Visions de Anne Catherine Emmerich

La Vie de la Vierge Marie – Partie 8/12

Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

LXXI – Mort de Siméon.

(3 janvier.) Siméon avait une femme et trois fils, dont l’aîné pouvait avoir quarante ans et le plus jeune vingt ans. Tous trois étaient employés au temple. Plus tard, ils furent constamment les amis secrets de Jésus et des siens. Ils devinrent disciples du Seigneur, soit avant sa mort, soit après son ascension. Lors de la dernière cène, l’un d’eux prépara l’agneau pascal pour Jésus et les apôtres. Je ne sais pourtant pas si tous ceux-là n’étaient pas peut-être des petits fils de Siméon. Lors de la première persécution qui eut lieu après l’Ascension, ils rendirent de grands services aux amis du Sauveur. Siméon était parent de Séraphia, qui reçut le nom de Véronique, et aussi de Zacharie par le père de celle-ci.

Je vis que Siméon, étant revenu chez lui après avoir prophétisé à la présentation de Jésus, tomba aussitôt malade ; il n’en témoigna pas moins une grande joie dans les discours qu’il tint à sa femme et à ses fils. Je vis cette nuit que c’était aujourd’hui qu’il devait mourir. De tout ce que je vis à ce sujet, je ne me rappelle que ce qui suit : Siméon, sur son lit de mort, adressa à sa femme et à ses enfants des exhortations touchantes ; il leur parla du salut qui était venu pour Israël et de tout ce que l’ange lui avait annonce, en termes très forts et avec une joie touchante. Je le vis ensuite mourir paisiblement. Sa famille le pleura en silence. Il y avait autour de lui beaucoup de prêtres et de Juifs qui priaient.

Je vis ensuite qu’ils portèrent son corps dans une autre pièce. Il fut placé là sur une planche percée de plusieurs ouvertures, et ils le lavèrent avec des éponges sous une couverture, en sorte qu’ils ne le virent pas à nu. L’eau coulait par les ouvertures de la planche dans un bassin de cuivre placé au-dessous. Ils placèrent ensuite sur lui de grandes feuilles vertes, l’entourèrent de beaux bouquets d’herbes, et l’ensevelirent dans un grand drap, où il fut enveloppé à l’aide d’une longue bandelette, comme un enfant au maillot. Son corps était raide et si inflexible, que je croyais presque qu’il était attaché sur la planche.

Le soir il fut mis au tombeau. Six hommes le portèrent, avec des lumières, sur une planche qui avait à peu près la forme du corps, avec un rebord peu élevé des quatre côtés. Sur cette planche reposait le corps enveloppé, sans être recouvert par-dessus. Les porteurs et le cortège allaient plus vite qu’on ne va dans nos enterrements. Le tombeau était sur une colline peu éloignée du temple. Le caveau où il fut déposé avait à l’extérieur la forme d’un monticule, où se trouvait adaptée, à l’extérieur, une porte oblique, maçonnée à l’intérieur d’une façon particulière. C’était l’espèce de travail, quoique plus grossier, que je vis faire à saint Benoît dans son premier monastère ‘.

Dans une vision de la vie de saint Benoît (le 10 février 1820), elle vit, entre autres choses, que le saint, dans sa jeunesse, apprit de son maître à faire avec des pierres de diverses couleurs, sur le sable du jardin, toute espèce d’ornements et d’arabesques à la façon des mosaïques antiques. Plus tard, elle le vit, étant anachorète, exécuter à la voûte de sa cellule ou de sa grotte une mosaïque grossière représentant une vision du jugement dernier. Elle vit plus tard des disciples de saint Benoît l’imiter dans ce genre de travail et le perfectionner, Dans une vision où elle exposa toute l’histoire de l’ordre, exprimée jusque dans ses plus petits détails par le caractère et les habitudes du fondateur, elle dit : « Lorsque chez les Bénédictins l’esprit fut moins vivant que l’écorce, je vis leurs églises et leurs monastères trop ornes et trop embellis, et en voyant toutes les images et tous les ornements qui couvraient la voûte des églises, je me disais : Cela vient de ce travail que faisait Benoît dans sa cellule : cette semence est ainsi montée en herbe. Si toute cette surcharge vient à tomber, elle brisera bien des choses.

Les parois, comme dans la cellule de la sainte Vierge au temple, étaient ornées de fleurs et d’étoiles, formées de pierres de différentes couleurs Le petit caveau où ils placèrent Siméon n’offrait que juste assez d’espace pour qu’on pût circuler autour du corps. Il y avait encore certains usages particuliers lors des enterrements : on mettait près des morts des pièces de monnaie, des petites pierres, et aussi, je crois, des aliments. Je ne m’en souviens plus très bien.

LXXII – Arrivée de la sainte Famille chez Sainte Anne

Je vis le soir la sainte Famille arrivée dans la maison d’Anne, à une demi lieue de Nazareth, vers la vallée de Zabulon. Il y eut une petite fête de famille du genre de celle qui avait eu lieu lors du départ de Marie pour le temple. La fille aînée d’Anne, Marie d’Héli, était présente. L’âne était déchargé. Ils voulaient rester là un certain temps. Tous accueillirent l’Enfant-Jésus avec une grande joie ; mais cette joie était paisible et tout intérieure. Je n’ai jamais rien vu de très passionné chez tous ces personnages. Il y avait aussi là de vieux prêtres. On fit un petit festin. Les femmes mangèrent, comme toujours, séparées des hommes.

Je vis encore la sainte Famille chez Anne. Il y avait quelques femmes : la fille aînée d’Anne, Marie Héli, avec sa fille, Marie de Cléophas, puis une femme du pays d’Elisabeth, et la servante qui s’était trouvée près de Marie à Bethléhem. Cette servante, après avoir perdu son mari qui ne s’était pas bien conduit envers elle, n’avait pas voulu se remarier et elle était venue à Juttah, chez Elisabeth, où Marie l’avait connue lors de sa visite à sa cousine ; de là, cette veuve était venue chez Anne. Je vis aujourd’hui Joseph faire plusieurs paquets chez Anne et aller avec la servante à Nazareth, précédant des ânes, qui étaient au nombre de deux ou de trois.

Je ne me souviens plus en détail de tout ce que j’ai vu aujourd’hui dans la maison de sainte Anne ; mais je dois y avoir eu de vives impressions, car j’y avais une ardeur pour la prière dont je ne comprends peut-être plus bien la cause. Avant d’aller chez Anne, je me trouvai en esprit prés d’un couple de jeunes mariés qui nourrissent leur vieille mère ; tous deux sont maintenant atteints d’une maladie mortelle, et s’ils n’en guérissent pas, leur mère sera sans ressource. Je connais cette pauvre famille, mais je n’en ai pas entendu parler depuis longtemps. Dans les cas désespérés, j’invoque toujours la sainte mère de Marie ; et aujourd’hui, comme j’étais chez elle en vision, je vis dans son jardin, malgré la saison, beaucoup de poires, de prunes et d’autres fruits pendants aux arbres, quoiqu’ils n’eussent plus de feuilles ; je voulus les cueillir en m’en allant, et je portai les poires aux époux malades, qui ont été guéris par là. Il me fallut ensuite en donner à beaucoup de pauvres âmes, connues et inconnues, qui en furent soulagées.

Vraisemblablement ces fruits signifient des grâces obtenues par l’intercession de sainte Anne. Je crains que ces fruits n’indiquent pour moi beaucoup de douleurs et de souffrances ; j’éprouve toujours cela lors de semblables visions où je cueille des fruits dans les jardins des saints, car il faut toujours payer cela cher. Je ne sais pas bien pourquoi je cueillis ces fruits dans le jardin de sainte Anne ; peut-être ces personnes et ces âmes sont-elles sous la protection particulière de sainte Anne, en sorte que les fruits de la grâce doivent provenir pour elles de son jardin ; ou peut-être cela eut-il lieu parce qu’elle est particulièrement secourable dans les circonstances désespérées, ainsi que je l’ai toujours reconnu.

Comme on demandait à la soeur comment elle voyait le climat de la Palestine dans cette saison, elle répondit : J’oublie toujours de le dire, parce que tout cela me parait si naturel, qu’il me semble que tout le monde doit le savoir. Je vois souvent de la pluie et du brouillard, quelquefois aussi un peu de neige, mais qui fond tout de suite. Je vois souvent des arbres sans feuilles où pendent encore des fruits. Je vois plusieurs récoltes dans l’année ; je vois déjà faire la moisson dans la saison qui correspond à notre printemps. Dans l’hiver, je vois les gens qui sont sur les chemins, tout enveloppés ; ils ont leurs manteaux sur la tête.

(Le 6.) Aujourd’hui, dans l’après midi, je vis la sainte Vierge, accompagnée de sa mère qui portait l’Enfant-Jésus, se rendre dans la maison de Joseph, à Nazareth. Le chemin est très agréable : il a environ une demi lieue de long, et passe entre des collines et des jardins.

Anne envoie des aliments à Joseph et à Marie dans leur maison de Nazareth. Combien tout est touchant dans la sainte Famille ! Marie est comme une mère et en même temps comme la servante la plus soumise du saint enfant ; elle est aussi comme la servante de saint Joseph. Joseph est vis-à-vis d’elle comme l’ami le plus dévoué et comme le serviteur le plus humble. Combien je suis touchée de voir la sainte Vierge remuer et retourner le petit Jésus comme un enfant qui ne peut s’aider lui-même ! Quand on songe que c’est le Dieu de miséricorde qui a créé le monde, et qui, par amour, se laisse ainsi mouvoir en tous sens, combien on est douloureusement affecté de la dureté, de la froideur et de l’égoïsme des hommes !

LXXIII – Purification de Marie. Fête de la Chandeleur.

La fête de la Chandeleur me fut montrée dans un grand tableau difficile à expliquer ; je raconterai comme Je le puis ce que j’ai vu passer devant mes yeux. Je vis une fête dans cette église diaphane, planant au-dessus de, la terre, qui me représente l’Église catholique en général, quand j’ai à contempler, non telle église en particulier ; mais l’Eglise en tant qu’Église. Je la vis pleine de choeurs d’anges qui entouraient la très sainte Trinité. Comme je devais voir la seconde personne de la très sainte Trinité dans l’Enfant-Jésus présenté et racheté au temple, lequel était pourtant présent aussi dans la très sainte Trinité, ce fut comme dernièrement, lorsque je crus que l’Enfant-Jésus était près de moi et me consolait pendant que je voyais en même temps une image de la très sainte Trinité. Je vis donc près de moi l’apparition du Verbe incarné, l’Enfant-Jésus uni à la très sainte Trinité par une voie lumineuse. Je ne puis pas dire qu’il ne fût pas là parce qu’il était près de moi ; je ne puis pas dire non plu. qu’il ne fût pas près de moi parce qu’il était là, et cependant, au moment où je sentis vivement la présence de l’Enfant-Jésus près de moi, je vis la figure sous laquelle m’était montrée la sainte Trinité autrement que lorsqu’elle m’est présentée seulement comme l’image de la Divinité.

Je vis paraître un autel au milieu de l’église. Ce n’était pas comme un autel de nos jours dans nos églises actuelles, mais un autel en général. Sur cet autel, je vis un petit arbre avec de grandes feuilles pendantes, de l’espèce de l’arbre de la science du bien et du mal dans le Paradis. Je vis ensuite la sainte Vierge avec l’Enfant-Jésus sur les bras sortir pour ainsi dire de terre devant l’autel, et l’arbre qui était sur l’autel se pencher devant elle et se flétrir ; puis, je vis un ange revêtu d’habits sacerdotaux, n’ayant qu’un anneau autour de la tête, s’approcher de Marie. Elle lui donna l’enfant qu’il posa sur l’autel, et dans le même instant, je vis l’enfant passer dans l’image de la sainte Trinité, qui m’apparut cette fois dans sa forme ordinaire.

Je vis l’ange donner à la Mère de Dieu un petit globe brillant sur lequel était une figure semblable à un enfant emmailloté, et, Marie l’ayant reçu, plana au-dessus de l’autel. De tous les côtés, je vis venir à elle des bras portant des flambeaux, et elle présenta tous ces flambeaux à l’enfant qui était sur le globe, dans lequel ils entrèrent aussitôt. Je vis tous ces flambeaux former au-dessus de Marie et de l’enfant une lumière et une splendeur qui illuminaient tout. Marie avait un ample manteau étalé sur toute la terre. Puis tout cela devint comme la célébration d’une fête.

Je crois que le dessèchement de l’arbre de la science lors de l’apparition de Marie et l’absorption de l’enfant offert sur l’autel dans la sainte Trinité devaient être une image de la réconciliation des hommes avec Dieu. C’est pourquoi je vis toutes les lumières dispersées présentées à la Mère de Dieu, et remises par celle-ci à l’Enfant-Jésus, lequel était la lumière qui éclaire tous les hommes, dans lequel seul toutes les lumières dispersées redeviennent une seule lumière qui illumine le monde entier, représenté par ce globe comme par le globe impérial. Les lumières présentées indiquaient la bénédiction des cierges à la fête d’aujourd’hui.

LXXIV – La fuite en Egypte. Introduction.

Le samedi, 10 février 1821, la malade était agitée par des préoccupations touchant un logement à trouver. s’étant endormie là-dessus, elle se réveilla bientôt toute consolée. Elle raconta qu’un ami, mort depuis peu (un bon vieux prêtre), était venu auprès d’elle et l’avait consolée.  » Oh ! disait-elle, combien ce digne homme a d’esprit maintenant ! à présent, il sait parler. Il m’a dit : Ne t’inquiète pas de trouver un logement ; occupe-toi seulement de nettoyer et de parer ton intérieur où tu reçois le Seigneur Jésus quand il te visite. Lorsque saint Joseph vint à Bethléhem, il ne cherchait pas un logement pour lui, mais pour Jésus, et il arrangea très proprement la grotte de la Crèche « .

Elle communiqua encore plusieurs réflexions profondes du même genre que lui avait adressées cet ami, et qui toutes indiquaient un homme auquel son caractère était sien connu. Elle raconta qu’il lui avait dit :

 » Lorsque l’ange enjoignit à saint Joseph de s’enfuir en Égypte avec Jésus et Marie, il ne se préoccupa point de trouver un logement, mais il obéit simplement et se mit en route « .

Comme l’année précédente, vers la même époque, elle avait vu quelque chose de la fuite en Egypte, l’écrivain supposa qu’il en avait été de même cette fois, et il lui adressa cette question :  » Saint Joseph est-il donc parti aujourd’hui pour l’Egypte  » ? à quoi elle répondit très nettement.  » Non ; le jour où il partit tombe maintenant le 29 février « .

Malheureusement, l’occasion ne se présenta pas de savoir cela exactement, parce qu’elle était alors fort malade. Elle dit une fois :

 » L’enfant pouvait bien avoir un an. Je le vis, hors d’une halte, pendant le voyage, jouer au tour d’un baumier. Ses parents le faisaient quelquefois marcher pendant un peu de temps « . Une autre fois, elle crut voir que Jésus avait neuf mois. C’est au lecteur à déterminer, d’après d’autres circonstances mentionnées dans le récit, et spécialement d’après ce qui est dit de l’âge du petit Jean-Baptiste, quel devait être l’âge de Jésus, qui paraîtrait d’après cela avoir été en effet de neuf mois.

LXXV – Nazareth. Demeure et occupation de la sainte Famille.

(Le dimanche, 25 février).

Je vis la sainte Vierge tricoter ou faire au crochet de petites robes. Elle avait un rouleau de laine assujetti à la hanche droite, et dans les mains deux petits bâtons, en os, si je ne me trompe, avec de petits crochets à l’extrémité. L’un d’eux pouvait être long d’une demi aune, l’autre était plus court. Elle travaillait ainsi debout ou assise près de l’Enfant-Jésus, qui était couché dans une petite corbeille.

Je vis saint Joseph tresser différents objets, comme des cloisons et des espèces de planchers pour les chambres. avec de longues bandes d’écorces jaunes, brunes et vertes. Il avait une provision d’objets de ce genre, placés les uns sur les autres, dans un hangar près de la maison. J’étais touchée de compassion en pensant qu’il ne prévoyait pas qu’il faudrait bientôt s’enfuir en Egypte. Sainte Anne venait presque tous les jours de sa maison. située à peu près à une lieue de là.

LXXVI – Jérusalem.-Préparatifs d’Hérode pour le massacre des enfants

(Le dimanche, 25 février.)

J’eus la vue de ce qui se passait à Jérusalem. Je vis Hérode faire convoquer beaucoup de gens. C’était comme lorsque chez nous on recrute des soldats. Ces hommes furent conduits dans une grande cour, et reçurent des habits et des armes. Ils portaient au bras comme une demi lune (une espèce de bouclier). Ils avaient des épieux et des sabres courts et larges, semblables à des coutelas. Ils portaient des casques sur la tête, et plusieurs avaient des bandelettes autour des jambes. Cela devait être fait en vue du massacre des enfants. Hérode était très agité.

(Le lundi, 26 février.)

Je vis Hérode toujours dans une grande agitation. Il était comme lorsque les rois l’interrogèrent sur le roi nouvellement né des Juifs. Je le vis se consulter avec quelques vieux scribes. Ils apportèrent de longs rouleaux de parchemin fixés sur des bâtons, et y lurent quelque chose. Je vis aussi que les soldats qu’on avait habillés de neuf la veille furent envoyés en divers endroits dans les environs de Jérusalem, et aussi à Bethléhem. Je crois que ce fut pour occuper les lieux d’où plus tard les mères devaient porter leurs enfants à Jérusalem, sans savoir qu’ils y seraient égorgés. On voulait empêcher que le bruit de cette cruauté ne produisit des soulèvements.

(Le mardi, 27 février.)

Je vis aujourd’hui les soldats d’Hérode, qui avaient quitté Jérusalem la veille, arriver dans trois endroits. Ils allèrent à Hébron, à Bethléhem, et dans un troisième endroit qui se trouvait entre les deux autres, dans la direction de la mer Morte. J’en ai oublié le nom. Les habitants, qui ne savaient pas pourquoi ces soldats venaient chez eux, étaient quelque peu agités. Mais Hérode était rusé ; il ne laissait rien connaître de ses desseins et recherchait secrètement Jésus. Les soldats restèrent longtemps dans ces endroits pour ne pas laisser échapper l’enfant né à Bethléhem. Il fit égorger tous les enfants au-dessous de deux ans.

LXXVII – Détails personnels à la narratrice. Effets de sa prière à l’anniversaire du massacre des Innocents.

(Le mardi, 27 février).

Ce soir, après le coucher du soleil, la malade s’endormit, et dit au bout de quelques minutes, sans y être provoquée extérieurement :  » Dieu soit mille fois béni ! je suis venue bien à propos. Oh ! qu’il est heureux que j’aie été là ! le pauvre enfant est sauvé. J’ai tant prié, qu’il a bien fallu qu’elle le bénît et l’embrassât. Après cela, elle ne pouvait plus le jeter dans le marais « .

à cette explosion soudaine, l’écrivain lui demanda qui c’était, et elle répondit :  » C’est une fille séduite ; elle voulait noyer son enfant nouveau-né. Ce n’est pas très loin d’ici. J’ai tant prié Dieu de ne laisser mourir sans baptême aucun enfant innocent ! J’ai fait cette prière, parce que l’anniversaire du massacre des Innocents approche. J’ai supplié le bon Dieu par le sang de ses premiers martyrs. Oh ! il faut profiter des occasions et cueillir sur la terre les roses qui fleurissent dans le jardin de l’Église du ciel. Dieu m’a exaucée et j’ai pu secourir la mère et l’enfant « . Voilà ce qu’elle dit immédiatement après la vision, ou pour mieux dire après son action en esprit. Le lendemain matin, elle dit :

 » J’ai été promptement conduite par mon guide à M…. Je vis une fille devenue mère. Je crois que c’est en avant de M…. L’endroit me paraît être à gauche de T…., sur la route qui mène à K… Son enfant était venu au monde derrière un buisson, et elle s’approcha avec lui d’un marais profond sur lequel il y a beaucoup de verdure. Elle voulait jeter 19enfant dans l’eau ; elle le portait dans son tablier. Je vis prés d’elle une grande figure sombre dont sortait pourtant une sorte de lumière sinistre. Je pense que c’était le malin esprit. Je m’avançai près d’elle et priai de tout mon coeur. Je vis s’éloigner la figure sombre. Alors elle prit son enfant, le bénit et l’embrassa. Quand elle eut fait cela, elle n’eut plus le courage de le noyer. Elle s’assit et pleura amèrement. Elle ne savait plus que faire. Je la consolais et lui donnai la pensée d’aller trouver son confesseur et de lui demander son aide. Elle ne me vit pas, mais son ange gardien le lui dit. Je crois qu’elle n’a pas ses parents dans cet endroit. Elle parait être de la classe moyenne.

LXXVIII – Nazareth.-Vie domestique de le sainte Famille.

(Le mardi, 27 février.)

Je vis aujourd’hui sainte Anne avec sa servante aller de sa demeure à Nazareth. La servante avait un paquet pendu au côté ; elle portait une corbeille sur la tête et une autre à la main : c’étaient des corbeilles rondes, dont l’une était à jour. Il y avait dedans des oiseaux. Elles portaient des aliments à Marie, car celle-ci n’avait pas de ménage et recevait tout de chez sainte Anne.

(Le mercredi, 28 février.)

Je vis aujourd’hui, vers le soir, sainte Anne et sa fille aînée chez la sainte Vierge. Marie Héli avait avec elle un petit garçon fort robuste de quatre ou cinq ans : c’était son petit-fils, le fils aîné de sa fille, Marie de Cléophas. Joseph était allé à la maison de sainte Anne. Je me disais :  » Les femmes sont toujours les mêmes « , quand je les voyais assises ensemble, causant familièrement, jouant avec l’Enfant-Jésus, l’embrassant et le mettant dans les bras du petit garçon. Tout cela se passait comme de nos jours.

Marie Héli demeurait dans un petit endroit, à environ trois lieues de Nazareth, du côté du levant. Sa maison était presque aussi bien arrangée que celle de sainte Anne. Elle avait une cour entourée de murs. avec un puits à pompe. Quand on mettait le pied sur un certain endroit, l’eau jaillissait en haut et tombait dans un bassin de pierre. Son mari s’appelait Cléophas. Sa fille, Marie de Cléophas, mariée à Alphée, demeurait à l’autre bout du village.

Le soir, je vis les femmes prier. Elles se tenaient devant une petite table placée contre le mur, et sur laquelle était une couverture rouge et blanche. La lampe était allumée pendant la prière. Marie était devant Anne et sa soeur près d’elle. Elles croisaient les mains sur la poitrine, les joignaient et les étendaient. Marie lut dans un rouleau placé devant elle. Elles récitaient leurs prières sur un ton et un rythme qui me rappelèrent la psalmodie du choeur au couvent.

LXXIX – Un ange avertit Joseph de s’enfuir. Préparatifs et commencement du voyage.

(Nuit du jeudi 1er mars au vendredi 2 mars.)

ils sont partis ; je les ai vus se mettre en marche. Hier, Joseph était revenu de bonne heure de la maison de sainte Anne. Celle-ci et sa fille aînée étaient encore à Nazareth. A peine étaient-elles allées se reposer, que l’ange avertit Joseph. Marie et l’Enfant-Jésus avaient leur chambre à coucher à droite du foyer, sainte Anne à gauche, la fille aînée de celle-ci entre la chambre de sa mère et celle de saint Joseph. Ces différentes pièces étaient séparées par des cloisons en branches d’arbre tressées ; elles étaient aussi couvertes par en haut avec un clayonnage de même espèce ; la couche de Marie était en outre séparée du reste de la chambre par un rideau ou une portière. l’Enfant-Jésus couchait à ses pieds sur un tapis. Quand elle se levait, elle pouvait le prendre.

Je vis Joseph dormir dans sa chambre ; il était couché sur le côté, la tête appuyée sur son bras. Je vis un jeune homme resplendissant s’approcher de sa couche et lui parler. Joseph se releva, mais il était accablé de sommeil et il se recoucha. Le jeune homme le prit alors par la main, et Joseph se réveilla tout à fait et se leva. Le jeune homme disparut. Joseph alla allumer sa lampe à celle qui était devant le foyer, au milieu de la maison ; il frappa à la porte de la sainte Vierge, et demanda si elle pouvait le recevoir. Je le vis entrer et parler à Marie, qui n’ouvrit pas le rideau placé devant elle ; puis il alla dans l’écurie où était son âne, et entra dans une chambre où étaient divers effets. Il arrangea tout pour le départ.

Quand Joseph eut quitté la sainte Vierge, elle se leva et s’habilla pour le voyage ; elle alla ensuite trouver sa mère et lui fit connaître l’ordre donné par Dieu. Alors sainte Anne se leva aussi, ainsi que Marie Héli et son fils. Ils laissèrent l’Enfant-Jésus reposer encore. La volonté de Dieu était au-dessus de tout pour ces saintes personnes. Quelque affliction qu’elles eussent dans le coeur, elles disposèrent tout pour le voyage avant de se livrer à la tristesse des adieux. Marie ne prit pas à beaucoup près tout ce qu’elle avait apporté de Bethléhem. Elles firent un paquet de médiocre grosseur avec ce que Joseph avait préparé, et y joignirent quelques couvertures. Tout se fit avec calme et très promptement, comme lorsqu’on vient d’être réveillé pour partir secrètement.

Marie prit alors l’enfant, et sa hâte fut si grande que je ne la vis pas le changer de langes. Le moment des adieux était venu, et je ne puis dire à quel point était touchante l’affliction de sainte Anne et celle de sa fille aînée. Elles pressèrent en pleurant l’Enfant-Jésus sur leur sein ; le petit garçon l’embrassa aussi. Sainte Anne embrassa à plusieurs reprises la sainte Vierge, pleurant amèrement comme si elle ne devait plus la revoir. Marie Héli se Jeta par terre et versa des larmes abondantes.

Il n’était pas encore minuit lorsqu’ils quittèrent la maison. Anne et Marie Héli accompagnèrent la sainte Vierge pendant quelque temps ; Joseph venait derrière avec l’âne. On allait dans la direction de la maison de saints Anne, seulement on la laissait un peu à droite. Marie portait devant elle l’Enfant-Jésus, emmailloté à l’aide d’une bande d’étoffe qui était assujettie sur ses épaules. Elle avait un long manteau qui enveloppait l’enfant et elle, avec un grand voile carré, qui ne couvrait que le derrière de la tête et tombait des deux côtés du visage. Elles avaient fait un peu de chemin lorsque saint Joseph les rejoignit avec l’âne, sur lequel étaient attachées une outre pleine d’eau et une corbeille où se trouvaient plusieurs objets, des petits pains, des oiseaux vivants et une petite cruche. Le petit bagage des voyageurs et quelques couvertures étaient empaquetés autour du siège placé en travers, qui avait une planchette pour les pieds. Elles s’embrassèrent encore en pleurant, et sainte Anne bénit la sainte Vierge ; celle-ci monta sur l’âne que Joseph conduisait, et se mit en route.

En parlant de la douleur de sainte Anne et de Marie Héli, la soeur pleurait de tout son coeur, et disait qu’elle n’avait pu s’empêcher de verser des larmes pendant la nuit où elle avait vu cette scène.

LXXX – La sainte femme. quittent la maison de Joseph.-La sainte famille arrive à Nazara avant le sabbat.

(Le vendredi, 2 mars.)

Je vis de grand matin Marie Héli aller avec le petit garçon à la maison de sainte Anne, et envoyer son beau-père avec un serviteur à Nazareth, après quoi elle retourna chez elle. Je vis sainte Anne ranger tout dans la maison de Joseph et empaqueter beaucoup de choses. Le matin, il vint deux hommes de la maison de sainte Anne : l’un d’eux ne portait sur lui qu’une peau de mouton ; il avait des sandales grossières assujetties avec des courroies autour des jambes ; l’autre avait un vêtement plus long. Ils aidèrent à tout mettra en ordre dans la maison de Joseph, à empaqueter tout ce qui pouvait être retiré et à le porter dans la maison de sainte Anne.

Je vis la sainte Famille dans la nuit de son départ traverser plusieurs endroits et se reposer le matin sous un hangar. Vers le soir, comme ils ne pouvaient pas aller plus loin, je les vis entrer dans un petit endroit appelé Nazara, chez des gens qui vivaient séparés et qu’on traitait avec un certain mépris. Ce n’étaient pas proprement des Juifs ; il y avait quelque chose de paien dans leur religion ; ils allaient adorer au temple du mont Garizim, près de Samarie, ce qui les obligeait à faire quelques lieues par un chemin difficile et montueux. Ils étaient assujettis à de lourdes corvées et devaient travailler comme des esclaves au temple de Jérusalem, et faire d’autres travaux publics.

Ces gens accueillirent la sainte Famille très amicalement ; elle resta là tout le jour suivant. Lors du retour d’Égypte, la sainte Famille visita de nouveau ces braves gens ; et aussi, plus tard, lorsque Jésus alla au temple dans sa douzième année, et lorsqu’il revint à Nazareth ‘ ; toute cette famille se fit baptiser par saint Jean, et se réunit aux disciples de Jésus. Nazara n’est pas très loin d’une autre ville située sur une hauteur, dont je ne puis plus bien dire le nom ; car j’ai vu et entendu nommer bien des villes différentes dans les environs, notamment Legio et Massaloth, entre lesquelles, si je ne me trompe, se trouve Nazara. Je suis portée à croire que la ville dont la situation me frappa s’appelle Legio, mais elle a encore un autre nom.

Lors du premier récit de la fuite en Egypte, elle avait oublié de mentionner le séjour de la sainte Famille en cet endroit. Elle en parla une autre année à l’occasion du voyage de Marie enfant eu temple. Quinze ans après la mort de la soeur Emmerich, lorsque l’écrivain mit en ordre ce qui concernait la fuite en Égypte, il se demanda pourquoi la sainte Famille s’était arrêtée là un jour entier : il s’aperçut pour la première lois que le sabbat commençait le soir du 2 mars 1821, et que la sainte Fille dut célébrer là le sabbat en secret, ce dont la soeur ne dit rien alors. Cette coïncidence témoigne en faveur de la précision de ses visions, du moins lorsqu’elle le’ raconte nettement, ce qui certainement n’a pas toujours lieu.

A suivre …

Les notes précédées de la mention NDM sont des Notes de Miléna, les autres notes font partie de la version originale.

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