Conspirationisme Histoire - doc

La lutte anti-féminine a commencé avant la révolution

30 octobre 1793 : La Convention interdit les clubs féminins

La lutte des tribuns révolutionnaire contre les femmes avait commencée bien avant la Révolution de 1789.

Dans son ouvrage écrit entre 1782 et 1788 « Notes scientifiques et anecdotes », Gilbert Romme donne le ton :

« Je ne veux pas qu’une femme soit savante, mais je désire qu’elle en sache assez pour se plaire à la conversation des gens instruits ».

Cet homme politique qui fut à l’origine du Calendrier républicain était dans le ton général de l’Esprit des Lumières au sujet des femmes.

Nous ne reviendrons pas sur les écrits misogynes d’un Voltaire, d’un Diderot et de tous les médecins-philosophes qui ont fondé la pensée misogyne des Lumières qui conduira à l’exclusion des femmes de la vie politique, puis au Code Napoléon qui les privera de tout statut social jusque dans la décennie 1960.

Bizarrement, cette loi d’abolition des clubs féminins est demandée par des femmes, et des femmes révolutionnaires suite à la volonté des plus virulentes de vouloir imposer à toutes les femmes le bonnet rouge.

Le 29 octobre, c’est « Une nombreuse députation de citoyennes de plusieurs sections de Paris » (Dont principalement les « Dames de la halle ») qui pour ce fait précis exigent l’abolition des sociétés politiques féminines…

Dès le 30 octobre, le débat a lieu devant la Convention. Le rapporteur de cette mesure d’abolition, Jean-Pierre-André Amar, partage les idées misogynes des Lumières dans son discours d’exposition : il pense « Que les femmes, de façon générale peu capables de conceptions hautes et de méditations sérieuses, donc dénuées de la force morale et physique qu’exige le traitement des affaires publiques, sont disposées par leur constitution physique, à une exaltation politiquement funeste, tandis que l’homme étant fort, parait seul propre aux méditations profondes et sérieuses qui exigent une grande contention d’esprit »

Seule objection isolée faite au cours des débats, celle du député de la Marne Louis-Joseph Charlier qui déclamera devant la convention : « Je ne sais sur quel principe on peut s’appuyer pour retirer aux femmes le droit de s’assembler paisiblement. À moins que vous contestiez que les femmes font partie du genre humain, pouvez-vous leur ôter ce droit commun à tout être pensant ».

L’objection de celui qui était un des rares promoteurs de l’égalité des sexes ne sera pas retenue en ce 30 octobre 1793.

Les clubs féminins seront bien abolis et interdits par la loi !

Dès le lendemain, Madame Rolland, incarcérée depuis des mois, celle qui avait pu habillement orchestrer le discrédit des Girondins, est interrogée pour la première fois. Elle sera guillotinée le 8 novembre.

Cinq jours plus tôt, le 3 novembre, Olympe de Gouges est guillotinée, soit dix-huit jours après la Reine Marie-Antoinette à qui était dédiée sa fameuse « Déclaration des droits de la femme ».

Dans cette déclaration datant du 14 septembre 1791, elle alertait ses « Sœurs » en ses termes : « Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé ».

Marie-Antoinette, Manon, Olympe : En quelques semaines, leurs têtes ont roulé dans le même panier !

Cette succession d’exécution n’est pas fortuite.

A la une du Moniteur du 19 novembre, un texte adressé « Aux républicaines » signifie aux dames de la République que cette triple exécution vaut pour avertissement. « En peu de temps le tribunal révolutionnaire vient de donner aux femmes un grand exemple qui ne sera sans doute pas perdu pour elles ».

Les suppliciées sont ensuite passées en revue dans l’article.

Marie-Antoinette ? Elle fut « Mauvaise mère, épouse débauchée ».

Olympe de Gouges ? « Elle voulut être homme d’état, et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe ».

Manon Rolland ? « Elle avait sacrifié la Nature, en voulant s’élever au-dessus d’elle ; le désir d’être savante, la conduisit à l’oubli des vertus de son sexe, et cet oubli toujours dangereux, finit par la faire périr sur l’échafaud ».

Le Moniteur termine par un conseil adressé aux femmes : « Ne suivez jamais les assemblées populaires avec le désir d’y parler ».

Suite à l’abolition des clubs de femmes en ce 30 octobre 1793, l’exclusion des femmes de la vie politique annonce déjà la logique étroitement misogyne du Code Napoléon.

Entre temps, d’autres attaques vont être faites après la chute de la Convention et son mode de gouvernement par la terreur.

Les femmes seront interdites d’accès aux tribunes, et au-delà n’y parviendront qu’accompagnées d’un citoyen (Une femme n’est rien par elle-même écrivait peu de temps avant Chamfort) ; elles seront confinées dans leur domicile, et arrêtées si elles s’attroupent à plus de cinq ; elles seront interdites d’assemblées politiques quelle qu’elle soit (Bulletin des lois de l’an III)

Symbole très fort : En ce mythique jour du premier prairial an III (20 mai 1795) durant lequel la France échappa au retour d’un gouvernement révolutionnaire et de la terreur qui va avec, sur une idée d’André Dumont, grossier persécuteur de prêtres, les femmes présentes ont été chassées à coups de fouets des tribunes de la Convention. Chassées du Temple de la représentation nationale et par le fouet !

« La Révolution est l’acte qui fonde l’exclusion des femmes de la vie de la cité » écrira à juste titre l’historienne Françoise Thébaud dans son ouvrage Ecrire l’Histoire des femmes. En remettant à l’honneur le Droit romain, le Code Napoléon les enfermera dans un statut d’éternelle mineure jusque dans les années 1960.

Une pensée pour Olympe de gouges victime de la fureur révolutionnaire.

http://histoirerevisitee.over-blog.com

Olympe de Gouges (1748 – 1793) La cause des femmes

Portrait de Madame Aubry, future Olympe de Gouges, (1784, aquarelle, musée Carnavalet) (7 mai 1748, Montauban – 3 novembre 1793, Paris)

Personnage secondaire de la Révolution française, Olympe de Gouges a été redécouverte à la fin du XXe siècle par les mouvements féministes qui se l’ont appropriée, à juste titre d’ailleurs. Nul doute qu’elle aurait soutenu leurs combats pour l’égalité des droits entre les sexes.

Libre de moeurs, libre de pensée

Née en mai 1748 dans un ménage modeste de Montauban sous le nom de Marie Gouzes, elle se marie à seize ans. Veuve et mère deux ans plus tard, elle se remet sans attendre en ménage avec un entrepreneur qu’elle suit à Paris.

À vingt ans, tandis que le règne de Louis XV arrive sur sa fin, la jeune provinciale entame une nouvelle vie, libre de toute contrainte… mais avec tout de même le soutien financier de son compagnon.

Reniant ses origines quercynoises, elle prend le nom de scène Olympe de Gouges et fréquente assidûment les écrivains et intellectuels qui gravitent autour du duc d’Orléans.

Quant arrive la trentaine, elle s’offre divers amants dont l’écrivain François Sébastien Mercier, auteur du Tableau de Paris, et écrit des pièces de théâtre et des romans qui fleurent bon les sentiments compassionnels à la mode. Mais son ton et ses idées ne tardent pas à mûrir…

En 1785, elle publie pour le Théâtre-Français une violente dénonciation de l’esclavage.

En 1788, elle récidive avec ses Réflexions sur les hommes nègres, qui lui valent d’être accueillie par les abolitionnistes dans la Société des Amis des Noirs.

En 1786, elle écrit aussi une suite au Mariage de Figaro de Beaumarchais dans laquelle elle dénonce le mariage forcé des filles et plaide pour l’émancipation féminine.

Femme et révolutionnaire

Quand survient la Révolution française, en 1789, Olympe de Gouges, déjà quadragénaire, redouble d’activité et multiplie brochures et libelles dans lesquels elle réclame avant toute chose l’égalité des droits entre tous les citoyens sans distinction de sexe, de couleur ou de revenu.

Elle plaide aussi pour le droit au divorce (elle sera exaucée dès le 20 septembre 1792).

Olympe de Gouges brave la bienséance révolutionnaire en publiant une parodie de l’auguste Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen sous l’intitulé : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, avec une dédicace à la reine Marie-Antoinette, où l’on peut lire : « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune » (article 10).

En matière institutionnelle, Olympe s’en tient toutefois au souhait d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise et restera jusqu’à la mort attachée à la royauté.

Sous la Convention, après la chute de celle-ci, elle milite au club des Jacobins.

Elle y dénonce la peine de mort et revendique le droit de vote sans distinction de sexe…

Hostile à la Terreur et proche des Girondins, elle est arrêtée sur ordre de Robespierre et guillotinée le 3 novembre 1793.

« Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort ! » lance-t-elle avant de mourir.

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