A la Une Hermétisme et occultisme Sociétés secrètes

L’occultisme soviétique

« Les idées occultistes qui eurent cour en Russie au début du XXème siècle contribuèrent massivement aux mythes et cultes politiques qui culminèrent dans le stalinisme. Durant les dernières années de l’Empire des tsars, les doctrines occultes politisées aidèrent à structurer la perception et la réception des événements contemporains, nourrissant le maximalisme et l’utopie de la gauche extrême. (…) Durant et après la révolution bolchevique les idées occultes furent un facteur majeur de l’utopie soviétique. Des symboles et des techniques issues de l’occultisme furent utilisés lors des premiers meetings de masse soviétiques, dans les cultes rendus à Lénine et à Staline ainsi que dans le réalisme soviétique ». Bernice Glatzer Rosenthal.

Staline, initié lamaïste

Dans son analyse du monde moderne, le penseur traditionaliste français René Guénon a noté que les révolutions, le matérialisme et la laïcité n’étaient que les phases initiales du contrôle occulte de la société.

La fin ultime des « élites », croyait Guénon, est la destruction de la tradition sacrée et l’intronisation des forces infernales dans une nouvelle contre-religion.

L’un des chefs de la police secrète bolchevique Gleb Bokii dirigeait un service spécial de l’OGPU consacré à l’étude des forces occultes, de Shambhala, des initiations lamaïstes de Kalachakra…

Gleg Bokii avait créé une « commune nature » à Kuchino où hommes et femmes, jeunes et vieux, célébraient des rites orgiaques et se livraient à la débauche tantrique.

Selon les recherches de Jüri Lina, qui a eu accès à d’importantes archives soviétiques ouvertes aux chercheurs en 1991 lors de la Pérestroïka jusque-là inaccessibles et inédites :

Le dictateur sanguinaire Staline avait suivi les enseignements de maîtres lamaïstes.

Le monstre du Kremlin avait créé au sein de ses services secrets un « département du diable » en vue d’utiliser les forces occultes à la consolidation de la dictature rouge. (De Vladimir Fedorovski, « Le département du diable, la Russie ésotérique ».)

Ce livre est une plongée dans l’univers ésotérique de ce pays dominé par le goût de l’irrationnel, oscillant constamment entre Dieu et le diable. Vladimir Fedorovski nous fait pénétrer dans les couloirs les plus secrets du pouvoir russe, des grands princes à Vladimir Poutine, raconte les délires mystiques et sanguinaires d’Ivan le Terrible et l’énigme d’Alexandre Ier, le tsar qui serait devenu ermite. Il évoque Staline entouré d’hypnotiseurs et créant au sein des services secrets un  » département du diable  » chargé d’utiliser les forces occultes à la consolidation du système totalitaire. Il met en scène Diouna, la guérisseuse de Brejnev et d’Eltsine… Et à propos de l' » affaire des poisons  » en Ukraine, on verra de quoi sont capables les services secrets russes. La réalité dépasse la fiction la plus osée des romans ésotériques. Un document troublant qui est pourtant rigoureusement conforme aux faits historiques, éclairé par des témoignages et documents d’archives inédits.

Selon les recherches de Jüri Lina, qui a eu accès à d’importantes archives soviétiques ouvertes aux chercheurs en 1991 lors de la Pérestroïka jusque-là inaccessibles et inédites :

Le dictateur sanguinaire Staline avait suivi les enseignements de maîtres lamaïstes.

Le monstre du Kremlin avait créé au sein de ses services secrets un « département du diable » en vue d’utiliser les forces occultes à la consolidation de la dictature rouge. (De Vladimir Fedorovski, « Le département du diable, la Russie ésotérique ».)

Communisme et occultisme

Attachez vos ceintures car pour ce nouveau voyage, vous plongerez dans les méandres idéologiques et ésotériques du communisme soviétique. De solides références et des révélations surprenantes vous convaincront que la réalité a rarement été aussi fantastique.

Historique

Cet article de vulgarisation a pour but de faire découvrir aux lecteurs francophones un chapitre de l’histoire de l’occultisme et de l’ésotérisme occidental très peu connu faute de sources dans notre langue : celui traitant de la situation en Russie de l’âge d’argent à la fin de la terreur stalinienne. (source : https://www.geopolitica.ru)

Le surhomme stalinien – 17.09.2017

A – Occultisme et ésotérisme durant l’âge d’argent

Qu’est-ce que l’âge d’argent ? Une période de deux décennies qui, selon les auteurs, s’étend de 1890 à 1914 ou de 1900 à 1920 et durant laquelle la Russie connut une effervescence intellectuelle particulière qui donna naissance à nombre de courants artistiques nouveaux (futurisme, symbolisme, acméisme, etc.) et qui fut marqué par la quête de nouvelles valeurs éthiques.

Durant tout ce laps de temps, l’occultisme dans toutes ses variétés bénéficia d’un engouement sans précédent des classes moyennes et supérieures russes et devint de ce fait un véritable phénomène de mode.

1 – Le spiritisme

On date la naissance du spiritisme en mai 1848 avec la « manifestation » d’Esprits aux sœurs Fox, dans leur ferme d’Hydesville aux États-Unis. Dix ans après, c’est le médium Daniel Douglas Home qui fit découvrir ce mouvement en Russie en faisant parler les morts dans le salon du comte Grégoire Kushelev-Bezborodko . La réussite fut immédiate et l’homme fut invité à faire tourner des tables à la cour impériale. Un premier cercle spirite fut alors organisé par l’écrivain et poète (et ami d’enfance du tsar Alexandre II) Alexis Tolstoï. Après son décès en 1875, le leadership du mouvement spirite passa à un autre aristocrate Alexandre Aksakov . Ce disciple et traducteur d’Emanuel Swedenborg fut le grand propagateur du spiritisme en Russie en le faisant sortir des salons aristocratiques pour devenir une pratique commune à tous les milieux. La censure ne lui permettant pas de publier sur ses thèmes de prédilection en Russie, il fonda en Allemagne la revue Les Études psychiques dans laquelle il avait une approche « scientifique » du spiritisme, allant jusqu’à créer, avec le célèbre chimiste Dimitri Mendeleïev , une Commission scientifique pour l’étude des phénomènes médiumniques.

En 1881, parut le numéro 1 de l’hebdomadaire occultiste et spirite Rébus, qui, après un adoucissement de la censure en 1905, fut concurrencé par six autres titres : La Voix de l’amour universel, De l’au-delà, Le Spirite, La Tribune de l’occultisme et du spiritisme, Les Problèmes de la philosophie psychique et spirite et La Vie des Esprits.

Autour de Rébus se créa une Société des spirites russes qui attira sept cents personnes à son premier congrès en 1906. À cette date, on estimait qu’il existait mille six cents cercles spirites, fédérés ou non, dans l’Empire des tsars, ceux-ci furent réprimés dès 1918 et dissout par décret, comme la plupart des sociétés secrètes, en 1922.

2 – La théosophie

Fondée en 1875 à New York, la Société théosophique n’accorda qu’en septembre 1908 une charte permettant la création de sa première loge russe, à Saint-Pétersbourg .

Il existait cependant dans de nombreuses villes russes, depuis les années 1890, des cercles où l’on discutait des idées théosophiques, mais ceux-ci étaient soit indépendants, soit animés par des théosophistes appartenant à des Grandes loges étrangères . De plus, la censure n’avait pas permis, avant 1905, que la littérature théosophique soit publiée , qu’un organe théosophique soit créé et que les démarches pour enregistrer la Société théosophique comme une association soit entreprises. Dirigée par Anne Kamenski, Hélène Pisarev et Anne Filosofov (une pionnière du féminisme en Russie) la Société théosophique s’investit principalement dans des activités humanitaires et progressistes : droits des femmes, éducation alternative, création de restaurants végétariens, d’hébergement pour les miséreux et de dispensaires. Cependant, elle n’oublia pas la propagande intellectuelle qui fut assurée, en sus de la revue Le Messager théosophique, par les éditions Messager à Saint-Pétersbourg, et Lotus à Kalouga.

La Société théosophique russe, qui fut forte de plusieurs milliers de membres, en majorité de sexe féminin, eut une influence très importante dans les milieux culturels et compta, pour une durée plus ou moins longue, nombre d’artistes dans ses rangs, les plus connus étant André Bely, Nicolas Berdiaev, Olga Forsh, Alexandre Scriabine, Constantin Balmont et Vassily Kandinsky .

3 – L’Anthroposophie

Secrétaire-général de la section allemande de la Société théosophique depuis 1902, Rudolf Steiner développa, à partir de 1906, son activité de théosophiste au niveau européen. Il participa à de nombreuses conférences hors d’Allemagne et il se posa en challenger d’Annie Besant au Congrès théosophique européen qui se tint à Munich en 1907. En 1911, il s’opposa de nouveau à Annie Besant au sujet du rôle dévolu à Jiddu Krishnamurti et, en 1913, il concrétisa son désaccord en faisant scission et en fondant la Société anthroposophique.

Immédiatement, la scission fut aussi consommée en Russie et une Société anthroposophique russe Vladimir Soloviev fut fondée à Moscou par André Bely et Lev Koblinsky-Ellis. De nombreux membres de celle-ci se rendirent à Dornach pour aider à la construction du Goetheanum, tandis qu’à Moscou étaient organisés de nombreuses conférences et créée la maison d’édition La Connaissance spirituelles qui publia des traductions de Rudolf Steiner jusqu’en 1920.

4 – La Maçonnerie

La maçonnerie spiritualiste et le martinisme La franc-maçonnerie apparut en Russie dès 1731 et se développa jusqu’en 1822, date à laquelle le tsar Alexandre Ier l’interdit par décret. Il fallut attendre la libéralisation de 1905 pour qu’elle réapparaisse au grand jour. Les nombreuses loges qui se créèrent alors furent majoritairement des loges rationalistes et politisées dont une bonne part était liée au Grand Orient de France ou au Droit Humain. Peu de traces de l’existence de loges spiritualistes ou occultistes on subsisté, bien que l’on sache qu’une Loge des Philalèthes était apparue clandestinement en Russie au début du siècle et qu’une Loge Lucifer fondée en 1910 et disparut en 1914 .

Le martinisme qui avait connu une vogue certaine en Russie à la fin du XVIIIème mais qui en avait disparu y fut réveillé par Gérard Encausse et son Ordre martiniste. Initiée en 1897, la violoniste Olga de Moussine-Pouchkine représenta en Russie, dès janvier 1899, le Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste. En décembre-janvier 1900, Papus se rendit lui-même à Saint-Pétersbourg, et en février 1900, L’Initiation rendit compte d’une visite d’une délégation martiniste en Russie . En 1905, Papus fonda la loge La Croix et l’étoile au sein même de la cour impériale de Saint-Pétersbourg .

Avant la révolution d’octobre 1917, nombreux furent les martinistes dans la bourgeoisie et l’aristocratie russe : à Vladimir, où la loge Saint-Jean l’Apôtre fut fondée en mai 1910, sous l’autorité de Pierre Kasnatcheev ; à Saint-Pétersbourg, où la loge Apollonius, fut créée en 1910 par Grégoire Mebès et à Kiev, où Serge Marcotoune dirigeait la loge Saint-André l’Apôtre.

Pierre Kasnatcheev, fut nommé en 1913 délégué général de l’Ordre martiniste à Moscou, tandis que Grégoire Mebès prenait son indépendance et fondait le Détachement autonome du martinisme de rite russe qui prit ultérieurement, en 1916, le nom d’Ordre martiniste de rite oriental. Étroitement lié à la revue occultiste Isis, Grégoire Mebès devint alors la personnalité incontournable du martinisme russe. Aidé par son épouse, il développa des ordres supérieurs : la Société pour le renouveau de la pure connaissance et l’Ordre martinéziste (dont le cercle intérieur prit le nom de Groupe Prométhée) .

5 – L’occultisme

Les groupes occultistes russes de l’âge d’argent étaient particulièrement redevables au français Gérard Encausse dont de très nombreux livres avaient été traduits en langue russe et dont la Faculté libre des sciences hermétiques avait accueilli beaucoup d’étudiants russes.

C’est de lui que se revendiquaient, plus ou moins ouvertement, Ivan Antoshevsky et Alexandre Troianovsky, les éditeurs d’Isis, mensuel des sciences occultes, qui parut de 1909 à 1916, Czeslaw von Czinski qui officiait à Saint-Pétersbourg ou Sofia Tukholka qui publia de nombreuses éditions de son livre Occultisme et magie.

En marge de cela divers conventicules de peu d’importance furent créés : en 1911, l’Ordre Lux astralis de Boris Zubakin et, en 1916, la Société Sphinx de Georges Loboda, l’Ordre des chevaliers du saint Graal d’Alexandre Gaucheron de la Fosse et l’Ordre d’Orion de Vsevolod Viacheslavovich .

6 – Le satanisme

Si les références sataniques et lucifériennes furent multiples dans la littérature russe prérévolutionnaire, aucun mouvement réellement sataniste ne se développa durant l’âge d’argent et, à l’exception de deux cas dont nous traiteront ci-après, il est impossible de trouver des preuves concrètes qu’un culte à Satan y exista, que des messes noires y furent tenues et que la magie noire y compta des pratiquants .

La réalité se résume à des influences littéraires et à un état d’esprit. La lecture des Symbolistes et des Décadents français, des romans gothiques anglais et d’Edgar Poe, ainsi que celle de Frédéric Nietzsche, créèrent dans la Russie fin de siècle un véritable effet de mode et tous les littérateurs se firent un devoir de rédiger qui des poèmes, qui des romans, traitant de Satan qui incarnait l’esprit de rébellion contre les normes morales bourgeoises et la répression politique qui suivit la révolution avortée de 1905. Prendre des drogues et écrire des louanges à Satan fut, de 1890 à 1914, dans les milieux artistiques russes un comportement banal qui n’était rien de plus qu’une pose.

Seuls deux individus, Alexandre Dobrolioubov et Valéry Brioussov , incarnèrent réellement, durant quelques temps, leur satanisme.

Alexandre Dobrolioubov apparut, à 15 ans, sur la scène littéraire de Saint-Pétersbourg en 1891. Alors qu’il était encore lycéen, il se proclama disciple d’Edgar Poe et de Charles Baudelaire, devint opiomane, se vêtit uniquement de noir et vécut dans une petite pièce sans fenêtre, entièrement tendue de tissu noir, décorée d’objets symboliques qu’il disait utiliser pour rendre un culte à Satan. Il semble qu’il se fit quelques disciples à l’Université de Moscou ce qui entraîna son exclusion de celle-ci. Peu de temps après, en 1895, il abjura son satanisme et devint membre d’une secte issue de l’orthodoxie au sein de laquelle il joua un rôle important dans les régions de Samara, Perm et Orenburg.

Un de ses disciples fut Valéry Brioussov, qui devint un homme de lettre de premier plan dans la Russie pré-bolchevique où il fut l’un des fondateurs du symbolisme russe, et où il agit comme poète, dramaturge, traducteur , critique littéraire et historien de la littérature. Or, à partir de 1894 et jusqu’aux premières années du XXème siècle, Valéry Brioussov qui adoptait une vêture, une apparence (barbe taillée en pointe, vêtements sévères et entièrement noirs) et un comportement (il était un adepte des drogues, vivait dans un appartement décoré d’estampes érotiques en compagnie de son épouse et d’une jeune maîtresse) qui le faisait immédiatement identifier comme un magicien noir. Il fut l’Anton LaVey moscovite de l’époque, organisa autour de lui un cercle qui évoquait les démons via une table tournante et il collabora à l’hebdomadaire occultiste moscovite Rébus. Il adopta par la suite un comportement plus mainstream et, après la révolution d’octobre 1917, il soutint les bolcheviques, devint membre du Parti communiste de l’Union soviétique et occupa nombre de fonctions officielles (dont celle de membre du conseil de rédaction de la revue Le philatéliste soviétique !) avant de décéder en 1925.

7 – Le cosmisme

Le cosmisme est un courant occultiste né en Russie et tout à fait particulier, puisqu’il ne s’incarna jamais en des structures précises bien qu’il défendit des idées qui influencèrent beaucoup d’intellectuels pré-révolutionnaires, furent compatibles avec le bolchevisme et peuvent être considérées comme la première manifestation du transhumanisme .

Le père du cosmisme fut Nicolas Fedorov (1828-1903). Fils bâtard du prince Pavel Gagarine, il fut scolarisé à Odessa et exerça pendant un temps le métier d’enseignant dans diverses villes provinciale de Russie. En 1878, il fut engagé à la Bibliothèque Roumiantsev ce qui le mit en contact quotidien avec nombre d’intellectuels. Hostile à la propriété privée des livres et des idées, il ne publia aucun ouvrage de son vivant, se contentant de quelques articles parfois signés d’un pseudonyme. C’est une sélection de ceux-ci, réalisée après sa mort et publiée sous le titre La philosophie de la cause commune , qui présente les théories dont il affirmait qu’il avait eu l’illumination durant l’automne de l’année 1851. À sa lecture, on peut résumer sa doctrine en huit points :

«1 – La Mort est le mal absolu. Elle doit être vaincue par l’évolution générale de l’humanité. 2 – La résurrection devra être le fait non de Dieu, mais de l’homme, l’homme nouveau “théurgique”. 3 – La résurrection doit s’accomplir à l’aide de procédés scientifiques et psychiques. Toute l’humanité doit nécessairement participer à cet acte suprême. 4 – L’homme nouveau doit acquérir le pouvoir absolu sur la nature, il doit contrôler les phénomènes atmosphériques. 5 – Le temple comme place du sacré par excellence doit être remplacé par le musée (ou le sacré s’alliera avec la science). 6 – L’évolution de l’humanité est arrivée à son acmé. Les hommes doivent commencer l’œuvre de la résurrection ici et maintenant. 7 – La chrétienté doit s’allier avec l’aryanité des ancêtres pour créer une humanité nouvelle, unifiée, théurgique, commune. 8 – La “cause commune” c’est la lutte scientifique, sociale, économique, culturelle, psychologique, spirituelle, industrielle, cosmique contre la mort et pour la vie absolue et infinie (La stratégie de cette lutte étant nommée par Fedorov “Le Projet”).

Nicolas Fedorov se considérait comme un prophète, il vivait comme un ascète et toute l’intelligentsia russe le connaissait personnellement du fait du poste central qu’il occupait à la bibliothèque Roumyantsev. Il ne fonda aucun mouvement particulier. Son influence fut plus subtile et plus discrète et s’exerça sur Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï, Vladimir Soloviev, Maxime Gorki, etc. De plus, il était très considéré dans les milieux révolutionnaires, tant bolcheviques que mencheviques, dont il influença certains dirigeants comme nous le verrons ci-après.

B – Occultisme et ésotérisme en Russie soviétique

Deux millions de Russes environ, hommes, femmes et enfants, de toutes les classes sociales et de toutes les opinions furent contraints à l’exil au lendemain de la révolution d’octobre 1917 et durant les trois années de guerre civile qui suivirent. Parmi eux, on compta un nombre important de membres des sociétés occultistes et ésotériques d’avant-guerre, tant et si bien que l’importance numérique de celles-ci décrut fortement. De plus, la Russie soviétique, tout particulièrement durant la période stalinienne, tenta d’éliminer toutes pensées et pratiques métaphysiques. Comme les membres des Églises officielles et des sectes, les adeptes des sociétés secrètes et initiatiques qui n’avaient pas choisi l’exil furent soumis à la répression. Ils virent leurs ordres et fraternités dissoutes et pour certains furent envoyés au goulag. Cependant certains courants et certaines personnalités occultes furent utilisés soit dans un but de provocation, soit pour ce qu’ils pouvaient apporter au plan national ou international . D’autres enfin, se fondirent dans le marxisme soviétiques et contribuèrent à la mise en place de certains de ses aspects les moins orthodoxes .

1 – Le devenir des sociétés initiatiques traditionnelles

La Société théosophique

Si les membres de la Société théosophiques qui demeurèrent en Russie connurent les rigueurs de la censure et de la répression de la part de la Tchéka puis du Guépéou, ils ne furent pas particulièrement ciblés en tant que tels . Certains bénéficièrent du soutien d’Anatole Lounatcharski, commissaire du Peuple à l’Instruction publique, soit pour des raisons d’amitié , soit parce qu’il les utilisa pour mettre en place les écoles et studios du proletkult .

Les stocks des éditions rosicruciennes furent saisis en 1919 et en 1920, Anna Kamensky, qui dirigeait la Société théosophique à Saint Pétersbourg, et Tsetselia Helmboldt, la responsable des éditions théosophiques dans cette ville, furent convoquées par la Tchéka pour enquête, il leur fut proposé de travailler pour le Commissariat du peuple à l’Instruction publique ou de créer une nouvelle structure spiritualiste où elles seraient libres de propager les idées de la Société théosophique à la condition qu’elles promeuvent aussi l’athéisme. Elles refusèrent ces deux propositions. En juin 1921, dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins car toute profession leur était interdite et craignant d’être arrêtées, les deux femmes choisirent l’exil et passèrent clandestinement la frontière russo-finlandaise . Elles s’installèrent ultérieurement en Suisse d’où elles dirigèrent la Société théosophique russe en exil.

Malgré la terreur stalinienne, des groupes théosophiques se maintinrent en activités plus ou moins secrètement, à Leningrad, le couple Alexandre et Olga Obnorsky, effectua des traductions de Jiddu Krishnamurti, diffusa de la littérature théosophique et maintint des contacts dans d’autres cités, jusqu’à leur arrestation en 1952 (ils furent libérés l’année suivante). Dans la même ville, le couple Joseph et Sophia Leman joua aussi un rôle important dans le mouvement théosophique russe puisque Sophia Leman devint la dirigeante de la société après le départ d’Anna Kamensky pour l’exil. Arrêtés par la Guépéou, le couple fut exilé à Alma-Ata où il continua ses activités théosophiques. À Moscou, l’âme des théosophistes de l’époque soviétique fut le couple Anatolli et Ariadna Grigoriev qui diffusait les écrits d’Hélène Blavatsky, de Rudolf Steiner, de Jiddu Krishnamurti, ainsi que de Nicolas et d’Hélène Roerich. Ils furent assez heureux pour échapper à toute répression .

La Société anthroposophique

Chez les anthroposophes, la révolution d’octobre fut bien accueillie et Rudolf Steiner conseilla à ses disciples russes résidant à Dornach de rentrer en Russie pour y propager ses idées. Ce qu’ils firent. Plusieurs d’entre eux furent alors engagés par le Commissariat du peuple à l’Instruction publique à l’exemple de Margaret Sabshnikova-Voloshin qui travailla pour le proletkult ou de l’historien Trifon Trapeznikov qui, de 1918 à 1924, dirigea le service du ministère chargé du recensement et de la protection des œuvres d’art. La Société anthroposophique fut interdite en 1923, mais ses idées et pratiques continuèrent d’avoir une audience certaine. En 1925, le célèbre acteur Michel Chekhov donnait encore des cours d’art dramatique durant lesquels il se référait aux idées de Rudolf Steiner. Il fut réprimandé pour cela par le Commissariat du peuple à l’Instruction publique et, découragé, il profita d’une tournée en Allemagne, en 1928, pour y demander l’asile politique. Cette défection attira l’attention sur les réseaux anthroposophes subsistants et un certain nombre de leurs membres furent alors envoyés au goulag ou exilés.

La maçonnerie spiritualiste et le martinisme

En mai 1919, Jean Bricaud confirma Serge Marcotoune comme délégué général pour l’Ukraine, mais ce dernier choisit l’exil et se réfugia en France, ou il fonda la loge Saint-André n°2 (en souvenir de la loge de Kiev), qui rassembla des Français, des Russes et des Ukrainiens en exil.

Les ordres créés par Grégoire Mebès continuèrent de se réunir durant et après la guerre civile, organisant des conférences de formation et des activités pratiques (méditations collectives, séances de télépathie et de psychométrie).

En 1919, Mebès nomma le juriste franc-maçon Boris Astromov Inspecteur général de l’Ordre martiniste, mais l’homme entra en conflit avec ses frères, fit scission et fonda la Grande loge autonome des francs-maçons russes en 1921, qui adopta ultérieurement le nom de Grande loge astreia. En 1925, il prit contact avec le Guépéou et lui proposa de le servir comme informateur. Il fournit alors à la police politique des dossiers précis sur les divers groupes occultistes qu’il avait fréquentés. Il s’en suivit le démantèlement de toutes les structures martinistes dont plusieurs dizaines de membres furent jugés en 1926 dans ce qui fut nommé « le procès des francs-maçons de Léningrad ».

L’occultisme

L’Ordre Lux astralis, fondé avant la révolution ne commença à être vraiment actif qu’après celle-ci. Son animateur, Boris Zubakin était un archéologue et un ethnologue doué pour les arts qui, à ses moments de loisir sculptait et versifiait. Se revendiquant des Rose-Croix, il voulait développer « une association d’individus vivant en communauté, effectuant ensemble des rituels et jouant en commun des mystères ». Des loges de l’ordre s’ouvrirent dans une demi-douzaine de villes (dont Moscou, Petrograd et Minsk) et des personnalités de premier plan s’y intéressèrent dont l’écrivain Maxime Gorki et le cinéaste Serge Eisenstein (qui y fut initié). En 1929, Boris Zubakin fut exilé à Arkhangelsk et l’Ordre Lux astralis devint totalement clandestin. En 1937, tous ses membres furent arrêtés et Boris Zubakin fut exécuté par le Guépéou.

La Société Sphinx cessa d’exister en 1918, son dirigeant, Georges Loboda fut employé en 1923 et 1924 par l’Institut d’étude du cerveau et des activités psychiques. En 1926, après une arrestation par la Guépéou, il choisit de s’exiler.

L’Ordre des chevaliers du Saint Graal d’Alexandre Gaucheron de la Fosse fut démantelé par la Guépéou en 1927. Fondé en 1916, l’Ordre d’Orion fut restructuré en 1926 et prit le nom d’Ordre d’Orion-Khermorion. En 1933, il fut découvert par la Guépéou et la plupart de ses membres furent envoyés au goulag, mais certains, dont l’archiviste de l’ordre, passèrent à travers les mailles du filet et ils maintinrent l’Ordre d’Orion-Khermorion en activité jusque dans les années 1970.

À l’origine de l’Ordre d’Orion se trouvait un homme : Vladimir Smakhov . Il s’était fait connaître avant la révolution par ses nombreux ouvrages traitant d’occultisme et de cabbale. En 1922, il publia, à compte d’auteur, La Fondation de la pneumatologie, les mécanismes théoriques de la formation des Esprits qui fut le dernier livre occultiste qui parut en Union soviétique avant la perestroïka. Durant l’été 1924, il s’exila d’abord en Tchécoslovaquie puis en Argentine. Lui succéda à la tête de l’ordre Vsevolod Beliustine.

De manière assez surprenante, la doctrine de l’Ordre d’Orion-Khermorion et sa pratique ressemble par de nombreux points à celles de l’Ordre du temple d’Orient d’Aleister Crowley : références à Thélèma, à la magie énochienne, etc. Il y eut vraisemblablement une influence des écrits du Maître Thérion sur Shmakov ou Beliustine, voire des contacts directs, mais malheureusement ceci n’est pas documenté.

Divers degrés d’initiation existaient au sein de l’Ordre d’Orion-Khermorion. Tout d’abord, l’impétrant était considéré comme un apprenti et il devait se former sous la supervision d’un mentor et rédiger un travail de recherche sur un sujet magique. Après cela, il devenait écuyer, puis chevalier du château extérieur avant d’être reçu chevalier du château intérieur.

Deux ordres furent créés après la révolution : le Détachement oriental de l’Ordre du temple et l’Ordre emesh redivivus.

Le Détachement oriental de l’Ordre du temple fut fondé par Apollon Kareline, un théoricien anarchiste qui revint en Russie en 1917 après dix années d’exil politique. Se définissant clairement comme gnostique, l’ordre travaillait, selon son manifeste, au perfectionnement de l’homme et de la société avec l’aide des connaissances mystiques et scientifiques. Pratiquant des cérémonies qui mélangeaient les rituels maçonniques et chevaleresques, le Détachement oriental de l’Ordre du temple était strictement hiérarchisé en sept degrés et pratiquait un secret absolu. Ses membres qui se réunissaient deux fois par semaine ne connaissaient que les membres de leur groupe dont seul le chef était en contact avec les initiés du niveau supérieur. Malgré ces précautions, le centre moscovite de l’ordre fut anéanti par la Guépéou en 1929. Les autres cercles subsistèrent jusqu’en 1937 où ils furent emportés par la Grande terreur qui fut la cause de l’exécution de la plupart de ses membres. Certains échappèrent cependant à la répression ou survécurent au goulag et tentèrent, sans succès, de relancer le Détachement oriental de l’Ordre du temple dans les années 1950.

L’Ordre emesh redivivus fut fondé en 1926 à Moscou par des occultistes qui avaient fréquenté l’Ordre Martiniste avant la révolution. Il était dirigé par Eugène Teger, un économiste, et Vadim Chekhovskii, un météorologue passionné de télépathie et de parapsychologie qui travailla pour l’Institut d’étude du cerveau et des activités psychiques où il mena des expériences sur l’influence des couleurs sur la psyché humaine. Comme au moment de sa création toutes les structures initiatiques étaient interdites, l’ordre se dissimula derrière une façade scientifique, se déclara comme un laboratoire d’étude sur la télépathie travaillant de commun avec l’Institut d’étude du cerveau et des activités psychiques et se dota d’un local volontairement choisi comme voisin du siège de la Guépéou . Parmi les activités principales de l’Ordre emesh redivivus, qui comptait neuf niveaux d’initiation, il y avait des cours sur la magie pratique, la cabbale, l’astrologie, etc. Il y eut aussi des activités pratiques de pure magie et la tentative de mettre au point une technique visant à contrôler les élémentaux à l’aide de narcotiques et d’hallucinogènes puissants issus de la pharmacopée des sorcières. L’existence de l’ordre fut découverte par le Guépéou en février 1928 et tous ses membres furent arrêtés et condamnés les uns à de la prison, les autres à l’exil intérieur. Vadim Chekhovskii fut envoyé au goulag et tué lors d’une tentative d’évasion en 1929. Eugène Teger, connut quant à lui la prison puis l’exil.

2 – L’occultisme et l’ésotérisme teint en rouge

a – La Fraternité ouvrière du travail

L’histoire de la Fraternité ouvrière du travail est celle d’un homme Alexandre Bartchenko, ainsi présenté par Andrei Znamenski : « un écrivain occultiste de Saint-Pétersbourg, qui avaient mené des recherches sur la cabbale, le soufisme, le kalachakra, le chamanisme et d’autres traditions ésotérique, tout en préparant une expédition au Tibet afin de partir à la recherche de la ville légendaire de Shambhala ».

Écrivain occultiste dès avant la révolution, très influencé par Éliphas Lévi et Saint-Yves d’Alveydre, Bartchenko continua de fréquenter les milieux occultistes dans les années 1917-1918 et il constitua autour de lui un petit cercle dont un des membres fut Constantin Vladimirov, un graphologue connu qui travaillait alors pour la Tchéka. Grâce à lui, Bartchenko se lia avec d’autres membres de la police politique intéressés par l’occultisme. En 1920, il commença à travailler pour l’Institut d’étude du cerveau et des activités psychiques pour qui il mena une mission dans la région de Mourmansk où il étudia l’hystérie arctique puis pour lequel il participa à une commission d’étude des phénomènes parapsychologiques.

En 1923, après s’être intéressé au tantrisme tibétain, Bartchenko créa à Petrograd une communauté communiste-bouddhiste la Fraternité unie du travail fortement inspirée des pratiques de Georges Gurdjieff. Les femmes s’y livraient à des travaux de couture et les hommes à de l’ébénisterie. Chaque soir, les membres de la communauté lisaient ensemble des ouvrages de spiritualité et d’occultisme puis ils en discutaient. Ses amis, les ex-officiers de la Tchéka et du Guépéou, la rejoignirent et intervenant auprès de Lounatcharski firent embaucher Bartchenko par l’Administration centrale des établissements scientifiques et scientifico-artistiques et des musées qui le nomma directeur du laboratoire de biophysique existant au sein du Musée polytechnique de Petrograd. Dans le même temps, Alexandre Bartchenko s’agitait pour faire découvrir par les dirigeants bolcheviques les thèses occultistes qu’il nommait « la science antique » et le mythe d’Agartha-Shambhala. Il devint alors le protégé de Gleb Boki, un des dirigeants principaux de la Guépéou. Largement financé par celui-ci, il multiplia les rencontres avec tout ce que l’URSS pouvait compter d’occultistes, de membres de mouvements sectaires, de soufis, de cabbalistes, de chamans, etc. S’il se présentait à eux comme un chercheur de vérité, il n’y a aucun doute qu’il travaillait dans le même temps pour la Guépéou et qu’il fut un rouage de diverses manipulations. Dans le même temps, il semble qu’il n’abandonna jamais l’idée qu’il pouvait convaincre les dirigeants soviétiques de l’intérêt des sciences occultes.

Il fut arrêté en 1937, avec les autres membres de la Fraternité ouvrière du travail pourtant disparue depuis longtemps, accusé d’avoir créé le réseau d’espionnage «Shambhala-Dunkhor » et exécuté avec tous ses « complices », y compris son protecteur Gleb Boki.

b – Les cosmistes et les Constructeurs de Dieu

C’est chez des intellectuels et, à la fois, activistes bolcheviques exilés, qu’apparut avant la révolution de 1917 le mouvement des Constructeurs de Dieu.

Au lendemain de 1905, les bolcheviques furent victimes d’une guerre de tendances opposant Vladimir Lénine et Alexandre Bogdanov, le leader de la fraction « En avant ! », la plus radicale du parti. Lénine fut mis durant quelques temps en minorité et Bogdanov devint le leader des bolcheviques avant que Lénine ne reprenne la main et le marginalise.

Obligé à l’exil pour échapper à la police tsariste, Alexandre Bogdanov s’installa à Capri avec Maxime Gorki et Anatole Lounatcharsky. C’est de leurs discussions et de leur influence commune par la pensée de Fedorov que naquit le mouvement des Constructeurs de Dieu. Pour eux, la religion était une forme primitive de lien, une première pulsion de l’humain vers la communauté, et en ce sens une base éthique. Ils considéraient qu’en développant les aspects scientifiques et rationnels du marxisme, Engels et Plekhanov avaient négligé la dimension émotionnelle et éthique que Marx conférait au communisme. Ils préconisaient donc le principe d’un marxisme que les bolchéviques propageraient à la manière d’une religion anthropocentrique dont le dieu serait l’homme élevé à la puissance de ses pouvoirs et dont la célébration serait la révolution, point culminant du processus de la construction de Dieu. Anatoli Lounatcharsky, dans La Religion et le socialisme , appela « à une religion moniste et prolétarienne. Il s’agit de compléter par des mythes et des rituels nouveaux le rationalisme marxiste qui manque de pouvoir de conviction et d’entraînement. Dès lors les symboles chrétiens sont transposés, le Père sera représenté par les forces de production, le Fils par le prolétariat et le Saint-Esprit par le socialisme. L’homme devient dieu lui-même mais par le collectif. Le collectivisme futur réalisera pleinement la divinité de l’homme : l’humanité atteindra au savoir suprême, à la toute-puissance, à l’amour universel et à la vie éternelle. Toutefois cette immortalité ne sera pas acquise à titre individuel mais au travers de la communauté »

Cette immortalité, Alexandre Bogdanov la décrivait dans deux ouvrages de sciences fiction L’Étoile rouge et L’Ingénieur Menni où il montrait l’utopie communiste réalisée sur la planète Mars et où l’on apprenait que c’étaient des transfusions de sang qui procuraient cette vie qui ne cessait pas.

Marginalisés par Lénine au sein du Parti bolchevique, les Constructeurs de Dieu acquirent un peu de pouvoir dans les rouages de l’État soviétique qui leur permit d’y infuser leurs thèses. Anatole Lounatcharsky devint commissaire du peuple à l’Instruction publique et Alexandre Bogdanov fut à la fois le concepteur du proletkult et le fondateur de l’Institut d’hématologie et de transfusion sanguine où il se livra à des expériences visant à atteindre l’immortalité. Tous les deux protégèrent et utilisèrent d’anciens occultistes et ésotéristes.

Un ami de Lounatcharsky et de Bogdanov, Leonid Krasin, avait été lui aussi convaincu par la lecture de Fedorov de la possibilité d’accéder à l’immortalité. Il fut la cheville ouvrière de l’inhumation de Lénine sur la Place rouge et il semble qu’il tenta, en vain, de le cryogéniser en vue d’une future résurrection.

Un autre tenant des thèses cosmistes fut le militant du proletkult Andrei Platonov qui, après des débuts prometteurs, fut marginalisé à partir des années 1930. En développant les idées de Fedorov sur le contrôle absolu sur la nature, il proposait, par exemple, de faire sauter les montagnes du Pamir pour ouvrir la voie aux vents du Sud qui transformeraient la Sibérie en une immense terre fertile. Tenant lui aussi de la thèse de l’immortalité humaine, il envisageait qu’un « cimetière mondial », permettant d’attendre une résurrection grâce à la science, fut créé dans le sol gelé de la Sibérie.

Il convient encore de citer parmi les cosmistes influents, Alexandre Gorsky. Poète et philosophe, il s’était passionné dans sa jeunesse pour la théorie de la « force odique » de Karl von Reichenbach , puis pour les thèses de Prentice Mulford, un des fondateur de l’école de la Nouvelle Pensée qui affirmait que l’individu pouvait, par le contrôle et l’application du pouvoir créatif de la pensée, maîtriser la santé, la longévité et même l’immortalité. Plus tard, il fut l’élève de Paul Florensky à l’Académie théologique de Moscou, eu des liens avec Nicolas Roerich, connut le goulag et fut exécuté en 1943, accusé d’avoir créé un cercle d’anthroposophes à Kalouga. Dans les années 1920, Gorsky écrivit Un Grand schéma , ouvrage où il reprit les idées de Fedorov sur la chasteté positive (la redirection de l’énergie sexuelle vers la restauration de la vie chez les morts), spéculant sur la transformation et la sublimation de l’énergie sexuelle en un potentiel créatif puissant pour la perfection de l’humanité, l’abolition de la mort, et la conquête et la restructuration de l’univers. Dans ces spéculations, il faisait allusion aux idées de Reichenbach et de Mulford, de même qu’aux théories qui lui étaient contemporaines (dont les idées de Freud) . Gorsky s’appuyait aussi sur les recherches concernant les radiations psycho-physiques du cerveau et de la transformation de l’énergie nerveuse humaine, dont l’ouvrage La Magie comme science naturelle expérimentale de Ludwig Staudenmaier, qui postule que les phénomènes magiques sont liés à la transformation de l’énergie nerveuse.

Enfin, dans les années 1920, il exista à Petrograd un Groupe biocosmiste-immortaliste, regroupant un certain nombre de cosmistes et publiant le magasine Immortalité. Ses membres proclamaient que l’être humain avait deux droits fondamentaux : le droit à l’existence infinie (l’immortalité) et celui au mouvement sans entrave (les voyages interplanétaires). Ils eurent une relation directe avec Constantin Tsiolkovsky, lui-même disciple de Fedorov, qui est considéré comme le père et le théoricien de l’astronautique moderne.

c – Les Scythes

Le groupe politico-littéraire Skify (Les Scythes) qui regroupait les poètes et écrivains André Bely , Alexandre Blok, Serge Essénine, Nicolas Kliouïev et Olga Forche , fut créé par Vasilyevich Ivanov-Razumnik en 1916. Sociologue et critique littéraire éminent, sympathisant du Parti socialiste révolutionnaire et rédacteur des pages littéraires de nombreux journaux populistes, il prit parti à la révolution de février 1917, puis, avec la fraction de gauche du PSR, il condamna le gouvernement provisoire et la prolongation de la guerre et appuya la révolution bolchevique d’octobre, mais il s’opposa au régime du parti unique et à la répression contre les partis de l’opposition. De 1919 à 1925, il co-présida, avec Andreï Biély, l’Association philosophique libre (Volfila), autour de laquelle se regroupèrent la majorité des Skify, dédiée à la « recherche des aspects philosophies de la culture et de la créativité dans la société socialiste ».

Les Skify, qui avaient choisi leur nom en références aux tribus barbares nomades qui conquirent le sud de la Russie dans les temps anciens, ne limitaient pas leur champ d’action à la politique et à la littérature et la base de leur pensée était foncièrement occultiste. Stefani Hoffman analysant les travaux de la Volfila insiste sur le fait que les centres d’intérêts principaux de ces étranges « philosophes d’extrême-gauche » étaient « la religion, la métaphysique, la métapsychique et l’occultisme. » Quant à Bernice Glatzer Rosenthal elle a montré comment tant les Scythes que l’Association philosophique libre ont adapté la pensée de Rudolf Steiner à la révolution russe analysant celle-ci selon un filtre occultiste. Pour certains d’entre eux, la première guerre mondiale et la révolution devaient être considérées comme la passion de la Russie et il convenait maintenant d’attendre sa résurrection, tandis que pour d’autres, la révolution russe avait été une apocalypse négative que devait suivre une apocalypse positive, une « révolution spirituelle » qui complèterait la révolution politique et sociale. Cette résurrection ou cette apocalypse positive devant faire de la Russie « le messie des nations » et « le vainqueur du serpent ».

L’orientation d’extrême-gauche de ce courant occultiste, ne lui épargna pas de subir la répression, bien que celle-ci fut au final modérée puisque seul Nicolas Kliouïev fut exécuté en 1937. L’Association philosophique libre fut interdite dès 1925. À plusieurs reprises, entre 1917 et 1937, Vasilyevich Ivanov-Razumnik fut accusé de propager des idées populistes et emprisonné . Alexandre Blok décéda de mort naturelle en 1921, André Bely fit de même en 1934, Serge Essénine dépressif se suicida en 1925, quant à Olga Forche, elle devint un membre éminent du Congrès des écrivains et décéda, couverte d’honneur, en 1961.

Conclusion

À la lecture de ce qui précède, on peut constater que la Russie soviétique n’eut pas une politique unifiée vis-à-vis des divers courants ésotéristes et occultistes. Certains furent durement réprimés, d’autres curieusement ignorés, sans qu’il soit possible de faire ressortir de tous cela une quelconque logique. Quoiqu’il en soit, même aux moments les plus terribles de la terreur stalinienne, il subsista toujours des conventicules ésotéristes et magiques, ce sont eux qui firent renaître l’occultisme russe dès que les premiers signes de dégel apparurent.

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