Messianisme Swedenborg

La NOUVELLE JÉRUSALEM et sa DOCTRINE CELESTE – 2ème partie

La NOUVELLE JÉRUSALEM et sa DOCTRINE CELESTE – 1ère partie

LA VOLONTE ET L’ENTENDEMENT

28. L’homme a deux facultés qui font sa vie ; l’une s’appelle la volonté, et l’autre l’entendement.

Elles sont distinctes l’une de l’autre, mais créées de manière qu’elles soient un ; et quand elles sont un, elles sont appelées le mental. Elles constituent donc le mental humain, et toute la vie de l’homme réside en elles.

29. De même que, dans l’univers, tout ce qui est selon l’Ordre Divin se rapporte au bien et au vrai, de même chez l’homme tout se rapporte à la volonté et à l’entendement

Car, chez lui, le bien est chose de sa volonté, et le vrai chose de son entendement. En effet, ces deux facultés ou ces deux vies de l’homme sont les réceptacles et les sujets du bien et du vrai : la volonté étant le réceptacle et le sujet de tout ce qui concerne le bien, et l’entendement celui de tout ce qui concerne le vrai. Les biens et les vrais chez l’homme ne sont point ailleurs. Il s’ensuit que l’amour et la foi ne sont point non plus ailleurs, puisque l’amour appartient au bien et le bien à l’amour, et que la foi appartient au vrai, et le vrai à la foi.

30. Maintenant, comme toutes les choses dans l’univers se rapportent au bien et au vrai, et toutes celles de l’Église au bien de l’amour et au vrai de la foi.

Et comme, d’autre part, l’homme est homme en vertu de ces deux facultés (volonté et entendement), il convient également de parler de celles-ci dans cette Doctrine. Autrement, l’homme ne pourrait s’en faire une idée distincte, et sa pensée n’aurait aucune base.

31. La volonté et l’entendement font aussi l’esprit de l’homme.

Car c’est aussi dans ces deux facultés que résident sa sagesse et son intelligence, et en général sa vie, le corps n’étant qu’un serviteur.

32. Ce qu’il importe avant tout de savoir, c’est comment la volonté et l’entendement font un seul mental.

Ils font un seul mental de la même manière que le bien et le vrai font un ; car il y a entre la volonté et l’entendement un mariage semblable à celui qui existe entre le bien et le vrai. On peut voir clairement quel est ce mariage par ce qui est rapporté ci-dessus au sujet du bien et du vrai ; car, de même que le bien est l’être même d’une chose, et le vrai l’exister qui en dérive, chez l’homme, la volonté est l’être même de sa vie, et l’entendement l’exister qui en dérive ; en effet, le bien qui appartient à la volonté se forme dans l’entendement et s’y présente à la vue.

33. Seuls ceux qui sont dans le bien et dans le vrai ont une volonté et un entendement, mais ceux qui sont dans le mal et dans le faux n’en ont point.

Au lieu de la volonté, ils ont la convoitise ; et au lieu de l’entendement, la connaissance. Car la volonté vraiment humaine est le réceptacle du bien ; et l’entendement, le réceptacle du vrai ; c’est pourquoi la volonté ne peut pas se dire du mal, ni l’entendement du faux, parce que ce sont des opposés, et que le propre de ce qui est opposé est de détruire. De là vient que l’homme qui est dans le mal, et par suite dans le faux, ne peut être appelé ni rationnel, ni sage, ni intelligent : d’ailleurs chez lui, les intérieurs du mental, où résident principalement la volonté et l’entendement sont fermés. On croit que le méchant a aussi une volonté et un entendement, parce qu’il dit qu’il veut et qu’il comprend ; mais chez lui vouloir n’est que convoiter, et comprendre n’est que connaître.

L’HOMME INTERNE ET L’HOMME EXTERNE

36. L’homme a été ainsi créé qu’il est à la fois dans le monde naturel et dans le monde spirituel.

Le monde spirituel est celui dans lequel sont les anges, et le monde naturel, celui dans lequel sont les hommes ; et comme l’homme a été ainsi créé, il lui a été donné un interne et un externe ; un interne par lequel il est dans le monde spirituel et un externe, par lequel il est dans le monde naturel. Son interne est ce qui est appelé l’homme interne, et son externe, ce qui est appelé l’homme externe.

37. Chaque homme a un interne et un externe, mais ils diffèrent chez les bons et chez les méchants.

Chez les bons, l’interne est dans le ciel et dans la lumière du ciel, et l’externe est dans le monde et dans la lumière du monde ; mais cette dernière y est éclairée par la lumière du ciel ; c’est pourquoi leur interne et leur externe font un comme la cause et l’effet, ou comme ce qui est antérieur et ce qui est postérieur. Mais, chez les méchants, l’interne est dans le monde et dans la lumière du monde, lumière dans laquelle est aussi leur externe ; par conséquent, ils ne voient rien d’après la lumière du ciel, mais ils voient seulement d’après la lumière du monde, lumière qui est appelée par eux lueur de la nature. Par suite, les choses du ciel sont pour eux dans l’obscurité, et celles du monde dans la lumière. D’où il est évident que, chez les bons, il y a l’homme interne et l’homme externe, tandis que, chez les méchants, il n’y a pas l’homme interne, mais seulement l’homme externe.

38. L’homme interne est celui qu’on appelle « homme spirituel », parce qu’il est dans la lumière du ciel, laquelle est spirituelle…

Et l’homme externe, celui qu’on appelle « homme naturel », parce qu’il est dans la lumière du monde, laquelle est naturelle ; l’homme dont l’interne est dans la lumière du ciel et l’externe dans la lumière du monde est homme spirituel quant à l’un et à l’autre ; mais l’homme dont l’interne n’est pas dans la lumière du ciel, mais seulement dans celle du monde, dans laquelle est aussi son externe, est homme naturel et quant à l’interne et quant à l’externe. Dans la Parole, l’homme spirituel est appelé vivant, et l’homme naturel mort.

39. L’homme, dont l’interne est dans la lumière du ciel, et l’externe dans la lumière du monde, pense et spirituellement et naturellement.

Alors, sa pensée spirituelle influe dans sa pensée naturelle, et y est perçue. Mais l’homme dont l’interne et l’externe sont tous deux dans la lumière du monde, ne pense pas spirituellement, mais matériellement ; car il pense d’après les choses qui sont dans la nature du monde et qui toutes sont matérielles. Penser spirituellement, c’est penser les choses telles qu’elles sont en elles-mêmes ; c’est voir les vrais d’après la lumière du vrai et percevoir les biens d’après l’amour du bien ; puis aussi voir les qualités des choses et en percevoir leur usage, abstraction faite de la matière ; mais penser matériellement, c’est penser, voir et percevoir ces mêmes choses comme étant inséparables de la matière et pour ainsi dire liées à la matière, ainsi d’une manière respectivement grossière et obscure.

40. L’homme interne spirituel, considéré en lui-même, est un ange du ciel.

Tant qu’il vit dans le corps, il est en société avec les anges quoiqu’il ne le sache pas et lorsqu’il s’est dépouillé de son corps, il se retrouve parmi eux. Mais l’homme interne purement naturel, considéré en lui-même, est un esprit et non un ange ; lui aussi est en société avec des esprits pendant qu’il vit dans le corps, mais avec ceux qui sont dans l’enfer, et lorsqu’il s’est dépouillé de son corps, il se retrouve parmi eux.

41. Chez ceux qui sont hommes spirituels, les intérieurs du mental sont en fait élevés du côté du ciel, car c’est le ciel qu’ils regardent en premier lieu.

Mais chez ceux qui sont purement naturels, les intérieurs du mental sont en fait tournés vers le monde, parce que c’est le monde qu’ils regardent en premier lieu. En effet, chez chacun, les intérieurs de son mental (mens) sont tournés vers ce qu’il aime par-dessus toutes choses, tandis que les extérieurs de son mental (animus) sont tournés du même côté que le sont les intérieurs.

42. Ceux qui n’ont qu’une idée générale de l’homme interne et de l’homme externe croient que l’homme interne est celui qui pense et qui veut…

Eet l’homme externe celui qui parle et qui agit, parce que penser et vouloir sont des opérations internes et parler et agir des opérations externes. Mais il faut savoir que quand l’homme pense avec intelligence et veut avec sagesse, il pense et veut d’après l’interne spirituel, tandis que quand il pense sans intelligence et veut sans sagesse, il pense et veut, d’après l’interne naturel. Par conséquent, lorsqu’il pense en bien du Seigneur et des choses du Seigneur ou du prochain et des choses du prochain, et qu’il leur veut du bien, alors il pense et veut d’après l’interne spirituel, parce que c’est d’après la foi du vrai et l’amour du bien, ainsi d’après le ciel. Mais quand l’homme pense à eux en mal et leur veut du mal, il pense et veut d’après l’interne naturel, parce que c’est d’après la foi du faux et l’amour du mal, ainsi d’après l’enfer. En un mot, autant l’homme est dans l’amour envers le Seigneur et dans l’amour à l’égard du prochain, autant il est dans l’interne spirituel : il pense et veut, et aussi parle et agit d’après cet interne ; mais autant l’homme est dans l’amour de soi et dans l’amour du monde, autant il est dans l’interne naturel : il pense et veut, et aussi parle et agit d’après cet interne.

43. Il a été pourvu par le Seigneur, et les choses ont été, disposées par Lui de telle sorte…

Qu’autant l’homme pense et veut d’après le ciel, autant son homme interne spirituel est ouvert et formé : ouvert du côté du ciel jusqu’au Seigneur, et formé selon les choses du ciel. Mais, inversement, autant l’homme pense et veut, non d’après le ciel, mais d’après le monde, autant son homme interne spirituel est fermé, et son homme externe ouvert du côté du monde, et formé à l’image des choses du monde.

44. Ceux chez qui l’homme interne spirituel a été ouvert du côté du ciel et vers le Seigneur, sont dans la lumière du ciel, et dans l’illumination par le Seigneur.

Par suite, ils sont dans l’intelligence et la sagesse : ils voient le vrai, parce que c’est le vrai, et perçoivent le bien, parce que c’est le bien. Mais ceux chez qui l’homme interne spirituel a été fermé, ne savent pas qu’il y a un homme interne, ni à plus forte raison ce que c’est que l’homme interne : ils ne croient ni au Divin, ni à la vie après la mort, ni par conséquent aux choses qui sont du ciel et de l’Église. Comme ils sont seulement dans la lumière du monde, et dans l’illumination qui en provient, ils confondent la nature avec le Divin ; ils voient le faux comme vrai, et perçoivent le mal comme bien.

45. L’homme dont l’interne est tellement externe qu’il ne croit que ce qu’il peut voir de ses yeux et toucher de ses mains, est appelé homme sensuel.

Il est homme naturel au plus bas degré et s’abuse sur toutes les choses qui concernent la foi de l’Église.

46. L’interne et l’externe dont il vient d’être question, sont l’interne et l’externe de l’esprit de l’homme.

Son corps est seulement un externe surajouté, au-dedans duquel existent cet interne et cet externe ; car le corps ne fait rien de lui-même, mais il agit d’après l’esprit qui est en lui. Il faut qu’on sache que l’esprit de l’homme, après qu’il a été dépouillé du corps, pense et veut, parle et agit comme auparavant ; penser et vouloir est son interne, et parler et agir son externe.

L’AMOUR EN GENERAL

54. La vie même de l’homme est son amour

Et tel est son amour, telle est sa vie, et même, tel est l’homme tout entier ; mais c’est l’amour dominant ou régnant qui fait l’homme. Cet amour a sous sa dépendance plusieurs amours qui en dérivent, et bien que ces amours se montrent sous une autre forme, ils sont tous dans l’amour dominant, et font avec lui un même royaume. L’amour dominant est comme leur roi et leur chef : il les dirige, et par eux, comme par des fins moyennes, il vise et tend à sa propre fin qui est la fin première et dernière ; et cela, tant directement qu’indirectement. Ce qui est l’objet de l’amour dominant est ce qui est aimé par-dessus toutes choses.

55. Ce que l’homme aime par-dessus toutes choses est sans cesse présent dans sa pensée, et aussi dans sa volonté, et fait sa vie même.

Par exemple, celui qui aime par-dessus toutes choses les richesses, qu’il s’agisse d’argent ou de possessions, se préoccupe continuellement des moyens d’en acquérir. Il est intimement dans la joie quand il en acquiert, et intimement dans la tristesse, quand il en perd ; son coeur est en elles. Quiconque s’aime par-dessus toutes choses, se souvient de soi en toutes circonstances ; il pense à soi, parle de soi, agit pour soi, car sa vie est la vie de soi-même.

56. L’homme a pour fin ce qu’il aime par-dessus tout :

Il l’a en vue en tout et en chaque chose ; cette fin se trouve dans sa volonté comme le courant caché d’un fleuve qui l’entraîne et l’emporte, même lorsqu’il s’occupe d’autre chose, car c’est ce qui l’anime. C’est là ce qu’un homme examine et voit même chez un autre et ce par quoi il agit soit sur lui, soit avec lui.

57. L’homme est absolument tel qu’est l’amour dominant de sa vie.

C’est par lui qu’il se distingue des autres hommes ; selon lui se fait son ciel s’il est bon, ou son enfer, s’il est mauvais ; il constitue sa volonté, son propre, sa nature même, car il est l’être même de sa vie ; après la mort, il ne peut être changé, parce qu’il est l’homme lui-même.

58. Chez chacun, tout plaisir, tout bonheur et toute félicité procèdent de son amour dominant et lui est conforme

Car l’homme appelle délectable ce qu’il aime, parce qu’il y trouve son plaisir. Ce qu’il pense et n’aime pas, il peut aussi le nommer délectable, mais ce n’est pas le plaisir de sa vie. C’est le plaisir de son amour que l’homme considère comme le bien, et le déplaisir qu’il considère comme le mal.

59. Il y a deux amours d’où découlent, comme de leur source même, tous les biens et tous les vrais

Et il y a deux amours d’où découlent tous les maux et tous les faux. Les deux amours, d’où découlent tous les biens et tous les vrais, sont l’amour envers le Seigneur et l’amour à l’égard du prochain ; et les deux amours d’où découlent tous les maux et tous les faux, sont l’amour de soi et l’amour du monde : ces derniers amours sont entièrement opposés aux deux premiers.

60. Les deux amours, d’où découlent tous les biens et tous les vrais, et qui sont, comme il a été dit, l’amour envers le Seigneur et l’amour à l’égard du prochain, font le ciel chez l’homme.

C’est pourquoi aussi ils règnent dans le ciel. Et comme ils font le ciel chez l’homme, ils y font aussi l’Église. Par contre, les deux amours d’où découlent tous les maux et tous les faux, et qui sont, comme il a été dit, l’amour de soi et l’amour du monde, font l’enfer chez l’homme, c’est pourquoi aussi ils règnent dans l’enfer.

61. Les deux amours d’où découlent tous les biens et tous les vrais, et qui sont donc les amours du ciel, ouvrent l’homme interne spirituel et le forment, parce que c’est là qu’ils résident.

Mais les deux amours d’où découlent tous les maux et tous les faux, ferment l’homme interne spirituel et le détruisent quand ils dominent ; ils rendent l’homme naturel et sensuel, selon l’étendue et la qualité de la domination qu’ils exercent sur lui.

LES AMOURS DE SOI ET DU MONDE

65. L’amour de soi consiste à ne vouloir du bien qu’à soi et à n’en vouloir aux autres…

Que ce soit à l’Église, à la patrie, à quelque société humaine, au concitoyen, que par rapport à soi ; comme aussi à ne leur faire du bien qu’en vue de la réputation, de l’honneur et de la gloire, de sorte que, si l’on ne voit pas ces avantages dans le bien qu’on peut leur faire, on dit dans son coeur : « Que m’importe ? Pourquoi le ferais-je ? Que m’en reviendra-t-il ? » et ainsi, on ne le fait pas. De là, il est évident que celui qui est dans l’amour de soi n’aime ni l’Église, ni la patrie, ni la société, ni le concitoyen, ni aucun bien, mais qu’il n’aime que lui seul.

66. Donc l’homme est dans l’amour de soi quand, dans les choses qu’il pense et qu’il fait, il considère non le prochain, ni par conséquent la collectivité, encore moins le Seigneur, mais seulement lui-même et les siens

Par conséquent, lorsqu’il fait toutes choses pour lui-même et pour les siens. Si, néanmoins, il fait quelque chose pour la collectivité ou pour le prochain, c’est seulement pour l’apparence.

67. Il est dit : « pour lui-même et pour les siens », car celui qui s’aime, aime aussi les siens

Qui sont spécialement ses enfants et ses descendants, et, plus généralement, tous ceux qui font un avec lui et qu’il appelle les siens ; aimer ceux-ci, c’est aussi s’aimer soi-même, car il considère qu’ils font comme partie de lui et que lui-même fait comme partie d’eux. Tous ceux qui le louent, l’honorent et l’adulent comptent aussi dans le nombre de ceux qu’il nomme les siens.

68. Celui-là est dans l’amour de soi qui méprise son prochain en le comparant à soi ou qui le considère comme son ennemi s’il ne lui est pas favorable ou s’il ne le vénère, ni ne l’adule.

Encore plus dans l’amour de soi est celui qui, pour ces raisons, hait son prochain et cherche à lui faire du mal ; et encore plus celui qui, pour les mêmes motifs, brûle de se venger de lui et désire sa perte. De tels hommes finissent par trouver leur plaisir à exercer des cruautés.

69. On peut voir quel est l’amour de soi en le comparant à l’amour céleste.

L’amour céleste consiste à aimer les usages pour les usages, c’est-à-dire aimer pour lui-même le bien que l’on fait à l’Église, à la patrie, à une société humaine ou à un concitoyen ; mais celui qui aime ces usages et ce bien à cause de soi, ne les aime que comme il aime des domestiques, parce qu’ils le servent. Il s’ensuit que celui qui est dans l’amour de soi veut que l’Église, la patrie, les sociétés humaines et les concitoyens le servent ; il ne veut pas les servir, il se place au-dessus d’eux et les met au-dessous de lui.

70. De plus, autant l’homme est dans l’amour céleste, qui consiste à aimer les usages et les biens, et à être affecté de plaisir dans son coeur en les faisant, autant il est conduit par le Seigneur, parce que cet amour est celui dans lequel est le Seigneur et qui vient du Seigneur.

Mais autant l’homme est dans l’amour de soi, autant il est conduit par lui-même ; et autant il est conduit par lui-même, autant il l’est par son « propre ». Or, le « propre » de l’homme n’est rien autre que le mal, car c’est son mal héréditaire, lequel consiste à s’aimer de préférence à Dieu, et à aimer le monde de préférence au ciel.

71. L’amour de soi est encore tel que, dans la mesure où on lui lâche les freins, c’est-à-dire où les liens externes sont éloignés

– qui sont la crainte de la loi et de ses châtiments, la crainte de perdre sa réputation, son honneur, son gain, son emploi et sa vie – il s’élance jusqu’à vouloir dominer non seulement sur tout le globe, mais encore sur le ciel, et sur le Divin même ; il ne connaît ni fin ni limite. Pareille cupidité est cachée dans tout homme qui est dans l’amour de soi, quoiqu’elle ne se manifeste pas devant le monde, où les freins et les liens énumérés ci-dessus le retiennent, Quiconque est tel, quand il rencontre un obstacle insurmontable, s’acharne contre lui jusqu’à ce qu’il en ait triomphé. Pour ces raisons, l’homme qui est dans cet amour ne sait pas que cette folle cupidité sans bornes est cachée en lui. Et, cependant, chacun peut voir qu’il en est ainsi par l’exemple des puissants et des rois, quand ceux-ci ne sont pas retenus par ces freins, ces liens et ces obstacles : en effet, ils se jettent alors sur les provinces et les royaumes qu’ils subjuguent pour autant que le succès les favorise, et ils aspirent à une puissance et à une gloire sans bornes. Cela est encore plus visible. Chez ceux qui, étendant leur domination sur le ciel, transfèrent sur eux-mêmes toute la puissance divine du Seigneur, et même désirent continuellement davantage.

72. Il y a deux manières d’exercer la domination : l’une par l’amour à l’égard du prochain, l’autre par l’amour de soi.

Dans leur essence, ces deux genres de dominations sont opposés. Celui qui exerce la domination d’après l’amour à l’égard du prochain, veut du bien à tous, et il n’y a rien qu’il aime davantage que d’accomplir des usages, et ainsi de servir les autres. (« Servir les autres », c’est, d’après la bonne volonté, leur faire du bien et accomplir des usages.) C’est là son amour et le plaisir de son coeur.

Dans la mesure où un tel homme est élevé aux dignités, il s’en réjouit, non à cause des dignités elles-mêmes, mais à cause des usages qu’il peut alors faire en plus grande abondance et dans un degré plus étendu. Tel est le genre de domination qui existe dans les cieux. Mais celui oui exerce la domination d’après l’amour de soi, ne veut du bien à qui que ce soit, si ce n’est à lui-même et aux siens ; les usages qu’il remplit sont pour son propre honneur et sa propre gloire ; il n’en connaît point d’autres ; car s’il sert autrui, c’est uniquement afin d’être servi lui-même, d’être honoré et de dominer ; il ambitionne les dignités, non pour le bien qu’il pourra faire, mais pour se sentir au-dessus des autres et entouré de gloire, et par suite dans le plaisir de son coeur.

73. L’amour d’exercer la domination demeure chez chacun après la mort

Alors, à ceux qui ont exercé la domination d’après l’amour à l’égard du prochain est aussi confiée une domination dans les cieux ; mais, en réalité, ce ne sont pas eux qui dominent, ce sont les usages et le bien qu’ils aiment ; et quand les usages et le bien dominent, c’est le Seigneur qui domine. Par contre, ceux qui, dans le monde, ont dominé d’après l’amour de soi, après la mort, vont en enfer et sont de vils esclaves.

74. D’après ce qui vient d’être dit, on peut savoir maintenant quels sont ceux qui sont dans l’amour de soi…

Que dans la forme externe ils paraissent hautains ou soumis, peu importe, car les choses dont il a été question ci-dessus sont dans l’homme intérieur, lequel est caché chez la plupart, alors que l’homme extérieur est instruit à feindre des affections qui ont trait à l’amour de la collectivité et du prochain, ainsi à feindre des affections contraires ; et cela, en vue de soi-même. Ils savent, en effet, qu’aimer la collectivité et le prochain fait intérieurement impression sur tous les hommes, et qu’ainsi ils en seront d’autant plus aimés et estimés. Si cet amour fait impression, c’est parce que le ciel influe en lui.

75. Les maux, chez ceux qui sont dans l’amour de soi, sont en général le mépris pour les autres…

L’envie, l’inimitié contre ceux qui ne leur sont pas favorables, l’hostilité qui en provient, les haines de divers genres, les vengeances, l’astuce, les fourberies, l’inhumanité, la cruauté. Or, ceux qui sont dans de tels maux ont aussi du mépris pour le Divin et pour les choses divines, savoir les vrais et les biens de l’Église. S’ils les honorent, c’est seulement de bouche et non du coeur. De même que l’amour de soi donne naissance aux maux décrits plus haut, il donne aussi naissance à des faux de même nature, car les faux proviennent des maux.

76. Quant à l’amour du monde, il consiste à vouloir attirer à soi les richesses des autres par n’importe quel moyen…

A placer son coeur dans les richesses et à permettre que le monde détourne l’homme de l’amour spirituel, qui est l’amour à l’égard du prochain, et ainsi l’éloigne du ciel. Sont dans l’amour du monde tous ceux qui désirent s’emparer des biens des autres par divers moyens ; ceux surtout qui emploient l’astuce et la fourberie, et regardent comme rien le bien du prochain. Ceux qui sont dans cet amour convoitent le bien des autres, et, pour autant qu’ils ne craignent point les lois, ni la perte de leur réputation due à leur lucre, ils les dépouillent et même les pillent.

77. Cependant, l’amour du monde n’est pas opposé à l’amour céleste au même degré que l’amour de soi, parce qu’il ne renferme pas de si grands maux.

L’amour du monde est de plusieurs espèces : il y a l’amour des richesses pour s’élever aux honneurs ; celui des honneurs et des dignités pour obtenir des richesses ; celui des richesses pour les plaisirs du monde qu’elles peuvent procurer ; celui des richesses pour les richesses seules, tel qu’on le trouve chez les avares ; et d’autres encore. La fin pour laquelle on désire les richesses est appelée usage et c’est de la fin ou de l’usage que l’amour tire sa qualité ; car telle est la fin pour laquelle on désire, tel est l’amour ; toutes les autres choses ne lui servent que de moyens.

78. En un mot, l’amour de soi et l’amour du monde sont entièrement opposés à l’amour envers le Seigneur et à l’amour à l’égard du prochain.

C’est pourquoi ce sont des amours infernaux ; ils règnent dans l’enfer et font aussi l’enfer chez l’homme. Au contraire, l’amour envers le Seigneur et l’amour à l’égard du prochain sont des amours célestes ; ils règnent dans le ciel et font aussi le ciel chez l’homme.

79. On peut voir, d’après ce qui vient d’être dit, que tous les maux sont contenus dans l’amour de soi et l’amour du monde, et qu’ils en tirent leur origine.

Quelques-uns ont été énumérés au N° 75 ; ce sont des maux communs (ou généraux). Les autres n’ont pas été énumérés parce qu’ils sont des maux spécifiques (ou particuliers) ; ils dérivent tous des premiers et en découlent. Dès lors, il est patent que du fait qu’il naît dans ces deux amours, l’homme naît aussi dans les maux de tout genre.

80. Pour que l’homme connaisse les maux, il doit en connaître les origines…

Et s’il ne connaît pas les maux, il ne peut pas non plus connaître les biens, ainsi il ne peut pas se connaître lui-même. C’est pour cela qu’il a été question ici de ces deux origines des maux.

L’AMOUR A L’EGARD DU PROCHAIN OU LA CHARITÉ

84. Il faut d’abord dire ce qu’est le prochain, car c’est lui qui doit être aimé, et c’est à son égard que la charité doit être exercée.

En effet, si l’on ne sait pas ce qu’est le prochain, la charité peut être exercée sans discernement, c’est-à-dire de la même manière à l’égard des méchants qu’à l’égard des bons, auquel cas la charité n’est plus la charité ; car les méchants, d’après le bien qu’on leur fait, font du mal au prochain, mais les bons lui font du bien.

85. L’opinion qui prévaut de nos jours, c’est que tout homme est également le prochain, et qu’on doit faire du bien à quiconque a besoin de secours.

Toutefois, la prudence chrétienne commande de bien examiner quelle est la vie de l’homme, et d’exercer la charité à son égard selon ce qu’est cette vie. L’homme de l’Église interne fait cela avec discernement, par conséquent avec intelligence ; au contraire, l’homme de l’Église externe, n’étant pas apte à établir de distinction, juge sans discernement.

86. Les distinctions relatives au prochain, que l’homme de l’Église doit absolument connaître, sont en rapport avec le bien qui est chez chacun…

Et comme tout bien procède du Seigneur, le Seigneur est, dans le sens suprême et au degré le plus éminent, le Prochain ; c’est donc d’après Lui que s’établissent toutes les distinctions relatives au prochain, c’est-à-dire que chacun est le prochain en proportion de ce qu’il a quelque chose du Seigneur en lui ; or, comme nul ne reçoit de la même manière le Seigneur, c’est-à-dire le bien qui procède du Seigneur, il s’ensuit que l’un n’est pas le prochain de la même manière que l’autre ; en effet, tous les habitants des cieux, et tous ceux qui sont bons sur terre, diffèrent quant au bien ; il n’y a jamais, chez deux personnes, un bien absolument identique ; il faut qu’il soit différent, afin que chaque bien ait son caractère propre.

Mais aucun homme, ni même aucun ange, ne pourra jamais connaître dans toute leur variété les distinctions concernant le prochain, lesquelles dépendent de la réception du Seigneur, c’est-à-dire de la réception du bien qui procède de Lui. On ne peut les connaître que d’une manière générale, c’est-à-dire qu’on peut en connaître les genres et quelques-unes de leurs espèces. Or, le Seigneur ne requiert pas autre chose de l’homme de l’Église que de vivre d’après ce qu’il sait.

87. Comme le bien chez chacun est différent, il s’ensuit que c’est la qualité du bien qui détermine à quel degré et dans quelle proportion chacun est le prochain.

On voit clairement qu’il en est ainsi par la parabole du Seigneur sur l’homme qui tomba entre les mains des voleurs, et fut laissé par eux à demi mort ; un prêtre passa outre, et un Lévite aussi ; mais un Samaritain, après avoir bandé ses plaies et y avoir versé de l’huile et du vin, le plaça sur sa propre monture, le conduisit dans une hôtellerie, et ordonna qu’on eût soin de lui ; lui seul, ayant exercé le bien de la charité, est appelé le prochain. (Luc 10 : 29 à 37.) On peut en déduire que, par le prochain, sont entendus « ceux qui sont dans le bien. L’huile et le vin que le Samaritain versa dans les plaies, signifient aussi le bien et le vrai de ce bien.

88. D’après ce qui vient d’être dit, il est évident que, dans le sens universel, c’est le bien qui est le prochain

Puisque l’homme est le prochain selon la qualité du bien qui, chez lui, procède du Seigneur ; et comme le bien est le prochain, l’amour l’est aussi ; car tout bien est chose de l’amour. Ainsi, chaque homme est le prochain selon la qualité de l’amour qu’il tient du Seigneur.

89. On peut voir clairement, en considérant ceux qui sont dans l’amour de soi, que c’est bien l’amour qui fait le prochain, et que chacun est le prochain selon la qualité de son amour.

En effet, ceux-là ne reconnaissent comme prochain que ceux qui les aiment le plus, c’est-à-dire qui leur sont dévoués ; ils les embrassent, ils leur donnent des baisers, leur font du bien et les appellent frères ; bien plus même, comme ils sont méchants, ils les appellent le prochain de préférence aux autres ; bref, ils ne considèrent les autres comme prochain que dans la mesure où les autres les aiment ; ainsi, selon la qualité et le degré de l’amour qu’ils leur manifestent.

De tels hommes tirent d’eux-mêmes l’origine du prochain ; car c’est l’amour qui fait le prochain et le détermine. Ceux, au contraire, qui ne s’aiment pas de préférence aux autres, comme c’est le cas de tous ceux qui sont du Royaume du Seigneur, tirent l’origine du prochain de Celui qu’ils doivent aimer par-dessus toutes choses, par conséquent du Seigneur : tout homme est pour eux le prochain selon la qualité de l’amour qu’il éprouve pour le Seigneur et qu’il reçoit de Lui. On voit clairement par là d’où l’homme de l’Église doit tirer l’origine du prochain, et comment chacun est le prochain selon le bien qui procède du Seigneur, ainsi en vertu du bien même.

90. Le Seigneur l’enseigne d’ailleurs aussi dans Matthieu…

Lorsque, s’adressant à ceux qui ont été dans le bien, Il dit qu’ils Lui ont donné à manger, qu’ils Lui ont donné à boire, qu’il L’ont recueilli, qu’ils L’ont vêtu, qu’ils L’ont visité, et qu’ils sont venus en prison vers Lui et ensuite, qu’en tant qu’ils ont fait cela à l’un de ces plus petits de ses frères, ils le Lui ont fait à Lui-même (25 : 34 à 40).

Dans ces six biens, entendus dans le sens spirituel, sont compris tous les genres du prochain. Il est donc évident que quand on aime le bien, on aime le Seigneur, car c’est du Seigneur que procède le bien ; c’est Lui qui est dans le bien ; plus encore, qui est le bien même.

91. À vrai dire, le prochain, c’est non seulement l’homme pris individuellement, mais aussi l’homme pris dans un sens collectif.

C’est une société, petite ou grande, la patrie, l’Église, le Royaume du Seigneur, et, par-dessus tout, le Seigneur Lui-même. Voilà le prochain auquel on doit faire du bien par amour. Ce sont là aussi les degrés ascendants du prochain. En effet, une société formée de plusieurs personnes est le prochain à un degré plus élevé que l’homme pris séparément ; la patrie l’est à un degré plus élevé qu’une société ; à un degré plus élevé encore, le prochain, c’est l’Église, puis le Royaume du Seigneur ; enfin, au degré suprême, c’est le Seigneur Lui-même. Ces degrés ascendants sont comme les degrés d’une échelle, au sommet de laquelle est le Seigneur.

92. Une société est le prochain de préférence à un homme pris séparément, parce qu’elle se compose de plusieurs individus.

La charité doit être exercée envers elle de la même manière qu’envers un homme pris individuellement, à savoir, selon la qualité du bien qui est chez elle ; ainsi tout autrement envers une société d’hommes probes qu’envers une société d’hommes non probes. Une société est aimée, quand on pourvoit à son bien par amour du bien.

93. La patrie est le prochain de préférence à une société, parce qu’elle est pour l’homme comme une mère

En effet, il y est né, elle le nourrit et le tient à l’abri des injures. On doit, par amour, faire du bien à la patrie selon ses nécessités, qui concernent principalement sa subsistance ainsi que la vie civile et spirituelle de ceux qui y habitent. Celui qui aime sa patrie, et qui lui fait du bien d’après le bon vouloir, aime le Royaume du Seigneur dans l’autre vie, car ce Royaume y est sa patrie. Et celui qui aime le Royaume du Seigneur aime le Seigneur, parce que le Seigneur est tout dans toutes les choses de son Royaume.

94. L’Église est le prochain de préférence à la patrie, car celui qui pourvoit au bien de l’Église pourvoit aux âmes et à la vie éternelle de ceux qui sont dans sa patrie

C’est pourquoi celui qui pourvoit au bien de l’Église par amour, aime le prochain dans un degré supérieur ; car il désire et veut pour les autres le ciel, et la félicité de la vie pour l’éternité.

95. Le Royaume du Seigneur est le prochain à un degré encore supérieur…

Car le Royaume du Seigneur se compose de tous ceux qui, sur terre ou dans les cieux, sont dans le bien. Ainsi, le Royaume du Seigneur est le bien avec toutes ses variétés complexes. Quand on aime ce bien, avec ses variétés complexes, on aime tous ceux qui sont dans le bien.

96. Ce sont là les degrés du prochain selon lesquels s’élève l’amour, chez tous ceux qui sont dans l’amour à l’égard du prochain.

Toutefois, ces degrés sont des degrés dans un ordre successif, ordre selon lequel le degré antérieur ou supérieur doit être préféré au degré postérieur ou inférieur. Et comme le Seigneur est dans le degré suprême, et que, dans chaque degré, il faut L’avoir en vue comme le but à atteindre, on doit, par conséquent, L’aimer par-dessus tous et par-dessus toutes choses. On peut voir maintenant comment l’amour envers le Seigneur fait un avec l’amour à l’égard du prochain.

97. On dit communément, dans la conversation, que chacun est pour soi-même le prochain, c’est-à-dire que chacun doit d’abord s’occuper de soi ; mais la doctrine de la charité enseigne comment il faut entendre ces paroles :

Chacun doit songer à se procurer les choses nécessaires à la vie, c’est-à-dire la nourriture, le vêtement, le logement et plusieurs autres choses indispensables à la vie civile dans laquelle il se trouve, cela aussi bien pour les siens que pour lui-même, et aussi bien pour l’avenir que pour le temps présent. En effet, si l’homme ne pourvoit pas à ses propres besoins, il ne saurait être en état d’exercer la charité puisqu’il manque lui-même de tout.

98. Quelques considérations supplémentaires feront mieux comprendre de quelle manière chacun doit être pour soi le prochain :

Chacun doit en premier lieu se procurer la nourriture et les vêtements nécessaires à son corps, dans le but d’avoir « un esprit sain dans un corps sain ». Il doit aussi procurer à son esprit la nourriture dont celui-ci a besoin (autrement dit les choses qui se rapportent à l’intelligence et à la sagesse) afin d’être en état de servir le concitoyen, la société, la patrie, l’Église, et par cela le Seigneur. Celui qui agit de la sorte veille à ses intérêts éternels. De là, il est évident que ce qui importe en premier lieu, c’est la fin (pour laquelle on agit), car tout s’y rapporte. Il en est encore de cela comme d’un homme qui construit une maison ; il doit d’abord poser les fondements, mais ces fondements seront pour la maison, et la maison sera pour l’habitation.

Celui qui croit qu’il est pour lui-même et en premier lieu le prochain, est semblable à celui qui regarde comme fin les fondements, et non la maison et l’habitation, tandis que, cependant, l’habitation est la fin même, première et dernière, et que la maison avec les fondements est seulement un moyen pour la fin.

99. La fin fait connaître comment chacun doit être pour soi-même le prochain, et s’occuper d’abord de soi.

Si cette fin est d’être plus riche que les autres, seulement en vue des richesses elles-mêmes, de la volupté, de la prééminence ou d’autres choses semblables, cette fin est mauvaise et l’homme qui la poursuit n’aime pas le prochain ; il s’aime lui-même. Si, par contre, l’homme qui acquiert des richesses a pour fin d’être en meilleur état de servir le concitoyen, la société, la patrie et l’Église, ou s’il cherche à obtenir certaines fonctions dans ce même but, il aime son prochain. La fin même pour laquelle il agit fait l’homme lui-même, car la fin c’est son amour, tout homme ayant pour première et dernière fin ce qu’il aime par-dessus toutes choses.

Ce qui précède concerne le prochain ; maintenant, il sera question de l’amour à son égard, ou de la charité.

100. Bien des personnes s’imaginent que l’amour à l’égard du prochain consiste à donner aux pauvres, à secourir les indigents et à faire du bien à chacun indistinctement

Mais la charité consiste à agir avec prudence, et pour cette seule fin qu’il en résulte du bien. Celui qui secourt quelque pauvre ou quelque indigent malfaisant, fait par lui du mal au prochain ; car par le secours qu’il donne à cet être malfaisant, il le confirme dans le mal et lui fournit le moyen de faire du mal aux autres. Il en est autrement de celui qui vient au secours des bons.

101. Mais la charité s’étend bien au-delà des pauvres et des indigents

Car la charité consiste à agir en tout avec droiture, et à remplir son devoir dans toute fonction. Si le juge rend la justice pour la justice, il exerce la charité ; s’il punit le coupable et absout l’innocent, il exerce la charité, car il pourvoit ainsi aux intérêts du concitoyen et de la patrie. Le prêtre qui enseigne le vrai et conduit au bien, pour le vrai et le bien, exerce la charité ; mais celui qui agit ainsi pour lui-même et pour le monde, n’exerce pas la charité ; car ce n’est pas le prochain qu’il aime, mais lui-même.

102. Il en est de même de tous les autres hommes, qu’ils remplissent quelque fonction, ou qu’ils n’en remplissent point

Il en est ainsi des enfants à l’égard des parents, des parents à l’égard des enfants ; des serviteurs à l’égard des maîtres, et des maîtres à l’égard des serviteurs ; des sujets à l’égard du roi, et du roi à l’égard des sujets. Ceux d’entre eux qui remplissent leur devoir d’après le sens du devoir, et pratiquent la justice à cause de la justice, exercent la charité.

103. Que ces choses fassent partie de l’amour à l’égard du prochain ou de la charité, cela provient de ce que, comme il l’a déjà été dit, chaque homme est le prochain, mais d’une manière différente

Une société, petite et grande, est davantage le prochain qu’un seul homme ; la patrie encore davantage ; l’Église encore davantage ; le Royaume du Seigneur encore davantage ; et le Seigneur par-dessus tous. Enfin, dans un sens universel, c’est le bien qui procède du Seigneur qui est le prochain ; il s’ensuit que la sincérité et la justice sont également le prochain, et c’est pourquoi celui qui fait un bien quelconque pour le bien et qui agit avec sincérité et justice, à cause de la sincérité et de la justice, aime le prochain et exerce la charité, car il agit d’après l’amour de ce qui est bien, sincère et juste, et ainsi par amour pour ceux dans lesquels il y a le bien, la sincérité et la justice.

104. Ainsi la charité est une affection intérieure, d’après laquelle l’homme veut faire le bien, et cela sans rémunération

Car le plaisir de sa vie est d’agir de la sorte. Chez ceux qui font le bien d’après l’affection intérieure, la charité est dans chacune des choses qu’ils pensent et disent, veulent et font. On peut dire que l’homme et l’ange, quant à leurs intérieurs, sont la charité lorsque le bien est pour eux le prochain. C’est aussi loin que cela que s’étend la charité.

105. Ceux qui ont pour fin l’amour de soi et l’amour du monde ne peuvent nullement être dans la charité…

Et ne comprennent nullement que vouloir et faire du bien au prochain, sans but de récompense, ce soit le ciel dans l’homme, et qu’il y ait dans cette affection une aussi grande félicité que celle dans laquelle sont les anges du ciel, félicité qui est ineffable. En effet, ils croient que s’ils étaient privés de la joie qu’ils tirent de la gloire provenant des honneurs et des richesses, il ne resterait plus aucune joie ; et cependant, c’est alors seulement que commence la joie céleste, qui surpasse infiniment toute autre joie.

Par Emmanuel SWEDENBORG

Source : http://livres-mystiques.com/

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