déluge intérieur

deluge intérieurpar ‘Hava Shapiro

Quand je m’imagine la paracha de Noa’h, je me représente quelque chose tout droit sorti d’un film d’aventure de Steven Spielberg plein d’effets spéciaux, avec un héros innocent qui se retrouve dans des circonstances aussi extraordinaires que difficiles qui transforment son émerveillement d’enfant en une lutte intérieur pour l’accomplissement et la conquête de soi.

En fait, du point de vue ‘hassidique en tout cas, c’est un peu cela.

Détruire le monde entier à cause de la corruption de ses habitants n’est-il pas quelque peu… exagéré ?

Cette portion de la Torah fait le célèbre récit de comment D.ieu décide de détruire la terre entière qui, depuis la création d’Adam et Ève, avait dégénéré une société de corruption généralisée : « Et D.ieu dit à Noé : La fin de toute chair est arrivée devant Moi, car la terre est remplie de violence ; et Je vais les détruire avec la terre. » (Genèse 6,13).


Comme nous le savons tous, D.ieu dit à Noé – le seul homme vertueux de sa génération – de construire une arche qui sera un abri sûr pour lui, sa famille et deux animaux de chaque espèce (sept pour chaque espèce casher). Et ensuite, pendant quarante jours, le monde est inondé par des pluies ininterrompues qui détruisent toute vie.

Comme nous connaissons tous si bien cette histoire, nous ne réalisons pas à première vue à quel point elle est bizarre, voire choquante. Tout d’abord, détruire le monde entier à cause de la corruption de ses habitants ne semble-t-il pas quelque peu… exagéré ? Et en second lieu, si D.ieu est tout-puissant, pourquoi ne pouvait-Il pas frapper d’un coup tous ces êtres humains vils, violents et dégénérés, épargnant Noah et les autres passagers de l’arche ? Cela aurait été beaucoup plus propre et beaucoup plus simple. Noé n’aurait pas eu besoin de trimer pendant 120 ans à construire une arche. On aurait évité les problèmes d’assainissement. Et, tant qu’à faire, cela aurait épargné une ou deux forêts tropicales.

Il y a tellement de façons de faire disparaître une civilisation. D.ieu aurait-Il choisi le déluge seulement pour l’effet dramatique ?


D’après la mystique juive, en amenant le déluge, D.ieu a trempé dans le monde dans un mikvé (un bain rituel) géant.

Les quarante jours de pluie font allusion à la mesure des 40 séah d’eau nécessaires pour qu’un mikvé soit casher selon la loi juive. Le déluge, dès lors, n’était pas une punition, mais un processus de purification dont le monde avait besoin afin d’être nettoyé et de pouvoir renaître.

Bienvenue dans le Monde 2.0. Dans cette nouvelle réalité, la conscience du divin non seulement affectait, mais de fait saturait la terre et tous les êtres qu’elle contenait. La spiritualité devint si profondément enracinée dans l’essence même de l’existence que chaque être humain pouvait désormais la trouver en soi. Elle devint une conscience qui pénétra et s’exprima à travers la fibre même de l’univers.


Mais le message du déluge est encore plus profond.

Le déluge représente l’ensemble de nos problèmes, à savoir, ceux qui nous assaillent du dehors.

Les exigences qui s’abattent sans cesse autour de nous comme des vagues déferlantes nous acculent à une mentalité insulaire et rigide dans laquelle il n’y a de disponibilité que pour agir et non pour être, et dans laquelle nous devons constamment nous efforcer et rivaliser pour faire quelque chose de nous-mêmes (par exemple : « Je dois obtenir de bonnes notes pour que je puisse aller dans une bonne université, pour que je puisse avoir un bon emploi, pour que je gagne beaucoup d’argent, pour que je puisse aller en vacances… et passer plus de temps à réfléchir sur comment ma valeur est directement proportionnelle à ma place dans la hiérarchie d’entreprise, ou au nombre de zéros sur mes relevés bancaires »).

Le déluge est toutes ces choses qui menacent d’étouffer l’étincelle divine qui est en nous, qui pleure et aspire à s’exprimer, mais se ressent noyée par les angoisses et pressions écrasantes de la vie.

Mais ce qu’il y a de bien, c’est que nous avons une arche.


Une partie de nous qui est pure, non affectée par les angoisses douloureuses du monde matériel, une partie de nous dont la relation avec D.ieu est naturelle et profonde, dont l’essence n’est pas contaminée par le déluge des préoccupations matérielles. Et peu importe avec quelle férocité la tempête des problèmes et des soucis s’abat sur nous, cette partie de nous reste inchangée, dans un état tranquille d’unité avec D.ieu.

(D’ailleurs, le nom « Noa’h » est lié au mot ne’hamah, « consolation ».) Pour reprendre les paroles expressives du Cantique des Cantiques (8,7) : « Des torrents d’eau ne peuvent éteindre l’amour, et des fleuves ne peuvent le noyer… »

Et pourtant, malgré son caractère violent et menaçant, le déluge n’est pas seulement un ennemi à vaincre ou à détruire. C’est le véhicule qui pousse et élève l’arche vers de nouveaux sommets.

Un axiome fondamental du judaïsme est que le monde matériel n’est pas l’ennemi de la spiritualité. C’est en fait le contraire. Ils sont faits l’un pour l’autre, comme la main et le gant. C’est l’un de ces paradoxes ironiques de la vie : c’est seulement lorsque nous sommes immergés dans le monde matériel, et contraints de l’affronter, que notre relation avec D.ieu devient quelque chose de puissant et de réel.

Lorsque nous luttons pour surmonter les angoisses qui menacent de nous engloutir dans une vie sans but et vide de sens, lorsque nous combattons notre poursuite obsessionnelle et égoïste du matériel et notre quête superficielle des honneurs et de la reconnaissance, ces défis font ressortir ce qu’il y a de meilleur en nous. Ils nous permettent de ressentir la douleur et l’angoisse de notre éloignement de notre vrai moi, qui est la partie de nous qui est totalement en phase avec D.ieu. Ils suscitent en nous une nouvelle volonté de réorienter notre vie vers un sens et un but plus élevés.



Ne laissez pas les déluges vous noyer dans l’oubli. Trouvez d’abord un réconfort dans l’arche. Ensuite, prenez la barre.

Cet article est basé sur un discours ‘hassidique de l’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (Torah Or, Noa’h, Maamar Mayim Rabim).

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