Science et Conscience Secrets d'ADN

La génétique influence t’elle notre capacité d’apprentissage des langues étrangères?

Durant toute notre scolarité, et malgré de longues heures passées à réviser nos devoirs, il nous est arrivé d’avoir des difficultés à assimiler une seconde langue, de la comprendre mais de ne pas arriver à répondre. Mais d’autres personnes y arrivent aisément. Pourquoi ? Des spécialistes se sont penchés sur la question afin d’en connaitre les raisons et savoir si la génétique pouvait influencer cet apprentissage.

En effet, à en croire l’étude menée par des chercheurs de l’Université de Washington aux États-Unis, ces derniers sont parvenus à émettre certaines hypothèses dans ce domaine. Après une expérience menée sur plusieurs élèves chinois en cous d’apprentissage de la langue anglaise, les scientifiques se sont basés sur les variants d’un gène baptisé COMT, pouvant être à l’origine de cette disparité.

De ce fait, les résultats des étudiants « montrent pour la première fois que les variants de ce gène sont liés à des changements au niveau de la matière blanche, c’est-à-dire l’ensemble des fibres des neurones influençant le processus d’apprentissage », déclare Ping Mamiya, neurologue et principal auteur de l’étude.

Largement reprise par la presse américaine et la presse française spécialisée, cette expérience soulève pourtant de nombreuses critiques chez les spécialistes et ne fait pas l’unanimité. Pour quelles raisons ?

Est-ce que ce gène pourrait être responsable à 50 % de la réussite d’un apprentissage d’une seconde langue? Si tel est le cas, comment expliquer la grande différence d’apprentissage d’un pays à un autre ? Et pourquoi en France peu de gens sont bilingues face à nos voisins européens ?
Comment expliquer les difficultés d’apprentissage des langues étrangères ?

Face à cette question, des chercheurs de l’Université de Washington aux États-Unis, ont mené une étude sur le processus d’apprentissage des langues étrangères.
Les résultats publiés dans PNAS ont démontrés l’influence de la génétique sur la faculté d’apprentissage des sujets.

D’après la neurologue Ping Mamiya, une des auteurs de l’étude, le processus d’apprentissage est influencé par un gène appelé « COMT » modifiant la matière blanche du cerveau.

Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs a procédé à des tests sur 79 étudiants chinois arrivés aux États-Unis, qui avaient le niveau minimal d’anglais requis par l’Université de Washington.

44 d’entre eux ont suivi un cours intensif d’anglais pendant 3 semaines pour améliorer leur expression. Pendant cette période, les scientifiques ont scanné le cerveau des 79 étudiants et observé la structure des connexions du cerveau grâce à un IRM. Les observations ont été prolongées durant les 8 jours suivant la fin des cours.

Conclusion : dès la première journée de cours, les scientifiques ont observé une modification de la structure de la matière blanche chez les participants. Ce changement structurel s’est intensifié au fil des semaines avant de diminuer quelques jours après la fin de la formation.

Les scientifiques ont alors cherché à identifier les origines de ces changements, notamment les variants du gène COMT.

Pour ce faire, ils ont analysé des échantillons d‘ADN prélevés sur les participants au début de la formation et ont conclu que ceux possédant les gènes COMT méthionine/valine ou valine/valine sont les plus affectés par le changement structurel de leur matière blanche.

En revanche, aucun changement n’a été observé chez ceux dotés du gène méthionine/méthionine.

Les chercheurs ont ainsi établi que les modifications structurelles de la matière blanche et le variant génétique de chaque étudiant influent jusqu’à 46% sur ses résultats. Ce qui pourrait laisser penser que la génétique serait responsable à pratiquement la moitié de la réussite des élèves en cours de langue.

Patricia Kuhl, co-auteur de l’étude, souligne cependant que d’autres facteurs environnementaux entrent en jeu dans l’apprentissage d’une langue étrangère.

Mais les résultats de cette étude restent controversés et pas du goût de tout le monde.

Franck Ramus, docteur en sciences cognitives, directeur de recherches au CNRS, et à l’École nationale supérieure (ENS), exprime ses sérieux doutes après avoir lu l’étude. « Je ne suis pas du tout convaincu par leurs résultats », commence-t-il. De manière générale, il ne fait aucun doute que la capacité à apprendre une seconde langue dépend de facteurs cérébraux, qui eux-mêmes dépendent en partie de facteurs génétiques ».

Un point de vue partagé par Christophe Pallier, chercheur CNRS en neurosciences. « Nous avons déjà trouvé des différences anatomiques montrant qu’apprendre une langue était plus simple pour certains que pour d’autres, explique-t-il.

« Mais toute la question est de savoir quels facteurs cérébraux, quels facteurs génétiques, et si les données à l’appui de ceux avancés dans cette expérience sont convaincantes. À mon sens elles ne le sont pas du tout, ni pour la partie cérébrale, ni pour la partie génétique qui nécessiterait de bien plus grands effectifs pour atteindre un niveau de preuve minimal », poursuit Franck Ramus.

« Pour ce type de résultats obtenus sur un petit échantillon, il faut vraiment avoir une réplication » déclare Thomas Bourgeron, Professeur de génétique à Paris Diderot et responsable du groupe « Génétique humaine et fonctions cognitives » à l’Institut Pasteur. » En général, je pense que la très grande majorité des travaux qui ont porté sur les fameux variants génétiques de COMT et BDNF ont été vraiment survendus ».

« Concernant l’estimation d’un effet de la génétique de 46%’ sur la réussite, c’est là un chiffre à ne pas prendre au sérieux », tacle aussi Catherine Bourgain, chercheuse en génétique humaine et en statistiques à l’INSERM. « Pour obtenir ce chiffre en effet, les chercheurs utilisent des méthodes qui supposent que les effets des gènes et ceux de l’environnement sont totalement indépendants.

C’est à dire que l’effet d’un gène ne dépend pas de l’environnement dans lequel grandit une personne. Ce qui est faux en général, et en particulier dans le cas du développement cérébral », lance-t-elle, avant de détailler son explication démontant point par point l’étude américaine. « Il est très possible que ce résultat soit dû au hasard », conclut-elle, affirmant ne porter « aucun crédit à ces résultats ».

Patricia Kuhl admet d’ailleurs elle-même que son étude est « une première tentative visant à étudier les effets combinés du cerveau et des facteurs génétiques dans l’apprentissage. Nous avons encore beaucoup à faire avant de clairement identifier les autres facteurs qui rentrent en jeu. L’apprentissage est très complexe et beaucoup de facteurs environnementaux jouent un rôle », ajoute-t-elle.

Quoi qu’il en soit, apprendre une deuxième langue reste une excellente idée, tant les effets positifs sont nombreux pour les voyages, la carrière, mais surtout le cerveau.

« Nous avons par exemple découvert que les personnes bilingues ont des cortex auditifs plus développés que les monolingue », conclut Christophe Pallier

Comment le cerveau assimile-t-il une nouvelle langue?

Si apprendre sa propre langue est déjà un défi cérébral, alors qu’en est-il quand il faut maîtriser une autre langue que la sienne ? Et pourquoi est-il si difficile d’apprendre une langue étrangère ?

Même si les recherches récentes montrent que de nombreuses régions de notre cerveau s’activent lors de la moindre opération mentale, les fonctions utiles au langage trouvent leur source dans deux aires qui ont donc une importance primordiale :

* l’aire de Wernicke : qui nous permet de comprendre les langues
* l’aire de Broca : qui sert à s’exprimer oralement dans une ou des langues

Rappelons que les cerveaux des enfants élevés dans des milieux bilingues ou multilingues sont un peu dissemblables puisque l’aire de Broca ne distingue pas les langues apprises simultanément. Ce qui explique pourquoi les enfants bilingues n’ont aucun mal à passer d’une langue à l’autre dans une même phrase.

De plus, sachant qu’il y a deux aires cervicales impliquées dans la maîtrise d’une langue, on conçoit alors qu’il soit possible de comprendre très bien une langue tout en ayant des difficultés à la parler. Si cela est votre cas, il est important de faire travailler son aire de Broca en pratiquant l’expression orale.

En effet, la plupart des experts s’entendent sur une chose : l’apprentissage des langues sur le modèle traditionnel ne fonctionne pas au niveau neurologique. En effet, il faut envoyer au cerveau des signaux indiquant clairement que l’on est dans un processus d’apprentissage linguistique, pour que les fonctions dévolues au langage se mettent en activité.

Le fonctionnement du cerveau face à l’apprentissage des langues explique d’ailleurs pourquoi on ne peut pas apprendre une langue comme on apprend une leçon d’histoire, par exemple. Le cerveau a besoin de stimuli indiquant que l’on est dans un processus d’apprentissage linguistique, à l’aide de dialogues oraux, de mises en situation ou de jeux avec les mots, pour activer les aires dédiées aux langues. C’est pour cette raison qu’apprendre une liste de mots comme on apprendrait une liste de dates s’avère bien souvent inefficace sur la durée et fastidieux. Pour apprendre efficacement et durablement, la meilleure méthode reste l’immersion, soit en voyageant à l’étranger, soit en discutant avec des personnes maîtrisant la langue.

Notons également que c’est la mémoire sémantique qui permet au cerveau d’apprendre une langue, de se constituer un lexique et de reconnaître les mots même lorsqu’ils sont déformés ou prononcés avec un accent particulier. Ce répertoire lexical, qui se construit dans l’aire de Wernicke, peut être enrichi à l’infini à condition d’être régulièrement exploité.

Il n’y a donc pas de solution magique pour apprendre une langue, ni de « code génétique national » plus apte que d’autres à l’apprentissage linguistique. Si les Allemands et les Danois parlent l’anglais mieux et plus tôt que les Français, c’est tout simplement parce qu’ils apprennent mieux cette langue. Cela exige de la patience et beaucoup de pratique. Il est donc préférable de faire pratiquer la langue le plus tôt possible, avec différents interlocuteurs, réels et virtuels. L’immersion obligera le cerveau à assimiler plus rapidement et durablement le vocabulaire et la grammaire afin de se faire comprendre des autres.

Plus de la moitié des Français se disent pénalisés par leur niveau en langue étrangère

75 % des parents interrogés pensent que leurs enfants auront un meilleur niveau en langue étrangère qu’eux-mêmes, selon ce sondage commandé par Speaking-Agency.

Et pour cause, le niveau de langue étrangère reste une source d’angoisse pour les Français, selon un sondage mené en février 2014 sur un échantillon de 500 parents âgés entre 30 et 46 ans :

plus de 80 % des adultes interrogés ont appris une langue étrangère à l’école

30 % sont aussi partis en «immersion» à l’étranger

10 % a complété son apprentissage en visionnant des films en version originale

Leur niveau en langue étrangère est néanmoins aujourd’hui faible, débutant ou intermédiaire selon 60 % d’entre eux.

Plus de la moitié ont d’ailleurs conscience que leur niveau est trop faible pour l’usage qu’ils devraient en faire. Ils sont même 60 % à affirmer que cette lacune les a pénalisés au cours de leur carrière professionnelle et souhaitent de ce fait faciliter le futur professionnel de leurs enfants.

De fait, des évaluations récentes du ministère de l’Éducation nationale montrent que le score moyen des élèves en fin d’école primaire a augmenté de manière significative en anglais. L’introduction de l’apprentissage des langues vivantes à l’école primaire, dont la généralisation a débuté en 2007, porte ses fruits.

Le changement des mœurs en France est visible: apprendre l’anglais est devenu une priorité pour les parents. 90 % de leurs enfants ont commencé à apprendre une langue (l’anglais pour 93 % d’entre eux, suivi par l’espagnol à 30 % et l’allemand à 23 %) car il est prouvé que notre cerveau assimile durablement une autre langue que la notre dès la petite enfance.

Notre cerveau réagit aux langues entendues dans la petite enfance et oubliées

Selon des chercheurs canadiens, le cerveau continue à réagir à des sons et tonalités d’une langue entendue et apprise dans la petite enfance mais oubliée ensuite. Des conclusions parues suite à une recherche publiée dans PNAS et qui confirme l’importance des toutes premières années de la vie pour forger les capacités mentales.

Cette expérience a été menée avec des enfants chinois adoptés par des familles canadiennes francophones. « Les représentations mentales créées dans le cerveau d’un très jeune enfant par l’apprentissage d’une langue, peuvent persister à l’âge adulte malgré la perte de la capacité à la parler » expliquent les auteurs, dont Lara Pierce, une psychologue de l’Université McGill à Montréal au Canada.

Pour répondre à cette question, ces chercheurs se sont intéressés à 48 filles âgées de 9 à 17 ans ayant été exposées très jeunes à différents niveaux de français et de chinois.

Ils ont fait entendre à trois sous-groupes des enregistrements de différentes tonalités très caractéristiques du chinois qui n’existent pas en français.

Le premier sous-groupe était formé de jeunes filles nées et élevées dans des familles francophones n’ayant pas appris une autre langue.

Le second ne comptait que des filles adoptées avant l’âge de trois ans par des familles ne parlant que le français et n’ayant plus ensuite entendu ni parlé le chinois.

Le troisième sous-groupe regroupait des filles bilingues adoptées en Chine, ayant appris le français avant l’âge de trois ans et ayant continué à pratiquer le chinois.

Des IRM effectuées lors de la diffusion de ces sons ont démontré que toutes les filles qui avaient exposées au chinois très jeunes avaient une région de leur cerveau active qui ne l’était pas chez les sujets uniquement exposés au français. « Les représentations mentales créées dans le cerveau d’un très jeune enfant par l’apprentissage d’une langue peuvent persister à l’âge adulte malgré la perte de la capacité à la parler », concluent les auteurs de ces travaux.

Conclusion :

Tout le monde le sait : apprendre une langue étrangère est plus facile quand on est un enfant plutôt qu’un adolescent ou un adulte. Ce qui n’empêche pas de nombreuses personne d’un âge plus mur de se lancer dans l’aventure. Mais pourquoi les réussites dans ce domaine sont si inégales d’un âge à l’autre ou entre différents pays, qui plus est, voisins ?

Comme nous avons pu le voir, certains scientifiques ont menés diverses expériences pour arriver à prouver la présence d’un gène qui pourrait être en cause de cette disparité. Mais pour d’autres, seule la motivation et la prise en charge de soi permet d’acquérir une langue secondaire.

Notons que la langue anglaise, si nous prenons l’anglais pour exemple, dans le quotidien de certains pays comme la Scandinavie ou la Hollande est omniprésent notamment lorsque cela concerne les programmes télévisés dont certains dessins animés qui sont diffusés exclusivement en anglais.

Est-ce que cela conditionne les enfants à être prédisposés à être bilingue ? C’est fort probable du fait que, comme nous venons de le voir, précédemment, notre cerveau réagit aux langues entendues dans la petite enfance.

Beaucoup de mystères attendent d’être découvert au niveau de l’apprentissage linguistique, afin d’arriver à des conclusions moins controversées et de pouvoir découvrir si en effet la génétique pourrait avoir un rôle concret à jouer dans ce domaine.

En tout cas une chose est sûre, même s’il le gène COMT influence notre capacité d’apprentissage linguistique, il n’enlève en rien le fait que pour apprendre une langue il est impératif de s’en donner les moyens.

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