Responsabilité face au Pouvoir

La Chine en 2013 ou la Mue du Serpent

Chinese artists perform the lion dance during the opening ceremony of the Spring Festival Temple Fair in Beijingpar Philippe du Fresnay

Le 10 Février 2013 la Chine est entrée dans l’année du Serpent, qui devrait marquer un tournant dans son développement économique.

Les facteurs de croissance que furent l’adhésion à l’OMC en 2001 et une tendance démographique favorable ont généré un élan dont l’inertie s’épuise face à la crise qui frappe l’Europe, premier client de l’Empire du Milieu. Et pour maintenir cet élan face à des citoyens habitués à des années de développement, les autorités chinoises ne peuvent que jouer sur le facteur Productivité en libérant leur marché intérieur des rigidités administratives réminiscentes du communisme.

Plus concrètement, il leur faudrait réallouer au pouvoir d’achat des ménages une plus grande partie des fonds contrôlés par les entreprises d’Etat tout en permettant aux entrepreneurs chinois de faire librement des affaires comme ils le font déjà à l’étranger avec succès. Le Mammouth chinois doit dégraisser pour laisser de la place à l’entrepreneur individuel…

Au cours de la dernière décennie, le ratio de dépendance de la Chine n’a jamais autant baissé. Les baby boomers nés entre 1950 et 1975 sont encore en activité pour la plupart. Puis la Loi de l’enfant unique, appliquée au cours des trois dernières décennies, a amplifié cette transition démographique naturelle en réduisant à sa base la pyramide démographique. Mais cette tendance vertueuse ne peut que s’inverser: le Papy Boom a commencé, et l’enfant unique d’hier va devoir subvenir aux besoins de deux parents, voire quatre grands-parents.

Une telle configuration est imprévisible dans ses effets, car sans précédent. De même, après que la Chine a adhéré à l’OMC il y a dix ans, les multinationales y ont déplacé leur production depuis l’Europe, le Japon et les Etats-Unis. C’est cette destruction créatrice géographique qui a propulsé la Chine aux premiers rangs du commerce mondial et permis une croissance rapide de son épargne, donc de sa masse monétaire. Là encore, le taux de change fixe a amplifié ce phénomène en figeant artificiellement l’inflation qui aurait dû naturellement suivre une telle croissance.

Mais les crises de la dette occidentale signalent la fin de cet essor du commerce avec la Chine :

cela fait des années que les Occidentaux ont recours à l’endettement pour maintenir leur niveau de vie et ils ont été rattrapés par des politiques d’austérité très sévères lors de la crise des Subprimes.

Jusqu’ici l’exportation a appelé l’exportation car la croissance de la masse monétaire générée par l’envoi de ses produits de masse chinois en Occident a été utilisée en partie par Pékin pour investir dans une infrastructure de soutien à la fabrication de ces dits produits, ce qui a fait de la Chine « l’atelier du Monde », où l’on ne compte plus les superlatifs.

Les systèmes de transport, d’énergie et de télécommunications sont devenus très développés, avec il y a encore quelques semaines l’inauguration de la plus longue LGV du Monde entre Pékin et Canton. Mais cette course au développement a engendré une machine productrice qui s’est emballée aujourd’hui : la surcapacité de production est partout. Les usines fonctionnent en flux poussés : on cherche des débouchés aux biens produits, et non des biens en réponse à des besoins.

Les entreprises chinoises expatrient de plus en plus d’employés en Europe pour explorer de nouveaux canaux de distribution, comme en attestent le boom des enseignes de luxe parisiennes auprès d’une nouvelle clientèle chinoise riche.

A l’inverse, il devient de plus en plus difficile de distinguer l’origine d’un produit chinois : les sites de vente en ligne, plus ou moins bien conçus, se multiplient et les techniques de « collaborative sourcing » font qu’un produit, même fabriqué en France, peut avoir été à 80% fabriqué en Chine et terminé localement, mais avec des outils eux-mêmes Made in China.

Un atelier du Monde en risque de surproduction, donc.
Et qui a emprunté au maximum en asséchant les capacités de levier des marchés financiers locaux (la Bourse chinoise est en berne et ne devrait pas s’améliorer en 2013) pour alimenter une bulle spéculative immobilière (certains terrains ont augmenté jusqu’à 100 fois en une décennie).
Le gouvernement, conscient des risques de surchauffe et du besoin d’assainir son système financier, a bien limité les accès au crédit mais au profit non intentionnel des usuriers, à tel point qu’il est difficile aujourd’hui de déterminer la dette intérieure chinoise, entre prêts formels et informels.
Ce qui avait permis la croissance des entreprises chinoises à l’étranger, à savoir les prêts communautaires, se retourne à présent contre elles dans leur pays d’origine : un quart peut être des dettes chinoises ne sont-elles ainsi pas comptabilisées.
Déjà, les ménages chinois sont aussi endettés officiellement que ceux des pays occidentaux, alors qu’ils n’ont pas encore atteint leur niveau de maturité, donc de stabilité, économique. Et la situation des entreprises est pire : les économies des pays développés ont tendance à voir entre 50 et 70% de leur PIB immatérialisé en dette d’entreprise. Mais ce taux est deux fois plus élevé en Chine.
 
Pourtant, ces déséquilibres sont intentionnels et partie intégrante de la politique économique chinoise planifiée : les autorités allouent les ressources du pays via leur impressionnant réseau d’entreprises d’état, qui elles-mêmes passent commande aux PME locales. J M Keynes avait suggéré une politique semblable à Roosevelt dans l’Amérique des années 30 et on ne peut pas reprocher à la Chine de vouloir ses propres Golden Gates.
Mais à force de trop injecter de ressources dans l’économie, les entreprises d’état y perdent en compétitivité. C’est pourquoi, même s’il s’agit de la deuxième économie mondiale en termes de PIB, elle n’a pas beaucoup d’entreprises compétitives à proprement parler. En somme, parce qu’elles font du social, les entreprises chinoises sont moins profitables, et cela reste inévitable dans l’état actuel des choses.
 
Mais ce manque à gagner pour l’Etat paralyse lui-même l’esprit d’entreprise en décrédibilisant la bourse, dont les investisseurs s’éloignent. Jusqu’ici, cette faiblesse des marchés boursiers de Shanghai et Shenzhen était compensée par les autorités locales qui profitaient de l’appréciation en valeur des terrains de leurs régions (dont elles gardent la propriété) pour subventionner les entreprises locales. Mais cette appréciation des prix immobiliers s’est arrêtée en 2012 et commence à s’inverser.
Et si Pékin renouvelle sa politique de stimuli (investissements massifs trans-sectoriels précédés par un effet d’annonce) destinés à soutenir la consommation comme ils l’ont fait lors de la crise des subprimes, le pays pourrait connaitre une crise financière et une dévaluation monétaire majeures car tout le système d’allocation des ressources pourrait ainsi se gripper.
A moins d’une réforme structurelle décisive qui mettrait fin à ces blocages institutionnels chinois : une mutation en profondeur inéluctable qui pourrait avoir lieu pendant l’année chinoise 2013, face aux mouvements monétaires actuels non négligeables que sont la baisse de l’Euro et la hausse du Dollar. Tout dépend de quelle manière le Serpent va muer…
 
(Articlé rédigé par Philippe du Fresnay)

http://www.romandie.com

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