Annik De Souzenelle Kabbale

Cerveau droit et cerveau gauche

Par Annick de Souzenelle

L’ébauche d’un dialogue entre la Science et la Tradition

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! dit Jésus !

« L’Evangile est semé de cette injonction divine que déjà Israël faisait sienne : Ecoute Israël. . . »

Quelle est donc l’oreille qui peut entendre ?
Quel oeil, capable de voir ?
Et quel est le coeur suffisamment ouvert pour comprendre ?
Il semble que nos sens épris, du réel immédiat, épris du connu, ferment leurs capacités détectrices de l’essentiel !

Lorsque j’interroge la Bible en portant sur elle le regard que je posais jadis sur l’être aimé dont le mystère me restait scellé, je me vois, femme du XXe siècle obligée de me dépouiller du siècle pour entrer dans la verticalité de mon être et me couler dans l’axe de l’instant-éternité.

Je sens que ce n’est pas en m’arrêtant au mot écrit dans sa représentation première que je peux appréhender le texte, mais en le pénétrant, en épousant le souffle qui l’attache au Verbe.
Entre le mot et moi le concept fait barrage ; le mot me demande d’entrer dans sa musique et devient alors un face-à-face.

Je suis moi-même devant lui comme un Nom écrit dans l’histoire de l’Homme, dont les racines profondes plongent dans l’Image de Dieu, le Verbe que je suis.

Dans cette relation, le mot qui me fait face me regarde à son tour et me fait savoir que je ne peux communiquer avec lui à l’extérieur que dans la mesure ou je communique avec moi-même, au-dedans de moi.

Il me fait savoir qu’il est l’objectivation de la Parole divine inscrite en mon orient, inscrite de l’unique plume qui nous sculpte tous deux en deux vies jumelles.

La relation devient l’étreinte de deux mystères dont la révélation ne peut se faire que l’un par l’autre, comme deux amants ne deviennent leur réalité profonde qu’en pénétrant le silence l’un de l’autre, au plus dru de leur être.

L’écrit biblique frémit alors comme craque au printemps la terre hivernale pour laisser jaillir la promesse d’une somptueuse récolte nourricière de chaque instant.

En tant qu’histoire du passé, la Bible a construit notre civilisation et fondé notre culture ; en tant que vie de l’instant, dans son exigence soudaine de verticalisation elle est en train de bouleverser culture et civilisation, de détruire les schémas de pensée, les structures politiques, religieuses, sociales afférentes à ces schémas, et de dévaster les êtres que l’imminence d’un saut incontournable et vertigineux dans l’inconnu tient figés au bord du Rien.

Au coeur du Rien, l’audacieux sent soudain ses reins retenus par la corde divine – la foi (Amen) est cette audace.

« Moi je te vois, ça suffit, saute ! » disait un père à son enfant que la fumée aveuglait et qui pourtant n’avait plus que cette issue de vie : sauter par la fenêtre de leur maison embrasée par le feu, sans aucun repère si ce n’est l’affirmation de celui qui dit être là.

Le temps du saut n’est plus de ce monde bien qu’il lui appartienne aussi, il a la qualité d’une Epiclèse : il est l’instant lourd de JE SUIS cueilli, au coeur de l’Histoire.

Qu’est donc l’Histoire dont le passé n’est plus et l’avenir pas encore ?
Seul l’instant a réalité si nous lui donnons une âme.

Entendons dans ce mot « âme » la richesse infinie que nous réserve notre retournement vers la Adama-‘Ishah : non plus les colorations humanistes de Lilith jouant sur les thèmes chromatiques de l’imaginaire, mais le réel de l' »imaginal » reçu dans la diversité de ses richesses comme des fruits dûment mûris sur l’Arbre de la connaissance, ceux-là mêmes dont je cueille, émerveillée, une part aux différentes étapes de ma relation d' »étreinte » avec la Bible.

Dans ce sens, peut-être abordons-nous aujourd’hui le rendez-vous de l’Histoire avec son âme.
Osera-t-elle saisir la corde qui l’unit à son ontologie et qui, au coeur du Rien, donne à l’instant puissance d’éternité ; à l’impossible, ouverture sur tous les possibles ?

Elle n’ a pas le droit de manquer ce rendez-vous : l’instant lourd de JE SUIS est l’Epée dont le double tranchant, s’ il n’ouvre sur la, vie, donne la mort.

L’ontologie de l’Histoire ?
L’orient de l’être, là où est parlée la langue une, là où, dans les profondeurs de ‘Ishah, est scellée Basar, la « chair », le Verbe et l’Esprit.

Dans l’actualité de la plaine de Shinéar, celle de notre Histoire, l’Homme a dissous dans les eaux de l’inconscience les restes disloqués de la chair une : la raison et le sentiment, avec leur cortège de dualismes (science et foi ; réel et irréel ; sagesse et folie ; etc.).

Parmi ces frères ennemis viennent s’insérer le mot dit ou écrit et la résonance à l’écoute de laquelle invite le Christ-Logos mais que tue la logique.

Comment cheminer dans ce labyrinthe d’exclusions mutuelles et stérilisantes voire oppressantes, si ce n’est en obéissant au désir fou, irrépressible de la nature qui exige l’au-delà de toute contradiction, de toute frustration, en élargissant nos poumons et en déployant nos ailes, non pas celles tout artificielles de Dédale et Icare, mais les ailes de l’amour que la tradition iconographique prête à Jean-Baptiste.

Celles-ci ressortissent aux terres nouvelles nées des cieux nouveaux que conquiert tout être humain se retournant vers son orient et faisant alors l’expérience d’espaces-temps propres à chaque champ de conscience acquis, ceci jusqu’à l’ entrée en « terre promise ».

En cette terre-là, choeur du sanctuaire intérieur personnel, orient de l’être gardé par les Chérubins, est l’Epée tournoyante et flamboyante , le Verbe et l’Esprit, la chair.

Ce noyau de l’être informe i’Homme depuis la part la plus secrète de ses profondeurs jusqu’à son corps physique le plus concret.

Ce corps, dont nous avons vu qu’il n’est symboliquement que cadavre tant que l’Homme n’est pas entré consciemment en résonance avec la chair ontologique, est celui qui la chante le plus divinement lorsqu’il en est l’icône vivante.

L’ADN, messager génétique qui a forme d’Epée, porte l’information fondamentale du Verbe et de l’Esprit, du plus subtil au plus immédiatement observable de nos organes.

C’ est pourquoi le « corps-cadavre » lui-même peut être, en des moments privilégiés, le vecteur de la chair évangélique (Basorah), celle qui fait l’objet de la « bonne nouvelle » et que j’appelle aussi « ontologique » en tant que fondatrice : le corps devient alors l’éveilleur.

Ces « moments privilégiés », au coeur du temps historique et de l’inconscience de celui (ou celle) qui va rejoindre l' »instant de grâce », peuvent être ceux d’une grande souffrance ou d’une exceptionnelle émotion ; ils peuvent se vivre au moment du choc libérateur de l’orgasme…

Je ne quitte pas le corps, ce temple si précieux, même s’il est en attente d’être consacré (je dirais plus: en demande de l’être, d’où son langage), pour contempler dans ses structures le message génétique de l’ADN porteur du Verbe et de l’Esprit.

Les structures qui l’expriment au premier chef sont celles de ce que la Tradition chinoise appelle le « ciel de l’Homme », la tête.

De la tête naît le Tao, dit cette même Tradition ; d’elle naît Pallas-Athéna toute casquée d’or après qu’elle a été mûrie derrière le front de Zeus, dit le mythe grec ; enfin, et dans le principe éternel dont ce qui précède est mémoire, c’est du Golgotha, lieu du crâne, que, dans le temps historique et l’instant éternel, le Christ ressuscite dans Son corps de gloire.

En image directe des archétypes, cet espace de l’ultime matrice enveloppée de la pieuse-mère et de la dure-mère où l’Homme recouvre son unité et devient son Nom est celui qui détient le secret du Un qui se fait deux et du deux qui revient au Un.

Seul Dieu est Un dans le mystère insondable des trois Personnes divines unies sans confusion, distinguées sans séparation.
Inconnaissable, retiré dans Son Essence, le Père agit de Ses deux Mains (le Verbe et l’Esprit) dans le Créé.

Eux-mêmes inconnus dans leur Essence, le Verbe et l’Esprit se font connaître du Créé qu’ils pétrissent comme une pâte appelée à la transfiguration.

Leur puissance amoureuse et opératrice contenue dans le plus secret de la chair s’exprime d’une façon privilégiée dans le « ciel de l’Homme » dont nous avons vu qu’il est baigné de la moelle épinière.
A cet étage, la moelle symbolise le Pishon, icône la plus proche de son modèle, les eaux d’en haut.

Par rapport aux deux hémisphères cérébraux qu’irrigue la moelle et qui expriment le deux, l’inconnaissable Unité, en tant qu’Elle se fait connaître est symbolisée par le cerveau le plus ancien dit archaïque ou reptilien.

Celui-ci gère l’instant il semble traiter les instincts les plus primitifs de l’Homme et les informations fondamentales ; il serait le siège du sensorium Dei qui donnerait source au sensoriel pur, traité pour sa part au niveau des hémisphères cérébraux ; il serait la mémoire de l’orient, en laquelle viendraient puiser les activités du sommeil paradoxal, les instincts religieux les plus archaïques et les fonctions vitales élémentaires.

La prudence me fait parler au conditionnel puisque les derniers travaux de recherche scientifique sur ce délicat sujet ne font qu’avancer ces hypothèses et de plus dans un esprit encore totalement agnostique.

Mais l’on sait d’une façon plus objective que le cerveau limbique qui recouvre le reptilien affine le rôle de ce dernier et joue en intermédiaire sensible entre lui et les deux hémisphères cérébraux ; tout particulièrement il gère les émotions et distribue les énergies mobilisées par l’orgasme.

LES DEUX HEMISPHERES CEREBRAUX

Les deux hémisphères cérébraux obéissent à la loi de formation archétypielle induite par le Tétramme-Epée ; ils sont les aspects dominants des deux hé; je dis « dominants » car à d’autres niveaux du corps nous les retrouvons, en particulier à l’étage de la parole dans les deux poumons que prolongent les deux mains (de cinq doigts chacune, et la lettre hé a pour valeur 5), puis à l’étage de la procréation dans les deux reins et la formation symétrique des organes génitaux que prolongent les deux pieds ornés chacun de leurs cinq doigts.

Dans l’Arbre de la connaissance, l’un des deux hé est l’accompli-lumière qui construit peu à peu le Yod, le Saint Nom.
L’autre hé est l’inaccompli-ténèbres, espace de tous les possibles.

Le premier souffle est celui du Verbe, le second celui de l’Esprit « qui plane sur les eaux » de l’inconscient, mais aussi les pénètre, pour amener la lumière du Verbe ainsi construit à épouser les ténèbres latentes et à les transformer en une lumière plus intense.

L’Esprit fait alors éclore un jour nouveau, émerger une terre nouvelle, apparaître du conscient.
Dans cette perspective, le hé du Verbe est le souffle construit, • intégré ; la chose sue, connue, assimilée, conceptualisée ; la vérité de telle étape du réel advenu, les lois qui s’y réfèrent, la logique qui lui donne cohérence, l’éthique qu’elle détermine, les valeurs qui la fondent et qui président à toute institution nécessaire pour structurer la vie : ce pôle est mâle.

Par rapport à ce hé, souffle du Verbe, l’autre hé, celui de l’Esprit, est une respiration qui fait pressentir toute chose potentielle et qui la fait émerger du confusionnel avec sa cohorte de résonances encore indistinctes mais riches de valeurs promises à la construction d’un Verbe plus densifié de Vérité: ce pôle est femelle.

Sur ce schéma traditionnel et encore inconnu jusqu’à aujourd’hui des sciences dites « positives », viennent s’appliquer d’une façon étonnante les récentes données de celles-ci.

Traitant des deux hémisphères cérébraux, elles nous disent ceci : L’hémisphère gauche est surtout verbal, logique, analytique et scientifique, tandis que l’hémisphère droit est muet, spatial, analogique, synthétique et artistique ; l’hémisphère gauche régit l’orientation dans le temps, l’hémisphère droit dans l’espace. . .

De son côté le professeur Israël, en conclusion des plus récentes études faites sur l’asymétrie cérébrale, s’exprime ainsi : Il y a bien une asymétrie de fonction entre les hémisphères cérébraux.
Le côté gauche tient sous sa dépendance le langage, l’analyse, la mémoire verbale, les aspects numériques du calcul, la dissection logique des problèmes.

Le côté droit perçoit et comprend les émotions, les relations visuelles, spatialés, il traite les informations de façon globale, synthétique et a une connaissance plus intuitive qu’analytique ; il est aussi sensible plus que le gauche à la musique ; et toujours au sujet de la musique, l’auteur ajoute : le rythme et la mesure sont perçus par le cerveau gauche, la mélodie, le timbre, le ton, par le cerveau droit.

En conclusion de sa très subtile analyse, le professeur Israël propose de penser que la culture se loge plutôt dans le cerveau droit, celui de la perception globale intuitive, de l’imaginaire, des comportements émotifs sans contenu nécessairement verbalisable, tandis que la civilisation, cette entreprise de conquête du monde extérieur et en partie aussi de nous-mêmes, relèverait davantage de la puissance d’analyse, de la rigueur, de la méthode, de l’hémisphère gauche.

Cerveau droit : unité avec le monde et son mystère.
Cerveau gauche: prise de possession du monde visible en même temps que découverte des lois qui le régissent.

Mon cerveau droit se trouve très ému de la concordance du discours de cet éminent médecin avec les données de la Tradition.

Le professeur Israël a d’ailleurs l’honnêteté de porter son étude, au-delà des catégories culturelles, vers celles qui relèvent des expériences de « transe-paranormal-surnaturel » ; il ne rejette pas dans le tiroir aux sorcières (facile alibi de tant de scientifiques ! ) la vie mystique et les valeurs spirituelles.

Il constate alors que notre civilisation, ayant considérablement privilégié le cerveau gauche, a toujours considéré que ce qui est passé en dehors du centre du langage et qui n’est pas verbalisé, analysé, expliqué, est fou ; il dit encore : la pulsion sexuelle est du système limbique, l’amour qui l’affirme et la sublime est du cerveau droit ; et enfin : C’est par l’hémisphère droit que l’Homme parvient à la perception d’une transcendance.

Tout en proposant cet éclairage, le professeur Israël dit combien ces découvertes sont encore parcellaires et balbutiantes mais aussi combien les activités respectives des deux cerveaux, considérés jusqu’ici comme mutuellement exclusifs devront séparation, affirme la Tradition.

Et l’on devine facilement que j’associe le Verbe au cerveau gauche (qui d’ailleurs détient la fonction parolière) et l’Esprit au cerveau droit.

Je serais alors tentée de croire que le bouleversement qui saisit aujourd’hui notre civilisation, et qui risque de faire s’effondrer notre culture, est l’oeuvre d’une formidable revendication du cerveau droit à dire le Verbe en passant non pas par la parole qui n’est pas son génie, mais par expérience de l’Esprit.

Le savoir acquis par l’extérieur et qui demande un grand effort de mémorisation est oeuvre du cerveau gauche ; la connaissance acquise par l’intérieur et immédiatement mémorisée dans chaque cellule du corps qu’elle illumine est oeuvre du cerveau droit.

Je rejoins ici le début de ce texte en disant que le mot en tant que représentation simple d’une chose est du cerveau gauche, mais que la résonance de ce mot au Verbe qui fonde la chose exprimée est du cerveau droit.
L’entrée en cette résonance ou s’inscrit toute la musique du Verbe est oeuvre d’amour.

Face à elle, le cerveau gauche radicalise à tel point sa primauté (pour ne pas dire son exclusivisme) qu’il récupère cette expérience des profondeurs en y faisant accéder les êtres par des techniques qu’il croit contrôler et dont il explique les bienfaits par une analyse d’ordre matérialiste.

Nous avons assez de recul aujourd’hui pour savoir que l’expérience alors atteinte n’est pas pour autant intégrée et qu’elle conduit souvent à des névroses plus graves que celles qu’elle croit éradiquer.

Je n’exclurai pas cette même récupération faite par un cerveau droit réactionnel, non moins exclusif et relativement « fou », aujourd’hui répandue dans les zones des milieux New Age les moins contrôlés par le cerveau gauche.
Les risques de dégradations ne sont pas moins grands.

Mais l’une et l’autre étaient prévisibles face à la sécheresse scientifique, à l’oppression exercée en Occident par une religion qui s’est voulue scientifique et qui, dans une masculinisation outrancière, s’est paradoxalement émasculée ; face aussi à l’exigence irrépressible de l’Esprit de faire croître le Verbe au coeur de l’Homme.

Les temps sont venus d’un mariage entre nos deux cerveaux, d’un mariage entre le masculin et le féminin respectivement prépondérant, dans l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit…

LA DROITE ET LA GAUCHE

A ce moment de ma réflexion sur les deux hémisphères cérébraux, il est important de parler de la droite et de la gauche de l’Homme, côtés qui demandent la qualité d’analyse du cerveau gauche mais la subtilité du cerveau droit pour être distingués l’un de l’autre !

Car, dans la physiologie du corps humain, la perspective ontologique que je viens de préciser au niveau du cerveau subit soudain un croisement ; en effet, lorsque les faisceaux nerveux qui prennent racine dans le crâne passent dans le bulbe rachidien, ils échangent leur direction dans ce que l’on appelle la « décussation des pyramides« .

Ainsi les fibres nerveuses venues du cerveau droit vont vers le côté gauche de la moelle pour commander la partie gauche du corps et vice versa.

C’est alors que le côté droit du corps exprime le masculin en correspondance avec le Verbe et la fonction parolière ; le côté gauche le féminin en correspondance avec l’Esprit.

La tradition chinoise vient confirmer ces données : Le Yang (pôle mâle), dit-elle, est à droite dans le ciel antérieur, à gauche dans le ciel postérieur.
Elle parle du passage du ciel antérieur au ciel postérieur comme de celui du non-manifesté au manifesté ou encore du sans forme au ayant-forme.
Le non manifesté est alors l’espace de tous les possibles ; le manifesté, dans le ciel postérieur, est celui qui reçoit le mandat donné d’en haut pour nous donner vie et nous permettre de nous accomplir.

Sans doute ce mandat est-il contenu dans le Nom sacré qui, dans notre propre Tradition, fonde l’Homme dès sa conception et en lequel la Tradition chinoise rejoint alors la nôtre : en effet, un rituel bien précis fait donner secrètement ce nom symbolique par le père à l’oreille de son enfant dès sa naissance; le « surnom » lui sera donné plus tard.
Ce nom secret contient le destin de l’enfant et sa place dans l’univers.

Ces deux Traditions se rejoignent à plus d’un titre.
J’en ai eu hautement conscience en écrivant Le Symbolisme du corps humain mais plus particulièrement en lisant ce que le docteur Kespi écrit :
Ce mandat donné du ciel antérieur au ciel postérieur est nécessaire à l’Homme qui incessamment se crée et se recrée par la lumière et par le verbe.

L’Esprit et le Verbe de l’Homme contenus en son Nom – tels sont les termes de notre Tradition – sont ici bien présents ; ils sont l’image de l’Esprit de Dieu et de Son Verbe créateur que la Tradition chinoise ignore mais que symboliquement elle renvoie au « sans-forme » du ciel antérieur, source de l’incontournable mandat de vie de chacun.

Au niveau corporel, le point de passage du ciel antérieur au ciel postérieur, et donc celui de l’entrée de ce mandat, se nomme dans la Tradition chinoise Ming Men ; il se situe en arrière entre les deux reins.

Ce pésage bien connu de notre propre Tradition est appelé par elle « porte des Hommes ».
En deça de cette porte, l’Homme reste confondu avec le monde parental et les groupes humains auxquels il appartient ; il est donc confondu avec son Ishah, donc inconscient, et n’est tourné que vers l’extérieur, y compris vers un Dieu extérieur s’il a une pratique religieuse.

Au-delà de cette porte, il se tourne vers son orient intérieur et entre en résonance avec son Nom secret, divin, lourd de ce que les Chinois appellent le « mandat », en fonction duquel maintenant il vit, choisit, décide, etc..

On ne sera donc pas étonné de voir le Ming Men intimement lié à l’ombilic dans la Tradition chinoise ; tous deux correspondent aux « portes royales » du Temple qui laissent en arrière l’Homme enfant et adolescent matricié par l’eau, pour le faire entrer en adulte dans la matrice de feu où il commence d’assumer son mandat.

La lumière du Christ transfiguré que les trois apôtres ont vue sur le mont Tabor (Tabor est « l’ombilic » en hébreu), celle qui a embrasé le Buisson ardent où Moïse a eu la révélation du Saint Nom, l’illumination du Bouddha, etc., sont le Ming Men de ces hommes.

Pour les deux Traditions, orientale et occidentale la tête ou le ciel de l’Homme dans le manifesté correspond au « ciel postérieur » ou la droite est féminine et la gauche masculine.
La Tradition chinoise suppose donc un premier croisement en amont de la décussation des pyramides ; ou le ciel antérieur livre passage au ciel postérieur.
Il semble que la Tradition hebraïque, en d’autres termes nous apporte le même message, lorsqu’elle dit, parlant du « corps divin » vu par Moïse et dessiné par lui dans l’Arbre des Séphirot, que Dieu règne par son bras [ou côté] droit qui renferme sa clémence, par son bras [ou côté] gauche qui détient la mort et la rigueur, et par la colonne du milieu qui équilibre, harmonise et dissout toutes les oppositions dans son unité.

Il est bien certain qu’en Dieu il n’est ni gauche, ni droite, ni aucune dualité ; mais en tant que Dieu YHWH s’incarne dans Sa Création et pénètre la dualité du tout autre que le Un, Son bras droit qui est Clémence se révèle masculin et Son bras gauche qui est Rigueur féminin.
Sans doute contemplons-nous dans cette vision le Saint Nom de la Tradition hébraïque d’où émanent tous nos Noms secrets.

Entre ces deux plans se joue en effet un croisement en miroir, celui dont parle l’apôtre Paul lorsqu’il dit :

« Nous réfléchissons comme en un miroir la splendeur du Seigneur – YHWH – et nous sommes transformés en cette même image de plus en plus radieuse par l’action du Seigneur qui est Esprit ».

Le dernier des fils d’Israël, Benjamin, souvenons-nous, est le seul à être nommé par son père ; ses frères ont tous reçu leur nom de leurs mères respectives.
A la naissance de Benjamin, sa mère, Rachel, meurt; la « brebis » n’est plus.
Elle avait nommé son fils Ben `Oni (« fils de ma douleur »), mais après sa mort Jaqob, lui-même devenu Israël, change le nom de son enfant et l’appelle Ben Yamin (« fils de ma droite »).
Rachel qui continue de pleurer sa douleur sur les enfants de l’exil a donné au monde celui qui symboliquement n’appartient plus au monde de l’exil.

Benjamin naît d’un père qui a fait le retournement et dont la droite est devenue féminine ; il est le douzième, mais aussi le treizième des enfants d’Israël si l’on compte Dinah, et le nombre 13, ne l’oublions pas, correspond au mot ‘Ehad, « un » !

Benjamin est l’ancêtre de l’apôtre Paul treizième apôtre envoyé par le Christ lui-même au groupe des douze qui s’était empressé de remplacer Judas après la résurrection et l’ascension de leur Maître.

Lui le treizième au milieu d’eux, le Un !
« Fils de ma droite » est, dans cette vocation ancestrale, « l’apôtre des nations » qui ne participera de la Pentecôte qu’avec elles toutes encore enchaînées dans la douleur, mais promises à l’unité dans la communion de l’Eglise, Pentecôte éternelle.

Dans la suite de l’histoire des Hébreux, le roi Salomon bâtit le Temple de YHWH en faisant placer les deux colonnes Yakin et Bo’az, respectivement masculine et féminine, la première à droite, la seconde à gauche de celui qui s’avance vers le Temple, ce qui veut dire que la colonne masculine est à gauche et la colonne féminine à droite du Saint des Saints.

Lors de la Transfiguration du Christ sur le mont Tabor, Elie, le prophète, est à droite du Christ, Moïse, l’homme de la loi, à gauche.

De même nos icônes chrétiennes de Déisis placent Marie à droite du Christ en gloire, et saint Jean Baptiste à gauche.
Ces trois représentations appartiennent, comme le cerveau de l’Homme, à l’ordre du manifesté.

L’ordre archétypiel de la droite et de la gauche et, de ce fait, du féminin et du masculin se complexifie encore lorsque nous découvrons qu’une part féminine est dans le masculin et vice versa.

Nous l’avons vu, le Créé tout entier est féminin par rapport à l’Incréé masculin, mais l’Incréé porte de toute éternité le Créé comme un tout autre potentiel, en son sein, et le Créé n’a vie que par son noyau fondateur, l’Image divine, Germe d’Incréé.

A tous les plans nous retrouvons cette union intime du masculin et du féminin qui fonde la dualité du Créé et conditionne sa vie ; elle nous oblige à relativiser considérablement nos afFirmations mais ne justifie aucunement nos confusions.

Dans le Livre de Jonas le Seigneur YHWH dit au prophète qui lui tient tête :

« Et moi n’aurais je pas pitié de Ninive, la grande ville dans laquelle il y a plus de cent vingt mille être humains gui ne savent pas distinguer la droite de la gauche, et du bétail en grand nombre ? »

Autrement dit, l’Homme encore identifié à l’animal est dans la confusion en ce qui concerne ces deux pôles de l’espace, la droite et la gauche.
Jonas qui apprend la grande loi de mort-résurrection après être descendu pendant trois jours au fond des mers, dans le ventre du « grand poisson », est l’archétype privilégié de celui qui, ressuscité, entre dans le « discernement » (Habanah, de racine Ben, le « fils »).

Celui qui construit le Fils intérieur est capable de discernement, capable d’intelligence (Binah).
La Tradition hébraïque dit alors que l’Intelligence est Mère divine et la Sagesse, Père divin, selon l’Arbre des Séphirot, archétype du corps humain.
L’Intelligence préside à la Rigueur, la Force et la Gloire ; la Sagesse, à la Miséricorde, la Grandeur et la Puissance.

Dans le monde de l’exil où l’Homme s’est détourné de son orient, il a inversé les valeurs : Intelligence, Force, Rigueur et Gloire ont été masculinisées ; Sagesse, Miséricorde, Grandeur et Puissance, femellisées.

Dans notre situation d’exil, un même côté du corps voit alors se superposer des caractères contradictoires selon qu’il est vécu au plan ontologique – espace que symbolise le cerveau – ou dans le contexte psychologique ordinaire à l’exil que marque la décussation des pyramides.
Ne nous étonnons donc pas, aujourd’hui où le monde a perdu toutes ses valeurs d’exil et tous les repères qui lui permettaient d’y survivre sans avoir pour autant opéré son retournement vers l’orient et retrouvé ses valeurs ontologiques, que les deux pôles masculin et féminin soient si douloureusement confondus : non seulement l’homosexualité règne et, pour se justifier, se réclame d’un ordre ontologique, non seulement l’homme s’amuse à revêtir des vêtements féminins et la femme ceux de l’homme, mais les fonctions de chacun se jouent dans un désordre d’autant plus regrettable qu’il déstructure nos enfants et devient source de nombreuses souffrances, voire de troubles psychiques pouvant dégénérer en pathologies graves.

Pour sortir de la confusion, retrouver l’équilibre et tenter de « faire la terre comme le ciel » afin que les deux s’unissent – et les moindres détails de notre vie concourent, à cela ou en bloquent la réalisation, il nous faut nous poser, nous mettre à l’écoute de la Tradition, des mots qu’elle nous laisse entendre et de ce qu’ils murmurent lorsqu’ils commencent à frémir sous leur coque nécessaire mais insuffisante ; il nous faut ramasser, tel que le fait le Christ pour le banquet méprisé des invités vertueux, tous les estropiés de la rue que nous sommes avec nos misères et nos manques : ceux-là ont droit au festin d’approche de vérité, à condition de revêtir la robe de noces que sont l’authenticité du désir et la transparence, au-delà de toutes les cachettes justificatrices.
L’aventure vaut la peine d’être vécue car elle me semble détenir la clef de ce qui peut constituer notre identité d’hommes et de femmes aujourd’hui.

© Annick de Souzenelle.

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