A la Une Peuples et Nations

Marchands, esclaves et mercenaires : les transferts de populations dans le Maghreb médiéval

I. Délimitation des objectifs

Le bassin occidental de la Méditerranée connaît pendant les derniers siècles du Moyen Âge d’importants mouvements de population, des transferts dus à des motivations distinctes, d’une importance numérique variable, et marqués par des conséquences sociales et économiques différentes.

L’éloignement du lieu d’origine, parfois volontaire ou même forcé, implique une adaptation aux nouvelles places d’accueil, rendue plus complexe si le nouveau lieu d’établissement est un territoire où habitent des communautés religieuses différentes.

Nous tenterons de chercher les raisons de ces transferts, individuels ou collectifs, de groupes humains bien déterminés vers des territoires très différents de ceux qu’ils quittaient.

Le premier problème qui se pose provient de la documentation, exclusivement « chrétienne ». La plupart des informations nous renseignent sur la situation des communautés catalano-aragonaises au Maghreb. Cependant, nous disposons de quelques rares références aux migrations inverses, c’est-à-dire du Maghreb vers la Couronne d’Aragon. Cette disproportion conditionne sans doute la présente analyse, clairement centrée sur les migrations catalano-aragonaises en territoire maghrébin.

Ces migrations présentent des caractéristiques sensiblement différentes de celles qui ont pour destination l’Europe occidentale chrétienne ; des différences mises en évidence par les motivations, mais aussi par les conditions de vie des émigrants dans les lieux d’accueil. Une première différenciation fondamentale peut être distinguée entre migration volontaire – mercenaires et marchands – et migration forcée – esclaves. Des initiatives économiques et politiques dans le premier cas, des mouvements involontaires dans le second. De même, nous pouvons établir différentes catégories migratoires : individuelles, collectives ou de masse.

Tout ceci nous conduit à réfléchir sur la notion d’étranger et, en premier lieu, à déterminer qui est étranger. Il existe en effet différents types d’étrangers : des étrangers de passage ou établis dans le pays de destination d’une façon permanente, dans des conditions privilégiées – diplomatie, commerce, pèlerinage – ou désavantageuses – un statut d’ennemi ou d’esclaves.

II. Les mercenaires

La première question venant à l’esprit est de savoir à partir de quel moment commence l’incorporation de mercenaires chrétiens dans l’armée musulmane.

L’utilisation de milices chrétiennes dans les luttes entre musulmans est un phénomène attesté très tôt par les sources.

Dès le IXe siècle, les émirs et les califes d’al-Andalus avaient incorporé des milices chrétiennes dans l’armée3.

Au Maghreb, il semblerait que les Almoravides aient été les premiers à utiliser des mercenaires chrétiens, et les Almohades, malgré leur intransigeance religieuse, enrôlèrent aussi des soldats chrétiens.

A partir de l’effondrement des Almohades et de la division du Maghreb, chaque dynastie eut une garde personnelle, composée de milices chrétiennes, qui constitua le principal soutien du pouvoir4.

Ch. E. Dufourcq remarque l’existence, dès le XIIIe siècle, à Fès, Tlemcen et Tunis, de troupes mercenaires composées de sujets du roi d’Aragon.

La constante dégradation de la situation politique dans les différents sultanats avait rendu d’autant plus nécessaire l’existence d’une force extérieure qui devait soutenir le pouvoir établi5.

Vers le milieu du XIIIe siècle, les milices chrétiennes au service des Hafsides, Abd al-wadides et Mérinides, étaient déjà constituées. Pourtant, le transfert des troupes ne s’effectuait pas de façon unilatérale.

D’importants contingents de chevaliers musulmans – zenetas – étaient intervenus dans les nombreux conflits qui avaient éclaté à la fin du Moyen Âge. Ces mercenaires musulmans constituèrent une sorte de pendant à la migration vers le Maghreb.

En ce qui concerne l’organisation et le fonctionnement interne, il est nécessaire de différencier ces troupes, permanentes ou presque, et qui étaient établies dans les principales cités maghrébines, des contingents militaires spécifiques qui parfois étaient envoyés pour participer à des opérations militaires ponctuelles.

Ces milices permanentes étaient dirigées par un chef ou alcaïde, nommé par le sultan ou par le monarque de la Couronne d’Aragon6. Les Catalano-Aragonais n’avaient pas le monopole de la guerre au Maghreb, pas même dans les États qu’ils dominaient commercialement et politiquement.

Des Castillans, des Génois et des Allemands constituaient en effet des détachements d’importance variable dans les armées maghrébines.

Une autre question à poser est celle de l’importance numérique des contingents militaires. Il est très difficile d’avancer des chiffres. Les informations dont nous disposons sont très variables, mais n’en restent pas moins vraies. Les contingents pouvaient varier en fréquence. Mais sans doute la milice devait-elle incorporer quelques centaines, peut-être mille, deux mille ou trois mille mercenaires provenant de divers pays7.

Par ailleurs, la présence de ces troupes devait être très onéreuse pour les États maghrébins, ce qui constituait sans doute un sujet de préoccupation majeure. Il semblerait que les Mérinides percevaient des taxes supplémentaires destinées à la rétribution des chevaliers chrétiens de la milice.

Le problème résidait à la fois dans leur nombre et dans les salaires élevés qu’ils percevaient.

Les informations dont nous disposons témoignent de quantités appréciables, voire de prix considérables pour les finances des sultans8. Une certaine proportion de ces salaires allait directement alimenter le Trésor royal.

Dès Jacques Ier, les mensualités étaient livrées directement par le sultan à « l’alcaide », qui s’occupait d’effectuer les paiements et d’envoyer à la Couronne la part lui revenant, sans doute considérable.

La milice ne constituait pas un ensemble homogène. Elle était composée d’individus très divers : des aventuriers, des criminels et des membres de la noblesse constituaient la majorité des milices chrétiennes au Maghreb.

Les motifs expliquant le recrutement de ces troupes spéciales sont très variés : appât du gain, implications politiques ou fuite de la justice.

Le Maghreb devint progressivement au cours des derniers siècles du Moyen Âge un territoire de refuge, un abri pour les exilés politiques.

Des Catalans, des Aragonais, mais aussi des Siciliens ou des Castillans cherchaient dans les cours maghrébines un asile, un lieu où recommencer leur vie et préserver autant que possible leur statut de naissance. L’infant Henri de Castille, le fils de Ferdinand III, mais également Guillem Ramon de Montcada ou Frédéric, le fils de Manfred de Sicile, constituent des exemples de migration de membres de la haute noblesse européenne ; une noblesse qui prétendait retrouver au Maghreb une position économique et sociale qu’elle avait perdue. Pour la plupart pourtant, ils considéraient leur séjour en territoire maghrébin comme une transition, un exil temporaire avant leur retour définitif.

Il existait également une migration des élites conditionnée par le service envers la monarchie catalano-aragonaise. Guillem de Monteada, Bernat Seguí ou les fils illégitimes de Jaime II – Napoleón de Aragón et Jaume Pere – constituent des exemples de cette élite proche du pouvoir, et exerçaient une double fonction de chefs militaires des sultans maghrébins et d’agents d’influence des rois chrétiens9.

Il arrivait que l’on procédât au recrutement d’une compagnie entière, bien que les sultans préférassent les engagements individuels10. Le transfert de ces mercenaires était facilité par des sauf-conduits délivrés directement par le roi ou par ses officiers, permettant l’embarquement vers les ports nord-africains. La plupart des départs de troupes s’effectuaient sans doute depuis Valence et Majorque, au moins à partir de la seconde moitié du xive siècle11.

Quelques mercenaires s’établirent définitivement au Maghreb.

Les sultans prenaient en effet des dispositions pour que leurs soldats y séjournassent le plus longtemps possible. Pourtant, quelques-uns s’en retournaient de leur plein gré, une fois le contrat terminé, et parfois parce qu’ils étaient rappelés par le roi. Tout cela permet d’entrevoir que ces mercenaires restaient en fait soumis au souverain de la Couronne d’Aragon. C’est le roi qui les autorisait à travailler pour les différents sultans maghrébins et la figure de « l’alcaide » acquit ainsi une importance démesurée sur le plan de la politique extérieure et intérieure.

Le chef des milices joua un rôle déterminant dans la formation d’un état d’opinion favorable ou défavorable au moment d’établir des alliances internationales.

En outre, l’engagement de ces mercenaires fit de ces troupes des forces décisives au cours des luttes dynastiques. Ces milices appuyèrent certaines factions, sans doute stimulées par la perspective de bénéfices. Mais ces interventions peuvent aussi être interprétées comme des ingérences des souverains chrétiens dans la politique interne des sultanats.

Les mercenaires constituaient des éléments infiltrés pour le compte de puissances européennes, spécialement de la Castille et de la Couronne d’Aragon. Ces interventions peuvent donc être analysées comme des tentatives de contrôle de ces territoires par des liens de dépendance entre le nouveau sultan et le pays chrétien ayant rendu possible son arrivée au pouvoir12.

Nous avons déjà évoqué la question du groupe des mercenaires et de sa composition sociale, mais il nous reste un aspect important à aborder : celui de l’intégration de la femme chrétienne.

La question est de savoir si ces mercenaires étaient recrutés de façon individuelle ou si, au contraire, leur famille les accompagnait, conformément aux structures familiales existant dans leur lieu d’origine.

Nous avons très peu d’informations sur ce point mais celles – limitées – qui nous sont parvenues indiquent des départs de femmes et avec elles, parfois, des noyaux familiaux stables et permanents.

Quel rôle jouaient ces femmes ?

Il est évident qu’elles ne faisaient pas partie de la garde personnelle du sultan. Quelques-unes étaient des prostituées13, mais d’autres accompagnaient leur mari, ce qui montre de manière évidente qu’il ne s’agissait pas seulement de transferts de troupes, mais de groupes familiaux14.

Le problème de l’intégration de la femme chrétienne et européenne dans la société musulmane subsiste pourtant. Ceci nous oblige à nous pencher sur une autre question, celle de l’intégration de ces groupes dans la société urbaine maghrébine

Nous savons que le secteur marchand étranger habitait dans des quartiers différenciés.

En allait-il de même pour les mercenaires ? Il existait vraisemblablement des quartiers spécifiques où ils parvenaient à devenir propriétaires de maisons. Habituellement, ces quartiers de mercenaires se trouvaient en dehors de la ville, dans les faubourgs15.

III. Les marchands

De nombreux documents confirment l’expatriation plus ou moins longue des hommes d’affaires, des marchands et de leur personnel. Il est difficile d’évaluer quantitativement cette présence marchande, surtout parce que l’on doit distinguer en premier lieu les déplacements temporaires, limités à des voyages aller-retour, des transferts plus ou moins permanents.

Dans ce dernier cas, il pouvait s’agir de départs autorisés par des traités de paix. Généralement, les différents accords conclus entre la Couronne d’Aragon et les États maghrébins définissaient une série de privilèges relatifs à la liberté de commerce et à la libre circulation des marchandises ; privilèges dont bénéficiaient les marchands des deux parties signataires du traité.

Lorsque cette trêve était rompue, ou lorsqu’elle devait simplement durer un temps déterminé sans être renouvelée, ces privilèges étaient annulés. Mais le commerce ne s’interrompait pas pour autant. L’octroi de recommandations et de licences spéciales, individuelles ou collectives, qui garantissaient la libre circulation, permettait la continuité des échanges et logiquement la permanence des communautés marchandes.

Des négociants catalano-aragonais, chrétiens, mais également juifs et musulmans, alimentaient un important courant de migration, qui avait son équivalent dans le transfert des opérateurs juifs et musulmans maghrébins vers la péninsule.

Sans doute, ce flux migratoire maghrébin n’atteignit-il pas l’importance numérique ou économique que représenta la présence catalano-aragonaise dans les territoires nord-africains, mais il ne faut pas pour autant sous-estimer son importance dans les modèles mercantiles qui se dessinent pendant les derniers siècles du Moyen Âge.

Nous analyserons tout d’abord le flux migratoire des Catalans, des Valenciens et des Majorquins.

L’existence de consulats et de funduqs constitue une preuve indubitable de l’établissement permanent de communautés de marchands, qui opéraient dans les principales places nord-africaines ; ces infrastructures avaient maintes fois été reconnues dans les traités de paix successifs, signés entre la Couronne d’Aragon et les différents États maghrébins.

Entourés par une muraille, les funduqs constituaient un monde à part.

Ils se composaient d’une hôtellerie et de magasins ; c’était un lieu où les marchands se logeaient et où ils trouvaient quelques services fondamentaux.

La chapelle, dont s’occupait un chapelain ou un membre de quelque ordre religieux, généralement de l’ordre de Notre-Dame de la Merced ou des Trinitaires16, pourvoyait aux besoins religieux des marchands qui, en cas de décès, pouvaient être enterrés dans un cimetière réservé.

Les moments de loisir s’écoulaient à l’auberge ou dans les lupanars, dans lesquels travaillaient des prostituées qui arrivaient des territoires de la Couronne d’Aragon, toujours à dessein d’éviter les contacts avec les femmes musulmanes17.

Des affaires se négociaient aussi dans le funduq et étaient ensuite consignées en présence d’un notaire qui légalisait les opérations18, car c’était une place ouverte aux musulmans et un marché où travaillaient aussi des interprètes19.

Comme Dufourcq les a très opportunément définis, les funduqs constituaient un enclavement juridique chrétien en territoire musulman, un espace jouissant du principe d’extraterritorialité20.

Le consul, véritable agent d’influence auprès des cours maghrébines, exerçait sa juridiction sur l’ensemble des marchands de la Couronne : il était le chef de la communauté. Nommé pour une période de deux, quatre ou cinq ans21, le consul était élu au cours d’un processus complexe qui allait connaître une évolution dès le milieu du XIIIe siècle. Au début, il semblerait qu’il était élu par les négociants qui commerçaient dans la place, si bien que cette prérogative fut bientôt exercée par le roi et les « consellers » de la cité de Barcelone.

Les premiers consulats signalés par la documentation, ceux de Tunis et de Bougie, voyaient initialement leur titulaire nommé par le roi. Plus tard, des changements intervinrent dans la désignation des consuls nord-africains : Barcelone devait nommer ces officiers au nom du roi, et c’était au souverain que le futur consul achetait sa charge22, quoique Tunis et Bougie fussent toujours des « consulats royaux », c’est-à-dire attribués directement par le monarque23. Un salaire et des pourcentages sur les marchandises que les Catalano-Aragonais commercialisaient dans la place, en plus de l’influence que la charge permettait d’exercer sur les opérations marchandes et sur les privilèges octroyés par la cour du sultan, expliquaient l’importance des sommes investies dans l’achat de cet office et la dure concurrence qui sévissait pour l’obtenir24.

L’établissement permanent ou au moins durable de quelques marchands entraînait également le départ de leur famille proche. Nous ne disposons pas de renseignements précis, mais par le biais des informations fournies par Luis de Mármol y Carvajal, dans sa description du nord de l’Afrique rédigée au XVIe siècle, nous savons que dans la cité de Tunis, dans un faubourg hors des murailles, quelques maisons étaient habitées par des Européens qui se consacraient à des métiers divers, entre autres celui de marchand25.

La situation ne devait guère être différente deux siècles auparavant. Il est cependant difficile de préciser combien de femmes décidaient d’accompagner leur mari à l’étranger où, il ne faut pas l’oublier, les habitudes et la religion étaient très différentes de leur lieu d’origine ; surtout si l’on considère que la mission de la femme du marchand était de prendre soin de la maison familiale, de s’occuper des fils et des affaires, de tenir les comptes, contrôler les domestiques et surveiller les « macips ». Vivre recluse et sédentaire, affirme M. Rivera, était une destinée commune pour nombre de femmes, ce que l’on attendait en tout cas de l’épouse d’un commerçant prospère et voyageant beaucoup26.

En outre, cette importante présence est confirmée par la nomination des consuls et l’édification des funduqs, ainsi que par des informations fournies au moment du retour de facteurs et de marchandises lors de conflits particulièrement violents.

La guerre dite du « détroit », dont la dernière phase se déroula entre 1333 et 1344, et qui opposa la Couronne d’Aragon et la Castille à la coalition Grenade-Maroc, a provoqué de graves pertes pour le commerce catalano-aragonais, établi dans les zones les plus occidentales du Maghreb.

Les interdictions de négoce avec les territoires impliqués dans le conflit, essentiellement ceux soumis aux Mérinides, échouèrent. Dans un premier temps, il y eut probablement un recul de la présence mercantile catalano-aragonaise, en raison d’une part de la peur des marchands de voir annulés ou non respectés les sauf-conduits accordés par les sultans eux-mêmes, et d’autre part du décret de prohibition générale du commerce avec les territoires maghrébins engagés dans la guerre. Mais la longueur du conflit et les énormes pertes occasionnées par l’abandon des marchés firent échouer cette interdiction et entraînèrent une certaine permissivité. L’économie était donc plus importante que les conditions politiques et les marchands étaient ainsi disposés à assumer des risques raisonnables, plutôt que d’évacuer les territoires concernés. Nous assistons par conséquent à des abandons temporaires, mais non permanents des places maghrébines. Le véritable recul commercial, plus tardif, sera motivé par d’autres problèmes27.

Ces marchands se trouvaient établis dans des enclaves littorales, des zones où convergeaient les produits de l’intérieur du continent africain par les routes transsahariennes. Lors de leur établissement sur les côtes maghrébines, les marchands européens purent profiter de structures commerciales qui reliaient déjà l’Afrique subsaharienne à l’Afrique du Nord ; celles-ci rendaient possible et en même temps facilitaient leur intervention, mais impliquaient également l’existence d’un commerce actif assurant l’arrivée des produits de l’intérieur du continent africain jusqu’aux zones d’approvisionnement européen.

L’existence de cette sorte de monopole tacite et séculaire au profit de marchands autochtones reléguait la présence des commerçants européens dans les zones littorales.

Ces marchands étaient exceptionnellement établis à Fès et Tlemcen, les capitales respectives des États mérinide et ziyânide, car on trouvait à la cour de leur souverain des mercenaires, importants consommateurs des produits provenant d’Europe. Par ailleurs, rien ne permet jusqu’à présent d’affirmer leur présence dans des cités comme Sijilmassa, Walata ou Tamedelt, où arrivaient les caravanes transsahariennes et où s’effectuaient la plupart des opérations28.

Des différences caractérisaient également le commerce catalano-aragonais établi sur les zones littorales. La composition du groupe marchand n’était pas uniforme. Des chrétiens, mais aussi des musulmans valenciens et des juifs, majoritairement majorquins, composaient cette migration d’élite, une migration de l’argent.

Des familles comme les Xipió, Bellvís, Ripoll ou Benxarnit, provenant tous du quartier maure de Valence, créèrent des compagnies commerciales avec des facteurs délégués dans les principales places du nord de l’Afrique29.

L’établissement de filiales dans les zones maghrébines était une pratique habituelle ; elles étaient dirigées par ces facteurs qui, en même temps, agissaient sous le contrôle de membres de la famille qui y accomplissaient leur apprentissage pendant une période déterminée30. Il reste évident que ces facteurs, comme les membres de la famille elle même, bénéficiaient probablement d’une situation plus avantageuse, non pas sur le plan fiscal, mais plutôt sur celui des contacts personnels, en raison de leur religion.

Les relations étroites qui existaient entre les communautés musulmanes de la Couronne d’Aragon, du Maghreb et du royaume nasride obligent à distinguer une migration temporelle, généralement motivée par des questions commerciales, et une migration permanente, accompagnée du transfert de tout le groupe familial qui abandonnait définitivement son lieu d’origine.

Les déplacements temporaires de musulmans valenciens vers le nord de l’Afrique se réglaient à travers la concession de licences ou sauf-conduits temporaires, comme on peut l’observer tout au long du XIIIe siècle. Selon M.-T. Ferrer, au début du XIVe siècle la demande d’une licence de sortie aux autorités semblait constituer une habitude extrêmement fréquente, bien qu’initialement elle ne fût pas obligatoire pour les voyages commerciaux.

Cependant, son obtention se justifiait par le fait qu’elle mettait à l’abri d’une éventuelle capture perpétrée par des officiers royaux ; ces autorisations étant conditionnées par l’obligation du bénéficiaire de revenir dans le délai maximum d’un an et un jour31. L’impossibilité de nombreux marchands de rentrer dans le temps imparti explique qu’au début du XVe siècle, en 1405, le roi Martin l’Humain accorde aux marchands du quartier maure de Valence une prolongation de ces sauf-conduits — d’un à cinq ans – de façon à leur permettre de préciser et mener à bien leurs affaires32.

Il est cependant difficile d’évaluer le flux migratoire à partir de ces licences.

L’imprécision légale relative à l’obligation de se munir d’un sauf-conduit de sortie, les facilités de déplacements par voie terrestre jusqu’aux marchés grenadins33, expliquent que la documentation ayant subsisté reflète seulement un pourcentage infime du nombre des départs34.

Des motivations et problématiques différentes expliquent les mouvements définitifs des populations. Les rois catalano-aragonais protégeaient au début ce flux de population pour diverses raisons analysées par M. T. Ferrer. D’abord parce que ces migrations leur rapportaient d’importants revenus fiscaux et, ensuite, parce que le départ des musulmans permettait leur remplacement par des chrétiens, une disposition souhaitée dès la Reconquête, mais irréalisable compte tenu de la faiblesse des effectifs humains disponibles dans un premier temps35.

Cependant, vers le milieu du XIIIe siècle, la Couronne adopta une position beaucoup plus restrictive à l’égard de la migration musulmane.

La diminution de la population due aux épidémies, en particulier la peste noire, les disettes et la guerre contre la Castille, affectèrent notablement la démographie musulmane et les intérêts économiques de la noblesse, dont les terres étaient majoritairement habitées par des musulmans36. En dernière instance cette noblesse, argumente Ferrer, dut faire pression sur la monarchie pour limiter les migrations, ce qui constitue un argument prouvant sans doute qu’elles avaient atteint un volume considérable et que la peste noire, comme le dépeuplement dû à la « guerre des deux Pierre », aggravèrent un problème qui existait déjà et qui se manifestait par une diminution progressive des revenus nobiliaires37.

Cependant, malgré la politique oscillante de la monarchie, la migration, en dehors des interruptions ponctuelles, s’est poursuivie à un rythme soutenu tout au long de la seconde moitié du XIVe siècle, sans doute en raison des bénéfices que procuraient les impôts.

Ceux-ci, dénommés dret de porta à Barcelone, exida de sarrahïns à Majorque et delmaments de sarrahïns à Valence grevaient en général la sortie, mais aussi l’entrée des musulmans libres ou captifs, bien qu’ils fussent d’anciens esclaves, originaires des nombreuses communautés mauresques catalano-aragonaises. La somme à verser variait selon le lieu de départ ; à Barcelone elle était de quinze sous de monnaie barcelonaise « de terno »38.

La majorité des départs s’effectuait cependant depuis les ports de Majorque et de Valence, claire conséquence d’une plus grande facilité à y trouver des embarcations destinées au Maghreb39. Le système fiscal qui grevait les départs depuis le port majorquin établissait une nette différenciation en fonction des sexes, les femmes versant exactement la moitié de la somme due par les hommes40.

Dans le cas du port valencien, le système était plus compliqué. Le paiement était fractionné en trois parties : deux fixes, la mitja dobla et le besant, et une aléatoire, le delme41. Ce dernier constituait sans doute la charge la plus lucrative. Elle affectait les biens que les musulmans emportaient avec eux, et lorsqu’il s’agissait d’anciens captifs, le montant total de leur rachat ; elle représentait 10 % du chiffre global de l’estimation faite par les autorités royales.

Cette migration valencienne prit fin en 1403, lorsque les nobles obtinrent du roi, au cours des Cortès de Valence, célébrées cette même année, la concession d’une interdiction générale d’émigration pour les musulmans. Comme l’a bien indiqué M. T. Ferrer, cette disposition mit un terme à une très longue étape libérale et marqua la politique migratoire tout au long du XVe siècle ; une politique destinée à esquiver l’accomplissement de ces dispositions. Avec habileté, cet auteur suppose que l’arrêt de la migration a entraîné une augmentation de la population musulmane par accroissement naturel, d’où l’origine et l’ampleur du problème morisque qui déboucha sur l’expulsion de 160942.

Le paiement de ces impôts entraînait d’importantes dépenses pour les familles musulmanes qui décidaient de migrer ; par ailleurs, la sécurité théorique que le roi assurait aux émigrants légaux, c’est-à-dire à ceux qui avaient payé les impôts correspondants et obtenaient une licence, était régulièrement mise à mal par les captures des corsaires et des pirates qui sillonnaient les routes commerciales en quête de prises et transformaient les émigrants en esclaves43. Dans ces circonstances, les sauf-conduits devenaient lettres mortes face au désir de bénéfices des agresseurs qui vendaient leurs prises dans des marchés faiblement contrôlés. L’insécurité, ainsi que le montant élevé des impôts, entraînèrent une migration clandestine dont l’importance numérique est impossible à évaluer, mais elle constitua sans doute par moments une part importante des migrations, notamment vers le royaume de Grenade, compte tenu de la facilité à effectuer ce trajet par voie terrestre44.

Cette politique hésitante de la monarchie face à la question migratoire n’affectait pas les commerçants, qui continuèrent à bénéficier de licences pour se rendre dans différents ports du nord de l’Afrique et du royaume de Grenade.

Aux côtés des marchands musulmans, les juifs jouissaient des mêmes avantages.

Si l’on constate une suprématie évidente de la communauté musulmane par rapport à celle des juifs dans le cadre du commerce avec les zones maghrébines dans la cité de Valence, la situation était exactement contraire à Majorque.

Les musulmans libres résidant dans l’île constituaient en effet une minorité45, tandis que les juifs et les juifs-convers jouèrent un grand rôle et participèrent activement à son expansion commerciale, grâce aux contacts entre les communautés juives maghrébines et majorquines en particulier.

Un événement allait toutefois provoquer un important flux migratoire de juifs vers le Maghreb : les pogroms de 1391.

Un exode des juifs vers le nord de l’Afrique suivit en effet immédiatement les violences. Il ne s’agissait pas du premier pogrom, mais il devait avoir des répercussions plus profondes que les précédents. Il entraîna une migration de juifs et convers, d’abord massive et ponctuelle après les assauts et la destruction du call, puis plus limitée mais régulière au cours des années postérieures, et de manière généralement clandestine46.

Parallèlement à l’intervention commerciale des marchands de la Couronne d’Aragon ou européens en général en Afrique du Nord, se développa une implantation des négociants maghrébins, juifs et musulmans, dans les principaux centres de la Couronne.

Cependant, ces départs de commerçants maghrébins vers les territoires catalano-aragonais, ne revêtit jamais la même importance numérique ou économique que celle des Catalano-Aragonais vers le Maghreb, d’après ce que l’on peut déduire de la documentation conservée.

Les raisons de cette différence sont évidentes. Le gros des échanges ne s’effectuait pas, comme nous avons déjà dit, dans les places européennes, mais dans les différents ports nord-africains. Les informations apportées par la documentation ne permettent cependant pas pour le moment de confirmer l’hypothèse d’un établissement permanent des sièges des sociétés ou des représentants des marchands maghrébins, dans les territoires de la Couronne47.

Nous pouvons seulement relever le départ de juifs maghrébins, favorisé par l’existence de relations étroites à caractère familial.

Une évidente collaboration et association reliaient les deux communautés, comme en atteste la constitution de sociétés mixtes.

L’acquisition de la citoyenneté valencienne, et surtout majorquine, par une partie des juifs maghrébins résidant pour de longs séjours dans ces places, constituait une pratique relativement courante, qui de surcroît rapportait d’importants avantages fiscaux48.

Des informations ponctuelles nous permettent par ailleurs de constater la présence dans les centres de Valence et surtout de Majorque, non seulement de marchands juifs, mais aussi de musulmans maghrébins.

Rappelons que la nature de la documentation utilisée reste exclusivement chrétienne, puisque nous disposons seulement des renseignements provenant de sources fiscales, comme la lezda majorquine, ou issus des réclamations de piraterie, par exemple. Ces données lacunaires nous permettent cependant de constater la complexité des circuits commerciaux fréquentés par ces commerçants. Certains ne se contentaient pas de se déplacer de leur lieu d’origine vers le port majorquin, mais intégraient cette place commerciale comme destination finale ou comme lieu de passage lors de voyages qui ne comprenaient, d’après les renseignements dont nous disposons, que des escales au Maghreb ou dans le royaume nasride de Grenade. Nous pourrions ainsi citer des trajets entre ces deux régions musulmanes, au cours desquels le port de Majorque constituait l’unique escale européenne chrétienne49.

Abordons pour finir la migration forcée, celle des esclaves et des captifs.

Les principales sources d’approvisionnement des marchés maghrébins, mais également catalano-aragonais, reposaient sans doute sur la course et la piraterie. L’état de guerre permanent, interrompu uniquement par des trêves limitées à un nombre d’années déterminé, facilitait les exactions des corsaires, lesquels obtenaient par la vente ou le rachat des êtres humains des bénéfices considérables.

On a généralement affirmé que le grand centre du trafic d’esclaves dans la Couronne d’Aragon était Barcelone.

Grâce à la documentation utilisée nous pouvons cependant supposer que pendant la seconde moitié du XIIIe siècle, les cités de Valence et de Majorque constituaient des centres de traite des esclaves, surtout musulmans, devançant la capitale du Principat, grâce à leur situation géographique50.

Par le biais des actes notariés, nous remarquons qu’à Barcelone, dans la seconde moitié du XIVe siècle, les esclaves provenant du Levant méditerranéen – des Circassiens, des Tartares, des Bulgares, des Albanais -prédominaient51, tandis que dans les marchés, majorquin et valencien, les musulmans constituaient vraisemblablement le gros de la main-d’œuvre52.

Dans les territoires de la Couronne d’Aragon, les esclaves atteignaient une valeur élevée sur le marché53. Certains d’entre eux parvenaient à retrouver leur liberté par le paiement de fortes sommes, qui doublaient, voire triplaient leur prix de vente initial. L’une des méthodes utilisées pour obtenir cette liberté était celle de la talla. Il s’agissait de contrats réunissant maître et esclave, comme parties contractantes. Ils y précisaient le montant total que devait acquitter ce dernier pour obtenir son affranchissement, de même que le prix des mensualités prévues pour réunir cette somme. Après un délai minimum de six à sept ans, un esclave pouvait ainsi obtenir sa liberté54.

La solution le plus souvent utilisée pour le paiement d’un affranchissement restait cependant le recours aux membres de la famille de l’esclave, qui résidaient en Afrique du Nord. Cette opération était effectuée par les mêmes marchands que ceux qui intervenaient dans la libération des captifs chrétiens, puisque ces deux types de migration forcée restaient très parallèles.

Le processus était relativement simple : avant tout, l’esclave négociait son prix avec le propriétaire. Une fois la somme fixée, les membres de la famille de l’esclave se mettaient en contact avec des marchands catalano-aragonais et procédaient au versement du montant convenu. Le négociant qui s’était engagé à effectuer l’opération supportait la totalité des frais.

Lors de son retour vers l’Afrique du Nord, l’ancien captif voyageait aux risques du marchand en cas de prise par un corsaire chrétien, et des membres de sa famille si les pirates étaient des musulmans. Le marchand ne percevait la somme fixée qu’après avoir négocié avec les membres de la famille du captif et seulement au moment où celui-ci leur était remis à la douane, en présence de témoins55.

Il s’agissait ainsi d’une opération comportant les mêmes risques et caractéristiques que les transactions commerciales. Ce constat nous amène à considérer l’esclavage ou l’affranchissement de captifs comme des activités mettant en jeu d’importants capitaux et qui pouvaient être considérées comme complémentaires pour certains marchands et patrons assurant les liaisons entre le Maghreb et les territoires de la Couronne d’Aragon.

Dans le cas des prisonniers catalano-aragonais, la tâche effectuée par les ordres spécialisés dans l’affranchissement, tels ceux de la Trinité et de la Merced, de même que par les confréries de cités comme Barcelone ou Valence, complétait les activités spéculatives des marchands et facilitait ainsi le rachat de membres de professions particulièrement menacées et disposant parfois de faibles moyens financiers56.

Pêcheurs, marins, patrons de navire et marchands étaient les professions les plus durement touchées en raison de leur présence régulière en mer. Les corsaires maghrébins agissaient en haute mer comme sur les côtes. Leurs rapides razzias le long du littoral catalan, valencien ou majorquin eurent pour effet de dépeupler des villages entiers. A la faveur de l’obscurité, ils débarquaient et s’emparaient des hommes, femmes et enfants, qui étaient ensuite vendus sur les marchés du royaume nasride ou d’Afrique du Nord. Des captifs sont mentionnés dans les sources, tout le long du littoral musulman, de Grenade à Tunis. Mérinides, Ziyânides, Grenadins et Hafsides savaient tirer profit des bénéfices que procurait cette activité pratiquée à grande échelle, parfois provoquée et soutenue par le pouvoir lui-même57, qui profitait en outre ainsi de l’absence de traités de paix avec les pays chrétiens58.

De toutes ces populations, les Hafsides sont ceux qui paraissent être à l’origine de la plus grande partie des prises à partir des années 1360 -59. Des navires armés à Bône, Bougie, Constantine ou Tunis semaient la terreur – par des attaques en haute mer, dans les ports eux-mêmes, sur le littoral – provoquant une réaction des autorités catalano-aragonaises et l’adoption de mesures de défense60. Il en résulta par conséquent une augmentation substantielle du nombre des captifs dans les ports tunisiens. Il est cependant difficile de chiffrer leur nombre – les effectifs proposés oscillent entre mille et mille cinq cents61. Toujours est-il que la préoccupation de la monarchie face à ce problème fut telle qu’elle en fit l’un des principaux enjeux des trêves avec Tunis, ce qui prouve bien qu’il était devenu un problème majeur.

Il est évident que la situation de ces captifs en pays musulman différait sensiblement de celle dont jouissaient leurs coreligionnaires marchands et mercenaires. Des funduqs et des quartiers militaires nous passons ainsi aux cachots où étaient rassemblés les captifs chrétiens, ou aux maisons particulières où ils se consacraient aux travaux les plus divers. Au Maghreb de même que dans le royaume nasride, une part considérable des prisonniers restait également entre les mains du sultan, comme butin – situation qui avait son pendant dans les États de la Couronne d’Aragon62.

V. Quelques conclusions

Des circonstances économiques, politiques ou de capture conditionnaient les différents flux migratoires que nous venons d’analyser. Mais de celles-ci découlaient aussi la situation et les conditions de vie des différents groupes migratoires qui, ne l’oublions pas, avaient un poids démographique distinct.

Nous ne disposons cependant pas de données suffisantes pour pouvoir évaluer l’incidence démographique de ces migrations.

Les contingents de troupes mercenaires catalano-aragonaises auprès des cours ziyânide et hafside peuvent être évalués à quelques centaines, deux ou trois mille tout au plus ; leur nombre était peut-être un peu inférieur auprès de celle des Mérinides, compte tenu de la forte présence de troupes castillanes, reflétant bien l’influence de la Castille dans le Maghreb occidental. Il est par ailleurs beaucoup plus difficile d’évaluer l’importance des troupes ’zenetas’ dont la présence est attestée dans les territoires de la Couronne, mais au sujet desquelles nous ne disposons pour le moment que de rares informations.

Le groupe le plus mobile était sans doute celui des marchands.

Ils étaient vraisemblablement aussi les plus nombreux, quoique installés temporairement. La plus grande partie des marchands catalano-aragonais en relation avec les marchés maghrébins effectuait régulièrement des aller-retour, ou plus simplement agissait par l’intermédiaire de facteurs et procureurs, ou encore en concluant des contrats de commandes maritimes. Seul un pourcentage infime devait s’être établi de façon permanente en Afrique du Nord. Quant aux Maghrébins, la rareté des informations recueillies à leur sujet nous permet seulement de constater leur présence sur les marchés de Valence et de Majorque, tandis que certains marchands juifs maghrébins parvinrent à acquérir la citoyenneté majorquine, ce qui leur permit de s’établir dans l’île.

Les captifs jouèrent un rôle différent.

Employés comme domestiques, artisans ou pourvoyeurs de bénéfices par l’intermédiaire de leur rachat, leurs conditions de vie dépendaient du bon vouloir de leurs propriétaires et des tâches qu’ils devaient accomplir. Certains moururent au cours de leur captivité, d’autres parvinrent à retrouver leur liberté et à revenir dans leur lieu d’origine. Leur migration constituait ainsi, comme celle des autres groupes, un mouvement d’aller-retour.

Pour chacun d’entre eux, il s’agissait donc de traverser la Méditerranée par des routes et pour des motivations diverses – de commerce, de captivité ou de guerre – mais tous gardaient en commun une grande mobilité, ainsi que la nécessité d’apprendre à cohabiter avec d’autres personnes, de religion, de coutumes et de langue différentes.

NOTES
  • 1 Cet article est l’un des résultats du programme de recherche intitulé « El Mediterráneo medieval desde el observatorio de la Corona de Aragón. Conflictividad e intercambios económicos », dirigé par le Dr María Teresa Ferrer i Mallol, chercheur au Consejo Superior de Investigaciones Científicas, patronné et financé par la Dirección General de Investigación Científica y Técnica (DGICYT) ; références : PB 97-1145.
  • 2 Je remercie Damien Coulon pour la traduction de cet article.
  • 3 E. Lévi-Provençal, Histoire de l’Espagne musulmane, Paris-Leyde, 1950-1953. t. III, p. 71-72.
  • 4 M. L. de Mas Latrie, Relations de commerce de l’Afrique septentrionale au Maghreb avec les nations chrétiennes au Moyen Âge, Paris, 1886, p. 61.
  • 5 Ch. E. Dufourcq, L’expansió catalana a la Mediterrània occidental. Segles xiii i xiv, Barcelone, 1969, p. 79-81, 130.
  • 6 M.D. López Pérez, « Émigrer pour faire la guerre : Aragonais et Catalans au service des sultanats maghrébins (xive-xve siècles) », dans La circulation des élites européennes entre histoire des idées et histoire sociale, Paris, Université Paris X-Nanterre (sous presse).
  • 7 Cf. les données apportées par M. Kably, Société, pouvoir et religion au Maroc à la fin du Moyen Âge, Paris, 1986, p. 224-225.
  • 8 Guillem de Monteada, organisateur de la milice chrétienne des Hafsides, percevait vers le milieu du xiiie siècle entre deux mille et trois mille besants d’argent mensuels et ses hommes de quarante-cinq à quatre-vingt-dix besants ; cf. d’autres exemples dans López Pérez, « Émigrer pour faire la guerre », op. cit.
  • 9 López Pérez, « Émigrer pour faire la guerre », op. cit.
  • 10 A. Giménez Soler, « Caballeros españoles en Africa y africanos en España », Revue Hispanique. 16 (1907), p. 56 et suiv.
  • 11 Infra, n. 39.
  • 12 Pour une analyse de cette question, voir López Pérez, « Émigrer pour faire la guerre », op. cit.
  • 13 En 1388 Gilabert Rovira, de Tortosa, obtenait une autorisation du roi Jean Ier pour entrer au service du sultan de Fès ; avec lui, cinquante hommes armés et dix prostituées devaient partir de Valence à destination de quelque port marocain, P. de Bofarull, Colección de documentos inéditos de la Corona de Aragón, Barcelone, J. Eusebio Montfort, 1847-1977, vol. 6, p. 395-396. Les permis relevés entre 1399 et 1406 montrent une migration masculine, accompagnée d’un nombre toujours notablement inférieur de femmes, cf. Archivo de la Corona de Aragón : АСА, Cancillería, reg. 2169, fol. 13r. Valence, 22 mai 1402 ; ibid., 2198, fol. 74r. Valence, 28 juillet 1402 ; ibid., reg. 2204, fol. 50r. Valence, 30 août 1406 ; ibid., fol. 58r-v. Valence, 4 septembre 1406.
  • 14 АСА, Cancillería, reg. 2176, fol. 23r. Monteada, 26 mai 1403 ; ibid., reg. 2213, fol. 152r. Valencia, 9 août 1406 ; ibid., reg. 2213, fol. 152r. Valence, 9 août 1406.
  • 15 López Pérez, « Émigrer pour faire la guerre », op. cit.
  • 16 En 1258, le marchand Jaume Albareda légua dans son testament dix besants à la chapelle Santa María du funduq des Catalans de Bougie (où il mourut) et dont s’occupait Bernat Serra ; cette somme devait servir à acquérir une étoffe de pourpre. Ses mandats de consul, dus à ses relations commerciales étroites avec ce port, où il fit certainement de longs séjours pour finalement y mourir, l’amenèrent à se souvenir du chapelain au moment de consigner ses dernières volontés (C. Batlle, « Uns mercaders de Barcelona al nord d’Africa a mitjan segle xiii », Acta Mediaevalia, 10 (1989), p. 150) ; sur sa mort à Bougie, voir C. Batlle, « La presència de mercaders catalans al nord d’Africa durant el segle xiii », dans Homenatge a la memòria del Prof. Sr. Emilio Sáez. Aplec d’estudis dels seus deixebles i col.laboradors, Barcelone, 1989).
  • 17 Les consulats en territoire musulman ont fait l’objet d’intéressantes études, parmi lesquelles on peut citer celles de Ch. E. Dufourcq, L’expansió catalana a la Mediterrània occidental, op. cit. ; Id., « Les consulats catalans de Tunis et de Bougie au temps de Jacques le Conquérant », Anuario de Estudios Medievales, 3 (1966), p. 469-479 ; A. López de Meneses, « Los consulados catalanes de Alejandría y Damasco en el reinado de Pedro el Ceremonioso », Estudios de Edad Media de la Corona de Aragón, VI ; С. Batlle, « La alhóndiga, centro de vida de los catalanes en el norte de Africa », dans Mediterraneo medievale. Scritti in onore di F. Giunta, Soveria Mannelli, 1989, I, p. 75-88 ; M.T. Ferrer, « El Consolat de Mar i els consolats d’ultramar, instrument i manifestació de l’expansió del comerç català », dans L’expansió catalana a la Mediterrània a la Baixa Edat Mitjana, Barcelone, 1999. p. 533-579.
  • 18 En 1274, le notaire du consulat catalan de Tunis était Guillem de Bonastre (Batlle, « La presencia de mercaders catalans », op. cit., p. 99-109). Il n’a pas été conservé d’actes de notaires catalano-aragonais qui auraient travaillé dans les consulats établis en territoires musulmans, mais il en existe consignés par des notaires génois. On trouve en effet à l’Archivio di Stato di Genova, les actes du notaire Pietro Battifoglio, rédigés durant son séjour au consulat génois de Tunis (G. Pistarino, Notai genovesi in Oltremare. Atti rogati a Tunisi da Pietro Battifoglio (1288-1289), Gênes, 1986, [Collana Storica di Fonti e Studi]).
  • 19 Le traité conclu entre la Couronne d’Aragon et la Sicile d’une part, et Tunis de l’autre, définit avec précision les différentes parties du funduq : Item, que los catalans e Sicilians e los sotmeses dels dits reys de Sicília e d’Aragó hagen en Tunis e en les altres terras del dit rey de Tunis alfòndechs per lur habitació, ab botiges, forns e totes jurisdiccions e sgleya ; e que alcuna persona stranya no.y puxa star o habitar sinó ab volentat d’equells catalans о Sicilians ; e sia tenguda la duana en la edificació dels dits alfòndechs treballar, adobar, pagar e desspendre de les monedes de la dita duana axí com és acutumat (Archivo del Reino de Mallorca (ARM), Pregons, 421, fol. 129r-134v ; publié par E. Aguiló, « Pau feta entre els reys d’Aragó y de Sicilia de una part y el rey de Tunis de l’altre (1403) », Boletín de la Sociedad Arqueológica Luliana (1909-1910), p. 350-355).
  • 20 Dufourcq, L’expansió catalana a la Mediterrània occidental, op. cit., p. 47.
  • 21 Données extraites de la liste des consuls catalans de Tunis, entre 1258 et 1300, publiée par Ch. E. Dufourcq, « La Couronne d’Aragon et les Hafsides au xiiie siècle (1229-1301) », Analecta Sacra Tarraconensia, XXV (1952), p. 67-69.
  • 22 Voir divers exemples de l’achat de cette charge dans Dufourcq, « La Couronne d’Aragon et les Hafsides », op. cit., p. 20, n. 42.
  • 23 Ch. E. Dufourcq établit clairement cette différence sur la base d’une analyse de la documentation (« Les consulats catalans de Tunis et de Bougie », op. cit., p. 469-472).
  • 24 On en trouve un bon exemple dans le consulat de Tunis, analysé, comme nous l’avons déjà vu, par Dufourcq, « Les consulats catalans de Tunis et de Bougie », op. cit., p. 474-479. Parfois, le consul nommé ne résidait pas dans la place où il devait exercer ses fonctions et déléguait sa charge.
  • 25 Los otros [auparavant. Mármol y Carvajal avait décrit les chrétiens mercenaires] eran christianos advenedizos de todas nasciones que servían de officios viles, como eran taverneros, tenderos, y algunos avia mercaderes… Estos dos arrabales hizo poblar Muley Hutmen, hijo de Abu Ferez, y después se pobló otro arrabal que está como un tiro de vallesta del estaño fuera de la puerta de la mar donde están los fundagos y aposentos para los mercaderes christianos que van a contratar a Túnez, el qual tiene trezientas casas, aunque pequeñas… (L. de Mármol y Carvajal, Descripción general de Africa, Granada, 1573, fol. 240 v.-241r.)
  • 26 M. Rivera, Textos y espacios de mujeres (Europa siglos iv-xv), Barcelone, 1995, p. 40.
  • 27 Pour une analyse détaillée de cette question, voir M.D. López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb en el siglo xiv (1331-1410), Barcelone, 1995, p. 90-95.
  • 28 López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb en el siglo xiv, op. cit., p. 346-354.
  • 29 Familles qui ont fait l’objet d’une étude dans les différents travaux de M. Ruzafa, parmi lesquels on peut citer « Els origens d’una familia de mercaders mudèjars en el segle xv : Çaat Ripoll (1381-1422) », Afers, 7 (1988-1989), p. 169-188 ; « Los mudéjares en el desarrollo mercantil valenciano del Cuatrocientos », Revista d’Història Medieval, 2 (1991), p. 179-189.
  • 30 J. Guiral, qui a reconstitué le fonctionnement de ces sociétés à caractère familial au milieu du xve siècle, constate l’existence de succursales au Maghreb, dirigées par des associés secondaires ou des facteurs (« L’apport des communautés juives et musulmanes au commerce maritime de Valence au xve siècle », dans Deuxième Colloque International d’Histoire : Économies méditerranéennes : équilibres et intercommunications. xiiie-xixe siècles, Athènes, 1985. p. 465). La culture nécessaire pour exercer le métier de marchand était tout d’abord assimilée à demeure. Le père inculquait à ses fils les éléments essentiels du métier de négociant : il transmettait les valeurs rassemblées dans les manuels de commerce, rédigés dans le but d’instruire les futurs commerçants – Pegolotti, Saminiato de Ricci, la « Pratica datiniana », Uzzano, Chiarini –, sans oublier que dans les foyers des moyens et grands marchands se trouvaient des denrées d’origine lointaine, d’Afrique ou d’Orient. Outre le père, la culture nécessaire pour exercer le métier de marchand pouvait être acquise à l’école ou par l’intermédiaire de maîtres particuliers. La lecture, l’écriture ou la comptabilité faisaient partie de cet apprentissage. Lorsque le père était absent, ce qui arrivait fréquemment compte tenu de ses obligations, la mère s’occupait des enfants, facteurs et autres domestiques qui travaillaient pour lui ; elle tenait également les comptes et se chargeait en outre des investissements. Les futurs marchands pouvaient perfectionner leur pratique dans les succursales, où se trouvait délégué un facteur dirigeant les opérations d’achat et de vente, qui initiait en détail l’apprenti aux affaires. De nombreux contrats d’apprentis, travaillant dans des succursales fondées par différentes compagnies sur les marchés nord-africains, ont été conservés ; ils reflètent très bien cette activité d’apprentissage aux côtés d’un facteur expérimenté (cf. divers exemples de ces contrats dans López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 431-432).
  • 31 M. T. Ferrer i Mallol, Els sarraïns de la Corona catalano-aragonesa en el segle xiv. Segregació i discriminació, Barcelone, 1987, p. 137-146.
  • 32 Archivo del Reino de Valencia : ARV, RP, Batllia, 1144, fol. 234v.-235r. Valence, 23 mars 1408.
  • 33 Comme l’а très bien montré M. T. Ferrer, le mouvement de, et vers Grenade devait être soutenu, puisqu’il pouvait s’effectuer par voie terrestre ; elle a par ailleurs souligné qu’une bonne part de ce mouvement devait rester incontrôlée (Els sarraïns de la corona, op. cit, p. 142-143).
  • 34 On pourra trouver une analyse de ces licences temporaires, accordées pour des voyages commerciaux vers l’Afrique du Nord, dans Ferrer, Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 137-144 et López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 318-324.
  • 35 Ferrer, Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 148.
  • 36 De nombreux exemples attestent l’ampleur des répercussions que les guerres et les famines eurent sur l’économie des communautés musulmanes. Voir notamment M. D. López Pérez, « Las repercusiones económicas de la guerra de los Dos Pedros en las aljamas musulmanas aragonesas : el caso de Escatrón y Alborge », dans VIII Simposio Internacional de Mudejarismo, Teruel, 1999 (sous presse).
  • 37 Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 162-163.
  • 38 En réalité ce chiffre comprend deux impôts, puisque le paiement du dret de porta, qui atteignait cinq sous, entraînait le versement de dix sous, dus au titre de la mostalafia ou impôt annuel qu’acquittaient les musulmans libres résidant à Barcelone. Sur cette question cf. D. Romano, « Musulmanes residentes y emigrantes en la Barcelona de los siglos xiv-xv », Al-Andalus, XLI (1976), p. 49-86 ; Ferrer, Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 172-175 ; Ead., « L’emigració dels sarraïns residents a Catalunya a Aragó i al País Valencià durant la Baixa Edat Mitjana », dans L’expulsió dels moriscs : consequències en el món islàmic i el món cristià, Barcelone, 1994, p. 19-26.
  • 39 A partir du milieu du xive siècle se produisit une répartition progressive des marchés ou une division des aires d’influence entre les opérateurs des principaux centres commerciaux catalano-aragonais, de sorte que Majorquins et Valenciens finirent par monopoliser pratiquement les échanges avec les régions musulmanes d’Occident. Pour une analyse exhaustive de cette question, voir López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 169-267 ; Ead., « La expansión económica catalanoaragonesa hacia el Magreb medieval », L’expansió catalana a la Mediterrània, op. cit., p. 95-101. Il faut en outre préciser que les musulmans provenant des aljamas catalanes et aragonaises émigraient sans doute par le port fluvial de Tortosa (Ferrer, Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 175).
  • 40 Les hommes devaient verser une livre et douze sous, tandis que les femmes payaient seulement seize sous, en plus des six sous exigés pour la remise d’une attestation de sortie. Ces chiffres étaient plus réduits en cas de maladie, de folie ou d’âge avancé. Ces données ont été analysées par J. Sastre Moll, « Estancia y salida de musulmanes libres y esclavos durante el reinado de Sancho I y Felipe de Mallorca », Bolletí de la Societat Arqueològica Lul.liana, 44 (1988), p. 125-170 ; Id., « Notas sobre la esclavitud en Mallorca. El ’Llibre de sarrayns e de grecs del’any de MCCCXXX’ », Mayurqa, 21 (1985), p. 101-120 ; Id., Economía y sociedad del reino de Mallorca. Primer tercio del siglo xiv, Palma de Mallorca, 1986. p. 48-56.
  • 41 La mitja dobla atteignait neuf sous de Valence, tandis que le besant ou dret de passatge était de quatre sous. Celui-ci devait également être acquitté par tous les musulmans qui, après avoir payé le droit de sortie à Barcelone ou Majorque, faisaient escale à Valence. À ces sommes, il faut ajouter, comme dans les autres centres, le paiement pour la remise d’une attestation de sortie, qui à Valence atteignait normalement onze sous de cette ville. Cf. Ferrer, Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 147-197, particulièrement p. 157-162. Voir également du même auteur, L’emigració dels sarraïns, op. cit., notamment les p. 22-23.
  • 42 Ferrer, Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 181-183.
  • 43 Sur l’incidence de la course et de la piraterie, voir López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 660-686. Concernant la capture de ces émigrants musulmans, cf. M. T. Ferrer, Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 185-193.
  • 44 Des exemples de migration ont été analysés par Ferrer, dans Els sarraïns de la corona, op. cit., p. 193-198, et dans différents chapitres de La frontera amb l’islam en el segle xiv. Cristians i sarraïns al País Vcdencià, Barcelone, 1988, du même auteur.
  • 45 Sastre Moll, « Estancia y salida de musulmanes », op. cit., p. 128 ; Id., « Musulmanes en Mallorca en la primera mitad del siglo xiv », Bolletί de la Societat Arqueològica Lul.liana, 48 (1992), p. 32 ; N. E. Gay, « Aperçu sur la population musulmane de Majorque au xive siècle », Revue d’Histoire et de Civilisation du Maghreb, 9 (1970), p. 21-22.
  • 46 M. D. López Pérez, « El pogrom de 1391 en Mallorca y su repercusión en los intercambios comerciales con el Magreb », dans I Colloqui d’Histària dels Jueus a la Corona d’Aragó, Lérida, 1991, p. 239-260.
  • 47 L’existence de sauf-conduits spéciaux à caractère général accordés par la monarchie à des marchands d’Afrique du Nord paraît démontrer, bien que de façon théorique, des déplacements temporaires de ces négociants vers les principaux ports catalano-aragonais. Un document atteste ainsi la concession en 1343 d’un sauf-conduit royal d’une durée indéterminée, par lequel les musulmans et les juifs de partibus sarracenorum pouvaient commercer librement dans la ville de Majorque, du moment qu’ils acquittaient les droits correspondant à l’importation et à l’exportation des marchandises. Ce type de sauf-conduit n’était sans doute pas nouveau et de fait il fut renouvelé périodiquement ; il montre cependant comment la monarchie tenta de faciliter, ou peut-être seulement de protéger les déplacements des agents nord-africains (López Pérez, La Corona de Aragon y el Magreb, op. cit., p. 354-357).
  • 48 Pour une analyse détaillée de la documentation parvenue jusqu’à nous et se rapportant à cette question, voir López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 357-374.
  • 49 López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 375-384.
  • 50 Après avoir analysé de nombreux documents notariés, Verlinden constatait déjà en 1955 qu’« ils nous ont montré combien l’institution – l’esclavage – était partout répandue, tout en attirant l’attention sur l’importance primordiale – et parfaitement naturelle – de Barcelone comme centre de trafic des esclaves. Cependant il serait erroné de croire – nos actes notariés nous en ont averti – que d’autres endroits n’ont pu être d’importants centres de la traite ». Grâce à la documentation de l’Archivo Datini, Verlinden mit en effet en évidence le rôle d’Ibiza et de Majorque comme centres de traite des esclaves (L’esclavage dans l’Europe médiévale. I. Péninsule Iberique. France, Bruges, 1955, p. 370-376).
  • 51 Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, op. cit., p. 320-321.
  • 52 Bon reflet des aires d’intervention commerciale distinctes, auxquelles nous faisions allusion précédemment.
  • 53 Cf. les prix fournis par Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, op. cit., p. 282-287, p. 450 ; R. Cariñena A. Díaz Borrás, « Corsaris valencians i esclaus barbarescs a les darreries del segle xiv : una subasta d’esclaus a València el 1385 », Estudis Castellonencs, 2 (1984-1985), p. 454.
  • 54 López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 834-837 ; Ead., « Sobre la trata de esclavos magrebíes : el aprovisionamiento de los mercados catalanoaragoneses (S.XIV) », dans De l’esclavitud a la llibertat, Barcelone (sous presse).
  • 55 Ce processus est détaillé dans les interrogatoires de plusieurs marchands majorquins, à la suite de la capture de trois musulmans rachetés de cette façon en 1386, alors qu’ils gagnaient Alcoli à bord du lleny du Majorquin Bartomeu Vilaroge : ARM, Suplicacions, 29, fol. 226r.-233ν (López Pérez, « Sobre la trata », op. cit.).
  • 56 L’esclavage et la libération de captifs en pays musulman par l’intermédiaire des exeas ou alfaqueques, et également par les ordres de la Trinité et de la Merced, sont des thèmes abondamment développés par l’historiographie ; voir en particulier M. T. Ferrer, « Els redemptors de captius : mostolafs, eixees o alfaquecs (segles xii-xiii) », Medievalia, 9 (1990), p. 86-106, concernant les alfaqueques. Au sujet des Trinitaires et des représentants de l’ordre de la Merced, voir M. Mitjà, « L’Orde de la Mercè en crisi en el regnat de Joan I », Cuadernos de Arqueología e Historia de la Ciudad, IX (1966), p. 61-89 ; J.W. Brodman, Ransoming captives in crusader Spain. The Order of Merced on the Christian-Islamic Frontier, Philadelphie, 1986 ; R. Sáinz dela Maza, « Los mercedarios en la Corona de Aragón durante la segunda mitad del siglo xiv », Misccellània de Textos Medievais, 4 (1988), p. 221-255 ; A. Díaz Borrás, « Atención valenciana a la redención de cautivos cristianos », Estudis castellonencs, 3 (1986), p. 337-353. Pour le cas particulier de l’ordre des Trinitaires dans les Baleares, cf. G. Cipollone, « L’ordo Trinitatis et captivorum. Il suo insediamento nelle Baleari (XIII-XIV) », dans XIII Congrès d’Història de la Corona d’Aragó, Palma de Mallorca, 1989, II, p. 169-178.
  • 57 En ce qui concerne la relation étroite entre les pouvoirs mérinide et hafside et le développement de la piraterie, voir López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 687-702, 705-729.
  • 58 Les relations entre pays chrétiens et pays musulmans au Moyen Âge se caractérisaient par l’existence d’un état de guerre permanent, seulement interrompu par des trêves d’une durée limitée à quelques années. Par conséquent, les rares accords relevés permettent d’affirmer que durant de longues périodes, la course était une activité tout à fait légale. Cf. Ch. E. Dufourcq, « Les communications entre les royaumes chrétiens ibériques et les pays de l’Occident musulman dans les derniers siècles du Moyen Âge », dans Les communications dans la Péninsule Ibérique au Moyen Âge, Paris, 1981, p. 29-44 ; Id., « Chrétiens et musulmans durant les derniers siècles du Moyen Âge », Anuario de Estudios Medievales, 10 (1980), p. 207-225 ; Id., « Commerce du Maghreb médieval avec l’Europe Chrétienne et marine musulmane : données connues et problèmes en suspens », dans Congrès d’Histoire et de Civilisation du Maghreb (Tunis, 1974), 1979, p. 161-192 ; M. L. de Mas Latrie, Traités de paix et de commerce concernant les relations des chrétiens avec les Arabes de l’Afrique septentrionale au Moyen Âge, Paris, 1886, 2 vol. ; Id., Relations et commerce, op. cit. ; Ferrer, La frontera amb l’islam en el segle xi, op. cit. ; López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit.
  • 59 Un extrait connu de l’Histoire des Berbères d’Ibn Khaldun situe le début du développement de la piraterie hafside vers 1360 : « Sous la dynastie des Mérinides, les flottes du Maghreb défirent les Francs en plusieurs rencontres ; dès lors l’ardeur de ce peuple resta assoupie ; l’unité de la France, siège de leur domination, fut brisée, et les nombreux débris de cette nation franco-chrétienne, tels que Barcelone, Gênes et Venise, se constituèrent en Etats indépendants. Un grand nombre de musulmans, habitants du littoral de l’Ifriqia entreprit alors d’attaquer ces contrées, et l’habitude de faire la course contre les chrétiens s’établit à Bougie, il y a une trentaine d’années (1360) » Histoire des berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale, trad, de Slane, Paris, 1969, IV, Ρ- 117. Des informations révélées par la documentation catalano-aragonaise confirment le rôle des Tunisiens dans le développement de la piraterie musulmane au cours du dernier tiers du xive siècle. Voir leur analyse détaillée dans López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 705-729.
  • 60 Mesures défensives, tel l’armement de galères, en convois ou isolées, par les cités les plus affectées ; mesures préventives, tel l’établissement d’un système de garde-côtes qui permettait la fuite ou le refuge de la population du littoral (López Pérez, La Corona de Aragón y el Magreb, op. cit., p. 729-771)
  • 61 Ferrer, « Els redemptors de captius », op. cit., p. 250.
  • 62 Au sujet des captifs dans les prisons des sultans, voir R. Salicrú. « Cartes de captius Cristians a les presons de Tunis del regnat de Ferran d’Antequera », Miscellània de Textos Medievais, 7 (1994), p. 549-590, où l’on trouvera de plus une excellente bibliographie.
AUTEUR

María Dolores López Pérez

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