Nouveau Monde Religion et Tradition

L’Homme Nouveau : Dire STOP au mauvais usage du Feu sacré

par Arouna Lipschitz
Les feux destructeurs emplissent l’actualité. Au-delà de l’effroi et des sentiments réactifs, il nous faut aller chercher au-dedans de nous-mêmes les valeurs pour y répondre.

Selon nos croyances personnelles, que nous appelions étincelle divine ou étincelle de vie cette particule d’esprit qu’il s’agit d’enflammer, l’initiation spirituelle n’a jamais consisté en autre chose qu’à allumer ce feu sacré qui habite tout être humain, le mystique, autant que l’artiste ou l’amoureux en chacun de nous.

Ce feu qui symbolise la vie même est l’élément le plus puissant.

Une flamme faible se traduit par un manque de vitalité, forte, elle nous dynamise. Lorsqu’elle s’éteint, c’est la mort. En même temps, le feu n’a pas tous les pouvoirs. Dans l’univers, comme en nous, il fonctionne en synergie (1) avec nos sentiments (l’eau), nos idées (l’air) et nos comportements (la terre).

Ce sont nos valeurs qui orientent le feu de l’esprit, c’est notre éthique qui, en dernière instance, manifeste notre spiritualité.

En ce sens, il est autant de spiritualités que d’individus, même si le feu sacré est le même pour tous. Ce sont nos sentiments, nos actions, notre visage qui reflètent l’étincelle ou le brasier qui nous habite comme pouvoir de l’esprit, force de vie. Le reste n’est que spiritualité virtuelle…

Face au feu destructeur allumé au-dessus de New York le 11 septembre, j’ai pris la mesure de l’immense responsabilité portée par ceux et celles, accompagnateurs spirituels, enseignants, thérapeutes, communicateurs qui, comme moi, en appellent à la vie intense, à une poétique du sens par l’éveil de ce feu sacré qui inspire l’artiste, ravit le mystique, élève les amoureux, illumine l’existence.

Des ponts multiples

Faut-il, pour éviter les dérives mystiques ou totalitaires, renoncer au désir d’allumer en nous, en chacun, le feu sacré ?

Vaut-il mieux prôner une vie éteinte, végétative, plutôt qu’une vie passionnée, créative ? Faut-il s’éloigner de notre feu intérieur de peur de s’y brûler ?

Au vu des risques de déviation, faut-il enterrer l’exigence de sublimer le prosaïque qui nourrit la survie plutôt que l’enthousiasme, le dynamisme ? En guise d’intensité, faudrait-il se contenter de la course au profit et au pouvoir d’achat, des extases de la consommation ?

Du cœur du silence, de la prière, de la compassion, une réponse est montée.

Laisser aux fanatiques, aux fous de Dieu, le privilège de l’ardeur, de la foi qui déplace les montagnes, parce que la leur a réussi à changer, à jamais, le paysage de l’Amérique et du monde, serait accorder une victoire supplémentaire aux terroristes allumés par un feu malheureusement voué à l’anéantissement, à la folie.

Il faut, pour ne pas tomber dans ce piège, commencer par résister à la tentation des amalgames.

Ce n’est pas le feu sacré qui est en cause, mais l’idée et les sentiments qui l’attisent.

Ce ne sont pas les religions, les spiritualités qui sont en cause mais leurs arrogants, – voire psychotiques – déviationnistes.

Pour y pallier, il faut, plus que jamais, renforcer les ponts de communication, de solidarité, entre le christianisme, le judaïsme et l’Islam, de même qu’entre la pensée spirituelle et laïque… ne pas se tromper d’ennemi.

Les véritables questions sont : Au nom de qui, de quoi, désirons-nous allumer notre feu intérieur ? Au service de qui, de quoi, mettons-nous notre créativité ?

Solidaires d’une même horreur, unis dans le malheur, ne devons-nous pas aussi rester unis, dans les mois, les années à venir, par un même questionnement sur le bon et mauvais usage du feu sacré ? Pourvu que, le temps passant, on n’oublie pas, comme on a oublié après la shoah et après tous les drames qui ont ravagé le monde depuis.

Pourvu que nous ne passions pas cette fois-ci à côté des questions essentielles posées par les guerres dites saintes, celles qui s’approprient Dieu, le bien ou le beau, au nom d’idéologies de mort et non de vie.

Un monde à genoux

En cette heure de vérité pour l’humanité, je prie pour qu’une sérieuse interrogation sur la vision du monde, sur les idées qui inspirent nos actions, les sentiments qui nous enflamment, ne soit pas étouffée par la précipitation, par des pulsions de vengeance qui opposeraient un feu destructeur à un autre. Ce qui ne veut pas dire que justice ne doit pas être faite.

Nous avons depuis trop longtemps remplacé la véritable réflexion: celle qui anticipe sur le long terme, qui pense à prévenir plutôt qu’à guérir, qui tient compte de la dignité de tous, par des décisions rapides fondées sur l’ajustement, le colmatage.

Les gouvernements sont depuis trop longtemps en panne de réflexion, de vision. Trop d’intellectuels, de philosophes, de sages ont, philosophiquement parlant, déserté la politique, au sens large de la vie de la cité. Cela étant dit, il faut aussi reconnaître que dans un monde à genoux devant les dieux de la technologie et du profit, beaucoup de voix ont crié dans le désert… et se sont tues, faute d’oreilles ou écrasées par le sentiment de solitude et d’impuissance.

Aujourd’hui, nous sommes nombreux à pleurer avec les américains. Que nos larmes ne nous fassent pas oublier qu’avec l’Amérique, nous sommes tous confrontés à la responsabilité du devenir de l’humanité, de notre avenir et de celui de nos enfants.

Ayant réalisé que nous sommes tous des cibles potentielles pour un feu destructeur, n’allons-nous pas oublier ce que les « tours foudroyées » nous rappellent : notre interdépendance inaliénable ?

La fraternité n’est pas une option mais une obligation fondée sur la résonance automatique de nos pensées, nos sentiments et nos comportements, sur le réseau de cordes qui nous lie au Tout.

Ce n’est pas une vue de l’esprit, mais une vérité de tous les instants. Sans cette conscience d’unité dans la diversité, aucune action politique ou sociale ne peut prendre en compte la globalité de l’humain dans ses actions.

Et les injustices qui en découlent font forcément boomerang. Un monde plus juste ne peut être que la résultante d’une énergie collective mise en résonance sur les cordes universelles de la conscience.

La guerre ou la paix est l’affaire de tous.

Les larmes qui ont coulé, qui coulent aujourd’hui, ne sécheront jamais tout à fait, mais c’est dans les valeurs de sagesse et de respect de la vie humaine qu’elles réconcilieront raison, esprit et exigence du divin, redonnant au feu sacré sa puissance éclairante, sa puissance de vie.

(1) Association de plusieurs facteurs qui concourent à une action.

Paru au magazine http://www.gproductions.fr/presse

Vu sur http://livreblogdujeudutao.unblog.fr/

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