A la Une Terrorisme

Un document de la DGSE révèle les lendemains du conflit syrien: « L’après DAESH »

Cet inquiétant document secret de la DGSE aurait fait changer d’avis Macron sur la Syrie

Je ne sais pas si un simple rapport de la DGSE peut suffire à réorienter toute une politique étrangère ; ce qui est certain en revanche, c’est que depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la situation s’est complètement retournée sur le terrain grâce aux Russes, aux Iraniens et à l’intelligence tactique de l’armée syrienne. On est d’ailleurs tout près d’un accord entre Russes et Américains sur la Syrie, pour mettre fin au conflit.

« Selon Le Canard enchaîné (« Un document alarmiste de la DGSE », 5.07.17), Macron aurait changé d’avis sur Assad et pris ses distances avec la politique de son prédécesseur Hollande et des néoconservateurs après avoir eu accès à des données consignées dans un rapport secret de la DGSE.

On y apprendrait entre autres que le régime d’Assad n’aurait jamais été aussi fort depuis 2011 tandis que l’opposition dominée par des groupes djihadistes serait laminée, que les djihadistes en perte de vitesse tout comme l’Etat islamique pourraient après leur défaite en Syrie se rabattre sur l’Europe.

La Syrie aime Bachar el-Assad

Un rapport qui aurait été effectué pour le compte de la DGSE par des experts, des universitaires, des chercheurs et spécialistes de la géopolitique. Le Canard donne quelques extraits très succincts de ce rapport de 70 pages :

– « Le régime de Bachar (…) est aujourd’hui en meilleure posture qu’à aucun moment depuis 2011, grâce aux interventions russe et iranienne« .

– « L’opposition est désorganisée et fragmentée, ne pose pas (sic) une menace stratégique (…). Les principaux groupes d’opposition sont de plus en plus divisés (…), souvent sous-équipés et démoralisés. »

– « Cette opposition est de plus en plus dominée par des groupes extrémistes« .

– « Une solution politique et militaire au conflit demeure peu probable ».

Daesh poursuivra son combat « en Europe, après la chute du Califat ».

– « La libération de Mossoul soulèvera autant de problèmes qu’elle en résoudra (…) Les conflits latents (avec le gouvernement de Bagdad) risquent de refaire surface en 2017 et 2018, entre Kurdes et Chiites, et entre les deux principaux partis kurdes« .

Mossoul libérée, Daech s’effondre : femmes piégées, suicides collectifs, évasions parmi les civils, arrestations…

9 mois après le lancement de la bataille, la ville de Mossoul est désormais entièrement libérée de la milice wahhabite terroriste Daech. Mais l’annomce officielle tarde toujours à venir.

Les Unités de lutte contre le terrorisme ont, selon l’agence irakienne al-Soumariyat, hissé le dreapeau irakien sur le bord du Tigre, dans la vieille ville de Mossoul.

Daech a reconnu sa défaite , déclarant que désormais son nouveau siège se situe dans la ville de Tal Afar, à l’ouest de Mossoul , a indique une source locale de Ninive, pour l’agence.

Dans les rues de la ville, des scènes de liesses impliquant surtout les militaires irakiens et les combattants volontaires du Hachd al-Chaabi sont de mise.

1000 tués

La carte de Mossoul qui était en gris est devenue verte

Les derniers combats qui ont eu lieu dans les vieux quartiers de la ville se sont soldés par la mort de 1000 miliciens, a indiqué le général Raed Jawdat, le commandant des forces de la police fédérale qui a participé à la libération de Mossoul. Ont également été détruits plus 65 véhicules équipés, 20 motos piégées, 24 motocycles, 38 autres équipées, 5 tours de communication et 8 tunnels, a-t-il ajouté, dans un communiqué.

De même, 71 ceintures et 310 engins piégés ainsi que 181 missiles ont été désamorcés.

Suicide collectif

Il est question d’une trentaine de miliciens de Daech qui se sont fait exploser samedi, après avoir réalisés qu’ils étaient vaincus. Al-Mayadeen affirme avoir été témoin de ce suicide collectif.

La femme de Daech qui s’est fait exploser vendredi avec son bébé

Les réseaux sociaux ont fait l’écho de l’histoire horrible d’une femme de Daech qui s’est fait exploser le vendredi dernier, en portant son bébé, au milieu des civils en fuite de la vieille ville de Mossoul, rapporte la télévision iranienne arabophone al-Alam

Sa photographie prise quelques instants auparavant a été publiée sur ces réseaux lesquels ont également révélé en images vidéo la fuite de nombreux chefs de Daech parmi les civils. 35 terroristes liés à Daech et 6 autres personnes qui tentaient de pénétrer dans la ville via la rive occidentale du Tigre ont été appréhendés, a aussi souligné Al-Mayadeen TV.

La Cellule du média de guerre en Irak a indiqué pour sa part la mort d’un chef de Daech connu sous le sobriquet d’Abou Zeid, et de 7 de ses hommes, samedi, dans la vieille ville de Mossoul.

Ce dimanche, 30 autres ont été abattus alors qu’ils fuyaient de la côte droite de Mossoul vers sa côte gauche, en traversant l’Euphrate.

Une victoire méritée

Selon le directeur des opérations conjointes de , le général américain Robert Sofge, c’est une victoire bien méritée.

« Ils méritent de célébrer cela et peuvent ressentir toute la fierté et le sens du travail accompli », a-t-il témoigné. Offrant ses « félicitations à l’avance pour cette grande bataille ».

« Il faut revenir à la Seconde guerre mondiale pour trouver (une bataille) qui se rapproche seulement » de celle de Mossoul, a-t-il jugé.

Les jihadistes qui sont encore à Mossoul sont «désespérés» et se battent jusqu’à la mort dans un petit périmètre de deux pâtés de maisons au cœur de la vieille ville, près du fleuve Tigre, a expliqué le général Sofge.

Selon les agences, certains se font passer pour morts, vêtus de gilets explosifs, qu’ils mettent à feu à l’approche des forces irakiennes de sécurité.

Des combattantes femmes de l’EI se sont elles faites sauter au milieu de civils déplacés.

Quelques jihadistes cherchent néanmoins à fuir, se fondant dans le flot des réfugiés civils après avoir rasé leurs barbes et changé de vêtements.

La bataille continue

Sur le terrain, la bataille contre Daech se poursuit.

Selon al-Alam, les groupes du Hachd al-Chaabi ont annoncé ce dimanche, le lancement d’une nouvelle opération destinée à déraciner Daech de la région orientale de la région d’al-Maqdadiyat, deuxième plus importante dans la province de Diyala, à l’est de Bagdad.

Daesh poursuivra son combat « en Europe, après la chute du Califat ».

Ces dernières semaines, les dirigeants du groupe terroriste reconnaissent dans leurs allocutions publiques que Daech pourrait tôt ou tard perdre le contrôle de toutes villes qu’ils ont envahies auparavant, rapporte le Washington Post. Cependant, Daech n’est pas de toute évidence disposé à abandonner son combat, et la hausse du nombre d’attentats perpétrés en dehors du territoire du « califat » en témoigne avec éloquence.

Au cours du mois du Ramadan 2017, 160 attentats islamiques ont été commis dans 29 pays, tuant 1627 personnes et blessant 1824 autres.
Mais le déni du lien entre terrorisme islamique et islam, ainsi que les efforts pour apaiser l’islam autant que possible, se poursuivent

Comprendre l’après-Daech

La « campagne d’Europe » de Daech est antérieure aux bombardements de la coalition, qui ont commencé en août 2014. Elle est donc préméditée, et non pas lancée en guise de représailles.

Selon l’un des conférenciers, quatre sources alimentent la dynamique mondiale de Daech : la guerre contre la terreur menée par les États-Unis ; la contre-révolution lancée par plusieurs régimes arabes depuis 2011 ; l’affaiblissement, voire la disparition de plusieurs États arabes ; et la possibilité pour Daech de se construire un berceau à Raqqa.

En Iraq, d’abord, la menace posée par Daech depuis 2014 a poussé le gouvernement à Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan à mettre de côté, temporairement, plusieurs de leurs nombreux différends.

Cependant, l’affaiblissement de Daech est de nature à distendre les liens entre le pouvoir central et les autorités Kurdes et à provoquer, à terme, une réémergence des conflits qui avaient été plus ou moins subordonnés, depuis 2014, à la lutte contre cet ennemi commun. Plusieurs conflits latents depuis trois ans risquent donc de refaire surface en Irak en 2017 et en 2018, notamment entre Kurdes et chiites, et entre les deux principaux partis politiques kurdes.

Le mouvement djihadiste n’évolue pas en vase clos en Irak et en Syrie.

Daech n’est pas exogène à la société irakienne ; l’évolution du contexte politique en Irak et en Syrie aura d’importantes conséquences sur son évolution. Or cet environnement va demeurer propice – en raison de la guerre en Syrie et de la dysfonction politique en Irak – à l’épanouissement de groupes extrémistes sunnites, que ce soit Daech ou une nouvelle mouture.

Malgré l’affaiblissement de Daech, la campagne d’Europe du groupe risque de perdurer même après la chute du califat. En effet, le groupe a réussi à implanter des cellules dormantes sur le continent qui vont survivre à son projet territorial au Moyen-Orient.

Il serait naïf de croire que le retrait de Daech de Mossoul marquera le début d’une nouvelle ère dans l’évolution politique de l’Irak, où tout rentrera dans l’ordre. Jusqu’à tout récemment, c’était sans doute ce qu’espéraient, assez naïvement d’ailleurs, les pays occidentaux et leurs organes médiatiques qui suivent la situation en Irak.

Depuis la défaite des rebelles à Alep, on assiste à une grande réorganisation, attendue depuis longtemps, au sein des milieux djihadistes et islamiques qui ne sont pas liés à Daech.

La campagne d’Europe de Daesh au cœur de sa dynamique mondiale

Daech a été proclamé en avril 2013 dans la ville syrienne de Raqqa, après y avoir liquidé les groupes révolutionnaires qui en avaient eux-mêmes délogé les forces pro-Assad un mois plus tôt. Il faut attendre à peine plus d’un an pour que Daech lance sa « campagne d’Europe » avec l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles qui fait quatre morts en mai 2014. Cette « campagne » est donc bien antérieure aux bombardements contre Daech de la coalition menée par les États-Unis, à partir d’août 2014 en Irak, et de septembre en Syrie.

Il importe de souligner que les attentats qui ont depuis ensanglanté Paris, Bruxelles, Nice ou Berlin ne constituent dès lors pas des « représailles » djihadistes à des opérations occidentales, mais bel et bien le fruit d’une campagne préméditée que la coalition n’a pas été en mesure d’entraver complètement. Certes, la capacité d’initiative de Daech a été sensiblement dégradée, mais elle reste extrêmement périlleuse.

L’objectif de Daech en Europe est double : prouver qu’une coexistence avec les « infidèles » est impossible (la France et l’Allemagne étant particulièrement visées, l’une pour accueillir les plus importantes communautés musulmane et juive d’Europe, l’autre pour sa généreuse politique envers les réfugiés) et encourager de ce fait les « montées au djihad » à partir de l’Europe.

Les recrues européennes, au-delà de l’effet d’aubaine en termes de propagande, sont précieuses à Daech pour le quadrillage des populations locales, en Syrie bien plus qu’en Irak.

Deux critères sont à prendre avec la plus grande précaution dans l’évaluation de la dynamique globale de Daech : celui des pertes officiellement infligées par la coalition et celui des pourcentages de territoire « reconquis ». Le premier critère, au-delà de son caractère contestable, a l’inconvénient d’être « statique », ne rendant ainsi pas compte des flux et de leur tendance. Le second critère fait pour sa part l’impasse sur l’importance symbolique de certaines implantations, même limitées (ainsi le piémont du Golan pour « l’armée de Khaled Ben Walid », affiliée à Daech). Il évacue surtout le contraste entre l’aspect fulgurant de certaines avancées de Daech, notamment en Irak en juin-juillet 2014, et le caractère très laborieux des opérations de « reconquête ».

Au-delà de l’erreur de perception d’un bloc anti-terroriste qui se croit partout en initiative, il y a l’incapacité persistante, liée à une certaine culture politico-militaire, d’assumer la radicale nouveauté de l’ennemi Daech. Il s’agit en effet d’une al-Qaïda (la base en arabe) qui a réussi dans les deux dimensions de la « base » territoriale et de la « base » de données transnationale. Le transnational se nourrit du territorial et réciproquement, dans une dialectique qui relativise les approches strictement géographiques (le pire attentat à Bagdad suit de peu la « victoire » de Fallouja en juillet 2014et coïncide avec une frappe inédite contre Médine). Non, Daech ne se « venge » pas, par de tels attentats, de revers infligés sur le terrain : il mène de front sa conduite opérationnelle au niveau territorial et au niveau transnational.

Sur ces deux niveaux étroitement liés, l’année 2016 n’a apporté que deux bonnes nouvelles du point de vue européen : la chute du bastion djihadiste de Syrte en Libye, d’une part, et le lancement de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » par la Turquie et ses protégés en Syrie, d’autre part. La première a éliminé un foyer de Daech au flanc sud de l’Europe et la seconde a enfin coupé le corridor de transit (aller et retour) entre le théâtre syro-irakien et l’Europe.

Plus généralement, les quatre sources où Daech alimente sa dynamique globale sont loin d’être taries, et c’est l’euphémisme d’un ancien diplomate :

La « guerre globale contre la terreur » de George W. Bush, qui avait permis à la matrice de Daech, la branche irakienne d’al-Qaïda, de s’implanter au cœur du Moyen-Orient, a cédé la place depuis septembre 2015 à la « guerre globale contre la terreur » de Vladimir Poutine, qui s’avère tout aussi profitable pour l’enracinement et l’expansion actuels de Daech (en effet, cette globalisation de l’anti-terrorisme, en niant les dynamiques locales, favorise la globalisation de la terreur de type djihadiste).

La contre-révolution arabe, déchaînée après les soulèvements populaires de 2011, est renforcée matériellement et militairement par cette mobilisation anti-terroriste qui est de fait anti-islamiste en Égypte et en Libye, voire anti-sunnite en Syrie et au Yémen. Il convient toutefois de faire une distinction entre le concours indirect que la violence des « maréchaux » Abdelfattah Sissi et Khalifa Haftar apporte aux implantations locales de Daech, d’une part, et la collaboration de fait que le régime Assad et les fidèles d’Ali Abdallah Saleh, dominants militairement à Sanaa, pourraient, d’autre part, avoir noué avec les djihadistes locaux.

La disparition des États arabes du devant de la scène moyen-orientale, particulièrement cruelle en Syrie comme la récente conférence d’Astana s’est déroulée sous le triple parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran, ce qui permet à Daech de revendiquer une forme dévoyée de « nationalisme arabe », exacerbée par la polarisation entre sunnites et chiites que la montée en puissance de Téhéran encourage partout. L’historien rappellera ici qu’il faut remonter à la période antéislamique pour retrouver un engament de la Perse à Alep, et a fortiori au Yémen.

Le fait que Raqqa, berceau de Daech et foyer de sa planification « globale », demeure épargnée par les mobilisations et focalisations parallèles des États-Unis sur Mossoul et de la Russie sur Alep.

Les quatre processus énumérés ci-dessus se confortent mutuellement.

L’administration Obama avait été incapable d’en renverser la tendance, mais au moins elle ne les encourageait pas, ce qui paraît au contraire la tentation forte au sein du nouveau gouvernement américain. Il faudra attendre pour être en mesure d’évaluer le plan demandé par le président Donald Trump.

Mais on peut d’ores et déjà s’attendre à une escalade militaire alimentant l’escalade terroriste, avec des « gains » territoriaux ne faisant qu’amplifier la dynamique globale de Daech.

À ce stade, la situation sur le terrain syro-irakien demeure calamiteuse : Daech apparaît comme le grand vainqueur de la bataille d’Alep, dont il était paradoxalement absent, mais dont il a profité pour reprendre Palmyre (resté donc seulement huit mois « libérée »), pour resserrer le siège de Deir ez-Zor et pour s’enraciner dans les deux triangles frontaliers (aux trois frontières entre Israël – en fait le Golan occupé –, la Jordanie et la Syrie, d’une part, et aux trois frontières entre l’Irak, la Jordanie et la Syrie, d’autre part) ; Daech, fermement ancré à Mossoul-Ouest, a pu reprendre l’initiative à Tikrit, dans la province de Diyala et, même, dans la vallée de l’Euphrate, par exemple à Ramadi.

Ces évolutions syro-irakiennes ont de sérieuses répercussions sur le recrutement international et la dynamique mondiale de Daech. Le discours anti-djihadiste des décideurs et des médias occidentaux fait en effet preuve d’une inquiétante « dissonance cognitive », comme on le décrit en sciences sociales, et ce syndrome du déni ne peut que faire le jeu d’une propagande fondée sur des réalités, certes dérangeantes, mais incontestables. Comment éviter en ce cas les théories conspirationnistes tellement en vogue sur le Web djihadiste, alors que fake news et post-réalité sont à l’ordre du jour sur les deux rives de l’Atlantique ?

On ne soulignera jamais assez combien les stéréotypes de haine assénés ad nauseam contre l’Islam et les Musulmans font le lit de Daech, sans parler de la complicité internationale, active ou passive, dans l’abandon à leurs bourreaux des habitants arabes et sunnites d’Alep. Quelle portée peuvent donc avoir, face aux recruteurs djihadistes, de l’invocation des valeurs universalistes et du droit humanitaire quand ils sont si ouvertement bafoués s’agissant des populations musulmanes ? À cet égard, il ne faut pas sous-estimer l’impact des accusations de génocide à l’encontre des Rohingyas de Birmanie sur, entre autres, l’implantation de Daech en Asie du Sud-Est.

Il ne s’agit pas de s’écarter du sujet, mais bien plutôt d’aller au cœur même de cette dynamique mondiale.

L’incapacité occidentale à mettre en conformité les discours et les actes dans le monde arabo-musulman est tout simplement dévastatrice en termes de lutte contre Daech.

La tendance à la réhabilitation de Bachar al-Assad comme « moindre mal » ou les possibilités très sérieuses de retour de Nouri al-Maliki au pouvoir à Bagdad ne feront qu’accentuer ce discrédit dévastateur.

Pour l’heure, Daech a fermement implanté ses « filiales » au Sinaï et au Yémen, mais la consolidation d’un Haftar comme « homme fort » lui rouvrirait les portes de la Libye, là où les commandos djihadistes, expulsés de Syrte, sont pour l’heure contraints de nomadiser.

Il ne faut enfin pas minorer les très inquiétantes évolutions révélées par trois récents attentats : Anis al-Amri, le tueur du marché de Noël de Berlin, le 19 décembre 2016, a pu traverser l’Allemagne, les Pays-Bas et la France avant d’être abattu en Italie, ce qui pose au moins la question de réseaux de soutien transeuropéens. Abdulgadir Macharipov, l’auteur du massacre dans la discothèque La Reina, le soir du Nouvel An 2017 à Istanbul, a réussi à échapper durant deux longues semaines à la traque des forces de sécurité turques. Il est encore trop tôt pour savoir si l’opération anti-terroriste de très grande ampleur, menée sur tout le territoire turc, le 5 février 2017, a permis de démanteler les structures clandestines de soutien à la commission et au suivi de cet attentat.

L’entrée de Macharipov en Turquie via l’Iran, après un entraînement en Afghanistan, ouvre par ailleurs la perspective d’une triangulation entre l’Afghanistan, la Turquie et la Syrie, lourde de menaces à moyen terme. S’agissant de l’attaque à la machette menée au Carrousel du Louvre, le 3 février 2017, il n’est pas encore possible de déterminer s’il s’agit d’une autre forme de triangulation, tout aussi lourde de menaces entre le Golfe (Sharjah plus précisément), un pays arabe qui pourrait être la Syrie ou l’Égypte, et enfin la France.

Outre ces triangulations opérationnelles, la campagne d’Europe de Daech pourrait perdurer après la chute du califat en raison de deux types de pratiques qui rendent le travail d’infiltration, de prévention et de neutralisation par les services de sécurité particulièrement ardu.

Il s’agit, d’une part, de la présence de cellules dormantes dédiées au soutien logistique, ce qui permet à ces dernières éventuellement de demeurer inaperçues. Le lien avec le crime organisé peut être ponctuel ou avéré, notamment dans la fourniture d’armes ou d’explosifs. On a évoqué la cavale d’Anis al-Amri dans plusieurs pays européens et on se rappelle que les soutiens de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le terroriste de Nice, en 2016, n’ont pas été tous identifiés à ce jour.

On assiste, d’autre part, à la manifestation d’un téléguidage de terroristes qui n’ont pas transité par la Syrie, et qui ne sont donc pas forcément repérés par les services de sécurité. Recrutés sur les réseaux sociaux, ces partisans de Daech sont ensuite manipulés par un donneur d’ordres par le biais de différentes messageries cryptées. On connaît, à cet égard, le rôle de Rachid Kassim, originaire de Roanne, aujourd’hui propagandiste en vue de Daech, dans au moins un attentat et un projet avorté en France.

Ce téléguidage a pour l’organisation djihadiste l’inconvénient majeur de pousser des novices au passage à l’acte, avec, par exemple, à Ansbach en juillet 2016, la mort du seul terroriste.

Mais n’oublions jamais que l’objectif majeur de Daech en Europe n’est pas d’ordre militaire, mais ressort du politique, du médiatique et du symbolique.

Le mythe du loup solitaire, en ce qu’il accrédite une menace omniprésente et justifie toutes les escalades répressives, sert parfaitement une telle dynamique.

De plus, on voit sans peine que la combinaison du téléguidage et des cellules dormantes, outre la compartimentation des activités terroristes qu’elle permet, accrédite l’illusion corrosive du « ils sont partout ».

De même que Daech a frappé la France un 14-Juillet et l’Allemagne sur un marché de Noël, le contexte électoral en France et en Allemagne en 2017 peut être porteur de nouvelles menaces terroristes. Pour l’heure, les sociétés française et allemande ont tenu bon face au chantage terroriste, de même qu’à la haine et aux surenchères démagogiques, voire racistes. Le Collectif contre l’islamophobie en France, organisation non-gouvernementale, au regard volontiers critique, constate même une régression de 36 % en 2016 des actes qu’il considère comme antimusulmans. Et ni la France, ni l’Allemagne n’ont été endeuillés par une attaque comme celle qui a fait six morts en janvier 2017 à Québec.

La dynamique mondiale de Daech est, toutes choses égales, par ailleurs, appelée à se poursuivre, voire à se développer, ce qui ne peut qu’encourager la campagne d’Europe de la terreur djihadiste.

Extraits de https://www.csis-scrs.gc.ca/pblctns/wrldwtch/2017/2017-05-09/20170509-fr.php

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