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« Biopouvoir : Menaces pour l’Humanité ?» partie 3/5

Par Jean Luc Pujo

II – (…) appel à reconsidérer très sérieusement l’avenir de l’Humanité.

Des Mythes scientifiques et technologiques, l’histoire de l’Humanité est riche : « Prométhée, Faust, Frankenstein » peuvent même apparaître au fondement de notre éthique moderne[i].

Mais en ce début de siècle, l’homme est-il devenu un Prométhée sûr de lui et ayant rompu ses chaînes ? Un Faust dominé par le désir de puissance et payant le prix d’un pacte passé avec le Diable ? Un Docteur Frankenstein dont la créature lui échappe et se retourne contre lui ?[ii]

« Attentats à la dignité de l’être humain », « conspiration contre la vie » … faut-il partager les anathèmes lancés par Jean Paul II – en 1995 – dans son « évangile de la vie » ?

Ou partager les craintes du philosophe Hans JONAS qui résonnent comme autant d’avertissements :

« la soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être humain ».

L’existence d’instruments scientifiques et technologiques de plus en plus élaborés au service du biopouvoir soulèvent aujourd’hui un ensemble de questions cruciales (A) alors que les outils de contrôle – notamment juridiques – apparaissent largement insuffisants (B)

A – Les instruments scientifiques et technologiques de plus en plus élaborés mis au service du biopouvoir soulèvent – en effet – aujourd’hui un ensemble de question cruciales (…)

Certes les Mythes qui accompagnent le progrès des sciences et technologies peuvent nous impressionner : surhomme, immortalité, purification, Santé parfaite … auxquels répondent des succès scientifiques et techniques indéniables : manipulation génétique, biotechnologie…

A ces progrès correspondent des idéologies parmi les plus surprenantes : le Transhumanisme, posthumanisme, ou extropiens.

Ils caressent l’idée de dépasser l’humain, pour arriver à quelque chose de mieux.

Les Tanshumanistes ont pour ambition de « faire sortir l’homme de sa condition Humaine »

Le rêve n’est-il pas de compléter, de dépasser l’Homme par la technologie ?

« Nous assistons bien aujourd’hui – à l’âge de la technoscience – à une grande mutation : l’être humain possède désormais les moyens de prendre le relais de l’évolution biologique, d’améliorer l’Homo sapiens, voir de façonner l’espèce qui va lui succéder.[iii] »

« En agissant sur la procréation, le développement de l’embryon, la naissance, la sexualité, le vieillissement et la mort, ces technologies transforment les conditions dans lesquelles les normes vitales sont engagées dans le processus de l’individuation constituant le sujet de la personne ».[iv]

Ne faut-il pas d’ailleurs adapter l’Homme à un environnement qui se dégrade : pollution, changements climatiques ? Le rendre plus performant ? Plus résistant ?

N’avons-nous pas enfin la possibilité – Homme Prométhéen – de réparer simplement la bévue d’Epiméthée[v] ?

Vous vous souvenez : « Tous les animaux étaient pourvus, l’un de nageoires, l’autre de la rapidité à la course, et ainsi de suite. Epiméthée, frère de Prométhée – n’avait plus aucun équipement naturel au moment de s’occuper de l’Homme. L’Homme est donc resté nu, privé de ces organes-outils fonctionnels. C’est pourquoi l’humanité se caractérise précisément par l’indétermination fonctionnelle de certains organes spécifiques. Sa main n’est pas pourvue de griffes, mais elle est outils d’outils. Sa bouche n’est pas plus une machine à saisir et à tuer, mais elle est disponible pour le langage [vi]»

Toutes ces avancées et découvertes scientifiques actuelles en invitant « l’Homme à sortir de lui-même », soulèvent un double questionnement qui touche tant à la technologie qu’à la définition même de l’Homme.

On nous parle d’Homme virtuel ! Mais qu’allons-nous faire de cet « homme sans intérieur »[vii] ?

Qui donc a intérêt à une telle construction ?

Déjà, ne parle-t-on pas – ne reparle-t-on pas – de « sélection » ?

Dans un article prospectif, le prix Nobel de médecine Charles Richet propose en 1892 sa vision du futur :

« Vers l’an 2000, quand on connaîtra bien les lois de l’hérédité, on en transportera les données à la race humaine ; on ne se contentera pas de perfectionner les lapins et les pigeons, on essayera de perfectionner les hommes. Il faudra alors préparer les bases d’une sorte de sélection artificielle, par l’effet de laquelle les hommes deviendront plus forts, plus beaux, plus intelligents »[viii].

Un siècle plus tard, Francis Crick, co-découvreur de l’ADN, répondait déjà en 1962 :

« Aucun enfant nouveau-né ne devrait être reconnu humain avant d’avoir passé un certain nombre de tests portant sur sa dotation génétique. S’il ne réussit pas ces tests, il perd son droit à la vie ».[ix]

Qui s’arrogera ce droit ?

Cette capacité démultipliée à penser « sélection » et « eugénisme » doit être mis en corrélation avec les moyens technologique accrus de contrôle du vivant.

Le maillage technologique – celui décrit au sein même du projet de « ville intelligente » : video, carte puce, téléphone et vidéo portable – fait de l’Homme – nous le comprenons – un élément modulable et contrôlable à tout moment.

La tentation d’un pouvoir qui accroît sa domination sur les sujet par le contrôle sur le vivant voire même par une modification du vivant va non seulement transformer profondément nos démocraties mais également mettre en péril l’Homme.

Le dépassement de l’Homme, ce peut être également sa dénaturation.

Le triomphe de ce nouveau scientisme fait courir à l’Homme des risques insensés.

« Sommes-nous vraiment à l’abri d’un « Hiroshima cellulaire » ? » s’interroge le philosophe Dominique Lecourt.

Dans ce contexte, l’interrogation de Nietzsche résonne douloureusement : « Ne prenons-nous pas le plus court chemin pour transformer l’Humain en sable ? »[x]

Mais parce nous savons qu’avec l’Homme, « tout ce qui est possible sera nécessairement réalisé (…) que toutes les combinaisons possibles seront exhaustivement tentées »[xi], nous devons nous interroger sur les outils dont nous disposons pour réguler les tendances les plus dangereuses, pour empêcher l’irrémédiable.

Il faut malheureusement l’admettre, les outils de contrôle apparaissent insuffisants.

B – (…) alors que les outils de contrôle apparaissent insuffisants.

Les enjeux auxquels nous voilà confrontés sont immenses et les risques si importants que nous ne pourrons nous contenter de simples outils classiques tels que les outils juridiques. Nous devrons également faire preuve d’imagination,en appeler – plus que jamais – au développement d’une conscience éthique.

1 – Concernant les outils juridiques :

Les bouleversements annoncés vont tout d’abord générer des questions juridiques nouvelles touchant aux domaines les plus divers, comme le précise la juriste Mme Catherine Labrusse-Riou[xii].

Le clonage par exemple va soulever des questions incroyables liées au droit de la personne : concernant le Nom, la filiation, le droit des successions …

Les découvertes génétiques font déjà l’objet de questions touchant au droit des brevets, liées à la commercialisation du vivant, avec toutes les conséquences que l’on imagine.

Et ne parlons pas de l’apparition d’être virtuel, d’ « homme mutant » dont il faudra – d’abord et avant tout – définir leur qualité : quels types de sujets allons-nous reconnaître ?

Ces questions nous apparaissent bien lointaines ; mais, nous allons y être confrontés durant les prochaines décennies, les toutes prochaines années.

Déjà, la biométrie s’accompagne de débats particulièrement vifs sur l’incorporation de données biologiques dans le contrôle des individus.

Comment ignorer les interrogations inquiètes de la Commission nationale consultative des droits de l’hommes ( CNCDH) ?

« Nous estimons que la biométrie est un pas de plus vers la déshumanisation de la société : la gestion des populations s’automatise et (…) l’existence n’est qu’un prétexte à la production et à la circulation de l’information. »

Dans son avis du 1er juin 2006, le CNCDH précise que « les problèmes posés dans un contexte technologique nouveau relèvent d’un dilemme classique pour les libertés publiques (…) cependant, la décision d’exploiter ces éléments d’identification représente un tournant et nous engage de façon irréversible. »

Notes

[i] « Prométhée, Faust, Frankenstein – Fondements imaginaires de l’éthique » Dominique LECOURT – Biblio essais – 1998

[ii] Et nous pourrions tout aussi bien parler du Mythe de Golem ou de l’Homunculi ; ibid p.125 ;

[iii] « L’humain est-il perfectible et expérimentable ? » Bruno Leclerc et Geneviève Trépanier, in « L’Homme biotech : Humain ou posthumain ? » PUL – direction de Jean-Pierre Béland – 2005;

[iv] « Humain post-Humain » Dominique LECOURT – PUF – 2003, p. 93 ;

[v] Epiméthée, frère de Prométhée ;

[vi] « Fin de l’Homme ou post-humanité » Dominique Folscheid, in « Vers la fin de l’homme » Direction de Christian Hervé et Jacques J. Rozenberg – De Boeck – 2006

[vii] « L’Homme virtuel ou la construction d’une représentation de l’Homme « sans intérieur » Philippe BRETON in « Vers la fin de l’homme » Direction de Christian Hervé et Jacques J. Rozenberg – De Boeck – 2006, p. 145 ;

[viii] Charles Richet, « Dans cent ans », in La Revue scientifique, 12 mars 1892,P 329 ;

[ix] Francis Crick, 1962, cité par Pierre Thuillier in La Recherche, n° 155, mai 1984 ;

[x] Nietzsche, Aurore, III, 174 ;

[xi] « Humain post-Humain » Dominique LECOURT – PUF – 2003, p. 81 ;

[xii] « Ecrits de bioéthique » Catherine Labrusse-Riou, PUF, 2007 ;

A SUIVRE ….

Biopouvoir menaces pour l’humanite.pdf

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