Responsabilité face au Pouvoir

Le Canada, terre de liberté religieuse

Le gouvernement du Canada, dirigé par un parlement conservateur majoritaire, a annoncé le 19 février 2013 l’ouverture officielle du Bureau de la liberté de religion. Doté d’un petit budget de cinq millions de dollars, ce Bureau est chargé « de protéger les minorités religieuses menacées et défendre leurs droits, de lutter contre la diffusion de la haine et de l’intolérance fondées sur la religion et de faire la promotion des valeurs canadiennes que sont le pluralisme et la tolérance. »

La création de ce Bureau s’inscrit aussi dans une tentative plus large du gouvernement Harper de faire coexister conservatisme et multiculturalisme.

Surfer sur une ambiguïté

Selon les principes du libéralisme classique sur lesquels est fondée la Charte canadienne des droits et libertés, l’État ne peut faire la promotion de valeurs, mais seulement la promotion de la justice et du droit. L’État ne peut donc faire la promotion d’une religion, des religions ou même de l’athéisme. Or, pour certains, la création du Bureau de la liberté de religion démontre que le Parti conservateur du Canada considère que les libertés religieuses sont plus importantes que les autres libertés.

Cette hypothèse est appuyée par le fait que le même gouvernement a aboli il y a quelques années l’organisme Droit et Démocratie qui avait pour but de faire la promotion dans le monde de tous les droits et libertés, ce qui incluait les droits et libertés religieuses.

Les conservateurs semblent donc jouer sur l’ambiguïté qui existe entre la protection et la promotion de la liberté religieuse, ce qui leur permet de flatter à la fois libéraux et conservateurs. Les libéraux y voient simplement la volonté de protéger le droit d’exercer librement une religion dans le privé. Les conservateurs religieux y perçoivent la promotion de la liberté de religion par-delà les autres libertés.

L’union de la pluralité religieuse dans un conservatisme modéré

En jouant habilement sur l’ambiguïté entre la protection et la promotion des libertés religieuses, le Parti conservateur du Canada devient un pôle d’attraction naturel pour les électeurs ayant une sensibilité religieuse. Cela lui permet d’unir les forces conservatrices religieuses du pays, plutôt que de les voir se diviser.

Sans s’entendre sur des principes théologiques précis, plusieurs croyants ont souvent plus d’affinités avec les adeptes d’une autre religion qu’avec les athées ou agnostiques. L’attachement à l’idée de transcendance et à certaines traditions générales issues des grandes religions (importance de la famille, de la fidélité, respect envers Dieu, etc.) rassemble souvent les croyants de diverses confessions.

Plusieurs croyants trouvent donc important de souligner, par le politique, l’influence positive de la religion sur leur vie privée et civique par une valorisation claire et assumée de la liberté de religion. Pour ces électeurs, le cadre conservateur ainsi compris semble plus substantiel et attirant que le cadre libéral classique.

Bon coup au plan politique

Dès lors, on comprend mieux la stratégie politique du gouvernement conservateur. Le geste permet de consolider la base électorale du parti, sans faire fuir les plus modérés, en plus de courtiser les minorités religieuses de plus en plus nombreuses dans les grandes villes et banlieues canadiennes. En passant d’un vieux conservatisme identitaire à un nouveau conservatisme « d’ouverture » sur arrière-fond religieux, le gouvernement conservateur attire peu à peu de plus en plus des électeurs issus des communautés immigrantes qui, il y a à peine quelques années, votaient systématiquement pour le Parti libéral du Canada.

Ce n’est donc pas une coïncidence si le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, a annoncé l’ouverture du Bureau de la liberté de religion dans une communauté musulmane Ahmadiyya en banlieue de Toronto, mégalopole canadienne où plus de 50 % des résidents sont nés à l’extérieur du pays.

Un conservatisme unique dans le monde

Le conservatisme canadien s’adapte donc à la nouvelle réalité du multiculturalisme.

Plutôt que de défendre une identité ou religion particulière, le Parti conservateur tend la main aux adeptes de toutes les religions, en soulignant à gros traits l’importance de la liberté de religion par la création d’un Bureau.

Les critiques sont nombreuses, surtout de la part des non-croyants qui craignent de ne pas être protégés comme le sont les minorités religieuses, mais force est de constater qu’il s’agit d’un cas de figure assez unique et intéressant dans le monde.

Source : http://french.ruvr.ru/

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