A la Une Le Grand Changement Terrorisme

La doctrine Trump, la Syrie, Israël, le Proche Orient

PAR GUY MILLIÈRE LE 24 DÉCEMBRE 2018

La décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie a provoqué une tempête médiatique et une vague d’inquiétude en Israël.

La tempête médiatique était prévisible. Quoi que décide et quoi que fasse Donald Trump depuis qu’il a présenté sa candidature à la présidence, et plus nettement encore depuis qu’il est Président, les grands médias du monde occidental ne peuvent publier un article sur lui sans désinformer, sans insulter, et sans traiter Trump de psychopathe dangereux et imprévisible, d’agent russe ou de débile mental.

La vague d’inquiétude en Israël est pour partie compréhensible : Israël est dans une région dangereuse, entouré d’ennemis menaçants, et a un allié crucial, les Etats-Unis. Toute défaillance de cet allié a des conséquences lourdes, on l’a vu sous Obama. Trump s’est toujours conduit en ami d’Israël, mais une défiance prudente reste.

Ce doit être dit : l’inquiétude est essentiellement infondée.

Pour expliquer, il faut prendre les composants de ce qui se passe un par un.

La décision prise par Trump a été, en fait, prise depuis longtemps et a été annoncée par Trump dès le début de sa présidence, puis annoncée à nouveau il y a six mois. Dire qu’elle est inattendue, surprenante ou choquante implique d’être très amnésique ou d’une abyssale mauvaise foi. Trump a dit que son but en Syrie était de détruire l’Etat Islamique et d’anéantir sa base territoriale, et que lorsque ce serait fait, il retirerait les troupes américaines. L’Etat Islamique est détruit et n’a plus de base territoriale. Trump fait ce qu’il a annoncé. Point.

La décision va-t-elle permettre à l’Etat Islamique de retrouver des forces, voire de se doter à nouveau d’une base territoriale?

La réponse est non. D’une part, l’Iran, la Russie et le régime Assad ne tiennent pas du tout à ce que l’Etat Islamique retrouve des forces et moins encore à ce qu’il se dote à nouveau d’une base territoriale, et vont devoir agir eux-mêmes contre les djihadistes résiduels de l’Etat Islamique. D’autre part, les circuits qui permettaient à l’Etat Islamique de s’alimenter en matériel et de se financer sont détruits : ils passaient par la Turquie et il n’y a plus un seul point de passage reliant la Turquie et les djihadistes résiduels susdits, dont la nocivité est très amoindrie, bien qu’elle ne soit pas inexistante.

La décision va-t-elle renforcer les positions iraniennes et russes en Syrie?

La réponse est non à nouveau. L’Iran subit présentement un processus d’asphyxie mené à bien par l’administration Trump, et l’asphyxie se poursuit. L’Iran affaibli va devoir s’occuper des djihadistes résiduels de l’Etat Islamique pour éviter qu’ils gagnent à nouveau du terrain. La Russie va devoir faire la même chose. Poutine avait commencé à retirer des troupes russes de Syrie, il va devoir réviser ses positions. La Russie n’est guère davantage que l’Iran en position de force : elle vit largement de matières premières énergétiques, et un pétrole à 46 dollars le baril ne fait pas du tout ses affaires (faut-il rappeler que la Russie n’est pas une superpuissance : son PIB représente 20 pour cent de celui des Etats-Unis). Les dirigeants iraniens et Poutine ne sont pas du tout contents de la décision de Donald Trump, contrairement à ce qui se dit ici ou là, et contrairement à ce qu’ils disent eux-mêmes pour ne pas perdre la face.

S’agit-il d’une victoire pour le régime Assad et cela signifie-t-il qu’Assad va rester au pouvoir?

La réponse est qu’Assad a gagné son maintien au pouvoir depuis longtemps : il est assuré de rester à son poste depuis que la Russie est intervenue à cette fin, sous Obama. Ceux qui en sont mécontents doivent adresser leurs griefs à Obama. Il n’y avait de toute façon pas d’alternative à Assad. Une prise de pouvoir à Damas par l’Etat Islamique ? Qui aurait pu oser y songer. Une victoire des forces islamistes sunnites syriennes autres que l’Etat Islamique ? Ces forces sont constituées de djihadistes issus de subdivisions d’al Qaïda et ne valent guère mieux que l’Etat Islamique. Bachar al Assad est un dictateur cruel dans une région où il n’y a qu’une seule démocratie, Israël, et où les djihadistes grouillent. C’est un fait terrible, mais c’est un fait. Bachar al Assad reste et restera au pouvoir. Le but des Etats-Unis n’est plus depuis longtemps le renversement du régime Assad.

Les risques d’une agression iranienne contre Israël sont-ils accrus?

Non. Absolument pas. Ce serait même plutôt l’inverse. L’Iran affaibli doit s’occuper des djihadistes résiduels de l’Etat Islamique et ne peut se permettre d’attaquer Israël. La Russie tient largement la Syrie et ne veut absolument pas d’une agression iranienne contre Israël, car Poutine sait que la riposte d’Israël serait très destructrice. Poutine, en bon machiavélien, veut avant tout préserver le régime Assad qui lui garantit la pérennité des bases russes de Lattaquié et de Tartous, et il ne veut pas de déstabilisation régionale supplémentaire. Il laisse Israël agir contre les installations iraniennes en territoire syrien, et continuera à laisser Israël agir, tant que les actions israéliennes ne menaceront pas le régime Assad, à qui Poutine demande la réserve et la discrétion.

On doit ajouter que l’attitude des Etats-Unis vis-à-vis du Liban vient d’être changée. Depuis les années Obama, les Etats-Unis fournissaient en armement l’armée libanaise, et demandaient à Israël de modérer ses frappes au Liban. Trump vient enfin de modifier les choses : l’armée libanaise est considérée désormais par les Etats-Unis comme un appendice du Hezbollah et une attaque du Hezbollah téléguidée par l’Iran contre Israël sera dès lors considérée par les Etats-Unis comme une attaque libanaise contre Israël : l’armée israélienne a désormais les mains libres pour riposter au Hezbollah. Une attaque du Hezbollah contre Israël aboutirait à la destruction du Liban, avec assentiment américain. Le Hezbollah et le régime iranien le savent. Poutine le sait aussi. L’absence de troupes américaines au sol en Syrie laisse aussi les mains plus libres à Israël pour agir en territoire syrien : des soldats américains ne risquent pas d’être impliqués ou attaqués si la situation devait s’aggraver, et les Etats-Unis auraient le cas échéant (mais improbable) toute capacité d’intervenir.

Les Etats-Unis se comportent-ils moins en alliés d’Israël et sont-ils maintenant moins susceptibles d’être au côté d’Israël si Israël est attaqué?

Bien évidemment non. C’est plutôt l’inverse là encore. Les décisions prises par Trump l’ont été en coordination avec Israël. Les Etats-Unis ont, je viens de le dire, toute capacité d’intervenir sans risques pour des soldats américains au sol et leur capacité opérationnelle, si nécessaire, est immense. Elle repose sur des moyens de bombardement aérien et sur drones et satellites. L’ignorer est ignorer les techniques de guerre du vingt-et-unième siècle. Les Etats-Unis sont plus que jamais alliés d’Israël et prêts à agir contre l’Iran, le Hezbollah, le Liban s’il le faut. Binyamin Netanyahu a répété qu’il avait le plein soutien des Etats-Unis pour mener toutes les opérations qu’il peut avoir à mener.

Les Etats-Unis abandonnent-ils les forces kurdes?

La réponse, là, doit être nuancée. Les Etats-Unis ont appuyé les forces kurdes dans leur offensive contre l’Etat Islamique. Cette offensive était de l’intérêt des forces kurdes qui se sont dotées ainsi d’un territoire autonome. Les Etats-Unis n’ont pas promis davantage et n’avaient pas à promettre davantage. Trump a exigé d’Erdogan qu’il ne mène aucune offensive immédiate contre les forces kurdes et a négocié avec la Russie un rapprochement entre les forces kurdes et le régime Assad, sous supervision russe. Les forces kurdes se sont rapprochées du régime Assad, qui leur garantit une autonomie dans le cadre de la Syrie. Les forces kurdes ont été des alliés tactiques des Etats-Unis. Il n’a jamais été question d’une alliance stratégique. La création d’un Kurdistan indépendant a été laissée de côté au moment de la négociation du traité de Versailles après la Première Guerre Mondiale. C’est tragique, mais c’est ainsi.

Un Kurdistan syrien autonome sous protection de la Russie est ce qui prend forme. Un Kurdistan irakien autonome existe déjà. Il faut ajouter que les forces kurdes incluent des factions du PKK, mouvement léniniste et terroriste que la Turquie considère comme un ennemi dangereux. Erdogan est un tyran islamiste, mais il n’a pas tort de considérer le PKK et une part des forces kurdes comme terroristes. La Russie et le régime Assad devra traiter la question du PKK, et négocier sur ce point avec la Turquie. Les YPG kurdes (“unité de protection du peuple”) sont très majoritairement composées de membres du PKK et de son aile “présentable”, le PYD (“parti d’union démocratique”). Les YPG sont la principale composante des SDF, (“forces démocratiques syriennes”).

Les Etats-Unis accordent-ils un avantage à la Turquie?

La réponse doit être nuancée, là encore. Les Etats-Unis ont obtenu qu’une offensive immédiate contre les forces kurdes n’aie pas lieu. Ils ont obtenu un rapprochement entre les forces kurdes et le régime Assad, sous supervision russe, et l’ont dit à la Turquie. Si les forces kurdes entendent excéder les conditions de ce rapprochement, la Turquie considèrera qu’elle n’est plus tenue par la parole qu’elle a donnée. Trump a, par ailleurs, selon les informations disponibles, exercé un rapport de force avec Erdogan et lui a fait comprendre qu’un rapprochement avec la Russie et l’Iran était incompatible avec le maintien de la Turquie dans l’OTAN et ferait passer la Turquie dans la catégorie des ennemis des Etats-Unis. Il a, en ce cadre, exigé d’Erdogan qu’il renonce à se doter du système anti-missile russe S-400 et se dote du système anti-missile américain Patriot, compatible avec les flottes aériennes militaires américaine et israélienne et naturalisable par celles-ci. Pour qu’Erdogan comprenne, des sanctions contre la Turquie ont été évoquées par Trump. Erdogan ne veut pas de sanctions américaines (il en a eu un échantillon lors de l’emprisonnement du pasteur Brunson, qu’il a rapidement libéré). Il ne se rapprochera pas de la Russie et de l’Iran. Il a tenté d’obtenir que les Etats-Unis lui livrent son ennemi Fethulla Gülen, qui dispose de l’asile politique aux Etats-Unis et jusqu’à nouvel ordre, il n’a pas obtenu gain de cause.

La démission du Général Mattis est-elle un “désaveu” pour Trump?

Non, vraiment pas. Disons que Trump a utilisé les compétences du Général Mattis pendant ses deux premières années de présidence pour restructurer et renforcer les armées américaines affaiblies sous Obama, et Mattis a été utile à Trump. Il est apparu au fil du temps que Mattis était sur une ligne plutôt néo-conservatrice et était partisan du “multilatéralisme”. Des tensions croissantes sont apparues : Mattis était, entre autres, résolument contre le transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem et pour une attitude plus “flexible” vis-à-vis de l’Autorité Palestinienne. Mattis devait être remplacé et le sera dès le 1er janvier. Trump n’est pas un néoconservateur et les néoconservateurs le détestent absolument. Les néoconservateurs restent partisans de changements de régime dans le monde musulman et pensent que la démocratie est compatible avec l’islam. Trump n’est pas partisan de changements de régime et pense qu’islam et démocratie ne sont pas compatibles.

Le “multilatéralisme” implique des négociations et la signature d’accords internationaux limitant l’action des Etats-Unis au nom de la “préservation des alliances”. Trump considère qu’il doit imposer des rapports de force et raisonne en termes d’alliances reposant sur le fait de savoir si un pays est un allié ou un ennemi des Etats Unis. A ses yeux, un allié qui se comporte en allié doit être traité en allié (un allié qui ne se comporte pas en allié doit être traité autrement) et un ennemi doit être traité en ennemi. Un allié peut être un allié stratégique ou un allié tactique. Israël est un allié stratégique. Les pays du monde arabe sunnite sont des alliés tactiques. Des régimes tels que le régime russe sont des régimes ennemis, mais avec lesquels il est possible de passer des accords tactiques. L’Iran est un régime ennemi avec lequel aucun accord n’est possible, jusqu’à nouvel ordre. La Turquie est censée être un allié tactique qui pourrait basculer dans le camp ennemi. Les pays d’Europe occidentale sont censés être des alliés stratégiques mais ne se comportent plus en alliés. Comme je l’explique en détail dans Ce que veut Trump* (dont la lecture est plus que jamais indispensable pour comprendre), Trump ne se considère tenu par aucun accord multilatéral contraignant pour les Etats-Unis. Il juge au coup par coup, et sur les actes.

La France et l’Union Européenne sont furieuses de la décision de Trump.

C’est logique. La France et l’Union Européenne voulaient que Trump reste en Syrie et agisse contre les djihadistes résiduels de l’Etat Islamique pour faciliter les choses à l’Iran. La France et l’Union Européenne restent sur la ligne dessinée par Obama et veulent toujours s’entendre avec l’Iran, que Trump considère à juste titre comme le danger principal dans la région. La France et l’Union Européenne sont contre l’asphyxie de l’Iran que Trump met en place, et voient que l’Iran va être confronté aux djihadistes résiduels de l’Etat Islamique en raison de la décision de Trump.

La France et l’Union Européenne voient qu’Israël va avoir les mains plus libres face à l’Iran et au Hezbollah et sont hostiles aux positions de Trump concernant Israël. Leur fureur est logique. La France voudrait continuer à aider l’Iran en agissant contre les djihadistes résiduels de l’Etat Islamique mais n’en a pas les moyens matériels sans l’armée américaine. Macron vient de dire qu’un allie doit être fiable. C’est risible. Un allié fiable des Etats-Unis ne se place pas du côté de l’Iran des mollahs et du côté du terrorisme palestinien, et un allié fiable des Etats Unis n’insulte pas le Président des Etats-Unis comme Macron l’a fait le onze novembre. Quel imposteur ! La France et l’Union Européenne sont censés être des alliés stratégiques mais ne se comportent plus en alliés, non.

Qu’importe. La doctrine Trump avance.

Le rapprochement entre Israël et les pays arabes sunnites, Arabie Saoudite en tête, se poursuit, tout comme l’asphyxie de l’Iran. Donald Trump va aussi retirer les troupes américaines d’Afghanistan, où elles sont depuis dix-sept ans. Il sait qu’un régime stable et modéré ne pourra pas voir le jour à Kaboul. Il sait aussi que si des bases arrière de mouvements djihadistes formant des djihadistes susceptibles d’agir dans le monde occidental se reforment, quelques bombes américaines les détruiront aisément sans que des troupes au sol soient nécessaires, sinon brièvement. Il sait que si, contrairement à ce qu’il pense, l’Etat Islamique parvient à recréer des bases arrières formant des djihadistes susceptibles d’agir dans le monde occidental, le même traitement américain pourra être administré, et il l’a laissé entendre clairement.

L’argent que les Etats-Unis n’auront pas à débourser (gaspiller) dans des opérations extérieures interminables et vaines sera consacré à construire le mur évitant que l’immigration clandestine, le trafic de drogue et l’entrée éventuelle de djihadistes se fassent par la frontière Sud des Etats Unis. Les Démocrates ne veulent pas du mur, bien sûr…. Les immigrants clandestins sitôt régularisés votent Démocrate, et c’est ce qui compte pour les Démocrates : peu leur importent les autres conséquences.

Les grands médias du monde occidental vont continuer à désinformer, à insulter, et à traiter Trump de psychopathe dangereux et imprévisible, d’agent russe ou de débile mental. C’est normal.

Les grands médias du monde occidental sont peuplés de gens supérieurement intelligents. La preuve de leur intelligence est flagrante : ces gens se sont trompés constamment et sur tous les sujets depuis qu’ils ont commencé leur lamentable existence professionnelle.

Certains “experts” disent à nouveau que Trump est “isolationniste” : préférer des actions ciblées et ponctuelles, mais efficaces, est donc isolationniste ! Intéressant. D’autres “experts” accusent Trump d’être interventionniste de manière dangereusement unilatérale…

Les discours les plus ineptes vont continuer à se tenir. Le dérangement mental anti Trump frappe plus que jamais.

Tout sera fait et sera dit pour abattre Trump. C’est ainsi.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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