Visions de Anne Catherine Emmerich

La Vie de la Vierge Marie – Partie 4/12

Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

XXXI Entrée de Marie dans le temple et Présentation

Voici ce qu’elle raconta le 8 novembre 1821 :

Aujourd’hui, de bon matin, Joachim alla au temple avec Zacharie et les autres hommes. Plus tard, Marie y fut conduite aussi par sa mère avec un cortège solennel.

Anne et sa fille aînée Marie Héli, avec la petite Marie de Cléophas, marchaient en avant; puis venait la sainte enfant avec sa robe et son manteau bleu de ciel, les bras et le cou ornés de guirlandes. Elle portait à la main un cierge ou flambeau entouré de fleurs. Près d’elle, de chaque côté, marchaient trois petites filles avec des flambeaux pareils et des robes blanches brodées d’or. Comme, elle aussi, elles portaient de petits manteaux bleu clair, étaient entourées de guirlandes de fleurs et avaient de petites couronnes autour du cou et des bras. Ensuite venaient les autres vierges et petites filles, toutes habillées comme pour une fête, mais non pas uniformément : toutes portaient de petits manteaux. Les autres femmes fermaient la marche.

On ne pouvait pas aller droit au temple en partant de leur logis, mais il fallait faire un détour et passer par plusieurs rues. Tout le monde se réjouissait à l’approche de ce beau cortège, auquel on rendait des honneurs à la porte de plusieurs maisons. La petite Marie avait dans ses allures quelque chose de saint et de singulièrement touchant.

Lorsque le cortège arriva, je vis plusieurs serviteurs du temple occupés à ouvrir, avec de grands efforts, une porte très grande et très lourde, brillante comme de l’or, et sur laquelle étaient sculptés des têtes, des grappes de raisin et des bouquets d’épis. C’était la porte dorée. Le cortège passa par cette porte Il fallait monter cinquante marches pour y arriver; je ne sais plus s’il y avait entre elles des intervalles de plain-pied. On voulut conduire Marie par la main, mais elle s’y refusa. Elle monta les degrés rapidement et sans trébucher, pleine d’un joyeux enthousiasme. Tout le monde était vivement ému.

Sous la porte elle fut reçue par Zacharie, par Joachim et par quelques prêtres qui la conduisirent à droite sous la large arcade de la porte, dans des salles élevées où un repas était préparé pour quelqu’un. Le cortège se sépara ici. La plupart des femmes et des enfants se rendirent dans le temple à l’endroit où priaient les femmes; Joachim et Zacharie allèrent au lieu du sacrifice. Les prêtres firent encore quelques questions à Marie dans l’une des salles; et, quand ils se furent retirés, étonnés de la sagesse de l’enfant, Anne mit à sa fille le troisième vêtement de fête, qui était d’un bleu violet, ainsi que le manteau, le voile et la couronne que j’ai déjà décrits lors du récit de la cérémonie qui eut lieu dans la maison d’Anne’.

Note : Il est a remarquer que le tabernacle de Moise avait des couvertures de fête de trois espèces, dont celle de dessous, qui était la plus belle, était bleue et rouge. Il y avait encore par-dessus une quatrième couverture plus grossière. De même aussi la très sainte Vierge, dont le tabernacle de l’alliance était la figure, avait, outre ses habits de fête, un habillement de tous les jours. On peut consulter, quant à la triple, couverture du tabernacle et à la quatrième moins précieuse, le livre de l’Exode (XXVI, 1-14).

Pendant ce temps, Joachim était allé au sacrifice avec les prêtres. Il reçut du feu pris dans un lieu déterminé, et se tint entre deux prêtres dans le voisinage de l’autel. Je suis trop malade et trop distraite pour pouvoir mettre l’ordre nécessaire dans la description du sacrifice. Je ne me rappelle que ce qui suit.

On ne pouvait arriver à l’autel que de trois côtés. Les morceaux préparés pour le sacrifice n’étaient pas réunis en un seul endroit, mais rangés autour en différentes places. Aux quatre coins de l’autel étaient quatre colonnes de métal, creuses à l’intérieur, sur lesquelles reposaient comme des conduits de cheminée C’étaient de larges entonnoirs en cuivre qui se terminaient à l’extérieur par des tuyaux en forme de cornes, en sorte que la fumée s’en allait par là en passant par-dessus la tête des prêtres qui sacrifiaient.

Pendant que le sacrifice de Joachim se consumait sur l’autel, Anne alla avec Marie et les jeunes filles qui l’accompagnaient dans le vestibule des femmes, qui était la place où se tenaient les femmes dans le temple. Ce lieu était séparé de l’autel du sacrifice par un mur qui se terminait en haut par un grillage. Au milieu de ce mur de séparation, il y avait pourtant une porte. Le vestibule des femmes, à partir du mur de séparation, allait toujours en montant, en sorte que celles au moins qui étaient aux places les plus éloignées pouvaient voir, jusqu’à un certain point, l’autel du sacrifice. Quand la porte du mur de séparation était ouverte, une partie d’entre elles pouvait voir l’autel. Marie et les autres jeunes filles étaient debout devant Anne, et les autres femmes de la famille à peu de distance de la porte. A une place à part se tenait une troupe d’enfants du temple, vêtus de blanc, qui jouaient de la flûte et de la harpe.

Après le sacrifice, on dressa sous la porte du mur de séparation un autel portatif couvert ou une table de sacrifice, avec quelques marches pour y monter. Zacharie et Joachim vinrent avec un prêtre de la cour des sacrifices à cet autel, devant lequel se tenaient un prêtre et deux lévites, avec des rouleaux et tout ce qu’il fallait pour écrire. Un peu en arrière étaient les jeunes filles qui avaient accompagné Marie. Marie s’agenouilla sur les marches; Joachim et Anne étendirent leurs mains sur sa tête. Le prêtre lui coupa quelques cheveux qui furent brûlés sur un brasier. Les parents prononcèrent quelques paroles par lesquelles ils offraient leur enfant, et que les deux lévites écrivirent. Pendant ce temps, les jeunes filles chantaient le psaume quarante-quatre: Eructavit cor meum vertum bonum, et les prêtres le psaume quarante-neuf: Deus deorum Dominus locutus est, et les jeunes garçons jouaient de leurs instruments.

Cette table de sacrifice était placée sous la porte en question, parce que les femmes ne pouvaient pas aller plus loin. Joachim, lors de sa rencontre avec Anne, était descendu dans le passage souterrain au-dessous de l’arceau de cette porte; Anne, du côté opposé.

Je vis alors deux prêtres prendre Marie par la main et la conduire par plusieurs marches à une place élevée du mur qui séparait le vestibule du sanctuaire d’avec ce dernier lieu. Ils placèrent l’enfant dans une espèce de niche située au milieu de ce mur en sorte qu’elle pouvait voir dans le temple, où se tenaient rangés en ordre plusieurs hommes qui me parurent consacrés au temple. Deux prêtres étaient à ses côtés; il y en avait sur les marches quelques autres qui récitaient à haute voix des prières écrites sur des rouleaux. De l’autre côté du mur, un vieux prince des prêtres se tenait debout près d’un autel, à un endroit assez élevé pour qu’on pût le voir à moitié. Je le vis présenter de l’encens dont la fumée se répandit autour de Marie.

Pendant cette cérémonie, je vis autour de la sainte Vierge un tableau symbolique qui bientôt remplit le temple et l’obscurcit, pour ainsi dire. Je vis une gloire lumineuse sous le coeur de Marie, et je connus qu’elle renfermait la promesse, la très sainte bénédiction de Dieu. Je vis cette gloire se montrer comme entourée de l’arche de Noé, de façon que la tête de la sainte Vierge s’élevait au-dessus de l’arche. Je vis ensuite cette arche de Noé prendre la forme de l’Arche d’alliance, et celle-ci à son tour comme renfermée dans le temple. Puis je vis ces formes disparaître, et le calice de la sainte cène se montrer hors de la gloire devant la poitrine de Marie, et au-dessus de lui, devant la bouche de la Vierge, un pain marqué d’une croix.

A ses côtés brillaient des rayons à l’extrémité desquels se montraient, exprimés par des figures, plusieurs symboles mystiques de la sainte Vierge, comme, par exemple, tous les noms des litanies que l’Église lui adresse. De ses deux épaules partaient, en se croisant, deux branches d’olivier et de cyprès, ou de cèdre et de cyprès au-dessus d’un beau palmier, avec un petit bouquet de feuilles que je vis apparaître derrière elle. Dans les intervalles de ces branches, je vis tous les instruments de la Passion de Jésus-Christ. Le Saint Esprit sous une forme ailée qui semblait se rapprocher plus de 1a forme humaine que de celle de la colombe, planait sur le tableau, au-dessus duquel je vis le ciel ouvert, et le centre de la Jérusalem céleste, la cité de Dieu avec tous ses palais, ses jardins et les places des saints futurs : tout cela était plein d’anges, de même que la gloire qui maintenant entourait la sainte Vierge était remplie de têtes d’anges’.

L’Eglise, dans les heures canoniques, répète souvent la prière Omnium nostrum habitatio est in , sancta Dei Genitrix, ce qui s’accorde bien avec la représentation où Marie parait sous la figure de l’arche de Noé, dans laquelle habitait tout ce qui était sauvé du déluge.

Qui pourrait rendre ces choses par des expressions humaines. Tout cela se montrait sous des formes si diverses, si multipliées, naissant les unes des autres avec de si continuelles transformations, que j’en ai oublié la plus grande partie.

Tout ce qui se rapporte à la sainte Vierge dans l’ancienne et la nouvelle alliance, et jusque dans l’éternité, se trouvait représenté par là Je ne puis comparer cette apparition qu’avec celle que j’eus en plus petit il n’y a pas longtemps, et où je vis dans toute sa magnificence le saint Rosaire, que beaucoup de gens qui se croient habiles comprennent bien moins que les pauvres gens de la basse classe qui le récitent dans leur simplicité: car ceux-ci ajoutent à son éclat par leur obéissance, leur piété, et leur humble confiance dans l’Église qui recommande cette prière. Lorsque je vis tout cela, toutes les magnificences et les beautés du temple, ainsi que les murs élégamment ornés qui étaient derrière la sainte Vierge, me parurent ternes et noircis: le temple lui-même sembla bientôt disparaître; Marie et la gloire qui l’entourait remplissaient tout.

Pendant que toutes ces visions passaient sous mes yeux, je ne vis plus la sainte Vierge sous la forme d’une enfant; elle m’apparut grande et planant en l’air, et je voyais pourtant les prêtres, le sacrifice de l’encens et tout le reste à travers cette image: on eût dit que le prêtre était placé derrière elle, annonçait l’avenir et invitait le peuple à remercier Dieu et à le prier, parce que de cette enfant il devait sortir quelque chose de grand. Tous ceux qui étaient présents au temple, quoiqu’ils ne vissent pas ce que je voyais, étaient graves, recueillis et profondément émus Le tableau s’évanouit par degrés, ainsi que je l’avais vu apparaître. A la fin, je ne vis plus que la gloire sous le coeur de Marie, et la bénédiction de la promesse qui brillait au dedans ; puis cette vision aussi disparut, et je vis de nouveau la sainte enfant avec sa parure, seule entre deux prêtres.

Les prêtres prirent les couronnes qui étaient autour ce ses bras ainsi que le flambeau qu’elle avait à la main, et les donnèrent à ses compagnes. Ils lui mirent sur la tête une espèce de voile brun, et, lui ayant fait descendre les degrés, ils la conduisirent par une porte dans une salle voisine où six autres vierges du temple, mais plus âgées, vinrent à sa rencontre en jetant des fleurs devant elle. Elles étaient suivies de leurs maîtresses, Noémi, soeur de la mère de Lazare, la prophétesse Anne et une troisième. Les prêtres reçurent entre leurs mains la petite Marie, après quoi ils se retirèrent. Les père et mère de l’enfant, ainsi que leurs plus proches parents, se trouvaient là aussi ; on acheva les chants sacrés, et Marie prit congé de sa famille. Joachim surtout était profondément ému; il prit Marie dans ses bras, la serra contre son coeur, et lui dit avec larmes :  » Souviens-toi de mon âme devant Dieu « .

Marie se rendit alors avec les maîtresses et plusieurs jeunes filles dans le logement des femmes, attenant au côté septentrional du temple proprement dit. Elles habitaient des chambres qui avaient été pratiquées dans les gros murs du temple. Elles pouvaient, par des passages et des escaliers, monter à de petits oratoires placés près du sanctuaire et du Saint des saints.

Les parents de Marie revinrent à la salle voisine de la porte dorée où ils s’étaient arrêtés d’abord, et y prirent un repas avec les prêtres. Les femmes mangeaient dans une salle séparée. J’ai oublié, parmi beaucoup d’autres choses, pourquoi la fête avait été si brillante et si solennelle. Je sais pourtant que ce fut par suite d’une révélation de la volonté divine à cet égard. Les parents de Marie avaient de l’aisance. Ils ne vivaient pauvrement que par esprit de mortification et pour pouvoir faire plus d’aumônes. Ainsi Anne, pendant je ne sais combien de temps, ne mangea que des aliments froids. Mais ils tenaient leurs gens dans l’abondance et les dotaient.

J’ai vu beaucoup de personnes qui priaient dans le temple. Il y en avait aussi un grand nombre qui avaient suivi le cortège jusqu’à la porte du temple. Quelques-uns des assistants durent avoir un pressentiment des destinées de la sainte Vierge, car je me souviens de quelques paroles que sainte Anne, dans un moment d’enthousiasme joyeux, adressa à quelques femmes, et dont le sens était :  » Voici l’Arche d’alliance, le vase de la promesse, qui entre dans le temple.  » Les père et mère de Marie, ainsi que les autres parents, s’en retournèrent aujourd’hui jusqu’à Bethoron.

Je vis aussi une fête chez les vierges du temple. Marie dut demander aux maîtresses et à chaque jeune fille en particulier si elles voulaient la souffrir parmi elles. C’était l’usage d’agir ainsi. Il y eut ensuite un repas et une sorte de petite fête où quelques-unes des jeunes filles jouèrent de certains instruments de musique. Le soir, je vis Noémi, l’une des maîtresses, conduire la sainte Vierge dans la petite chambre qui lui était destinée et d’où l’on pouvait voir dans le temple. Il y avait une petite table et un escabeau; dans les angles étaient disposées des tablettes. En avant de cette petite chambre était une place pour la couche et une garde-robe, ainsi que la chambre de Noémi. Marie parla à celle-ci de son désir de se lever plusieurs fois la nuit, mais Noémi ne le lui permit pas pour le moment.

Les femmes du temple portaient de longs et amples vêtements blancs avec des ceintures, et des manches très larges qu’elles relevaient pour travailler. Elles étaient voilées.

Je ne me souviens pas d’avoir jamais vu qu’Hérode ait fait rebâtir à neuf le temple entier. Je vis seulement qu’on y fit sous son règne divers changements. Lorsque Marie vint au temple, onze ans avant la naissance de Jésus-Christ, on ne faisait pas de travaux dans le temple proprement dit, mais, comme toujours, on travaillait aux constructions extérieures: cela ne cessa jamais.

Le 21 novembre, la soeur dit ce qui suit:

J’ai vu aujourd’hui la chambre qu’habitait Marie au temple. Dans la partie septentrionale du temple, vis-à-vis du sanctuaire se trouvaient dans le haut plusieurs chambres qui communiquaient avec les habitations des femmes. La chambre de Marie était l’une des plus reculées vis-à-vis du Saint des saints. On passait du corridor en levant un rideau dans une pièce antérieure, qui était séparée de la chambre proprement dite par une cloison de forme convexe ou terminée en angle. Dans l’angle, à droite et à gauche, étaient des compartiments pour mettre des habits et des effets; vis-à-vis de la porte pratiquée dans cette cloison, des marches conduisant plus haut à une ouverture devant laquelle était une tapisserie, et d’où l’on pouvait voir dans le temple. à gauche, contre le mur de la chambre était un tapis roulé qui. Lorsqu’il était étendu, formait la couche où Marie reposait.

Dans une niche de la muraille était placée une lampe près de laquelle j’ai vu l’enfant debout sur un escabeau, lire des prières dans un rouleau de parchemin. C’était très touchant. Elle avait une petite robe rayée de blanc et de bleu et parsemée de fleurs jaunes. Il y avait dans la chambre une table basse, de forme ronde. Je vis entrer la prophétesse Anne. Elle plaça sur la table un plat où étaient des fruits de la grosseur d’une fève et une petite cruche. Marie avait une adresse au-dessus de son âge; je la vis déjà travailler à de petites pièces de toile blanche

Les contemplations qui précèdent étaient ordinairement communiquées par Anne Catherine Emmerich vers le temps de la fête de la Présentation de Marie. Voici ce qu’on a recueilli en outre, d’après des récits faits à diverses époques sur le séjour de Marie au temple.

XXXII De la vie de la sainte Vierge au temple.

Je vis la sainte Vierge au temple tantôt dans l’habitation des femmes avec les autres petites filles, tantôt dans sa petite chambre, grandissant dans l’étude, la prière et le travail. Elle filait, tissait, tricotait pour le service du temple. Elle lavait le linge et nettoyait les vases. Je la vis souvent en prière et en méditation. Comme tous les saints, elle ne mangeait que pour soutenir son existence, et jamais d’autres mets que ceux auxquels elle avait promis de se réduire.

Indépendamment des prières prescrites par la règle du temple, la vie de Marie était une aspiration incessante vers la rédemption, une prière intérieure continuelle. Elle faisait tout cela paisiblement et en secret. Quand tout le monde était endormi, elle se levait de sa couche et invoquait Dieu. Je la vis souvent fondant en larmes et entourée de lumière pendant la prière. Elle priait voilée. Elle se voilait aussi quand elle parlait aux prêtres ou qu’elle descendait dans une chambre attenante au temple pour recevoir sa tâche ou livrer ce qu’elle avait fait. Il, avait des pièces de ce genre de trois côtés du temple. Elles me faisaient toujours l’effet de sacristies. On y conservait toutes sortes d’effets que les femmes attachées au service du temple devaient entretenir ou réparer.

Je vis la sainte Vierge au temple, continuellement ravie en extase dans la prière. Il semblait que son âme ne fût pas sur la terre, et elle recevait souvent des consolations célestes. Elle soupirait ardemment après l’accomplissement de la promesse; et dans son humilité elle osait à peine former le désir d’être la dernière des servantes de la Mère du Rédempteur.

La maîtresse qui prenait soin de Marie s’appelait Noémi, elle était soeur de la mère de Lazare et âgée de cinquante ans. Elle appartenait à la société des Esséniens, ainsi que les autres femmes attachées au service du temple. Marie apprenait d’elle à travailler; elle allait avec elle lorsqu’elle nettoyait le linge et les vases tachés par le sang des sacrifices, ou qu’elle partageait et préparait certaines portions de la chair des victimes réservées pour les prêtres et les femmes du temple. Plus tard, Marie s’occupa encore plus activement de ces soins de ménage. Quand Zacharie était de service au temple, il la visitait : Siméon aussi la connaissait.

Les destinées auxquelles Marie était appelée ne pouvaient pas rester tout à fait inconnues des prêtres. Toute sa manière d’être, la grâce dont elle était pleine, sa sagesse extraordinaire, étaient si remarquables dès son enfance, que son extrême humilité ne pouvait cacher tout cela. Je vis de vieux prêtres, renommés par leur sainteté, écrire sur de grands rouleaux diverses choses qui la concernaient. et j’ai vu ces écrits, je ne sais plus à quelle époque, parmi d’autres anciens manuscrits.

Nous interrompons ici ces fragments relatifs au séjour de la sainte Vierge au temple, et nous passons a quelques récits touchant la jeunesse de saint Joseph.

XXXIII De la jeunesse de saint Joseph

(Raconté le 18 mars 1820 et le 18 mars 1821)

Joseph, dont le père s’appelait Jacob, était le troisième de six frères. Ses parents habitaient un grand bâtiment en avant de Bethléhem: ç’avait été autrefois la maison paternelle de David, dont le père, Isaï ou Jessé, en était possesseur. A l’époque de Joseph, il ne restait plus guère que les gros murs de l’ancienne construction. Je crois que je connais mieux ce bâtiment que notre petit village de Flamske.

Devant la maison, il y avait, comme devant les maisons de l’ancienne Rome, une cour antérieure entourée de galeries couvertes. Je vis dans ces galeries des figures semblables à des têtes de vieillards. D’un côté de la cour se trouvait une fontaine sous un petit édifice en pierre. L’eau sortait par des têtes d’animaux. La maison d’habitation n’avait pas de fenêtres au rez-de-chaussée, mais il y avait plus haut des ouvertures rondes. Je vis une porte d’entrée. Autour de la maison régnait une large galerie, aux quatre coins de laquelle se trouvaient de petites tours semblables à de grosses colonnes, qui se terminaient par des espèces de coupoles surmontées de petits drapeaux. Par les ouvertures de ces coupoles, où conduisaient des escaliers pratiqués dans les tourelles, on pouvait voir de loin sans être vu soi-même.

Il y avait de semblables tourelles sur le palais de David à Jérusalem, et ce fut de la coupole d’une de ces tourelles qu’il regarda Bethsabée pendant son bain. Dans le haut de la maison, cette galerie régnait autour d’un étage peu élevé, dont la toiture plate supportait une construction terminée par une autre tourelle. Joseph et ses frères habitaient dans le haut, ainsi qu’un vieux Juif qui leur servait de précepteur. Ils couchaient autour d’une chambre placée au centre de l’étage qui dominait la galerie. Leurs lits, consistant en couvertures qu’on roulait contre le mur pendant le jour, étaient séparés par des nattes qu’on pouvait enlever. Je les ai vus jouer dans leurs chambres. Je vis aussi les parents ils ne s ‘occupaient guère de leurs enfants et avaient peu de rapports avec eux. Ils ne me parurent ni bons ni mauvais.

Joseph, que, dans cette vision, je vis âgé d’environ huit ans, était d’un naturel fort différent de celui de ses frères. Il avait beaucoup d’intelligence et apprenait très bien; mais il était simple, paisible, pieux et sans ambition. Ses frères lui faisaient toutes sortes de malices et le rudoyaient de temps en temps. Ces enfants avaient de petits jardins divisés en compartiments.

Dans les jardins des enfants, je vis des herbes, des buissons et des arbustes. Je vis que les frères de Joseph allaient souvent en secret dans son jardin pour y faire des dégâts’ ils le faisaient beaucoup souffrir. Je le vis souvent, Sous les galeries de la cour, prier à genoux et les bras étendus; ses frères se glissaient alors près de lui et le frappaient dans le dos. Je vis une fois, pendant qu’il était ainsi à genoux, qu’un d’entre eux le frappa par derrière, et comme il ne paraissait pas s’en apercevoir, l’autre recommença si souvent que le pauvre Joseph tomba en avant sur les dalles. Je connus par là qu’il avait été ravi en extase pendant son oraison. Quand il revint à lui, il ne se mit pas en colère, il ne pensa pas à se venger, mais il chercha un coin reculé pour y continuer sa prière.

Les parents de Joseph n’étaient pas très satisfaits de lui; ils auraient voulu qu’il employât ses talents à se faire une position dans le monde; mais il n’avait aucune inclination de ce côte. Ils le trouvaient trop simple et trop uni, il n’aimait qu’à prier et à travailler tranquillement de ses mains. A une époque où il pouvait bien avoir douze ans, je le vis souvent, pour se dérober aux taquineries continuelles de ses frères, s’en aller de l’autre côté de Bethléhem, non loin de ce qui fut plus tard la grotte de la Crèche, et passer quelque temps près de pieuses femmes, qui appartenaient à une petite communauté d’Esséniens. Elles demeuraient contre une carrière pratiquée dans la colline sur laquelle se trouve Bethléhem, et habitaient là des chambres creusées dans le roc; elles cultivaient de petits jardins voisins de leur demeure, et instruisaient les enfants d’autres Esséniens.

Souvent, pendant qu’elles récitaient des prières écrites sur un rouleau, à la lueur d’une lampe suspendue à la paroi du rocher, je vis le petit Joseph chercher auprès d’elles un refuge contre les persécutions de ses frères et prier avec elles. Je le vis aussi s’arrêter dans les grottes. dont l’une fut plus tard le lieu de naissance de Notre Seigneur. Il priait seul ou s’exerçait à façonner de petites pièces de bois. Un vieux charpentier avait son atelier dans le voisinage des Esséniens. Joseph allait souvent chez lui et apprenait peu à peu son métier ; il y réussissait a autant mieux qu’il avait appris ; un peu de géométrie avec son précepteur.

L’inimitié de ses frères lui rendit à la fin impossible de rester plus longtemps dans la maison paternelle. Je vis un ami de Bethléhem, qui n’était séparé de l’habitation de son père que par un petit ruisseau, lui donner des habits avec lesquels il se déguisa, et quitta la maison pendant la nuit pour aller ailleurs gagner sa vie à l’aide de son métier de charpentier. Il pouvait avoir alors de dix-huit à vingt ans.

Je le vis d’abord travailler chez un charpentier, près de Libonah. Ce fut là, qu’à vrai dire, il apprit son métier. La demeure de son maître était contre de vieux murs qui conduisaient de à ville à un château en ruines le long d’une crête de montagne. Beaucoup de pauvres gens habitaient là dans la muraille. Je vis Joseph, entre de grands murs où le jour pénétrait par des ouvertures pratiquées en haut, façonner de longues barres de bois. C’étaient des cadres dans lesquels on faisait entrer des cloisons en clayonnage. Son maître était un pauvre homme qui ne faisait guère que des ouvrages grossiers et de peu de valeur.

Joseph était pieux, bon et simple; tout le monde l’aimait. Je le vis rendre, avec une parfaite humilité, toutes sortes de services à son maître, ramasser des copeaux’ rassembler des morceaux de bois et les rapporter sur ses épaules. Plus tard, il passa une fois par cet endroit avec la sainte Vierge, et, si je ne me trompe, il visita avec elle son ancien atelier.

Note : Il résulte de plusieurs communications de la soeur sur les années de la prédication de Jésus que la ville où travailla d’abord saint Joseph n’est pas Libnah, située dans la tribu de Juda, quelques lieues à l’ouest. de Bethléhem, mais Lebonah sur le versant méridional du mont Garizini. Elle est citée dans le livre des Juges, XXI, 19, et, d’après ce passage, il faut la chercher au nord de Silo.

Ses parents crurent d’abord qu’il avait été enlevé par des bandits. Je vis plus tard que ses frères découvrirent où il était et lui firent de vifs reproches; car ils avaient honte de la basse condition à laquelle il s’était réduit. Il y resta par humilité; seulement il quitta ce lieu et travailla dans la suite à Thanath (Thaanach), près de Megiddo, au bord d’une petite rivière (le Kison), qui se jette dans la mer. Cet endroit n’est pas loin d’Apheké, ville natale de l’apôtre saint Thomas. Il vécut là chez un maître assez riche; on y faisait des travaux plus soignés.

Je le vis plus tard, à Tibériade, travailler pour un autre maître. Il demeurait seul dans une maison au bord de l’eau. Il pouvait alors avoir trente-trois ans. Ses parents étaient morts depuis longtemps à Bethléhem, deux de ses frères habitaient encore à Bethléhem, les autres étaient dispersés. Leur maison paternelle avait passé en d’autres mains, et la famille était promptement tombée en déchéance.

Joseph était très pieux et priait ardemment pour la venue du Messie. Il était occupé à arranger auprès de sa demeure un oratoire où il pût prier dans une plus grande solitude, lorsqu’un ange lui apparut et lui dit de cesser ce travail; car, de même qu’autrefois Dieu avait confié au patriarche Joseph l’administration des blés de l’Egypte, de même le grenier qui renfermait la moisson du salut allait être confié à sa garde.

Joseph, dans son humilité, ne comprit pas ces paroles et continua à prier avec ferveur, jusqu’au moment où il fut appelé à se rendre au temple de Jérusalem pour y devenir, en vertu d’une prescription d’en haut, l’époux de la sainte Vierge. Je ne l’ai jamais vu marié antérieurement. Il vivait très retiré et évitait la société des femmes.

Note : Comme Thanach ou Thaanath (Jos. XVI, 6) est située selon Eusèbe à douze milles à l’est de Naplouse, vers le Jourdain, et comme le lieu cité ici doit, d’après la soeur, se trouver au couchant de Naplouse, elle a sans doute voulu dire Thaanach au lieu de Thanath. Peut-être aussi l’a-t-elle dit et a-t-elle été mal comprise de l’écrivain, qui n’avait alors ni connaissances géographiques sur la Palestine ni moyens de les acquérir. Cela a été d’autant plus facile que dans son état de maladie ou d’extase elle prononçait souvent les noms avec son accent patois de Munster d’une façon peu intelligible. Il est d’autant plus certain qu’ici elle voulait dire Thaanach qu’en 1823, rapportant les incidents de la troisième année de la prédication de Jésus, elle raconta que, le 25 et le 26 suivant, Jésus avait enseigne à Thannach, ville de lévites près de Megiddo, et visité là l’ancien atelier de son père nourricier, saint Joseph.

XXXIV Jean est promis à Zacharie.

Je vis Zacharie dire à Elisabeth qu’il voyait avec peine arriver le moment où il irait faire son service au temple de Jérusalem; il lui en coûtait toujours d’y aller, parce qu’on l’y méprisait, à cause de la stérilité de son mariage. Zacharie était de service au temple deux fois par an.

Ils n’habitaient pas à Hébron même, mais à une lieue de là, à Jutta Il y avait entre Jutta et Hébron beaucoup d’anciens murs. Peut-être qu’autrefois ces deux endroits étaient réunis. Des autres côtés d’Hébron, on trouvait aussi beaucoup d’édifices et de maisons disséminées, comme des restes de l’ancienne ville, qui était autrefois aussi grande que Jérusalem. Les prêtres qui habitaient Hébron étaient moins élevés en dignité que ceux qui habitaient Jutta. Zacharie était comme le chef de ceux-ci. Elisabeth et lui étaient très respectés à cause de leur vertu et de la pureté de leur lignage depuis Aaron, leur aïeul.

Je vis ensuite Zacharie visiter, avec plusieurs autres prêtres du pays, un petit bien qu’il possédait dans le voisinage de Jutta. C’était un jardin avec des arbres de toute espèce et une petite maison. Zacharie y pria avec ses compagnons, et fit une instruction à ceux-ci. C’était une sorte de préparation au service du temple, qui allait bientôt commencer pour eux. Je l’entendis aussi parler de sa tristesse et d’un pressentiment qu’il avait que quelque chose allait lui arriver.

Je le vis aussitôt après aller avec ces prêtres à Jérusalem, et y attendre quatre jours jusqu’à ce que vint son tour d’offrir le sacrifice. Pendant ce temps, il priait continuellement dans le temple. Quand vint son tour de présenter l’encens, je le vis entrer dans le sanctuaire où se trouvait l’autel des parfums, devant l’entrée du Saint des saints. Le toit était ouvert au-dessus de lui, en sorte qu’on pouvait voir le ciel. On ne pouvait pas apercevoir le prêtre du dehors. Quand il entra, un autre prêtre lui dit quelque chose et se retira ensuite’.

Note : Celui-ci lui dit vraisemblablement : « Allume l’encens. Voyez la Michnah, traduc. Tamid 6, 55, 3. ed. Surenh., p, 305.

Quand Zacharie fut seul, je le vis lever un rideau et entrer dans un lieu où il faisait sombre. Il prit là quelque chose qu’il plaça sur l’autel, et alluma de l’encens. Je vis alors à droite de l’autel une lumière descendre sur lui et une forme brillante s’approcher de lui. le je vis, effrayé et ravi en extase, tomber du côté droit de l’autel. L’ange le releva, lui parla longtemps, et Zacharie répondit. Je vis au-dessus de Zacharie le ciel ouvert, et deux anges monter et descendre comme sur une échelle. Sa ceinture était détachée et sa robe ouverte, et je vis qu’un des anges semblait retirer quelque chose de son corps, tandis que l’autre lui mettait dans le côté comme un objet lumineux. C’était quelque chose de semblable à ce qui se passa lorsque Joachim reçut la bénédiction de l’ange pour la conception de la sainte Vierge.

Les prêtres avaient coutume de sortir du sanctuaire aussitôt après avoir allumé l’encens. Comme Zacharie tardait beaucoup à revenir, le peuple qui priait au dehors était inquiet; mais il était devenu muet, et je le vis écrire sur une tablette avant de sortir.

Quand il vint du temple dans le vestibule, beaucoup de personnes se pressèrent autour de lui, lui demandant pourquoi il était resté si longtemps; mais il ne pouvait pas parler, et fit des signes avec la main, montrant sa bouche et la tablette, qu’il envoya aussitôt à Jutta, chez Elisabeth, pour lui annoncer que Dieu lui avait fait une promesse, et qu’il avait perdu la parole. Il partit lui-même au bout de quelque temps pour revenir chez lui ; mais Élisabeth, aussi, avait eu une révélation, dont je ne me souviens plus.

Nous venons de communiquer ce que la soeur Emmerich raconta succinctement étant fort malade; mais, pour que le lecteur se rende compte de l’entretien de l’ange avec Zacharie et des paroles d’Élisabeth, nous joignons ici le récit de l’Evangile selon saint Luc, I, 5-25.

Au temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un prêtre nommé Zacharie, de la famille sacerdotale d’Abia, l’une de celles qui servaient dans le temple chacune à son tour; sa femme était aussi de la race d’Aaron, et s’appelait Élisabeth. Ils étaient tous deux justes devant Dieu, et ils marchaient dans tous les commandements et les ordonnances du Seigneur d’une manière irrépréhensible. Ils n’avaient point d’enfants parce qu’Elisabeth était stérile, et qu’ils étaient tous deux avancés en âge.

Or, Zacharie faisant sa fonction de prêtre devant Dieu dans le rang de sa famille, il arriva par le sort, selon ce qui s’observait entre les prêtres, que ce fut à lui à entrer dans le temple du Seigneur pour y offrir les parfums. Et toute la multitude du peuple était dehors, faisant sa prière à l’heure qu’on offrait les parfums Et un ange du Seigneur apparut, se tenant debout à la droite de l’autel des parfums. Zacharie le voyant en fut tout troublé, et la frayeur le saisit. Mais l’ange lui dit: Ne crains point, Zacharie, parce que ta prière a été exaucée, et ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, auquel tu donneras le nom de Jean. Tu en seras dans la joie et dans le ravissement, et beaucoup de gens se réjouiront de sa naissance; car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira point de vin ni rien de ce qui peut enivrer, et il sera rempli du Saint Esprit dès le sein de sa mère. Il convertira plusieurs des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu, et il marchera devant lui dans l’esprit et dans la vertu d’Élie pour réunir les coeurs des pères avec leurs enfants, et rappeler les incrédules à la prudence des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple partait.

Et Zacharie dit à l’ange: Comment connaîtrai-je la vérité de vos paroles car je suis déjà vieux, et ma femme est avancée en âge. L’ange lui répondit: Je suis Gabriel, qui suis toujours présent devant Dieu; j’ai été envoyé pour te parler et te porter cette bonne nouvelle. Et, dès à présent, tu seras muet et tu ne pourras pas parler jusqu’au jour où cela arrivera, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront dans leur temps. Cependant le peuple attendait Zacharie et s’étonnait qu’il demeurât si longtemps dans le temple. Mais, étant sorti, il ne pouvait pas leur parler: et comme il leur faisait des signes, ils connurent qu’il avait eu une vision dans le temple; et il demeura muet Et quand les jours de son ministère furent accomplis, il s’en retourna dans sa maison. Quelque temps après, Élisabeth sa femme conçut, et elle se tenait cachée durant cinq mois, disant : C’est là la grâce que le Seigneur m’a faite en ce temps où il m’a regardée pour me retirer de l’opprobre où j’étais devant les hommes.

XXXV Fiançailles de la Sainte Vierge.

La sainte Vierge vivait dans le temple avec plusieurs autres vierges sous la surveillance de pieuses matrones. Ces vierges s’occupaient de broderies et d’ouvrages du même genre pour les tentures du temple et les vêtements sacerdotaux; elles étaient aussi chargées de nettoyer ces vêtements et d’autres objets servant au culte divin. Elles avaient de petites cellules d’où elles avaient vue sur l’intérieur du temple et où elles priaient et méditaient Quand elles étaient arrivées à l’âge nubile, on les mariait. Leurs parents les avaient entièrement données à Dieu en les conduisant au temple, et il y avait chez les plus pieux d’entre les Israélites un pressentiment secret qu’un de ces mariages produirait un jour l’avènement du Messie.

La sainte Vierge ayant quatorze ans et devant bientôt sortir du temple pour se marier, avec sept autres jeunes filles, je vis sainte Anne venir la visiter. Joachim ne vivait plus. Quand on annonça à Marie qu’elle devait quitter le temple et se marier, je la vis, profondément émue, déclarer au prêtre qu’elle ne désirait pas quitter le temple, qu’elle s’était consacrée à Dieu seul et n’avait pas de goût pour le mariage; mais on lui répondit qu’elle devait prendre un époux.

Note : Quoique en général la littérature juive postérieure ne parle pas de femmes ou de jeunes filles employées au service du temple, nous trouvons pourtant, soit dans l’autorité de l’Eglise qui célèbre la fête de la Présentation de Marie (le 21 novembre), soit dans la Bible et dans d’anciens documents, des motifs suffisants pour nous donner l’assurance qu’il y en avait réellement.

Déjà du temps de Moise (Exod. XXXVIII, 8) et à la dernière époque des Juges (I. Reg’ , 22) nous trouvons des femmes ou des jeunes filles employées au service du culte divin. Le psaume LXVIII en décrivant l’entrée de l’Arche dans Sion nous montre dans le cortège des jeunes filles frappant sur des timbales. Il y avait des vierges vouées au temple et élevées dans son enceinte, à ce que dit déjà un disciple des apôtres, Evodius, successeur de saint Pierre à Antioche, dans une lettre citée, il est vrai, pour la première fois, par Nicéphore, lli. Il, c. Ill, et où il est parlé de la sainte Vierge. Saint Grégoire de Nysse, saint Jean Damascène et d’autres écrivains en parlent aussi.

Le rabbin Azarias, dans son ouvrage intitulé Imreh Binah, C LX, mentionne des femmes employées au service du temple qui restaient vierges et vivaient en communauté. On peut donc citer une autorité juive pour l’existence de ces vierges du temple.

Dans l’ancienne alliance l’état de virginité n’était pas considéré comme méritoire, au moins en général. Parmi les nombreuses espèces de voeux qu’énumère la Michnah comme étant usités chez les Juifs, on ne trouve pas trace du voeu de chasteté. Tant qu’on était encore dans l’attente de la venue du Rédempteur, le mariage avec une nombreuse postérité passait pour l’état le plus heureux et le plus agréable à Dieu sur la terre. « Ceux que Dieu aime, dit le psaume CXXVI, reçoivent du Seigneur des enfants en héritage : le fruit des entrailles est leur récompense. « Et longtemps avant Dieu avait déjà fait cette promesse :

« Tu seras béni entre tous les peuples : il n’y aura point de stérilité chez toi dans l’un l’autre sexe. « (Deut. VII, 14.) Cela explique pourquoi les prêtres n’accédèrent pas au désir de Marie, quoiqu’il y eut des exemples de personnes vivant dans l’état de virginité, spécialement chez les Esséniens.

Je la vis ensuite dans son oratoire prier Dieu avec ferveur. Je me souviens aussi qu’étant très altérée, elle descendit avec sa petite cruche pour puiser de l’eau à une fontaine ou à un réservoir, et que là, sans apparition visible, elle entendit une voix qui la consola et la fortifia, tout en lui faisant connaître qu’elle devait consentir à se marier. Ce ne fut pas là l’Annonciation, car je la vis plus tard à Nazareth. Je crus pourtant pendant un certain temps avoir vu cette fois aussi apparaître un ange; car, dans ma jeunesse, je confondais souvent cet incident avec l’Annonciation, et je croyais que celle-ci avait eu lieu dans le temple.

Note : Il est remarquable que dans le Protevangelium Jacobi, déclaré apocryphe par l’Eglise, on lit entre autres choses que Marie alla à Nazareth en compagnie d’autres vierges. On leur avait donné au temple des fils d’espèce différente qu’elles devaient filer: la pourpre et l’écarlate étaient échus par le sort à Marie, « et, dit l’Évangile apocryphe, quand elle prit sa cruche et sortit pour aller puiser de l’eau, voilà qu’une voix lui dit : « Je vous salue, Marie, etc. « Marie regarda à droite et à gauche pour savoir d’où venait cette voix ; elle rentra effrayée dans la maison, posa la cru’ ne, prit la pourpre et s’assit pour travailler. Et l’ange du Seigneur se tint debout en sa présence et lui dit : « Ne craignez rien, Marie, etc. « Ici aussi il est question d’une voix qu’elle entend en allant puiser de l’eau, mais tout cela se passe à Nazareth et se lie à l’Annonciation. Cet événement est raconté de la même manière dans un manuscrit latin de la Bibliothèque de Paris, publié par Thilo, et contenant un récit apocryphe intitulé : Histoire de Joachim et d’Anne, de la naissance de la bienheureuse Mère de Dieu, Marie, toujours vierge, et de l’enfance du Rédempteur. Seulement il y a ici un intervalle de trois jours entre la vois entendue à la fontaine et l’apparition de l’ange dans la Salutation angélique.

Je vis aussi un prêtre très vieux, qui ne pouvait plus marcher ; ce devait être le grand prêtre. Il fut porté par d’autres prêtres dans le Saint des saints, et pendant qu’il allumait un sacrifice d’encens, il lisait des prières sur un rouleau de parchemin placé sur une espèce de pupitre. Je le vis ravi en esprit.

Il eut une apparition, et son doigt fut placé sur le passage suivant du prophète Isaie, qui se trouvait écrit sur le rouleau :  » une branche sortira de la racine de Jessé, et une fleur naîtra de sa racine « . (Isaïe, IX, l.) Quand le vieux prêtre revint à lui, il lut ce passage et connut quelque chose par là.

Je vis ensuite qu’on envoyait des messagers de tous les cotés dans le pays, et qu’on convoquait au temple tous les hommes de la race de David qui n’étaient pas mariés. Lorsque plusieurs d’entre eux se furent rassemblés dans le temple, en habits de fête, on leur présenta la sainte Vierge; et je vis parmi eux un jeune homme très pieux de la contrée de Bethléhem. Ce jeune homme avait demandé à Dieu avec une grande ferveur l’accomplissement de la promesse, et je vis dans son coeur un grand désir de devenir l’époux de Marie. Quant à celle-ci, elle revint dans sa cellule et versa de saintes larmes, ne pouvant pas s’imaginer qu’elle ne dût pas rester vierge.

Je vis alors le grand prêtre, obéissant à une impulsion intérieure qu’il avait reçue, présenter des branches à chacun des assistants, et leur enjoindre de marquer chacun une branche de leur nom et de la tenir à la main pendant la prière et le sacrifice. Quand ils eurent fait ce qui leur avait été dit, on leur reprit les branches, qui furent mises sur un autel devant le Saint des saints, et il leur fut annoncé que celui d’entre eux dont la branche fleurirait était désigné par le Seigneur pour devenir l’époux de Marie de Nazareth.

Pendant que les branches étaient devant le Saint des saints, on continua le sacrifice et la prière. Je vis durant ce temps le jeune homme, dont le nom me reviendra peut-être’, crier vers Dieu, les bras étendus, dans une salle du temple, et verser des larmes brûlantes lorsque, après le temps fixé, on leur rendit les branches en leur annonçant qu’aucun d’entre eux n’était désigné par Dieu comme devant être le fiancé de cette vierge. Ces hommes furent alors renvoyés chez eux, et ce jeune homme se retira sur le mont Carmel, auprès des anachorètes qui vivaient là depuis le temps d’Elie ; il y vécut aussi depuis lors, priant continuellement pour l’accomplissement de la promesse.

Note : La tradition le nomme Agabus, et dans le tableau de Raphaël, appelé vulgairement Sposatisio, il est représenté sous la figure d’un jeune homme qui brise un bâton sur son genou.

Je vis ensuite les prêtres du temple chercher de nouveau dans les registres des familles s’il n’existait pas quelque descendant de David qu’on eût oublié’. Comme ils y trouvèrent l’indication de six frères de Bethléhem, dont l’un était inconnu et absent depuis longtemps, ils s’enquirent du séjour de Joseph et le découvrirent à peu de distance de Samarie, dans un lieu situé près d’une petite rivière, où il habitait au bord de l’eau. travaillant pour un maître charpentier.

Sur l’ordre du grand prêtre, Joseph vint à Jérusalem et se présenta au temple. On lui fit, à lui aussi, tenir une branche à la main pendant qu’on priait et qu’on offrait un sacrifice; comme il se disposait à la poser sur l’autel devant le Saint des saints, il en sortit une fleur blanche semblable à un lys, et je vis une apparition lumineuse descendre sur lui: c’était comme s’il eût reçu le Saint Esprit. On connut donc que Joseph était l’homme désigné par Dieu pour être le fiancé de la sainte Vierge, et les prêtres le présentèrent à Marie en présence de sa mère. varie, résignée à la volonté de Dieu, l’accepta humblement pour son fiancé, car elle savait que tout est possible Dieu, qui avait reçu son voeu de n’appartenir qu’à lui.

Note : Selon l’opinion commune, la conservation des registres généalogiques était l’affaire privée des familles, Le sacerdoce israélite dut néanmoins se mêler du maintien et de la continuation de ces documents: on peut l’induire de cette circonstance qu’on avait à faire des règlements et des arrangements très importants pour la société juive, suivant la manière dont les tribus et les familles étaient réparties. Nous savons, par les anciens documents, qu’au moins depuis la captivité de Babylone on tenait au temple des registres généalogiques exacts. Voyez Lightfoot., Horae hebr., t. I, p. 178, ed. Carpzovi., et Otho. Le rabinico-philos., 1625, p. 250.

XXXVI Du mariage et de l’habit nuptial de Marie et de Joseph.

Note : La soeur Emmerich, dans ses visions quotidiennes sur la prédication de Notre Seigneur, vit, le lundi 26 septembre 1821, Jésus enseigner dans la synagogue de Gophna et y séjourner dans la famille d’un chef de la synagogue, parent de Joachim. Elle entendit à cette occasion deux veuves, filles de cet homme, s’entretenir ensemble du mariage des parents de Jésus, auquel elles avaient assisté dans leur jeunesse avec d’autres parents, et elle communiqua ce qui suit :

Comme les deux veuves rappelaient dans leur conversation le mariage de Marie et de Joseph, je vis un tableau de ce mariage et je fus frappée de la beauté de l’habit de noce de la sainte Vierge.

Les noces de Marie et de Joseph, qui durèrent sept à huit jours, furent célébrées à Jérusalem dans une maison près de la montagne de Sion, qu’on louait souvent pour de semblables occasions. Outre les maîtresses et les compagnes de Marie à l’école du temple, il y avait beaucoup de parents d’Anne et de Joachim, entre autres une famille de Gophna avec deux filles. Les noces furent solennelles et somptueuses. Beaucoup d’agneaux furent immolés et offerts en sacrifice.

J’ai très bien vu Marie dans son vêtement de fiancée. Elle avait une robe très ample, ouverte par devant, avec de larges manches. Cette robe était fond bleu, semée de grandes roses rouges, blanches et jaunes, entremêlées de feuilles vertes, comme les riches chasubles des anciens temps. Le bord inférieur était garni de franges et de houppes. Par-dessus sa robe, elle portait un manteau bleu de ciel qui avait la forme d’un grand drap. Outre ce manteau. les femmes juives portaient encore dans certaines occasions une espèce de manteau de deuil à manches. Le manteau de Marie retombait sur les épaules, revenait en avant des deux côtés et se terminait en queue.

Elle portait à la main gauche une petite couronne de roses de soie rouge et blanche; elle tenait à la main droite, en guise de sceptre un beau chandelier doré, sans pied, surmonté d’un petit plateau, où brûlait quelque chose qui produisait une flamme blanchâtre.

Les vierges du temple arrangèrent la chevelure de Marie: plusieurs d’entre elles s’y employèrent, et cela se fit plus vite qu’on ne pourrait le croire. Anne avait apporté l’habit de noce, et Marie, dans son humilité, ne voulait pas consentir à s’en revêtir après les fiançailles; ses cheveux furent rattachés autour de sa tête, on lui mit un voile blanc qui pendait jusqu’au dessous des épaules, et une couronne fut placée sur ce voile.

La sainte Vierge avait une chevelure abondante d’un blond doré, des sourcils noirs et élevés, de grands yeux habituellement baissés avec de longs cils noirs, un nez d’une belle forme un peu allongé, une bouche noble et gracieuse’ un menton effilé; sa taille était de moyenne grandeur: elle marchait revêtue de son riche costume avec beaucoup de grâce, de décence et de gravité. Elle mit ensuite pour ses noces un autre habit moins magnifique, dont je possède un petit morceau parmi mes reliques Elle portait cet habit rayé à Cana et dans d’autres occasions solennelles. Elle mettait quelquefois sa robe de noce pour aller au temple.

Il y avait des gens riches qui changeaient trois ou quatre fois d’habits pour leur mariage. Dans ces habits de parade, Marie rappelait un peu certaines femmes illustres d’une époque postérieure, par exemple l’impératrice sainte Hélène, et même sainte Cunégonde, quoiqu’elle s’en distinguât par le manteau dans lequel s’enveloppaient ordinairement les femmes juives, et qui ressemblait davantage à celui des dames romaines il y avait à Sion, dans le voisinage du cénacle, un certain nombre de femmes qui apprêtaient de belles étoffes de toute espèce, ce que je remarquai à l’occasion de ces habits

Joseph avait une longue robe fort ample de couleur bleue; les manches, qui étaient fort larges, étaient attachées sur le coté par des cordons. Autour du cou, il avait comme un collet brun, ou plutôt une large étole, et sur sa poitrine pendaient deux bandes blanches. J’ai vu toutes les circonstances des fiançailles de Joseph et de Marie, le repas de noces et les autres solennités: mais je vis en même temps tant d’autres choses, et je suis si malade et si dérangée de mille façons, que je ne me hasarde pas à en dire davantage, de peur de mettre trop de confusion dans le récit.

XXXVII De l’anneau nuptial de Marie.

Le 29 juillet 182l, la soeur Emmerich eut une vision relative aux draps mortuaires de Notre Seigneur Jésus-Christ et aux empreintes de son corps qui se manifestèrent miraculeusement sur les linges dont on l’avait enveloppé. Comme à cette occasion elle se trouva conduite en divers lieux où ces saintes reliques se trouvaient, les unes conservées religieusement, les autres oubliées des hommes et honorées seulement par les anges et par quelques âmes saintes, elle crut voir conservé dans un de ces endroits l’anneau nuptial de la sainte Vierge, et elle raconta ce qui suit:

J’ai vu l’anneau nuptial de la sainte Vierg ; il n’est ni d’argent, ni d’or, ni d’autre métal; il est de couleur sombre avec des reflets changeants: ce n’est pas un petit cercle mince, il est assez épais et large d’un doigt. Je le vis tout uni, et cependant comme incrusté de petits triangles réguliers on se trouvaient des lettres Je le vis conservé sous plusieurs serrures dans une belle église. Il y a des gens pieux qui, avant de célébrer leurs noces, lui font toucher leurs anneaux de mariage.

Le 21 août 1821, elle dit:

J’ai su dans ces derniers jours beaucoup de détails relatifs à l’histoire de l’anneau nuptial de Marie; mais je ne puis plus raconter tout cela avec ordre. J’ai vu aujourd’hui une fête dans une église d’Italie où il se trouve. Il était exposé dans une espèce d’ostensoir qui était placé au-dessus du tabernacle. Il y avait là un grand autel richement paré, avec beaucoup d’ornements en argent. J’ai vu qu’on faisait toucher beaucoup d’anneaux à l’ostensoir.

J’ai vu pendant la fête paraître, des deux côtés de l’anneau, Marie et Joseph dans leurs habits de noce; il me sembla que saint Joseph mettait l’anneau au doigt de la sainte Vierge. J’ai vu l’anneau tout lumineux et comme en mouvement’.

Je vis à droite et à gauche de cet autel deux autres autels, qui, probablement, ne se trouvaient pas dans la même église, mais qui me furent montrés en même temps dans cette vision. Sur l’autel de droite se trouvait une image de l’Ecce homo, qu’un pieux magistrat romain, ami de saint Pierre, avait reçue par une voie miraculeuse. Sur l’autel de gauche était un des draps mortuaires de Notre Seigneur.

Quand les noces furent finies, Anne revint à Nazareth, et Marie partit aussi en compagnie de plusieurs vierges qui avaient quitté le temple en même temps qu’elle. Je ne sais pas jusqu’où ces jeunes filles lui firent la conduite. Le premier endroit où l’on s’arrêta pour passer la nuit fut encore l’école de lévites de Bethoron. Marie fit le voyage à pied. Joseph, après les noces, était allé à Bethléhem pour régler quelques affaires de famille. Ce ne fut que plus tard qu’il se rendit à Nazareth.

Note : Quand l’écrivain recueillit ceci, le 4 août 1821, il ne pouvait deviner pourquoi la soeur avait eu cette vision précisément le 3 août. Il fut fort surpris plusieurs années après lorsqu’il lut dans un écrit latin sur l’anneau de la sainte Vierge conservé à Pérouse, qu’on montrait cet anneau au peuple le 3 août, ce dont vraisemblablement ni lui ni la soeur ne savaient rien. Il trouva cette indication à la page 59 de l’écrit intitulé De annulo pronubo Deiparoe Virginis Perusioe religiosissime asservtur, J. B. Lauri Perusini Commentarius. 1626. Colonie Agrippinae,, apud J. Kinckium.

XXXVIII Depuis le retour de Marie jusqu’à l’Annonciation.

Avant de raconter sa vision de l’Annonciation, la soeur communiqua deux fragments de visions antérieures dont nous ne pouvons donner qu’une explication conjecturale. Etant encore très faible par suite d’une grave maladie, elle raconta ce qui suit, quelque temps après le mariage de la sainte Vierge et de saint Joseph :

J’ai vu une fête dans la maison de sainte Anne. Je vis six hôtes, sans compter les habitués de la maison, et quelques enfants rassemblés avec Joseph et Marie autour d’une table sur laquelle étaient des verres.

La sainte Vierge avait un manteau bariolé, avec des fleurs rouges, bleues et blanches, comme on en voit sur d’anciennes chasubles. Elle portait un voile transparent et par-dessus un autre voile noir. Cette fête paraissait se rattacher aux fêtes du mariage.

Elle ne raconta rien de plus à ce sujet, et l’on peut conjecturer que ce repas eut lieu lorsque la sainte Vierge quitta sa mère après l’arrivée de saint Joseph, et se retira avec lui dans la maison de Nazareth. Le jour suivant, elle raconta ce qui suit :

Cette nuit, dans ma contemplation, je cherchais la sainte Vierge, et mon conducteur me mena dans la maison de sainte Anne, dont je reconnus toutes les divisions. Je n’y trouvai plus Joseph ni Marie. Je vis que sainte Anne se disposait à aller à Nazareth, où la sainte Famille habitait maintenant. Elle avait sous le bras un paquet qu’elle portait à Marie. Elle alla à Nazareth en traversant une plaine et un petit bois qui se trouve devant une hauteur. J’y allai aussi. La maison de saint Joseph n’était pas loin de la porte de la ville; elle n’était pas aussi grande que la maison de sainte Anne. Un puits quadrangulaire, auquel on descendait par quelques marches, était dans le voisinage, et il y avait devant la maison une petite cour carrée. Je vis Anne visiter la sainte Vierge, à laquelle elle remit ce qu’elle avait apporté avec elle. Je vis Marie pleurer beaucoup et accompagner quelque temps sa mère qui revenait chez elle. J’aperçus saint Joseph sur le devant de la maison dans un endroit retiré.

Nous pouvons conjecturer, d’après ces fragments, que sainte Anne visitait pour la première fois sa fille à Nazareth, et lui apportait un présent. Marie, qui maintenant vivait seule et séparée de sa mère bien-aimée, versa des larmes d’attendrissement lorsqu’elle partit.

XXXIX Annonciation de Marie.

Le 25 mars 1821, la soeur Emmerich dit :

Je vis la sainte Vierge peu après son mariage dans la maison de Joseph à Nazareth, où me conduisit mon guide. Joseph était parti avec deux ânes, je pense que c’était pour rapporter quelque chose dont il avait hérité, ou pour prendre les instruments de son métier. Il me sembla encore en route.

Outre la sainte Vierge et deux jeunes femmes de son âge qui avaient été, je crois, ses compagnes au temple, je vis dans la maison sainte Anne avec cette veuve sa parente, qui était à son service, et qui, plus tard, l’accompagna à Bethléhem après la naissance de Jésus. Sainte Anne avait tout remis à neuf dans la maison.

Je vis les quatre femmes aller et venir dans l’intérieur, puis se promener ensemble dans la cour. Vers le soir, je les vis rentrer et prier debout autour d’une petite table ronde, après quoi elles mangèrent des herbes qui avaient été apportées là. Elles se séparèrent ensuite. Sainte Anne alla encore ça et là dans la maison comme une mère de famille occupée de son ménage. Les deux jeunes personnes allèrent dans leurs chambres séparées, et Marie aussi se retira dans la sienne.

La chambre de la sainte Vierge était sur le derrière de la maison, près du foyer. On y montait par trois marches, car le sol de cette partie de la maison était plus élevé que le reste et sur un fond de rocher. Vis-à-vis de la porte, la chambre était ronde, et dans cette partie circulaire qui était séparée par une cloison à hauteur d’homme, se trouvait roulé le lit de la sainte Vierge. Les parois de la chambre étaient revêtues jusqu’à une certaine hauteur d’une espèce de travail de marqueterie fait avec des morceaux de bois de différentes couleurs. Le plafond était formé par quelques solives parallèles, dont les intervalles étaient remplis par un clayonnage orné de figures d’étoiles.

Je fus conduite dans cette chambre par le jeune homme lumineux qui m’accompagne toujours, et je vis ce que je vais raconter aussi bien que peut le faire une misérable personne comme moi.

La sainte Vierge, en entrant, se revêtit, derrière la cloison de son lit, d’une longue robe de laine blanche avec une large ceinture, et se couvrit la tête d’un voile d’un blanc jaunâtre. Pendant ce temps, la servante entra avec une lumière, alluma une lampe à plusieurs bras, qui était suspendue au plafond, et se retira. La sainte Vierge prit alors une petite table basse qui était contre le mur, et la mit au milieu de la chambre. Elle était recouverte d’un tapis rouge et bleu au milieu duquel était brodée une figure; je ne sais plus si c’était une lettre ou un ornement. Un rouleau de parchemin écrit était sur cette table.

La sainte Vierge, l’ayant dressée entre la place de son lit et la porte, à un endroit où le sol était recouvert d’un tapis, plaça devant un petit coussin rond pour s’y agenouiller; elle se mit alors à genoux, les deux mains appuyées sur la table. La porte de la chambre était devant elle à droite; elle tournait le dos à sa couche.

Marie baissa son voile sur son visage et joignit les mains devant sa poitrine, mais sans croiser les doigts. Je la vis prier longtemps ainsi avec ardeur, je visage tourné vers le ciel; elle invoquait la rédemption, la venue du roi promis au peuple d’Israel, et elle demandait aussi à avoir quelque part à sa mission. Elle resta longtemps à genoux, ravie en extase; puis elle pencha la tête sur sa poitrine.

Alors, du plafond de la chambre, descendit à sa droite, en ligne un peu oblique, une telle masse de lumière que je fus obligée de me retourner vers la cour où était la porte; je vis dans cette lumière un jeune homme resplendissant avec des cheveux blonds flottants, descendre devant elle à travers les airs: c’était l’ange Gabriel. Il lui parla, et je vis les paroles sortir de sa bouche comme des lettres de feu; je les lus et je les entendis. Marie tourna un peu sa tête voilée vers le côté droit. Cependant, dans sa modestie, elle ne regarda pas. L’ange continua à parler. Marie tourna je visage de son côté, comme obéissant à un ordre, souleva un peu son voile, et répondit. L’ange parla encore; Marie releva tout à fait son voile, regarda l’ange, et prononça les paroles sacrées:  » Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole « .

La sainte Vierge était dans un ravissement profond; la chambre était pleine de lumière, je ne vis plus la lueur de la lampe qui brûlait; je ne vis plus le plafond de la chambre. Le ciel parut ouvert; mes regards suivirent au-dessus de l’ange une voie lumineuse; je vis à l’extrémité de ce fleuve de lumière une figure de la sainte Trinité: c’était comme un triangle lumineux dont les rayons se pénétraient réciproquement. J’y reconnus ce que l’on ne peut qu’adorer, mais jamais exprimer, Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint Esprit, et cependant un seul Dieu tout-puissant.

Quand la sainte Vierge eut dit:  » Qu’il me soit fait selon votre parole « , je vis une apparition ailée du Saint Esprit, qui cependant ne ressemblait pas entièrement à la représentation ordinaire sous forme de colombe. La tête avait quelque chose du visage humain; la lumière se répandait des deux côtés comme des ailes; j’en vis partir comme trois courants lumineux vers le côté droit de la Sainte Vierge, où ils se réunirent.

Quand cette lumière pénétra son côté droit, la sainte Vierge devint elle-même lumineuse et comme diaphane: il semblait que ce qu’elle avait d’opaque en elle se retirât devant cette lumière comme la nuit devant le jour. Elle était dans ce moment tellement inondée de lumière que rien en elle ne paraissait plus obscur ni opaque: elle était resplendissante et comme illuminée tout entière.

Je vis après cela l’ange disparaître; la voie lumineuse dont il était sorti se retira: c’était comme si le ciel aspirait et faisait rentrer en lui ce fleuve de lumière.

Pendant que je voyais toutes ces choses dans la chambre de Marie, j’eus une impression personnelle d’une nature singulière J’étais dans une angoisse continuelle, comme si l’on m’eût dressé des embûches, et je vis un horrible serpent ramper à travers la maison et les degrés jusqu’à la porte près de laquelle j’étais quand la lumière pénétra la sainte Vierge; le monstre était arrivé à la troisième marche.

Ce serpent était à peu près de la longueur d’un enfant; sa tête était large et plate; il avait à la hauteur de la poitrine deux courtes pattes membraneuses, armées de griffes semblables à des ailes de chauve-souris, sur lesquelles il se traînait. Il était tacheté de diverses couleurs d’un aspect repoussant, et rappelait le serpent du Paradis, mais avec quelque chose de plus difforme et de plus horrible. Quand l’ange disparut de la chambre de la sainte Vierge, il marcha sur la tête de ce monstre devant la porte, et j’entendis un cri si affreux que j’en frissonnais. Je vis ensuite paraître trois esprits qui frappèrent ce hideux reptile et le chassèrent hors de la maison.

Après la disparition de l’ange, je vis la sainte Vierge dans un profond ravissement et toute recueillie en elle-même; je vis qu’elle connaissait et adorait l’incarnation du Sauveur en elle, où il était comme un petit corps humain lumineux, complètement formé et pourvu de tous ses membres.

Ici, à Nazareth, c’est tout autre chose qu’à Jérusalem: à Jérusalem, les femmes doivent rester dans le vestibule, elles ne peuvent pas entrer dans le temple, les prêtres seuls ont accès dans le sanctuaire; mais à Nazareth, c’est une vierge qui est elle-même le temple, le Saint des saints est en elle, le grand prêtre est en elle, et elle est seule près de lui. Combien cela est touchant, merveilleux, et pourtant simple et naturel! Les paroles de David, dans le psaume 45, sont accomplies :  » Le Très Haut a sanctifié son tabernacle ; Dieu est au milieu de lui, il ne sera pas ébranlé ! « 

Il était à peu près minuit quand je vis ce mystère. Au bout de quelque temps, sainte Anne entra chez Marie avec les autres femmes. Un mouvement merveilleux dans la nature les avait éveillées; une nuée lumineuse avait paru au-dessus de la maison. Quand elles virent la sainte Vierge à genoux au-dessous de la lampe, ravie en extase dans sa prière, elles s’éloignèrent respectueusement.

Au bout de quelque temps, je vis la sainte Vierge se relever et s’approcher de son petit autel, qui était contre le mur; elle alluma la lampe et pria debout. Des rouleaux écrits étaient devant elle sur un pupitre élevé. Je la vis ensuite se mettre sur sa couche vers le matin.

Alors mon conducteur m’emmena; mais quand je fus dans le petit vestibule de la maison, je fus prise d’une grande frayeur. Cet affreux serpent était là aux aguets, il se précipita sur moi et voulut se cacher dans les plis de ma robe. J’étais dans une horrible angoisse; mais mon guide me retira promptement de là, et je vis reparaître les trois esprits qui frappaient de nouveau le monstre. Je crois toujours entendre son effroyable cri, et j’en frissonne encore.

En contemplant cette nuit le mystère de l’Incarnation, je fus encore instruite de plusieurs autres choses. Anne reçut une connaissance intérieure de ce qui s’accomplissait.

Sanctificavit tabernaculum suum Altissimus ; Deus in medio ejus, non commovebitur.

J’appris pourquoi le Rédempteur devait rester neuf mois dans le sein de sa mère et naître enfant, pourquoi il n’avait pas voulu naître homme fait comme notre premier père, se montrer dans toute sa beauté comme Adam sortant des mains du Créateur; mais je ne puis plus exprimer cela clairement.

Ce que j’en comprends encore, c’est qu’il a voulu sanctifier de nouveau la conception et la naissance des hommes, qui avaient été tellement dégradées par le péché originel. Si Marie devint sa mère et s’il ne vint pas plus tôt, c’est qu’elle seule était, ce que jamais créature ne fut avant elle ni après elle, le pur vase de grâce que Dieu avait promis aux hommes, et dans lequel il devait se faire homme, pour payer les dettes de l’humanité au moyen des mérites surabondants de sa Passion.

La sainte Vierge était la fleur parfaitement pure de la race humaine, éclose dans la plénitude des temps. Tous les enfants de Dieu parmi les hommes, tous ceux qui, depuis le commencement, avaient travaillé à l’oeuvre de la sanctification, ont contribué à sa venue. Elle était le seul or pur de la terre; elle seule était la portion pure et sans tache de la chair et du sang de l’humanité tout entière, qui, préparée, épurée, recueillie, consacrée à travers toutes les générations de ses ancêtres, conduite, protégée et fortifiée sous le régime de la loi de Moise, se produisait enfin comme la plénitude de la grâce. Elle était prédestinée dans l’éternité, et elle a paru dans le temps comme mère de l’Eternel.

Note : (Aux jours de fête de la Mère de Jésus, l’Eglise fait ainsi parler la sainte Vierge d’elle-même, par la bouche de la Sagesse divine, dans les Proverbes de Salomon, C. VIII) :

 » Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies : avant qu’il créât aucune chose, j’étais dès lors. J’ai été établie dès l’éternité et dès le commencement, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et j’étais déjà conçue ; les fontaines n’étaient pas encore sorties de la terre ; la pesante masse des montagnes ne subsistait pas encore. J’étais enfantée avant les collines. Il n’avait point encore créé la terre, ni les fleuves, ni affermi le monde sur ses pôles. Lorsqu’il préparait les cieux, j’étais présente ; lorsqu’il environnait les abîmes de leurs bornes et qu’il leur prescrivait une loi inviolable ; lorsqu’il affermissait l’air au-dessus de la terre et qu’il mettait en équilibre les eaux des fontaines ; lorsqu’il renfermait la mer dans ses limites et qu’il imposait une loi aux eaux ; lorsqu’il posait les fondements de la terre, j’étais avec lui et je réglais toutes choses avec lui ; j’étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans le monde et trouvant mes délices à être avec les enfants des hommes. Écoutez-moi donc maintenant, mes enfants : heureux ceux qui gardent mes voies. Écoutez mes instructions, soyez sages et ne les rejetez point : heureux celui qui m’écoute, qui veille tous les jours à l’entrée de ma maison et qui se tient à ma porte ; car celui qui m’aura trouvée trouvera la vie, et il puisera le salut dans les trésors de la bonté du Seigneur. « 

La sainte Vierge était âgée d’un peu plus de quatorze ans lors de l’incarnation de Jésus-Christ. Jésus-Christ arriva à l’âge de trente-trois ans et trois fois six semaines. Je dis trois fois six, parce que le chiffre six m’est montré en cet instant même trois fois répété.

XL Visitation de Marie.

(Dans la messe de cette fête, l’Église se sert des paroles du Cantique des Cantiques, II, 8-14.)

 » C’est la voix de mon bien-aimé : le voici qui vient, sautant sur les montagnes, passant par-dessus les collines. Mon bien-aimé est semblable à un chevreuil et à un faon de biche. Le voici qui se tient derrière notre muraille, qui regarde par la fenêtre, qui jette ses regards à travers les grilles. Voilà mon bien-aimé qui me parle et qui me dit : Levez-vous, hâtez-vous, ma bien-aimée, ma colombe, ma beauté, et venez, car l’hiver est déjà passé. Les pluies se sont dissipées et ont cessé entièrement, les fleurs ont paru sur notre terre, le temps de tailler la vigne est venu, la voix de la tourterelle s’est fait entendre dans notre terre, le figuier a poussé ses premiers bourgeons, les vignes sont en fleur et ont répandu leur odeur. Levez vous, ma bien aimée, mon unique beauté, et venez. Vous êtes ma colombe retirée dans les trous de la pierre : montrez-moi votre face ; que votre voix se fasse entendre à mes oreilles, car votre voix est douce et votre visage est beau.  »

A suivre …

Les notes précédées de la mention NDM sont des Notes de Miléna, les autres notes font partie de la version originale.

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