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Feuille de route pour l’Apocalypse : 6 La préparation au Supramental

par Natajaran

alchimie spirituellleCe serait une erreur de considérer que la voie supramentale procède d’une simple accumulation de pratiques dispersées dans d’autres voies, et qu’il suffit de les combiner. Il ne s’agit pas d’un syncrétisme ésotérique, mais toutes les voies se rejoignent finalement au sommet, là où le nouveau pouvoir du Supramental leur confère leur autorité particulière tout en les dépassant toutes, par son caractère souverain et unique. Il domine toutes les autres forces spirituelles dont l’accès a été consigné dans les traditions, et sa hauteur nécessite que de nombreuses conditions soient rassemblées pour y parvenir, conditions qui sont traitées séparément dans l’histoire humaine.

Comme l’action du Supramental est plus complète que n’importe quelle autre, elle exige des instruments d’un certain type, et tandis qu’on pouvait par le passé obtenir certaines réalisations en laissant de côté quelques aspects du développement, cette approche est aujourd’hui insuffisante. Le corps physique doit participer à la manifestation du Divin, aussi des voies plus ou moins méprisées ou abandonnées, dont on ne savait plus vraiment ce dont on pouvait en attendre, peuvent s’adjoindre aujourd’hui à une ascèse radicale, et favoriser, par le bas, c’est-à-dire par l’enveloppe charnelle, l’accès au supramental.

Le hatha-yoga, difficile à pratiquer avec souplesse et détachement à cause de son efficacité rapide sur le plan vital, peut s’adjoindre à un souhait supramental et favoriser l’entretien du corps, à condition que cette démarche respecte la sensibilité même du sujet, afin qu’il intègre son corps dans son identité sans pour autant le confondre avec elle.

Les pratiques d’origine chinoise, dont il faut retrouver l’esprit originel avec une approche plus profonde du yin et du yang, sont d’excellents outils pour apprendre à vivre le moment «tel quel», avec un corps physique réceptif et détendu, et ce travail de déconditionnement nerveux apporte toujours des résultats concluants dans la recherche d’intégrité. La transparence émotionnelle, que des voies abstraites et prétentieuses ou excessivement dévotionnelles, oublient facilement, devient un passage obligé vers le supramental, et si l’attention permanente n’est pas possible, dans une vigilance légère qui suspend la pensée, la méditation peut être utilisée. Elle permet de dévider l’esprit sans vouloir le mener nulle part, fait surgir parfois des contenus psychologiques aberrants ou chaotiques, qui malaxent l’image de soi et la rectifient, si les blessures narcissiques sont acceptées, si le moi accepte de se voir avec ses imperfections, ses failles, ses angles morts, mis à jour par certaines circonstances.

La transparence émotionnelle est aujourd’hui reconnue comme une nécessité évolutive dans de nombreuses voies, taoïsme, tantrisme, psychologie transpersonnelle, tandis qu’elle est au cœur du bouddhisme authentique, où elle se confond avec une pacification du mental qu’elle accompagne, dans le but de parvenir à la claire lumière. Les découvertes transcendantales ont eu lieu partout, et elles ont engendré les enseignements, mais les enseignements n’ont pas lieu de mener aux découvertes transcendantales.

Il y a une perte, un déchet considérable, dans la traduction d’une expérience supérieure en langage didactique, car le langage réduit le signifié au signifiant en perdant toute la saveur du contenu. Il est donc plus intéressant de répertorier les expériences supérieures de la conscience où qu’elles se produisent, en analysant leurs analogies, que s’imaginer qu’il existe de nombreuses différences dans les états supérieurs de conscience en se fondant sur leurs descriptions particulières dans le labyrinthe des doctrines.

Il y a très peu de matériaux à transformer, mais c’est difficile de les soulever tous à la hauteur de la fréquence Supramentale, aussi faut-il, en théorie, s’attaquer à la léthargie du corps physique (tamas) en devenant plus conscient dans le sommeil, tout en modérant le vital et en le purifiant des survivances dynamiques grossières (rajas), sans oublier de faire renoncer le mental à la jouissance des représentations (sattva), qui barre la route à la plénitude de l’état impersonnel, le Soi, au-delà des trois guna.

C’est l’hindouïsme qui aborde la transformation de l’être avec le plus de précision, où l’on trouve d’ailleurs des doctrines aux formes absolument contraires, certaines préconisant que l’éveil ne peut être obtenu que par l’aspiration intense, tandis que d’autres stipulent qu’il faut éliminer tout désir, même celui de se réaliser, pour faire surgir le sujet authentique, libéré de l’intention d’agir pour des motifs personnels, et qui se reconnaît dans la totalité, après l’éclatement de l’ego, par l’accès au Brahman.

Avec le Samkhya, qui permet de prendre conscience en soi de la force des guna, l’observation devient une méthode de progrès spirituels, et rejoint en partie le bouddhisme le plus profond, qui insiste sur la rectification poussée des modes de perception du non-moi avant de s’avancer sur la nature réelle de l’être. Il n’est donc pas étonnant que Sri Aurobindo ait repris en partie ce qu’il pouvait conserver des visions de sagesse antérieures propres à sa patrie, et le système des guna demeure donc opératif à n’importe quel niveau de l’ascension spirituelle, puisqu’il permet de comprendre les frictions fondamentales qui surgissent dans le moi, tiraillé entre l’expansion désirante de rajas, la force d’inertie de tamas constellée d’obscurité et de peurs, et le mouvement sattvique, plastique et idéal, qui manipule l’esprit quand il est capable de se détacher de la culture des besoins propres au moi contingent, hypnotisé par son milieu, son sexe, sa survie matérielle, son mouvement brut vers l’avenir.

On peut donc faire feu de tout bois pour se rapprocher du Supramental, l’erreur étant de se focaliser sur ce qu’il apporte de nouveau tout en oubliant le socle antérieur, immense, sur lequel il s’appuie, une erreur devenue commune, tant l’attrait pour cette réconciliation définitive de la vie et du Divin, de la matière et de l’Esprit, peut être puissant chez des êtres humains qui portent encore en eux la blessure limitative de l’incarnation, et qui cherchent à en guérir.

Se libérer de la pensée pouvait constituer un but exhaustif par le passé en Inde, mais Sri Aurobindo, soulevé par le Supramental, a annoncé que l’être humain pourrait aller plus loin, sans pour autant réduire cette réalisation. Les doctrines et les témoins qui présentent donc le Brahman, le Soi impersonnel, comme la seule vérité exhaustive sont donc aujourd’hui dépassés, par décret divin en quelque sorte, mais ce n’est pas pour autant que la libération de la pensée est dévaluée ou rétrogradée à un niveau inférieur, vu qu’il s’agit d’une réalisation complète, difficile à obtenir, et qui sera, de toute façon, d’une aide infiniment précieuse au réceptif du supramental, dans le cas où celui-ci pourrait être atteint avant la libération, ce qui n’est même pas certain.

Les réalisations classiques n’ont aucunement perdu de leur valeur, mais peuvent devenir des marchepieds, et elles demeurent difficiles à obtenir, puisqu’à travers elles le cosmos opère ainsi une sélection naturelle, qui met la vérité à l’abri des corrupteurs.

La nécessité de se soumettre au plus haut Principe pour évoluer sans détours est indiquée dans de nombreuses voies, parcourt les trois monothéismes de l’Occident, puisque les mystiques n’ont pas caché que leur contact avec Dieu provenait d’une soumission de leur être, en quête de perfection, à ce qu’ils pouvaient concevoir et sentir comme étant pur amour, pure intelligence, pure Conscience.

La soumission caractérise également certaines voies de l’Inde, dans lesquelles le moi procède par amour, ce qui est le seul moyen dans la voie du cœur de ne pas se fourvoyer en identifications inutiles. Mais dans tous les cas de figure, le moi est confronté à la difficulté de vivre le présent «tel quel», comme une source absolue d’informations amenant des remises en question synchronisées avec le grand cœur du réel, et ces remises en question ouvrent des champs plus larges, comme si le moi se dilatait alentour en perdant ses carapaces et ses armes.

C’est là le fond du tch’an, du bouddhisme originel, du zen, du shivaïsme et du tantrisme, du taoïsme, de nombreuses doctrines défendues par des lignées de maîtres en Inde, tels que Nagarjuna ou Sankara, c’est cet itinéraire-là, l’abandon au réel pur qui fait autorité en Orient, et concurrence en quelque sorte l’abandon à Dieu des mystiques, voie dans laquelle de nombreux présupposés sont inutiles pour ceux qui suivent la pure libération de la pensée.

Cette démarche de la reconnaissance exhaustive du présent indéterminé amène nécessairement une image de soi beaucoup plus souple et dynamique, qui devient malléable au fur et à mesure des révélations, et une navette nouvelle entre le moi et le non-moi s’instaure, qui reste imperceptible et inimaginable à ceux et celles qui ne sont pas encore entrés dans le processus d’éveil, puisqu’ils demeurent blindés de certitudes fausses, de projets pesants, manipulés par une résultante particulière des guna, douée de la puissance même de la nature, presque indestructible, et qui ne peut donc être entamée de gré que de l’intérieur, ou de force que par des chocs violents.

L’amant de l’Évolution peut donc préparer son contact avec le supramental sans rien négliger de sa constitution. Il peut s’intéresser au corps physique de près, voir dans les élans mystiques un appel de l’être psychique, et dans l’exigence du déchiffrage du présent la nécessité de se libérer de toute croyance et parti pris sur la nature du Réel et du Divin, qui, à leur sommet, constituent exactement la même chose.

Il n’a pas à délaisser certains aspects de sa nature sous prétexte qu’un travail assidu dans un seul champ peut tout combler, mais c’est au contraire en acceptant toutes les contraintes de l’incarnation, que l’intelligence travaille le mieux, en ouvrant des passerelles entre les guna, en modifiant perpétuellement la navette entre le moi et le non-moi par une évolution fragile de l’image de soi, qui voit surgir les grands archétypes de la personnalité humaine générique, la culpabilité contre l’orgueil, le courage contre la complaisance, l’honnêteté contre l’opportunisme, l’exploratoire contre l’établi, toutes ces séries d’alternatives qui mettent en jeu le libre arbitre, et confrontent le moi au décisionnel pur, celui qui n’est pas dans le prolongement du milieu, ni de l’influence de l’autre, ni de l’autorité extérieure.

L’apprenti peut souhaiter se libérer des projections, mais sans pour autant renoncer à l’intelligence divine, qui possède le pouvoir de ramifier le moi au non-moi ou au Divin par des procédures d’intégration absolue du perçu conforme à la vérité. Les caractéristiques du jnana-yoga n’ont pas à être abandonnées dans ce souhait supramental, puisque la shakti divine agit sans cesse dans le cerveau et produit donc un nouvel intellect, qui continue, quand c’est nécessaire, de former un discours pour se représenter les choses ou les communiquer. La conscience peut aussi se passer de toute forme sémantique, ce qui est de l’ordre supramental, mais le corps humain n’est pas habitué à cela et ce genre de conscience ne peut pas pour le moment s’y maintenir, le cerveau devant apprendre patiemment à supporter la vision dynamique directe, fort différente de la vision statique du Brahman.

À partir du moment où le travail conscient s’effectue sur les trois plans de l’être, les progrès peuvent sans doute se coordonner et préparer un contact avec le supramental, qui lui, ne dépend que du Divin, quels que soient nos efforts, nos souhaits, ou encore notre prétention à en être dignes. Les ruptures de seuil psychologiques, les crises graves, peuvent être absorbées sans dualité. Pour un esprit ouvert, mort et destruction sont des phases d’évolution et non de négation du moi.

C’est donc la complaisance vis-à-vis de soi-même qui empêche de faire des facteurs destructeurs l’occasion de la mise à jour d’une identité plus profonde. Certaines étapes ressemblent véritablement à la mort, mais la faculté de les supporter avec le feu de l’aspiration les transforme en renaissances, et ce principe s’applique dans la voie supramentale physique proprement dite.

Mais il est également possible de ne se concentrer que sur sa propre voie de prédilection, et de la mener à son terme en toute sincérité, ou de mélanger les travaux selon les circonstances et les époques. Il existe néanmoins un grave danger à cumuler des approches sous prétexte d’avoir une démarche exhaustive, celui d’obéir à une construction intellectuelle, qui sabote une partie du ressenti au profit d’une assurance arrogante, fondée sur l’application dans les œuvres. Par le pouvoir de persuasion de l’esprit, il est possible de s’enfermer dans une perfection dite rituelle, n’apportant que des progrès imaginaires.

Ce danger est loin d’être négligeable, et il suffit d’avoir compris l’effet placebo pour se rendre compte que la voie spirituelle, sans une sincérité profonde qui s’attaque aux souches pourries de la généalogie humaine, n’est que le produit de l’imaginaire soudé à la volonté aveugle de réussir, en soumettant le réel au lieu de devenir son complice exhaustif, le Moi voyant, le Moi témoin, dans la coïncidence absolue avec le Tout insécable.

Seules les expériences transcendantes sont le garant de l’orientation exacte de la démarche, et c’est la raison pour laquelle aucun adepte spirituel, de sexe masculin, ne devrait se considérer avec la moindre complaisance avant d’avoir atteint le Soi, mais, pour une raison étrange, la recherche dite spirituelle renforce souvent l’orgueil et la vanité chez les hommes, qui se jugent supérieurs par leur élan cosmique. Aucune adepte ne devrait se considérer avec le moindre triomphalisme avant d’être certaine d’avoir opéré un contact avec l’être psychique.

Tous ceux qui se gargarisent de quelques progrès avant d’avoir franchi les étapes décisives se mettent à l’abri du supramental, qui ne peut agir que sur des êtres qui ont approché l’aspect impersonnel de l’identité, même s’ils ne le maintiennent pas, qui est aussi un aspect universel qui libère de la subjectivité excessive. Les hommes trouvent plus facilement le Soi, les femmes l’être psychique. Le discernement revient plus aisément à l’homme, l’Amour plus aisément à la femme. Dans tous les cas de figure, le discernement doit accéder à l’Amour, et l’Amour au discernement, pour aimanter le supramental.

La polarité sexuelle favorise par elle-même une certaine approche de l’évolution, qui lui est spécifique au départ, mais aucun sexe n’est meilleur que l’autre pour accéder au Divin. Ce sont plutôt les stratégies du cerveau qui diffèrent, et, en cours de route, chaque sexe peut découvrir et annexer les qualités propres du pôle complémentaire. Il est souhaitable d’équilibrer les deux polarités, que l’exercice de l’initiative aille de pair avec une réceptivité profonde, tandis que se complètent la sensibilité qui rattache et qui lie, et la différenciation qui sépare et fournit l’intégrité.

La différenciation forcée peut oublier en cours de route la légitimité de l’incarnation et de la Manifestation, et ne produire que des êtres qui se connaissent eux-mêmes sans savoir participer à l’existence évolutive. À l’inverse, se contenter d’identifications, même en sachant les choisir et en les raffinant au fur et à mesure, ne mène qu’à des états soi-disant mystiques, ou confusément holistiques, dans lesquels le moi se perd de vue hors de cette adhérence de principe au non-moi qu’il cultive, et l’identité profonde peut ainsi être manquée.

Le yin et le yang ne peuvent pas forcément s’équilibrer parfaitement au jour le jour, et il est tout à fait possible de vivre de grandes périodes d’absorption du non-moi, dans une exaltation réceptive nourrissante, puis de revenir à une politique plus fermée d’observation de soi-même et de concentration. Il n’y a pas de règle dans l’art de proportionner le yin et le yang, d’autant qu’il est établi que pour un être conscient, chacun des termes peut appeler l’autre, à l’apogée de sa manifestation, soit vers la décantation après des phases d’ouverture extrêmes, soit vers l’abandon au réel après des phases de structuration intense qui permettent de s’ouvrir sans crainte à de plus vastes explorations du moi et du non-moi.

Certaines périodes sont propices pour se donner sans réserve à l’identification au champ, à l’absorption du non-moi dans le moi (d’autant que tout est le Moi pour qui sait s’y prendre), à la réceptivité qui permet des contacts vibratoires plus fins, tandis que d’autres saisons intérieures appellent le retrait, la distance, une économie relationnelle, un tri conséquent dans l’usage de la durée, ce qui permet au moi de travailler sur lui-même en évitant les circuits de la préhension extérieure pour mieux s’abandonner à son propre mystère, indépendant de toute durée, de tout contexte, de tout projet.

L’univers sensoriel demeure fondamental pour l’évoluteur dans la vie, qui pressent un but dans la manifestation biologique, et s’éprend de la possibilité de recevoir des énergies supérieures. Mais pour jouir correctement d’une réceptivité affinée, il est souhaitable d’avoir un moi profondément enraciné dans le Soi ou l’aspiration divine, afin de limiter les excès toujours tentants de la sensualité et de la complaisance émotionnelle.

Ces deux mouvements exploratoires, vers l’intérieur et l’extérieur, ne sont contraires, incompatibles, ou hiérarchisés que dans des doctrines devenues obsolètes. Il ne s’agit pas de sauver le moi parfait du monde imparfait, ou de sauver grossièrement la vie imparfaite contre l’ascèse trop rigoureuse du moi, mais de reconnaître la possibilité ultime de dépasser tous les contraires, non seulement dans l’unité du moi, mais dans l’unité du moi relié au tout par les espaces de conscience supramentaux.

Sommaire

1 Transformer le champ psychologique

2 L’énigme du Supramental

3 Les polarités inconscientes

4 La représentation du Supramental

5 Les lois de l’évolution

6 La préparation au Supramental

7 Les dangers de nommer la voie

8 Esquisse d’une théorie d’ensemble

Source : http://www.supramental.fr/
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