La prophétie de DOHRMAN WINGMAKERS

Wingmakers: The Dohrman Prophecy – Chapitre XIII

The Dohrman Prophecy de James Mahu

Traduction intégrale du livre web

dohrman prophecy

Chapitre 13 – L’Aube Orphique

Quand ils eurent enfin trouvé tard dans la soirée un emplacement de campement approprié, Maia était trop épuisée pour même envisager de manger ou de communiquer avec l’Oracle.

En quelques minutes après le lancement du feu, elle dormait en position fœtale courbée parfaitement sur le nouveau feu de camp.

Joseph décida de jeter un œil à la carte au lieu de succomber au sommeil. Sa joue donnait l’impression d’aller mieux, tant qu’il n’y touchait pas, et il était soulagé qu’il n’ait pas un miroir pour l’examiner. Il sortit la carte et il l’étudia, faisant attention à ne pas être trop près du feu, qui était pourtant sa seule source de lumière. La carte montrait plusieurs cours d’eau où le poisson pouvait être trouvé, et certaines plantes et arbustes fruitiers étaient également notés. Sur un côté, près de la marge, il y avait une référence étrange : Périmètre de la Barrière.

Joseph s’interrogea sur cette référence, puis il remarqua quelque chose d’encore plus étrange. Une note griffonnée au crayon – probablement l’écriture de Kamil – dans la partie supérieure droite, déclarait : Dernière Observation Connue du Sorcier.

Une trace de nervosité toucha une corde sensible de Joseph profondément en son for intérieur. Le point écrit au crayon sur la carte se trouvait à proximité, peut-être à moins de deux kilomètres de leur position, si les calculs de Joseph étaient exacts. Joseph pensa à leur situation, et détermina qu’elle ne pouvait pas être pire en ajoutant un Sorcier à l’amalgame. Il s’est soudainement rendu compte à quel point il était fatigué, et mit quelques branches mortes sur le feu et ferma les yeux, en espérant que sa fatigue excessive ne l’empêcherait pas de dormir.

Un bourdonnement étrange incita Maia à s’éveiller. Tout d’abord elle pensa que c’était Joseph, mais alors que ses yeux se furent accommodés, elle vit qu’il dormait. C’était juste l’aube et la forêt était vêtue d’une faible brume lumineuse.
« Je vois que vous êtes éveillée », dit la voix profonde avec un distinct accent du vieux monde. Il était assis les jambes croisées, en face de Maia, près du feu de camp qui était pratiquement éteint, mais quelques braises rougeoyaient. Un grand bâton était couché sur ses genoux, et son manteau avait un capuchon qui était soulevé, ainsi son visage était la plupart du temps caché dans une fente d’ombre.

« Ne vous inquiétez pas », il huma l’air, « J’ai un sens aigu de l’odorat, et la fumée de bois est quelque chose que je rencontre rarement dans ces bois. »

Maia sentit qu’il souriait. « Êtes-vous l’Oracle ? »

« Non, je m’appelle Simon », répondit-il. « Il n’y a aucun Oracle ici. Et votre nom ? »

« Maia. »

«Il est bon de vous rencontrer, Maia », dit Simon, en s’inclinant légèrement.

Maia était sur ses gardes, car elle ne savait pas ce que cet homme étrange voulait, ou pourquoi quelqu’un s’assiérait à leur camp sans y être invité et commencerait à fredonner.

« Êtes-vous le Sorcier ? »

« Si je peux être utile, je le suis », reconnut Simon avec un net accent. « Voilà comment je suis connu dans ces régions, bien que j’essaie de rester à bonne distance de la Garde Suprême et de leurs pitreries. »

« Nous essayons de faire la même chose », déclara Maia. Elle se tourna vers Joseph, puis vers Simon. « Ça vous dérange si je le réveille ? »

« Je vais vous en épargner la peine », dit Simon, poussant Joseph avec l’extrémité arrondie de son bâton.

« Quel est le problème ? », demanda immédiatement Joseph, reprenant ses sens et saisissant son fusil.

« Nous avons un invité », annonça Maia.

Joseph plissa les yeux à travers les braises de son feu de camp et vit la silhouette encapuchonnée de Simon. « Qui êtes-vous et que voulez-vous ? » Il resserra son emprise sur son fusil, mais faisait attention à ne pas être trop agressif dans sa posture.

« Son nom est Simon », répondit Maia, « et il a offert de nous aider. »

« Et de quelle aide s’agirait-il ? », demanda Joseph, restant sceptique.

Maia se tourna vers Simon. « Pouvez-vous nous escorter sans risque hors d’ici sans que les sentinelles nous trouvent ? »
« Parlez-moi de votre dilemme », suggéra Simon. « Je ne sais rien de vos problèmes, ainsi ce n’est pas facile de savoir comment je peux vous aider. »

Maia regarda Joseph, se demandant combien ils devaient révéler. Elle estima que la prudence était la meilleure solution. « Père et moi sommes perdus. »

Elle s’arrêta brusquement, en espérant que Joseph viendrait compléter sa pensée.

« Nous cherchions l’Oracle », proposa Joseph. « Et en le faisan, nous avons découvert que notre boussole est cassée. »
« Et le sac à dos et le fusil de la Garde Suprême », souligna Simon, « de quelle façon ont-ils été acquis ? »

« Écoutez, je ne sais pas quelles sont vos affaires ? », dit Joseph.

« Avez-vous trouvé ce que vous êtes venu chercher ? », demanda Simon.

« Vous voulez dire l’Oracle ? », répondit Maia, en regardant Joseph pour donner une espèce de signal.

« Oui, l’Oracle », reprit Simon.

Joseph prit quelques branches sur le côté du feu de camp et les jeta sur les braises, soufflant fort sur les braises pour relancer le feu. Après quelques souffles un petit feu fit éruption et il se pencha en arrière. « L’Oracle n’existe pas pour autant que nous le sachions. Si vous en savez autrement ? »

« Si vous ne pouvez pas me faire confiance, pour quelles que soient vos raisons, alors vous ne pouvez pas me dire quelle est votre situation véritable. Et si je ne sais pas, je ne peux pas vous aider. Voulez-vous avoir mon aide ou pas ? »

Maia était mal à l’aise. Elle changea de position en portant rapidement des regards mesurés à Joseph pour lire sa position. « Si nous vous disons tout ce que nous savons, alors peut-être vous serez également en danger. Il serait préférable pour vous de ne pas savoir. »

« Qu’est votre cœur ? », demanda Simon, en changeant la conversation.

Le feu commençait à s’accroitre à un tel point que Maia pouvait voir que Simon avait une barbe, un long nez, et aussi bien son habillement que son visage étaient conformes à ce qu’elle arrivait à s’imaginer d’un Sorcier.
« Je ne comprends pas votre question », dit Maia.

« Que croyez-vous au sujet de la composition de votre cœur ? »

« Eh bien, c’est une sorte de pompe… Il… Il pompe le sang dans tout mon corps… »

« Ainsi c’est une machine », interrompit Simon, « juste une machine. »

« Non, je ne dis pas que c’est une machine exactement, mais c’est surtout une pompe et c’est aussi là où une personne ressent. »

« Ah, ainsi c’est une pompe qui ressent. »

« Quel est votre but avec cette série de questions ? », demanda Joseph.

« Mon but est ceci : dans votre corps il y a assez de vaisseaux sanguins et d’artères pour que si vous les attachiez entre eux de bout en bout, ils seraient étirés autour de cette Terre, non pas une, mais deux fois. Votre cœur est le chef d’orchestre de ce système d’artères, de vaisseaux, de glandes et d’organes, et il constitue un système tout à fait sensible, et ce système est relié à notre planète. On peut même dire que c’est cette planète. » Simon tapota le sol avec sa main droite.

« Ainsi votre cœur est un système qui est étroitement lié avec la Terre. Si votre système-cœur est cette planète, et mon système-cœur est également cette planète, alors nous sommes unifiés. La question est de savoir si vous pouvez vous diriger vers cet endroit simple, et vous libérez de tous les préjugés que l’on vous a appris à l’école et en société. Si vous pouvez le faire, vous me ferez confiance. »

Maia regarda Joseph pour une réponse mais il regardait tout simplement la silhouette encapuchonnée, sa bouche immobile.
« J’ai toujours lu que le cœur est le trône de l’âme », dit Maia. « N’est-ce pas vrai ? »

« Le cœur est beaucoup, beaucoup de choses », répondit Simon. « À un certain niveau, c’est en quelque sorte un cerveau, sur un autre c’est une glande, à encore un autre niveau, c’est un générateur électromagnétique, mais c’est aussi une conscience – pas de soi, mais plutôt comme un point culminant d’expression pour un système interconnecté beaucoup plus grand. Et cette expression est qui vous êtes tout en demeurant sur cette planète, en tant que cette planète. »

« L’intelligence n’est pas à l’intérieur du cœur, l’intelligence est la Terre elle-même et l’élément humain de l’expression de cette conscience naturelle qui est tout autour de nous. » La tête encapuchonnée balaya un arc panoramique sur la canopée de la forêt, puis parut alors retourner son regard en direction de Maia.

« Il n’y a pas de liberté dans l’intellect. Il est enfermé dans une boîte dans une boîte dans une boîte. Seul le cœur peut exprimer le soi authentique qui est ici en ce monde, vivant en ce moment, en ce lieu, en tant que vous ! Si vous touchez à ceci, alors il deviendra votre navigateur. »

Simon fit une pause comme si sentant une question bouillonnait à la surface.

« Qu’est-ce que cela signifie en ce qui concerne le fait de savoir si nous vous faisons confiance, ou pas ? », demanda Joseph.

« Quand vous regardez autour de vous, dès maintenant, vous ne voyez que le faible contour des arbres, des buissons, et un très vieil homme. L’information qui arrive à vos sens – vos cinq sens – nourrit l’esprit. Ce qui entre dans votre cœur est infiniment plus complexes, non linéaires… Un signal en plusieurs parties de l’intégralité qui vous entoure. Votre cœur perçoit les intérieurs lumineux. Si vous permettez à votre cœur d’observer ce qui se trouve dans votre environnement, et de laisser en retrait vos cinq sens dans le calme, vous verrez différemment, et vos pouvoirs de navigation seront alimentés par une connexion, au lieu de millions de pièces de séparation qui sont filtrées par vos cinq sens et ensuite attendent ici des ordres. », Simon indiqua sa tête.

« Dans cette connexion unique est votre immensité, où la ligne d’horizon est invisible, non, plus exactement inexistante. C’est votre individualité, mais c’est aussi votre vaste moi qui chevauche et enlace tous les autres. Soyez de cette conscience », Simon cogna deux fois la zone de son cœur avec son poing serré, « et vous ferez confiance à ceux qui en sont aussi. »

Maia et Joseph écoutaient le discours, ignorant exactement comment leurs cœurs étaient perçus par le Sorcier, mais sentaient leurs soupçons s’adoucir avec une rapidité que ni l’une ni l’autre n’avaient ressentie auparavant. Ils commencèrent à révéler leur histoire, en grand détail, de leur toute première étape ensemble dans la forêt, leur première rencontre avec les sentinelles, les réunions de Maia avec l’Oracle, et les circonstances inhabituelles de leur échappée hors de portée de Kamil.

Simon ne les interrompit jamais, hochant seulement la tête occasionnellement. Quand ils eurent fini, la lumière s’intensifia dans la forêt, ainsi Maia commençait à voir le mouvement de ses yeux sur le visage de Simon, bien qu’elle fût faible.

« Votre voyage se déroule tel celui de Pandore quand elle ouvrit la jarre et que le chaos se répandit. », dit finalement Simon. « Peut-être que vous aimeriez quitter la forêt et revenir à vos vies telles qu’elles étaient, dans la sécurité de vos villages. Mais je dirais que l’univers a des plans différents pour vous, maintenant que vous avez ouvert la jarre. »

« Qu’est-ce que cela signifie ? », dit Joseph. « Comment sommes-nous censés savoir ce que l’univers attend de nous? Qu’en est-il du libre-arbitre ? »

Maia prit un ton tout aussi éhonté. « Pandore? Vous nous comparez à Pandore ? Avons-nous répandu le chaos ? Sommes-nous responsables ? Nous sommes venus chercher l’Oracle, et seulement l’Oracle. »

Simon se mit debout, redressant sa grande taille avec vigueur et grâce. « Est-ce ainsi que vous élargissez votre confiance ? »

Il adoucit son ton légèrement. « Vous vous êtes exprimés admirablement, et vous avez fait preuve de courage et d’habileté dans vos rapports avec la Garde Suprême. Quand Pandore ouvrit la jarre, le mal s’est relâché sur le monde, mais l’espoir ne fut pas perdu, en fait, c’était la seule qualité restante qui demeura à l’intérieur de la jarre. »
« Peut-être que vous êtes l’espoir dans la jarre. »

Avec cela, Simon ajusta son manteau, et tapa sur le sol avec son bâton. « Vous avez mon soutien, mais vous devez me faire confiance. Il n’y a pas d’autre façon. Vous trouverez que je suis, par caractère, dur dans mon honnêteté. Soyez-en offensés si vous en ressentez le besoin, mais faites-le une bonne fois et passez à autre chose. Entendu ? »
Maia et Joseph acquiescèrent tous les deux comme dans une transe.

« Suivez-moi, nous avons du travail à faire », dit Simon.

Joseph et Maia bondirent pour agir, arrosant leur feu et emballant immédiatement leurs maigres bagages. En quelques secondes, ils se précipitèrent pour rattraper le mystérieux sorcier, encore affamés, toujours craintifs, mais détectant qu’une lueur d’espoir avait finalement croisé leur chemin.

Le Poste de Ravitaillement était normalement la destination préférée de Kamil. Il n’avait pas de famille, ayant été élevé dans un orphelinat toute sa vie, et suite à son dix-huitième anniversaire, il fut admis à la Garde suprême pour le service puisque son orphelinat était détenu et exploité par l’Église. C’était la pratique courante.

Kamil était heureux de faire partie de la Garde Suprême et appréciait la vie solitaire d’une sentinelle. Le Poste de Ravitaillement était plus sa maison que n’importe quel autre endroit dans le monde, et ceux qui l’exploitaient sa famille. Kamil considérait les bois, comme son lieu de travail.

Comme il arrivait à une centaine de mètres du Poste de Ravitaillement, il s’arrêta à un poste de garde sur le chemin.
« Que t’est-il arrivé ? », demanda Thompson ; un garde lourdaud dont l’uniforme semblait être trop petit de deux tailles.

« Embuscade », répondit Kamil.

« Par qui ? »

« J’ai besoin de voir Jaunder immédiatement, est-il ici ? », dit Kamil.

Thompson hocha la tête. « Tu veux que je l’appelle ? »

« Juste lui dire que j’ai besoin de le voir au sujet d’une embuscade à huit kilomètres de la clôture. »

Kamil savait qu’il avait besoin de gérer cette situation de la même façon qu’un politicien gère un scandale : nier ou dissimuler. Il avait besoin de nier ce qui avait causé ce problème, et de dissimuler le fait qu’il avait été vaincu par une jeune femme et son vieux père.

Karnomen avait invité à son bureau Torem et Shunal pour un débriefing de sa visite à l’Oracle. C’était la fin de matinée, le soleil était déjà haut dans le ciel, et une légère brise lui apportait le parfum des pommiers en fleurs.

Il était arrivé à un plan, bien qu’il demeure ouvert à des modifications si Torem ou Shunal avaient de bonnes suggestions. Il avait un grand respect pour ses deuxième et troisième Initiés, et il était persuadé que l’un ou l’autre pourrait poursuivre ses fonctions lorsque la mort l’emporterait.

Torem était très aimé dans toute l’Église et était le visage public de la congrégation mondiale lorsqu’il voyageait et se mêlait aux dirigeants de l’Église. Shunal qui était plus un introverti, était un érudit et brillant stratège, mais aussi moins public et n’avait donc pas le soutien de l’ensemble de la primauté.

«Entrez», dit Karnomen, se raclant la gorge à plusieurs reprises. Il sirotait du café pendant que Torem et Shunal se rassemblaient à la table du Prêtre Suprême.

« Versez-vous du café si vous voulez », suggéra Karnomen. « Je ne pense pas cela prendra trop de temps. »

Karnomen s’approcha de la table et s’assit aussi. La douleur dans ses jambes le dérangeait toujours, aggravée par la longue marche vers et depuis l’Oracle. « S’il y a un doute quant au rôle de Hugelitod dans la Prophétie de Dohrman, nous pouvons l’arrêter. Je suis maintenant convaincu qu’il est très impliqué. Compris ? »

Tant Torem que Shunal acquiescèrent docilement.

« Bon, alors permettez-moi de vous dévoiler mon plan», commença Karnomen. « Comme vous le savez, j’ai rencontré une seconde fois l’Oracle tôt ce matin. Toutefois, contrairement à la pétition d’hier, Oracle a refusé ma demande. »
« Comment pourrait-il faire cela ? », demanda Torem.

« La prophétie est initiée et l’Oracle n’est plus notre instrument. Il nous a abandonnés, mais je crains que ce ne soit pire que cela, tout comme c’était annoncé. »

Karnomen fit une pause en prenant une gorgée de café et changea de position sur sa chaise. « Je crois que l’Oracle prévoit de nous détruire, et Hugelitod est son arme. Tout dans la Prophétie de Dohrman semble se dérouler, et à moins que nous intervenions, notre ruine est inévitable. »

« Et comment proposez-vous que nous intervenions, votre Éminence ? », demanda Shunal. « L’Oracle avait raison dans toutes les prédictions, et s’il est vrai, que Hugelitod est celui cité dans la prophétie de Dohrman, alors comment pouvons-nous empêcher que cela se produise ? »

« Nous devons le détruire. » Karnomen se renversa dans sa chaise, ses doigts dansant les uns contre les autres comme deux araignées en contradiction.

Karnomen émit un long et fatidique soupir. « Nous savions que ce temps viendra, et nous avons toujours su que la destruction de l’Oracle accompagnerait son arrivée. »

« Et Hugelitod? Sa destruction fait-elle aussi partie de notre plan ? », demanda Torem.

« Comme je l’ai dit précédemment, nous attendrons de voir si nous pouvons détruire l’Oracle, et si nous réussissons, nous pourrons – au fil du temps – libérer Hugelitod, à condition qu’il soit coopératif. Il s’agit d’un pion, innocent semble-t-il, et pour tout ce que nous savons, il est plus compatissant à notre cause qu’à celle de l’Oracle. »

Torem se pencha en avant. « Nous ne savons pas si nous pouvons détruire l’Oracle, mais sans Hugelitod, que peut-il vraiment faire? Si vous croyez Hugelitod est l’arme de l’Oracle, et que nous gardons l’arme sous notre contrôle, que peut faire l’Oracle contre nous ? Peut-être va-t-il changer d’avis s’il voit que nous l’avons déjoué. »

Shunal sourit. « Et nous en servir de nouveau? C’est sa prophétie que nous démantèlerons dans une nouvelle lumière. Vous avez lu les mots une centaine de fois. Nous n’avons pas moyen de déjouer une intelligence qui connaît mieux l’avenir que nous connaissons le passé. »

« Nous ne savons pas comment ni quand l’Oracle frappera, mais nous savons pourquoi. »

« Oui, oui, nous avons tous lu cela », dit Karnomen : «comme vous le dites, une centaine de fois, mais le message sous-jacent de cette écriture est que nous avons en quelque sorte obscurci Dieu, que nous avons créé un masque qui couvre sa Gloire. Comment pourrions-nous faire une telle chose quand tout ce que nous faisons, c’est de faire son Royaume plus réel sur cette planète ? »

Karnomen hocha lentement la tête ; ses pensées étaient dans une contemplation profonde. « Nous devons détruire l’Oracle. Nous devons conserver Hugelitod jusqu’à ce que cela soit fait, et que nous sachions, sans aucun doute, que l’oracle est évincé de cette planète pour toujours. »

La voix de Karnomen coulait dans un murmure. Il n’était pas satisfait de son plan. Quelque chose restait insaisissable.

Torem se racla la gorge. « Est-il possible que l’Oracle sache qu’il allait être tenté par Satan, comme il est devenu un instrument de l’Église? Peut-être l’Oracle est tout simplement le pion de Satan et nous pouvons lui offrir notre aide. Comme nous l’avons mentionné précédemment, peut-être un exorcisme serait une étape utile avant de le détruire – au moins essayons. »

« Sur l’Oracle ? », demanda Shunal.

« Pourquoi pas ? »

« Il n’est pas un humain. », proposa sèchement Shunal.

« Nous ne savons pas ce qu’il est », répondit Torem. « Le simple fait que nous sachions ce qu’il n’est pas, ne fait pas obstacle à la possibilité d’un exorcisme, surtout si nous l’exécutons, nous serions efficaces. »

Karnomen regarda par la fenêtre. « Nous connaissons la prophétie. Il ne faut pas débattre de l’identité de l’Oracle. Sa source, sa destination, son utilisation comme un outil de Satan – tous ces éléments sont académiques s’il cherche à détruire ce que nous considérons comme la plus grande mission de Dieu sur Terre. Nous sommes les protecteurs de l’Église de Dieu, et en tant que telle, nous n’avons pas d’autre choix que de détruire l’Oracle. »

« Je suis d’accord avec Shunal, l’exorcisme est une perte de temps. Nous ne pouvons pas retarder sa destruction. »
« Comment pouvons-nous le faire ? », demanda Torem.

Une des ironies de l’Ordre des Seize Rayons, c’est qu’il était en possession d’une prophétie qui prédisait un temps où l’Oracle chercherait à détruire l’Église, mais personne n’avait osé parler de la façon dont l’Ordre détruirait préventivement l’Oracle. C’était envisagé par certains, et même un petit dossier des écritures des prédécesseurs de Karnomen théorisait sur les meilleures méthodes pour détruire l’Oracle, mais ceux-ci étaient la possession privée du Premier Initié. »

« Telle est la question du jour », Karnomen hocha la tête. «Seuls les Grands Initiés peuvent participer à sa destruction, comme nous avons décrété ensemble. »

Karnomen sirota les dernières gouttes de son café et porta à nouveau son regard fixe par la fenêtre en direction de la cour au-dessous. « Les glyphes qui sont sur le revêtement de la pierre sont les dispositifs par lesquels nous communiquons … nous effacerons ces derniers au burin. Si nous pouvons éliminer sa communication, à toutes fins utiles, nous l’aurons détruit. »

« Et quand commencerons-nous ? », demanda Torem.

« Demain matin », dit Karnomen. « Shunal, je vous laisserai les détails. »

« Oui, votre Éminence, je m’occuperai de tous les préparatifs », répondit Shunal. « Nous joindrez-vous ? »

« Mon dernier voyage à l’Oracle est derrière moi », dit Karnomen avec un soupir. « J’ai tellement communiqué avec lui, appris de lui, compris de choses qu’aucun autre homme n’a jamais vu – tout simplement de tendre la main et toucher cette pierre – une affinité s’est creusée entre nous et je ne veux pas participer à sa destruction… Je n’aime pas l’idée de l’amener au silence, mais je ne vois pas d’autre choix. »

« Je comprends », dit Shunal. « Souhaitez-vous une dernière pétition ? »

« Je me suis souvent demandé si l’Oracle avait servi quelqu’un d’autre», songeait Karnomen. Il semblait particulièrement en réflexion sur les perspectives de destruction de ce qui avait été l’outil le plus puissant que l’Église n’ait jamais possédé.

« Que voulez-vous dire ? », demanda Torem.

« Vous êtes-vous jamais demandé qui a créé cette intelligence ? Qui l’a envoyé sur la Terre ? »

« Oui… Évidemment nous l’avons tous fait. »

« Les créateurs de l’Oracle ont toujours été silencieux », dit Karnomen, « et maintenant, mon espoir est qu’ils le récupèrent. »

Torem se déplaça sur sa chaise. « La pensée qu’il devrait vivre sans compagnie pour l’éternité est difficile à imaginer. Un tel gaspillage de ressources. »

« Oui », dit Karnomen, « ayez une dernière pétition et remerciez-le pour ses services. Dites à l’Oracle que nous fermons la voie de communication de sorte qu’il puisse se déplacer sur… revenir à ses créateurs. »

« Je conduirai personnellement la pétition en votre nom », proposa Torem.

«Merci», Karnomen s’éloigna de la table et se mit debout lentement, se tournant pour regarder Torem en face. « Je voudrais vous demander d’inviter Hugelitod à prendre part à la destruction de l’Oracle demain. Je veux voir s’il accepte cette occasion de rédemption. »

« Sans gardes ? », demanda Shunal avec une inquiétude soudaine.

«Oui», acquiesça Karnomen. « Nous devons voir s’il participera à la destruction, ou choisira de rester dans sa cellule. Ce choix en dira long sur son allégeance à l’Ordre… Ou à l’Oracle. »

Karnomen regarda brièvement à la fois Torem et Shunal pour voir s’ils avaient des objections. « J’étais debout avant l’aube ce matin, ai eu une longue marche quelque peu douloureuse pour rentrer, et maintenant, je pense que je vais prendre du repos. Messieurs, merci pour votre aide dans cette affaire. Vous avez ma bénédiction. »

Torem et Shunal donnèrent chacun l’accolade à Karnomen avant leur départ. Ils avaient un grand respect pour son jugement et savaient que sa décision n’était pas prise à la légère ou faite de manière impulsive. C’était le point culminant que personne dans l’Ordre des Seize Rayons ne voulait voir, mais ils comprendraient tous que cela était nécessaire.

James
A suivre …

Source : Forum Wingmakers
Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer la source et le site: http://www.elishean.fr

Print Friendly, PDF & Email
Articles similaires

Suivez nous sur les réseaux sociaux

Votre aide est importante…

MilenaVous appréciez mon travail et vous voulez soutenir ce site?

Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur PayPal.

Même une somme minime sera la bienvenue, car je gère seule tous les sites du réseau Elishean/ les Hathor. Avec toute ma gratitude, Miléna

 

Articles Phares