Parasha de la semaine TORAH

Déluge lunaire, année solaire

Comment un an plus onze jours font un an

APRÈS-LE-DÉLUGE-2Vous avez décidé de consacrer du temps à votre famille quand le téléphone sonne. Naturellement, c’est une urgence au travail qui exige votre présence immédiate. Vous avez réservé votre soirée pour une activité bénévole dans votre communauté. Au lieu de cela, vous la passez avec votre ami mécanicien à traiter une nouvelle crise de votre voiture.

Heureusement, peu d’entre nous ont eu à faire face à un véritable « déluge » dans lequel des torrents d’eau menacent d’engloutir notre maison. Mais nous savons tous ce que c’est que d’être noyés dans les préoccupations de la vie matérielle, d’être submergés par toutes sortes de choses qui nous accaparent au moment même où nous parvenons enfin à nous mettre aux choses qui nous sont réellement importantes et précieuses.

Les Maîtres ‘hassidiques expliquent que c’est là l’expression contemporaine du grand Déluge décrit par la Torah dans les septième et huitième chapitres de la Genèse.

Un des fondements de l’enseignement ‘hassidique est en effet que la Torah est éternelle, et ainsi que les événements « historiques » qu’elle relate sont des éléments constants de la réalité de nos vies.

Le déluge de Noé est l’archétype de l’épreuve à laquelle nous sommes tous confrontés : celle du déluge des préoccupations matérielles qui menace d’étouffer la flamme de l’aspiration spirituelle de notre âme.

Nos Sages nous disent en effet que le Déluge de Noé débuta par une pluie tout à fait ordinaire, que les mauvaises actions des hommes de ce temps conduisirent à s’aggraver jusqu’à devenir un déluge. En d’autres termes, lorsque leurs proportions sont justes, lorsque leur objet est d’être un moyen de parvenir à une fin supérieure, les eaux de la matérialité sont des pluies bénéfiques et revitalisantes. Mais si on leur permet de déborder de leurs limites, elles deviennent un déluge destructeur.

Le sens profond du Déluge de Noé est également illustré par le fait qu’il commença et s’acheva au second mois de l’année juive, le mois de ‘Hechvan.

Le premier mois de l’année, le mois festif de Tichri, est tout entier consacré à des buts spirituels : le renouveau de notre soumission à la souveraineté divine à Roch Hachana, se repentir de nos manquements à Yom Kippour, célébrer notre unité en tant que peuple et la providence divine dans nos vies à Souccot, se réjouir de notre lien à la Torah à Sim’hat Torah.

Le mois suivant, ‘Hechvan, marque le retour à la routine de la vie matérielle. En ‘Hechvan, la pluie commence à tomber en Terre Sainte après les six mois sans pluie de la saison d’été, ce qui signifie le retour à une vie qui tire sa subsistance de la terre. Ce n’est pas une coïncidence que ‘Hechvan (appelé aussi Mar-‘Hechvan, mar signifiant à la fois « amer » et « eau ») est le plus ordinaire des mois : le seul mois de l’année totalement dénué de fête ou d’occasion particulière.

Le calendrier juif

Le Déluge de Noé commença le 17 ‘Hechvan de l’an 1656 depuis la Création et finit le 27 ‘Hechvan de l’année suivante.

Les commentateurs bibliques expliquent qu’il dura exactement un an et que la différence de onze jours dans les dates représente les onze jours qui séparent l’année lunaire de l’année solaire.

Ceci reflète le fait que les différentes composantes du calendrier sont basées sur différents cycles naturels qui ne se prêtent pas facilement à la synchronisation.

Le mois provient du cycle lunaire de 29,5 jours autour de la terre ; l’année, du cycle solaire de 365 jours. Le problème tient au fait que les 12 mois lunaires font 354 jours, soit onze jours de moins que l’année solaire.

Face à cet écart, la plupart des calendriers ignorent tout simplement l’un ou l’autre de ces « gardiens du temps » célestes.

Par exemple, le calendrier grégorien (qui a acquis un statut quasi universel) est basé uniquement sur le Soleil. Ses 365 jours sont divisés en 12 segments de 30 ou 31 jours, mais ces « mois » ont perdu toute trace de leur lien originel avec la Lune. Il y a aussi des calendriers (comme le calendrier musulman) qui sont basés exclusivement sur la Lune, et dont les mois sont ainsi parfaitement coordonnés avec les phases de la Lune. Douze de ces mois sont considérés comme une année, mais ces « années » n’ont pas de lien avec le cycle solaire (ainsi, une date donnée d’un tel calendrier tombera certaines années en plein été, et d’autres années, au milieu de l’hiver).

Le calendrier juif a ceci d’unique qu’il entreprend de concilier les cycles temporels de la Lune et du Soleil.

En employant un cycle complexe de 19 ans dans lequel les mois alternent entre 29 et 30 jours et les années entre 12 et 13 mois, il fixe ses mois selon la Lune et ses années selon le Soleil, combinant le temps lunaire et le temps solaire en un système unifié qui préserve l’intégrité de chacun.

Car le Soleil et la Lune représentent les deux facettes d’une dichotomie qui divise pratiquement chaque aspect de notre existence.

Une dichotomie dont nous devons respecter et préserver les différences, même lorsque nous les incorporons dans une approche cohésive de la vie.

Lumière et obscurité

À d’autres occasions, nous avons déjà exploré différents aspects de la polarité lune/soleil : le contraste entre la sécurité et la cohérence de la tradition d’un côté et le désir de changement, d’innovation et de créativité d’un autre côté ; la dynamique homme/femme, qui nous pénètre de la passion de donner et de prodiguer d’un côté, et de la capacité d’accepter et de recevoir d’un autre côté.

Cette fois-ci, nous allons développer un autre aspect de cette dualité cosmique : celle de l’esprit et de la matière.

Le spirituel et le matériel sont souvent comparés à la lumière et l’obscurité.

De nombreuses religions et approches morales considèrent le spirituel comme étant éclairé, vertueux et désirable et l’aspect physique et matériel de la vie comme relevant des « forces des ténèbres ».

La Torah, elle, a une conception différente de la spiritualité et de la matérialité. Une conception incarnée par le modèle solaire/lunaire.

Le soleil est un corps lumineux alors que la lune est un sombre amas de matière. Pourtant, ils sont tous deux des luminaires. Ils constituent tous deux des sources de lumière, la différence étant que la lumière du Soleil provient de lui-même alors que la Lune illumine en recevant et en réfléchissant la lumière du Soleil.

La spiritualité est une effusion directe de lumière divine. Quand nous étudions la Torah, quand nous prions ou quand accomplissons une mitsva, nous sommes en contact direct avec D.ieu, nous révélons Sa vérité dans le monde. Mais chacune des pensées de l’homme n’est pas directement liée à la Sagesse divine ; tous les mots que nous prononçons ne sont pas des prières ; tous nos actes ne sont pas des mitsvot. D.ieu a fait de nous des créatures matérielles, contraintes à consacrer une part considérable de notre temps et de notre énergie à la satisfaction d’une multitude de besoins matériels. Ainsi, une grande partie de notre vie est « lunaire », constituée de la « matière sombre » des nécessités profanes.

La matière sombre, cependant, ne signifie pas nécessairement qu’il y a absence de lumière.

Il peut s’agir d’une matière noire comme la Lune qui soit un vecteur de lumière. C’est en fait une question de positionnement.

La Lune est une matière sombre positionnée de telle sorte qu’elle renvoie la lumière du Soleil en des endroits ou celle-ci ne peut pas parvenir lorsqu’elle provient directement de sa source.

Placées dans le contexte approprié, les activités matérielles de la vie peuvent amener la vérité divine dans des lieux qui, en eux-mêmes, ne sont pas dans la « ligne directe » de la spiritualité et de la sainteté. Les gains issus d’une surcharge de travail incontournable peuvent se traduire en ressources supplémentaires pour des œuvres charitables. La virée imprévue chez le mécanicien peut être le début d’une nouvelle amitié et d’une influence positive sur son prochain.

Une année complète

Notre vie comprend à la fois une trajectoire lunaire et une trajectoire solaire : un chemin de progrès spirituel et une route d’initiative matérielle.

Ces orbites ne sont pas parallèles : parfois elles se heurtent, engendrant conflit et dissonance. La solution simple serait de suivre une route unique et de choisir un cheminement dans la vie d’inspiration uniquement « solaire » ou « lunaire ». Mais le calendrier juif ne recherche pas la solution simple.

Notre calendrier exige de nous d’incorporer les deux systèmes dans notre traversée du temps : que nous cultivions un moi solaire – des pensées et des sentiments, des actes et des initiatives, des moments et des occasions de pure spiritualité ; et en même temps, que nous développions une personnalité lunaire – une vie matérielle à même de refléter et projeter notre autre moi, notre moi spirituel.

C’est aussi la leçon implicite de la durée de 365 jours du Déluge de Noé.

Le déluge des préoccupations matérielles qui menacent de submerger notre vie peut être maîtrisé et sublimé.

Le Déluge peut être réconcilié avec le calendrier solaire et faire partie d’une « année complète » dans laquelle le temps solaire et le temps lunaire convergent et où la Lune reçoit et transmet la lumière du Soleil.

Adapté des enseignements du Rabbi de Loubavitch par Yanki Tauber

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