La prophétie de DOHRMAN WINGMAKERS

Wingmakers: The Dohrman Prophecy – Chapitre XXXVIII

The Dohrman Prophecy de James Mahu

Traduction intégrale du livre web

dohrman prophecy

chapitre 38 – flèches héroïques

Bien qu’à une distance de trente mètres, Joseph savait qu’un animal était pris dans son piège.

Il poussait des cris perçants comme les lapins le font quand ils se sentent acculés. Joseph pressa le pas, concentrant son attention sur l’obtention de l’animal pour leur dîner.

Comme il arrivait dans un virage sur le vestige de chemin, à peine visible même pour des éclaireurs chevronnés, il entendit un cliquetis à sa gauche. Joseph s’arrêta net dans son élan, s’accroupit instinctivement, le cœur palpitant dans sa gorge.

« Ne bougez pas d’un pouce », commanda une voix bourrue. « J’ai un canon de fusil pointé directement sur votre tête. »
Joseph maudit son malheur. Sentinelles !

« Ainsi, le mystérieux sorcier est finalement arrêté », annonça une sentinelle à son adjoint alors que tous deux approchaient avec une démarche traînante, armes au poing, pointant Joseph à l’unisson. Joseph se releva lentement avec ses mains levées, la totalité de son corps emplie d’effroi.

« Vieil homme, comment vous appelez-vous ? », demanda le grand et plus âgé.

« Je n’ai plus de nom », répondit poliment Joseph.

Les sentinelles positionnaient instinctivement leurs fusils en pointant directement la tête de Joseph, mais ignoraient sa réponse peu informative.

« Nous sommes à la recherche d’un jeune homme, blond, cheveux bouclés, grand, et il porterait un uniforme comme le nôtre. L’avez-vous vu ? »

Joseph secoua la tête. « Personne ainsi depuis de nombreuses années. »

La sentinelle aînée laissa tomber son arme à son côté et vint vers Joseph, le scrutant de ses yeux noirs. « Comment avez-vous attrapé cette ecchymose ? », demanda-t-il, en montrant la joue de Joseph.

« Je suis tombé la nuit de la tempête », dit Joseph, en essayant de cacher la panique dans la voix. « Je me suis cogné la tête sur des branches tombées. »

« Vous êtes seul ici ? »

Joseph hocha la tête. « Oui. »

« Où habitez-vous, vieil homme ? », demanda la jeune sentinelle.

Joseph pouvait entendre un écureuil rouspétant au loin, créant davantage de chaos dans son esprit. Cependant, le plus gros de ses problèmes était les bottes qu’il portait – elles étaient à Kamil – et il venait de dire qu’il ne l’avait pas vu. « Je me déplace, dors principalement dans les arbres, chasse avec mes pièges, je survis. »

Les sentinelles se regardèrent et secouèrent la tête en riant. « Qu’est-ce qu’on va faire avec ce gars? Il est complètement siphonné. »

Joseph baissa lentement les bras, poussant son pantalon vers le bas dans l’espoir de mieux couvrir ses bottes.
« Gardez vos mains en l’air », criaient les deux sentinelles.

« Nous n’en avons pas encore fini avec vous », dit la sentinelle aînée, son visage s’assombrissant.

Joseph se soumit rapidement, troublé par leur réponse colérique. Il joua une variété de scénarios dans son esprit. Il pouvait courir, il connaissait mieux ces bois que ces sentinelles, ils étaient clairement hors de leur milieu habituel, mais le sous-bois, dans cette partie de la forêt, n’était pas assez dense pour le camoufler, et il était vieux, donc courir aurait comme conséquence probablement de se faire tuer d’une balle dans le dos.

Il pourrait inventer une histoire, qu’il a trouvé les bottes flottant dans un cours d’eau après la tempête. Cela aurait probablement comme conséquence d’obtenir un aller simple pour l’avant-poste le plus proche et une série d’interrogatoires qui se termineraient mal pour lui.

S’il se présentait comme le sorcier solitaire, il pourrait être en mesure d’effrayer ces deux sentinelles, et n’importe lequel de leurs compères à l’écart, mais il n’avait aucune notion de comment faire, si ce n’est par acte fou.
« Peut-être que je pourrais invoquer l’homme que vous cherchez », dit Joseph.

« La ferme, vieux », ordonna la jeune sentinelle. « Nous ne croyons pas aux sorciers, alors ne perdez pas votre foutu souffle. »

Joseph sentit un frisson soudain alors que l’espoir d’évasion laissé par les sentinelles, grâce à une stratégie de folie, s’amenuisait.

La sentinelle aînée se tourna vers son adjoint. « Allez-vous occuper du lapin. Je ne peux pas penser avec cette chose hurlante… et rappelez-vous, c’est notre déjeuner alors qu’il soit propre. »

« Je reviens », répondit la jeune sentinelle désireuse de prouver son utilité.

Comme la jeune sentinelle se précipitait vers le lapin pris au piège, la sentinelle aînée tournait autour de Joseph, se demandant quoi faire avec le vieil homme. Il les ralentirait s’ils devaient l’escorter jusqu’à l’avant-poste. C’était un trajet de quatre jours à compter du poste le plus proche, et puis ils abandonneraient leur recherche de Kamil. Mauvais choix.

Alors qu’il tournait autour de Joseph, il scrutait ses vêtements à la recherche d’indices, mâchant une longue tige fine d’herbe. Ses yeux arrivèrent aux bottes de Joseph, ils se verrouillèrent sur quelque chose qui amena un fin sourire sur les lèvres de la sentinelle.

« Si vous n’avez jamais rencontré par hasard l’homme que nous avons décrit, comment se fait-il que vous portiez ses bottes ? »

Joseph ne dit rien, regardant plutôt ses bottes avec un regard d’apathie.

« Ne me prenez pas pour un imbécile, mon vieux », grommela la sentinelle. « Vous savez où il se trouve, n’est-ce pas ? »
Le lapin fulminait dans une cacophonie de sons et de dépit, et ensuite le verset étouffé d’une hémorragie se transmutant en un nuage de silence final – bienvenu à l’oreille – douloureux pour le cœur.

Le silence resta suspendu entre les deux hommes pendant plusieurs secondes, comme un ajustement à une nouvelle présence. Joseph ne savait qu’une chose : il ne pouvait pas divulguer la localisation de ses amis. Il savait que les sentinelles – dans le domaine des arbres anciens – étaient la seule loi, et il ne pouvait pas risquer leur jugement au sujet de Maia ou Simon. S’il pouvait en quelque sorte rendre Kamil, et seulement Kamil, Il aurait bien voulu le faire, mais cette option semblait à un millier de kilomètres de là.

À chaque seconde qui passait, Joseph sentait son monde devenir étrangement moins important. Un filet de lumière dorée hypnotique renforçait sa désaffection pour le monde, comme si son âme était à la recherche d’une sortie de son corps. Son petit monde créa un calme mental, l’acceptation de son sacrifice imminent. Cela doit être ce qu’un cerf ressent lorsque son cou est aux prises avec la mâchoire d’un loup, songea Joseph.

Une noble résignation s’installa en lui tandis qu’il appelait ses derniers pouvoirs à projeter les sentinelles hors de leur chemin. « J’ai trouvé son corps, il y a deux jours, flottant dans un cours d’eau gonflé à environ trois kilomètres d’ici. Là-bas. » Joseph indiqua derrière la sentinelle.

La sentinelle plissa les yeux, incrédule. « Il était mort quand vous l’avez trouvé ? »

Joseph acquiesça mais resta silencieux.

« Pourquoi nous avez-vous menti quand nous vous avons demandé si vous aviez rencontré cet homme ? »

Joseph sourit et rit doucement sous cape. C’est tellement compliqué.

« Pensez-vous que c’est drôle, mon vieux? L’homme que nous recherchons a tué le commandant de notre poste de garde, et quiconque empêche sa capture subira un sort assez semblable à celui du lapin. »

« Je sais », répondit Joseph, avec un ton convenablement solennel dans sa voix. « Je peux vous montrer où j’ai trouvé son corps, si cela peut aider. »

« Le problème est que je ne vous fais pas confiance », dit la sentinelle plus âgée. « C’est certainement quelque chose qui ressemble à un gros mensonge. »

La jeune sentinelle s’approcha, les mains montrant les signes indicateurs du démantèlement d’un lapin. « Avez-vous quelque chose de nouveau sur ce gars-là ? »

« Juste mensonge. Regarde ses bottes. »

« Bon sang, elles doivent être à Kamil. »

« Je vais vous donner une chance et une seule chance », proposa la sentinelle âgée avec un ton de ruse. « Si vous nous montrez où vous habitez… votre maison, nous vous laisserons libre. Nous avons besoin de nous assurer que vous n’abritez pas cet homme. »

« Je vous l’ai dit », répondit Joseph, « Je vis nulle part et partout. Je dors dans un arbre une nuit et dans une grotte l’autre. Je n’ai pas de maison dans ces bois, et je n’héberge aucun fugitif. J’ai pris ces chaussures de l’homme que vous recherchez, il est mort … probablement quand la tempête a frappé il y a quelques jours – il m’a paru comme frappé par un éclair. »

« Vraiment », dit la sentinelle plus âgée, « et pourquoi cela ? »

« Sa tête était noire carbonisée », improvisa Joseph.

«J’ai travaillé dans ces bois depuis presque dix-huit ans », dit la sentinelle âgée avec un froncement de sourcils, « et tous ceux qui ont eu une expérience avec la foudre affirment toujours la même chose, les chaussures sont détruites – la foudre va droit aux pieds et fait frire les chaussures. Enlevez-les ! »

La jeune sentinelle acquiesça avec un plaisir gourmand de l’étau se resserrant.

La respiration de Joseph devint moins profonde comme il enlevait ses bottes et les tendit docilement à la sentinelle.
La sentinelle les examina puis jeta les bottes par terre. « Ces bottes sont remarquables si Kamil a été frappé par la foudre : elles sont absolument normales. Un autre mensonge, mon vieux ? »

« Peut-être qu’il a tué Kamil », proposa la jeune sentinelle, en chuchotant sur le côté de sa bouche à son compagnon.
« Je vous ai donné une chance, et vous m’avez offert des mensonges en retour », dit la sentinelle aînée, dirigeant son regard sur Joseph. Elle cherchait sur le visage de Joseph quelque signe qui allait sceller son sort ou un indice qui rendrait la piste amère et froide de Kamil brusquement visible.

Joseph baissa légèrement la tête ; debout pieds nus face à des canons de fusils qui semblaient désireux d’être appelé avec la pression d’un doigt.

« Vieil homme, vous souciez-vous si peu de votre vie que vous nous cacheriez ce meurtrier? Avouez, où est-il ? »
Joseph, ne sachant pas comment réagir, resta silencieux, mais secouait la tête doucement tout en examinant le sol devant lui. Les fougères d’un vert vibrant avec leurs ombres sépia voletaient dans la brise comme les vagues ornées de bijoux caressant la terre. Les mousses molles et les lichens d’or avaient gravé à l’eau-forte le chemin subtil comme des marqueurs.

Et alors qu’une autre couche de son monde se dissolvait, et sa taille devenait si petite qu’il avait peine à se sentir humain. Les portes sont incompréhensibles. Il pouvait sentir la tension monter dans les sentinelles pendant qu’elles chuchotaient entre elles, mais son âme avait déjà atteint l’extérieur en faisant un puissant signe, un rythme palpitant se formait autour de lui et il perdit le sens de son environnement.

Un bruit aveuglant fut son dernier souvenir de son corps, comme il s’effondra lentement, reçu par une infime partie d’une terre en pleurs. Joseph fut dégainé de son corps avant qu’il touche le sol, et il entendit un appel de son nom qui s’amplifia jusqu’à ce qu’il puisse l’entendre clairement. « Joseph, la proie est le vainqueur. Vous n’avez plus aucun périmètre pour vous contenir. Nous allons prendre votre main loin de ce courant congelé et nous déplacer au-dessus des voies fragmentaires terrestres. Et là, vous pourrez courir victorieux dans les prairies chauffées par le soleil où l’âme composite peut conseiller une fois de plus les rois et être l’étincelle incandescente qui illumine la voie ascendante de l’humanité. »

L’âme de Joseph se sentait comme si elle s’était égarée, peut-être qu’une partie de lui avait été laissée en un lieu qu’il ne visiterait jamais, mais la voix qui l’appelait avait assemblé un monde nouveau pour lui, élaboré à partir d’un levain orphique qui entraînerait son esprit à s’élever si loin du masque humain que les flèches héroïques du Cœur Unique feraient enfin son envolée.

James
A suivre …

Source : Forum Wingmakers
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