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Adaptation de génération en génération… Nos enfants seront ce que nous mangeons

« Tout ce que nous respirons, mangeons et buvons, notre activité physique, notre stress… a un impact non seulement sur notre santé, mais peut également se répercuter sur la santé de nos futurs enfants, de leur naissance jusqu’à l’âge adulte. » C’est le Pr de génétique Claudine Junien (INRA, Jouy-en-Josas) qui l’affirmait récemment en ouvrant un colloque sur les « déterminants précoces de la santé future de l’enfant ».

 L’alimentation – excessive ou insuffisante -, les toxiques de l’environnement, le mode de vie, le stress psychosocial, les troubles métaboliques des parents ont des effets à long terme sur la santé future des enfants. Et même des générations suivantes ! Pour les spécialistes, cela s’appelle DOHAD (Developmental Origin of Health And Diseases) : l’origine développementale de la santé et des maladies. Le concept apparaît dans les années 90. Un chercheur du nom de Barker s’aperçoit que les enfants de faible poids de naissance ont plus de risque d’être atteints par des maladies cardiovasculaires à l’âge adulte.

On découvre progressivement un retentissement sur un certain nombre d’organes. On étudie l’impact de l’alimentation sur le foetus, voire même sur l’embryon, et sur la sensibilité à long terme à certaines maladies. Les restrictions alimentaires, le mauvais équilibre nutritionnel, les problèmes métaboliques de la mère et même l’alimentation du père retentissent non seulement sur la fertilité du couple, mais aussi sur la santé de leurs enfants pour toute la vie.

Et cela se transmet sur des générations !!! Pourquoi ?

Les effets du stress se transmettent (aussi) par les gènes

L’effet était connu, mais la cause restait mystérieuse : une équipe de chercheurs japonais vient de montrer comment les conséquences physiologiques d’un stress – ou de l’exposition à un produit chimique – se transmettent sur plusieurs générations, sans altération de l’ADN.

Nos gènes, qui composent nos chromosomes, constituent des modes d’emploi utilisés par nos cellules pour synthétiser des protéines. Selon leur association – ou non – avec certaines molécules, ils peuvent se présenter sous forme active ou inactive. Environ 97% de nos gènes sont aujourd’hui considérés comme « non codants » ou « dormants ».

L’équipe de Shunsuke Ishii, du Riken Tsukuba Institute au Japon, a observé qu’en présence de produits chimiques ou de facteurs de stress environnementaux, les drosophiles réagissaient en activant certains de leurs gènes non codants : une protéine (ATF-2 pour les intimes) se détache de la structure et « libère » le gène.

L’ADN n’est pas modifié, mais le gène est devenu actif.

Et cette altération se retrouve aussi dans les spermatozoïdes et les ovules, ce qui a pour effet de transmettre la modification aux générations ultérieures.

Quand les gènes prennent la mouche…

Concrètement, en chauffant des oeufs de mouches, ou en les trempant dans de l’eau salée, entre autres tortures, les chercheurs ont pu constater que les modifications induites étaient transmises aux rejetons. Mais lorsque les héritiers s’accouplaient avec une génération non stressée, l’altération disparaissait. En exposant deux générations de suite aux stress, les effets se prolongeaient : l’altération a affecté les trois générations suivantes.

Conclusion : l’adaptation à l’environnement se transmet de génération en génération. Sans passer par la case « ADN ».

L’année dernière, une étude scientifique décrivaitle même effet chez la souris, sans toutefois en expliquer le mécanisme. Cette nouvelle trouvaille pourrait donc aussi s’appliquer à l’Homme.

Epigénétique : l’Adn n’est pas tout

L’épigénétique est un nouveau champ de recherche qui s’intéresse à l’influence des facteurs environnementaux sur les caractéristiques des organismes. Les changements induits se transmettent parfois à la descendance ce qui apparait, au premier abord, contraire à la théorie Darwinienne de l’évolution.

L’épigénétique englobe les modifications transmissibles et réversibles de l’expression des gènes ne s’accompagnant pas de changements dans le support génétique, c’est-à-dire au niveau de l’Adn. Ces changements peuvent se produire spontanément, suite à un stress, en réponse à l’environnement et à d’autres facteurs externes. [Article complet : tempsreel.nouvelobs.com]

Dis moi ce que ton père a mangé, je te dirai qui tu es…

Selon une récente étude, le régime alimentaire d’une souris modifie le métabolisme de ses rejetons, sans passer par la case « ADN ». Allo Papa bobo…

La génétique, c’est plus ce que c’était, ma bonne dame. Il y a une vingtaine d’années, tout le monde était d’accord. Un gène codait pour une protéine. Et pis c’est tout. Mais depuis lors, tout part en vrille. Aujourd’hui, l’on considère que près de 95% des gènes ne respectent plus les codes en vigueur : leur activité fluctue en fonction de paramètres très mal connus, leur localisation dans l’organisme (foie, rein, cerveau), l’âge du capitaine, l’alimentation…

La souris accouche d’une montagne… Darwin est fait comme un rat.

Comme si cela n’y suffisait pas, une équipe israélo-américaine vient de faire une nouvelle trouvaille. Les chercheurs se sont amusés à jouer sur l’alimentation de souris mâles, depuis leur sevrage jusqu’à leur maturité sexuelle. Galanterie oblige, les femelles étaient, elles, toutes au même régime.

Résultat : les souris mal(es) nourries (carencées en protéines) ont développé des mécanismes « épigénétiques » (l’expression d’un gène est modifié sans que le gène lui-même le soit) qui ont conduit à l’augmentation de l’activité des gènes responsables de la synthèse du cholestérol et des lipides. Jusqu’ici, tout va bien. Quand l’organisme n’a rien à manger, il a tendance à stocker davantage.

Nos enfants seront ce que nous mangeons

Sauf que le mécanisme a aussi été transmis aux descendants, alors que ceux-ci ont toujours été nourris normalement. En tout, les chercheurs ont dénombré 445 gènes dont l’expression a été fortement affectée chez les petits. D’autres études étaient auparavant parvenues au même résultat, mais aucune n’avait pu totalement exclure l’hypothèse de facteurs socio-« psycho »-éducatifs. C’est fait.

Conclusion des chercheurs : les « effets transgénérationnels de l’alimentation pourraient avoir des implications dans l’épidémiologie de plusieurs maladies majeures » chez l’Homme. Bouffez des hamburgers, c’est le coeur de votre progéniture qui s’arrêtera avant l’heure…

Epi(dé)génétique

Mais le meilleur est à venir : les scientifiques ont eu beau chercher partout (ADN, ARN, MicroARN…), ils n’ont détecté aucune modification correspondante dans les gènes transmis via les spermatozoïdes.

Deux possibilités : soit il existe un autre mécanisme de transmission de l’information génétique (et/ou épigénétique) que les gènes, soit les gènes ne s’expriment – toujours – pas comme on le pense (hypothèse moins poétique, mais un peu plus probable). En tout cas, ce que l’on considérait comme une hérésie il y a quelques années, à savoir le fait que l’adaptation à l’environnement (pour le meilleur et pour le pire) se transmette de génération en génération, est maintenant largement admis. Reste à savoir comment… (article complet avec les vidéos)

>ADN business : « Les biobanques stockent cellules et tissus humains »Ces dernières années, le développement de la génétique a engendré celui des biobanques. Ces structures concentrent parfois de très nombreuses données génétiques. Le cadre juridique 
de leurs activités est flou. [Article complet : humanite.fr]

Dosier réalisé à partir de plusieurs sources

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