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Livres de Femmes, Livres de Vérités (7) Origine et histoire du christianisme – 4/4

La condition féminine aujourd’hui n’est plus définie par la soumission et le problème du pouvoir, mais par le corset invisible que chaque femme porte en elle. Eliette Abécassis

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique

5ème chapitre : La guerre des sexes dans la Grèce antique
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6ème chapitre : De l’Israélisme au Judaisme
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7ème chapitre : Origine et histoire du christianisme
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Chapitre 7 suite

JUDAS LE GALILÉEN

Et le verset suivant des Actes (V,37) dit : « Après lui s’éleva Judas le Galiléen, du temps du dénombrement, et il attira à lui un grand peuple, mais il périt aussi, et tous ceux qui le crurent furent dispersés. »

Josèphe signale ce Judas et nous raconte que non seulement il prétendait être roi, mais il était l’auteur d’une nouvelle secte dont les disciples ne reconnaissaient que leur Dieu pour chef et pour maître (Ant., XVIII, 1-6).

Ce fut un de ceux qui inquiétèrent le plus les Romains (1).

C’est sa secte, celle des Caïnites qui prenait tout à rebours, y compris la Divinité qui pour eut fut représentée par le principe du Mal : l’homme méchant, c’est-à-dire Caïn divinisé.

On raconte que ces idées nouvelles étaient mises à profit par les voleurs.

Un Anachorète d’Egypte, du nom de Héron, vit apparaître « Christos » sous la figure d’un ange de lumière, qui lui fit croire que, s’il voulait se laisser asseoir sur ses ailes, il le ravirait au Ciel avec Elie. Le malheureux crédule prit place sur le dos du vaurien, qui le précipita d’une hauteur énorme dans un puit profond, d’où on le tira à demi-mort.

Tout ceci nous explique ce qu’était devenue l’idée messianique à cette époque.

Josèphe, dans sa Guerre des Juifs (L. XVIII, ch. i), nous donne des renseignements sur ce personnage qui allait entrer dans l’histoire et y faire entrer avec lui une secte nouvelle. Il nous explique d’abord comment Cyrénius, sénateur romain, fut chargé par Auguste de faire le dénombrement en Judée, puis, il dit :

« Les Juifs ne pouvaient souffrir d’abord ce dénombrement, Un nommé Judas, qui était Gaulonite et de la ville de Gamala, assisté d’un Pharisien nommé Zadoc, sollicita le peuple à se soulever, disant que ce dénombrement n’était autre chose qu’une manifeste déclaration qu’on les voulait réduire en servitude, et, pour les exhorter à maintenir leur liberté, il leur représenta que si le succès de leur entreprise était heureux, ils ne jouiraient pas avec moins de gloire que de repos de tout leur bien, mais qu’ils ne devaient point espérer que Dieu leur fût favorable s’ils ne faisaient de leur côté tout ce qui serait en leur pouvoir.

« Le peuple fut si touché de ce discours qu’il se porta aussitôt à la révolte. Il est incroyable quel fut le trouble que ces deux hommes excitaient de tous côtés. Ce n’était que meurtre et que brigandage : on pillait indifféremment amis et ennemis sous prétexte de défendre la liberté publique ; on tuait, par le désir de s’enrichir, les personnes de la plus grande condition ; la rage de ces séditieux passa jusqu’à cet excès de fureur qu’une grande famine qui survint ne put les empêcher de forcer les villes ni de répandre le sang de ceux de leur propre nation ; et on vit même le feu de cette cruelle guerre civile porter ses Flammes jusque dans le Temple de Dieu, tant c’est une chose périlleuse que de vouloir renverser les lois et les coutumes de son pays.

« La vanité qu’eurent Judas et Zadoc d’établir une quatrième secte et d’attirer après eux tous ceux qui avaient de l’amour pour la nouveauté fut la cause d’un si grand mal. Il ne troubla pas seulement alors toute la Judée, mais il jeta les semences de tant de maux dont elle fut encore affligée depuis. Sur quoi j’ai cru à propos de dire quelque chose des maximes de cette secte. »

Et, dans le chapitre II, il va nous parler des quatre sectes qui étaient parmi les Juifs : « Ceux qui faisaient, parmi les Juifs, une profession particulière de sagesse étaient divisés depuis plusieurs siècles en trois sectes, des Esséniens, des Sadducéens et des Pharisiens.

« Judas dont nous venons de parler fut l’auteur d’une quatrième secte.

Elle convient en toutes choses avec celle des Pharisiens, excepté que ceux qui en font profession soutiennent qu’il n’y a que Dieu seul que l’on doive reconnaître pour seigneur et pour roi, et ils ont un si ardent amour pour la liberté qu’il n’y a point de tourments qu’ils ne souffrissent et ne laissassent souffrir aux personnes qui leur sont les plus chères, plutôt que de donner à quelque homme que ce soit le nom de Seigneur et de Maître.

« Sur quoi je ne m’étendrai pas davantage, parce que c’est une chose connue de tant de personnes qu’au lieu d’appréhender que l’on n’ajoutât pas foi à ce que j’en dis, j’ai seulement sujet de craindre de ne pouvoir exprimer jusqu’à quel point va leur incroyable patience et leur mépris des douleurs. Mais cette invincible fermeté de courage s’est encore accentuée par la manière si outrageuse dont Geffius Florus, gouverneur de Judée, a traité notre nation et l’a enfin portée à se révolter contre les Romains. »

Tout cela était en opposition absolue avec les principes des premiers Chrétiens.

« Ils se proposaient pour modèle la vie des hommes les plus méchants, tels que les Sodomites, Coré, Judas, etc. »

Leur réaction était dirigée surtout contre le commandement de la loi qui condamnait l’adultère de l’homme. (L’abbé Guyot Dictionnaire des Hérésies p. 94)

Fréret dit de Judas :

« Il y eut des évangiles qui comptaient Judas au nombre des apôtres. Il parut un évangile sous son nom. On appelait ses disciples Caïnites parce qu’ils regardaient Caïn comme grand personnage, ainsi qu’Esaû, Coré et les Sodomites. Ils se servaient de l’évangile de Judas qui était, selon eux, le premier des apôtres. » (Fréret, t. II, p. 124)

Dans les Ecritures, nous voyons que le nom de Judas restera désormais uni à l’idée de trahison.

Déjà un Judas avait trahi Israël, un second Judas devait encore trahir une femme, Johana, la nouvelle Déesse des Israélites.

La haine qu’il inspirait devait être violente, puisque son champ, appelé Haceldama (le champ du sang), devient un endroit signalé à la réprobation et qu’on lui applique ce qui est dit dans le livre des Psaumes : « Que sa demeure devienne déserte, qu’il n’y ait personne qui l’habite. » (Actes, chap. Ier, 19-20.)

(1) Le premier Livre des Macchabées n’annonce pas un roi, mais un prophète. C’était l’expression de la croyance populaire. Or un prophète, c’est un penseur qui élève les esprits, telles les anciennes inspirées qui avaient parlé, qui avaient enseigné les lois de la nature et la loi morale. Tout le monde ne pouvait pas se dire prophète ; il fallait, pour avoir cette audace, au moins une certaine instruction. La royauté était plus facile à prendre. Un roi, ce n’est pas un homme qui pense, c’est un homme qui commande, et c’est ce rôle qui flatte l’homme, aussi c’est celui-là surtout que les imposteurs ambitionnaient. C’est ce qui explique pourquoi du « Messie » on fait un roi, quand l’idée messianique se masculinise.

LE NOM DU MESSIE MASCULIN

Nous venons de voir que Judas le Galiléen avait entrepris de représenter la Divinité sous la forme masculine de Caïn. Mais ce nom était mal vu ; il en existait un autre qui avait eu une destinée plus heureuse ; c’était celui d’Esaü, le mâle premier-né, qui s’écrivait souvent J-eseus. L’iod qui précède est le signe de la masculinité. Il était devenu AEsus chez les Celtes, puis Hésus ou Hiésous (AEsus contient les mêmes lettres qu’Esaù) (1).

Hésus (terrible en celtique) représentait le principe mâle ; on en avait fait le Dieu de la guerre chez les Gaulois ; il régnait à Lutèce. C’est surtout par des sacrifices humains qu’on l’honorait.

On le représente à demi-nu, une hache à la main.

Ce Dieu avait été introduit chez les Romains, qui l’avaient associé à Jupiter et à Vulcain. C’était une maxime des Romains qu’il y a en tout Dieu quelque chose de divin. En acceptant Hésus, ils le mirent dans leur Panthéon à côté de Mithra et de Sérapis.

Le nom de Jésus n’est que la forme ultime du Jeseus des Juifs ou du Hésus des Gaulois, nom modifié suivant les langues parlées dans les divers pays, mais qui garde partout sa signification symbolisant le sexe masculin.

Ce nom qui va entrer dans l’histoire d’un cycle nouveau a pu être pris dans sa forme juive, « Jeseus », il a pu être pris dans sa forme celtique, « Hésus ». Dans cette dernière conjecture, il est facile de comprendre comment ce nom est descendu de la Gaule en Orient.

Quelques siècles avant l’ère actuelle, les Gaulois s’étaient répandus partout : dans le Nord jusqu’en Irlande, dans la haute Italie, sur la rive droite du Danube où ils avaient fondé la Galicie ; de là ils étaient descendus en Macédoine, en Thrace et en Thessalie. Ils avaient fondé en Asie Mineure la « Nouvelle Gaule », et ce sont eux qu’on appelait les Galates. Ils étaient certainement, à cette époque, « ceux qu’on imite ».

Or Judas, qui cherche un nom pour le Dieu mâle, est Gaulonite, c’est-à-dire partisans des dieux gaulois (2).

A Lutèce, les masculinistes juraient par Hésus, tandis que les féministes juraient par Isis. La lutte de sexes était partout. Et l’on sait que c’est de là qu’est venu le mot Parisis (d’où Paris).

« Le nom de Jésus, dit Burnouf, était un symbole obscur. » (Se. des R., p. 94.)

Pour accentuer le caractère mâle de ce Dieu, on mettait souvent le J (lettre idéographique comme l’iod des Hébreux), qui indique le sexe mâle, devant l’H, et on écrivait Jhésus. Ou bien on faisait de la première branche de l’H, un J. C’est ainsi, avec une croix au-dessus de l’H, qu’on écrit le monogramme de Jésus dans tout le moyen âge.

Remarquons que bien des noms qui commencent par un H finissent par s’écrire avec un J, tel Hiéronymos, Jérôme. On annexait le I, signe mâle, aux noms auxquels on voulait donner un caractère hermaphrodite. C’est ainsi que de Hévah on fit Jehévah ou Jéhovah.

Ceux qui ont voulu donner à la légende chrétienne une origine hébraïque ont dit que Jésus était la forme grecque de l’hébreu Jeshua, contraction de Jehoshua, « celui dont Hévah est le secours ». Ce nom peut être lui-même une forme de l’ancien Eseus.

On a aussi rapproché Jésus de Jehoshua (sauveur), nom porté par le fils de Josedech, qui fut le premier Grand-Prêtre des Juifs après la captivité et qui releva le temple de Jérusalem avec Zorobabel (535-516), et on le rapproche aussi du nom du fils de Sirach sous le pontificat de Simon 1er (303-284).

Mais ces rapprochements n’ont été faits qu’après le Christianime. Ce n’est ni hébreu ni en syriaque que ce nom a d’abord été trouvé, c’est en grec dans les Epîtres de Paul où il est écrit :
Ἰησοῦς (Iesoûs).

D’autre part, l’historien Josèphe nous dit (Anl., 12-51) que Jason signifie Jésus.

Or Jason est le nom d’un chef de la Synagogue de Thessalonique qui hébergea l’apôtre Paul et ses compagnons lors de leur passage dans cette ville où Jason est présenté comme le parent de Paul. Ce personnage aurait causé une grande sédition parmi les Juifs qui le traînèrent devant les magistrats.

Il ne serait pas étonnant que certains épisodes de sa vie et de sa révolte aient servi à faire la légende de Jésus.

Si le mot Jason se confond avec Jésus (Iêsous), c’est parce qu’il vient aussi de Esaû, nom qui est souvent rendu par Edom ou Adon (qui en hébreu veut dire roux). En y annexant le iod masculinisant, on fait Jadon, que les Grecs prononcent Jason comme de Theos ils font Sios, et de Jadon on fait Jodom, Jod, d’où God.

Quoi qu’il en soit, ce nom représentait collectivement le sexe mâle comme le nom de Christ représentait collectivement le sexe féminin.

La substitution du principe masculin à la Divinité féminine, Hévah, la Mère des vivants, n’avait pas encore été osée chez les Juifs qui gardaient toujours un secret respect pour leur grande Déesse, quoiqu’ils ne la nommassent plus ; leur révolte n’avait pas été jusque-là, si ce n’est, cependant, quand ils avaient essayé d’introduire le culte d’Adonaï, dont le nom vient aussi de Edom ou Adon (3).

A côté de l’audace de Judas le Galiléen, qui fonda une secte nouvelle en face de celle des premiers Chrétiens et osa lui donner comme Dieu le traître Caïn, à côté de l’audace de Paul, qui, reprenant ce système, va donner le nom de « Iêsous » à celui dont il va faire un sauveur, les premiers Chrétiens tant persécutés n’apparaissent plus que comme des gens qui font des choses sans importance, et l’on parle de leur doctrine avec mépris, on dit : «

C’est de la Saint-Jean », ce qui veut dire : « C’est un mouvement empreint de la naïveté et de la timidité féminine ». Les nouveaux apôtres qui s’élevaient à ce moment allaient leur montrer jusqu’où on pouvait aller dans l’audace. Leur état d’esprit nous est révélé par le rôle qu’ils vont donner à Johana qu’on ne pouvait pas supprimer de l’histoire. Quand on fera d’elle Jean-Baptiste, le précurseur, on lui fera dire que celui qui LE suivrait serait plus puissant que LUI et qu’il ne serait pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. L’orgueil de ceux qui parlèrent ainsi nous dénonce leur état mental.

La campagne entreprise par les nouveaux sectaires, qui voulaient faire admettre que Iêsous était Christos, exaspérait tout le monde. Jusque-là, on avait attendu et annoncé la résurrection de la Déesse, mais cette nouvelle manière de résoudre la question la détournait de son but primitif et la présentait sous une forme différente de celle qu’elle avait à cette époque, où elle n’était que le symbole d’une espérance de restauration théogonique.

La lutte s’engageait ainsi entre les deux principes masculin et féminin, représentés par Iêsous et par Christos.

Le Christianisme primitif avait été une doctrine sur le Christ, son nom est resté pour l’indiquer, ses partisans s’appelaient Christiens ; ce ne fut pas une doctrine sur Jésus, qui n’y fut introduit que plus tard par des esprits vulgaires qui vinrent rapetisser l’idée de Rédemption. Le Jésuisme allait tuer le Christianisme.

Cependant, la doctrine qui a triomphé a gardé le nom de Christ, parce que les noms féminins donnent toujours une idée de grandeur et de sainteté dont les usurpateurs profitent.

C’est pour cette même raison que les Juifs masculinistes, quand ils se virent méprisés, se firent appeler Israélites.

La vraie Christologie a duré peu de temps, et ses documents ont été fondus dans ceux que le Catholicisme a pris plus tard pour base.

La nouvelle secte s’appliqua à imiter les Chrétiens, leur prenant leur nom, leurs principes, leurs livres, cherchant à attirer à elle la renommée qui les avait illustrés.

Christ, nom collectif, représentant l’esprit féminin dans sa splendeur et dans sa souffrance, va être remplacé par le nom masculin de Jeseus, dont on va faire un homme auquel on attribuera l’esprit féminin dans sa splendeur et dans sa souffrance, jusqu’au moment où on déclarera, au grand scandale de tous, que Jésus est Christos. Tout cela ne sera qu’une parodie des événements survenus dans le passé, et dont on va faire l’histoire particulière d’un homme. On s’appliquera à transporter la psychologie féminine, les souffrances de la femme, ses humiliations, dans un homme, que l’on fera divin, puisque le Divin, c’est le féminin, mais on lui laissera certains caractères de la femme, sa chasteté, sa mansuétude, et, comme Apollon Citharide, Jésus sera vêtu comme les femmes d’une robe flottante. Malgré tout cela, le personnage de Jésus, de l’enfant à l’homme, n’eut jamais rien de commun avec l’être de raison appelé Christ.

Burnouf, dans La Science des Religions (pp. 229-230), dit ceci :

« Nous ne connaissons presque rien de la vie de Jésus ; son nom même nous est inconnu, puisque Jésus ou Sauveur est un surnom qui se donnait depuis 200 ans et que Christ est une, qualification qu’il reçut plus tard. La partie légendaire des Evangiles étant ôtée, il ne reste pas de matériaux suffisants pour composer une histoire réelle. Celles qu’on a publiées sont des œuvres d’imagination et des romans.

« Il faut songer combien était nécessaire, dans le monde gréco-romain, une réforme des idées et des mœurs ; il faut envisager aussi la nature universelle d’Agni, qui est la plus grande manifestation de la nature divine dans le monde physique et moral. On fit donc à Jésus l’application de la théorie et de la légende, telles qu’elles existaient auparavant ; par lui, ces dogmes reçus de Babylone comme une tradition non interrompue, dogmes dont la forme primitive se trouve dans le Véda, entrèrent de plain-pied en Occident. »

Burnouf nous fait très justement remarquer que les discussions fondamentales que cette nouvelle secte fit naître portaient sur la nature de Jésus dans ses rapports avec la théorie du Christ.

Chez les Juifs eux-mêmes, le futur règne du Christ était compris de deux façons : les uns (les Israélites) attendaient un souverain de la souche (c’est-à-dire du sexe) de David, destiné à étendre sur la Terre la puissance de la loi et à placer le peuple israélite à la tête d’un vaste empire dont ce souverain serait le chef ; les autres, et parmi eux les Pharisiens, entendaient le règne du Christ dans son sens idéal, le retour du règne de la Vérité et de la Justice.

Cette question avait été fort agitée dans le dernier siècle entre les docteurs juifs Shammaï et Hillel. Elle allait prendre maintenant un autre aspect.

(1) Voyez Pictet qui, dans son Dictionnaire des racines indo-européennes (p. 417) dit à propos de la religion des Gaulois : « Esus, Dieu de la guerre (Dieu mâle qui a la force, Esunertus), vient du sanscrit Asu dont on fait en Scandinave as. »

(2) Judas, qui était Grec, n’avait pas de raison pour donner à son Dieu nouveau un nom hébraïque, il ne parlait pas hébreu ; il était au contraire très plausible qu’il choisît un nom nouveau à la mode dans son milieu, le nom de Hésus, apporté chez les Galates par les Gaulois, et qui était très répandu depuis deux siècles, puisqu’on voyait des familles donner ce nom nouveau à leurs enfants.

Si c’était un nom hébreu, il serait ancien chez les Israélites. C’est au contraire un nom nouveau qu’on ne trouve que chez les Juifs masculinistes.

(3) M. Henri LIZERAY (dans Christianisme Scientifique, p. 6) nous fait remarquer l’analogie qu’il y a entre Jésus et Adonaï. Il dit : « On peut, dès à présent, remarquer de nombreuses ressemblances entre le culte d’Adonis et celui de Jésus. Les pleurs à l’occasion d’une mort suivie de résurrection, l’époque et le cérémonial de la fête qui rappelle la semaine des Rameaux, le caractère féminin des deux personnages, les noms de Seigneur (en syriaque Adonaï, d’où Adonis, en grec Kyrios) et de Sauveur, communs à l’un et à l’autre, aussi l’invocation sur les sarcophages, sont des analogies qui s’imposent d’abord à l’esprit. Les païens semblent s’y être trompés, puisque Plutarque constate que « le Dieu adoré en Judée était Adonaï ». Or, Plutarque vécut de 50 à 120 après J.-C. »

LA LÉGENDE DE JÉSUS

A quelle époque commença-t-on à parler de la légende de Jésus?

C’est dans les Épîtres de Paul que son nom se trouve pour la première fois, et ces Épîtres sont écrites vers l’année 50 : celle aux Galates Vers 55 ; première et deuxième aux Corinthiens vers 58 et 59 ; celle aux Romains vers 60.

On croit que Paul est mort en 64.

Les Épîtres de Paul ont été déclarées fausses par le professeur Loofs (voir article « Paul » dans l’Encyclopedia Biblica).

Nous savions déjà que Marcion et Apelles les avaient appropriées à leurs besoins.

Ces altérations successives prouvent que la légende que l’on va édifier a subi des phases multiples dans lesquelles elle était chaque fois modifiée. Il ne faudrait donc pas chercher, dans les Épîtres, une histoire définitive, mais des indications qui, quoique très incomplètes, nous font apercevoir un esprit de révolte contre la Femme, qui va germer et grandir. Les Épîtres de Paul en furent le premier germe. Et comme c’est cela qu’on nous a laissé, nous sommes bien obligés de nous en servir.

Paul prêcha « un autre évangile », qui cependant « n’était pas un autre », et dans lequel il prétendait dévoiler une doctrine « demeurée secrète depuis le commencement du monde ».

C’est dans l’Épître aux Galates qu’il annonce qu’à la suite d’une révélation il va exposer aux fidèles un Evangile, et cependant il commence par dire :

6. — Je m’étonne qu’en abandonnant celui (pour celle) qui vous avait appelés à la gloire du Christ vous ayez passé si promptement à un autre Évangile.

7_— Non qu’il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent renverser l’évangile du Christ.

Ces deux versets ne sont certainement pas de Paul.

Il se met encore sous l’égide des Chrétiens, parle sans cesse du Christ, comme eux, des anciennes Écritures, répétant ce qu’il a entendu dire, mais mêlant à tout cela des vues personnelles qui sont le renversement de la cause féministe. On se demande du reste s’il l’a jamais comprise ; ses vues sont étroites, embrouillées, on y sent l’intention de se justifier de passer si facilement d’une doctrine à l’autre, car, dans le chapitre premier de l’Épître aux Galates, il nous explique lui-même ses conversions du Judaïsme au Christianisme, puis du Christianisme à son évangile nouveau, qu’il présente comme étant en harmonie avec celui des Chrétiens de Jérusalem, alors qu’il le contredit.

II faut se rappeler que la secte de Judas le Galiléen, qui masculinisait la Divinité des Juifs, était fondée depuis une dizaine d’années, et que Paul apparaît comme ayant été un de ses partisans. C’est évidemment sous cette influence qu’il crée un nouvel évangile, annonçant la prochaine arrivée d’un fils de Dieu.

Mais, dans tous les écrits de Paul, on annonce l’arrivée d’un Messie « sur les nuées », on ne lui crée pas encore une vie terrestre. Quand on parle de son passé, c’est le passé du Christ qu’on rappelle et qu’on lui applique, du Christ, symbole de la Femme qui a souffert pour les péchés de l’homme, qui a été persécutée à cause des Bacchanales masculines et crucifiées dans la forêt de Dodone. Ce fait, déjà ancien, n’était plus dans les esprits qu’une légende terrible, un crime qui avait été commis et qui criait vengeance (1).

Paul dit : « Pour nous, nous prêchons le Christ qui est un scandale aux Juifs et une folie aux Grecs » (I Corinthiens).

Comme réparation de ce crime, on attendait le retour de la femme à la vie sociale, sa réintégration dans son autorité morale, sa résurrection, puisqu’elle avait été ensevelie dans l’oubli après avoir été crucifiée.

Quand on parlait au nom du Christ, on parlait au nom de quelque chose de sacré, mais on définissait mal le sentiment que ce nom éveillait. Pour les anciens féministes, c’était un sentiment de respect mêlé de pitié ; pour les masculinistes, c’était une ironie et une jalousie, « un scandale ou une folie ».

Or l’annonce de la résurrection du Christ était interprétée d’une façon toute différente par les femmes et par les hommes. Pour ces derniers, déjà plongés dans le surnaturel, et qui croyaient aux esprits séparés du corps, aux apparitions et aux communications des morts avec les vivants, ils faisaient de la « parousie du Christ » une apparition surnaturelle, qui devait se voir sur les nuages du ciel.

Les partisans du surnaturel se servaient des anciennes idées féminines, mais leur donnaient une interprétation nouvelle.

L’esprit féminin « divin », qu’ils ne voulaient plus voir dans la femme vivante parce qu’il n’est pas dans l’homme, devenait une entité libre dans l’espace, hors du monde, mais pouvant apparaître et parler aux hommes. Du mot apparition, qui avait désigné la venue des femmes de génie (les anciennes Déesses), ils avaient fait une apparition surnaturelle. De l’ancienne prière adressée par les hommes aux femmes, ils avaient fait une oraison adressée à des dieux invisibles et, de là, étaient arrivés à croire à des conversations avec la Divinité.

Tous ceux qui voulaient se mettre en évidence prenaient un rôle dans ces luttes. Paul fut de ceux-là.

D’abord ardent adversaire des sectes nouvelles, il les avaient violemment persécutées, jusqu’au jour où, trouvant sans doute plus avantageux de se faire chef d’école que d’être un obscur défenseur de l’ancien système, il changea brusquement de parti, appuyant ce changement d’opinion sur une apparition surnaturelle qu’il raconte de différentes manières, ce qui prouve bien qu’elle n’a aucune réalité.

A partir de ce moment, il annonce la Résurrection du Christ.

Mais le Christ laisse dans l’esprit une idée féminine ; pour effacer cette idée, Paul va y joindre le nom masculin qui symbolise « le mâle ».

Ce fut la persécution dont il fut l’objet qui l’affermit dans son système. Il avait commencé timidement par annoncer que le Christ était ressuscité « selon les Écritures » ; il finit par une affirmation hardie, annonçant que cette résurrection s’était faite sous la figure d’un homme. Les Épîtres de l’apôtre nous montrent Paul comme un antiféministe acharné. Il semble même être un chef de parti dans la lutte contre la Divinité féminine et contre le droit maternel. Tous les écrits du temps sont remplis d’allusions à la lutte de sexes qui durait depuis dix siècles et que l’on sentait arrivée à une crise aiguë qui allait trancher la question.

Si ce point important de l’histoire est peu connu, c’est parce que l’Eglise qui a triomphé, et fait prévaloir les droits de l’homme sur les droits de la femme, la Divinité de l’homme sur la Divinité de la femme, a supprimé les documents qui pouvaient servir la cause de ses adversaires ; aussi nous n’avons, pour connaître leur défense, que ce que les Prêtres ont bien voulu nous laisser (2). Cela nous suffit, du reste ; leur ignorance, leurs maladresses, nous permettent d’étudier la cause qu’ils combattaient dans les documents qu’ils ont gardés et sur lesquels ils appuient leur orthodoxie.

Les meilleurs arguments contre l’Eglise sont ceux qu’elle nous fournit elle-même.

(1) Nous avons vu dans le passage que Tacite consacre aux supplices infligés aux premiers Chrétiens, que beaucoup mouraient sur la croix. Ce sont ces crimes qui sont le fond même de la légende du Crucifié. Cet agneau crucifié, qui a souffert pour les péchés de l’homme, c’est la Femme, et tout cela s’est posé avant l’introduction de Jésus dans l’histoire.

(2) Pour soutenir sa thèse de l’arrivée d’un fils de Dieu, Paul invoque le témoignage des femmes ; il dit : « Lisez les Sibylles et vous y trouverez clairement le fils de Dieu. » Ces mots n’existent plus dans les livres modernes, mais ils sont rapportés par Clément d’Alexandrie (Str., VI).
Donc, ceux qui ont révisé plus tard les Écritures n’ont pas fait que des interpolations, ils ont aussi fait des suppressions, et cela toujours avec l’intention de faire disparaître ce qui était dit des femmes.

L’APÔTRE PAUL

Ce personnage, qui joua un rôle si important dans la réaction qui allait devenir le Catholicisme, a une étrange histoire.

Dans un ouvrage nazaréen du IIème siècle, intitulé les Clémentines, Paul, sans être nommé, est dépeint clairement sous la figure de Simon le Magicien.

Nul doute ne reste, après cela, sur l’identité des deux personnages.

Dans un autre ouvrage, aujourd’hui perdu, mais dont nous avons des extraits dans les Actes, Paul est ravalé au rang d’un démon. Dans cet ouvrage, on l’appelle aussi Simon, comme dans les Clémentines, mais en faisant dériver ce nom de celui, d’une divinité samaritaine, le chef des dieux mâles, ou démons de la Samarie. « Simon le Magicien » paraît être une caricature de Paul, tant l’apôtre a été ennobli depuis.

C’est de ce nom Simon que vient le mot Simonie, cette espèce de convention illicite par laquelle on reçoit une rétribution pécuniaire pour quelque chose de saint ou de spirituel, tel que les sacrements les prières, etc. Les Simoniens, disciples de Simon le Magicien au nom du Christ vendaient des sacrements, des prières, des miracles, des prophéties. Paul, en effet, parle souvent lui-même des collectes qu’il faisait, ce qui est interprété d’une façon défavorable. Quand on parle de lui, en l’appelant Simon, on lui reproche de vouloir acheter les dons du Saint-Esprit et la qualité d’apôtre.

C’est l’auteur des Actes qui, plus tard, lui refit une nouvelle biographie dans laquelle il est présenté sous un tout autre jour. Cet auteur, qui voyageait avec lui, devait être une femme, nous verrons plus loin sur quoi nous fondons cette idée, et de plus une femme hypnotisée par lui, qui paraît très occupée de le justifier des attaques dirigées contre lui, et de lui donner un rôle qui le place à la hauteur de Pierre, son rival. (L’Eglise a mis Simon le Magicien parmi les hérétiques, mais elle s’appuie sur saint Paul.)

Quoi qu’il en soit, le personnage qui nous reste, même après ces efforts de conciliation et de réhabilitation, n’est pas beau.

Paul de Tarse, ancien tisserand, était un ambitieux que nous voyons s’agiter dans différentes sectes. Sous le nom de Simon le Magicien, il apparaît comme un spirite vivant en compagnie d’une Hélène qu’il disait être la même que celle de Ménélas revenue sur terre pour expier avec lui ses adultères avec le beau Pâris.

Nous le voyons ensuite s’appeler Saul, peut-être pour imiter Saul.

Sous ce nom, il est pharisien et combat avec violence les premières sectes chrétiennes, il entre de force dans les maisons pour en arracher les hommes et les femmes et les traîner en prison, il court de ville en ville pour les faire fouetter et emprisonner, il prend une part active à la lapidation d’Etienne.

Puis le voilà qui, lui-même, se convertit après une apparition surnaturelle et devient Christien, mais cela va être pour bouleverser cette secte par les idées nouvelles qu’il va y introduire.

Il est thaumaturge, et les miracles qu’on attribuera plus tard à Jésus c’est lui, d’abord, qui prétend les faire.

Il assure que ses mouchoirs appliqués sur les malades les guérissent ; il chasse les démons du corps des « possédés ». Il se vante d’être resté au fond de la mer un jour et une nuit et d’avoir été transporté au troisième Ciel, dans le Paradis où il entendit des choses ineffables « qu’il n’est pas permis à un homme de répéter ».

C’est donc un déséquilibré ignorant la nature et l’histoire. Cependant, il veut se donner les allures d’un savant et, pour cela, prétend avoir comme disciple le fameux Gamaliel, souvent cité dans le Talmud, et qui eut une grande autorité (Actes, XXII, 3).

La science de Paul est si peu réelle que, tout en se disant élevé à Jérusalem à l’école d’un savant hébreu, il ne sait pas lire le Sépher en hébreu et ne le connaît que par la version grecque. On a remarqué qu’il ne corrige même pas les inexactitudes des 3 traducteurs, donc il ne les aperçoit pas.
Paul était un névropathe, épuisé par toutes les débauches, atteint, croit-on, d’épilepsie du reste, il passait pour un « courtier de prostitution » et vivait parmi les prostituées.

« Jésus voulut que saint Paul voyageât parmi des filles perdues et qu’elles fussent ses protectrices et ses hôtesses. »

« Saint Paul fut sans cesse secondé par des femmes, dit M. Havet, tantôt Thécla, tantôt Lyda, tantôt Chloé la pâle et tantôt Phoebé la brillante ; à peine nommées dans les écrits qui nous restent, on les sent cependant, ouvrières infatigables, exécutant docilement, avec la docilité de l’amour, les volontés du maître, et plus d’une tient le calame pendant que l’inspiration débordait des lèvres de Paul. »

« Son nom, dit E. Renan, était la terreur des fidèles, on craignait de sa part les violences les plus atroces, les perfidies les plus sanglantes.
« Ce furieux, muni d’une permission des prêtres, entrait dans les maisons soupçonnées de renfermer des Chrétiens, s’emparait violemment des hommes et des femmes et les traînait en prison ou au tribunal. »

Ce ne fut que lorsqu’on fabriqua le Nouveau Testament que des compilateurs ornèrent, amplifièrent l’incident du chemin de Damas.

Oui, c’est à Paul que le Christianisme doit cette théologie néfaste qui a empêché la pensée chrétienne de Johana de gouverner le monde. C’est le quia absurdum auquel nous devons tant de folies, tant de crimes…

« Il écrasait toujours ses disciples, dit Renan, ils ne jouèrent auprès de lui que le rôle de secrétaires, de courriers, leur respect pour le maître était tel qu’ils n’osèrent jamais enseigner librement. Quand Paul était avec sa troupe, il existait seul, tous les autres étaient anéantis ou ne voyaient que par lui. »

LES LIVRES DES CHRÉTIENS SELON L’ÉGLISE

Nous ne connaissons l’histoire de Jésus que par les écrits qui forment le « Nouveau Testament ». Avant de savoir ce que ce livre en dit, demandons-nous d’abord qui a écrit ce recueil, à quelle époque, et quelle valeur il a.

Les Écritures Saintes des Chrétiens sont désignées sous le nom de « Nouveau Testament » (ou Nouvelle Alliance), du mot diathékè qui veut dire Testament ou Alliance ; de là ces deux significations si différentes.

Le « Nouveau Testament » contient 27 livres, qui sont divisés en deux groupes : « l’Évangile » et « l’Apôtre ».

L’Évangile est composé des livres dits selon Matthieu, Marc, Luc et Jean.

L’Apôtre (c’est-à-dire Paul) comprend 23 écrits, qui sont : Les Actes des Apôtres et des Épîtres.

Quatorze Épîtres sont attribuées à Paul. Ce sont I et II aux Romains, I et II aux Corinthiens, celle aux Galates, celle aux Éphésiens, celle aux Philippiens, celle aux Colossiens, I et II aux Thessaloniciens, I et II à Timothée, celle à Tite, celle à Philémon celle aux Hébreux. (C’est à tort, du reste qu’on les attribue à paul ; celle aux Hébreux n’est certainement pas de lui.)

Viennent après les « Épîtres catholiques », c’est-à-dire universelles, adressées à tous les membres de l’Église, qui sont : celle de Jacques apôtre ; deux épîtres de Pierre apôtre ; trois épîtres de Jean apôtre ; une de saint Jude apôtre.

Enfin, cela se termine par l’Apocalypse. Tous ces livres sont rédigés en grec.

LES AUTEURS DU NOUVEAU TESTAMENT

Quoique personne ne sache rien au sujet des écrivains qui ont redigé les écrits apostoliques, l’Église a donné à ces écrits des auteurs qu’on aurait copiés ou dont on se serait inspiré ; elle a même fixé les dates de leur rédaction.

Il nous est donc permis de croire que les premiers auteurs des Evangiles étaient les disciples de Johana, et qu’ils écrivaient dans l’esprit du premier Christianisme, mais que les reviseurs anonymes qui, plus tard, reprirent leurs écrits et les altérèrent, tout en disant qu’ils sont faits selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, n’ont eu pour but que d’y introduire la doctrine de Paul et la légende de Jésus.

Voici, d’après ces données intéressées, les dates que l’Église avait admises (dates que les savants ont trouvées fausses) :

1er Evangile, selon Matthieu, qui aurait été écrit en 36 (d’autres disent en 42) ; il aurait été composé en hébreu ou en syriaque et traduit en grec.

2ème Evangile, selon Marc, qui aurait été écrit à Rome vers 44 ou 45 (sous les yeux et les instructions de Pierre, dit Bergier, mais il est prouvé que Pierre n’a jamais été à Rome).

3ème Evangile, selon Luc, né à Antioche, qui aurait été écrit vers l’an 53 ou 55.

4ème Evangile, selon Jean. L’Eglise pense que Jean composa son Evangile après son retour de l’île de Pathmos, vers 96 ou 98, la première année de Trajan, étant alors âgé d’environ 95 ans. C’est l’abbé Bergier qui donne ces renseignements dans son Dictionnaire de Théologie (3, 166-167).

La tradition fait de Matthieu et de Jean des apôtres de Jésus, tandis que Marc et Luc n’auraient été que des compagnons d’apôtres, puisqu’ils vivaient, Marc à Rome, Luc à Antioche et que ni l’un ni l’autre n’auraient été en Judée.

La tradition chrétienne nous dit aussi que Luc est l’auteur des Actes des Apôtres et qu’il les a rédigés à Rome en 63 (Bergier : Dict. de Théol., I, p. 36) ; que Paul a écrit ses 14 Épîtres à Éphèse à Corinthe, à Rome, entre 55 et 56 ; que Jacques a écrit son Épître en 59 ; que Pierre, Jean et Jude, ont écrit les leurs dans un temps qu’on ne détermine pas ; enfin que l’Apocalypse a eu pour auteur Jean, qui l’écrivit en 95 ou 98, dans l’île de Pathmos où il avait été relégué (Bergier, Dict. de Théol., I, p. 167).

D’après l’Église, Matthieu est le plus ancien (an 36), Marc le second (an 44), Luc le troisième (an 53), Paul le quatrième (de 50 à 60), Jean le dernier (an 96).

Tous auraient écrit pendant le premier siècle.

C’est à Irénée que remonte cette tradition. C’est lui qui, vers 180, écrivit : « Il ne saurait y avoir plus de quatre Évangiles, comme il ne peut y en avoir moins, car, comme il y a quatre régions du monde où nous vivons et quatre vents principaux, et comme l’Église est répandue sur la terre entière et que le pilier et le soutien de l’Église, c’est l’Évangile et l’esprit de vie, il s’ensuit qu’elle a quatre piliers, qui, de tous côtés, respirent l’immortalité et animent les hommes » (Contre les Hérésies, L. III, section II, ch. VIII).

Ce paragraphe prouve qu’il y avait une multitude de gens, auteurs d’une multitude d’écrits qui se prétendaient inspirés et voulaient faire accepter leur évangile.

Les savants modernes ont trouvé que la chronologie des Écritures du Nouveau Testament, telle que nous venons de la rappeler, est fausse. C’est Frédéric Bauer, chef de l’Ecole de Tubingue, qui a renversé les préjugés admis jusque là sur les origines des écrits apostoliques, dans un ouvrage intitulé Paulus der Apostol Jesu Christi, dont la première édition a paru à Stuttgart en 1845. Bauer a fixé une nouvelle chronologie. D’après lui, pour comprendre l’évolution du mouvement chrétien pendant les deux premiers siècles, il faut commencer par les Épîtres de Paul et, de là, passer aux Évangiles qui sont postérieurs. En effet, en lisant ainsi les Livres, nous trouvons que Paul expose avec certaines hésitations, certaines réticences, cette idée : que le Christ est ressuscité ou va ressusciter, et que c’est Jésus qui est le Christ. Voilà le fond de sa doctrine.

Ceux qui viennent après n’hésitent plus, ils affirment. Donc, l’idée a marché, elle s’est imposée aux esprits crédules. Enfin, Paul n’a fait qu’une indication vague, il n’a parlé que d’un esprit depuis longtemps disparu ; ses successeurs font de cet esprit un homme qui a vécu sur la terre, et, bien plus, ils lui créent une biographie.

Dès lors, comment comprendre cette histoire si on commence par les Evangélistes qui affirment et finit par Paul qui tâtonne ? C’est parce que la légende a été faite sur une idée sans précision et qui n’avait aucune réalité historique que ceux qui l’ont racontée d’abord ne se sont pas trouvés d’accord entre eux.

Depuis les écrits de Paul jusqu’au temps de Constantin, il n’existe pas de documents ou de témoignages authentiques (1), et il est facile de voir que c’est pendant ce temps qu’on a imaginé la légende de Jésus et travaillé à imposer la croyance à un Dieu nouveau, qui va représenter la paternité, la question brûlante de cette époque. On invente le Dieu père, en même temps qu’on invente le Dieu fils.

S’il est difficile de suivre l’évolution de l’idée pendant ces trois siècles, il est facile de voir sur quoi portaient surtout les altérations que l’on faisait aux Écritures de siècle en siècle. En comparant les plus anciens Codex que nous avons, nous voyons qu’on y introduit le mot « Dieu » par des grattages. Les livres sont donc écrits avant que le Dieu des Paulinistes fût affirmé et accepté. On ignore quand et par qui les premières traditions touchant la vie de Jésus furent mises par écrit. L’auteur de l’Evangile selon Marc, le premier qui fait une histoire, raconte, n’invente pas ; cela a donc été dit avant lui.

Nous ne possédons pas les Evangiles sous leur forme primitive, nous ne possédons que des copies faites quand l’idée jésuiste était déjà très répandue.

(1) Leblois dit (Les Bibles, livre IV, p. 18) : « Comme, depuis les écrits de Paul jusqu’aux temps de Constantin, il ne s’est pas conservé un seul livre original, et que nos plus anciens manuscrits ne sont que les copies des dernières éditions de ces livres, il est difficile aujourd’hui de constater, par la comparaison des textes, à quel degré les altérations ont eu lieu. Il nous manque toute possibilité de reconstruire par élimination les éditions primitives. »

DOMINATION

C’est dans le IVème siècle que l’homme fut proclamé « Dieu » et la Femme définitivement renversée de son autel.

C’est pour cela que ce siècle est véritablement le premier des temps modernes, le premier du règne du Dieu anthropomorphique, et non parce qu’il vit la fin de l’Empire romain.

C’est ce siècle qui voit l’antique Théogonie vaincue, la nature condamnée et le surnaturel triomphant grâce aux intrigues de quelques hommes audacieux et rusés.

Le nouveau Christianisme, devenu le Catholicisme, fut la grande synthèse de la réaction de l’homme contre la Femme ; une révolte triomphante, mais non acceptée, car, à peine née, les hérésies surgissent.

Le quatrième siècle débute par la dernière persécution sanglante des empereurs romains, celle de Dioclétien contre les Chrétiens, et se termine par la première persécution sanglante ordonnée par les Catholiques contre les anciens Chrétiens, appelés dès lors « des hérétiques ».

LES HÉRÉSIES

Le Jésuisme ne s’est établi que parmi des convulsions et des crises innombrables, au milieu d’une multitude d’hérésies qui refusaient d’admettre l’absurdité du dogme de la divinité d’un homme. C’est avec raison qu’on a dit : « L’Eglise peut compter chaque article de son symbole par les révoltes de ses apostats. »

Les apostats, en effet, ce sont ceux dont l’intelligence est assez éclairée pour apercevoir l’absurdité du Jésuisme. Aussi, dès que l’Eglise se constitua, l’hérésie surgit naturellement dans l’esprit même de ceux qui se croyaient ses prêtres.

DESTRUCTION DES LIVRES CHRÉTIENS

En 303, l’empereur Dioclétien ordonna la destruction des livres des Chrétiens. Eusèbe raconte ainsi le fait :

« La dix-neuvième année du règne de Dioclétien, au mois de Dystros, que les Romains appellent Mars, on afficha partout les édits de l’empereur, par lesquels il était ordonné d’abattre les églises de fond en comble et de détruire les livres saints par le feu. »

Dioclétien fit brûler les livres d’alchimie, parce que l’invention des sciences était attribuée par Zozime et par Tertullien « aux anges maudits », c’est-à-dire aux anciennes Déesses.

C’est ainsi que tous les originaux apostoliques disparurent. Cependant, tous ne périrent pas, car, vingt ans après, Constantin chargea Eusèbe de copier 50 exemplaires de l’Ecriture Sainte sur bon parchemin, et il mit à sa disposition deux voitures publiques pour se les faire apporter.

Ces copies n’ont pas été conservées (Socrate, Histoire de l’Eglise, I, 9 ; traduction Cousin, p. 63 ; voir aussi Histoire Ecclésiastique, L. VIII, 2).

Constantin favorisa donc la restauration des livres, mais de quels livres ?

Arnobe, témoin de la même persécution, en parle dans sa « Controverse contre les païens » (IV, 36).

Fleury, dans son Histoire Ecclésiastique (L. VIII, 40), cite un exemple de la recherche des livres dans l’Eglise de Cirtha en Afrique.

On croit que beaucoup d’écrits échappèrent à la destruction, mais nous ne savons pas lesquels, et nous ne savons pas s’ils ont été conservés depuis.

Tous les manuscrits reconnus par l’Eglise sont postérieurs à la persécution de Dioclétien. Ce ne sont pas des originaux, ce sont des copies arrangées suivant les intérêts des Prêtres triomphants.

On n’a pas retrouvé un seul manuscrit antérieur au IVème siècle des 27 ouvrages qui constituent actuellement le Nouveau Testament.
Constantin, qui devint chef de l’Empire vingt ans après Dioclétien, favorisa la falsification des Ecritures et leur reconstitution sous une forme masculinisée.

EUSÈBE (268-338)

Eusèbe, qui fut évêque de Cesarée en Palestine, était l’auteur d’une chronique des peuples anciens et d’une histoire ecclésiastique. C’est lui qui supprima la Femme de l’histoire ancienne, et qui contribua le plus puissamment à masculiniser Christianisme. Son oeuvre fut une manifestation démoniaque ; aussi Gallien l’appelait « le misérable Eusèbe ». Il était Juif et faisait une guerre acharnée aux Israélites.

Burnouf dit : « Quand l’Eglise nouvelle voulut fixer ses principes essentiels dans une profession de foi, ce fut l’oeuvre d’Eusèbe et du concile de Nicée, sous l’impulsion et presque sur l’ordre de Constantin. »

L’ÉDIT DE TOLÉRANCE DE CONSTANTIN

En 312, Constantin promulga un édit de tolérance, qui rendait aux néo-chrétiens la liberté de leur propagande. C’est de cette année que date réellement l’avènement du nouveau Christianisme.

Cet édit, qui s’étendait à tous, parut ouvrir au Judaïsme une ère de prospérité, mais cette espérance fut vaine ; ce sont les Néo-chrétiens seuls que l’empereur voulait protéger, et, après sa conversion, il rendit de nouveaux édits hostiles aux Juifs. Ce fut la fin des écoles juives de la Palestine.

Constantin permit, par l’édit de Milan, en 313, l’exercice du nouveau Christianisme.

Les Catholiques appellent cela la « liberté des cultes », quand c’est, au contraire, le commencement de l’intolérance et la fin de la liberté religieuse qui régnait à Rome.

Une célèbre entrevue eut lieu, en février 313, entre Constantin et Licinius à Milan pour poser les bases de cet édit.

LA FRAUDE PIEUSE

C’est à partir de ce moment que l’on confectionna des écrit destinés à faire croire à l’existence de Jésus. Cela s’appela « la théorie de la fraude pieuse ».

En ce temps-là, le faux était en honneur, et c’est par des faux que le Jésuisme triompha.

Parmi ces documents, on trouve :

– Une lettre d’Abgar, roi d’Edesse, à Jésus, pour l’inviter à passer quelque temps dans sa maison de campagne.

  • – Une lettre de Pilate à Tibère, rapportant la mort et la résurrection de Jésus.
    (Cette lettre est regardée comme authentique par Tertullien et les premiers apologistes. Or, si l’événement était vrai, ce n’est pas par une lettre que Tibère l’aurait su, mais par des documents officiels.)
  • – Une lettre de Tibère au Sénat pour l’engager à reconnaître la divinité de Jésus.
    (Est-ce assez grotesque comme idée ?)
    – Une lettre de Lentulus, où se trouve le portrait de Jésus.
  • – La dotation de Constantin.
  • – Les fausses Décrétales.

L’habitude étant prise, on continua la falsification des documents et on nous donna plus tard :

  • – Une lettre de saint Pierre à Pépin le Bref, datée du Ciel.
  • – La fausse donation de Pépin à Etienne II.
  • – Celle de Charlemagne à Léon III.
  • – La charte de Louis le Débonnaire et celle d’Othon Ier.
  • – Le testament de Henri VI, trouvé juste à point par Innocent III dans les bagages d’un des généraux de l’Empire.
  • – Le portrait Acheiropite (fait par Dieu) de Jésus par sainte Véronique, composé vers 1175 par le prêtre Wernher dans un poème allemand, qui raconte comment la face de Jésus fut empreinte sur le linge que lui présenta sainte Véronique.

Les Jésuistes, dans les premiers temps, n’avaient pas pensé à fabriquer les actes de Pilate, non plus que les lettres à Tibère ; ils ne s’étaient pas encore avisés de faire lier un commerce de lettres entre saint Paul et Sénèque ; ils n’avaient pas encore supposé les prophéties des Sibylles ; ils s’étaient contentés d’affirmer, sans aucun genre de preuves, que Jésus est le Christ, qu’il est fils de Dieu, qu’il est notre Sauveur, notre Messie, notre Roi, que nous savons qu’il est mort et ressuscité.

Et ils ajoutaient : « Heureux ceux qui ont vu, plus heureux encore ceux qui croient en lui sans l’avoir vu. 0 Rome, renonce à ton incrédulité ! Superbe Babylone, fais pénitence de tes désordres, le temps est court, ta chute est prochaine, ton empire touche à sa fin… Que dis-je ? l’Univers va changer de forme ! »

C’est ce qui allait arriver, hélas ! pour le plus grand malheur l’humanité.

LE CONCILE DE NICÉE (en 325)

Par sa constitution de l’an 312, Constantin avait introduit ans les lois l’esprit jésuique ; par le concile œcuménique qui fut réuni sous ses auspices le 19 juin 325 à Nicée, il donna à Eglise son organisation et l’associa au pouvoir politique. Ces événements firent du IVème siècle une époque de la plus haute importance pour l’avenir de la société. C’est après le triomphe politique du Jésuisme que l’importance des évêques de Rome devint évidente. Le pape Silvestre 1er convoqua lui-même le fameux concile de Nicée et le fit présider par son légat Oscius. Constantin y assista, revêtu de la pourpre et tout couvert d’or et de pierreries. Ce concile fut réuni dans le but de juger et de condamner Arius et l’Arianisme.

Arius niait la divinité de Jésus, et sa consubstantialité avec son Père. Il soutenait que Jésus était fils de Dieu seulement par adoption et que le Père était seul véritablement Dieu.

Pour comprendre ceci, il faut savoir que, à cette époque, les féministes ne cessaient d’invoquer les deux natures, féminine et masculine, pour montrer que le Divin ne peut être que féminin. Les masculinistes, pour faire admettre qu’un homme est Dieu, le déclarent de la même nature que Dieu le Père qui est au Ciel.

Consubstantiel veut dire de la même nature masculine.

Arius niant que Jésus fût de nature divine, ne voyait en lui qu’un homme doué de la nature masculine, comme tous les hommes.

Les évêques assemblés à Nicée décidèrent que Jésus, fils de Dieu, est vrai Dieu engendré et non fait, « consubstantiel au Père ».

Cette formule : « Fils unique de Dieu, engendré du Père, Dieu de Dieu, etc. », était prise aux théologiens chrétiens d’Égypte, qui eux-mêmes l’avaient prise dans la mythologie égyptienne qu’ils avaient mal comprise et interprétée dans le sens masculin.

Ce dogme fut considéré comme le fondement même du Jésuisme catholique.

Jusque là, la divinité n’avait pas encore été publiquement et officiellement adjugée à un homme.

On employait couramment le mot Dieu pour désigner ceux qui semblaient plus grands que les autres, mais cette forme de langage était loin d’être un dogme et laissait encore à la Femme une grande place dans la suprématie morale. Quand un homme dépassait les autres, on le comparait à un Dieu, l’élevant ainsi inconsciemment jusqu’à la hauteur morale de la Déesse.

C’est ainsi que, pendant qu’Hérode haranguait la foule à Césarée, pour vanter son éloquence on disait : « Voix d’un Dieu et non d’un homme. » Lorsque Paul et Barnabas arrivèrent à Lystre, le peuple dit : « Les Dieux ayant pris forme humaine, sont descendus vers nous. »

Mais il ne faut pas oublier que « forme humaine » veut dire masculine.

La Divinité, étant restée féminine dans l’esprit des masses n’est jamais confondue avec ce qui est « humain » (masculin).

Les empereurs romains déjà s’étaient fait diviniser ; on disait divus Julius, divus Augustus, etc. C’est ainsi que les hommes s’étaient peu à peu habitués à l’usurpation du titre divin. Ils avaient pris en même temps les fonctions sacerdotales, et Constantin, déclaré Pontifex maximus, se faisait rendre les honneurs dus aux anciennes Déesses et à leurs Prêtresses.

Il n’est pas étonnant que, faisant un pas de plus dans la voie de l’orgueil, il cherchât à légitimer son rang sacerdotal par une usurpation supérieure encore à la sienne : l’usurpation divine. Il fallait un tel homme pour oser prendre l’initiative d’une décision qu devait amener la déchéance de la Femme, frustrée de ses droits divins et des honneurs dus à son sexe. Cette résolution effraya les autres hommes, inquiéta leur conscience.

Toute la Chrétienté d’alors comptait 1500 évêques. On choisit parmi eux les plus connus pour leur dévouement à la cause du Dieu mâle, c’est-à-dire pour leurs sentiments misogynes. On en convoqua 255, bien choisis, et, cependant, il y eut des refus, des consciences encore vibrantes qui ne voulurent pas être mêlées à ce sacrilège. A force d’insistance, on décida les irrésolus, mais 17 refusèrent de souscrire au symbole qui leur fut présenté

(1). Un historien catholique rapporte que, finalement, cinq seulement refusèrent leur adhésion ; ce furent : Eusèbe de Nicomédie, Théognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, Théonas et Second de Lybie. Des cinq, trois cédèrent à la crainte d’être déposés et bannis, car l’empereur avait menacé d’exil ceux qui ne voudraient pas souscrire.

Théonas et Second demeurèrent opiniâtrement attachés à Arius, et le Concile les condamna avec lui. Eusèbe lutta, essaya d’adoucir l’empereur, mais sa sœur Constantia le décida à se rallier aux ennemis de son sexe, et il céda non sans faire des amendements.

L’évêque de Rome n’y assista pas, vu son grand âge ; donc Rome ne fut pas représentée à ce Concile, qui cependant lui donna la puissance suprême.

Les décisions du concile de Nicée amenèrent la division de l’Eglise, dite universelle. Ceux qui adoptèrent la divinité de Jésus prirent le nom d’Eglise orthodoxe ; les autres, les Ariens, ne furent plus qu’un troupeau d’hérétiques.

Tout le monde, à partir de ce moment, perdit le bon sens ; ce n’étaient pas seulement les Pères de l’Eglise qui discutaient ces choses, c’était toute la population. Dans les maisons, dans les rues, dans les marchés, dans les boutiques, chacun, reprenant les arguments des évêques, parlait de ce qui est engendré et de ce qui ne l’est pas, du Fils créé du non-être, du Père qui est plus grand que lui, etc., etc.

Et les pauvres femmes assistaient à ce déchaînement de folie sans penser que c’étaient elles qui allaient en être les véritables victimes.

Constantin, à cette occasion, écrivit la lettre suivante à Arius et à Alexandre, patriarche trinitaire d’Alexandrie :

« Toi, Arius, tu ne devais pas soulever cette vaine question. Toi, Alexandre, tu ne devais point y répondre. De telles controverses sont inutiles et dangereuses ; elles ne sont bonnes qu’à occuper les esprits oisifs ; mais il ne faut pas les porter aux oreilles du public, qui ne pourra rien y comprendre. Vous ne vous disputez que pour des niaiseries. Réprimez donc votre démangeaison de parler, de peur que le peuple ne tombe dans le blasphème… J’avais résolu d’aller en Orient, mais vos querelles m’en ont fermé le chemin. Je ne veux pas voir ce que je ne croyais pas même entendre » (Eusèbe, Vita Const.).

L’alliance masculine du trône et de l’autel date du concile de Nicée. Jusque là, l’autel était encore, en partie, laissé à la Femme. L’affirmation d’un Dieu unique ayant le sexe mâle, deux fois représenté dans un Père et dans un Fils, donnait la suprématie religieuse à l’homme, qui fit de ce Dieu mâle l’universelle Divinité.

La condamnation d’Arius fut le premier acte d’autorité de l’Eglise, le premier pas fait dans la voie fatale qui allait étouffer la raison, faire couler le sang et les larmes et jeter un voile de deuil sur tout le moyen âge. Il fallut des siècles pour que la raison mutilée, meurtrie, osât secouer le joug du despotisme de Rome et rompre enfin ses chaînes.

(1) C’est au concile de Nicée que fut agitée la question du nouveau symbole à formuler. On avait adopté d’abord une formule qui ne subsista pas, et qui fut modifiée plusieurs fois. Au concile de Nicée, on arrêta celle-ci :

« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles. »

Cette affirmation de la foi en un seul Dieu qui est Père, est faite pour supprimer la Déesse-Mère (Démèter, Hévah, Isis). On ne fit, du reste, que renverser les principes de la Loi primitive qui avait prescrit à l’homme de n’adorer qu’un seul principe Divin : Hévah (l’Éternel).

Cette formule renversée fut la vengeance de l’homme. En faisant du Dieu-Père le créateur de toutes les choses visibles et invisibles, on retournait au profit de l’homme l’affirmation, si souvent faite par les femmes, que toutes les choses utiles à la vie, que toute l’organisation sociale étaient dues au sexe féminin, que c’était la Femme aussi, sous la forme des Fées, des Génies, des Esprits, des Dêvas, qui avait fait les choses invisibles, c’est-à-dire les sciences abstraites.

C’est au concile de Nicée que les quatre Évangiles dit canoniques furent adoptés. Tous ceux qui avaient écrit des Évangiles s’étaient mis sur les rangs pour obtenir le prix de ce singulier concours qui allait déclarer parole divine la prose d’un auteur quelconque.

On en présenta 54. Au milieu du désordre qui régnait à ce concile, personne ne prit la peine de les examiner sérieusement, et les quatre Évangiles devenus canoniques furent choisis presque au hasard.

Irénée déclarait qu’on ne voulait que quatre Évangiles parce qu’il y avait quatre Védas, donc quatre Vérités.

Chaque Eglise avait son Évangile, c’est-à-dire un récit plus ou moins décousu de la légende de Jésus. Une cinquantaine de ces Évangiles sont connus par fragments. C’est parmi eux qu’on en prit quatre.

Du reste, on racontait que, au Concile, on avait placé sur l’autel tous les Évangiles, les vrais et les faux, puis on avait invoqué le Saint-Esprit qui avait fait tomber à terre les apocryphes, les canoniques étant restés à leur place.

Une autre version prétend que, tous les textes des Évangiles connus ayant été placés sur l’autel, et le Saint-Esprit étant dûment invoqué, le feu du ciel consuma ceux qui devaient être considérés comme apocryphes, ne laissant subsister que les quatre qui ont été adoptés comme écrits sous l’inspiration divine.

Ainsi furent écartés, avec beaucoup d’autres, l’Évangile de la Vierge et celui de la Sainte Enfance dont il est resté des fragments dans les écrits des Pères. Voltaire cite certains de ces fragments dans son Dictionnaire Philosophique.

Les apocryphes sont les plus intéressants à connaître, d’abord parce qu’ils inspiraient de la crainte à l’Eglise ; ils contenaient donc des choses que l’on voulait écarter et qui nous renseignent sur l’état réel des croyances à cette époque.

Les livres adoptés, c’est-à-dire reconnus parole de Dieu par l’autorité de l’Eglise, furent appelés deutéro-canoniques, parce qu’ils n’étaient point dans le canon des Juifs.

Ces livres devaient avoir bien peu de crédit alors, car saint Augustin disait « qu’il ne croirait pas à l’Evangile si l’autorité de l’Eglise ne l’y forçait ».

Ce sont les 70 évêques réunis au concile de Rome de 494 qui fixèrent le canon des livres saints et déclarèrent authentiques (après tous ces remaniements) les quatre Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, des livres dits inspirés, c’est-à-dire éjaculés par le Saint-Esprit. Étrange audace de ces hommes qui se croient infaillibles et qui, en même temps, proclament par la voix de l’Ecriture que tout homme est menteur : Omnis homo mendax.

Et on lit dans les Paralipomènes, livre non moins saint : « Il n’est pas un seul homme qui ne soit sujet à pécher. »

C’est ainsi que les hommes substituèrent à l’ancienne doctrine cette littérature aride et désolante qui devait fausser les esprits et abaisser les cœurs.

CONSTANTIN

Constantin, dans la lutte qu’il soutenait contre Maxence, s’appuya sur les Jésuistes, déjà assez nombreux pour être une force.

Ce misérable empereur, que l’Eglise a béatifié, était une nature grossière, ennemie de toute idée élevée, et ne cherchant qu’à affermir sa domination.
Il fut un exécrable assassin qui fit périr tous, les siens : son beau-père Maximin à Marseille, son beau-frère Licinius à Thessalonique, son fils Crispus qu’il fit égorger, sa femme Fausta étouffée.

Il tua tous les siens dans sa fureur sanguinaire. Zozime rapporte que, ne pouvant obtenir des prêtres païens le pardon de ses forfaits, il se vengea d’eux en les persécutant et en protégeant les Jésuistes. C’est donc à un acte de vengeance d’un criminel que le Jésuisme dut son succès. Un tel empereur devait, en effet, s’allier aux anciens Paulinistes et les soutenir, car leur morale était la même. Il embrassa ouvertement leur religion et promulgua des décrets contre son ancienne croyance. En 341, il prononça la peine de mort et la confiscation des biens contre ceux qui pratiquaient les cérémonies du paganisme. Dans la constitution qu’il édicta alors, il disait :

« Que la superstition cesse ; que la folie du culte païen soit abolie. Quiconque aura osé contrevenir à cet ordre et célébrer des sacrifices sera puni des peines portées par la loi. Nous voulons que tous renoncent au culte païen ; si quelqu’un désobéit, qu’il soit terrassé par le glaive vengeur. Peine de mort contre quiconque visite les temples, allume des feux sur un autel, brûle de l’encens, fait des libations, orne de fleurs le gond des portes. Ceux qui reviennent à l’ancienne religion, frappés de mort civile ; leurs biens dévolus sans testament à leurs plus proches parents. Ordre de fermer, détruire, raser les temples, car, en extirpant les édifices, on extirpe la matière même de la superstition. Destruction des écoles païennes, les bâtiments rasés. »

Constantin, devenu par ses crimes un objet d’horreur pour les « gens sensés », fut obligé de transférer le siège de l’Empire à Byzance.

Tel est le monstre que les livres catholiques ont entouré d’une légende miraculeuse et qu’on apprend à nos enfants à vénérer.

Pour lui donner plus de prestige, on entoura sa conversion de faits merveilleux, surnaturels ; on mettait le miracle partout ; on raconta qu’allant combattre Maxence, Constantin vit dans le ciel une croix et entendit une voix qui lui disait : « Par ce signe tu seras vainqueur. » Les inventeurs de cette légende n’ont oublié, ou ignoré, qu’une chose, c’est que la croix n’est devenue le signe du Christianisme qu’au VIème siècle ; jusque là, la religion nouvelle avait pour insigne trois phallus enlacés.

Camille de Renesse écrit ceci dans une brochure de propagande intitulée Jésus-Christ (p. 33) :

« Constantin le Grand, cruel, perfide, despote, sanguinaire, qui se souilla par d’affreuses et inutiles cruautés dans ses expéditions contre les Francs et les Goths, qui fit dévorer ses prisonniers par des bêtes fauves, qui fit étrangler son beau-frère Licinius, qui fit assassiner son propre fils Crispus et sa femme Fausta, fut l’homme choisi par Jésus-Christ, selon les théologiens, pour proclamer sa divinité à la face du monde chrétien, encore dans le doute et l’incertitude.

« Constantin avait besoin d’une religion d’Etat pour affermir son autorité, il lui fallait une nouvelle idolâtrie à substituer aux cultes grotesques qui s’écroulaient de toutes parts.

« Sur deux mille évêques assemblés à Nicée, il en trouva trois cents qui souscrivirent à ses volontés. Il força les autres à déguerpir, et avec cette faible minorité il décréta que Jésus était l’égal de Dieu, était Dieu lui-même !

« La démonstration de la divinité de Jésus-Christ, qui devrait être éclatante, évidente, claire, indiscutable, irréfutable, ne reposa au concile de Nicée que sur l’interprétation d’un mot grec, sur un iota : le Christ était-il homoiousios ou homoousios ?

« On essaya bien d’un miracle supposé, fait par Dieu en faveur d’un tyran non chrétien, non baptisé, cruel, assassin, qu’on fit grand parce qu’on ne put le faire saint, mais la croix qu’on prétendit s’être montrée en plein ciel pour protéger ses armées, qu’on broda sur le Labarum (1) avec la devise : « In hoc signo vinces », ne fut aperçue malheureusement que par un seul historien visionnaire et lunatique. L’Eglise orthodoxe, qui inventa ce miracle et le propagea, n’en ose soutenir elle-même l’authenticité. La croix de Constantin est donc tombée, avec beaucoup d’autres apparitions de ce genre, telles que le « Quo vadis » de saint Pierre, au nombre des légendes. »

(1) Le prétendu miracle de la croix vue dans le ciel par Constantin nous ramène à l’histoire de cet emblème, qu’il est utile d’étudier ici.

La forme de la croix, prise comme symbole par les premiers Chrétiens, a varié. Ils ont eu la croix grecque +, le chi X ou le tau T.

On s’est demandé laquelle de ces croix avait été mise par Constantin sur son étendard, et l’on a trouvé que ce n’était pas une croix ; mais les deux lettres qui commencent le nom du Christ et dont on faisait alors un monogramme Ch X et Ro P (le ro grec ρ).

Le Chi-Ro, adopté par Constantin, était déjà ancien alors (Le monogramme chi-ro vient des anciens Celtes). Ce n’est donc pas une croix, mais deux lettres que Constantin mit sur son labarum (Étendard romain couleur pourpre, vient de laub, mot breton qui signifie construire, relever), sur ses bannières et sur celles de ses soldats.

Niebuhr, dans son Histoire romaine (t. III, p. 303), consacre à Constantin les lignes suivantes :

« Ses motifs pour établir la religion chrétienne sont quelque peu étranges en vérité. La religion qu’il avait en tête n’était qu’un mélange confus. Sur ses médailles était représenté le Soleil invincible. Il adorait les divinités païennes, consultait les augures, conservait les superstitions païennes. Il est vrai qu’il ferma des temples et construisit des églises.

« Comme président du concile de Nicée, nous ne pouvons le voir sans dégoût. Il n’était pas du tout chrétien lui-même, et il ne voulut recevoir le baptême qu’au moment de mourir. Il traite la foi chrétienne comme une superstition qu’il voulut mélanger avec toutes ses autres superstitions. Lui donner le titre de saint, c’est profaner ce mot. »

Lichtenberger dit de lui :

« En ce qui concerne le paganisme, Constantin prit soin de n’en point troubler les derniers jours. Il est certain qu’il n’interdit jamais le culte des idoles. Il éleva le temple païen de la Concorde, et permit aux devins de consulter les entrailles des victimes. Ajoutons qu’il souilla sa vie privée par un grand nombre de crimes. Il étrangla Licinius après lui avoir pardonné. Le jeune fils de son rival, âgé de douze ans, reçut la mort par son ordre. Il décapita son propre fils Crispus, et fit étouffer sa femme Fausta dans une étuve.

« Quant au miracle de l’année 312 (la croix), il est en contradiction formelle avec ce qui précède. Le penchant de Constantin pour le Christianisme ne s’explique que par ses intérêts politiques et apparaît pour la première fois en 313. Au reste, il est temps de le dire, le récit du miracle ne repose sur aucun fondement historique sérieux » (Encycl., vol. II, p. 390).

Pour comprendre la mentalité de Constantin, il suffit de se rappeler ce fait : il condamna à mort le philosophe Sopatrus pour avoir « déchaîné les vents » et avoir ainsi empêché des vaisseaux chargés de blé d’arriver à temps pour mettre fin à la famine. Il découvre que Virgile était chrétien. Les intrigants lui persuadent qu’il est un grand docteur ès-doctrine chrétienne ; on lui demande des discours, des homélies.

L’EMPEREUR JULIEN (331-363)

L’Eglise avait eu grand tort de tant se hâter d’affirmer sa puissance, car il s’en fallut de peu qu’elle ne perdît en un jour ce qu’elle avait gagné en deux siècles.

L’avènement au trône de Julien, qui rétablit le culte païen et tenta de raviver la philosophie mourante à Alexandrie, aurait pu amener une violente réaction, si ce prince n’était mort trop jeune pour accomplir ce qu’il méditait.

Julien appelé l’Apostat disait : « Jésus et Paul n’ont pu prévoir les chimères que formeraient un jour les Galiléens ; ils ne pouvaient deviner le degré de puissance où ceux-ci parviendraient un jour. Tromper quelques servantes, quelques esclaves ignorants, Paul et Jésus n’avaient pas d’autre prétention.

Peut-on citer, sous le règne de Tibère ou de Claude, des Chrétiens distingués par leur naissance ou leur mérite ?…

« Ni Paul, ni Matthieu, ni Luc, ni Marc n’ont osé dire que Jésus fut un Dieu ; mais quand, dans la Grèce et dans l’Italie, un grand nombre de personnes l’eurent reconnu pour tel, qu’elles eurent commencé à honorer les tombeaux de Pierre et de Paul, alors Jean déclara que le Verbe s’était fait chair, et qu’il avait habité parmi nous. »

Cela prouve que Julien croyait à l’existence de Jésus. Cela prouve aussi qu’il confond les Jésuistes avec les premiers Chrétiens, dont il ne semble pas avoir connu l’existence. Il écrit :

« J’apprends qu’Athanase, avec son audace ordinaire, s’est mis en possession de ce qu’on appelle le trône épiscopal !. Lui, un petit homme de rien, il se fait gloire de braver la mort. »

Julien avait accepté le baptême pour échapper aux fureurs de Constantin son oncle, mais il le répudia ; de là son nom d’apostat, surnom glorieux, puisqu’il indique un retour à la raison.

Julien fut un grand homme, au milieu de ce triste siècle ; ses actes, sa vie, ses livres le prouvent ; il avait une âme énergique, passionnée pour le bien, un esprit vaste fécondé par la méditation, un beau caractère auquel ses adversaires même rendent hommage.

Voici le portrait qu’en trace le très catholique Chateaubriand :

« Julien avait des vertus, de l’esprit ; on a rarement écrit et porté une couronne comme lui ; il détestait les jeux, il était sobre, laborieux, intrépide, éclairé, juste, grand administrateur, ennemi de la calomnie et des délateurs. Il aimait l’égalité et la liberté, il dédaignait le titre de Seigneur et de Maître. Il pardonna à un eunuque chargé de l’assassiner !

« Ce n’est point pour se rejeter dans les mollesses du paganisme qu’il rompit avec la foi chrétienne, que son oncle Constantin lui avait imposée ; ce fut au contraire pour revenir à toutes les rigueurs de la vie stoïcienne et pour y renchérir, avec un fanatisme de philosophe, sur les duretés que s’imposaient les anachorètes chrétiens. »

« Non, dit Montesquieu, il n’y a point eu, après lui, de prince plus digne de gouverner les hommes. »

Écoeuré des sauvageries de la secte qui venait, grâce à la tyrannie des empereurs, de faire reculer le paganisme, cette religion poétique et charmante où le ciel sur la terre marchait et respirait dans un peuple de Dieux qui :

Dans l’éther lumineux et dans la mer profonde,
Dans les antres sacrés, dans les champs, dans les bois,
Étaient et l’harmonie et la beauté du monde,
Ses principes vivants, ses immuables lois,
Julien voulait le ressusciter en le rajeunissant.

Mais il échoua, hélas ! car il était mal secondé et ne régna que quelques années, et, lui mort, les sectes chrétiennes purent reprendre le cours de leurs disputes et de leurs persécutions.

Julien avait été nommé César et gouverneur des Gaules par son cousin Constance en 355. Il passa trois hivers à Paris, dans le palais des Thermes où il vivait simplement et sobrement.

Les hivers de Paris, qui auraient dû lui sembler terribles, à lui fils de la Grèce et de la Syrie aux doux et tièdes climats, le trouvaient insensible ; il ne,voulut jamais qu’on mît dans sa chambre un de ces fourneaux en usage dans toutes les maisons du pays. Il toléra, l’hiver devenant de plus en plus rigoureux, un brasero qui faillit l’étouffer.

Il avait rassemblé dans son palais des Thermes des philosophes, des savants, le docte médecin Oribaze.

C’est là que ses soldats et le peuple, de qui il faisait sa première école de révolution, le proclamèrent empereur malgré son énergique résistance et le portèrent en triomphe sur un bouclier, la tête ceinte d’un collier d’or de centurion, en simulacre de diadème.

On le conduisit ainsi revêtu de la pourpre impériale aux Arènes de Lutèce (1) (en 361).

C’est dans son Misopogon (c’est le premier écrit sur Paris) qu’il décrit l’humble capitale si magnifique aujourd’hui, dont il fait sa résidence préférée, où il est déclaré empereur, et qui depuis n’a cessé d’être une ville souveraine, une capitale.

Il était à Sens et avait failli être emporté par les Allemands ; il se retira à Lutèce, mieux à l’abri d’un coup de main. Son récit est curieux :

« Lutèce, dit-il, occupe une île au milieu de la rivière ; rarement celle-ci croit ou diminue, telle elle est en été, telle elle demeure en hiver ; on en boit volontiers l’eau très pure et très riante à la vue ; la température de l’hiver est peu rigoureuse à cause de la chaleur de l’Océan. Le sol porte de bonnes vignes ; les Parisiens ont même l’art d’élever des figuiers en les enveloppant de paille de blé comme d’un vêtement. »

Pendant son séjour à Paris, Julien favorisa le culte de la Grande Déesse Isis, qui avait des temples dans la ville qui devait prendre son nom quand, sous l’impulsion de Julien, on jurait par Isis (d’où Parisis, Paris) au lieu de jurer par le Dieu des masculinistes, Hésus.

C’est lui, croit-on, qui fit placer la statue de la Déesse dans les niches de la Scena des Arènes de Lutèce, récemment retrouvées, où l’on voit encore des fragments de revêtements polychromes.

Le culle d’Isis prit un grand développement à Parisis et dura plusieurs siècles.

C’est sans doute cela qui détermina la désignation que la Rome chrétienne a donnée au Paris païen : Refugium peccatorum, le refuge des déclassés, des forbans, l’asile ouvert aux miséreux, aux chevaliers de la Belle Étoile.

Mais ce grand empereur devait mourir jeune. Il fut amené à entreprendre une expédition contre les Perses. Après avoir donné à son armée les preuves d’un courage héroïque, il fut tué d’un javelot en combattant sans cuirasse.

Il montra devant la mort la sérénité stoïque de Thraséas, consolant ceux qui pleuraient, regardant la mort comme une récompense. Il avait 32 ans.
Les néo-chrétiens saluèrent avec une joie sauvage la mort de celui qui venait de tomber en combattant les ennemis de la patrie. Les saints évêques éclatèrent en hymnes de joie féroce : « Le sanglier, qui ravageait la vigne du Seigneur, est étendu mort. » Grégoire de Nazianze, le doux pasteur, s’écrie dans un accès de lyrisme odieux : « Je convoque à ces réjouissances tous ceux qui invoquent un seul Dieu, celui qui a percé la tête de l’impie. »

Après la mort de Julien, l’Eglise reconquit toute l’influence qu’elle avait perdue pendant son règne, et l’esprit tyrannique des empereurs se perpétua chez les papes, leurs continuateurs, qui de ce moment se constituèrent définitivement (2).

Les Césars chrétiens conservèrent jusqu’à Gratien (375-383) le titre de Pontifex maximus de l’ancienne religion païenne.

Il existe une statue de Julien au Musée de Cluny. Cette statue fut trouvée au 19ème siècle chez un marbrier par M. de Lariboisière ; c’est lui qui la donna au Musée. L’empereur est coiffé de la mitre impériale, drapé dans la chlamyde aux mille plis, tenant en main le bâton de commandement. Il a sa « barbe de bouc » qui faisait rire ses compatriotes d’Antioche.

(1) Jusqu’à récemment, on avait pensé que l’élection de Julien à la dignité d’empereur était due uniquement à des soldats mutinés qui, la coupe à la main, avaient assiégé le palais parisien où se tenait leur commandant et lui avaient imposé le diadème sous peine de mort immédiate. D’après un texte d’Ammien Marcellin, traduit et commenté par M. Luc de Vos, l’acclamation des soldats fut confirmée d’abord par un décret de la république des Parisiens, et ensuite par une assemblée générale des légats de toute la Gaule réunis à Paris. Cette donnée nouvelle modifie la thèse généralement adoptée, d’après laquelle les assemblées provinciales au IVème siècle ne s’étaient pas occupées de politique. Elle jette de plus un lustre inattendu sur le passé du conseil municipal de Paris, qui apparaît désormais comme ayant, par sa sagesse politique et son énergique initiative, assuré à cette cité le rang de capitale, que lui conservèrent Valentinien 1er, Gratien et plus tard Clovis

(2) Symmaque, préfet de Rome en 384, puis consul en 391, fut le dernier avocat du paganisme en Occident. Son petit-fils, beau-père de Boèce, fut mis à mort après l’exécution de son gendre par l’ordre du roi ostrogoth Théodoric (525).

LES SUCCESSEURS DE CONSTANTIN : THÉODOSE LE GRAND

Après Constantin, le grand colosse romain devenu faible et impuissant s’occupait d’arguties ridicules pour soutenir l’erreur contre la Raison. Mais il subit vite le châtiment de ses fautes. Les barbares démembrèrent le grand Empire que le monde catholique ne sut pas défendre.

Le Jésuisme, ce legs de l’Empire romain à l’humanité, amena l’abaissement de la dignité humaine, l’habitude de la lâcheté devenue triomphante, l’amollissement des caractères par suite de la débauche, et tout cela arriva promptement à anéantir l’ancienne civilisation, et à détruire l’Empire.

Alors, sur les ruines de ce peuple fort par excellence, dont la capitale avait compté six millions d’habitants, commença le règne de la férocité stupide, de la superstition grossière et de la terreur.

L’exemple de Constantin pervertit tous ses successeurs, excepté Julien. On sait combien l’entraînement dans le mal est puissant sur les mauvaises natures.

Théodose se distingua particulièrement par sa cruauté et sa perfidie. Il faisait mourir les hommes pour des peccadilles, comme le refus d’un impôt trop lourd. A la suite d’un carnage de ce genre à Antioche, l’Oronte charria pendant plusieurs jours des cadavres à la mer ; après quoi… il pardonna… et doubla l’impôt.

A Thessalonique, cela se reproduisit. Il invita les assistants à venir à des jeux publics et, pendant la fête, les fit égorger ; ils étaient quinze mille, hommes, femmes et enfants.

L’Eglise en fit un saint et lui donna le surnom de Grand.

Saint Ambroise fit comprendre à Théodose qu’il était de son devoir de prêter, à la Foi, l’appui du bras séculier.

Voici ce qu’on lit dans le Code Théodosien :

« Il faut croire à la Sainte Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Cette doctrine prendra le nom de catholique. Tous ceux qui ne pensent pas comme nous sont des insensés et nous les flétrissons du nom d’hérétiques.

« Désormais, leurs assemblées sacrilèges ne s’appelleront plus Eglises. Au surplus, notre autorité, inspirée par la Sagesse divine, décrétera contre eux telles pénalités que nous jugerons convenables. »

Dans un rescrit adressé à Florus, préfet d’Orient, en 381, Théodose confondit avec les Manichéens et les poursuivit comme eux ceux qu’on appelait Eucratites (continents, qui condamnaient le mariage considéré comme une incontinence), les Apotactiques (abrenunciantes ou renonçants, qui professaient la continence absolue et le renoncement à tout), les Saccophores (porte-sac, qui portaient des habits de pénitents), les Hydroparastates (ou aquariens, qui ne buvaient que de l’eau).

L’empereur ordonna qu’il fût établi des inquisiteurs pour les rechercher. C’est la première fois que l’on trouve dans les lois le nom d’« inquisiteur », et c’est pour punir la vertu, qui voulait réagir contre le mal régnant, qu’ils furent institués.

Avec Théodose, le triomphe du despotisme fut assuré.

L’Eglise nouvelle, cette institution plus politique que religieuse, recueillit l’héritage de l’ancienne Rome qui croulait, et de ces ruines, mélange de corruption et de bassesse, naquit le moyen âge.

Cette ère nouvelle inaugure le règne du despotisme aveugle, de la tyrannie stupide, de toutes les douleurs et de toutes les souffrances.
En 395, à la mort de Théodose, l’Empire fut divisé. Arcadius régna en Orient et fonda le Bas-Empire, qui finit à Constantin Paléologue en 1453.
Honorius régna en Occident. Son Empire dura de 395 à 476.

LES APOLOGISTES : LACTANCE ET ARNOBE

La nouvelle doctrine trouva des apologistes.

Lactance, rhéteur du temps de Dioclétien et de Constantin, fut un apologiste néo-chrétien. Il naquit en 323 en Afrique. Il écrivit un livre intitulé Institutions divines.

C’est lui qui employa le mot religare (religion) pour désigner le lien qui unit l’homme au Dieu nouveau (red, préfixe marquant répétition, et ligio, ligare, lier).

Les premiers Chrétiens n’appliquaient pas le mot « religion » au Christianisme, ce mot ne désignait que le paganisme. Minucius Félix, au IIIème siècle, l’adopta le premier pour désigner le Christianisme en y ajoutant l’adjectif vraie. La Vulgate traduit par religio des termes hébreux qui seraient plus justement rendus par pratique, usage, règle, ordonnance ou statuts.

Le Nouveau Testament traduit par religion le mot thrèskaia (qui vient, d’après les uns, de thressa ou throssa, « femme de Thrace », d’après les autres de threo, « réciter des prières »).

Le premier auteur qui se sert de l’expression « religion chrétienne » est Arnobe, au commencement du IVème siècle, dans un discours contre les Gentils. Arnobe était rhéteur à Ficca en Afrique ; il écrivit sa Controverse contre les païens vers 310.

Voilà donc le mot religare employé pour indiquer un lien qui relie l’homme à une chimère, le Dieu auquel on prétend nous relier étant inconnu, incompréhensible, insaisissable et inutile. Comment alors nous relier à lui ? Par la prière ? Mais où va-t-elle ? A quoi aboutit-elle, puisque jamais personne n’y répond ? On ne peut se relier qu’à un être connu, saisissable, aimé, utile. Et cet être, qui est la Déesse, non le Dieu, venait d’être supprimé de la Nature. Il n’y avait donc plus de religion, puisqu’il n’y avait plus de Divinité réelle à qui demander des faveurs et des bonheurs. Le mot religare n’a un sens réel que quand il sert à exprimer le lien qui unit deux choses réelles. Dans l’acception que lui donna Lactance, il devint un vocable vide de sens, et c’est pour cela qu’on lui donna depuis tant de significations qui n’ont aucun rapport avec la vraie religion.

C’est le régime de l’ignorance. Du reste, on aura une idée des connaissances de Lactance par cette citation :

Lactance, dans son traité de la « Fausse Sagesse », gourmande ainsi les insensés qui osent prétendre que la terre pourrait bien- être ronde : « Que dirons-nous de ceux qui croient aux antipodes et qui mettent des êtres contre nos pieds ? Peut-on être assez inepte pour croire qu’il y ait des hommes dont les pieds sont plus hauts que la tête, des pays où tout soit renversé, où les fruits pendent en haut, où les cimes des arbres tendent en bas, où les pluies, les neiges et la grêle tombent de bas en haut ? »

LE VANDALISME DES JÉSUISTES

Lorsque Constantin fit du Jésuisme la religion de l’Etat, il promulgua, et après lui ses successeurs, des édits et décrets dont ceux-ci :

1° Défense de sacrifier aux anciens Dieux de la Patrie, soit dans les villes, soit dans les campagnes ;
2° Exclusion de tout païen des fonctions civiles et militaires ;
3° Démolition de tous les temples, confiscation des biens et des revenus au profit des églises (qu’on multipliait partout) ;
4° Démolition ou vente à l’enchère des églises hérétiques, destruction de leurs livres ;
5° Destruction de toutes les statues en marbre des Dieux provenant des temples et des maisons particulières (on faisait des perquisitions domiciliaires pour s’emparer des statues et des vases de bronze, qui étaient fondus ; avec les objets d’or et d’argent, on faisait des lingots que se partageaient les évêques et le fisc).

Enfin, on détruisit le temple de Sérapis à Alexandrie et la magnifique bibliothèque qu’il contenait.

La Bibliothèque du Bruchium, fondée par Ptolémée Philadelphe, contenait 700.000 volumes de science, de philosophie, de morale, d’histoire, etc., que le roi avait fait venir de toutes les parties du monde. Cette Bibliothèque s’appelait « la Mère », tandis que celle de Sérapis qui était moins riche s’appelait « la Fille ».

La Bibliothèque du Bruchium avait été brûlée à la suite d’un combat entre Jules César et les Alexandrins. Pour réparer ce désastre, Antoine avait fait cadeau de 200.000 volumes à la Bibliothèque du Sérapéum. Ces volumes provenaient d’Eumène, roi de Pergame.

Par la suite, les empereurs, à l’exemple de Ptolémée, firent acheter des livres dans tous les pays pour enrichir la Bibliothèque, qui devint plus riche que celle qui avait été brûlée. Mais elle devait avoir le même sort que son aînée, elle devait être détruite par le vandalisme des Jésuistes. Elle fut anéantie par les évêques et les moines du patriarche Théophile, surnommé « le Diable » par saint Jean Chrysostôme. Les statues, les tableaux, les oeuvres d’art, furent également détruits.

Et, comme ceux qui ont des torts les justifient toujours en les attribuant aux autres, les Jésuistes firent retomber sur les Vandales, ensuite sur les Arabes, cette oeuvre de destruction, qu’ils avaient eux-mêmes accomplie dans leur stupide fureur contre tout ce qui rappelait le régime qu’ils étaient venus renverser. Mais tout était déjà détruit quand parurent Alaric et Genséric, moins barbares que les Jésuistes, puisqu’ils respectèrent le Panthéon à Rome et le temple de Vénus Céleste à Carthage. Les Goths avaient épargné la Minerve de Phidias au Parthénon, les Jésuistes la brisèrent et s’en partagèrent l’or et l’ivoire (1).

Ainsi finissait le culte de la Déesse qui avait inspiré tant de grands artistes, stimulé le génie, élevé l’âme des nations grecques et latines, et qui représentait toujours dans la conscience des hommes la Sagesse Divine !

Les Jésuistes, pour se justifier, ont enseigné depuis que c’était le khalife Omar qui avait donné l’ordre à son général Amrou de brûler la Bibliothèque d’Alexandrie. Mais, comme elle n’existait plus depuis deux siècles, il eût été difficile qu’il la brûlât. C’est ainsi que leur ignorance les fait prendre en flagrant délit de mensonge !…

Les Arabes, loin d’avoir détruit les oeuvres de l’esprit, ont, au contraire, provoqué une renaissance des sciences et des lettres.

(1) La ville de Byblos avait été consacrée au culte de Tammouz, à l’embouchure du fleuve Adonis, tandis qu’à sa source, au fond du Liban, on célébrait le culte de Vénus Astarthé, avec les anciens rites sacrés.

Constantin ordonna de détruire le temple pour effacer cette souillure de la terre, dit Mourant Brock, et il ajoute : là, le Tau servait aux rites obscènes. (Voir Handbook for Syria, Byblos)

CONSIDÉRATION DES MODERNES SUR JÉSUS

La légende de Jésus a toujours soulevé de vives discussions. Dans les premiers siècles du Christianisme, cette légende fut le fond de toutes les hérésies, ce qui prouve que les contemporains ne l’admettaient pas, puisqu’ils la discutaient.

Les auteurs du temps, Tacite, Pline, Suétone, disent à peu près ceci : « Il y a parmi les Juifs des sectaires qu’on appelle Chrétiens, du nom d’un certain Christ, leur maître. » Mais ces auteurs ne nomment pas Jésus. Sous Claude (de 41 à 59) se répandit le bruit qu’il s’était élevé en Galilée une secte qui admettait l’incirconcis comme le circoncis, qui laissait l’usage des viandes et admettait les pratiques des Hellènes.

Mais, pas plus chez les historiens romains que chez les historiens juifs, nous ne trouvons le récit de la vie et de la condamnation de Jésus.

Les deux historiens qui ont parlé de Jésus sont Eusèbe et Macrobe.

Eusèbe, évêque de Césarée, qui vivait au IVème siècle, dit dans son 8e Livre, chap. 2, qu’il a narré tout ce qui pouvait glorifier l’Eglise et supprimé tout ce qui pouvait la déshonorer.

Macrobe, qui vivait au Vème siècle, n’a fait que répéter la légende qu’il avait entendu raconter.

Les Gnostiques ne croyaient pas à l’existence de Jésus.

Ils pratiquaient l’hérésie appelée Docétisme, qui consistait à dire que Jésus n’avait que l’apparence de la chair humaine et, par conséquent, n’était pas né d’une vierge et n’avait pas souffert sur le Calvaire. Comment les Gnostiques contemporains de Jésus, ou très rapprochés de son époque, auraient-ils eu des doutes sur son existence s’il avait réellement vécu ?

Actuellement, l’existence de Jésus est envisagée de différentes manières :

1° Les uns croient naïvement la légende chrétienne avec ses absurdités et ses miracles. Ils ne demandent pas de preuves, on ne pourrait pas leur en donner, ils veulent que cela ait été ainsi parce que c’est cela qu’ils ont appris dans leur enfance, et ils aiment le doux Jésus qu’on leur a inventé.

2° D’autres admettent que Jésus a existé, mais n’admettent pas la légende chrétienne et cherchent à reconstituer le personnage par le raisonnement ; ils le jugent par les écrits des auteurs les plus anciens ou par les Evangiles ; et ceux-là arrivent à présenter Jésus comme un fou, un criminel, justement châtié de tous ses crimes. C’était l’opinion des libres-penseurs du moyen âge.

D’autres, comme Renan, nourris de l’admiration conventionnelle suggérée au séminaire, se contentent de modifier la légende, nous donnant, à la place d’un Dieu, un sage d’une haute valeur morale.

Cette appréciation est presque aussi absurde que la légende, étant donnée l’oeuvre jésuiste qui est un démenti formel de la sagesse prêtée à l’homme et à son oeuvre. Renan a été admiré parce qu’il a fait un beau roman. La Vie de Jésus est un chef-d’oeuvre de littérature et d’imagination. Il y a gagné une grande renommée, tandis que les savants qui restent sur le terrain de la réalité ne sont pas lus.

3° Les troisièmes nient l’existence de Jésus et démontrent qu’aucun document historique du temps ne mentionne ce personnage, sage ou fou.

Personne à Rome n’a eu connaissance des faits qui se seraient passés en Judée, province romaine ; le prétendu massacre des innocents, ordonné soi-disant par Hérode, n’a jamais eu lieu ; la condamnation à mort de Jésus et de Jean-Baptiste n’a laissé aucune trace dans les archives ou dans les livres du temps ; le tremblement de terre et les phénomènes cosmiques, d’ordre miraculeux, du reste, qui accompagnèrent sa mort, n’ont été constatés par aucun savant de l’époque (1).

Il en est parmi eux qui soutiennent encore l’existence de Jésus, qui avouent qu’on ne connaît, de sa vie, que cinq faits :

1° son séjour au désert comme disciple de Hanon de Béthulie ;
2° son apparition aux Galiléens ;
3° son entrée triomphale à Jérusalem ;
4° son jugement par le Sanhédrin ;
5° son exécution par le gouverneur romain.

Or les Actes des Apôtres et les Épîtres nous démontrent que Paul a ignoré ces faits, et, cependant, quels arguments pour lui s’il les avait connus !
Ces Actes et ces Épîtres nous prouvent que ces faits étaient ignorés en Judée quand Paul fut arrêté et jugé.

L’opinion aujourd’hui est entraînée vers ce courant nouveau. Le Dr Wahn, qui déprécie ce Jésus « qui n’a rien inventé », dit que ce n’est peut-être qu’un mythe établi d’après le Krishna des Indes.

Un autre genre de preuve de la non-existence de Jésus, c’est le soin apporté par les Catholiques à interpoler, dans les éditions les plus modernes des auteurs anciens, des paragraphes mentionnant vaguement Jésus, ou bien, ce qui est plus maladroit encore, à faire annoncer de temps en temps dans les journaux qu’on vient de découvrir soit des documents, soit des portraits qui affirment Jésus.

La ruse est trop grossière, elle vient trop tard. Si les documents qu’on prétend trouver aujourd’hui, parce que les savants s’en occupent, étaient authentiques, l’Eglise n’aurait pas attendu 1.800 ou 1.900 ans pour les connaître et toujours elle les aurait mentionnés ; elle en aurait même fait de précieuses reliques.

Remarquons encore que, si Jésus avait existé dans les conditions où sa légende l’affirme, il aurait parlé l’araméen et même l’hébreu ; les belles paroles qu’on lui attribue auraient été dites dans les langues qu’on parlait en Judée ; cependant, nous ne les connaissons que par des écrits grecs, aucune tradition hébraïque ne les a recueillies, aucun écrit le mentionnant de son temps ou postérieur à son temps n’existe dans la langue de la Judée.

M. Ernest Havet, dans ses Origines du Christianisme (t. III, p. 493), dit : « Une grande surprise est réservée à la critique, c’est celle de reconnaître à quel point la personne de Jésus reste ignorée, combien sa trace dans l’histoire est, pour ainsi dire, imperceptible, et combien il paraît avoir été pour peu de chose dans la révolution qu’on désigne par ce nom du Christ, devenue inséparable de son nom. »

En effet, nous ne trouvons dans l’histoire aucune trace du passage sur la terre d’un Juif appelé Jésus.

Ce nom représente une fiction dont l’imagination des ignorants a fait un être réel, et ce sont ces ignorants, qui étaient des fanatiques, qui se sont occupés de lui créer une existence terrestre.

(1) Quand on parle des ténèbres qui se répandirent sur toute la terre à la mort de Christos, on entend par là l’ignorance qui allait régner, non un cataclysme physique. On en fit une éclipse.

ÉPILOGUE : LE VRAI ET LE FAUX CHRISTIANISME

Le néo christianisme fondé par Paul ne fut qu’une imitation du premier Christianisme, fondé par Johana. Les nouveaux Évangiles, masculinisites ne furent qu’une oeuvre de démarquage de l’Évangile primitif, auquel ils ont ajouté la légende de Jésus et les miracles qu’ils lui attribuent.

Pour le reste, ils se sont contentés de mettre au masculin ce qui était au féminin, de revendiquer pour l’homme ce que les premiers Chrétiens avaient revendiqué pour la femme. Et, de tout cela, il est résulté une confusion grotesque de la psychologie des sexes, qui a fait du Nouveau Testament un livre ridicule.

C’est parce qu’il s’agit d’une lutte de sexes que cette histoire du premier Christianisme, est restée si obscure, aucun homme ne pouvant sûrement démêler ce qui est féminin de ce qui est masculin, et, quand l’un d’eux s’en aperçoit, par solidarité masculine, il se tait.

« Il faut avouer, dit Fréret, que le premier siècle de l’Eglise a enveloppé cela d’un nuage épais qui sera toujours impénétrable aux critiques ; et malheureusement l’épaisseur de ce nuage, en cachant le point fondamental de la foi chrétienne, c’est-à-dire la qualité des auteurs évangéliques (leur sexe, devrait-on dire) et le temps où ils ont écrit, servira éternellement d’asile à l’incrédulité » (t. II, p. 134).

Et il ajoute :

« A travers cette obscurité qui couvre le berceau de l’Eglise, les fidèles, éclairés d’une lumière céleste, ont su discerner les vrais Évangiles d’avec les faux ; mais ceux que le flambeau de la foi ne guide pas dans ces épaisses ténèbres ne démêleront jamais le vrai d’avec le faux, ou plutôt n’apercevront dans cette confusion d’écrits évangéliques d’autres conformités que celle d’un merveilleux outré qui révolte la raison ; ils traiteront également de fable les livres apocryphes et les ouvrages des Apôtres. »

En résumé, le Nouveau Testament n’est que le rappel de l’histoire de David (Reine DAUD, co-fondatrice de Jérusalem), l’enseignement des Mystères dénaturé, l’histoire de Johana attribuée en partie à Jésus et le démarquage de son Évangile rappelant l’antique règne de l’Esprit féminin et annonçant sa résurrection afin de remettre le monde tel qu’il était autrefois, sous la loi morale de Myriam.

L’esprit féminin, c’est la parole de Vérité. Jean dit :

(16, 13) : « L’Esprit de Vérité vous conduira dans toute la Vérité. »

(18, 37) : « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité. »

La parole de Vérité, c’est le Verbe co-éternel à la Déité féminine. On en fera la parole du Dieu masculin.

C’est dans les Évangiles de Johana qu’on prend l’idée de faire de Dieu et de Jésus des personnes spirituelles. Le Saint-Esprit de la Déesse a été jusque là féminin, et, comme il est co-éternel à la Déesse, les personnes de la Trinité masculine seront aussi co-éternelles.

C’est à ce dogme que répond Arius.

Pour les masculinistes, c’est le fils de l’homme qui devient le Verbe de Dieu. C’est lui qui hérite des attributs de la Déesse, en ne se reconnaissant que le fils de son père. C’est en lui, cependant, que va se faire l’incarnation du Verbe (la parole de Vérité de l’Esprit féminin qu’il nie).

Quel blasphème !

La religion dont Jésus a été, non pas le fondateur, mais le prétexte, n’est qu’une parodie des Mystères. On y trouve :

La Foi demandée à l’homme parce que la Femme est Déesse, donc il faut croire ce qu’elle dit.
Les masculinistes répondent : Jésus-Christ est Dieu, donc il faut croire à sa parole.

L’Espérance :
La Déesse a perdu sa puissance, elle est morte à la vie sociale, mais elle ressuscitera et on attend sa nouvelle apparition.

La légende populaire avait depuis longtemps fait de ce mystère une histoire grotesque :
La Femme, Yona, devenue Jonas, avait été avalée par le monstre marin Léviathan, le Prêtre, dont les Lévites qui ne veulent pas se reconnaître font une baleine. Mais Jonas revient à la vie après trois jours et trois nuits passés dans le corps de la baleine, et c’est pour cela que Jésus devait rester trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.

Cette résurrection de Jésus était discutée et niée par les Juifs qui disaient : « Les disciples ont volé le corps nuitamment. » Ceci est encore pris dans l’histoire de David dont le corps avait été volé dans sa sépulture par un roi de Juda. C’est pour répondre à cette objection qu’on fait garder le tombeau.

D’autre part, l’espérance d’une résurrection n’a de raison d’être qu’avant la venue d’un sauveur. Du moment où il est arrivé, il n’y a plus de raison pour l’espérer, puisqu’on le possède.

On n’espère que ce qu’on n’a pas.

La Charité :
Ce mot désigne l’amour, fonction du cerveau féminin que jamais l’homme n’a bien comprise.

C’est sur ce dogme de l’amour cérébral que sera basée l’idée d’une religion d’amour qui a pour base le rachat de l’humanité par la loi du sexe féminin, qu’on exprimera en disant : par le sang de la Femme.

Les Catholiques diront aussi que leur religion a pour base le rachat par le sang de Jésus.

Mais, mise dans le sexe mâle, cette loi du sexe féminin devient une incohérence.

Et, simultanément, on fera du cœur de Jésus (symbolisant le phallus) le facteur de l’amour. On embrouille encore la loi des sexes en donnant à l’homme le nom de Christ (oint ou plutôt ointe). Puis on donnera à l’homme la transfiguration de la Femme, son embellissement dans l’amour, et l’Ascension qui est la montée du Principe de vie vers le pôle cérébral où s’accumule la réserve nerveuse de la Femme. Cela deviendra la montée de l’homme au Ciel. L’omniscience de la Déesse, l’intuition, qui est le résultat de cette réserve nerveuse en elle, sera imitée par le miracle, science concrète, qu’on oppose à sa science abstraite, qui fut la Magie blanche des anciens temps et dont les Prêtres ont fait la Magie noire.

Puis, dans cette expression : conception immaculée, on rappellera, mais sans le dire, qu’elle est sans tache et que le péché ne l’atteint pas, et cela servira à faire la conception miraculeuse de Jésus. Ne pouvant pas mettre dans son sexe la conception féminine, on la met à sa naissance.

Comment peut-on comprendre l’histoire des religions, à travers les raisonnements faux qu’ont fait naître les luttes de sexes, si l’on n’a pas étudié préalablement la physiologie et la psychologie comparée de l’homme et de la Femme, puisque c’est cette science qui éclaire tout ?

Si on fait des Apôtres des humbles, des pêcheurs et des simples, c’est encore par imitation, parce qu’on désignait les femmes et les féministes du temps par ces mots : « les petits et les humbles » (les anavim).

Cela voulait dire : celles qui n’ont pas de place dans la société des hommes, celles qui ne sont rien dans le monde masculinisé.

Cependant, pour accomplir les Écritures annonçant la revanche des femmes retranchées, on croit devoir prêcher devant les petits et les humbles.

Et ceci nous explique le mélange d’humilité et d’orgueil mâle qui se trouve dans les Évangiles.

Ce que les Jésuistes ont fait de Jean-Johana nous montre à quel degré de perversion et de fausseté ils étaient arrivés.

Ce n’est pas assez, pour eux, d’avoir changé son sexe ; sous la forme masculine qu’on lui donne, on va lui faire jouer le rôle humiliant d’un disciple de ses ennemis.

Ainsi, Jean « surnommé Marc » est cité dans les Actes, comme un disciple de Paul qui, plus tard, s’est séparé de son Maître (Actes, 12,15 ; 13, 37-39), alors que c’est Paul qui fut le disciple révolté qui trahit sa Maîtresse. Ce qui prouve bien que c’est à Jean (Johana) que se rapporte le premier Christianisme, c’est ce verset de saint Matthieu (ch. XI, 12) : « Depuis les jours de saint Jean-Baptiste, il y a foule pour entrer dans le royaume des Cieux. »

Est-ce pour cela aussi que les Théosophes enseignent que Jésus fut la réincarnation de Jean-Baptiste ?

C’est bien Jean-Johana qui a fourni l’idée mère des Évangiles, elle qui en a écrit le fond ; les belles phrases, les belles maximes sont les siennes ; les hautes vérités viennent d’elle. Mais de tout cela les hommes se sont emparés et ils y ont ajouté tout ce qui leur a convenu.

Si, dans l’Évangile actuel, le style de Jean paraît obscur et énigmatique, c’est parce qu’on ne comprend pas le féminisme qui y est resté, et aussi parce qu’on en a supprimé ce qui pouvait le rendre clair. L’obscurité du style est l’oeuvre des réviseurs, elle est le résultat des altérations maladroites de ceux qui ont voulu cacher la lumière.

« Tout ressent le mystère dans son Évangile », dit Fréret (t. II, p. 47).

On suppose que l’Évangile de Jean a été écrit par un réviseur, quarante ans après celui de Luc. Pour faire croire que c’est Jean qui l’a écrit, on le fait vivre 70 ans après la mort de Jésus, dont elle devient le disciple bien-aimé. Elle était morte évidemment quand on a écrit ce mensonge, qu’elle aurait démenti.

L’Évangile primitif de Johana fut une résurrection des idées féministes cachées pendant la persécution juive, et cachées sans doute aussi pendant la grande persécution romaine. Son Evangile révisé, dit selon Jean, celui que firent les Jésuistes, en fut la parodie.

Et, malgré cela, il a plus de valeur que les trois autres.

Il est probable qu’au début on lutta contre cette grande femme sans avoir lu ses quatre livres qu’on ne cite jamais. On devait faire autour d’elle la conspiration du silence, qu’on appelait alors l’hermétisme.

Il fallut alors que ses ennemis, pour se donner du prestige, se servissent d’un de ses livres pour rédiger les leurs. C’est parce qu’un de ses écrits a été volé et plagié que l’Évangile selon Jean a été mis en évidence et qu’il nous en est resté quelque chose.

C’est ainsi qu’il est arrivé à la postérité sous une forme dénaturée et pour servir au triomphe de la cause de ses adversaires. Et cependant la publication de ce livre provoqua une rénovation littéraire à la fin du IIème siècle et au commencement du IIIème.

Combien plus brillante eût été cette rénovation si elle avait eu lieu du vivant de son auteur et pour servir la juste cause qu’elle défendait ! Son style devint à la mode, sa doctrine fut prise, mais incomprise, et servit de base au nouveau dogme jésuiste et à de nouvelles discussions philosophiques.
C’est dans l’Évangile révisé selon Jean qu’on osa mettre les choses les plus risquées concernant Jésus, telle sa divinité qui n’est pas affirmée jusque là.

Et cela parce qu’on savait que ce qui venait de Jean avait de l’autorité.

Dans Que penser de la Bible ? on nous dit : « On ne connaît pas sûrement le sens, l’origine et le but de plusieurs Épîtres attribuées aux Apôtres et de l’Apocalypse attribuée à saint Jean. »

En effet, on ne peut pas comprendre l’esprit du vrai Christianisme si l’on ne sait pas qu’il s’agit d’une lutte de sexes.

On ne peut pas non plus comprendre dans quelles circonstances on a créé la légende de Jésus et forgé son histoire, si l’on n’a comme source que le Nouveau Testament.

La question doit être posée sur un autre terrain, celui de la psychologie qui nous montre à quelles impulsions obéissaient les hommes de cette époque, alors que le droit romain venait d’affirmer la puissance masculine, ce qui révoltait la Femme. Et c’est pour répondre à cette révolte qu’on créa le Dieu Père et le Dieu fils de l’homme, déclarant que le Père, du haut du Ciel, ne reconnaît sur la Terre que les êtres mâles avec lesquels seulement il se met en relation par l’intermédiaire de son fils. Mais tout cela même serait difficile à comprendre si on en faisait un fait isolé. Il faut le rattacher à l’époque antérieure pour en comprendre la signification réelle.

Il faut savoir, d’abord, que l’Ancien Testament, sur lequel le Nouveau s’appuie, était déjà un livre altéré, un livre destiné à cacher quelque chose. Si on ne sait pas qu’il y a déjà dans les anciennes Écritures quelque chose que l’on cache, on ne peut pas comprendre les nouveaux Évangiles, puisque c’est le même mensonge qui continue.

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