Infra-monde L'Hologramme Mondes intérieurs

Des Idées et des Mondes – François Brousse – 2ème partie

Conférence de François Brousse à Paris, le 10 décembre 1992

Ciboire

Je vais vous révéler quelques sombres mystères
Un feu d’amour emplit les cieux
Une espérance fabuleuse emplit la terre
L’oiseau de l’infini passe devant nos yeux.

La nudité de l’âme émerveille Cythère
Dieu plane sur le front des dieux
Notre esprit éternel gronde dans les cratères
Des volcans passagers et des soins anxieux.

Jamais ne périront nos célestes egos.
Il suffit d’aimer et de croire
Le sourire de l’invisible est un ciboire.

Ceux qui prêchent l’enfer aux tigres sont égaux
Ils renaîtront parmi les bêtes
Mais la joie insondable enivre les prophètes.

Les Abeilles-mondes

Univers, ô ruche d’où s’envolent les abeilles-mondes !
Elles vont faire leur miel en puisant dans le calice des fleurs énormes,
Les corolles du temps aux millions de couleurs et aux millions de parfums…..

Quand les abeilles-mondes ont transformé leur butin en fluides pyramides,
Elles s’endorment dans la ruche immesurée de l’univers,
ce jardinier du gouffre,
Et la musique des étoiles s’évapore devant la musique intérieure des âmes.

mondes parallèlesMes chers Amis,

Le sujet que je dois traiter ce soir est particulièrement mystérieux et même labyrinthique ; j’ai promis de parler des idées et des mondes.

Qu’est-ce qu’une idée ? Qu’est qu’un monde ?

L’idée est quelque chose de subtil, d’aérien, d’abstrait essentiellement ; elle n’a aucun rapport avec le monde terrestre ; elle est dans l’infini et dans l’absolu.

Le monde est, au contraire, dans le fini et dans le relatif ; on peut dire que le monde est le reflet de l’idée sur les plans inférieurs.

Un autre élément curieux est la multiplicité divine ; Dieu est l’infini, l’absolu, l’éternité, la perfection ; il contient tout dans son orbe gigantesque. C’est ce Dieu qu’il s’agit, si j’ose dire, de connaître de manière intime. Comment y parvenir ?

La plupart des êtres se contentent, à ce propos, de se référer à la Bible et ils admirent béatement le début qui est celui-ci : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ». Immédiatement surgissent de multiples objections. « Au commencement » ; de quel commencement s’agit-il ? Si nous admettons que tout est né à partir du néant, on ne comprend pas grand chose. Comment peut-on faire sortir l’être du néant ?

Par la toute puissance divine, je veux bien, et cette puissance divine sera pleine d’absurdités et de contradictions ; mais enfin, on peut admettre cela de Dieu puisqu’il contient tout ; y compris l’absurdité, et y compris la contradiction. « Au commencement » pose donc de sérieux problèmes.

« Dieu ». Mais quel dieu ? le mot employé est « Élohim » ; or, « Élohim » est le pluriel du mot « Éloha » qui veut dire « l’Esprit ». Par conséquent, cela veut dire « le monde des esprits ». Fabre d’Olivet a proposé de traduire par « Lui, les dieux ». C’est une bonne traduction. On peut également traduire par « le monde des esprits » tout simplement, c’est-à-dire la sphère spirituelle conçue comme une seule entité et qui contient tout en elle.

En somme, le monde ne serait que le reflet des idées éternelles qui sont à la base même de l’univers.

« Les cieux et la terre ». Cela nous choque tout de suite. « Les cieux », cela fait partie des millions et des millions et des millions et des milliards d’êtres qui existent. Les galaxies existent en nombre prodigieux, des millions et des milliards. D’un côté, ces galaxies, et de l’autre côté, la terre… La balance est inégale. La terre n’est même pas un grain de sable au milieu d’un désert immense. Il semblerait que celui qui a écrit cette phrase-là – admettons que ce soit Moïse – ne connaissait à peu près rien de l’ampleur du cosmos. C’est à peu près normal, mais cela nous choque en tant que philosophe. La différence d’amplitude est tout-à-fait consternante ; mais nous l’admettons, d’autant plus que « au commencement », on peut à la rigueur trouver une explication.

On l’explique par la respiration de Dieu. Dieu respire ; Hugo dit que Dieu n’a créé que l’être impondérable, et il ajoute par ailleurs :

« L’infini sans figure au fond de tout séjourne.
Au-dessus du ciel bleu qui remue et qui tourne,
Où les chars des soleils vont, viennent et s’en vont,
Est le ciel immobile, éternel et profond.
Là, vit Dieu. La durée, ainsi qu’une couleuvre,
Se roule et se déroule autour de lui. Son œuvre,
C’est le monde ; il la fait ; l’œuvre faite, il s’endort.
Alors partout s’épand comme une nuit de mort
Où les créations flottent abandonnées ;
Après avoir dormi des millions d’années,
L’être incommensurable à qui rien n’est pareil,
Dont l’œil en s’entr’ouvrant luit comme le soleil,
Se réveille au milieu d’une extase profonde
Et de son premier souffle il crée un nouveau monde,
Création splendide, univers lumineux,
Où l’atome étincelle, où se croisent des feux,
Clair, vivant, traversé par des astres sans nombre,
Qui tourbillonne autour de sa bouche dans l’ombre.
Et puis il se rendort, et ce monde s’en va.
Un monde évanoui, qu’importe à Jéhovah ?
Il est. Lui seul existe, et l’homme est un fantôme.
Pas plus que le soleil ne s’occupe du chaume
Après la moisson faite et les épis coupés,
L’Être ne prend souci des mondes dissipés.
Il est. Cela suffit. Sa plénitude ignore. »
(Victor Hugo – Dieu – L’océan d’en Haut – V)

On peut dire que tous les mystères de la terre et du ciel sont enfermés dans ces vers prodigieux.

Si nous admettons que Dieu a une respiration, « au commencement » pourrait être la création d’un nouveau monde ; mais avant, il y en avait eu des quantités infinies ; puisque Dieu est infini, il est évident que les mondes aussi sont en nombre infini. Puisque Dieu est tout-puissant, il est évident aussi qu’il a toujours créé, et qu’il créera toujours.

Le propre de la divinité est de créer sans cesse ; c’est en ce sens qu’on peut dire que celui qui se rapproche le plus de Dieu est le grand poète, c’est-à-dire le créateur ; celui qui crée essentiellement des choses nouvelles est incontestablement le lieutenant de Dieu et c’est ce lieutenant qui, précisément, doit nous faire comprendre ce que nous devons comprendre.

Il est ce qu’on appelle un Bodhisattva, c’est-à-dire qu’il se trouve à l’intérieur du monde divin, et il n’a nul besoin de le quitter ; s’il le quitte, c’est uniquement par amour, car, s’y trouvant parfaitement bien, on ne voit pas pourquoi il irait plus loin.

C’est le Bodhisattva. Je suis parfaitement heureux d’être dans le monde divin, céleste et paranormal ; mais j’ai pitié des êtres humains, et je viens sur la terre pour leur apporter quelque chose de nouveau. Cela ne lui apporte rien, si ce n’est des ennuis de toute espèce, y compris – cela peut arriver – la mort brutale ; mais cela n’a qu’une importance secondaire. Après tout, si on apporte la lumière, la vie et l’éternité, on peut bien accepter que les hommes ne comprennent pas. Comment pourraient-ils comprendre ?

Krishna a dit qu’un million de vies humaines étaient nécessaires pour atteindre l’illumination. Krishna savait ce qu’il disait. Un million de vies humaines n’est qu’un clin (?) de l’éternité ; c’est très peu de chose, étant donné que, lorsque nous rentrons dans l’infini et dans l’éternité, nous y sommes, si j’ose dire, pour toujours. C’est donc un clin d’œil malicieux qui peut cependant nous paraître terriblement encombrant.

Des textes remarquables parlent de tout cela, et notamment un livre extrêmement curieux qui s’appelle le Kybalion ; le mot « Kybalion » signifie probablement « lumière infinie de Cybèle », c’est-à-dire la nature dans ses extraordinaires et permanentes transformations. Il semble que le livre du Kybalion ait été écrit par trois initiés : le premier initié est Albert Caillet ; le second initié est celui qui avait déclaré qu’il mettrait sur le fronton de son œuvre « un tel, charlatan » ; c’est Papus ; je pense que le troisième initié est un maître de Zoroastre lui-même ; alors nous pourrons parler de Hermès Trismégiste. Ces trois initiés nous ont offert le Kybalion dont nous allons commenter quelques extraits :

« Les lèvres de la sagesse sont closes, excepté aux oreilles de la raison ».

Le mot « raison » commence à nous secouer un peu, car la raison ne nous permet pas d’accéder au divin ; la raison nous en éloigne. Elle nous dira par exemple que toute cause a un effet, ce qui n’est pas toujours vrai, et qu’aux mêmes causes, correspondent les mêmes effets, ce qui n’est pas non plus toujours vrai. La raison est presque le contraire de la vérité ; mais il faut entendre le mot « raison » dans un sens très vaste. La raison est la pensée de Dieu, et Dieu, étant parfait, ne peut avoir qu’une pensée parfaite.

« Rien ne repose ; tout remue ; tout vibre. »

C’est une vérité parfaite. On croit que tout est immobile. Pas du tout. Le moindre des atomes renferme des millions de mondes. D’ailleurs, je propose cette idée que l’atome n’est pas un système solaire comme on l’a dit, mais bien une galaxie avec des millions et des millions de mondes.

Tout remue, tout vibre ; la terre se déplace dans le ciel ; mais, qu’est-ce que le ciel ? Nous pouvons admettre que le ciel est le monde infini et parfait ; mais en réalité, le ciel, c’est le soleil, car c’est autour de lui que tournent les planètes, et on peut admettre que le soleil contient la vérité divine. Il est en quelque sorte une incarnation parfaite du principe éternel.

« Tout est double ; toute chose possède deux pôles, tout a deux extrêmes. »

C’est ce que je vous disais à propos de l’atome ; il existe deux pôles, le pôle du bien, le pôle du mal.

En réalité, il n’y a ni bien, ni mal dans l’infini, puisque l’infini contient toute chose ; il contient le bien, il contient le mal avec cette idée que le mal actuel n’est que la préparation d’un bien supérieur.

En somme, avant d’être, il faut commencer par exister.

C’est la différence entre l’existence et l’être, entre l’essence et l’existence.

L’essence commence toute chose, l’être ne vient qu’après. Hugo disait : « La matière n’est pas, l’âme seule existe. » Je vous rappelle aussi quelques vers de Hugo, qui figurent au commencement de son poème « Dieu » :

« Que ce poème au vol de feu
Effleure le siècle où nous sommes ;
Qu’il passe vite et brille peu
Et qu’à travers l’oubli des hommes,
Sombre, il s’en retourne vers Dieu. »

C’est très beau, et c’est ce que l’on pense de Dieu, car il est impossible de le connaître, mais pourtant, puisqu’il est infini, il doit y avoir la possibilité de le connaître en dehors de l’impossibilité :

« Tout est Dieu. Sache, ô sombre écolier
Qu’on ne monte pas Dieu comme ton escalier ;
Tout est le chiffre. Il est la somme.
Le vers n’est pas plus loin de l’infini que l’homme. »

C’est encore un problème qui se pose à chaque instant : est-ce que, réellement, il n’y a pas une gradation ?

Est-ce qu’on ne passe pas d’un monde à un autre monde ?

On peut très bien passer d’une planète à une autre planète, pourquoi ne passerait-on pas d’un monde à un autre cosmos ? Nous allons en quelque sorte de cosmos en cosmos ; c’est encore Hugo qui a dit :

« Il emplit le plus bas et le milieu,
Et dans les profondeurs, s’évanouit en Dieu. »

Il s’agit du cosmos, et on passe facilement d’un élément à un autre élément. Je vais faire une critique assez inquiétante – au poète, tout est permis – en ce qui concerne les religions : toutes les religions que nous connaissons ne sont que des à-peu-près ; elle sont en quelque sorte, incomplètes. Il y a le catholicisme, le protestantisme, le déisme philosophique, le shintoïsme, le mormonisme, la lumière d’Hammourabi, le chamanisme. Je voudrais démontrer que toutes ces religions sont fausses.

Le catholicisme est fondé sur l’idée d’un enfer éternel ; or, comment Dieu, qui est l’amour infini, peut-il admettre que sa créature souffre éternellement ? Il y a là, une impossibilité totale.

Le déisme philosophique est ce qui se rapproche le mieux, mais il faut connaître Dieu, pas simplement avec la raison, il faut le connaître aussi avec le cœur et avec l’amour. Cela dépasse incontestablement le déisme philosophique.

Le shintoïsme a la particularité de prétendre que tous les êtres, quand ils sont morts, deviennent des dieux. C’est un peu injuste, car le pire des criminels, un fois mort, devient dieu, et à côté de cela, le plus grand des sages, un fois mort, devient lui aussi un dieu ; c’est normal puisqu’il est le plus grand des sages. Mais, qu’il en soit ainsi pour le pire des criminels est contraire à la justice infinie. Le shintoïsme nous paraît tout-à-fait absurde à ce point de vue-là.

Le Caodaïsme admet l’existence de cinq grands maîtres qui sont Bouddha, Victor Hugo, Hermès, Vishnou, le maître des soleils, Amida Bouddha. Toutes ces religions ont la particularité de toucher à l’être infini, mais elles ne peuvent pas arriver à le comprendre. Saint Augustin allait au bord des mers pour essayer de comprendre l’infini de Dieu ; il rencontre sur le rivage un petit enfant qui avait pris une coquille. Il avait mis de l’eau de la mer dans cette coquille et il la mettait dans un trou immense. Saint Augustin lui demande : « Que fais-tu ? » L’enfant répondit : « J’essaye de faire contenir l’océan dans ce petit espace. » Saint Augustin raille, mais l’enfant se dresse brusquement et lui dit : « Et toi, tu prétends bien dans ton esprit contenir Dieu, et c’est encore plus fou. »

Mais revenons aux images du Kybalion que nous allons essayer de résoudre à travers l’infini du temps et de l’espace.

Comment peut-il y avoir un infini dans le temps, puisque le temps est, en quelque sorte, en dehors du temps ?

Le temps n’existe que comme un reflet de l’éternité ; c’est Platon qui l’a dit : « Le temps est l’image mobile de l’immobile éternité ».

Ensuite, qu’y a-t-il encore à comprendre ? Rien. Je vous ai parlé du déisme philosophique ; il faut sentir Dieu avec son cœur, avec son amour et pas simplement avec son intelligence ; c’est le diminuer que de le considérer comme une intelligence pure ; il est plus que cela ; il est l’infini, l’absolu et l’éternité. C’est ennuyeux car, lorsque l’on parle de Dieu, on ne peut penser qu’à ces trois choses ; et encore, elles sont nettement en dessous de la grandeur de Dieu.

Rappelez-vous cette image amusante et inquiétante à la fois, de cet être qui prétendait – c’est une image – que tous les 3000 ans, un oiseau passe et effleure d’un coup d’aile, la montagne de l’inconnu.

Quand il aura réussi – et cela se mesure en millions d’années – à détruire le bloc de l’inconnu, nous ne serons pas plus avancé, parce que Dieu reste dans l’incompréhensible et dans l’absolu de manière permanente.

« Tout s’écoule au dehors et au dedans. Toute chose a sa durée. Le rythme est constant. »

Ce rythme constant nous a permis de faire une très belle prédiction, ….. nous avions dit qu’apparaîtrait un nouveau ….. terre, et qu’il serait un conquérant ….. devait se passer en 1991-1992 ….. ce qui s’est produit. Ce nouveau Bajazet est en effet apparu – vous voyez à qui je fais allusion – et il a créé en quelque sorte un monde nouveau et d’ailleurs très dangereux.

« Toute cause a son effet. Tout arrive conformément à la loi. La chance n’est qu’un nom donné à la loi. »

Comment doit-on procéder pour être chanceux ? Comment attirer la chance vers nous ?

Il existe un moyen très simple : il suffit tous les matins d’absorber la puissance divine ; on l’absorbe par la respiration et on la fait circuler dans tous les chakras de notre être : il y en a environ sept. Par le seul fait de cet exercice, la chance se présente immédiatement à nous, et nous avons toutes les chances de réussir dans n’importe quel monde, dans n’importe quelle dimension, et en dehors de toutes les dimensions.

« Il y a un genre en toute chose. Tout a ses principes masculins et féminins. »

On a pu dire, avec une certaine exagération qu’il n’y avait qu’un seul mâle, c’était Dieu, et tous les autres ne sont que des femelles qui, évidemment, ont pour époux l’Être unique, l’Être absolu, l’Être infini, l’Être parfait, l’Être éternel, c’est-à-dire la divinité.

« L’esprit, de même que les métaux et les éléments, peut passer d’un état à un état différent, d’un degré à un autre. La vraie transmutation hermétique est un art mental. »

Là, il s’agit d’un autre monde qui est la transmutation hermétique. On peut transformer n’importe quoi en or, et en or spirituel. Il est possible de le faire sans trop de dégâts, l’athanor est le corps humain où existent toutes les puissances et où tout peut-être transformé en or.

Supposons que je sois arrivé à un moment donné à le faire ; plutôt que de l’or, c’était de l’argent. L’argent peut être quelque chose de transcendant aussi bien que l’or. Le corps est l’athanor sublime, et il peut vous arriver – cela m’est arrivé, si j’ose dire – de sentir dans votre bouche quelque chose de nouveau. Vous le retirez et c’est un morceau d’or. Cela évidemment n’arrive pas toujours, loin de là ; et par dessus le marché, cet or se dissipe tout de suite ; il ne peut pas être comptabilisé ; il fait partie du monde des idées et non pas du monde de la réalité matérielle.

« Derrière l’univers du Temps et de l’Espace se cache toujours la réalité substantielle, la vérité fondamentale. »

Qu’est-ce que le temps ?

Nous avons vu que c’était très difficile de le comprendre. Si on divise le temps en morceaux, le temps n’existe pratiquement plus. Plus je découpe le temps, moins il existe.

Le temps, l’espace et la causalité n’existent réellement pas. Le temps en lui-même n’est que le tourbillon de la durée ; c’est l’image mobile de l’immobile éternité.

Qu’y a-t-il au-delà du temps ? Si nous continuons, le temps est souvent fondé sur la causalité. Tout a une cause et chaque cause produit l’effet qui est toujours le même ; mais dans ce cas, nous arrivons à l’idée assez fantasmagorique qu’au commencement existe l’éternité, et que le temps lui-même n’est qu’un reflet et qu’un écho de l’éternité. Dans ce cas, à vrai dire, le temps n’existe pas.

L’espace existe-t-il ? Il semble bien que non, car si vous découpez l’espace, vous n’arrivez jamais à le découper parce que l’espace contient toujours quelque chose qui peut être découpé. Vous découpez un espace, mais l’espace restant peut être encore découpé, et ainsi de suite à l’infini.

Cela rappelle l’image de la petite princesse chinoise qui tient, dans sa main, une perle. Si on regarde à l’intérieur de cette perle, on voit une série de cieux, et dans l’un de ces cieux, on distingue une planète ressemblant tout-à-fait à la terre et sur cette terre, on voit une petite princesse chinoise qui tient, dans sa main, une perle. Si on regarde à l’intérieur de cette perle, on retrouve, ainsi de suite à l’infini, la petite princesse chinoise qui a, dans sa main, la perle de l’infini et de l’éternité. Le temps n’existe guère ; l’espace n’existe guère.

La causalité n’existe pas davantage. Toute cause a son effet, et les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dans ce cas, nous revenons à Nietzsche qui pense que, toujours le même phénomène revient.

Nietzsche prétendait qu’il n’existait qu’un nombre limité d’atomes indestructibles, et dans ce nombre limité d’atomes indestructibles, il n’y avait qu’une série limitée de combinaisons ; si grande soit-elle, cette série est limitée, ce qui fait qu’au bout de quelques millions de millions d’années – le temps, si j’ose dire, ne fait rien à l’affaire – les mêmes événements reviendront.

Par conséquent, on fera toujours les mêmes erreurs ; c’est-à-dire qu’éternellement, Jésus sera crucifié, éternellement, Socrate boira la ciguë, éternellement, Napoléon sera vaincu à Waterloo. Ce monde de l’éternel recommencement est un monde effrayant : on ne bouge plus ; c’est ainsi que le discours que je vous tiens actuellement, je vous l’ai déjà tenu il y a quelques millions d’années, et je vous le retiendrai encore dans quelques millions d’années sans que rien ne soit changé. Ce monde est singulièrement inférieur et singulièrement immobile.

Certains ont prétendu qu’il y avait sélection, c’est-à-dire que les choses les plus parfaites subsistaient, et que les autres choses devaient être anéanties. Ce ne serait pas si mal que cela, mais ce serait encore difficile à comprendre ; car si toute chose imparfaite est anéantie, nous arriverons quand même à la perfection, et nous serons tous parfaits, ce qui est quand même une excellente manière de concevoir les choses.

Nous sommes tous parfaits, nous sommes tous des enfants de Dieu, et nous avons cette certitude, parce qu’il est impossible que le mal existe en Dieu, puisqu’il est essentiellement l’amour, la sagesse et la beauté.

Le mal n’existe donc pas en Dieu. Le mal n’est qu’une illusion. Si vous arrivez à comprendre cela, tout dans l’univers peut vous paraître entièrement transformé.

Je crois en effet que le mal est une illusion, car quoique vous fassiez, vous êtes Dieu et vous arrivez à l’infini ; et plus même encore, attendu que le temps n’existe pas, vous y êtes déjà arrivé.

Vous devez comprendre que vous êtes tous des dieux, que vous êtes tous des enfants du Très-Haut. Une fois ceci compris, il semble que le monde s’éclaire d’une formidable lueur, et nous voyons s’éclairer de reflets formidables la vitre de l’éternité ; c’est Hugo, encore, qui l’a dit.

« Dans son essence, le tout est inconnaissable. »

Nous avons vu qu’il était éternel, infini et parfait, et on ne comprend pas que l’on peut connaître cela ; on peut le connaître sans doute en dehors de toute connaissance. Tout est contraire, et par conséquent, tout a son contraire, et par suite, ce qui est contraire peut être connu aussi bien que ce qui ne l’est pas.

C’est assez mystérieux, mais il suffit d’un éclair, d’un coup d’âme ou d’un coup de génie, pour le comprendre. Cela nous arrive à tous ; à un moment donné, nous pouvons avoir une illumination, une illumination qui est le reflet de l’illumination permanente et parfaite.

« L’exposé de la raison doit être reçu avec la plus grande hospitalité et traité avec respect. »

Nous devons avoir le respect le plus grand pour la grandeur divine. Il est en dehors de nous et au-delà de toute illumination.

Peut-être Moïse a-t-il écrit le Pentateuque ? S’il l’a écrit, il n’a pu le faire que sous l’inspiration divine ; mais il est quand même difficile de concéder à Moïse une inspiration divine. Rappelez-vous l’histoire des Madianites qui fut une histoire absolument épouvantable : Moïse avait demandé que tous les Madianites soient massacrés ; cela me paraît incompatible avec l’image qu’un philosophe se fait de la divinité. Effectivement, ils avaient été massacrés et Moïse était venu voir comment la besogne avait été faite, et on lui dit qu’on avait épargné les femmes. Moïse entra dans une farouche colère et il demanda que toutes les femmes soient également massacrées. Il est tout de même difficile d’admettre que Moïse ait été inspiré par Dieu ; si inspiration il y eut, ce fut par les forces infernales et non pas par Dieu.

Moïse serait donc le reflet, le prophète du diable ; mais comme le diable n’existe pas, comme le diable n’est qu’une erreur, qu’une illusion, qu’un fantasme de notre imagination, nous pouvons conclure que tout ce qu’on dit sur lui a été faux.

Il faut remarquer que les Grecs ont été beaucoup plus gentils, si j’ose dire, que la Bible. Les Grecs, avec Strabon, nous disent qu’en réalité, Moïse était un philosophe qui rejetait l’idée que les Grecs se font de la divinité et qu’elle doit être sous une forme humaine.

Moïse rejetait aussi l’idée des barbares à propos de la divinité ; les barbares pensaient qu’elle doit être reçue sous une forme animale. Alors, Dieu n’est ni un homme, ni un animal ; il est une pure intelligence, par conséquent, si nous voulons comprendre Dieu, nous devons développer notre intelligence. Mais immédiatement, tout rentre dans l’ordre, et nous sommes dans l’équilibre de l’univers parfait avec ses trois aspects, l’amour, la sagesse et la beauté. Grâce à ces trois aspects, nous pouvons arriver à entrevoir une lueur de Dieu.

« L’univers est mental ; il est contenu dans l’âme du Tout. »

« La matière n’est pas ; l’âme seule existe. » L’univers est mental et on ne peut le comprendre qu’à travers l’intelligence.

Je répète qu’il existe trois éléments, l’amour, la sagesse et la beauté. Quand ces trois éléments sont réunis en un seul, vous avez l’image concentrée du dieu éternel, infini et parfait.

« Le Tout crée dans son esprit infini des univers sans nombre. »

C’est en ce sens qu’il y a toute une série d’univers ; mais l’univers ne s’est pas formé à un moment donné comme le croient par exemple les Chrétiens ; il est toujours éternel. L’univers n’a jamais cessé d’exister ; il ne cessera jamais d’exister.

Quoiqu’on fasse, avant le temps, il y avait un autre temps ; avant la causalité, existait une autre causalité ; avant l’infini, il y avait un autre infini ; l’univers ne cessera jamais d’exister et il n’a jamais cessé d’exister.

On peut dire que Dieu crée le monde rien qu’en voyant un abîme ; mais mieux que cela, il le crée tout simplement, parce qu’il est Dieu et que Dieu ne peut pas s’arrêter de créer ; de même que le soleil émane toujours ses rayons, de même Dieu crée perpétuellement ; il est donc le grand prophète, le grand poète, le grand peintre, le grand transformateur ; rien n’existe en dehors de Lui.

« Tout est le chiffre ; il est la somme. »

« Les demi initiés reconnaissant la non-réalité relative de l’univers s’imaginent qu’ils peuvent défier ses lois. »

Il existe de nombreux demis initiés. Il en est un, dont je tairai le nom, qui prétend qu’on peut transformer tout à son gré ; il suffit de connaître les lois du cosmos. On peut les transformer pour son plaisir personnel ; cela traduit un développement inouï de l’ego humain alors qu’en réalité, seul Dieu existe ; toutes les autres choses sont des illusions.

Il y a beaucoup d’illusions de ce genre, et peut-être, arrivera-t-on à les transcender les unes après les autres. C’est bien ce qui arrivera, car nous sommes obligés de passer normalement d’un cycle à un autre cycle et, comme nous l’avons vu, nous traversons tous les cycles possibles.

Nous avons actuellement un fantasme qui est en train de se perpétuer. Ce fantasme s’appelle « les enfants du Verseau », parce qu’on est entré dans l’ère du Verseau, ou quand on rentrera dans l’âge du Verseau, on s’imagine que tous les problèmes seront résolus et seuls règneront l’amour, la sagesse et la beauté.

Ceci est inexact. Car le passage d’un cycle à un autre est plutôt une dégringolade. Il y a un élément de chute permanente ; depuis Krishna, c’est-à-dire environ 3000 ans avant Jésus-Christ, jusqu’à nos jours, chaque fois qu’on aborde un nouveau cycle se produit une décadence et une chute. C’est assez normal, nous sommes dans le Kali-Yuga, par conséquent, la dernière des transformations humaines.

Dans le Kali-Yuga, tout est pire que dans les méthodes antérieures. Kali est la déesse de la destruction; il est donc normal d’aboutir, à travers les temps, à la destruction de l’humanité que je place approximativement vers l’an 2015.

C’est bien à ce moment-là que l’univers cessera de pouvoir se maintenir. Il y a, en effet, une espèce d’équilibre entre le maître réalisé et le cosmos. Habituellement, le maître réalisé contient l’équilibre d’un milliard d’êtres humains ; mais s’il y a beaucoup plus d’êtres humains – et cela nous arrivera sans doute vers 2015 où 20 milliards d’êtres humains vivront sans doute sur la planète, et nous n’aurons peut-être qu’une dizaine de grands maîtres – à ce moment-là, le déséquilibre est absolu et l’univers basculera. Il y aura le basculement des pôles et le basculement de toutes choses et nous entrerons dans un nouveau cycle cosmique.

« S’il est vrai que tout est dans le Tout, il est également vrai que le Tout est dans tout. »

Un poème de Hugo m’a toujours amusé :

« …Tu n’as qu’à tracer des portées
Sous les septentrions et sous les voies lactées
Pour lire en même temps au fond des cieux vermeils,
La symphonie écrite en notes de soleils. »

Tout cela est parfaitement vrai et en réalité, nous ne pouvons pas arriver à connaître l’absolu. Nous n’y parviendrons jamais, et cela est très consolant ; Hugo a dit des choses admirables à ce propos :

« L’âme envolée sous les célestes voûtes
À sonder l’infini, passe l’éternité.
[. . . ] Et nous irons tous deux, dans l’espace vermeil,
Lire l’être infini et l’infini mystère,
Vers à vers, soleil à soleil. »

Texte exact :

L’âme, se souvenant de son humanité,
Envolée à jamais sous la céleste voûte,
À franchir l’infini passait l’éternité !
[. . . ] Nous irions tous un jour, dans l’espace vermeil,
Lire œuvre infinie et l’éternel poème,
Vers à vers, soleil à soleil !
(Victor Hugo – Les Contemplations – III – Saturne)

Ceci nous paraît tout-à-fait exact. Le voyage est par conséquent sans fin, mais nous pouvons remarquer des retours permanents pour arriver à ceci : on ne peut regarder Dieu que dans la contemplation ; c’est le seul moyen à notre disposition pour l’observer ; la contemplation, l’admiration et la louange. Il faudrait passer tout son temps à louer, à admirer et à contempler l’infini dans les cieux.

Voici un poème traduisant la certitude que rien dans l’univers ne peut être adopté sans Dieu ; Dieu n’est que le clin d’œil de l’éternité ; quand il cligne de l’œil, les mondes naissent ; quand il cesse de cligner, ils meurent ; mais qu’importe la mort et qu’importe la naissance, car il n’y a qu’un seul être, et cet être est l’absolu. Nous ne pouvons pas en sortir. C’est une espèce de négation suprême. Nous allons lire à présent un poème de Victor Hugo tiré de la Légende des Siècles ; ce poème est intitulé :

Puissance égale bonté

Au commencement, Dieu vit un jour dans l’espace Iblis venir à lui ;
Dieu dit : – Veux-tu ta grâce ? – Non, dit le Mal.
– Alors que me demandes-tu ?
– Dieu, répondit Iblis de ténèbres vêtu, Joutons à qui créera la chose la plus belle.
L’Être dit : – J’y consens.
– Voici, dit le Rebelle : Le rebelle est celui qui se révolte toujours, et c’est le nom même d’Iblis.
Moi, je prendrai ton œuvre et la transformerai.
Toi, tu féconderas ce que je t’offrirai ;
C’est un orgueil démesuré de croire qu’on peut jouer et jouter avec Dieu, et de l’égaler, alors qu’il est inégalable.
Et chacun de nous deux soufflera son génie Sur la chose par l’autre apportée et fournie.

Le diable ou l’esprit de négation, l’esprit d’erreur, se croit capable de jouter avec Dieu ; il ne l’est évidemment pas puisque Dieu est l’infini, l’absolu, l’éternité et la perfection. Il est donc sûr de perdre, mais cependant, son orgueil est tellement grand qu’il suppose qu’il va gagner.

– Soit. Que te faut-il ? Prends, dit l’Être avec dédain.
– La tête du cheval, et les cornes du daim.
– Prends. – Le monstre hésitant que la brume enveloppe
Reprit : – J’aimerais mieux celle de l’antilope.

« Le monstre hésitant » ; hésiter est le fait d’un être qui ne connaît pas, qui doute et une des idées terribles de la divinité est la certitude.

Le diable, si j’ose m’exprimer ainsi, est le doute. Il faut se libérer de la violence, de la méchanceté, de la haine, du doute, et aussi de la peur ; la peur du lendemain, avoir peur de ce que l’on dit, avoir peur de ce qu’on pense.

La peur, la haine et le doute sont les trois formes de l’être obscur et limité. Quand on aura vaincu ces trois forces, on sera l’être illimité et nous aurons le droit de nous dire les égaux de Dieu et nous serons Dieu lui-même.

– Va, prends. – Iblis entra dans son antre et forgea.
Puis il dressa le front. – Est-ce fini déjà ?

Là, c’est une ironie parce que Dieu sait très bien que ce n’est pas fini ; un être comme le diable est bien incapable de faire quelque chose qui soit du plan de l’éternité ; alors, il est obligé d’avoir un certain temps à sa disposition.

– Non. – Te faut-il encor quelque chose ? dit l’Être.
– Les yeux de l’éléphant, le cou du taureau, maître.

L’éléphant représente la sagesse, et je vous rappelle d’autres vers hugoliens assez amusants :

« Ni la tortue ayant sur son écaille ronde
Huit grands éléphants blancs qui supportent le monde. »

Le chiffre « 8 » étant en quelque sorte le symbole de l’infini nous paraît admirablement adapté à ce texte inégalable.

– Prends. – Je demande en outre, ajouta le Rampant,

« Le rampant » est aussi une expression intéressante, car il s’agit d’un être qui ne voit que les choses les plus inférieures ; il rampe ; il n’a pas le coup d’œil ébloui du prophète qui monte au-delà des soleils. Il est, en quelque sorte, le rampant dans tous les domaines ; il rampe dans le domaine intellectuel ; il rampe sur le plan moral ; il rampe sur le plan de la puissance.

Le ventre du cancer, les anneaux du serpent,
Les cuisses du chameau, les pattes de l’autruche.

Voilà toute une série invraisemblable de créations ; que va-t-il sortir de toute cette formidable puissance que Dieu met à sa disposition ? C’est ce que nous allons voir.

– Prends. – Ainsi qu’on entend l’abeille dans la ruche,
On entendait aller et venir dans l’enfer
Le démon remuant des enclumes de fer.

L’abeille est l’image de l’agitation permanente, du travail permanent, et les enclumes de fer traduisent la lourdeur, la pesanteur et l’impossibilité d’aller au-delà.

Nul regard ne pouvait voir à travers la nue
Ce qu’il faisait au fond de la cave inconnue.

C’est ici la dissimulation ; une des erreurs est le mensonge.

Si on est absolument sincère avec soi-même, si on regarde sans attrait comme sans répulsion, on peut aboutir à voir la réalité de l’être, et c’est alors que tout s’illumine d’un éclat surnaturel.

Tout a coup, se tournant vers l’Être, Iblis hurla :
– Donne-moi la couleur de l’or. Dieu dit : – Prends-la.

Voilà qui est une très belle chose ; l’or est en quelque sorte le métal le plus parfait, et la terre tout entière est en train de fabriquer de l’or dans ses profondeurs.

Hugo s’était amusé, si l’on peut dire, à donner une méthode ; il faut ensevelir un rayon de soleil, et dans trois millions d’années, ce rayon de soleil sera transformé en or. Mais il s’agit certainement d’or alchimique ; seuls des alchimistes parfaits sont capables de réaliser ce travail.

Et, grondant et râlant comme un bœuf qu’on égorge,
Le démon se remit à battre dans sa forge ;

Il ne plaît pas à Hugo qu’on puisse égorger des bœufs ; il a déclaré qu’il ne fallait égorger personne, ni homme, ni animal. Remarquons au passage que ce fut ainsi que procéda Mithra pour créer le monde ; il a voulu égorger le taureau de la vie universelle, et de ce sang qui a coulé à travers le cosmos, la vie universelle a été créée ; c’est une belle image qui est juste, dans un certain sens, car la vie universelle est la concrétisation de la pensée de Dieu.

Il frappait du ciseau, du pilon, du maillet,
Et toute la caverne horrible tressaillait ;
Les éclairs des marteaux faisaient une tempête ;
Yeux ardents semblaient deux braises dans sa tête ;

Nous voyons toutes les images de la puissance : la tempête, les braises et le travail lui-même. À travers l’illumination de Dieu, on arrive à découvrir l’immensité divine.

Il rugissait ; le feu lui sortait des naseaux,

Le mot « naseau » nous met en rapport avec les animaux, car seuls les animaux ont des naseaux et non pas les êtres humains. Il semblerait donc que nous ayons affaire aux âmes les plus inférieures du plan animal.

Avec un bruit pareil au bruit des grandes eaux
Dans la saison livide où la cigogne émigre.

Les grandes eaux peuvent êtres les eaux de l’astral. L’astral est toujours représenté par l’eau, par l’océan ; et nous sommes toujours en présence des illusions du monde astral.

Dieu dit : – Que te faut-il encor ? – Le bond du tigre.

On peut quand même le transformer, ce tigre.

Maurice Magre a écrit un roman intitulé Le Tigre ou un titre approchant. Le tigre apparaît comme un être terrible par excellence, celui qui est dépourvu de toute pitié. Lui aussi devra être transformé, car rien ne peut résister au rayonnement de l’être infini, de Dieu.

– Prends. – C’est bien, dit Iblis debout dans son volcan,
Viens m’aider à souffler, dit-il à l’ouragan.
L’âtre flambait ; Iblis suant à grosses gouttes,
Se courbait, se tordait, et, sous les sombres voûtes,
On ne distinguait rien qu’une sombre rougeur
Empourprant le profil du monstrueux forgeur.

Le rouge représente la force et aussi la colère ; si vous êtes environné d’un réseau de colère, la meilleure solution est d’imaginer que le rouge n’existe pas, et vous le remplacez par le bleu, le bleu étant la couleur idéaliste par excellence. Vous envoyez tout ceci autour d’un être en colère, et neuf fois sur dix, il commence à perdre sa fureur.

Et l’ouragan l’aidait, étant démon lui-même.

La conception des démons, ce sont simplement les forces rétrogrades, et les forces destructrices ; tout ce qui nous fait rétrograder et tout ce qui nous pousse à la violence est un reflet des démons, et ces démons d’ailleurs doivent être plus ou moins supprimés ; ils le seront tôt ou tard, car ils rentreront, eux aussi, dans la gloire de l’amour universel ; cela peut prendre des millions d’années, mais c’est inévitable.

L’Être, parlant du haut du firmament suprême,
Dit : – Que veux-tu de plus ? – Et le grand paria,
Levant sa tête énorme et triste, lui cria :
– Le poitrail du lion et les ailes de l’aigle.

Le lion est l’animal noble par excellence ; il est en rapport avec le soleil qui est en rapport avec la divinité. Nous avons ici un être prodigieux qui est à la fois le lion et l’aigle. L’aigle représente le génie, le génie au fond de nous-même, qui nous permet de considérer l’Être éternel et de créer sans cesse.

Et Dieu jeta, du fond des éléments qu’il règle,
À l’ouvrier d’orgueil et de rébellion
L’aile de l’aigle avec le poitrail du lion.
Et le démon reprit son œuvre sous les voiles.

« Sous les voiles », parce qu’il ne sait pas très bien ce qu’il doit faire lui-même. Les voiles traduisent ce qui nous cache absolument Dieu. Il est impossible d’aboutir à voir Dieu, puisqu’il se cache sous les voiles. Tous ceux qui ont prétendu voir Dieu ont été des victimes d’illusions et de fantasmes. On ne peut pas voir Dieu ; il est infini, absolu, éternel, absolu, et tous ceux qui vous disent qu’ils ont vu Dieu sont, ou bien des imposteurs, ou bien des êtres qui se trompent, ou des illusionnés ; il n’y a pas d’autres mots, semble-t-il. Il est impossible de voir Dieu face à face.

– Quelle hydre fait-il donc ? demandaient les étoiles.

Cela nous rappelle la mythologie, avec l’hydre à sept têtes. Chaque fois qu’une des têtes était coupée, sept têtes renaissaient à sa place ; Hercule a trouvé le moyen d’en finir en brûlant la plaie ardente et ainsi, les sept têtes de l’Hydre ne pouvaient plus renaître.

Et le monde attendait, grave, inquiet, béant,
Le colosse qu’allait enfanter ce géant.

Il semblerait normal qu’il y ait une filiation, et que les colosses ne peuvent être enfantés que par les géants ; il y aurait donc une véritable lignée lumineuse et sur normale.

Soudain, on entendit dans la nuit sépulcrale
Comme un dernier effort jetant un dernier râle ;
L’Etna, fauve atelier du forgeron maudit,
Flamboya ;

L’Etna apparaît ; cela nous rappelle une prédiction d’Eschyle. Il avait déclaré que l’Etna se mettrait de nouveau à flamboyer et qu’il ravagerait les plaines larges et fécondes de Sicile. C’est un peu ce qui se passe de nos jours.

le plafond de l’enfer se fendit,
Et, dans une clarté blême et surnaturelle,
On vit des mains d’Iblis jaillir la sauterelle.

Il faut avouer que la sauterelle est quand même un élément prodigieux de destruction ; quand elle s’abat sur un pays, tout est détruit et anéanti. La sauterelle est, comme Attila lui-même, le fléau de Dieu ; la seule chose possible est de la manger ; c’est une vengeance comme un autre, et il semble bien que Jean-Baptiste ait été un mangeur de sauterelles ; ceci est écrit avec netteté dans la Bible.

Et l’infirme effrayant, l’être ailé, mais boiteux,
Vit sa création et n’en fut pas honteux,

« Boiteux », cela veut dire qu’il y a un déséquilibre parfait, si j’ose dire, dans l’univers de l’erreur et dans l’univers de la confusion. En réalité, il faut un équilibre entre les deux forces ; si l’une est déséquilibrée par rapport à l’autre, nous avons affaire à quelque chose d’inquiétant qui touche à l’énigme du mal. Comme disait Hugo avec une espèce d’ironie :

« Je songe au mal, énigme étrange,
Faute d’orthographe de Dieu. »

Il ne faut pas oublier qu’en effet, chaque mot est un verbe, et le verbe est Dieu ; par conséquent, tout ce qui est divin est parfaitement harmonieux et ne peut pas être détruit par un déséquilibre quelconque.

L’avortement étant l’habitude de l’ombre.

Lorsqu’une femme décide de se faire avorter, c’est parce qu’elle n’a pas pu faire autrement ; cela veut dire que toutes les méthodes anticonceptionnelles n’ont pas été efficaces. L’avortement est donc en même temps une erreur et une véritable désillusion.

Cela dit, il semble que l’on puisse avoir le droit, évidemment, de se faire avorter, et ce droit commence a être admis dans certains cas ; il est admis car l’idée d’avortement est entrée dans la législation, et par la suite, c’est un équilibre nouveau qui tend à s’établir.

Il sortit à mi-corps de l’éternel décembre,
Et, croisant ses deux bras, arrogant, ricanant,
Cria dans l’infini : – Maître, à toi maintenant !

On peut défier Dieu. L’orgueil humain, la prétention humaine s’imagine qu’on peut défier Dieu et que Dieu sera obligé d’accepter le défi puisque après tout, le Dieu dont on se fait l’image n’est qu’un homme plus ou moins mal transformé d’ailleurs.

Et ce fourbe, qui tend à Dieu même une embûche,
Reprit : – Tu m’as donné l’éléphant et l’autruche,
Et l’or pour dorer tout ; et ce qu’ont de plus beau
Le chameau, le cheval, le lion, le taureau,
Le tigre et l’antilope, et l’aigle et la couleuvre ;
C’est mon tour de fournir la matière à ton œuvre ;

C’est l’ironie. Chaque être inférieur se croit le droit d’ironiser et de se moquer des autres.

Voici tout ce que j’ai. Je te le donne. Prends. –
Dieu, pour qui les méchants mêmes sont transparents,

Là, il faut savoir que la méchanceté est une opacité. Elle forme comme un écran de ténèbres impénétrables, mais Dieu rend toute chose transparente ; il est la transparence suprême. Il sait ce qui se passe au fond des cœurs et des âmes ; il sait aussi ce qui se passe au fond des pensées. Il est lui-même l’être transparent par excellence.

Tendit sa grande main de lumière baignée
Vers l’ombre, et le démon lui donna l’araignée.

C’est étrange, car l’araignée est considérée comme l’être le plus inférieur ; mais Hugo lui-même a dit :

« J’aime l’araignée et j’aime l’ortie
Parce qu’on les hait
Et que rien n’exauce et que tout châtie.
Leurs mornes souhaits.
[. . . ] Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : – Amour ! »
(Victor Hugo – Les Contemplations – Les luttes et les rêves)

Si on arrive à envoyer suffisamment d’amour à tous les êtres inférieurs, ils vont être lentement et sûrement transformés.

Et Dieu prit l’araignée et la mit au milieu

Du gouffre qui n’était pas encor le ciel bleu ;

. . . En dehors du ciel, et ce gouffre, c’est en quelque sorte le néant ; dans le néant, dans l’être du non-être, il n’y a rien, et par conséquent, rien ne peut en sortir. C’est une absurdité de dire que l’être peut créer le néant, le néant ne peut pas être créé étant donné que, si vous l’appelez « néant », vous lui donnez déjà une qualité, et c’est une espèce d’être, ce n’est plus le néant lui-même.

Et l’esprit regarda la bête ; sa prunelle,
Formidable, versait la lueur éternelle ;

« L’esprit regarda la bête ». J’allais presque dire que nous voilà revenus à Krishnamurti ; c’est-à-dire regarder les choses sans attrait comme sans répulsion, et nous arriverons ainsi à nous connaître intégralement.

Le monstre, si petit qu’il semblait un point noir,
Grossit alors, et fut soudain énorme à voir ;
Et Dieu le regardait de son regard tranquille,
Une aube étrange erra sur cette forme vile ;
L’affreux ventre devint un globe lumineux ;

C’est une transformation complète, une transfiguration. Le mot de l’être, c’est « transfiguration ». Dieu transfigure toute chose ; il crée un monde rien qu’en voyant un abîme.

Et les pattes, changeant en sphères d’or leurs nœuds,
S’allongèrent dans l’ombre en grands rayons de flamme.
Iblis leva les yeux ; et tout à coup l’infâme,
Ébloui, se courba sous l’abîme vermeil ;
Car Dieu, de l’araignée, avait fait le soleil.
(Victor Hugo – La Légende des Siècles – D’Ève à Jésus)

C’est en effet une extraordinaire histoire, et j’ajoute que je suis bien plus sensible à cela qu’à la plupart des paroles de la Thora ou de la Bible. Cette idée prodigieuse nous permet de comprendre la grandeur du génie hugolien ; quand un être finit par se confondre avec la divinité, il devient semblable à la divinité elle-même.

Nous allons terminer, mais si vous avez des questions à me poser, je suis à votre entière disposition.

Q. : Une idée fausse a-t-elle la même nature qu’une idée vraie ?

F.B. : L’idée fausse est quand même une idée aussi bien que l’idée vraie ; et par conséquent, elle est nettement de la même nature, qui est l’idée, c’est-à-dire quelque chose de subtil qui n’a aucun rapport avec la matière et qui est en dehors de tout élément matériel.

« La matière n’est pas, l’âme seule existe. »

Par conséquent, une idée fausse est aussi idéale qu’une idée vraie ; elles n’ont entre elles qu’une seule différence de degrés, mais certainement pas de nature. L’idée est toujours divine.

Q. : Est-ce que la terre a toujours existé puisque les univers ont toujours existé ?

F.B. : On peut dire oui et non ; la terre est une planète, elle existe en tant que telle. Mais avant, il y avait des infinités d’univers, et dans chacun de ces univers, une grande quantité de planètes.

Par conséquent, en tant que terre particulière, elle n’a pas toujours existé ; elle n’existe que maintenant ; mais en tant que planète, elle a toujours existé ; il y a toujours eu des planètes en nombre infini dans le cosmos, et il y en aura toujours ; il est impossible qu’il n’y en ait pas, étant donné la quantité prodigieuse des mondes et la puissance de Dieu dont la nature même est de créer. Dieu ne peut pas ne pas créer, car il est le créateur par excellence. Quand je dis qu’il ne peut pas ne pas créer, il peut tout faire, y compris ne pas être créateur ; il peut tout, rien ne peut l’arrêter.

« Tout le monde est le chiffre, lui, il est la somme. »

Rien ne l’empêche de créer des choses absolument impossibles et contradictoires.

Q. : Quelle est la relation entre l’idée et le nombre ?

F.B. : Dans Platon, il y a quelque chose de ce genre-là, où il déclare que l’idée ne peut arriver à être parfaite que dans le nombre, car le nombre est encore plus lumineux que l’idée, encore plus vaste que l’idée.

En réalité, c’est le nombre qui englobe l’idée ; l’idée est une chose aérienne, si j’ose dire ; elle est parfaite en elle-même, mais elle est soumise au nombre.

Pythagore avait tout-à-fait raison, les idées sont des nombres. Les nombres d’abord existent, puis se transforment en idées, et enfin, l’idée elle-même se transforme en matière, mais ce n’est qu’une dégradation.

Le nombre est ce qu’il y a de plus haut.

Les « Tables de Jersey » ont déclaré que Dieu ne compte que jusqu’à « UN ». Effectivement, en dehors de Dieu, il n’y a rien ; il n’y a donc que « UN », c’est-à-dire Dieu ; le reste n’existe pas, et on ne peut pas compter en dehors de « UN ».

Le « UN », l’unité, est la forme même du nombre, et le nombre est la forme même de Dieu.

Q. : Existe-t-il une relation entre le nombre des mondes et le nombre des âmes ?

F.B. : Étant donné que chaque monde a une âme, il y a autant de mondes que d’âmes. S’il y a une infinité de mondes, il y a une infinité d’âmes. Il existe donc une relation parfaite entre le monde et l’âme ; tout est âme et on peut dire que n’importe quoi possède une âme.

Comme disait Hugo : « Les rideaux de sa chambre ont une âme. » Tout peut avoir une âme, et ce qui est inquiétant, même l’excrément peut avoir une âme, étant donné qu’il y a autant d’âmes que de choses, et qu’il est impossible qu’une chose existe sans avoir une âme. Le nombre des âmes est donc infini comme le nombre des mondes, comme le nombre des choses, comme le nombre des idées.

Q. : En quoi l’idée de sagesse serait-elle inférieure à un nombre ?

F.B. : L’idée est parfaite et par conséquent, elle n’est inférieure à rien, et le nombre est parfait aussi. Les deux, par conséquent, sont toujours concomitants.

Le nombre ne peut pas exister sans l’idée, et l’idée ne peut pas exister sans le nombre. Tous les deux font partie de la grandeur d’Osiris qui a été démembré, et quand on le remembre, il est à la fois idée et nombre.

L’idée et le nombre sont inséparables l’un de l’autre, et il est impossible qu’il puisse y avoir une idée sans qu’il puisse y avoir un nombre, et qu’il puisse y avoir un nombre sans une idée derrière.

Q. : Qui était Edgar Cayce qui a prédit le basculement des pôles ?

F.B. : Cayce est un esprit remarquable ; il était un maître réalisé, et en tant que maître réalisé, il a pu prévoir tout ce qui se passera, et s’il a prédit le basculement de la terre, ce basculement aura lieu.

À quel moment ? Peut-être en 2015, peut-être plus tard. Mais de toute façon, il aura lieu, car cela fait partie d’une loi universelle : la terre bascule et les pôles deviennent l’équateur, l’équateur devient les pôles ; on s’en est aperçu avec la découverte des mammouths au Pôle Nord ; ces mammouths avaient encore dans leur estomac des herbes tropicales ; il semble donc qu’il y ait eu un basculement soudain, et que la terre a été brusquement projetée dans une autre dimension.

Le basculement de la terre fait partie de l’ordre du monde ; à un moment donné, la terre doit basculer, et un nouvel équilibre s’impose. C’est ainsi que la lumière nous semble parfaite. Un équilibre absolu existe dans l’univers.

Le basculement des pôles a été prédit par une série d’êtres ; mais en réalité, c’est une loi. À un moment donné, ils doivent basculer suivant les principes de la raison éternelle, et selon la respiration même de Dieu.

Quand Dieu respire, il aspire l’infini, et quand il expire, il expire l’éternité. Dieu est en quelque sorte la respiration même du cosmos.

Q. : Edgar Cayce a dit qu’il reviendrait à l’époque du basculement des pôles…

F.B. : S’il l’a dit, c’est que, probablement, il va revenir, et je ne vois pas en quoi il ne pourrait pas revenir. Les pôles n’ont pas encore basculé ; attendons qu’ils basculent, et à ce moment-là, nous verrons bien s’il revient. Il reviendra, et il dira nettement qu’il est Edgar Cayce ; on le croira ou on ne le croira pas, car cela fait partie de la liberté humaine.

Trois forces existent dans l’univers ; la fatalité, la liberté humaine et la providence. La liberté humaine est capable de choisir entre la fatalité et la providence.

La fatalité se traduit surtout par les êtres inférieurs comme les grands conquérants qui détruisent les peuples. Attila a dit à juste titre : « Je suis le fléau de Dieu ». La providence arrive avec les prophètes, les mages et les poètes, les philosophes, qui apportent au monde des fragments de la vérité infinie et parfaite.

Q. : Tous les astres sont-ils creux, et ont-ils un soleil au centre ?

F.B. : D’après ce que j’ai pu comprendre, c’est un peu vrai ; à l’intérieur de la planète Terre, il y a un vaste creux avec un soleil autour duquel tournent plusieurs planètes, notamment la planète des Gnomes et la planète des Fées.

Dans la planète des Gnomes, il y a des êtres lourds, mais matériels, et qui connaissent pas mal de choses sur le plan de la science ; et dans la planète des Fées, il y a des êtres aériens qui connaissent énormément de choses sur le plan ce l’esprit ; et ces mondes existent réellement.

Au centre, il y a ce que les savants appellent le « nifé », c’est-à-dire un noyau composé de nickel et de fer ; mais en réalité, c’est bien plus que cela ; tous les métaux sont condensés là-dedans et forment le « nifé », et c’est à travers ce « nifé » que les tremblements de terre peuvent se produire. Il suffit que ce « nifé » se déplace pour, immédiatement, produire par ondulation, des tremblements de terre.

Cependant, le tremblement de terre est quelque chose de particulier ; il marque habituellement la destruction d’un homme exceptionnel.

Quand un homme exceptionnel meurt, la terre se met à trembler ; ce tremblement de terre peu avoir une très grande amplitude, il est habituellement énorme.

Lorsque Déon (??) est mort, il y a très peu de temps de cela, il s’est produit un énorme tremblement de terre dans tous les pays du monde. C’est assez normal, parce que, comme disait Hugo lui-même :

[. . . ]
« Leurs gestes étonnent l’abîme ;
Pendant qu’aux hommes, tourbe infime,
Ils parlent le langage humain,
Dans des profondeurs qu’on ignore,
Ils font surgir l’ombre ou l’aurore,
Chaque fois qu’ils lèvent la main. »
(Victor Hugo – Les Contemplations – Au bord de l’infini – Les Mages)

Ces hommes sont les prophètes.

Q. : Toutes les choses qu’on imagine existent-elles ?

F.B. : Oui, toutes les choses qu’on imagine existent ; car on ne peut tout de même pas supposer que l’infini ait moins d’imagination que vous.

Vous avez beau imaginer tout ce que vous voudrez, tout ce que vous imaginez a existé ou existe dans l’infinité des mondes. Il y a des mondes en nombres infini avec des possibilités infinies et par conséquent, tout ce que vous pouvez imaginer a déjà été réalisé par la puissance créatrice de Dieu.

Tout existe ; tous les mondes furent, sont ou seront ; tout sera réalisé, tout est déjà réalisé. Il n’y a pas de limite à l’infini, car s’il lui manquait quelque chose, il ne serait plus infini, ce qui serait absurde. Vous pouvez me dire que l’absurde lui-même fait partie de l’infini ; oui, mais sous l’angle de la création permanente.

Tout est infini ; tout est absurde, tout est merveilleusement ordonné et harmonieux. Hugo avait dit :

« La calme et sombre nuit ne fait qu’une prière
De toutes les rumeurs de la nuit et du jour.

Nous, de tous les tourments de cette vie amère,
Nous ne ferons que de l’amour. »

Il disait que si on enlevait la griffe du sphinx de Thèbes, on trouverait, sous ce terrible instrument de destruction, un seul mot : Amour.

C’est probablement vrai. C’est à travers l’amour divin que l’on arrive à comprendre l’amour humain, et c’est à travers l’amour divin qu’on arrive à la sérénité éternelle et divine.

Q. : Que devient un être quand il atteint l’illumination ?

F.B. : Il devient l’absolu, il devient l’infini, il devient l’éternité. Je parle de l’illumination permanente. Au lieu d’avoir une conscience limitée, il a une conscience illimitée ; c’est très difficile à comprendre, mais ce n’est pas impossible.

Vous pouvez avoir la conscience d’une plume d’oiseau ; vous en avez conscience, mais vous le regardez ; lorsque vous entrez dans l’illumination, vous avez conscience de l’infini.

L’infini n’ayant aucune limite, par conséquent, votre conscience n’a pas de limite, et j’ajouterai, comme le disait Hugo à un certain moment, que l’infini doit avoir un Moi, c’est-à-dire une conscience ; car si l’infini n’avait pas conscience qu’il est infini, il lui manquerait quelque chose pour être infini ; il lui manquerait la conscience de l’infini.

Par conséquent, l’infini existe, et il a la conscience de tout, même de l’inconscient, car si l’infini n’avait pas conscience de l’inconscient, il ne serait pas infini ; il lui manquerait un élément pour l’être ; or, puisqu’il est infini, il a tous les éléments, y compris l’élément de ne pas être infini si j’ose dire.

Q. : Est-ce que l’être réalisé devient un avatar ?

F.B. : Oui, incontestablement ; maintenant, il peut devenir un Bodhisattva, c’est-à-dire qu’en tant qu’avatar, il peut rester dans l’infini, dans l’absolu et dans la perfection ; mais il peut aussi décider de devenir un Bodhisattva ; il est livre comme tous les êtres réels ; c’est l’être le plus réel qui soit.

S’il décide, il peut très bien devenir un avatar et un Bodhisattva ; il s’incarne volontairement sur la terre, rien ne l’oblige à cela – c’est la puissance de la volonté – de manière à apporter à l’être humain un peu plus d’amour, un peu plus de sagesse, un peu plus de beauté, et cela gratuitement, car en réalité, il ne lui en sera pas tenu compte.

C’est en dehors de tout. Il pouvait le faire, il pouvait ne pas le faire. Il l’a fait et c’est alors une merveilleuse puissance divine. Mais après tout, l’avatar qui ne s’incarne pas est pareil à l’avatar qui s’incarne, car nous sommes dans le domaine de la divinité, autrement dit, de l’absolu.

Q. : Quelle différence existe-t-il entre Dieu et un être totalement réalisé ?

F.B. : Je dirai qu’il n’y en a aucune ; Dieu est l’être totalement réalisé. C’en est un. Il n’y a plus que la réalité Une, c’est-à-dire la réalisation divine dont fait partie Dieu et dont fait partie l’être réalisé. Il est devenu Dieu, c’est là la grande et formidable astuce ; nous devenons tous Dieu. « Nous sommes tous des dieux, nous sommes tous des enfants du Très Haut », c’est ce qu’avait dit Salomon dans un des psaumes ; c’est parfaitement exact ; nous devenons Dieu, et en devenant Dieu, nous sommes Lui ; il n’y a plus la moindre différence entre Dieu et nous ; c’est pour cela que nous sommes complètement libérés. Tant que nous sommes sur le plan terrestre, nous ne le sommes pas ; mais quand nous sommes sur le plan divin, nous le sommes incontestablement.

Q. : Existe-t-il un nombre limité d’avatars ?

F.B. : Effectivement. L’avatar est programmé, si j’ose dire, par la raison universelle et divine pour faire équilibre à un milliard d’êtres humains. On peut donc dire qu’il y a un nombre limité d’avatars sur la terre, mais il ne faut pas oublier qu’il y a un nombre illimité de planètes, et par conséquent, dans chacune des planètes, il y a encore des avatars, et puisque le nombre des planètes est illimité, le nombre des avatars est illimité, lui aussi.

Rien ne peut empêcher Dieu de créer perpétuellement, pas même lui. Et lui aussi, il peut s’empêcher de créer, et alors, nous avons affaire à une grande période de repos où, semble-t-il, rien n’existe. C’est l’idée du néant. Mais si on arrive à nommer le néant, cela prouve qu’il est une chose et qu’il a cessé d’être le néant. Il y a donc un nombre illimité d’avatars, dans le passé comme dans le futur, car lorsqu’on vous dit qu’il est impossible d’être dans le présent et en même temps dans le futur, c’est inexact.

On peut être dans le présent, et on peut être dans le futur ; rien ne nous empêche d’être et de créer. On peut être ici et, en même temps, ailleurs. On peut être maintenant, et en même temps, demain, et en même temps, autrefois ; rien n’est limité devant la divinité et l’absolu.

Q. : Avant la chute, Lucifer était-il considéré comme un être réalité ?

F.B. : D’abord, Lucifer est un mythe ; il n’a probablement jamais existé, et de toute manière, même s’il était le plus grand des archanges, il n’était pas Dieu, et seul Dieu est totalement réalisé.

Donc, Lucifer n’a jamais été considéré comme un être réalisé, ni mythologiquement, ni logiquement ; il ne pouvait être que non-réalisé, puisque le seul réalisé, c’est Dieu, et s’il était réalisé, il aurait été Dieu, ce qui n’est pas mal, mais Lucifer n’est qu’un mythe. S’il avait été Dieu, il n’aurait jamais été Lucifer, et il n’aurait jamais fait le mal, car l’image même de Dieu est la bonté suprême, l’amour universel ; c’est à la fois la bonté, l’amour, l’intelligence, la sagesse et la beauté. Il ne pouvait donc pas être Dieu.

Q. : Quelle est la différence entre la réalité et l’illusion ?

F.B. : La réalité est ce qui existe réellement, et l’illusion, c’est ce qu’on croit qui existe, alors que cela n’existe pas.

La réalité, c’est Dieu ; l’illusion, c’est le diable. La différence est absolue. L’un existe, il est l’être réel par excellence, et l’autre n’existe pas. Il existe quand même en tant que création mentale, et, par conséquent, il n’est pas un néant, mais il n’est pas la réalité suprême.

Tout ce dont vous avez l’idée existe, et par conséquent, tout, même l’absurde, existe ; même l’incomplet existe, même le disparate existe, même le contradictoire existe, car Dieu est l’existence absolue, il contient dans son infini toutes les choses présentes, passées, futures et même intermédiaires.

Q. : Comment expliquer la pensée de Rudolf Steiner qui parlait souvent de Lucifer et d’Ahrimane ?

F.B. : D’abord, je vous dirai que Rudolf Steiner n’est pas un maître absolu et qu’il peut se tromper. Ce qu’il a fait entre Lucifer et Ahrimane est intéressant, c’est au fond la différence entre le conscient et l’inconscient.

Lucifer est conscient, et Ahrimane est inconscient.

Si Lucifer est conscient, il a donc une supériorité sur Ahrimane qui, lui, est inconscient, et il peut, par conséquent, le dominer et le transformer, attendu que la conscience est nettement supérieure à l’inconscience.

Cette idée de Steiner est extrêmement intéressante. Un de ses disciples plus ou moins conscients déclarait qu’il fallait que le mal existe et que le mal faisait partie de l’essence même de Dieu.

Le mal ne fait pas partie de l’essence de Dieu, et il en fait partie aussi puisqu’il est infini. Mais avant de savoir si le mal triomphera ou non – cependant, il ne peut pas triompher puisqu’il est le mal – voyons en quoi consiste ce mal.

Le mal est le désir de détruire, le désir de destruction. Si le mal est cela, il finira par se détruire lui-même pour arriver à la perfection ; il arrivera un moment où le mal se détruira lui-même, et par conséquent, cessera d’exister.

Ahrimane est quand même inférieur à Lucifer, puisque Lucifer est la conscience, et même la conscience de l’inconscient, tandis qu’Ahrimane n’est jamais que l’inconscient, sans conscience ; il semble donc que Steiner ait raison, en quelque sorte.

Nous allons nous arrêter, et nous vous remercions d’être venu avec autant de fidélité à l’écoute des transformations et des bizarreries de l’infini, de l’inconscient, du supraconscient, et de Dieu lui-même qui est la synthèse de tout, et même la synthèse des synthèses, et la synthèse des analyses destructrices des synthèses. Je vous remercie de votre patience et de votre amitié.

Idée

Comment te nommerai-je, Idée ?
Tu luis comme la lune orange à travers le treillis des forêts cambodgiennes ;
Tu mets ta main immatérielle sur le masque de marbre des penseurs obstinés ;
Tu découvres le tourbillon des galaxies dans l’effarement des nuits aux sonnailles d’astres ;
Tu épanches tes baisers délicieux et terribles sur le cœur des rêveurs bouillonnants de ferveurs;
Tu vas sur la montagne encapuchonnée de folies, à la rencontre de l’Éternel vagabond;
Les clous de la Croix ont tracé un triangle de sang sur ta joue de pâle aurore ;
Ta robe jette sa traîne de fumée dans l’alambic où la magie couve le métal-roi et les sinueux homonculi ;
Ta couronne d’or allume dans les âmes des cercles de feu qui chatoient pour l’éternité;
Ton sceptre est un bijou cosmique où sourient toutes les gemmes de la tendresse et de l’ivresse ;
Tu descends comme la foudre parmi les obscurs fantômes qui s’effeuillent ;
Ton cheval aux crins de soleils mène les armées de l’homme à la conquête de la cité des dieux ;
Lune, main, œil errant, baisers fous, amoureuse de Dieu, sœur du Christ, épouse des mages, couronne ivre, sceptre en délire, feu créateur et fécondateur, conquérante de l’abîme ;
Comment te nommerai-je, Idée…

L’Ancien des Jours

Lorsque l’Ancien des Jours, qu’entourent les éclairs
Descend sur la falaise,
Un vent prodigieux venu du fond des mers
Fracasse les mélèzes.
Géants déracinés, ils tombent hautement
Sur ces âpres rivages,
Tandis que les loups noirs aux yeux de diamant
Poussent des cris sauvages.
Mais le maître des cieux, le roi des profondeurs
Dans sa gloire demeure.
Et nul ne sait pourquoi, dévoilant ses splendeurs
Il a choisi cette heure,
Ni pour quelle raison il a voulu ce lieu,
Cette simple colline…
Le Sage a révélé le formidable feu
De sa face divine !

Retranscription directe, non corrigée par l’auteur

Conférences

François Brousse a donné plusieurs centaines de conférences en France et dans quelques pays limitrophes. Ces conférences ont toujours été ouvertes au public, et non réservées à des membres ou « initiés ». Poursuivant son métier de professeur de philosophie, l’auteur tenait à s’adresser à tous les publics sans distinctions.

Les sujets sont d’une incroyable diversité, aussi une sélection d’une cinquantaine de conférences est proposée sur support cassettes audio, et progressivement transférées sur CD (indication mentionnée).

SOURCE – http://www.licorne-ailee.com/

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