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Livres de Femmes, Livres de Vérités (7) Origine et histoire du christianisme – 3/4

« On dit que Sophia a trois filles : Foi, Espoir et Charité »

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique

5ème chapitre : La guerre des sexes dans la Grèce antique
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6ème chapitre : De l’Israélisme au Judaisme
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7ème chapitre : Origine et histoire du christianisme
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Chapitre 7 suite

LES GNOSTIQUES

Nous avons vu que, dans l’Apocalypse (ch. n, 17), on nous parle d’un nom nouveau qui va être donné aux fidèles de la première doctrine chrétienne, afin qu’ils ne soient pas confondus avec les imposteurs qui s’intitulaient aussi Chrétiens tout en propageant une doctrine nouvelle en opposition avec celle des Johanites.

Le premier Christianisme va donc changer de nom et se fondre dans le Gnosticisme.

Mais cette nouvelle forme de la doctrine évoluera aussi.

Nous ne connaissons pas les premiers Gnostiques. On ne nous parle d’eux qu’à partir du IIème siècle, alors qu’ils ont eux-mêmes subi l’influence des idées régnantes et changé la primitive doctrine suivant leurs conceptions personnelles.

A cette époque troublée, les esprits étaient partagés en deux courants opposés : le courant des idées féminines, conservées dans les Mystères, et qui s’appuyaient sur la Nature et ses lois, et le courant révolutionnaire représentant la révolte masculine contre l’ancien régime gynécocratique et théogonique, et , qui par opposition aux lois de la Nature, créait le surnaturel.

Pour défendre cette mauvaise cause, les philosophes avaient déjà créé la casuistique ; mais entre eux se placent les Gnostiques qui créent la confusion.

La traduction grecque de la Bible et les écrits des docteurs juifs avaient jeté les esprits dans le doute et dans l’agitation ; on voyait de tous les côtés s’élever de petites sectes qui expliquaient, à leur manière, les croyances anciennes dénaturées ou les nouveaux Évangiles.

La Gnose, c’est, disent les Catholiques, la science humaine opposée à la science divine (1), alors que c’est au contraire la continuation de l’antique science divine, celle des Déesses ; c’est celle des Mystères, l’antique Théogonie que l’on ne comprend plus et que l’on va interpréter suivant l’esprit masculin, et c’est alors qu’elle deviendra la science humaine.

Le mot Gnose signifie « connaissance ». Il fut évidemment employé par les féministes johanites qui cherchaient un nom nouveau pour remplacer le mot « Chrétien » dont leurs adversaires s’étaient emparés et qu’ils dénaturaient. Mais le mot Gnose devait avoir le même sort. Il devait être pris par des sectes masculines qui allaient aussi le dévier de sa signification primitive.

C’est le sort de toutes les idées féminines d’être prises et dénaturées par des hommes. Tous les philosophes grecs peuvent être considérés comme les précurseurs des Gnostiques.

Le mot Gnose a été introduit dans les écrits de Paul, par exemple dans Romains, 2-20,11-33, 15-14, et dans Corinthiens, 1-5, etc., ce qui prouve que ces écrits ont été révisés après l’apparition du Gnosticisme, donc après le IIème siècle.

Ceux qui ont écrit l’histoire des Gnostiques nous disent qu’au début ils étaient divisés en quatre groupes, et dans ces groupes ils mettent toutes les sectes qui s’étaient formées depuis la propagande de Johana, pour soutenir sa doctrine ou pour la combattre ; confusion qui a pour but d’égarer l’opinion en mêlant le bien et le mal, la vérité et l’erreur sous le même nom.

Ces quatre groupes sont :

1° Les Écoles de Palestine, qui furent continuées par les Simoniens (disciples de Paul), les Corinthiens et les Nicolaïtes.
2° Les Écoles d’Asie, continuées par les Marcionites.
3° Les Écoles de Syrie, qui avaient pour chefs Saturnin et Bardesane d’Edesse.
4° Les Écoles d’Egypte, qui brillaient avec Basilide et Valentin.

Et on met parmi les principaux Gnostiques : Simon le Magicien (un des noms de Paul) et le diacre Nicolas qui tous deux trahirent la primitive École des Apôtres, puis Ménandre, Cérinthe, Basilide d’Alexandrie, Tatien, Ebion, Cerdon, Carpocrate, Saturnin, Marcion, Valentin, Marcus, Apelles, représentant des doctrines diverses.

Il faut y ajouter les Elxaïtes et les Stratiotiques ou Barbélites. Chacun se faisait le chef d’un petit groupe. Quelques-uns prirent une grande influence sur leur époque et arrivèrent à faire triompher cette science humaine qui contribua à fonder le catholicisme.

Le Christianisme, en discorde avec quelques-uns de ses premiers adeptes dès les premiers temps de son existence, fut l’objet de mille trahisons.
Toutes les sectes gnostiques, quoique séparées et divergentes, se disaient chrétiennes. Mais toutes donnaient au Christianisme une interprétation particulière. Chacun se déclarait partisan d’une secte quelconque, souvent de plusieurs à la fois.

Saint Epiphane compte 60 sectes.

Saint Irénée en connaît plus de 130. Elles avaient des évêques, des diacres, des lecteurs, des diaconesses. Toutes favorisaient la révolution religieuse.

Une de ces sectes avait une formule de serment que voici :

« Je jure de travailler à l’affranchissement de l’humanité, de ne rien distraire du patrimoine commun à tous, ni mes biens, ni mon amour. Je jure de mépriser toutes les lois, toutes les institutions qui oppriment l’homme et le pervertissent : mariage, famille, patrie, société, et, dans la conquête du bonheur universel, rien ne me paraîtra coupable. »

Le livre de perfection des Gnostiques s’appelait l’Évangile d’Ève.

Saint Épiphane nous l’a conservé, et il nous dit que cet Évangile donne à l’arbre de vie douze fruits par an : Vidi arborem ferentem duodecim fructus in anno, et hoc est lignum vitae.

(1) N’y a-t-il pas un rapprochement à faire entre la Gnose et les Gnomes, anciens auteurs de sentences, évidemment féminines, puisque, dans la suite, on fit de ce mot le nom des Esprits qui président à l’élément de la terre, comparée à la Femme dans les religions masculines ?

LES ÉBIONITES

Les Ébionites n’admettaient que les premiers Evangiles, ceux des Israélites, qu’on appelle « selon les Hébreux » ; ils ne faisaient pas cas des autres. Ils rejetaient absolument les Epîtres de Paul, parce qu’il le regardaient comme un apostat de la loi d’Israël. Ils niaient la divinité de Jésus.

Les Ébionites n’admettaient pas le mariage monogame. Pour eux, il n’y a pas de femme adultère, puisqu’il n’y a pas de femme mariée.

Cette secte dura jusqu’au VIIème siècle. Elle pratiquait la religion israélite de Johana, celle des Mystères.

LES EUCRATITES

Ceux-ci avaient pour chef Tatien. Ils soutenaient « qu’Adam était damné parce qu’il avait été le mari d’Ève et que le mariage était une débauche introduite par le démon ». Ce sont les Catholiques qui nous donnent ce renseignement.

Mais il est curieux de voir que le mariage est condamné par tous les vrais Chrétiens.

Les Eucratites, qui étaient les disciples de Justin, retranchaient des Évangiles la généalogie de Jésus. Ils rejetaient les Épîtres de Paul et recevaient plusieurs livres apocryphes, comme les Actes de saint André, de saint Jean, de saint Thomas, que nous n’avons plus.

Il est probable que ce sont ces Actes que nous ne connaissons pas qu’on a imités dans le livre écrit à la gloire de Paul et intitulé les Actes des Apôtres. Du reste, les Sévériens, une des branches des Eucratites, rejetaient les Épîtres et le livre des Actes, n’ayant que du mépris pour Paul.

Justin, leur fondateur, dit (dans le Dialogue avec Tryphon) : « Il en est certains de notre espèce, ô mes amis, qui professent que Jésus est le Christ, bien qu’ils le représentent comme un homme engendré par des hommes ; mais je ne partage point leur opinion, quand même la majorité de mes coreligionnaires la professeraient. »

LA TRINITÉ DES GNOSTIQUES

On avait discuté sur les trois degrés de Vishnou.

La Déesse de la Parole, que nous allons retrouver dans la divine Sophia des Gnostiques, fut aussi divisée, et c’est ce qui nous explique que les Ébionites et les Cérinthiens donnaient trois fils à Dieu : la Lumière, le Verbe, l’Unique engendré.

Les Pauliniens, qui avaient pour chef Paul de Samosate, évêque d’Antioche, soutenaient la doctrine unitaire contre les partisans de la Trinité.
Il en est qui font de Sophia la Mère des sept fils, parce que dans les Mystères on enseignait le septénaire.

D’autres, et Mme Blavatsky est de ce nombre, font de la Divinité un être sans sexe. Elle dit : « Le Christ ésotérique de la Gnose, Sophia, est nécessairement sans sexe, mais, dans la Théologie exotérique, il est mâle et femelle » (Doctrine Secrète, t. I, p. 55).

Les Monophysites, partisans de l’unité de nature, enseignaient que le Christ n’avait que la nature divine. Cette secte existe encore chez les Arméniens.

DE LA TRINITÉ ORIGINELLE EN RELIGION ET SON ÉVOLUTION

On discutait beaucoup dans les Ecoles d’Alexandrie sur les trois hypostases divines (suppôts, personnes, en grec hupostaseis), qui avaient formé primitivement une Trinité féminine : Mère-Sœur-Fille.

Partout trois grandes Déesses représentaient la Femme sous ces divers aspects :

Nous trouvons le nombre trois dans la légende des trois patriarches Abraham, Isaac, Jacob, qui sont des matriarches formant une Trinité ; dans les trois enfants d’Adam, les trois enfants de Noah, les trois Grâces, les trois femmes qui se disputent la pomme, etc.

Cette Trinité s’était modifiée depuis qu’on avait introduit des Dieux masculins dans le Panthéon ; alors elle fut représentée par le Père, la Mère, l’Enfant ; telle la Triade égyptienne Osiris-Isis-Horus, greffée elle-même sur une plus ancienne Triade faite d’Ammon-Mauth-Khons.

Les Chaldéens avaient eu Anou, Nouah, Bel.

L’Inde fit d’abord sa Triade de Brahmâ, Nâri, Virâdj. Plus tard, elle fut composée de Brahmâ créateur (principe cosmique), Vishnou conservateur (la Femme), Çiva destructeur (l’homme) qui devint le transformateur, parce qu’il détruit et transforme le monde primitif fait par la Femme.

Enfin, les Scandinaves avaient Odin, Frigga, Balder ; les Finnois avaient Ukko, Luonnotar, Vainamoïnen ; et les Polynésiens ont encore Taaroa, Ina, Oro.

Quand les Bouddhistes fondèrent leur religion masculine, ils firent une Trinité composée de :

1° Bouddha, l’intelligence divine, l’Esprit ;
2° Dharma, la matière, les éléments concrets (sous-entendu la Mère) ;
3° Sangha, la réunion des deux principes ou des deux univers.

Cette Trinité fut apportée à Alexandrie de 270 à 303 par le philosophe Porphyre.

Mais, avant cette époque, Philon s’était occupé de la Trinité, et ses idées sur ce sujet avaient évolué, car nous trouvons qu’il nous indique une première Triade composée de : le Père créateur ; la Mère, qui est la sagesse, dans le sein de laquelle il engendre « non pas à la manière de l’homme » ; le Fils ou le monde conçu d’un germe divin.

Nous voyons dans cette façon d’engendrer l’origine de la conception miraculeuse de Marie.

Dans les Ecoles d’Alexandrie, les trois personnes divines étaient devenues :

– Le Père, duquel procède la création ;
– Le Fils, duquel procède l’âme ou l’Esprit ;
– Le Saint-Esprit, l’intellect divin.

Par le mot pro-cession, les Néo-Platoniciens croyaient échapper au dogme célèbre de l’émanation sur lequel reposaient les théogonies de l’Inde.
Les Catholiques paraissent avoir formé leur doctrine de la Trinité avec les démentis opposés aux systèmes antérieurs.

— LE PÈRE, c’est la substitution masculine de la Mère : Déméter. Elle planait dans le ciel, c’est-à-dire dans la vie sereine et bienheureuse que donne la plénitude de l’être ; on fait de ce ciel allégorique un ciel réel où l’on va envoyer régner le Père dans une solitude infinie. Tous les attributs de la Mère deviendront ceux du Père, mais seront amplifiés. Elle créait l’enfant qu’elle faisait à son image et à sa ressemblance (morale surtout) : le Dieu-Père va créer tous les humains qu’il fera encore à son image et à sa ressemblance.

— LE FILS, c’est l’homme, fils du Père, fils de l’homme. Et cela est dit dans un esprit de réaction contre ceux qui, dans le régime matriarcal, avaient été « fils de la Mère » dont ils portaient le nom. C’est la suprématie donnée à l’enfant mâle par un secret esprit de réaction contre l’ancien privilège de la fille (qui seule héritait).

L’Épître aux Colossiens (1,15-18) pousse jusqu’à l’extravagance l’idée de la suprématie de l’homme ; elle fait créer toutes choses par le Fils et pour le Fils, qui est « l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature ». « Celui par qui toutes les choses ont été créées dans les cieux et sur la terre, les choses visibles et les choses invisibles, les Trônes, les Dominations, les Autorités, les Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Et il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui. Et il est la tête du corps de l’Eglise. Il est le commencement, le premier-né de ceux qui sont ressuscités des morts, entre tous le premier. »

Voilà « le Fils » mis, non seulement au-dessus de « la Fille », mais au-dessus de tout. Et pendant que le « Fils » est ainsi glorifié, la « Fille » va être avilie jusqu’au dernier degré.

— LE SAINT-ESPRIT, c’est l’esprit féminin, qui était représenté à Rome par la Vénus-Lucifer (porte-lumière). Elle avait pour emblème la colombe, symbole que les Catholiques garderont pour représenter leur Saint-Esprit, sans sexe, ou ayant le sexe mâle. C’est l’antique Esprit qui flottait sur les eaux quand la Déesse émergeait de l’onde (1). C’est le feu de Vesta qu’on fait descendre en « langues de feu » sur les Apôtres pour illuminer leur intelligence.

Les Esséniens attribuaient au Fils la figure d’un homme et à l’Esprit celle d’une femme.

Le terme qui en hébreu signifie « esprit » est du genre féminin ; on le rencontre surtout dans le texte de la Genèse qui parle du chaos fécondé. Les théosophes hébreux ont déduit de cette particularité grammaticale toute une théorie métaphysique sur la troisième personne de la Trinité.

Chez les Orientaux, l’Esprit représente la Mère dans les Triades formées de trois personnes : le Père, la Mère, l’Enfant. (Voir la brochure de M. Ad. Kôster sur les traces de la doctrine de la Trinité avant le Christ, Francfort, 1845.)

En accouplant le Fils (Jésus) avec le Saint-Esprit (le Christ), le néo-christianisme ne faisait que rééditer ce qu’avait fait la Grèce quand elle avait accouplé Hermès et Aphrodite pour en faire un Dieu-couple, l’Hermaphrodite ou l’Andro-gyne, c’est-à-dire le partage des facultés.

Le Christ féminin accouplé à Jésus réalise encore ce couple fait des deux natures masculine et féminine, humaine et divine, et c’est sur ce thème que l’on discutera longtemps. En réalité, c’est le Christ qui est le Logos, la Parole de Vérité, l’Esprit. Cette substitution de sexe dut produire une grande exaspération chez les femmes et de profondes discussions, car nous voyons les premiers Chrétiens défendre avec vigueur ce « vol moral » et déclarer que « le péché contre le Saint-Esprit est le plus grand de tous les péchés » (Matthieu, 12, 32).

C’est que, en effet, la Femme est outragée dans son Esprit (et c’est cela qu’elle ne pardonne pas), quand on nie sa parole de Vérité, son « Logos », ou quand on vient l’assimiler aux hypothèses ou aux extravagances mentales des hommes.

Les premiers Chrétiens parlent « au nom du Saint-Esprit » féminin, ils ne parlent pas « au nom de Dieu ».

La théorie du Saint-Esprit était communiquée à tous les Chrétiens dans les Mystères ; elle se conserva chez les Gnostiques qui continuèrent à dire : Notre-Dame le Saint-Esprit.

Les néo-chrétiens qui vinrent après les philosophes d’Alexandrie exagérèrent leur système, et, pour qu’il soit bien entendu qu’ils ne laissaient à la Femme aucune place dans la Trinité, ils la représentaient symboliquement par trois Phallus (2). Cela dura jusqu’au Concile, de Constantinople, où cet emblème fut remplacé par une croix.

Cette représentation qui sert de signe à la nouvelle religion prouve bien qu’elle a, au début, un caractère ironique, et qu’au fond de cette révolution il n’y a que la lutte des sexes : il s’agit de supprimer la Femme, du ciel d’abord, de l’Eglise ensuite. Mais, comme la substitution des sexes amène un résultat absurde, contre nature, on en fait un mystère qu’il est défendu d’examiner.

C’est depuis que l’on a supprimé l’Esprit de la Femme, l’Esprit dans la Femme, que l’on a inventé « les Esprits ». Celui qui figure dans la Trinité chrétienne vint consacrer le système ; après celui-là, une multitude d’autres apparurent ; cela devint une folie nouvelle dont la magie s’empara.
Les Kabbalistes distinguaient en Dieu trois attributs : l’un caché, l’Esprit de Dieu ; l’autre illuminant ou agissant, représenté par un homme qui trace les lettres ou les formes élémentaires du monde ; le troisième sanctifiant, une eau provenant de l’esprit, représentée par une femme qui façonne le chaos.

Et cependant, plus tard, les lois naturelles reprenant le dessus, on essaya de refaire une Trinité familiale composée de Jésus-Marie-Joseph.

Malgré lui, le Catholicisme tendait à réintégrer la Déesse dans son culte.

(1) C’est parce qu’Elle sort de l’onde amère qu’on La dit salée et que le mot sel indique encore une forme de l’Esprit. Avoir du sel, ou, avec les Espagnols, être « salada ». C’est l’origine du sel que l’on met sur la langue au moment du baptême. Dans les initiations au culte de Vénus, le grain de sel rappelait l’origine Marine de la Déesse pleine de « salacité ».

(2) Pour expliquer le rôle fécondateur de l’homme, on accolait le Phallus à la croix, comme on peut le voir dans les galeries du Musée égyptien, au Louvre (en 1927). C’est dans cette position, la crucifixion, que la Femme subissait « l’onction du mâle », d’où le nom d’oint qu’on lui donnait.

TRANSFIGURATION DE JOHANA

Vers 170, on publia un Evangile dit « selon Jean ». Ce livre avait pour but de faire affirmer Jésus par Jean lui-même.

Puis on y mêla un roman d’amour. On connaissait encore alors le sexe de Johana, puisque les Pères de l’Eglise s’en moquaient et l’appelaient « la vieille radoteuse ». Mais, dans cet écrit, on va la représenter jeune et aimant Jésus comme un époux.

Celui qui a écrit cela était un poète qui, de l’Évangile, fait un roman, qu’il mêle aux dissertations philosophiques du primitif auteur de ce livre.
Comme il copie un Évangile vrai de Jean, l’écrit d’abord anonyme désigné comme l’Évangile du Logos, il ne raconte pas la légende de l’enfance comme l’a fait Luc, parce que Jean n’a pas pu raconter lui-même la légende de sa propre enfance.

Cet auteur fait de Jésus un homme qui apparaît dans toute sa perfection divine, sans préparation, parce qu’on n’avait alors que la préoccupation de mettre un homme à la place d’une femme. On affirmait le Dieu sans penser aux contingences accessoires d’une vie d’homme. Aussi la vie de Jésus que cet auteur raconte n’est pas la même que celle qui nous sera donnée plus tard, quand d’autres écriront d’autres Évangiles. Ce n’est pas dans le même pays qu’il en met les principaux événements, ce n’est pas le même jour qu’il le fait mourir, c’est pendant trois ans qu’il le fait prêcher alors que Marc et Matthieu, plus tard, ne lui donneront qu’un an d’apostolat.

Toute cette histoire, dont nous trouvons ici la première ébauche, sera arrangée et amplifiée plus tard.

C’est Théophile d’Antioche, mort vers 180, qui attribua pour la première fois cet Évangile à Jean. Après lui, les Pères de l’Eglise n’auront plus qu’à affirmer ce qu’il osa dire le premier. Ce fut surtout Irénée qui affirma, dans son livre « contre les Hérésies », que Jean est l’auteur de cet Évangile et que c’est à Éphèse qu’il l’a publié. On en fera le 4ème Évangile quand, un siècle plus tard, on aura écrit ceux de Marc et de Matthieu pour en faire les deux premiers, et arrangé celui de Luc pour en faire le 3ème.

Personne avant 170 n’avait cité cet Évangile. Les vrais écrits de Johana étaient cachés, on ne les mentionnait pas ; cependant, aussitôt que celui-ci parut, il fut entre toutes les mains.

C’était la première fois qu’on affirmait l’existence de Jésus dans un Évangile. Les masculinistes s’en emparèrent parce qu’il donnait de l’élévation à leur doctrine, jusque là bien mal présentée. La théorie du Logos lui donnait un cachet philosophique qui la rehaussait ; puis cet Évangile affirmait des idées flottantes comme la haine des Juifs, la suppression de leur Loi. C’est cet Évangile qui donna une consécration à toutes les idées folles qui, mal présentées comme elles l’avaient été d’abord, n’auraient jamais pénétré dans le monde philosophique. On accepta donc cet écrit anonyme avec enthousiasme, parce qu’on le publiait en lui donnant comme auteur l’Apôtre Jean qui avait eu un si grand prestige jadis et dont on conservait en secret la doctrine.

Mais le rédacteur de cette nouvelle version va nous présenter Johana sous un aspect nouveau ; il va la faire descendre sur le plan sexuel et en faire un type de tendresse, d’amour profane, une femme qui appuie sa tête sur l’épaule de l’homme qu’elle aime, Ce qui est un geste très féminin, mais qui ne cadre pas du tout avec la spiritualité de la vraie Johana. Son histoire de Jésus est un roman d’amour qui tend à faire croire que Johana a connu cet homme divin, que les autres disciples ne pouvaient comprendre comme elle. On lui fait dire qu’elle était « le disciple que Jésus aimait, qui était couché sur son sein ». Ces manifestations de tendresse qu’on lui prête sont toutes féminines ; un disciple masculin ne se couche pas sur le sein d’un autre homme (16, 12-13).

C’est à elle que Jésus mourant recommande sa Mère, idée délicate qu’aucun autre Évangéliste n’a eue (19, 26). Cet auteur se donne comme le seul intelligent, le seul qui comprend Jésus (1,14). Il se met moralement bien au-dessus des douze et appartient à une classe supérieure de la société. Le Jésus de cet auteur, c’est l’homme idéal que la Femme aime.

Dans cet ouvrage, on n’a pas introduit les miracles multiples inventés par Simon le Magicien ; on copie la philosophie abstraite de Johana, on lui prend même ses idées, qu’on ne comprend pas, comme l’affirmation du Christ universel, ce qui est en opposition avec l’idée nouvelle qui va donner à Jésus seul le titre de Christ.

Cependant, l’auteur de cet Evangile mentionne sept miracles qui, sans doute, étaient acceptés à cette époque. Deux de ceux qu’il mentionne : la marche sur les eaux, la multiplication des pains, seront copiés par ceux qui, après lui, feront d’autres Evangiles.
Aussitôt que Jean fut accepté comme étant l’auteur de ce livre, on lui fit une nouvelle légende, et c’est à partir de 150 que cette légende commence à être connue. Vers 150, Justin identifie Jean, l’auteur de l’Apocalypse, avec l’autre Jean, le disciple de Jésus.

On trouve dans le Nouveau Testament six ou sept Jean. Tous ont été créés pour représenter un des aspects de la vie de Johana, une des phases de son existence, de son apostolat, dont on va faire un récit séparé du reste. Quand elle vivait, personne ne parlait d’elle ; depuis sa mort, on multiplie ses légendes.

En 190, Polycrate fait de Jean un « presbyte » et nous dit qu’il a été martyr et docteur. (Martyria, que l’on fait signifier témoignage.)

C’est à l’auteur de l’Evangile du Logos qu’on attribue cette parole dite dans sa vieillesse : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. »

Presque tous les premiers auteurs néo-chrétiens s’occupent de Jean et amplifient sa légende, ce qui ne doit pas nous étonner, puisque c’était dans les usages du temps de démarquer et de remanier les écrits, surtout quand l’auteur était une femme et que cet auteur était mort.
Irénée, Tertullien, Eusèbe et bien d’autres, s’indignent contre ceux qui changent les Écritures. Denys, évêque de Corinthe, vers 175, dit : « A la demande de nos frères, j’ai écrit des lettres, mais les apôtres du diable les ont remplies d’ivraie, ils en ont retranché et y ont ajouté. Le « malheur à vous » ne leur manque pas. Il n’est pas étonnant que quelques-uns aient entrepris de falsifier les Écritures du Seigneur (Kyria), puisqu’ils n’ont pas épargné les écrits qui ne les valent point. » (Cité par Eusèbe, Histoire Ecclésiastique, IV, 23.)

Quand on parle des Écritures du Seigneur, ce n’est pas de Jésus qu’il est question, puisque Jésus n’a rien écrit. Je répète, encore une fois, que le Seigneur est la traduction par saint Jérôme du mot « Kyria », titre donné à Johana.

LE QUATRIÈME ÉVANGILE (publié en 170)

Jean commence par rappeler la doctrine du Logos ou Verbe, cette parole primitive, cette science des anciens temps, perdue pour le monde, cachée dans les Mystères des sociétés secrètes. Il dit :

Chapitre I, 1. – Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
2. – Et la parole était au commencement avec Dieu.
3. – Toutes choses ont été faites par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
4. – C’est en elle qu’était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5. – Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue.
6. – Et la parole a été faite chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons vu sa gloire.

Tout ceci se rapporte à la parole de Vérité de la Femme-Déesse. C’est Elle qui fut le Verbe fait chair, Elle qui fut pleine de grâce. Mais, tout de suite après, le réviseur attribue à l’homme, au Fils du Père, toute la gloire de la Déesse, et il ajoute :

18. – Personne ne vit jamais Dieu.

Ce verset semble destiné à nier la Déité féminine, la Déesse vivante.

En face de ce commencement, il est facile de comprendre que ce livre a été fait avec un écrit féministe qu’on a altéré en y introduisant la légende de Jésus. Il est certain que, dans la forme qui s’est transmise jusqu’à nous, cet Évangile est devenu quelque chose d’incompréhensible.

La légende chrétienne racontée par Jean est toute différente de celle des autres auteurs ; c’est un petit roman avec toutes sortes de détails et d’embellissements littéraires ; mais, si la forme est plus élevée, le fond est souvent aussi absurde. Cependant, certains versets qu’on aurait oublié d’altérer nous donnent des idées plus justes que celles des autres auteurs du temps.

Au verset 18, on fait faire à Jésus cette déclaration :

« Vous m’êtes vous-mêmes témoin que j’ai dit que ce n’est pas moi qui suis le Christ, mais que j’ai été envoyé devant lui. »

29. – Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui est présent et qui l’écoute est ravi de joie d’entendre la voix de l’époux ; et c’est là ma joie qui est parfaite.

Donc, Jésus n’est pas le Christ, il est l’époux, et c’est pour cela qu’il parle et qu’on l’écoute avec joie.

Je ne pousserai pas plus loin la critique de ce livre, trop connu du reste, pour qu’il soit besoin de le rappeler. Je veux seulement faire remarquer que sa réputation de spiritualité lui vient uniquement des six premiers versets du chapitre premier, les seuls qui soient de Johana et qui signifient quelque chose si on met le mot Dieu au féminin. Tout le reste est écrit dans des idées qui sont en contradiction avec celles de Jean (Johana).

LA MORT DE JOHANA

Une question importante s’impose ici : c’est de savoir comment les principaux personnages de la grande lutte du 1er siècle ont disparu.

Voici ce que les théologiens modernes nous disent au sujet de la mort de Johana, qui, pour eux est Jean :
(Dictionnaire des Sciences religieuses de Lichtenberger, article signé Sabatier.)

« Nous retrouvons en l’an 69, à la veille de la destruction de Jérusalem, le nom de Jean à la tête de l’Apocalypse, ou Révélation, adressée sous forme épistolaire aux sept Églises d’Asie Mineure. L’antiquité chrétienne a reconnu dans le voyant de Pathmos le fils de Zébédée. Le fait est qu’on ne voit pas de sérieuses raisons de penser autrement. Un tel livre répond assez bien au tempérament de celui que Jésus appelait l’Enfant du tonnerre. Le seul argument qu’on fait valoir contre cette opinion est que, d’après Apoc, XXI, 14, les douze semblent morts à ce moment. C’est une induction que rien ne justifie. Si l’Apocalypse a été écrite par Jean, elle établit d’une manière inébranlable sa tradition d’après laquelle Jean se serait établi en Asie Mineure et aurait dirigé avec une autorité suprême les Eglises de ce pays. A la fin du second siècle, cette opinion est unanimement acceptée et particulièrement défendue par les éveques mêmes de l’Asie Mineure. »

Justin martyr reconnaît Jean comme l’auteur de l’Apocalypse et, dès lors, confirme le séjour de Jean en Asie Mineure.

Polycarpe, s’il ne parle pas de Jean dans son épître, invoquait son exemple et sa tradition devant Anicet, évêque de Rome. Enfin, les fragments de Papias, conservés par Eusèbe, sont plutôt favorables que contraires à ce séjour. Il est vrai qu’on a fait quelque bruit d’un passage, publié en 1862, de la chronique de Georges Hamortolas (IXème siècle), où se lisent ces mots : « Après Domitien, Nerva régna pendant un an, lequel ayant rappelé Jean de l’île, lui permit de demeurer à Éphèse. Resté seul survivant entre les douze disciples, après avoir composé son Évangile, il fut jugé digne du martyre ; car Papias, évêque d’Hiérapolis, qui fut témoin du fait, raconte dans le second livre des Discours du Seigneur qu’il fut tué par les Juifs, accomplissant ainsi, aussi bien que son frère, la parole que Jésus avait prononcée sur eux. »
(Irénée confond Jean l’apôtre avec Jean le presbyte.)

La coutume spéciale aux Églises d’Asie Mineure de célébrer le 14 Nisan, toute la controverse pascale que ces Églises soutiennent avec acharnement pendant plus d’un siècle contre Rome, au nom de l’apôtre Jean, le mouvement du Montanisme qui se rattache à ce même nom, enfin le fait qu’on lui attribue l’Apocalypse, les lettres johaniques, le 4ème Évangile, sont autant d’arguments en faveur d’un séjour prolongé de Jean en Asie Mineure ; c’est là que la légende nous le montre tantôt en lutte avec Cérinthe, tantôt courant après un jeune homme égaré qu’il arrache à sa vie de brigand et qu’il ramène à l’Église, tantôt vieillard affaibli se faisant porter dans les assemblées chrétiennes et y répétant jusqu’au bout sa touchante prédication : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres » (Iren., III, 3-4 ; Clément d’Alexandrie, Quis dives, 42 ; Jérôme, Epît. aux Gal., V, 10).

LA MORT DE JEAN EST ENTOURÉE DE CROYANCE SURNATURELLES

Sabatier nous dit encore :

« Augustin rapporte que plusieurs croyaient qu’il vivrait encore, reposant paisiblement dans son tombeau d’Ephèse où l’on voyait la terre doucement agitée par son haleine.

« On a été plus loin : d’après les Actes Johanites, il aurait été enlevé au ciel sans passer par la mort.

« Les date diverses de la mort de Jean, que l’on recueille dans les Pères de l’Église, n’ont pas plus de valeur historique que ces légendes.

« D’après Jérôme, il serait mort 68 ans après la passion du Christ, c’est-à-dire vers 100. Suidas affirme qu’il aurait vécu 120 ans, ce qui nous porterait jusqu’au règne d’Hadrien.

« Dans la tradition de l’Église chrétienne, l’image de Jean apparait imposante. Elle est à côté de celle de Pierre et de Paul et les domine même par un air de douce lumière et de sereine grandeur. Ils sont les apôtres du passé et du présent ; lui est l’apôtre de l’avenir, du millenium triomphant, de l’Église universelle, se reposant dans la paix et la joie de la victoire parfaite.

Il a l’aigle pour symbole et sa parole est la fin des révélations divines sur la Terre. Mais on ne peut se dissimuler que cette séduisante figure, plus idéale que celle de Pierre et de Paul, est, par cela même, moins historique, et qu’on cherche vainement à la retrouver dans les siècles apostoliques. En l’examinant avec attention, on s’aperçoit bien vite que l’imagination chrétienne y a réuni et fondu, en les émoussant, des traits fort contradictoires et fort divers d’origine, traits pris tour à tour aux Evangiles synoptiques, aux Actes, à l’Apocalypse, au 4ème Evangile, aux Epîtres Johaniques, à la légende.

Or, bien de ces données semblent s’exclure ; s’appliquent-elles à un seul personnage ou à plusieurs ? De l’enfant du tonnerre que grondait Jésus à l’apôtre de l’amour, à la figure du Jean ecclésiastique, en passant par le voyant de pathmos, il y a une telle distance que si une seule âme d’homme l’a parcourue tout entière, même pendant une vie de cent ans, nous nous trouvons en présence du plus prodigieux développement psychologique dont l’histoire humaine fasse mention

« Aussi le doute s’impose-t-il à l’esprit, et nous devons reconnaître que la vie de Jean, l’apôtre de Jésus, comme l’origine de la littérature qui porte son nom, reste encore un mystère non éclairci. »

Mystère bien facile à pénétrer quand on sait que c’est une des plus audacieuses substitutions de sexe. Toute la psychologie de la haine des usurpateurs y est en jeu.

L’EGLISE JOHANNITE

Les fidèles Israélites avaient gardé dans leurs temples tout le système sacerdotal des Mystères.

Leurs Eglises étaient régies par un Conseil des Anciens (les Mères ou Matrones), appelées en grec Presbyteroï (qui voit loin), expression que nous retrouvons chez les Celtes qui appellent la Voluspa Celle qui voit l’universalité des choses.

Jean se qualifie de Presbyte. Ce sont les Mères qui sont appelées Vénérables.
Le mot vénération vient du génitif de Vénus, Veneris.

Près des Presbyteroï étaient des surveillants, appelés en grec Episcopoï.
L’épiscope, c’est le primus inter pares. Il peut devenir le chef d’une Communauté. Ces fonctions de vénérables et de surveillants sont restées dans les Mystères modernes (Loges de Saint Jean) qui continuent le culte antique.

Dans cette Eglise primitive, on trouve aussi des diacres et des diaconesses (1).

L’enseignement est symbolisé par l’eau vive (la Science).

Jean dit : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront pour lui. » (Les falsificateurs ont mis « couleront de son ventre ».)

C’est cette eau qui devint l’eau bénite des Catholiques.

Les premiers Chrétiens avaient aussi pour emblème une croix, symbole antique et varié. C’est le Tau.

Dans Ezéchiel, la mort frappe ceux qui n’ont pas la marque Tau sur le front. C’est l’« Aspa », Croix de saint André. C’est l’union de la Rose et de la Croix des Rose-Croix représentant le feu sacré, Agni, l’élément mystique et divin.

Pour eux, la croix est l’emblème de l’espérance. Les Latins en font « spes », c’est-à-dire espoir. C’est l’espoir du Juste (la femme) de renaître à la vie sociale.

On inscrivait sur les tombes : « in spem resurrectionis », la tombe symbolisant toujours la mort morale des femmes.

Dans les initiations et les cérémonies du culte des premiers Chrétiens, on avait le baiser de paix que les Francs-Maçons ont conservé dans leur initiation.

Enfin, le symbole de l’Eucharistie était le fond même du culte.

Tout cela sera imité, copié par les Néo-Chrétiens qui en feront une Eglise nouvelle, l’Eglise catholique romaine.

Les femmes jouaient un grand rôle dans l’Eglise primitive. Les fonctions sacerdotales ne pouvaient être remplies que par des femmes, dont la présence était indispensable dans les Mystères.

Qu’auraient signifié « le baiser de paix » sans elles, et les « saintes espèces », les autres secrets liturgiques, tous basés sur la loi de la vie sexuelle féminine et sur le Saint-Esprit qui y prend sa source ?

Parmi les femmes chrétiennes de la première heure, il en est qui composent des hymnes qu’on chante encore : telles Euchérie, Falconie, Elpis. Ce sont donc elles qui apportent à la Religion leur activité intellectuelle.

Les Sabéens célébraient quatre grandes fêtes par an : la première était consacrée au renouvellement de leur baptême (initiation), la seconde à la naissance de Johana, la troisième à sa mort, et la quatrième à la commémoration de sa grande intuition que les naïfs appellent son miracle.

La fête du Miracle, qui est très importante, a pour but de célébrer le souvenir de la destruction d’un monstre que Johana avait tué sur les bords du lac de Tibériade en Galilée. A cette époque, les Sabéens qui le peuvent font le pèlerinage de Tibériade et se rendent à l’endroit où, dit-on, le monstre fut tué. Ceux qui ne peuvent faire le voyage célèbrent la fête chez eux.

Ce monstre, c’est l’erreur et l’ignorance, que la lumière de l’intuition vient mettre en fuite.

Toutes les femmes qui ont été favorisées de la grande intuition en ont fait l’objet d’un Jour Sacré, ou lui ont consacré un monument comme le Sphinx d’Egypte, élevé à la mémoire de la première intuition (que les masculinistes appellent Révélation), celle de l’antique Déesse Taoth (Thot).

(1) Ce titre donné à la femme Christ ou Déesse qui enseigne les lois de la Nature ; Diaconesse, est resté dans l’Eglise jusqu’au 7ème siècle. Les Gnostiques l’ont toujours employé. Il se décompose ainsi : dia, jour, Konos ou Conus. Les auteurs modernes donnent une signification, exotérique à ce dernier mot : s »empresser à travers.

LES MYSTÈRES JOHANNITES

Dans l’ouvrage « Psychologie comparée de l’Homme et de la Femme », il est consacré un chapitre, intitulé « Les trois robes », aux fonctions que l’homme remplit en portant la robe de la Femme et qui étaient la base même du régime gynécocratique : le Sacerdoce, la Justice, l’Enseignement. Ces trois usurpations furent le sujet de violentes récriminations, puis finalement donnèrent l’occasion de fonder des Mystères.

Déjà, le sacerdoce qui avait créé un Dieu mâle avait été comparé au crocodile qui dévore l’humanité : c’était le monstre marin dont on avait fait la baleine de Jonas. Dans sa gueule monstrueuse, il engouffrait les femmes (Ionah est le nom du sexe féminin, Yoni en sanscrit).

Mais l’ange de Lumière, Iblis, la Femme, s’avançait vers le monstre, armée du bouclier qui représente la Raison et du glaive (la parole) pour le combattre. Et, en effet, elle avait recommencé la lutte.

Voici que maintenant un nouveau danger surgit. Des hommes vont encore prendre la robe de la Femme, et pourquoi faire cette fois-ci ?… Pour rendre la Justice, pour prendre la place de la Dame ; Thémis va changer de sexe.

Ce grade s’appellera la Cour.

Ce sera le 23e dans les Mystères Johannites.

Il est donné comme le second chapitre dans la série des grades philosophiques de la Maçonnerie Noire. Noire, en effet, car c’est une époque de terrible obscurité ; toute vérité est persécutée, le pouvoir de ceux qui propagent l’erreur grandit, et la raison n’est plus écoutée.

Mais comment l’homme va-t-il rendre la justice, puisqu’il ne sait pas où est le Bien, où est le Mal ?

Un ancien symbole représentait le Bien par des dalles blanches et le Mal par des dalles noires, alternées et formant la mosaïque sur laquelle on marchait ; c’est pour conserver ce symbolisme que le triangle féminin était blanc et le triangle masculin noir.

Dans le Temple se trouve une Arche d’alliance avec une gloire du Grand Architecte au-dessus. C’est l’alliance secrète de toutes les femmes pour la défense de la Justice. La lumière est à l’Occident (côté masculin) ; on y place deux chandeliers avec chacun cinq bougies. Elle s’efface à l’Orient (côté féminin), où un seul chandelier n’a plus que deux lumières. Ceci représente l’Enseignement institué par Charlemagne et confié à des hommes, alors que jusque là il était encore dirigé par des femmes.

Dans ce grade, l’ancien culte est relégué dans une chambre obscure. On y voit trois têtes de mort et un squelette, ce qui reste de l’ancienne splendeur de la Femme.

C’est le Dieu-homme qui introduit dans le monde tout le mal. Déjà, on l’a combattu quand il s’appelait Adonaï et faisait opposition, chez les Hébreux, à levah. lci, on le voit reparaître comme un reptile monstrueux, et on fait jurer au néophyte de le combattre et de renverser l’autel nouveau du sacrifice mâle dans le symbole phallique de la messe.

On a sacrifié des hommes dans les guerres de Charlemagne, qui avaient comme prétexte la défense du Père. A cela, les initiés répondent : « Si des hommes doivent être sacrifiés, ce ne sont point les malheureux esclaves, mais les traîtres, les hypocrites et les vicieux. »
Combien c’était sage et féminin !

Car le nouveau Dieu-homme qu’on prêche va tuer la raison et vaincre toute Vérité, et, pour le soutenir, on va maintenant instituer un système de Droit masculin.

Mais à la Femme, qui protège l’espèce humaine, appartient le triomphe final.

Quand sonnera l’heure du triomphe ? Nul ne saurait le prévoir ; c’est là le secret du destin, l’énigme insondable. Plus les Fraternités enrôlent de soldats pour l’armée de la Déesse Lumière salvatrice des hommes, et plus tôt l’heure de la délivrance sonnera.

On est dans le tabernacle des Vérités révélées. On attend le fils ou la fille d’Hiram (Miryam), c’est-à-dire la personne qui reprendra et continuera son oeuvre.

On multiplie les folies : on va faire commencer une ère à la soi-disant naissance de Jésus. Cette idée, déjà proposée par Denys le Petit au VIème siècle, n’avait pas été adoptée, mais à cette époque toutes les erreurs triomphent.

On affirme de plus en plus le dieu des Paulinistes, le dieu- homme, qui devient terrible.

C’est le début d’une époque que nous avons appelée la terreur religieuse.

Conclusion du grade : c’est qu’il faut déraciner la superstition et conduire la campagne contre elle de façon à rendre inévitable le triomphe de la Vérité.

Au fond du sanctuaire est Iblis, l’ange de Lumière. On l’encense pour perpétuer son culte.

MOSAÏQUE – LE BLANC ET LE NOIR

La jalousie sexuelle des prêtres se manifestait dans tout ce qu’ils faisaient, leur religion n’était qu’une perpétuelle réaction contre les Mystères.

C’est ainsi que, pour renverser la signification attachée aux deux triangles qui étaient, l’un blanc (féminin), l’autre noir (masculin), ils donnèrent la couleur noire à tout ce qui était féminin et la couleur blanche à l’homme, et l’on vit apparaître, dans la secte jésuiste, des Vierges dont le visage était peint en noir.

La Grèce en fabriqua beaucoup, on les a retrouvées ; chez les Gaulois, on trouve la Vierge noire qui doit enfanter. C’est celle de Notre-Dame du Puy-en-Velay (1). Les Catholiques y ont attaché une légende miraculeuse. Voici ce qu’ils ont imaginé :

Pendant l’occupation de la Gaule par les Romains, une dame gauloise se trouva malade et fut avertie qu’elle recouvrerait la santé sur la cime du mont Anicium. Là, elle s’endormit et vit en songe une femme céleste, dont les éblouissantes draperies flottaient comme une blanche vapeur et dont une couronne de pierres précieuses ceignait la tête ; cette femme, d’une ravissante beauté, était entourée d’un cortège d’esprits angéliques. « Quelle est cette Reine si gracieuse ? », demanda la fille des Gaules à un des esprits célestes. « C’est Marie, lui répondit-on, et elle te prie de prévenir son secrétaire saint Georges (dont on fait un évêque du Puy) » (2).

Or la petite statue de Marie, qui s’y trouve encore, date d’une époque antérieure au Catholicisme. Elle a deux pieds de haut ; son attitude est celle d’une personne assise sur un siège, à la manière des Divinités égyptiennes ; elle tient un enfant sur ses genoux. Elle est enveloppée des pieds à la tête d’une toile assez fine, collée très soigneusement et très solidement sur le bois, comme cela se pratiquait chez les Égyptiens pour les momies. C’est du bois de cèdre.

Saint Georges, son champion, est chargé de la venger.

(1) On appelle puy une haute montagne, du mot italien poggio.

(2)Saint Georges, soldat cappadocien, qui lutta, dit-on, contre un dragon en Libye et souffrit le martyre sous Dioclétien, est devenu le patron de l’Angleterre. On sait que, dans le symbolisme, le dragon, c’est l’antiféminisme.

LE CULTE DE MYRIAM DANS LE PREMIER CHRISTIANISME

La grande Myriam, dont la personnalité et le livre étaient cachés dans les Mystères, eut un grand rôle dans le premier Christianisme, puisque les femmes qui voulaient faire régner sa Loi, l’antique Thorah, voulaient en même temps remettre en lumière sa personnalité.

Cette personnalité, du reste, n’avait jamais été complètement effacée, puisque non seulement les sociétés secrètes la conservaient intacte, mais les traditions de l’Orient relataient encore sa gloire et lui rendaient un culte.

Chez les Israélites, elle n’avait jamais cessé d’être la « Dame », la « Maîtresse », la « Souveraine », l’« Etoile de la Mer », expressions traduites de l’hébreu.

C’est à elle qu’on rendait un culte sur le Mont Carmel et en bien d’autres endroits.

Plusieurs églises de Syrie existaient aussi en l’honneur de Myriam avant l’ère actuelle.

Une vieille tradition, consignée dans les « Toldoth » juives, rapporte que les fidèles Israélites qui venaient prier dans les lieux qui lui étaient consacrés subirent une persécution violente de la part des princes de la Synagogue.

C’est que ces princes de la Synagogue étaient de petits esprits qui avaient des vues étroites ; à la grande vérité du Sépher, ils avaient substitué des arguties ; aux vertus des premiers Chrétiens, ils opposaient leur égoïsme. Et c’est parce que la vérité les gênait qu’ils avaient jeté leur malédiction sur l’ancienne Loi qu’ils avaient remplacée par une nouvelle doctrine qui ne procurait, aux femmes que des souffrances à endurer, des persécutions à subir. Dans ces conditions, il était dans l’ordre des choses que les révoltées contre ces despotes fussent méprisées et même traitées comme le rebut du genre humain.

Les imposteurs de tous les temps ont employé les mêmes armes.

C’est pour cela que le culte rendu à Myriam était souvent caché. On savait qu’il serait persécuté par ceux qui s’entêtaient à dissimuler le nom de cette grande Femme Divine et cherchaient à lui substituer celui de Moïse, ce qui ne fut définitivement fait, du reste, qu’après que Philon eut écrit son De vita Mosis, ce livre dans lequel il créa une biographie miraculeuse de ce personnage imaginaire.

Pour glorifier Myriam, on faisait de petites statuettes la représentant, mais toutes petites, afin de pouvoir les cacher facilement, d’autant plus que la persécution commencée en Palestine s’étendit plus tard dans l’Empire romain.

Raoul Rochette attribue l’invention de ces petites statues aux Gnostiques, mais les Gnostiques eux-mêmes les faisaient remonter beaucoup plus haut. Les patriciennes de Rome qui les premières se convertirent au Christianisme de Johana, les adoptèrent et les substituèrent aux statuettes de la Fortune et de plusieurs autres Divinités qu’elles portaient. Et, de la même façon qu’elles avaient porté les anciennes images, elles suspendirent à leur cou, ou attachèrent à leurs vêtements, de petites images de Myriam devenue la Madona, ou bien les symboles du premier Christianisme, le Saint-Esprit continuant la colombe de Vénus, et des croix (Tau) en or ou en pierres précieuses.

On sait que c’est l’Esprit féminin qui est symbolisé par une colombe, et les Catholiques eux-mêmes l’ont affirmé, puisque saint Ambroise dit que Marie et Elisabeth prophétisaient toutes deux par l’Esprit-Saint dont elles étaient remplies.

Une tradition donne saint Jean et saint Pierre pour fondateurs de l’église de Lydda, consacrée à Marie, et qui serait antérieure aux autres.
Cependant, l’oratoire qu’Elie bâtit sur le Mont Carmel est plus ancien. Mais à qui était-il dédié ? On nous répond que son inscription le dit : Virgini pariturae, à la vierge qui devait enfanter.

Cette chapelle s’appelait Semmoeum, qui veut dire « lieu consacré à une imperière » (Hist. du Mont Carmel).

Mais cette vierge qui devait enfanter, cette imperière, c’était peut-être Johana, dont la naissance, comme celle de toutes les grandes rénovatrices, fut annoncée d’avance.

Les Carmes (du Mont Carmel) attribuèrent au prophète Agadus l’érection d’une chapelle dédiée à Notre-Dame, que les Catholiques représentent comme la première dédiée à la Vierge Marie, quoique l’église de Tortosa réclame la priorité sur celle des Carmes.

Il est bien évident que ces églises très anciennes étaient bien antérieures à la légende de la Mère de Jésus, qui n’a pas pu être inventée et se faire accepter avant le Concile de Nicée.

L’Ave Maria est antérieur au Christianisme paulinien, c’est à dire à la Mère de Jésus, puisque Ave, c’est Haveh, la Déesse d’Israël, dont le nom se met devant celui des grandes femmes pour les diviniser. Haveh-Myriam, c’est Ave Maria.

Les fidèles Israélites ne durent jamais admettre l’hermaphrodisme du nom devenu Ihaveh. C’était une altération masculiniste, puisque c’était mettre devant le nom de la Femme le « iod », signe idéographique de la masculinité. Et c’est sans doute parce qu’on discutait sur ce thème que les rabbins recommandent d’accepter les Écritures telles qu’ils les ont arrangées sans y changer un iota (un iod).

Les Catholiques ont continué, plus tard, à mettre le nom de la Déesse d’Israël Ave devant le nom de Marie qu’ils ont adopté aussi ; mais ils n’en comprenaient plus le sens divin qui, du reste, avait été si déformé par les traducteurs du Sépher. Ils traduisirent l’Ave Maria par Salve Maria, « Je vous salue », ce qui est bien différent. Ils ont donc pris le culte tel qu’il existait avant eux, sans se préoccuper des contradictions qui allaient en résulter.

Donc, le culte de Marie est antérieur au second Christianisme, celui de Jésus, il a été propagé par saint Jean et les apôtres de l’Eglise primitive et il est arrivé à une destinée extraordinaire, puisqu’un prêtre catholique, l’abbé Orsini, qui a écrit l’histoire de la Vierge en 1838, a pu dire ceci (t. II, p. 203) : « C’est la plus douce création du Christianisme aussi bien que son plus inexpugnable rempart. On ne peut toucher à ce culte sans renverser toute l’économie de notre système religieux et sans mutiler une foule d’institutions antiques et sacrées. »

On croirait, en lisant cela, que les premiers Pères de l’Eglise ont institué le culte de Marie en même temps qu’ils affirmaient Jésus ; il n’en est rien, leurs préoccupations d’affirmer les droits et la suprématie de l’homme leur firent complètement oublier la femme au début, et, si nous examinons les Évangiles qu’ils ont rectifiés et acceptés, nous n’y trouverons rien qui annonce ou répare le culte de Marie, devenu si touffu par la suite dans l’Eglise.

Cent ans avant l’ère chrétienne, on tailla dans une forêt de la Beauce, par le commandement de Priseus, chef gaulois, une image qui fut placée dans une grotte avec cette inscription : Virgini pariturae, à une vierge qui doit enfanter. Les Catholiques nous disent que saint Potentien, second évêque de Sens, que l’apôtre saint Pierre avait envoyé en France, s’arrêta à Chartres et, après avoir béni cette image, changea la grotte en église. C’est cette image qui est devenue Notre-Dame de Chartres. Or, s’il y avait, dans ce fait, une prévision, une prédiction, cela ne pouvait s’appliquer qu’à Johana, femme réelle, et non à la Vierge Marie, femme irréelle.

Baronius nous apprend que Calixte 1er fit construire, en l’an 224, une petite chapelle dans le quartier le plus populeux de Rome qui porta le nom de Notre-Dame au-delà du Tibre.

Ce n’est évidemment pas de la Vierge Marie qu’il s’agit ; c’est peut-être de l’Indienne Krishna.

A Naples, une église s’appelle Notre-Dame du Commencement.

Gênes la superbe et Venise la belle s’étaient placées sous la protection d’une « Marie » depuis un temps immémorial.

Au lit de mort, les doges de Venise se faisaient peindre à genoux devant Marie pour se conformer à une ancienne loi qui datait certainement du temps où régnaient à Venise les prophétesses de Vénus (d’où Vénétia) appelées « les Vénètes » ; c’était à l’époque où Rome s’appelait Amor, mot qui fut renversé et dont on fit Roma. (Délices d’Italie, t. I, p. 60)

Les galères génoises de cette même époque reculée sculptaient une Madone sur leur poupe, et, même de nos jours, cela se fait encore.

On trouve une Notre-Dame de la Couronne à Païenne, ainsi nommée parce que c’était là que les anciens rois de Sicile recevaient la couronne royale comme la tenant de Marie et ne la voulant porter que pour Elle (Thom. Fazollus).

On faisait des pèlerinages au Mont Saint-Michel avant que le Catholicisme eût pénétré dans la Gaule. Sur le rocher, alors entouré de forêts, où s’élève aujourd’hui la forteresse, une grotte sombre etait consacrée à Bélénus. L’endroit s’appelait « le Mont Bélen » C’est là que les nochers des Armoriques venaient acheter des flèches enchantées auxquelles ils attribuaient le pouvoir de changer les vents et de dissiper les tempêtes. (Etait-ce un symbole ?

S’agit-il des flèches de l’amour et des tempêtes de l’âme ?)

Les Chrétiens, après les Druides, prirent possession de ce site escarpé et le consacrèrent solennellement à l’archange Saint Michel (à figure de Femme) qui doit vaincre le mal (l’homme pervers). La grotte de Bélénus devint un sanctuaire dédié à l’Étoile des mers, à « Marie » protectrice des matelots.

A Toulouse, Notre-Dame de la Dorade était autrefois dédiée à la Déesse Pallas.

Notre-Dame des Champs à Paris était dédiée à Cérès. C’est saint Denis qui la consacra à Marie.

Tous les anciens symboles de la Théogonie passèrent dans le Christianisme.

Il y a une Notre-Dame du Lys près de Melun ; or le lys symbolise la pureté féminine dans la religion naturelle.

Il y a une Notre-Dame de la Colombe près de Bologne, et la colombe, attribut de Vénus, représentait le Saint-Esprit féminin. Si Astarthé est détrônée, on crée cependant une Notre-Dame de l’Etoile Villaviciosa en Portugal.

On nous dira que cette dénomination a pour but de rappeler le souvenir de cette phrase de l’Apocalypse : « Il y aura douze étoiles sur sa tête. »

C’est possible, mais l’Apocalypse a été écrite par Johana, la Vierge Marie n’y est pour rien.

En Bretagne, où les Bardes gaulois se maintinrent plus longtemps que partout ailleurs, les cantiques à Marie furent substitués, presque sans transition, aux chants terribles et mystérieux des Druides. Des ballades dialoguées, des poèmes populaires, sur des thèmes religieux, furent le fond de la musique nationale de ce peuple ; chaque ballade bretonne renfermait une invocation à Marie (Myriam s’appelle la Marjolaine chez eux), une pensée chevaleresque ou une haute moralité. Car tout se tient, dans l’ancien système théogonique, pour moraliser le peuple et lui donner le goût d’un bonheur tranquille à sa portée, l’image de la Femme Divine qu’il allait vénérer dans sa pauvre église, le cantique qui faisait le charme de la veillée, et qui était un cours de morale.

Tout lui rappelait ses devoirs envers la Femme.

Tout, dans la vie, avait alors un but : celui de faire connaître les lois de la Nature afin de prendre cette connaissance comme base de la vie sociale.

C’est ainsi que l’origine végétale fut enseignée longtemps et propagée par des chants joyeux qu’on appelait des Noëls, qui fêtaient la Nature et son grand mystère : la naissance du genre humain.

Les Noëls, avec leur teinte arcadienne, c’était le chant des forêts, la poésie riante et champêtre qui respire l’ombre des bois, c’était le chant de la Nature même, le chant du peuple, qui en comprenait alors la signification. La nuit, aux flambeaux, on parcourait la campagne, blanche de neige, en redisant les vieux Noëls qui furent les chants favoris de toutes les provinces de France.

Puis, quand les rigueurs du temps tinrent les gens enfermés au logis, on continua à chanter autour de l’arbre de Noël, mettant ainsi un peu de la forêt chez soi.

Le premier Christianisme avait remis en honneur la science de Myriam, l’origine végétale ; il respecta donc la musique et la poésie des anciens Bardes qui propageaient encore, peut-être inconsciemment, la science antique.

Ce ne fut qu’après Constantin qu’on changea le culte en substituant la Marie, Mère de Jésus, à l’antique Marie, auteur du Sépher. Alors, l’erreur vint faire cesser les chants joyeux de la Nature, on les profana en y introduisant son absurde et mensongère légende d’un homme mort sur une croix.

Et c’est la naissance de cet homme irréel que l’on célébra le jour où l’on avait chanté la naissance végétale du genre humain.

Les images de Myriam étaient en haute vénération dans tout le Levant à l’aurore du premier Christianisme.

On croit que saint Luc fit une image de Marie, et cette croyance s’est si bien propagée plus tard que plusieurs églises, fondées à des époques diverses, prétendent posséder cette peinture de Luc.

Ainsi, Notre-Dame de Clermont, près de Cracovie, prétend posséder une image de Marie faite par Luc. Notre-Dame de Talan, près de Dijon, a la même prétention. Notre-Dame de la Garde, près de Bologne, en Italie, possède une peinture qui était à Sainte-Sophie de Constantinople (la Déesse des Gnostiques), sur laquelle on lit cette inscription : Ce tableau peint par saint Luc doit être porté sur le mont de la Garde et posé sur l’autel de l’église. Il fut porté en Italie en 433. A propos de la dédicace de Notre-Dame de Naples, dite Sainte-Marie Majeure, par le pape Jean II, l’an 533, on lit ceci : « On a conservé dans cette église une image de Marie faite par saint Luc ».

Ces renseignements me sont donnés par le calendrier historique des fêtes et fondations dédiées à Marie. En dehors de toutes les images de Marie attribuées à Luc, on croit que les Ioniens possédèrent longtemps une Marie à Éphèse. Dans cette ville restée attachée au culte des Déesses, des églises furent dédiées à Marie dès le premier Christianisme.

Et c’est sans doute pour cela que les Pères de la seconde Eglise y tinrent un concile.

L’abbé Orsini dit : « En 403, les Pères du concile général d’Éphèse déclaraient que cette grande ville tirait son principal lustre de saint Jehan l’évangéliste et de Marie.

« Là, disaient-ils, Jehan le théologien et Marie étaient honorés dans des églises pour lesquelles on avait une vénération spéciale ; on croit que cette vénération était traduite par des peintures sacrées. »

Ceci était vrai, en effet, et une de ces peintures a été retrouvée après la Réforme ; voici comment :

Le Polonais Jean Sobieski, après sa victoire sur les Turcs au siège de Vienne, entra dans la ville délivrée et alla chanter un Te Deum devant l’autel de Notre-Dame. Il envoya au Pape l’étendard vert de Mahomet, mais il garda pour lui un vieux tableau qu’on avait découvert dans les ruines du village de Wishau ; on y voyait une Notre-Dame de Lorette, dont la couronne était soutenue par deux anges, portant dans leurs mains des rouleaux avec ces inscriptions :

In hac imagine Mariae, vinces, Johannes.
(Par cette image de Marie, Jean, tu vaincras.)
In hac imagine Mariae, victor ero, Johannes.
(Par cette image de Marie, moi, Jean, serai vainqueur.)

Jean Sobieski destina ce tableau à la chapelle royale de Zolkiew.

Les premières images de Marie qui décoraient les églises des Syriens et celles de l’Asie Mineure étaient peintes sur bois, avec des couleurs que rendait solides et brillantes un mélange de cire liquéfiée. Telles furent les fameuses images d’Edesse en Mésopotamie, de Seydnai dans le voisinage de

Damas, de Didine en Cappadoce, de Sosopoli en Pisidie, de Philerne dans l’île de Chypre, et enfin d’Antioche. Devant ces images brûlaient des lampes perpétuellement allumées (symbole du pur Esprit féminin), et c’est là que les savants et les saints du temps venaient apporter leurs hommages.
Notre-Dame de Philerne, dans l’île de Chypre, fut emportée par les chevaliers de Rhodes lorsqu’ils durent abandonner l’archipel au croissant des Mahométans.

On ne peut nier l’existence de ces images de Marie à une époque où personne ne pensa jamais à peindre des Jésus.

ÉTAT POLITIQUE DE LA JUDÉE AU 1ER SIÈCLE DE NOTRE ÈRE

La Palestine fut morcelée par la mort d’Hérode et partagée entre ses fils (4 ans avant notre ère).

Archélaùs eut la Judée et la Samarie ; Antipas, la Galilée et la Pérée ; Philippe, l’Iturée.

L’an 6 après notre ère, Archélaùs fut déposé et exilé en Gaule.

La Judée, réduite en province romaine, fut gouvernée par des procurateurs résidant à Césarée, dont la série n’est interrompue que pendant les trois ans de royauté d’Agrippa 1er, petit-fils d’Hérode.

C’est le cinquième de ces procurateurs, Ponce-Pilate, qui, d’après les Catholiques, aurait fait crucifier Jésus. Rien dans l’histoire ne justifie cette affirmation d’un homme crucifié à cette époque.

Ces procurateurs étaient tous exacteurs et despotes, ce qui irritait le peuple. C’est ce mécontentement qui fit surgir les Zelotes, qui promettaient au peuple des consolations par la voix de leurs faux prophètes.

La mort d’Hérode fut suivie d’une véritable anarchie. Dans la Judée propre, que Rome avait laissée à Archélaùs sans lui accorder le titre de roi, la révolte éclata de tous côtés ; les uns demandaient l’abolition du principat des Hérodes ; les autres osèrent s’insurger contre les Romains eux-mêmes.

Au bout de dix ans, Archélaùs fut déposé par les Romains et la Judée propre fut réunie à la province romaine. Elle fut gouvernée par un procurateur de César ; des soldats romains tinrent garnison dans Jérusalem ; un recensement fut ordonné et exécuté, et cette mesure provoqua de nouveaux soulèvements. Mais l’anarchie n’eut qu’un temps et Jérusalem demeura romaine en apparence.
Cependant, le despotisme romain avait bien de la peine à la contenir. Dès qu’on touchait, ou qu’on paraissait toucher à la religion, il se produisait des émotions menaçantes.

C’est que déjà Johana et ses disciples avaient commencé leur propagande.

C’est pendant ces temps troublés que des fanatiques, des aventuriers, des ambitieux, s’élevaient de toutes parts et prenaient le titre de roi.

LES ISRAÉLITES EN OCCIDENT

Pour fuir le désordre qui régnait en Judée, les Israélites émigrèrent vers l’Occident, vers Rome, vers Alexandrie, centre intellectuel où on pouvait faire de la propagande. Il y en avait dans tout l’Empire romain du temps d’Auguste. A Rome, on en comptait 8.000 ; leur religion était à la mode, ce qui frappe et étonne Horace.

Mais il ne faut pas confondre les Juifs et les Israélites, comme sans doute le faisaient les Romains, et comme le font encore presque tous les historiens modernes. Les Sémites formaient deux partis en lutte. Les Israélites restèrent toujours séparés du monde juif, qui représentait pour eux l’usurpation du pouvoir religieux ; ils gardaient fidèlement leurs principes théogoniques et leur grande loi morale. Partout où ils allaient, en Egypte, en Perse, à Babylone, en Grèce, à Rome, ils se sentaient une supériorité morale et intellectuelle qui les rendait hautains et dédaigneux, et c’est ce qui les faisait haïr des autres peuples ; ils avaient une dignité qui résultait de leur éducation morale, de leurs principes fidèlement gardés, de leur vénération pour leurs grandes Femmes, les Prophétesses qui avaient été les « Lumières d’Israël ».

M. Réthoré dit des Juifs, qu’il confond avec les Israélites, qu’ « ils semblent n’être jamais sortis des temps fabuleux » ; Quel éloge !

La confusion qui s’établit plus tard entre les Juifs et les Israélites commence au premier siècle.

Les Juifs, qui sont partout méprisés, se font appeler « fils d’Israël », croyant par cette supercherie reconquérir l’estime perdue.

Pour comprendre la persécution dirigée par les Gentils contre les Sémites, il faut savoir que ce sont les Israélites féministes qu’on persécute, et non les Juifs qui les ont renversés pour établir un régime masculiniste.

En l’an 19, il y avait déjà à Rome une propagande Israélite dont le succès irritait le Sénat et l’Empereur. « On prit des mesures, dit Tacite, pour faire disparaître les cultes de l’Egypte et de la Judée. »

Flavius Josèphe raconte qu’à la suite d’une aventure scandaleuse où se trouvaient mêlés des prêtres d’Isis, les gens compromis furent mis en croix et la statue de leur Déesse jetée dans le Tibre.

Voilà un fait qui nous donne une idée de la façon dont on traitait les partisans de l’ancienne Théogonie. Je souligne les mots mis en croix pour que l’on comprenne bien que c’est là le supplice infligé à ceux, mais surtout à celles, qui persistent à rendre un culte aux Déesses.

La confusion établie par les auteurs latins entre les Juifs et les Israélites, qui, pour eux, ne sont tous que les habitants de la Judée, rend difficile la distinction à faire entre les deux partis.

Ainsi, on célébrait à Rome le Sabbat et Ovide conseille aux jeunes gens d’aller ce jour-là dans les synagogues pour y trouver des maîtresses. Mais les Juifs n’admettaient pas les femmes dans leurs synagogues ; il s’agit donc des Israélites qui propageaient l’ancien culte caché dans les Mystères.

Du reste, les Chrétiens johanites étaient suspectés à cause du soin qu’ils mettaient à tenir secrètes leurs réunions, ce qui faisait supposer qu’ils y tramaient des complots contre l’Empire. Et c’était vrai, car ils ne voulaient pas seulement restaurer la loi morale, mais changer les institutions sociales.
Josèphe dit des Israélites qu’ils furent chassés de Rome (Tanche dit de l’Italie), à cause des manœuvres d’un intrigant « qui prêchait dans Rome la loi de Moïse ». Il était assisté de trois hommes de la même moralité. Ils avaient converti une dame Fulvia, femme de la plus grande distinction, à qui ils avaient escroqué des sommes considérables, sous prétexte d’offrandes au temple de Jérusalem. Son mari se plaignit à l’Empereur, qui s’en prit à tous les Juifs.

« Un sénatus-consulte, dit Tacite, décida que 4.000 hommes de sang affranchi et d’âge propre à porter les armes seraient embarqués en Sardaigne afin d’y servir contre les brigands. Le reste devait être banni, à moins d’abjurer, dans un temple donné, un culte sacrilège. »

Parmi les 4.000, beaucoup se laissèrent tuer plutôt que de se soumettre au service militaire, dit Josèphe.

Je vois dans ceci un prétexte pour bannir les Israélites, en leur imputant un délit commis par des Juifs.

Il est probable que c’est alors que les Israélites appelés Chrétiens se cachèrent dans les Catacombes.

On sait que ces premiers Chrétiens étaient des propagandistes ardents ; ils convertissaient assez de monde pour porter ombrage à la religion romaine et même à l’Etat. On les persécuta, et de la persécution sortirent des millions de confesseurs et de martyrs.

Tacite (né vers 50, mort sous Hadrien) désigne les Chrétiens par ces mots : « Les malheureux abhorrés pour leurs mœurs infâmes et vulgairement nommés Chrétiens, capables de tous les dérèglements et de tous les crimes » (Annales, I, XX, 44).

Puis il dit :
« Pour faire tomber les rumeurs qui l’accusaient, Néron offrit en pâture d’autres coupables et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d’hommes détestés pour leurs abominations, et que le vulgaire appelait Chrétiens. ».

Tacite ne cite pas Jésus ; il continue :
« Réprimée ainsi un instant, cette exécrable superstition débordait de nouveau, non seulement dans la Judée où elle avait sa source, mais dans Rome même où tout ce que le monde renferme d’infamies et d’horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d’abord ceux qui avouaient leur secte, et, sur leurs révélations, une infinité d’autres qui furent bien moins convaincus d’incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leur supplice un divertissement ; les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d’autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en guise de flambeaux.
Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s’ouvraient à la compassion en pensant que ce n’était pas au bien public, mais à la cruauté d’un seul qu’ils étaient immolés. » (Traduction Burnouf.)

« Les Chrétiens, disait Suétone (né vers 65), sont une espèce d’hommes adonnés à une superstition nouvelle et dangereuse » (Néron, 16).

Mais la persécution que l’Empire impie, comme disaient les Israélites, dirigea contre les Chrétiens, éclata sous Tibère en l’an 36 et devint terrible en l’an 44, sous le règne de Claude.

La persécution de Néron eut lieu en 64.

Cette accusation de haine pour le genre humain, dirigée contre des gens qui prêchaient l’amour du prochain, est celle que les masculinistes adressent toujours aux féministes, qui enseignent la Loi morale. Là est le motif réel de la persécution : la révolte des femmes contre la débauche des hommes. C’est la doctrine de Johana qui résume cette révolte, puisque c’est elle qui rappelle l’éternelle loi des sexes. C’est ce qui irrite les hommes ; c’est pourquoi ce sont les empereurs les plus débauchés qui persécutent les Chrétiens, parce qu’ils apparaissent comme préconisant une renaissance morale. Comme toujours en pareil cas, on les accuse des méfaits qu’ils reprochent aux hommes. On les couvre de boue.

Cette haine pour les Chrétiens, on pourrait la traduire ainsi : « Vous n’aimez pas les vices de l’homme, donc vous n’aimez pas l’homme. »

Du reste, on reprochait aussi, à ceux qui propageaient la Science cachée, de fermer aux hommes « le Royaume du Ciel », qui n’était que pour la Femme, croyait-on.

Il y avait malentendu, accusation d’exagération, parce qu’on ne comprenait pas la loi des sexes, absolument comme cela a lieu dans les temps modernes.

Il est vrai que l’on disait que ce Royaume du Ciel ne pouvait être ouvert que par le Messie-Femme de filiation divine (féminine) ; cette filiation de David faisait partie de la doctrine secrète. C’est du reste affirmé dans l’Apocalypse.

Fréret nous dit dans son ouvrage sur le Christianisme (t. II, p. 173) : « Lorsque l’empereur Claude chassa les Juifs (mis pour Israélites) de Rome, Suétone dit qu’il les chassa à cause des bruits continuels qu’ils excitaient par rapport à un certain Christus. »

Suétone, né vers 65, et qui vivait un siècle après l’époque assignée à Jésus, ne le cite pas, il ne le connaît pas, son nom n’est pas encore populaire et la persécution n’est dirigée contre les Chrétiens qu’à cause de Christus, qui ne représente alors qu’un principe vague de suprématie féminine.

La lettre de Pline à Trajan constate aussi la lutte contre les premiers Chrétiens.

LE COMMUNISME DES PREMIERS CHRÉTIENS

Le règne du christianisme primitif fut une des plus belles époques de l’humanité, une rénovation qui apportait aux hommes une source nouvelle de vérités philosophiques, et de justice sociale.

Le premier Christianisme enseignait le plus pur rationalisme et aurait dû imprimer un progrès dans toutes les directions de l’Esprit et dans toutes les réalisations sociales si une réaction violente n’était venue stériliser ses effets en faisant prendre à la religion une direction opposée à celle qu’il avait indiquée.

La société chrétienne, à son berceau, fut une communauté.

Celle qu’on appelait la communauté de Jérusalem fut très florissante. Elle fut dispersée lors de la première persécution qui eut lieu en l’an 36.

Mais, loin de détruire l’idée d’un communisme, cela ne fit que l’aviver, en donnant un développement inattendu et rapide à d’autres communautés.

Le sang des martyrs versé pour la grande cause de la Vérité et de la Justice sociale a toujours ce résultat.

Le Christianisme de la primitive Eglise, alors que les Chrétiens ne formaient qu’un peuple de frères, fut fertile en faits héroïques et en conceptions gigantesques de rénovation sociale universelle.

C’est à la secte des Esséniens que remonte le germe d’où ils sortirent.

Quelques mots sont donc nécessaires pour en rappeler l’origine.

L’ORDRE DES ESSÉNIENS

Les Esséniens, philosophes pythagoriciens, avaient une grande réputation de sainteté et de savoir ; ils gardaient les traditions de la Science antique, étaient d’une vertu et d’une droiture exemplaires et ne prononçaient jamais de paroles profanes ; ils avaient un langage d’une grande correction.

Ils avaient aussi le mépris des richesses et vivaient en commun suivant les lois du régime maternel ; il n’y avait parmi eux ni riches ni pauvres.

Pour faire partie de leur religion, il fallait commencer par verser tous ses biens à la caisse de la communauté, ainsi qu’on le faisait chez les Pythagoriciens.

C’est cet usage qui s’est perpétué dans le symbolisme maçonnique et en vertu duquel le nouvel initié doit, avant d’entrer dans le temple, déposer son or, son argent et ses bijoux.

Leurs vêtements étaient blancs ; ils ne les renouvelaient pas continuellement, comme les profanes, mais les portaient jusqu’à leur usure complète.

Leur journée était réglée. La Mère-directrice dirigeait le travail de chacun, lui donnant la tâche à faire dans la journée, et ils travaillaient avec assiduité pendant cinq heures. Après le travail, ils faisaient leurs ablutions avec de l’eau froide, le corps entouré de ceintures de lin que le tablier maçonnique rappelle symboliquement.

Les repas (agapes) se faisaient dans une salle commune ; ils se mettaient à table avec ordre et discipline, jamais la salle de réfectoire n’était profanée par le tumulte ou le désordre ; on parlait avec discrétion, les uns après les autres, sans se contredire, sans crier.

Les communautés religieuses ont gardé ces coutumes, mais en ont diminué la dignité depuis qu’elles ont perdu la parole de vérité.

Un orateur disait une sorte d’oraison avant et après le repas, usage qui s’est conservé dans les agapes maçonniques. La nourriture était végétarienne.

Après le repas, ils déposaient les vêtements de cérémonie qu’ils avaient pris pour se présenter à la table commune, usage qui est aussi resté chez les gens dits bien élevés, qui dans les classes supérieures de la Société s’habillent pour assister aux repas. Ils reprenaient ensuite leurs travaux jusqu’au crépuscule.

Le soir, le souper les réunissait de nouveau, eux et leurs invités de la même secte, car les profanes étaient exclus de leurs agapes.

Le travail était distribué suivant les facultés de chacun.

Les esprits supérieurs s’occupaient de philosophie et de médecine, ce sont ceux-là qu’on appelait les Thérapeutes ; ils étudiaient la Nature, cherchaient les propriétés des végétaux et des minéraux et posaient les bases des vraies sciences médicales.

Ils voyageaient souvent. Leur secte était établie sur les côtes occidentales du lac Asphaltite, mais elle avait des ramifications dans nombre de régions.
Quand les Esséniens voyageaient, ils n’emportaient rien avec eux (mais étaient armés d’épées, comme les chevaliers). Dans chaque ville, un membre de la secte, portant le nom d’hospitalier, fournissait à ceux qui arrivaient les objets de première nécessité.

C’est cet usage qui a laissé dans la Franc-Maçonnerie le titre d’hospitalier à un des sept dirigeants d’une Loge, alors que, dans la Société moderne, cette fonction ne s’accomplit d’aucune façon, si bien que l’on ne comprend pas ce que fait l’hospitalier dans les Loges modernes.

Les Esséniens n’achetaient et ne vendaient rien entre eux.

Celui qui avait besoin de quelque chose le demandait à celui qui pouvait le lui donner.

Il régnait parmi eux une véritable fraternité, comme cela existe entre frères et sœurs, dans une famille unie.

L’historien Josèphe prétend qu’ils étaient comme des enfants placés sous la surveillance d’un Maître ; c’est d’une Mère qu’il faut dire, ce qui est bien différent.

Les masculinistes qui ont parlé des Esséniens ont appelé cette Mère leur curateur ou chef, pour ne pas avouer qu’il s’agit d’une direction féminine.

TRAHISON

Il faut bien connaître la nature humaine pour comprendre l’histoire.

Les instincts masculins, poussant l’homme dans une autre voie que celle qui est suivie par les femmes, amènent infailliblement des défections, des réactions, des trahisons. C’est ce qui se produisit parmi les premiers Chrétiens.

Dans la première Épître de Jean, nous lisons ceci :

18. — Mes enfants, le dernier temps est venu, et comme vous avez entendu dire que l’Antéchrist doit venir, aussi y a-t-il déjà plusieurs Antéchrists, par où nous connaissons que le dernier temps est venu.

19. — Ils sont sortis d’entre nous, mais ils n’étaient pas des nôtres, car s’ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous ; mais cela est arrivé afin qu’il parût que tous ne sont pas des nôtres.

Pour bien comprendre ceci, il faut savoir que l’Antéchrist est le nom général donné à l’homme qui se met devant la Femme (ante, devant, christ, suprématie féminine).

Une réaction masculiniste se produisait donc, qui allait tout renverser, c’est-à-dire transporter dans le sexe masculin tous les faits qui convergeaient autour du sexe féminin.

On allait garder l’idée d’un Messie, mais on allait en faire un homme, et c’est par réaction masculiniste qu’on annonce l’arrivée d’un fils de l’homme.

C’est parce que la Déité va changer de sexe que l’on va dire « Dieu s’est fait homme », c’est-à-dire a pris la forme masculine, l’Anthropomorphisme. Jusque-là, la Divinité des Israélites, « Hévah », n’a pas eu de masculin.

LES NAASSÉNIENS

Cependant, on ne passa pas directement du féminin au masculin, il y eut des étapes de transition.

Une secte nouvelle se forma, celle des Naasséniens, qui fondèrent l’Anthropogonie.

Cette secte annonçait aussi la résurrection du Christ, mais on en faisait un être hermaphrodite ; de là leur titre : Anthropogonie (homme-femme).

Mais remarquons que, dans ce mot composé, ils mettent déjà le masculin avant le féminin. Ceci indique que ce sont des hommes qui fondèrent cette secte sur l’égalité des sexes, telle qu’ils l’entendent, c’est-à-dire en mettant l’homme le premier.

En effet, les Naasséniens avaient créé une science basée sur l’égalité des sexes, qui glorifiait l’homme-femme, passage dangereux qui conduisit l’homme à la place supérieure dont il expulsa la femme dès qu’il se vit son égal.

Dès que Christ fut devenue neutre, on vit une foule de charlatans se déclarer « Christos », ce qui causa un grand scandale.

On les appelait les « faux Messies ».

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