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Livres de Femmes, Livres de Vérités (6) De l’Israélisme au Judaisme – 4/4

« Rabbi Hagaï dit au nom de Rabbi Yitshak : Les matriarches étaient prophétesses » Talmud

« … tout ce que Sarah te dira, écoute sa voix ! » Genèse 21, 12

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique

5ème chapitre : La guerre des sexes dans la Grèce antique
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6ème chapitre : De l’Israélisme au Judaisme
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Chapitre 6 suite

LES PROPHÉTESSES D’ISRAËL

Les livres des premiers prophètes du peuple hébreu, Josué, les Juges, Samuel, sont considérés comme des ouvrages anonymes. Le Livre des Rois est également anonyme. On les attribue tous aux premiers prophètes.

Le soin qu’on mit à supprimer les noms de ces auteurs lorsque le sacerdoce masculin eut triomphé, les altérations qu’on fit subir aux écrits primitifs, sont des indices d’une grande valeur pour reconstituer la Vérité. Si les ouvrages avaient été écrits par des auteurs masculins, les hommes n’auraient pas manqué de les nommer pour les glorifier.

Du reste, le contenu des livres dit assez dans quel esprit de reproche et de récrimination ils ont été conçus.

C’est dans les Chroniques, livre qui parut vers 300 et qui est destiné à établir la filiation par les mâles, depuis Adam, alors que jusque-là elle n’avait existé que par les Femmes, c’est dans les Chroniques que nous voyons mentionnés, avec une intention apparente de supercherie, les noms masculins donnés aux prophètes.

Les grandes Prophétesses sont : Isaïe de Jérusalem (de 740 à 710), Jérémie et Ezékiel.

Puis on cite douze petits prophètes, dont :
– Osée, de la tribu d Issachar, qui vivait du temps d’Isaïe.
– Joël, de la tribu de Ruben. C’est Elle qui suppose qu’après les jours de dispersion et de douleur, soufferts par les femmes, il surgira des vengeresses envoyées de toutes les nations et réunies dans la vallée de Josaphat pour demander compte aux hommes de leur conduite envers les femmes.

C’est de cette image qu’on a tiré l’idée du Jugement dernier.

Les Prophétesses parlent avec véhémence pour la Justice, mais n’ont aucun tribunal pour la rendre, aucune sanction. Les tribunaux, les sanctions légales ne commencent qu’avec le régime masculin et pour sanctionner des lois injustes.

Les Prophétesses portent loin leur vue et s’efforcent de montrer dans quel rapport sera l’avenir avec le présent. C’est ce dernier trait de leur esprit, faussé plus tard par une tradition mal comprise, qui leur a attribué le don de double vue, la faculté de prédire les choses futures.

C’est dans les grandes inspirées du 8ème siècle que le vrai caractère des Prophétesses se révèle.

Dans leurs pensées d’avenir, ce n’est pas la nation qui les préoccupe, c’est le parti de la Vérité et de la Justice, représenté alors par les fidèles partisans de Hevah ; c’est ce parti qui est sous-entendu dans ces mots : « le Peuple d’Israël ».

Dans leurs écrits règne l’idée dominante que tous les peuples de la Terre finiront par se convertir à Hevah et que cette conversion inaugurera une ère de prospérité et de bonheur.

Mais le règne de l’homme devait être long encore, et, loin de se soumettre à l’autorité morale de la Femme, il allait s’enfoncer de plus en plus dans les aventures guerrières, abandonnant l’agriculture, cherchant la conquête et non la paix, laissant le travail aux esclaves, donnant l’autorité aux plus forts et faisant régner partout la folie alors que les prophètes étaient venus les rappeler à la raison.

LA PERSONNALITÉ D’ISAÏE

M. Lichtenberg, dans son Dictionnaire des sciences religieuses, commence l’article qu’il consacre à Isaïe en disant ; « Le prophète avait une femme d’un mérite remarquable ». Or, comme le mariage n’existait pas à cette époque, comme la femme ne quittait jamais son nom pour prendre celui d’un homme, il faut en conclure que cette femme remarquable était bien réellement le seul et unique « Prophète » désigné sous le nom d’Isaïe.

Son nom s’écrit en hébreu Yesha-Yahu. ce qui signifie « salut de Haveh », Les Septante l’ont altéré.

Nous ne voyons pas la nécessité de mettre près d’elle un homme qui nous traduise ses idées éminemment féminines.

D’autre part, il existe parmi les apocryphes chrétiens (les livres que le Catholicisme n’a pas acceptés) un ouvrage intitulé « l’Ascension d’Isaïe le voyant », dans lequel on raconte comment Isaïe fut mis à mort par Manassé, obéissant aux suggestions de Balkira. Cette mort est tragique.

Voici comment elle est racontée d’après les commentaires hébraïques et les écrivains arabes (d’après Tabari) :

Isaïe, persécuté pour avoir blâmé les Juifs, s’enfuit et se cacha dans un arbre, mais Iblis saisit un pan de son manteau au moment où l’arbre se refermait et le dénonça aux Juifs qui scièrent l’arbre et le prophète.

Ce genre de supplice avait déjà existé en Perse où Djemschid fut aussi scié. On trouve dans les récits occidentaux l’expression « scie de bois », que ce récit explique, et cette expression est restée dans le langage vulgaire : on dit encore « scier le dos » pour exprimer l’ennui qu’on éprouve à entendre des remontrances comme celles d’Isaïe.

JONAS

La Bible vulgaire met Jonas au nombre des prophètes.

Un petit livre ridicule, qui du reste n’a que 4 chapitres, raconte que Jonas fait un voyage en mer pour s’enfuir d’un endroit où il est poursuivi. Une tempête met le vaisseau en danger, et les marins, sachant que c’est la présence de Jonas qui en est la cause, le jettent à la mer. Voici le texte qui suit :

« Mais l’Eternel avait préparé un grand poisson pour engloutir Jonas, et Jonas demeura dans le ventre du poisson 3 jours et 3 nuits.

« Et Jonas, dans le ventre du poisson, appela l’Éternel et lui dit : « Tu m’as jeté au profond, au cœur de la mer, et le courant m’a environné, tous tes flots et toutes tes vagues ont passé sur moi ; et j’aurais dit : Je suis rejeté de devant tes yeux. Cependant je verrai encore le temple de ta sainteté ! Les eaux m’avaient environné jusqu’à l’âme ; l’abîme m’avait enveloppé de toutes parts ; les roseaux m’avaient entouré la tête. J’étais descendu jusqu’aux racines des montagnes, mais tu as fait remonter ma vie hors de la fosse ».

Alors l’Eternel fit commandement au poisson et il vomit Jonas sur le sol. »

Et cette littérature est appelée « L’ÉCRITURE SAINTE », et on enseigne cela à nos enfants.
Mais les choses absurdes ne se font pas de premier jet dans une forme aussi stupide. Ce sont toujours d’anciens récits qu’on ne comprend plus et dont on a voulu cacher la signification primitive. Cherchons-en l’origine :

Lorsque éclatèrent les grandes luttes de sexes dans l’antiquité lointaine, les masculinistes prirent comme trophée le Lingam (nom sanscrit du phallus), on les appela « Lingajas ».

Les féministes prirent comme emblème la Yoni (le ctéis des Grecs, organe féminin). On les appelait « Yonijas » ou Ioniens (d’où Jonas), nom qui deviendra celui de l’archipel grec où les femmes se réfugièrent.

Quand la femme fut vaincue dans la lutte, elle s’enfuit et se cacha, tout en clamant sa douleur : « J’ai été retranchée, jetée au fond d’une mer d’amertume, les flots de ta méchanceté, les vagues de ta perversion ont passé sur moi, et je disais : Je suis rejetée de devant tes yeux, mon âme a sombré dans l’abîme qui m’a environnée de toutes parts. »

Voilà des phrases que l’on retrouve dans le livre de Jonas.

C’est que l’ennemi qui l’avait terrassée et humiliée lui avait pris sa place :

– En Egypte, c’est Hermès, nom générique de la classe sacerdotale ; c’est lui que les femmes représentent comme le grand crocodile du Nil qui veut les dévorer.

– En Grèce, la légende prend une forme différente : Le monstre marin est représenté par le Minotaure caché dans le labyrinthe, symbole de la science sacrée dont Hermès a fait un dédale auquel on ne peut plus rien comprendre : c’est la Théologie masculine. Mais le Minotaure doit être tué par celui qui sort du labyrinthe guidé par le fil d’Ariane, qui représente la lumière de la science féminine.

– Chez les Hébreux, le monstre marin qui engloutit la femme, c’est le grand Léviathan, la caste lévitique.

Partout c’est le Prêtre.

La femme, avalée par le monstre, c’est-à-dire supprimée du monde, cachée symboliquement ou réellement dans des cavernes, des cryptes, représente sa défaite dans les Mystères. Le thème habituel est celui-ci : La Déesse a été tuée, elle est descendue aux enfers, ou au tombeau, (ou dans le ventre de la baleine), mais après un temps (on dira 3 jours), elle ressuscitera, elle reviendra à la vie sociale, elle reprendra sa place dans le monde et son règne.

C’est le fond de toutes les légendes religieuses. Un Dieu meurt, descend au tombeau, ressuscite le troisième jour.

Thevet appelle les Mystères des Cabires Iaonas ou Ioniennes.

C’est par des espèces de représentations que l’on fait comprendre les vérités cachées. C’est pour cela que, dans la corruption inévitable du langage, on arrivera à dire « jouer les Mystères ».

On appelait Band la confrérie chargée de jouer les Mystères (de là bande, troupe), et on appelait Koor l’enceinte où se faisaient les florales (les tenues) ; ce Koor est devenu Coro et finalement désigne le chœur de nos églises.

C’est de Koor et de Band qu’on a fait Corybantes. Trois de ces Corybantes portaient des emblèmes particuliers, comme aussi trois personnes appelées Iaonas.

Jaona est un ancien nom qu’on retrouve au bord du Gange.

A Babylone, c’est J-oannès. Chez les Latins, il deviendra Janus, quand l’homme disputera le pouvoir à la femme. Alors il aura deux faces, l’une féminine, Jana, l’autre masculine, Janus.

Quand les prêtres de la Floride usurpèrent le sacerdoce féminin, ils se firent appeler Jaonas. C’est de ce nom, du reste, qu’on a fait le Jonas de la Bible. En hébreu, le mot IONAH signifie l’Esprit féminin symbolisé par la colombe, c’est lui que les Gnostiques appellent Notre-Dame le Saint-Esprit.

La Franc-Maçonnerie a gardé le souvenir de ce Mystère dans son 23e degré, intitulé « Chef du Tabernacle ». Les illustrations du rituel montrent le monstre marin avalant des femmes. C’est le crocodile égyptien, ouvrant une gueule immense, dans laquelle s’engouffrent les Yonijas, que ses griffes terribles tiennent clouées sur le sol. Mais Eblis, l’Ange de lumière, arrive armé d’une épée et d’un bouclier sur lequel se trouve le mot Ratio, et il va combattre le monstre.

LE ROYAUME D’ISRAËL VAINCU (722)

Les efforts des femmes pour ramener les hommes de leur temps à la vertu furent sans succès.

Les passions, comme un torrent déchaîné, brisaient tout. Les prédications des Prophétesses eurent comme résultat, le déchaînement, contre elles, de la colère des hommes.

C’est dans les convulsions de la lutte, sans cesse renouvelée, contre les usurpateurs de l’autorité féminine, qu’Israël tomba sous les coups des Assyriens (722).

Le « roi d’Assour » ne se contenta pas de déporter Israël en Assyrie, il fit un échange de population. « Il établit dans la ville de Samarie, à la place des Israélites, des « Colons » venus de Babylone, de Koutah, d’Ava, de Hanat et de Sépharvaïm. »

Ici un petit incident qui est une parabole.

On raconte que, « après que ces étrangers furent établis, ils ne révéraient pas Hevah, qui envoya contre eux des lions qui firent un carnage parmi eux ».

Ce qui signifie que les hommes du pays, ne pouvant s’habituer aux idées nouvelles de ces étrangers, les tuèrent. Et quoique le roi d’Assour leur envoyât un prêtre d’Israël pour les instruire de la religion du pays, on vit régner la plus grande diversité dans la forme du culte. Chaque ville avait sa divinité et l’adorait à sa manière.

Ainsi finit le petit royaume du Nord qui s’était conservé, dans ses montagnes, fidèle au régime féministe ; il avait été constamment faible, humilié, menacé, mais il avait subsisté cependant plus d’un siècle à Samarie, et il était plein de vitalité encore lorsqu’il semblait périr, pour revivre aussitôt.

LES JUDÉENS DEPUIS L’AN 700 JUSQU’À LA DÉCOUVERTE DU LIVRE DE LA LOI (622)

L’histoire de cette époque est pleine de récits de faits miraculeux, c’est-à-dire de divagations racontées par les auteurs des siècles suivants, qui, à partir de ce moment, font de la religion un tissu d’absurdités.

On nous parle du serpent d’airain de Moïse, pour la première fois, ce qui prouve qu’on vient de l’inventer.

Le serpent (ancien emblème de l’homme pervers) ayant pris une grande place dans le nouveau culte, on voulut, pour lui donner du prestige, le faire remonter à l’auteur de la Thorah qu’on fait lentement évoluer vers le sexe mâle.

Après la prise de Samarie, les tentes des prostituées se dressèrent sur les hauts lieux de la Judée « au grand scandale d’Israël ».

Ezéchias ramena un instant à la morale le peuple de Juda, il abolit les bamoth, brisa les colonnes (emblèmes mâles comme les obélisques), extirpa les Astaroth (statuettes ridiculisant la Déesse) et mit en pièces le serpent d’airain.

Une autre version nous dit que la destruction des hauts lieux par Ezéchias fut pour tous un scandale. On trouvait que c’était diminuer le Dieu pour grandir le Prêtre. Le nom d’Ezéchias reste associé à ce scandale, qui semblait une nouveauté téméraire.

Mais le fils d’Ezéchias, Manassé (de 690 à 642), n’eut rien de plus pressé que de rétablir ce que son père avait aboli. Il releva les bamoth, dressa des autels à Baal et fit une Astaroth. Et il fit passer son fils par le feu, manière de servir le Dieu mâle, Moloch. Puis il se fit passer pour devin et rendit des oracles.

Manassé, le grand impie, le grand criminel, se fit glorifier.

Le Livre des Rois présente son règne comme exempt de tribulations, lui qui « répandit à grands flots le sang innocent jusqu’à en remplir Jérusalem, d’un bout à l’autre ».

Et l’histoire dit : « Il vécut paisiblement, il fit élever des constructions dans sa capitale et mourut sans troubles. »

Ammon, fils de Manassé (de 642 à 640), ne valut pas mieux que son père. Il fut mis à mort par ses serviteurs et remplacé par son fils Josias, un enfant de 8 ans (en 640).

Ewald suppose que ce fut Manassé qui détruisit la fameuse « Arche d’Alliance » dont on regrettait la perte du temps de Jérémie.

C’est 7 ou 8 siècles plus tard qu’on accusa Manassé d’avoir fait scier en deux la prophétesse Isaïe, cachée dans un arbre.

Si la légende a été si tardive à parler de ce fait, c’est que probablement, on n’osait pas le dire pendant les époques de terreur que le pays traversait alors.

Un temple de Moloch était situé dans la vallée de Hinnom, celui que Josias fit détruire « pour que personne ne fît plus passer son fils ou sa fille par le feu ».

C’est que, en effet, le passage par le feu des premiers-nés était la base du culte mâle du Dieu Moloch, affreux taureau de fer rempli de feu.

Et l’on disait : « C’est le feu qui dévore ; ce qui est mangé par le feu est mangé par Dieu. »

Le premier-né pouvait être racheté pour une somme appelée « l’argent des vies ».

Les horribles sacrifices d’enfants, qui furent la honte du 7ème siècle avant notre ère, avaient été inconnus avant cette époque, dit Renan.

La vallée de Hinnom où avaient lieu ces horreurs (en hébreu Ge-Hinnom) est celle où Manassé avait fait construire un tojct ou sanctuaire, pour y brûler des victimes consacrées à Moloch.

Après l’exil, ce lieu fut en horreur aux Juifs. Ils y jetèrent des cadavres et des restes impurs de toutes sortes.

Dans le langage populaire, le nom de cette vallée est Géhenne. Il devint synonyme de châtiments, nom donné sans doute par les Prêtres aux supplices qu’ils infligeaient à l’enfant.

Mais il signifia aussi « tourments de l’enfer », nom donné par les mères à ce culte féroce.

Il ne faut pas s’étonner, après cela, de la colère des femmes.

Donc, cette époque qui représente dans l’évolution humaine les passions de l’âge viril de l’homme, est caractérisée par la débauche et le crime qui en est la conséquence.

Elle est caractérisée, en même temps, par la révolte de l’homme contre la loi morale qui est toute la religion féminine.

En effet, à partir de ce moment, l’israélisme se meurt, cette Religion pure, qui était le culte de la seule et unique Divinité, la Déesse vivante, représentée par Hevah.

Mais c’était un Dieu caché, dit-on. Caché parce que l’homme ne veut pas le voir, ou peut-être parce que la Déesse se cachait aux yeux de l’homme, dans le temple où l’on célébrait les mystères de son culte. Mais l’institution du Sabbat rendait cette Divinité présente et sensible, puisque ce jour-là l’homme pouvait s’approcher d’elle.

Cette idée d’une présence réelle et sensible a été dénaturée comme toutes les autres, et est venue aboutir à la conception ridicule des Chrétiens qui mettent dans l’hostie (symbole sexuel mâle) la présence réelle de leur Dieu.

Le jour du Sabbat, les hommes suspendant tout travail avaient le loisir d’être tout à la Déesse aimée ; c’était le jour consacré.

La Religion ainsi comprise était vraiment humaine et morale. En même temps, elle était simple comme toutes les conceptions féminines, sans apparat, sans exagération, sans rien de surnaturel.

Le régime social qui en résultait était basé sur la justice intégrale, sur des mœurs pures, sur une vraie fraternité. Telle fut la forme de la primitive religion Israélite.

Les sacerdotes lui substituèrent le Judaïsme, culte impie dans lequel la « Divinité unique » du Sépher est cachée dans le silence, couverte d’un voile mystérieux.

La Femme n’est plus un « Esprit », elle devient un corps sexué.

Cela fit une révolution profonde dans la conception de la morale et dans les mœurs qui devaient en résulter.

M. Havet, envisageant cette transformation capitale, dit : « Le Judaïsme a été à l’Israélisme ce que le Christianisme a été au Judaïsme, une réforme ou même une révolution religieuse. Cette révolution était renfermée dans les limites de la Palestine, mais elle a préparé celle qui, plus tard, s’est étendue de la Judée au monde entier » (Le Christianisme et ses origines, T. III, p. 50).

Cette révolution religieuse se prépara lentement, elle ne s’acheva que par la destruction du royaume de Samarie, au commencement du 8ème siècle.

Dès lors les anciennes croyances et l’ancien culte furent condamnés.

C’est sous Ezéchias que l’on commence à masculiniser la religion.

Les femmes furent assaillies dans leur temple, qui resta debout cependant, mais elles ne se débarrassèrent des envahisseurs qu’en leur donnant tout l’or qu’elles avaient.

II était dans les habitudes de ces gens de prendre aux femmes, par violence ou par ruse, tout ce qu’elles possédaient.

Les histoires écrites par les Prêtres l’ont du règne d’Ezéchias un règne heureux et réparateur, alors que ce fut le commencement des troubles qui détruisirent la Religion en prétendant la réformer.

RETOUR À L’ISRAÉLISME SOUS JOSIAS

Au milieu de ces désordres et de ces dangers, on avait caché le Sépher pour le soustraire à la recherche des ennemis, et les nouvelles générations, n’étant pas en possession des secrets du Temple, ne savaient pas où il était.

Josèphe nous apprend dans ses Antiquités Judaïques (L. X, ch. V) que, lorsque le Temple eut été bâti, le Livre, ainsi que l’Arche, fut déposé dans le sanctuaire, et qu’il y demeura jusqu’au temps où les profanations commises par Manassé et Amon obligèrent les Prêtres de serrer dans un lieu plus secret l’Arche et le Livre.

Il resta donc longtemps dissimulé, et ce ne fut que bien du temps après et parce que le hasard s’en mêla qu’il fut retrouvé au fond d’un coffre, l’ancienne Arche, dans lequel on avait entassé un amas de pièces de monnaie, le trésor de l’époque mis en réserve et depuis longtemps caché, car, lorsqu’on le découvrit, le tout était recouvert d’une épaisse couche de poussière.

Cette trouvaille décida du sort de Jérusalem, car ce fut parmi les tribus séparées d’Israël que se trouva l’heureux possesseur du Livre sacré.

Voici comment cet événement se produisit :

Ce fut par une circonstance imprévue et cela amena un retour momentané à la primitive religion.

Dans la 18e année du règne de Josias, qui avait alors 26 ans, le roi envoya au Grand-Prêtre un Sopher (scribe), pour conférer avec lui au sujet des dépenses à faire pour la réparation du Temple. Les travaux furent décidés et, pendant qu’on les exécutait, on trouva dans un mur un vieux coffre contenant un livre et des pièces de monnaies.

Le Grand-Prêtre dit à l’envoyé du roi : « J’ai trouvé un livre de la Loi (ha Thorah) dans la maison de Iehovah ». Et il le lui donna à lire. Le Sopher le lut et, à son tour, le donna à lire au roi. Ce fut pour lui un étonnement et un trouble profond. Pour nous servir d’une expression de l’époque, il déchira ses vêlements, signe de grandes afflictions, ce qui indique que la lecture de ce livre lui ouvrit les yeux ; en lisant « les paroles du Livre de la Loi », il comprit l’iniquité des hommes.

Le roi fit assembler alors « les anciens de Juda » et de Jérusalem, il monta à la maison de Iehovah avec le peuple entier et fit lire, dans cette réunion, les paroles du « Livre du Pacte ».

A cette époque, le Temple était consacré au culte de Baal (le Dieu mâle) mêlé au culte du soleil, de la lune et des étoiles.

Le roi ordonna que « tous les ustensiles qui avaient été faits pour Baal fussent tirés hors du Temple, il les brûla hors de Jérusalem.

Telle fut la tentative de redressement moral faite par un homme juste, mais tentative sans suite, car ses successeurs retombèrent dans le mal, le pli était pris, l’habitude acquise, et la restauration de la Loi morale ne fut pas réelle, mais éphémère.

Elle supprima, il est vrai, les horreurs du culte mâle, mais si elles ne furent plus dans le Temple, elles restèrent dans les moeurs.

Cependant, à partir de ce moment, un grand changement s’opéra dans la religion.

Une période nouvelle s’ouvrit en 622, lorsque le culte masculin fut défendu, les sacrifices humains condamnés. le culte de Hevah restauré et le « Livre » pris pour base de l’organisation religieuse et sociale.

Ce Livre resta sur le fronton des synagogues, comme le symbole de la pensée et de la Loi morale.

Des savants modernes ont cru, à tort, que le Livre retrouvé était le Deutêronome. Ce ne pouvait être que le Sépher.

A cela on répond que le Sépher est trop long pour avoir été lu en si peu de temps au Roi. Mais nous ne savons pas s’il fut lu en entier.

Le fait important à considérer, c’est que le « Livre » si bien caché par les Israélites se trouve, à partir de ce moment, tombé entre les mains des hommes. Que vont-ils en faire ?

Hélas ! ce qu’ils font toujours des œuvres qui émanent de l’esprit féminin : ils vont le dénaturer, lui faire dire tout autre chose que ce qu’il dit et s’en faire une arme dans les luttes de sexes en retournant contre la Femme ce qui était dit contre l’homme.

APRÈS JOSIAS

Après la lueur d’espérance que fit naître le Livre retrouvé, le torrent des passions, un moment enrayé, reprit son cours avec la même impétuosité.

Josias mort, malgré la protection de Ihevah (à qui on demandait des miracles), ses fils furent accablés de malheurs comme lui, d’un coté par le Pharaon d’Egypte, dont ils restèrent tributaires, de l’autre par Nabuchodonosor, dont ils devinrent vassaux.

Le roi Yoyakin vit se produire sous son règne, qui dura 11 ans, une réaction contre l’ancienne Divinité Yahveh ; mais elle n’avait pas donné aux hommes ce qu’ils désiraient, la victoire sur leurs voisins, donc elle n’avait aucune valeur pour eux et ils l’abandonnèrent de nouveau, joignant l’ironie à l’incrédulité.

Puis on trouvait les temps promis trop longs à venir ; du reste, on n’en comprenait plus le sens.

Et alors le culte mâle refleurissait, augmenté encore des rites égyptiens. Yoyakin lui-même fit « ce qui est mal aux yeux de Yahveh ».

L’INTENDANT DES BÂTIMENTS

Ce titre est celui du 8e grade que l’on ajoute aux Mystères.

C’est le désordre que nous avons vu régner dans le Temple, depuis que Jérusalem est vaincue, qui fut l’occasion de la fondation d’un grade nouveau dans lequel les initiées revendiquent la propriété de leur Temple.

En même temps, on blâmait ceux qui, au lieu de travailler, comme l’imposait la loi morale, venaient prendre possession de leur construction et y faire régner le plus grand désordre.

Dans ce grade, on montrait l’obscurité, symbole de l’ignorance, régnant partout et ne laissant de visible que trois Yod, la lettre idéographique qui représente le sexe mâle.

JÉRÉMIE

Jérémie, née vers 650 à Anathoth, près de Jérusalem, était issue d’une famille de Prêtres (ou Prêtresses). Elle vécut avant et pendant la captivité de Babylone et fut témoin des plus tragiques événements.

On la regarde comme un des chefs du Sanhédrin, ce qui prouve que le Sanhédrin, avant la captivité, était encore un conseil de Femmes.

Son livre renferme des fragments historiques qui ont servi à la compilation du Livre des Rois.

Les maux dont elle fut le témoin et la victime imprimèrent sur son esprit la couleur mélancolique qui caractérise ses écrits (1) ; c’est l’expression de grands sentiments et de grandes pensées. On retrouve dans sa véhémence quelque chose des grandes apôtres du féminisme moderne.

Lorsque les lamentations de la Prophétesse irritaient les hommes, ils ne cherchaient qu’à la faire taire.

C’est ainsi qu’un imposteur qui se disait prophète, un nommé Sémaïa, proposa à un pontife de prendre autorité sur les Oratrices, que la vue des injustices exaspérait, de réprimer leurs agitations, de leur fermer la bouche. C’étaient les débuts du despotisme.

Quelquefois la Prophétesse employait des moyens plus dramatiques que ses violents discours. Un jour elle parut sur la place publique avec un joug sur le cou, pour montrer l’état de servitude qu’on imposait à la Femme et qu’on allait bientôt appeler con-jugal (avec joug).

Son livre contenait 52 chapitres. C’est le plus long après celui d’Isaïe. Mais c’est surtout dans les Lamentations, qui n’ont que cinq chapitres, que l’on retrouve la Femme tout entière.

Jérémie, après avoir fait aux hommes de violents reproches, si ennuyeux à entendre qu’on les appelle « des Jérémiades », veut s’opposer à la guerre.

La réponse des chefs fut une plainte au Roi : « Qu’on nous livre cette femme, elle affaiblit le courage des gens de guerre et du peuple ; elle ne cherche pas notre prospérité, mais notre mal. »

Et Jérémie fut jetée dans une fosse, puis dans une prison d’où elle ne sortit que pour reprendre la parole et chanter ses poétiques lamentations.

Pour comprendre que les Lamentations de Jérémie ne sont que les plaintes de la Femme qui se voit déchue de ses droits, privée des privilèges dus à son sexe, outragée et méprisée, il suffit de lire les premiers versets du chapitre II ; leur portée a dû échapper aux traducteurs, car ils expriment très clairement la désolation de la Femme.

(1) Jalemuza (Jérémiade) vient de Jérémie. Elle éprouva tant de malheurs que son nom passa en proverbe pour dire un malheureux. Ce fut aussi de son nom qu’on appela Jalêmie les chants funèbres avec lesquels on célébrait les funérailles.

FIN DE JÉRÉMIE

Jérémie s’éleva avec violence contre l’iniquité des hommes et n’échappa à la mort que par l’influence de quelques personnes puissantes et dévouées. Mais il lui fut fait défense de reparaître au Temple. Alors elle dicta ses discours à un secrétaire, Baruch, et le chargea de les lire pour elle en présence du peuple assemblé un jour de jeûne.

Le roi l’ayant appris se fit apporter le livre, et à peine en eut-il entendu les premières colonnes qu’il voulut s’en emparer et le jeter au feu.
Il fit arrêter Jérémie et Baruch, qui parvinrent à se soustraire à sa fureur.

Jérémie, détestée des hommes, en butte aux critiques de sa propre famille, connut les grandes tristesses de celles qui, en possession de la vérité, ne peuvent pas la dire.

Cependant, les maux annoncés par Jérémie arrivaient, puisque c’est alors que Nabuchodonosor vint piller Jérusalem et emmena à Babylone tous les Juifs de quelque importance, ne laissant dans le pays que le bas peuple.

Cette réalisation de ses prophéties lui donna un grand renom et la fit respecter. Et pourtant on n’écouta pas ses conseils quand elle indiqua la prudence contre le roi de Babylone, prévoyant sa revanche. On la jeta au fond d’une citerne fangeuse où elle aurait péri sans le secours d’un eunuque éthiopien.

Pendant qu’elle était ainsi abandonnée, ses prédictions s’accomplissaient. Alors, en secret, on revint vers elle et on lui demanda de nouveaux avis.

Mais encore une fois on passa outre, ce qui valut aux Juifs rebelles la destruction de leur ville de Jérusalem et la destruction du Temple, en même temps que leur roi Sédécias était emmené à Babylone après qu’on lui eut crevé les yeux (en 588).

Ce fut la fin du royaume de Juda et Jérémie n’eut plus qu’à se lamenter sur des ruines.

Son exemple n’était pas fait pour encourager les autres femmes à faire entendre leur voix craintives, elles allaient désormais se taire, renfermant en leur âme affligée leur grande douleur, elles ne savaient plus que pleurer et se soumettre. Cependant, tout espoir d’un avenir meilleur n’était pas perdu ; au contraire, l’espérance renaissait plus ardente au fond des esprits.

Après la défaite de Jérusalem, les Juifs restés dans le pays s’enfuirent en Egypte. Jérémie s’en fut avec eux et là continua à exhorter les hommes à faire le bien, mais vainement ; ils lui répondaient qu’ils voulaient la femme, cette « Reine des Cieux », pour lui offrir « des libations ».

Jérémie resta aussi grande et aussi ardente jusqu’à la fin de ses jours.

On l’a comparée à un géant qui lutte dans la tempête. Elle annonça une « nouvelle alliance » entre l’homme et la femme (berith hadashah).

Elle mourut de mort violente comme toutes les grandes femmes qui ont osé dire la vérité ; elle fut lapidée en Egypte.

Le livre de Jérémie est le tableau de l’histoire des dernières années du 7ème siècle. La Prophétesse y est en scène à côté du roi de Juda et en face des hommes qui se disent, prophètes, les ennemis de Hevah, dont l’influence lutte contre la science.

Le chant du Dies irae des Chrétiens a été inspiré par les Livres de Jérémie.

LES MYSTERES APRÈS LA DESTRUCTION DU TEMPLE

NEUVIÈME GRADE

Les graves événements que nous venons de relater devaient avoir un grand retentissement sur les Sociétés secrètes.

En effet, on créa une division nouvelle : le Conseil des Elus ou Grand Chapitre.

C’est ce que, dans les rituels modernes, on appelle « la Maçonnerie noire », celle de la vengeance.

Burnouf, dans La Science des religions, nous dit (p. 115) : « C’est donc dans la période qui suivit la destruction du Temple que se formèrent, parmi les Israélites, les doctrines secrètes et les sectes par lesquelles ces doctrines se transmirent jusqu’au Christianisme. »

Le Temple a été détruit ; les Mystères tiennent leurs assemblées dans l’ancien palais de Daud (David). Un grade nouveau est créé pour crier vengeance, non seulement à propos de la destruction du Temple, mais aussi à propos de la destruction des Livres, commencée depuis un siècle.

L’œuvre de Myriam, le Sépher, est tombé entre les mains des ennemis. Dans ce grade, il est représenté symboliquement par un enfant « qu’elle nous a laissé », dira-t-on.

Je prie le lecteur de bien considérer ce symbolisme, car, à partir de cette époque, Marie sera représentée avec un enfant dans les bras. C’est le Livre qui sera confondu avec l’Enfant, parce que, depuis qu’on a mis la Femme sur le plan sexuel, on nie les œuvres de son esprit et on affirme celles de sa sexualité.

Déjà Isaïe disait (chap. V, 12) : « Ils ne regardent point l’œuvre de Hevah et ne considèrent point l’ouvrage de ses mains. »

Or ce n’est pas seulement le Livre de Myriam qui a été livré aux ennemis, c’est l’œuvre des huit autres révélatrices qui a été altérée, trahie, détruite ; et c’est tout cela qui crie vengeance, d’où le titre d’un grade nouveau : Maître Elu des Neuf (9e degré).

Rappelons le nom de ces neuf révélatrices :

– La Déesse Taoth, en Egypte, auteure des 42 livres sacrés.
– Yao, en Chine, auteure des King (Livres).
– La Voluspa, chez les Celtes, qui écrit l’Edda Islandorum.
– La Déesse Ardui-Anaïta, surnommée Diane, qui écrit l’A-Vesta.
– Isthar, chez les Kaldéens, dont on fait Oannès.
– Saraswatî, aux Indes, auteur du Véda.
– La Déesse Hemoera, dont le nom masculinisé est devenu Homeros (Homère), qui écrivit les livres sacrés de la Grèce.
– Krishna, aux Indes, qui écrit la Bhagavad-Gîtâ.

Ces grandes femmes sont appelées ironiquement des Séphiroth.

On en compte dix, comme les incarnations de Vishnou ; neuf déjà venues et une attendue.

Dans ce neuvième grade, on représente le schisme, c’est-à-dire la division de la nation en deux royaumes.

Il y a à l’Orient deux trônes : celui des Juifs et celui des Israélites, représentés par Salomon et Hiram.

Le temple est orné de colonnes alternativement rouges et blanches :

  • le rouge est la couleur de l’étendard des Féministes (Israélites),
  • le blanc est la couleur des masculinistes (Juifs).

La morale de ce grade, c’est que la trahison ne doit pas demeurer impunie, le pouvoir légitime doit ordonner la vengeance, la Déesse Hevah, Grand Architecte de l’Univers, est notre seul juge.

Et la vengeance doit être accomplie par neuf Maîtres élus, pour représenter les huit grandes Révélatrices… et Hiram : donc neuf.

C’est l’esprit de Jérémie qui inspire ce grade.

Il semble bien que ce soit elle qui l’ait fondé, pour se venger d’avoir été mise hors du Temple.

ALTERATION DES TEXTES

Chacun sait que dans toutes les religions il existe une doctrine extérieure ouverte, l’exotérisme, et une doctrine cachée, l’ésotérisme.

Les Prêtres ont tous mis dans leurs dogmes le mystère, et ont jeté un voile sur les lois de la Nature connues avant eux.

C’est pour cacher au public les vérités exposées dans les « Livres sacrés » qu’on en altéra les textes. Cette profanation avait deux mobiles : l’ignorance, mère du fanatisme, et l’intérêt.

Le Prêtre altéra d’abord parce qu’il ne comprenait plus les vérités fondamentales qui avaient fait l’objet de la pensée abstraite de la Femme Divine.

Il altéra aussi par intérêt, par haine et par envie.

II supprima ou cacha dans des allégories tout ce qui se rapportait à la loi des sexes, à la morale physiologique, parce que cette loi connue assigne forcément à chaque sexe une place dans la société, celle qui résulte de l’exercice de ses facultés naturelles. La loi des sexes explique les conditions différentes de la mentalité de l’homme et de la femme, la cause première de la raison et de la déraison, base du droit, base de la science, base de la Justice.

En prenant la place de la Femme, c’est tout cela que le Prêtre violait.

Comment, alors, aurait-il permis aux femmes d’étudier les lois qui le condamnaient, une science qui expliquait si clairement la double évolution humaine, celle qui fait monter la Femme vers les régions de la spiritualité, tandis qu’elle fait descendre l’homme par le chemin de la sensualité jusqu’à la mort morale, c’est-à-dire l’extinction de la raison ? Toutes les Ecritures avaient expliqué cela.

C’était la base de toute religion, de toute morale, de toute civilisation. C’est dans cette connaissance qu’est l’avenir des nations comme l’avenir de l’humanité elle même.

Toute cette science avait été formulée en style clair, simple, élevé, par des grandes Femmes dont le nom a été effacé de l’histoire.
Pendant longtemps on connut ces vérités, on les respecta.

Mais le Prêtre, qui voyait dans ces « Livres » un témoignage constant de son infériorité morale, une accusation latente contre son usurpation, voulut en changer la signification ; ne pouvant pas supprimer les écrits eux-mêmes, car c’était le dépôt sacré des nations, il en altéra les textes, en changea le sens, il enveloppa la vérité de métaphores opaques et trompeuses, puis, finalement, y introduisit audacieusement le mensonge.

Ce fut peu à peu que ce travail de mutilation se fit. Chaque siècle en eut sa part.

Les derniers traducteurs des « Livres saints » leur ont donné le dernier coup en y introduisant une interversion sexuelle qui les a complètement défigurés. Les mœurs suivaient la même évolution, puisqu’elles étaient l’expression sociale des religions régnantes.

Cependant, les altérations sont si grossières, si maladroites, si inintelligentes, qu’il ne faut pas une science bien profonde pour les rectifier ; il faut seulement de la bonne foi, ce que n’ont pas toujours les savants modernes qui continuent l’œuvre du Prêtre, en laissant dans les textes des noms d’hommes sur des personnages d’une féminité certaine, le mot Dieu où il faut Déesse, le masculin pour le féminin.

C’est une habitude prise, un accord tacite entre tous les hommes qui craignent de donner à la Femme des idées d’émancipation ou de revendication qui épouvantent le sexe mâle comme une menace.

En rétablissant le rôle de la Femme dans l’histoire, en rectifiant les falsifications des textes, nous retrouvons une science grandiose, nous refaisons la véritable évolution humaine et nous l’envisageons non seulement dans le passé, mais dans son avenir, car la science a une grande puissance, celle de faire connaître le futur, par des déductions infaillibles du passé.

Une autre méthode nous donne facilement la clef des mystères de tous les Prêtres. C’est la méthode des comparaisons.

Partout la vérité s’imposa à la Femme Divine, et partout Elle la déposa dans les Livres devenus sacrés.

En comparant entre elles toutes ces Ecritures, nous y trouvons les mêmes récits, mais avec des altérations différentes.

Une troisième méthode nous donne des résultats certains. C’est celle qui se base sur les différences de la mentalité chez les deux sexes.

L’homme et la femme ne pensent pas de même, ne parlent pas de même, leurs sentiments diffèrent, leurs intérêts sont dissemblables.

L’Esprit de la Femme est voué à la pensée abstraite, l’idée vient d’Elle, elle est la manifestation d’une réserve nerveuse génératrice des facultés cérébrales spéciales à son sexe.

L’homme ne fait pas cette réserve, il dépense sa vie, les éléments de sa spiritualité, pendant son évolution sexuelle.

La Femme possède un au-delà cérébral qui lui permet de trouver et de comprendre les causes cachées qui régissent la Nature. L’homme ne peut trouver par lui-même ces causes, son champ cérébral ne s’étend pas jusque là, il voit des faits isolés, ne les enchaîne pas en longues théories, seule façon de prouver. Il ne classe pas les faits, mais généralise sans ordre.

C’est parce qu’il sait qu’il n’a pas cette faculté créatrice des idées abstraites qu’il s’appuie sur la Révélation, cette voix du dehors qui lui dit ce qu’il faut croire.

Quand des hommes plus audacieux que les autres voulurent s’élever jusqu’à l’Esprit féminin, ils s’égarèrent dans les nuages de l’imagination, perdirent la notion du réel, grossirent les objets, amplifièrent les choses, dépassant les limites ou retombant lourdement dans les minuties de la vie matérielle ou dans le délire de la vie sentimentale et sexuelle. Les ailes artificielles de ces Icares ne les ont jamais élevés bien haut.

Du reste, n’oublions pas que c’est l’intérêt qui dicte les actions de la vie humaine, non l’amour de la vérité.

Le sacerdoce masculin fut une usurpation des fonctions et un plagiat des idées de la Prêtresse.

Et en même temps qu’on altérait les textes pour avilir la Femme et lui donner un rôle inférieur, on glorifiait l’homme avec une exagération grotesque.

Cependant, ce système amena des reproches, la suppression des noms des femmes causa des récriminations. Mais le Prêtre et le Roi étaient déjà puissants ; ils répondirent aux reproches par la persécution. Et pendant que l’un appuyait son autorité sur la foi aveugle qu’il exigeait, l’autre appuyait la sienne sur des lois qu’il fit lui-même pour se donner des droits consacrés par une sanction qu’il se fit donner par ceux de son propre sexe.

Le système du Prêtre continue, il a été l’origine d’une casuistique sexuelle que presque tous les hommes emploient, cela fait partie de leur éducation.

C’est en vertu de ce système de mensonge ou d’ignorance que, dans les discussions modernes, nous voyons, à chaque instant, le même argument revenir : « Qu’est-ce que la Femme a fait ? Où sont ses œuvres ? Elle n’a rien produit, c’est l’homme qui a tout inventé, tout trouvé, c’est le sexe mâle qui a eu des savants, des prophètes, des génies. »

Et on cite comme preuves à l’appui de cette affirmation :

  • 1°) Toutes les grandes Femmes de l’antiquité, dont le nom a été masculinisé, telles Myriam (Moïse,) Daud (David), Hômœra (Homère), etc.
  • 2°) Tous leurs imitateurs, tous ceux qui les ont plagiées ou ont falsifié leurs livres.
  • 3°) Tous ceux qui ont signé des œuvres de Femmes écrites avant eux ou qui ont écrit sous une inspiration féminine.
  • 4°) Enfin, on glorifie le sexe mâle en citant les noms des hommes qui ont jeté dans le monde des erreurs anciennes ou modernes, pour lesquelles ils ont été célébrés avec exagération.

L’EXIL A BABYLONE (VIe SIÈCLE)

Ce siècle renferme d’importants événements.

Dans tous les pays à la fois, un ferment de révolte s’était produit et avait amené un changement profond dans le régime social et dans la Religion.

Partout la caste sacerdotale s’emparait du pouvoir, le Prêtre se dressait en face de la Prêtresse et prétendait diriger le culte à sa place, il érigeait des temples à des dieux nouveaux et, dans ces temples, enseignait un dogme sacrilège, ou bouffon, qui n’était souvent qu’une altération grossière de la science primitive, qu’il ne comprenait plus ; il y mêlait toutes les fantaisies de son imagination, créant ainsi le surnaturel par un besoin d’exagération qui nait dans les cerveaux mal équilibrés.

L’histoire va nous montrer les phases diverses que traversa « l’erreur » à travers les cultes nouveaux. Nous allons pouvoir les suivre de siècle en siècle, car, à partir de cette époque, l’histoire est ouverte et un grand nombre d’auteurs sont venus y insérer les fastes du régime androcratique sous ses deux formes : religieuse et sociale.

Le 6ème siècle est une date fatale dans l’humanité. C’est le point de départ de la plus grande révolution qui se soit produite dans le monde, le premier pas vers l’abîme.

Cette date inaugure l’ère de mensonge et de crimes, qui durera longtemps et qui laissera dans les cerveaux humains une tare ineffaçable.

Le sombre esprit du mal va régner sur la Terre.

L’homme qui supprima la direction morale de la Femme, se vit libre de suivre toutes les impulsions de son instinct, que la raison féminine avait jusque là entravées.

Désormais il donna libre cours à ses passions brutales, despotiques, sanguinaires ; ce fut le règne de la Force.

On vit partout se produire des actes de cruauté, de bestialité, justifiés par les cultes nouveaux, des tueries de tous genres, soit qu’on les appelle des « sacrifices », soit qu’on les appelle des « guerres ».

En même temps commençait la terreur des faibles. Ce fut le début de l’âge de fer.

Il y eut un déchaînement général des passions dans le monde entier.

La volonté de l’homme s’élevait au-dessus de toute loi morale et prétendait tout dominer. On ne reconnaissait plus d’autre autorité que « la Force ».

Cet état de choses amena chez les vaincus un profond découragement qui succéda à la période des reproches violents, des cris de douleur et des lamentations qui s’étaient produits dans le siècle antérieur.

Cependant, un immense désir de voir cesser l’horrible désordre régnait sur la Terre !

LE NOUVEL EMPIRE CHALDÉEN

Babylone, qui avait été cruellement traitée par le roi de Ninive, Sennachérib, s’était relevée et, à son tour victorieuse, après la destruction de Ninive, elle se réorganisait.

Quel fut le régime de ce nouvel empire, qui dura de 625 à 538 ?

Il semble que ce fut un régime mixte, car, après les premiers troubles qu’amènent les guerres, après la restauration de la puissance de Babylone par Nabopolassar, nous voyons une Reine gouverner le pays et fonder la grandeur de Babylone.

Nitocris, d’origine égyptienne, est Reine du nouvel empire chaldéen de 625 à 604. C’est elle qui fit de cette ville une capitale somptueuse et opulente ; elle favorisa le travail de ses habitants, qui, du reste, étaient actifs et industrieux.

C’est là que se tissaient les belles étoffes, que se ciselaient l’or et le fer, que se fabriquaient les bijoux.

Nitocris avait établi des relations commerciales avec les habitants des contrées les plus lointaines. Elle trafiquait par le Tigre avec les régions du Caucase, par le golfe Persique avec l’Arabie et l’Inde, par ses chemins de caravanes avec Tyr et la Phénicie.

Cette Reine entreprit et dirigea les grands travaux de sa capitale. Elle éleva les remparts de la ville et la préserva des inondations au moyen de digues puissantes sur chaque rive de l’Euphrate ; elle relia les deux parties de la cité par un pont de pierres et de briques qui avait un kilomètre de longueur. Enfin, elle établit sur les terrasses du Palais royal ces fameux jardins suspendus, que l’antiquité citait comme l’une des sept merveilles du monde.

Au dire de Pausanias, Babylone était la plus grande ville que le soleil eût jamais vue dans sa course.

Aristote prétend que c’était une véritable province, et qu’elle pouvait être comparée, pour sa grandeur, au Péloponèse tout entier.

NABUCHODONOSOR (605 à 562)

Le grand révolutionnaire babylonien qui régna après Nitocris et qui s’érigea en maître absolu, c’est Nabuchodonosor.

Ce prince a laissé dans la mémoire des Israélites un souvenir sombre. Il s’empara de Jérusalem après dix-huit ans de siège. C’est lui qui fut le terrible destructeur de la ville et du Temple.

Il fit massacrer la tribu de Lévi, c’est pour cela qu’on le représente comme un monstre.

C’est lui dont la Bible dit « qu’il fut chassé d’entre les hommes et mangea de l’herbe comme les bœufs », « que son corps fut trempé de la rosée du ciel jusqu’à ce que ses cheveux eussent poussé comme aux aigles et ses ongles comme aux oiseaux ».

Sédécias, roi de Juda, ayant été vaincu, il fit égorger ses fils en sa présence, puis il lui creva les yeux et l’emmena en captivité. Le Temple de Jérusalem et le Palais royal furent brûlés. Le roi, les prêtres, les soldats et tous les habitants de la classe supérieure furent transportés en Chaldée. Nabuchodonosor servait le Dieu Mérodak, divinité mâle, que les femmes avaient en horreur. Il profana leur culte, enleva les vases sacrés du temple de Jérusalem et en fit hommage à son Dieu.

Dans un fragment de Bérose, conservé par Josèphe, il est dit : « Il consacra dans le temple de Bel, son Dieu, et dans d’autres temples, les riches dépouilles qu’il avait rapportées. »

Donc, en termes vulgaires et précis, il volait dans les temples des autres, pour orner ses temples consacrés à l’adoration du Principe mâle.

Les inscriptions qu’il fit graver lui-même, et qui ont été conservées, le représentent comme un prince très religieux à sa manière. Du reste, suivant le système de justification toujours employé, il se fait représenter comme un époux galant qui fit construire les jardins suspendus pour rappeler à la reine, fille du roi des Mèdes, les pares de son pays.

Cette façon de flatter une femme, quand on opprime toutes les femmes, est encore un système connu et qui a été employé comme justification par tous les grands misogynes.

Et, puis ces jardins suspendus dont on lui fait gloire n’ont pas été construits par lui. mais par la Reine Nitocris qui régna avant lui.

Batailleur, se tournant tour à tour vers la Syrie, la Judée, le littoral Phénicien et jusqu’aux Pharaons ses redoutables voisins, il convoitait les richesses de l’opulente ville de Tyr, il s’en empara et la livra au pillage. Puis il porta son humeur turbulente chez les Egyptiens, il envahit la vallée du Nil et la couvrit de sang et de ruines.

Mais des triomphes comme les siens sont toujours précurseurs de ruines. Aussi, 24 ans après sa mort, le nouvel empire de Chaldée tomba sous la domination de Cyrus.

Il se donna la gloire des grands travaux faits à Babylone par la Reine qui le précéda. Il joua au prophète, se fit passer pour un sage dévoilant l’avenir (1). Il alla même jusqu’au miracle, car on raconte qu’il fut enlevé auprès des dieux, fin glorieuse de tous les fous du même genre.

Il faisait graver son nom partout. On l’a trouvé sur des milliers de briques ainsi formulé : « Na bon Kou dour ri ousour, roi de Babylone, conservateur du temple de Saggath et du temple de Zida, fils de Na bou habal ousour, roi de Babylone, moi ! »

Cette inscription orgueilleuse prouve sa préoccupation de se justifier de la destruction d’un temple en se disant conservateur de deux autres temples.

Voilà bien le fait psychologique encore si fréquent de nos jours.

(1) Nabuchodonosor vient de Nabu-Chodon-Osor : Nabu, prophète ; Osor vient de OEsar qui signifie suzerain ; c’était une mode de se faire appeler Nabi. Les Helviens (primitifs suisses) avaient pour divinité Nuhabas, nom formé du mot Nabi.

BABYLONE

C’est ainsi que Babylone devint la superbe ville, le centre de la religion transformée, c’est-à-dire profanée, le centre de la civilisation matérielle et de l’abaissement moral qui l’accompagne toujours.

La Rome asiatique exerça son empire démoralisateur sur l’Asie comme la Rome des empereurs, puis des papes, exerça le sien quand elle fut devenue la ville de toutes les erreurs.

C’est de Babylone que les Juifs déportés rapportèrent leurs éléments de corruption.

Quant à la philosophie de Babylone, sa valeur fut souvent contestée, mais, avec l’opiniâtreté qui caractérise les luttes de la pensée, elle reconquiert son ascendant après chaque défaite.

Le sort de Babylone fut celui de tous les gouvernements despotiques : la ruine après les luttes.

Elle eut un moment de splendeur sous la Reine Nitocris, puis fut mal gouvernée par Nabuchodonosor de 604 à 562. Pendant, son règne, il fit la guerre contre les Juifs, détruisit Jérusalem et le royaume de Juda (en 588), assiégea Tyr pendant treize ans et l’obligea à reconnaître sa suzeraineté.

Après sa mort, son fils, appelé Evilmérodak, nom formé de Mérodak, le Dieu mâle, lui succède. Mais, sous l’égide morale de ce Dieu de guerre, il est assassiné par son beau-frère Nériglissor, après deux ans de règne (560).

Le beau-frère assassin usurpe le trône et meurt à son tour quatre ans après (556). Il a un fils, encore enfant, qui règne après lui, et qui est tué après neuf mois de règne.

Alors survient un régime nouveau ; Naboned est élu par les seigneurs de la cour (555). Cela dure 17 ans, après quoi Babylone est prise par Cyrus, qui fonde la monarchie des Achéménides.

Enfin, en 330, elle est reprise par Alexandre de Macédoine, et, après 310, Séleucus fonde à quelque distance de là la ville de Séleucie qu’il peuple avec les habitants de Babylone, ce qui détermine sa ruine.

Ce petit aperçu est destiné à montrer comment finissaient les empires gouvernés par des rois.

Encore une remarque. Dans tout ce que l’histoire nous révèle, nous trouvons que la splendeur intellectuelle est avant, la décadence après.

Donc l’évolution des sociétés va de la lumière à l’ignorance, de la civilisation à la barbarie, et non inversement comme les esprits renversés ont voulu nous le faire croire pour justifier leurs vues fausses.

LA SCIENCE DES PRÈTRES CHALDÉENS

La science des Chaldéens est restée célèbre dans l’histoire. Mais cette science évolua.

De sa forme primitive, abstraite, celle des Prêtresses de l’ancienne religion, elle passa à une forme concrète avec les Prêtres du nouveau culte.

Ces hommes, ne comprenant pas les idées et ne retenant que les mots, firent de l’antique science des astres, l’Astrologie, un ensemble d’absurdités qui alla se fondre dans la magie noire.

Ne comprenant pas que les radiations solaires et stellaires, par leur action dynamique, régissent l’Univers, ils imaginèrent que toutes les choses d’ici-bas dépendent des astres d’en haut, et, confondant les actions physiques avec leurs intérêts personnels, ils enseignèrent que par l’observation des astres on pouvait deviner les secrets de l’avenir.

Ils avaient formulé des présages qu’ils imposaient avec autorité, quoiqu’ils n’eussent aucune valeur scientifique.

En voici quelques-uns :

« Si la lune est visible le 1er du mois, la face du pays sera bien ordonnée, le cœur du pays se réjouira. »

– « Si la lune est visible le 30, bon augure pour le pays d’Accad, mauvais pour la Syrie. »

On ajoutait à cette « science » des incantations.

Les habitants du Tigre et de l’Euphrate croyaient que certains hommes, devins ou sorciers, avaient le pouvoir de nuire aux autres en jetant des maléfices et des sorts.

Cette science merveilleuse était sanctionnée et complétée par un culte sanguinaire, des sacrifices qui consistaient en immolations de victimes : un bœuf gras, une gazelle, un jeune chevreau.

Le roi, quelquefois, offrait le sacrifice d’un lion pris au piège dans l’une de ses chasses.

En Chaldée, au moins dans l’origine, on immola des victimes humaines.

On offrait aussi aux dieux les fruits et les productions de la terre. On répandait sur leurs autels des libations de lait, d’huile et d’hydromel.

ISRAËL DISPERSÉ

Le peuple d’Israël qui fut si longtemps fidèle à la religion Théogonique, se trouvait donc dépossédé du livre fameux, le Sépher, que l’on avait caché avec tant de soin aux hommes.

Le pouvoir des Femmes, vaincu déjà un siècle auparavant par les Assyriens, était tombé, les dix tribus captives avaient été dispersées parmi les nations de l’Asie, et d’Egypte, et s’y étaient fondues, les Israélites n’avaient plus entre eux de liens religieux.

Cependant, sur les ruines de leurs institutions détruites, les vaincus, par leurs sociétés secrètes, assurèrent longtemps encore la propagation de la vérité pour laquelle ils avaient été persécutés.

C’est Salmanazar, roi d’Assyrie, qui avait subjugué les dix tribus d’Israël et les avait transportées dans la Perse et la Médie, pendant que des colonies venues de ces pays remplaçaient les Israélites dans leurs provinces, qui prirent le nom de Samaritaines, du nom de Samarie leur capitale.

Ces nouvelles colonies imposées inspirèrent une profonde inimitié au peuple de Juda.

Cependant, elles adoptèrent la Thorah tout en la mêlant à leurs moeurs déjà dissolues, ce qui causait un grand scandale partout. Mais vainement, car le vent était à la révolte, à la destruction, il était impossible de revenir aux primitives institutions détruites, de sauver la religion attaquée et défigurée, il fallait laisser passer la tourmente et attendre, des événements mêmes, la leçon qui devait rendre aux hommes un peu de prudence et de retenue.

Le grand fait qui domine l’histoire du peuple juif de ce temps, c’est que le pouvoir sacerdotal qui cherchait à se constituer était entré en possession du « Livre » qui avait été si longtemps caché, dont on avait fait un si grand mystère, qui existait comme une menace et qui avait donné au pouvoir féminin une si grande autorité.

Et c’est justement au moment où 2 tribus avaient secoué le joug moral de la « Loi », que le hasard avait fait tomber entre leurs mains le Livre qui contenait la « Thorah », cette Loi qui les gênait et qu’ils cherchaient à détruire.

Aussi le pouvoir de Jérusalem s’attacha-t-il, avec une force que rien ne put briser, à un livre si précieux pour lui, et lorsque les peuples de Juda furent réduits à l’esclavage, lorsque leur cité royale fut détruite comme l’avait été Samarie, ils emportèrent avec eux, à Babylone, le Sépher dont ils ne voulaient plus se séparer ; ils y mirent de l’opiniâtreté, voulant faire tourner la Loi qu’il contenait au profit de leurs intérêts.

LES DIX TRIBUS

Quoique l’histoire nous parle peu des dix tribus, il est certain qu’elles ne cessèrent de lutter, mais sourdement, puisqu’elles étaient persécutées.

Et comment, les hommes nous auraient-ils raconté cette histoire, alors qu’ils n’écrivent que pour chanter leurs triomphes ?

Ce ne sont pas eux qui nous diront les attaques dirigées par les Israélites contre leurs adversaires. On raconte les succès des hommes, mais on passe sous silence le plaidoyer des femmes vaincues.

Nous ne savons donc rien de précis sur le sort des Israélites après la prise de Samarie. On nous laisse supposer que ces derniers féministes furent tous conduits en exil ou dispersés.

Cette explication ayant laissé des doutes, on a cherché où avait bien pu se répandre la population qui formait les dix tribus.

Il est probable que, fractionnées par groupes, elles émigrèrent. Quant à ceux qui restèrent en Judée, ne pouvant se reconstituer en état indépendant, ils restèrent dans les nations, sans en accepter le régime, à titre de révoltés, attendant une occasion propice pour se réunir de nouveau et reprendre leur autorité.

Ces féministes multipliaient alors leurs sociétés secrètes qui exerçaient une influence occulte dans les nations où ils tâchaient de ranimer le zèle des partisans de la Théogonie attaquée partout.

Ce sont ces groupes que nous trouvons formant la partie la plus intellectuelle des villes, exerçant l’art de guérir (en syriaque, le mot asa, guérison, vient de la racine du mot essénien), et la secte des Esséniens a pour fondatrices et pour cheffesses des femmes qui exercent la médecine.

En dehors de la Judée, on suit la trace des émigrés.

La Duchesse de Pomar les fait émigrer en Angleterre où ils propagent les doctrines féministes qui, de là, doivent rejaillir sur le monde entier.

Ces tribus auraient gardé les traditions antiques du régime gynécocratique, lesquelles seraient le point de départ du mouvement féministe moderne. Je ne crois pas à la nécessité d’une tradition pour que l’esprit féminin se manifeste, il est spontané et n’a pas besoin d’antériorité historique, mais seulement physiologique, qui donne à la femme des qualités supérieures, résumant tous les progrès acquis dans une race.

La Duchesse de Pomar a beaucoup insisté sur la distinction qu’il faut faire entre Israël et Juda, montrant que leur esprit est en opposition et que leur destinée future est annoncée dans les Prophètes comme devant être radicalement différente.

L’EXIL OU LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE

En réalité, il y eut plusieurs déportations : la première sous Joyakim, en 599 ; la seconde lors de la destruction définitive de Jérusalem et du Temple, en 588.

C’est pendant le séjour des Judéens à Babylone que les hommes, enhardis par ce qu’ils voyaient faire autour d’eux, se perdirent tout à fait.

Sous l’influence démoralisatrice des Babyloniens, ils acquirent de nouveaux défauts. Jusque là, ils avaient été turbulents, envahisseurs par moments, cruels quelquefois, mais ils avaient cependant gardé au fond de l’âme le respect de Hevah, l’Esprit féminin, ils avaient même respecté la vérité, n’osant pas encore s’affirmer dans le mensonge et se cacher sous la ruse.

Les Babyloniens, maîtres en ces matières, devaient leur en donner l’exemple ; leur ville, qui allait bientôt disparaître de la scène du monde, était entrée en pleine décomposition morale.

Les vainqueurs kaldéens, en attaquant les hébreux, avaient, en plus du souci de détruire leurs institutions gynécocratiques, celui de les asservir ; il n’est donc pas étonnant que, dans ce milieu misogyne, les Juifs se soient affermis dans leur révolte contre Hevah, et que, entraînés par l’exemple, ils aient conçu l’idée d’instituer une religion nouvelle, dans laquelle le Prêtre aurait le première place en même temps que les honneurs et les bénéfices du sacerdoce.

C’est donc de cette époque qu’il faut dater la nouvelle période religieuse des Juifs, l’origine du Judaïsme, venant renverser le premier culte, la vraie religion, pour lui en substituer une « qui n’est pas religieuse ».

Cependant, les Judéens ne renoncèrent pas complètement à leurs traditions religieuses qui avaient répandu tant d’éclat dans le monde, ils ne renoncèrent pas à leur grande Divinité nationale, Iehaveh, ils se contentèrent d’en dissimuler le sexe, tout en lui conservant son ancien prestige, tant jalousé des peuples voisins.

C’est à Babylone que naquit et se fortifia le sacerdoce masculin.

C’est là qu’Esdras et Néhémie étudièrent l’organisation ecclésiastique des Mages et s’inspirèrent de leur esprit. C’est là que les Lévites, qui vont représenter « le Prêtre », prennent les idées que nous verrons exposées dans les livres dont on leur attribue la rédaction : l’Exode, les Nombres, le Lévitique, dans lesquels tout se rapporte aux cérémonies extérieures du culte et aux intérêts de la classe sacerdotale.

C’est donc pendant la captivité que le pouvoir sacerdotal de l’homme devint indépendant, et c’est à partir de l’édit de Cyrus et du retour en Palestine qu’il devint absolu. Alors commença réellement « le prêtre », puis, continuant à évoluer, ces prêtres devinrent des scribes.

Plus tard, quand les livres furent traduits et quand on s’occupa surtout de les enseigner et de les commenter, on vit apparaître les Docteurs, qui, depuis, restèrent toujours à côté du prêtre.

Mais combien est étroit et intéressé l’esprit des Lévites, comparé à l’esprit si élevé et si large des Prophétesses, ces grandes femmes qui avaient fait le caractère des Hébreux, qui leur avaient donné les qualités que leurs descendants ont toujours conservées, tant leur influence avait eu de force dans la jeunesse de l’humanité !

Ce sont ces grandes femmes qui leur avaient inspiré cette fidélité aux premiers principes qui devait résister à tous les malheurs, fidélité qui dure encore, et cette dignité ferme au milieu des souffrances et des persécutions.

Ce sont les écrits des grandes inspirées qui ont donné à l’homme cette crainte de la Femme qui devait la faire respecter.

C’est Hevah qui a sauvé le Juif de la ruine, c’est elle qui le sauvera encore de toutes les persécutions qu’il aura à subir.

LITTÉRATURE PENDANT L’EXIL

Ezéchiel (Jehazeh-el, ou Jehazekiel, celui que Hevah fortifie) (de 594 à 572)

Ezéchiel est une Prophétesse qui fut déportée à Babylone avec Joyakim dès 599.

Elle commença sa prédication cinq ans plus tard, en 594, et la continua pendant 22 ans.

Sa propagande ne fut pas aussi libre que celle des anciennes Prophétesses d’Israël, elle n’osait pas se présenter en public et faisait venir ses auditeurs chez elle.

On allait l’écouter avec intérêt, on prenait plaisir à entendre son enseignement. Son style didactique rappelle un peu la maîtresse d’école. C’est une femme d’étude plutôt qu’une véhémente inspirée. Elle n’est pas la brillante improvisatrice que furent ses devancières, elle travaille davantage, prépare ses conférences, les écrit déjà.

Elle a moins d’originalité que les premières Prophétesses, qui parlaient sous le coup de l’indignation ; quant à elle, elle se contente souvent de redire leurs imprécations sans avoir ressenti l’injure qui les provoqua. Ce n’est plus la belle allure de l’esprit ; du reste, aurait-elle pu prendre cette grande liberté dans la ville de l’exil ?

La nature des récriminations d’Ezékiel nous fait connaître son sexe. C’est elle qui reproche aux hommes de ne plus connaître la différence morale des sexes.

Elle s’élève aussi contre la fabrication du Phallus et reproche aux Juives de rendre à ce simulacre les louanges dues à Hevah.

DANIEL (de 600 à 500)

Daniel annonce la résurrection de la femme et son jugement (XII, 1).

On en a fait la résurrection des morts. La femme était morte en effet à la vie sociale :

« En ce temps-là, ton peuple sera sauvé, quiconque sera écrit dans le Livre (tout le monde) sera jugé. Et de tous côtés ceux qui dorment dans la poussière de la terre se relèveront…(allusion à la femme retranchée de la vie sociale et de l’histoire par l’homme). Elles se relèveront pour une vie perpétuelle (une glorification), eux pour une humiliation et une abjection perpétuelle. Les sages brilleront de l’éclat du firmament, et ceux qui ont donné aux autres l’exemple de la justice seront comme des étoiles à jamais ».

En lisant de pareilles menaces, on comprend combien les hommes étaient cruels vis-à-vis des femmes.

Le livre de Daniel fut, du reste, écrit contre Nabuchodonosor.

Quand on connaît l’histoire réelle, on comprend mieux le motif pour lequel les écrits ont été dénaturés. Aucun homme n’aurait consenti à les comprendre dans le sens que leur donnait la femme.

La prophétie de Daniel représente les phases de la domination masculine par quatre bêtes, qui s’élèvent successivement de la mer.

(On sait que la mer représente symboliquement les passions, l’ignorance, tout ce qui éteint les lumières de l’esprit.) :

– C’est d’abord un lion ailé, représentant la Prêtresse antique.
– Puis un ours, l’homme grossier est sensuel.
– Puis un léopard ailé, le Docteur, le philosophe.
– Puis une bête à dix cornes, le peuple, la solidarité entre les forts pour le triomphe de l’injustice. Cette bête est la plus épouvantable de toutes.

Puis elle représente un personnage symbolisant la Vérité et appelé le « Très Vrai », qui prend séance dans une assemblée imaginaire et va juger les hommes : « Mille fois mille le servent et dix mille sont debout devant lui (ou elle). Il rend ses arrêts ; l’empire et la vie sont ôtés aux quatre bêtes. C’est alors que paraît sur les nuées la Femme-soleil (les traducteurs ont mis : comme un fils de l’homme, pour faire croire qu’il s’agit de Jésus), elle vient comme un messager, elle s’avance vers le Très-Vrai et on la fait approcher de lui : l’Empire lui est donné et sa prééminence sera éternelle. »

C’est aussi dans Daniel que l’on trouve la statue dont la tête est d’or, la poitrine d’argent, la ventre d’airain, les jambes de fer, avec des pieds de fer et de terre ; c’est le règne de l’homme.

Une pierre se détache de la montagne, frappe les pieds de la statue et la renverse (la pierre, c’est la vérité, représentée souvent aussi par la fronde). Cette pierre devient une montagne qui remplit la terre entière.

C’est certainement une femme qui a écrit cette parabole contre le règne de l’homme, et cette femme a été persécutée, puisqu’on la jette aux lions. C’est dans Daniel qu’il est dit, faisant allusion à la femme vaincue : « Un oint sera retranché. »

Rappelons que ce mot « oint » signifie « qui a reçu l’onction », et que cette image fait allusion à l’onction génératrice. C’est donc bien de la femme qu’il est question.

Daniel promet aussi le règne, des « saints » sur la terre.

QUELLE ÉTAIT DONC LA PERSONNALITÉ DE DANIEL?

L’auteur de l’Ecclésiastique, énumérant tous les hommes juifs qui ont illustré leur pays, ne cite pas Daniel, qui, à en croire la Bible, aurait occupé les plus hautes charges chaldéennes. Pourquoi ce silence ?

Parce que c’était une femme et que, à l’époque où on a écrit l’Ecclésiastique, elle n’était pas encore masculinisée. C’est seulement du temps des Macchabées (en 120 avant notre ère) qu’on commence à parler de Daniel, et son livre daterait du 6ème siècle. On se demande où ce livre fut caché. Ce ne peut être que dans les sociétés secrètes.

Si Daniel avait été un homme, et un Juif, il aurait donné comme conclusion à son récit la conversion du roi au Dieu des Juifs, au lieu de batailler pour la Divinité des Féministes, « l’Esprit des Dieux saints ».

Si maintenant nous lisons le récit biblique dans la forme remaniée et altérée que lui ont donnée les réviseurs, pour y trouver des renseignements sur Daniel, nous trouvons dès le premier chapitre des faits qui nous éclairent, si toutefois nous considérons qu’il s’agit de la métaphore constamment employée par les Prêtres pour parler des choses sexuelles, toujours cachées sous un symbolisme alimentaire.

Ainsi, chez les Juifs, la défense de manger du sang, c’est l’antique défense de s’unir pendant la période menstruelle.

Le plat de lentilles d’Esaù est mis pour l’acte sexuel, que l’homme préfère à son droit d’aînesse. La chevelure de Samson est une métaphore du même genre.

C’est pour cela que saint Jérôme dit que dans la Bible « chaque mot, point, syllabe, est plein de sens » (in Eph., III, 6).
Il a raison, c’est le livre du mensonge savant.

La fin du Livre de Daniel est consacré à l’annonce du retour de la puissance féminine, dans un temps déterminé, après que le règne de l’homme aura produit l’abomination de la désolation.

Des dates sont données, d’abord des gouvernements masculins qui se succéderont, puis de l’apparition de femmes qui rapportent la vérité.
Il semble qu’il y aura plusieurs tentatives, une première ne réussira pas, mais plus loin, plus tard, à une date fixée et très précise que l’on fait correspondre aux temps modernes, la rénovation définitive se fera et durera éternellement.

Les Catholiques n’ont pas manqué d’interpréter ces prédictions en leur faveur. Ils ont même interpolé un chapitre dans le livre de Daniel, annonçant leur Messie. Mais ce sont là de grossières supercheries qui ne trompent personne, le style du chapitre interpolé étant aussi disparate que les idées.

C’est à Daniel que l’on reporte l’erreur, généralement répandue depuis, que le Prophète est celui qui prédit l’avenir, que la Prophétie est l’annonce d’événements futurs.

Le mot Prophète ou Prophétesse veut dire « qui parle », et le mot Prophétie indique le discours tenu. C’est le Logos des Hébreux.

C’est parce que Daniel était intuitive qu’on fait d’elle une voyante et un devin.

Elle est l’auteur favori du peuple. On en fait aussi une astrologue (l’astronomie s’appelait alors l’astrologie). C’était donc une savante. Mais n’oublions pas qu’on en fait en même temps le chef des conjurateurs, ce qui prouve bien qu’elle n’approuve pas le gouvernement des rois.

Quelle était sa position à Babylone ? la Bible moderne nous dit que le roi pensait l’établir gouverneur sur tout le royaume. Mais parmi les surnoms qu’on lui donne nous trouvons ceux-ci, qui sont babyloniens : Abad-Nabu, Azup-Nazi, chef des eunuques.

Ce sont les Chrétiens qui ont placé Daniel parmi les grands Prophètes, les Juifs l’ont maintenu parmi les Kétoubim (hagiographes).

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES PENDANT LA CAPTIVITÉ

Pendant l’exil à Babylone, les sociétés secrètes prennent un grand développement. C’est à ce moment que commence l’ordre des Esséniens, qui sont aussi des Thérapeutes.

Au dernier grade que nous avons mentionné, on a réorganisé les tribus et donné un chef au vieux Sanhédrin ou sénat d’Israël.

Nous allons voir maintenant, pendant les 70 ans de la captivité, les Mystères s’étendre et se compléter, grâce à la science et à l’activité de Daniel qui, pendant sa longue vie, va s’en occuper activement et fonder plusieurs grades nouveaux.

D’abord, cette annexe aux anciens Mystères forme un nouveau Chapitre, qu’on va appeler la Voûte de Perfection.

Le premier grade de ce Chapitre (le 12ème dans la Franc-Maçonnerie) est intitulé le Grand Maître Architecte.

Et ce qui frappe tout de suite, c’est que, parmi l’éclairage de la salle, on met au Nord une Etoile lumineuse, qui symbolise la lumière qui éclairera le monde dans les temps à venir, suivant la prédiction de Daniel. Au-dessus, tous les attributs des sciences.

Daniel, représentée par celui qui préside, porte le titre de Grand Maître, qui est sans doute mis pour Grande Maîtresse, car ce personnage est vêtu de la robe blanche pontificale des Prophétesses.

Les surveillants sont toujours des hommes dans les Mystères primitifs. C’est sans doute pour cela que dans la F.M., le Grand Maître, dans ce grade, est habillé en femme, et les surveillants en hommes.

L’enseignement donné va encore avoir pour principal objet de rappeler que la connaissance première (Gnose) doit être celle de la loi des sexes. A cet effet, on fait encore intervenir l’Etoile flamboyante.

Ce grade semble avoir été le point de départ d’une philosophie nouvelle, résumée dans le mot Gnose.

Cette science dont on va nous parler est celle qui a été instituée par Daniel.

Elle semble avoir surtout pour but (encore une fois) de bien établir les lois qui régissent les deux principes, les deux sexes, parce que les tentatives de cultes rendus à des dieux mâles sont venues jeter la confusion dans l’idée divine et dans le droit divin qui en est la conséquence.

On explique que la « Gnose » a en vue la lutte des deux Principes, le bien et le mal, la matière et l’esprit, qui sont les manifestations du masculin et du féminin dans la vie de relation, celle qui est opposée à la vie sexuelle et se manifeste par la réaction du pôle cérébral en opposition avec le pôle sexuel : tel est le mystère.

Selon les premiers Gnostiques, la Divinité est l’émanation féminine, le Démi-ourgos ou Architecte de l’Univers, Sophia, la Sagesse.
Elle a organisé la Terre et enfanté l’homme qui est devenu son adversaire, qui l’a combattue et a détruit son œuvre. Nous retrouvons ici la parabole de l’Arbre qui s’étendait sur le monde entier : la Mère.

Mais les Gnostiques espèrent qu’une nouvelle incarnation de l’Esprit féminin viendra délivrer le genre humain de la domination du mauvais principe.

Cette attente, qui s’est perpétuée à travers le temps, est devenue une tradition qu’on enseigne dans la F.M., parce qu’il paraît qu’un des apôtres du Gnosticisme aurait transmis à un petit nombre d’initiés la doctrine secrète et le moyen d’interpréter la Bible selon la doctrine.

Ceci est très important. En effet, la Bible est un livre qu’il faut interpréter d’après la doctrine secrète, parce que dans sa forme moderne elle n’en a été que la copie, ou plutôt la parodie.

Nous voyons que, d’âge en âge, elle nous fait des récits mensongers, mais à travers lesquels il reste quelques faits, quelques noms, qui nous mettent sur une piste.

Pour suivre cette piste, pour comprendre les faits, pour découvrir les personnages (toujours rendus méconnaissables), il faut étudier la science secrète de la même époque, en tenant compte, encore, que même celle-là est masculinisée dans les temps modernes.

Il faut donc joindre aux rituels la tradition orale.

Le grade conféré dans le Mystère nouveau a un caractère sacerdotal, le diaconat.

C’est le commencement de fonctions nouvelles dans le culte théogonique réformé, et qui ne sont pas du tout celles des Lévites, ni celles des rabbins qui vont apparaître.

Dans ce degré, on va nous montrer une « pâte mystique » faite avec du lait, de la farine, du vin et de l’huile. C’est un symbolisme destiné à rappeler et à sanctifier une fois de plus le rôle physiologique de la Mère. La farine, c’est la graine, l’ovule ; le vin symbolise le sang ; le lait complète la sécrétion maternelle.

L’huile est un symbole qui signifie ce qui adoucit. On lit dans les rituels : « Cette pâte magique représente la douceur, la sagesse, la force, et la beauté. » C’est-à-dire ce qui résume les qualités féminines.

On la fait avaler au récipiendaire, en lui disant qu’en la recevant il reçoit symboliquement les qualités de la Mère.

Les rituels disent : « Que cette pâte magique que nous partageons avec vous cimente à jamais le lien qui nous unit et qui doit être si indissoluble que rien ne doit être capable de le briser. Malheur à qui nous désunira. »

Le cordon que les Maçons portent comme insigne est aussi l’image du lien qui attache l’homme à sa Mère, il représente le cordon ombilical.

Mais comme, depuis le régime de l’erreur, il est défendu de dévoiler la loi des sexes, on a caché avec le temps la signification réelle que symbolisait cette pâte, celle qui permettait à la Mère de dire à l’enfant, à l’homme : Je suis votre chair et votre sang.

Et, dans les rituels modernes, on dira que la pâte mystique représente le cœur d’Hiram (on sait que pour les masculinistes le cœur est le symbole qui a remplacé le sexe).

C’est depuis que les Catholiques ont parodié cette cérémonie, pour en faire l’Eucharistie, que la signification de cette pâte a changé. En devenant l’hostie, elle est devenue le symbole de la sécrétion paternelle et non plus maternelle. On y a laissé le vin pour représenter le sang de la Mère, mais l’idée cachée est devenue tout autre.

C’est aussi dans ce grade des Mystères antiques qu’on institua la confession.

On disait à celui qu’on initiait : « L’homme, par la fatale influence du mauvais principe, est, hélas ! porté au mal, et nul homme ne peut se prétendre sans imperfection. Honorez-vous en reconnaissant publiquement devant vos frères les fautes que vous avez commises. Nous vous écouterons avec indulgence et nous pardonnerons de tout cœur les torts que vous avez pu avoir si vous les reconnaissez vous- même, ce qui nous prouvera que votre conscience est éclairée. »

C’est l’épreuve de l’aveu.

Toutes les femmes en comprendront l’importance psychologique.

Cette épreuve a pour but de faire comprendre à l’homme qu’il ne doit jamais refuser d’avouer ses fautes à la femme et que l’entêtement et l’orgueil doivent être bannis de son cœur.

On met un nœud coulant à la main de l’initié et on lui fait embrasser l’Etoile flamboyante, pour compléter son attachement à l’Esprit féminin. C’est ce que les Catholiques imitent en faisant embrasser une patène.

Dans tout ceci il est facile de voir l’origine de la confession et de la communion. Mais ne manquons pas de remarquer que les Catholiques l’appliquent à contre-sens, c’est-à-dire à contre-sexe, ce qui en fait une infamie.

RÉVISION DES LIVRES SACRÉS

C’est pendant la captivité que certains Juifs, au contact des lettrés babyloniens, se font littérateurs.

Non parce que leurs œuvres soient originales, elle ne sont, d’abord, que la copie des œuvres féminines, mêlées aux traditions hindoues, chaldéennes, persanes, que l’on trouve mélangées aux textes hébreux. Tout cela devient une confusion d’idées et de mots.

On y substitue des noms d’hommes à des noms de peuples, on dit Abraham pour « Peuple de Brahma », on adopte le mot Adam pour désigner un premier homme, alors que l’adamique avait désigné primitivement « la vie végétale primordiale » : terre adamique, terre végétale.

C’est là qu’on conçoit l’idée de réviser le « Livre de la Loi » et de l’amplifier jusqu’à II Rois, 25, 29.

On révise tous les écrits depuis la conquête de Chanaan jusqu’à Salomon, c’est-à-dire toute la période du régime gynécocratique ; on y ajoute l’histoire des deux royaumes en donnant le plus beau rôle à Juda et en humiliant Israël. Et c’est alors que nous voyons les Juifs, ces infidèles de la Loi, accuser les Samaritains d’infidélité.

Ce travail finit avec le 21ème verset de II Rois, 25.

C’est en faisant cette révision des Livres que l’on y introduisit le dénombrement des peuples suivant la filiation paternelle, innovation qui n’avait pas été connue antérieurement. Jusque là, la filiation maternelle avait seule existé, l’enfant portait le nom de sa Mère. (C’est pour rappeler la filiation maternelle, qu’on appelle le régime utérin, qu’on avait institué, dans les Mystères, la cérémonie que nous avons expliquée plus haut.)

LES TARGUMS (ou TARGOUMS)

La langue hébraïque primitive, celle qu’avait employée Myriam pour écrire le Sépher, s’était tout à fait corrompue.

Le peuple devenu grossier y avait ajouté son langage vulgaire, et le sens intellectuel des mots lui échappait absolument, comme les idées abstraites, elles-mêmes, lui étaient devenues étrangères.

Après la captivité de Babylone, cette langue intellectuelle, cette langue des idées abstraites se perdit tout à fait. Ainsi donc, à l’époque d’Esdras, les Hébreux, devenus des Juifs, ne parlaient ni n’entendaient plus leur langue originelle, ils avaient perdu le sens des mots en même temps que la notion des idées. Ils se servaient d’un dialecte syriaque, appelé araméen, formé par la réunion de plusieurs idiomes de l’Assyrie et de la Phénicie, et assez différent du nabathéen qui, selon d’Herbelot, était le pur chaldaïque.

L’hébreu, perdu dès cette époque, cessa d’être la langue vulgaire des Juifs.

Les livres (le Sépher et les Prophètes) appelés Micra ou lecture, étaient lus dans les synagogues et paraphrasés ; c’est-à-dire que, après la lecture de chaque verset, un interprète le rendait en langue vulgaire et l’expliquait au peuple. On appelait ces versions les Targums. Et, on voit tout de suite combien cela prêtait aux libres interprétations.

Les Targums sont des versions ou des paraphrases faites dans l’idiome nouveau, le chaldéen ou l’araméen, qui devint la langue populaire après l’exil.

Elles n’étaient alors que des interprétations orales. Ce n’est qu’au 4ème siècle de notre ère qu’on les écrivit définitivement.

LA PREMIÈRE TRADUCTION DU SÉPHER

Les Targums chaldaïques ne constituent pas la première traduction du Sépher.

Les Samaritains, en possession d’une copie qui leur avait été secrètement envoyée, l’avait déjà traduit en langue vulgaire.

Cette version, que nous possédons en entier, étant la première de toutes celles qui ont été faites, mérite par conséquent plus de confiance que les Targums qui, s’étant succédé et détruits les uns les autres, ne paraissent pas d’une haute antiquité. D’ailleurs, le dialecte dans lequel est écrite la version samaritaine a plus de rapport avec l’hébreu que, l’araméen ou le chaldaïque des Targums.

On attribue ordinairement à un nommé Ankelos (qu’on appelle un rabbin, avant qu’il y en eût) le Targum du Sépher proprement dit, et à un autre « rabbin » nommé Jonathan celui des autres livres, mais on ne saurait fixer l’époque de leur composition. On infère seulement qu’ils sont plus anciens que le Talmud, parce que le dialecte en est plus correct et moins défiguré.

Les Samaritains se méfiaient, avec raison, de ces écrits tirés du Livre depuis la séparation de Juda, c’est-à-dire depuis la révolte de l’homme.

Les auteurs modernes, qui ne voient pas qu’une lutte de sexes est en jeu dans cette histoire, ne comprennent pas les faits qui s’y discutent et basent leurs jugements sur des questions de détail mal comprises. C’est ainsi que les savants veulent que tous les livres composant la Bible aient été écrits du temps d’Esdras, c’est-à-dire à l’époque de la captivité. C’est une profonde erreur. Esdras n’a fait que réviser des écrits antérieurs à lui, et ce sont ceux qui ont échappé à cette révision qui ont le plus de valeur, qui sont les plus authentiques.

Le recueil de Samarie est dans ce cas : c’est le seul à peu près exact.

LA MASHORE

Le premier soin des Prêtres, qui donnaient tant de valeur à « la lettre », fut de créer une convention grammaticale qui posait les règles de l’écriture que, désormais, on allait employer. C’est ce qu’on appelle la Mashore.

Ces règles avaient plusieurs objets. Il ne s’agissait pas seulement de créer une grammaire, mais d’instituer une clef (une sorte de grille secrète) qui permettait de donner un sens nouveau aux phrases qu’on laissait dans le texte, parce qu’on ne pouvait pas tout changer.

On voit clairement que le but des Prêtres fut de dénaturer les mots pour en altérer la signification.

Les Massorètes remplacèrent les voyelles par des signes. En changeant la prononciation de ces signes, ils ont défiguré les mots.
Exemple : Hevah devient Haveh, qui devient ave, qui devient Eve.

La vieille langue n’avait qu’un temps pour le présent et le futur. Une nouvelle grammaire changea tout cela.

Le Talmud de Babylone, doctrine des Rabbins, dit que la Loi de Moïse passa des Prophètes à la Grande Synagogue. On appelait ainsi un conseil d’hommes chargés, dit le Talmud (Mishna), de fixer une barrière autour de la « Loi », et cette barrière, c’est la Massore, travaux et association de théologiens juifs.

LE ROYAL-ARCHE (Royauté ancienne)

Mais les Féministes devaient protester. Aussi c’est ici que les sociétés secrètes prennent de l’importance.

Non seulement on dénature le Sépher, mais la grande persécution contre tous les Livres sacrés, commencée au 7ème siècle, se continue et redouble partout. Et on recherche tous les écrits des grandes Initiatrices, pour les faire disparaître.

C’est pour les sauver que les initiées vont chercher de nouveaux moyens de préservation.

Déjà, aux Indes, on avait caché les livres dans des souterrains inaccessibles. Nous allons voir les Israélites de Babylone employer le même système et tenir leurs assises secrètes dans des caves hermétiquement closes, sans ouverture autre qu’une trappe par où l’on descend à l’aide d’une échelle ; ces caves devaient, en effet, être inaccessibles si nous en jugeons par celle qui sert encore dans la F.M. aux assemblées de ce grade (le 13ème).

Dans ce souterrain qui sert de Temple, se trouve une salle peinte en blanc. La voûte est supportée par neuf arches sur chacune desquelles est inscrit un des noms des neuf Déesses qui écrivirent les Livres sacrés. On les appelle les neuf Architectes, parce que ce sont elles qui ont révélé les lois de la Nature, la science qui a fait la première civilisation.

Tout le symbolisme de ce grade a pour but de protester contre les changements apportés par les Massorètes dans l’écriture et dans la prononciation des mots.

Cette cave me semble avoir encore une autre signification. Elle représente le monde inférieur souterrain, sans lumière, que l’ignorance et la tyrannie ont créé. L’homme y règne, il y est roi, trois fois puissant Grand Maître.

Il est sous un dais, couronné, ayant en main un sceptre, il est revêtu d’une robe royale de couleur jaune et d’un manteau de satin bleu doublé d’hermine.

Cette descente dans le monde inférieur était l’objet de légendes diverses à cette époque : la descente d’Istar aux Enfers, celle de Proserpine dans le sombre royaume de Pluton, etc.

UN 14ÈME GRADE

Vers la même époque, c’est-à-dire toujours pendant la captivité, on institue un 14ème degré qui se tient encore dans une cave, et même dans une seconde cave qui fait suite à la première et à laquelle on accède par un couloir étroit éclairé par une seule lampe antique suspendue au plafond.

A l’entrée, il y a un petit fossé ; c’est de plus en plus lugubre. Quand le récipiendaire arrive dans cette cave, il se trouve en face d’un lion, celui dont nous avons déjà parlé, qui tient une clef dans sa gueule.

C’est ce symbolisme que la Bible a imité quand elle a envoyé Daniel dans la fosse aux lions. Seulement, cet animal ne fait aucun mal à ceux qui ont la clef.

On a fait remarquer que la fosse aux lions est celle des bas-reliefs de chasse d’Assourbanipal (British Muséum).

Au fond du dais se trouve encore le triangle avec les trois iod (1) , puis, devant le trône, les accessoires du culte de la nouvelle religion des rabbins.

On voit aussi dans la salle un grand vase rempli d’eau, représentant la mer d’airain du Temple, et qui symbolise les eaux de l’ignorance, c’est-à-dire le déluge.

Ce grade s’appelle le Grand Écossais de la Voûte Sacrée.

D’où vient ce titre de « Grand Écossais de la Voûte Sacrée » ? On dira dans les rituels modernes que c’est Jacques VI, roi d’Angleterre, qui aurait composé ce grade, appelé aussi Parfait et Sublime Maçon.

Mais, comme tous les grades des Chapitres ont une origine ancienne et contemporaine des événements bibliques, ce monarque a pu réformer ce grade, mais il ne l’a pas créé, et voici ce que ce titre me suggère :

Si, comme l’affirme la Duchesse de Pomar, les tribus dispersées se réfugièrent en Occident et surtout en Ecosse (l’ancienne Calédonie), il est possible qu’à l’occasion de cette émigration on ait créé un grade symbolique, destiné à la rappeler. L’eau qu’on met dans le Temple pourrait symboliser un voyage par mer.

On sait que Mme de Pomar voyait dans ces émigrés les dépositaires de la tradition qui devait, plus tard, reparaître. Il est certain que c’est en Ecosse que la F.M. a reparu et, de là, s’est répandue sur le monde.

Dans ce grade, on récapitule la science symbolisée par la pierre cubique, surmontée de la Pyramide, ce qui signifie union du féminin et du masculin pour l’élévation de l’humanité.

On établit, une écriture conventionnelle, on explique encore les forces spirituelles symbolisées par l’Etoile à six branches, et on montre la nécessité pour l’homme de se mettre en communication avec l’Esprit féminin.

Le Grand Écossais porte un anneau d’or en forme d’alliance, dans l’intérieur duquel sont gravés d’un côté le nom de l’adepte et la date de sa réception, de l’autre ces mots : La vertu unit ce que la mort ne peut séparer.

C’est cet anneau qu’on imitera dans l’alliance donnée le jour du mariage.

Mais le mariage sera une union sexuelle, tandis que l’union initiatique était une union spirituelle.

(1) C’est à partir de ce moment que les Juifs défendent de rétablir les Écritures, disant : « On n’y changera pas un yod » (un iota).

ESPÉRANCE

Au milieu de ces formidables luttes, une seule chose reste dans la monde gynécocratique : l’Espérance.

La Femme vaincue ne voulut jamais croire que la Vérité pût être à jamais effacée de l’esprit humain, que la raison de l’homme fit un naufrage complet. Elle gardait l’espérance de jours meilleurs. L’idée s’était ancrée en elle qu’un temps viendrait où les choses seraient remises à leur place, rétablies dans leur ordre primitif.

Cette croyance devint profonde et générale. La Femme primitive avait été la révélatrice des lois de la Nature, la fondatrice de la Religion ; une autre Femme reviendrait qui se ferait assez forte pour être tout à la fois la Justicière des hommes et la Salvatrice des femmes.

Cette rédemptrice viendrait reprendre et achever l’œuvre des premiers jours. Elle rétablirait, dans le monde, l’enseignement des lois de la Nature, qu’Elle retrouverait par la force de son génie, et referait l’histoire en y réintégrant le monde gynécocratique effacé par l’homme.

Elle referait le monde, tel qu’il fut dans les temps primitifs, elle lui rendrait sa science, sa morale, sa Religion, et cela quand les hommes auraient tout renversé !

Chaque femme qui naissait repassait par les mêmes phases de la lutte. Toutes, impatientes du joug qu’elles supportaient, irritées des contraintes nouvelles qu’on voulait leur imposer, se firent, de la liberté à reconquérir, un but à atteindre. Il y avait en chacune d’elles un germe de révolte.

C’est que la violence comprime les élans de la Nature, mais ne les supprime pas, et, en les comprimant, elle ne fait qu’accumuler des forces pour l’explosion.

LE JUGEMENT DE HEVAH

Les Prophétesses parlent souvent du « Jugement de Hevah », le Jugement de la Femme contre l’homme.

Hevah, la Déesse, c’est le souverain juge des actions de l’homme, aussi il la craint. Et ce qui prouve qu’il la craint, c’est qu’il la trompe pour éviter ses reproches.

Isaïe parle de la « Journée de Hevah », c’est-à-dire du Jugement de la Femme, prononcé dans les grandes assemblées, dans les assises solennelles des peuples, dont on a fait le Jugement de Dieu (Isaïe, Ch. II 12).

C’est sous cette forme prophétique, et au futur, qu’Isaïe parle, du Jugement. Elle annonce aux hommes qui font le mal qu’ils seront jugés.

Ce que la Femme n’exécute pas aujourd’hui, elle l’accomplira plus tard. « Ne vous faites point d’illusion, pécheurs orgueilleux, le Jour de Hevah viendra. Les grands et les forts oppriment maintenant, mais ils seront humiliés à leur tour. »

RETOUR DE L’EXIL ET RESTAURATION DES JUIFS (536)

La chute du puissant empire de Babylone, détruit par Cyrus, rendit la liberté aux hommes de Juda, qui retournèrent alors dans leur pays et reprirent possession de la Palestine.

La première autorisation de retour fut donnée par Cyrus, après la prise de Babylone par les Perses en 536.

Un certain nombre de Juifs, profitant de l’édit royal, retournèrent en Judée, sous la conduite de Zorobabel, assisté d’un prêtre, Josué, pour régler le cérémonial religieux, car leur préoccupation était le Temple plus que l’Etat, c’est-à-dire l’autorité religieuse à laquelle ils sont bien forcés de reconnaître la plus grande force et dont ils veulent définitivement déposséder les Prêtresses.

500.000 personnes revinrent, dont 4.000 Cohen (prêtres), nous disent ceux qui veulent donner aux prêtres une grande importance. Ils arrivèrent à Jérusalem au milieu d’une ville ruinée.

Ils s’occupèrent, d’abord, de rebâtir la ville et surtout de rebâtir le Temple, en le consacrant à la nouvelle religion qu’ils voulaient faire prévaloir.

Cela provoqua des larmes et d’amères récriminations de la part des femmes, des mères qui, voyant dans cette substitution la ruine de leur autorité, jetaient des cris de douleur ; aussi la reconstruction du Temple n’eut lieu qu’avec une extrême lenteur.

Les Samaritains et tous les Israélites irrités parvinrent à faire défendre les travaux par le roi de Perse, Cambyse.
Ils furent repris sous Darius et achevés en 515.

Le jour de la dédicace, on inaugura le sacrifice des animaux, en sacrifiant 100 veaux, 200 béliers, 400 agneaux et 12 boucs, et on célébra la Pâque suivant le nouveau rituel.

Après cela, nous ne savons plus rien de ce qui se passa à Jérusalem pendant 50 ans, ce qui prouve que ce triomphe du Prêtre fut suivi d’une époque de persécution, même de terreur, qu’on n’a pas voulu nous raconter.

Les Juifs, beaucoup plus favorisés que les Israélites, purent se reconstituer en royaume.

Cyrus leur permit de relever Jérusalem et d’y établir leur capitale. Ils vécurent dominés par Cyrus, mais non pas asservis.

L’origine de ce royaume juif lui assurait une espèce de privilège parmi les autres royaumes masculins ; il y avait comme une sorte de complicité entre eux, toutes les sévérités ayant été réservées pour les fidèles de la Gynécocratie.

Aussi les Juifs purent-ils, grâce à cela, garder une certaine indépendance au milieu des grands royaumes qui les entouraient ; ils furent respectés par la royauté macédonienne de Syrie et ils le furent de tous les conquérants masculins, même des Romains, et ce ne fut que plus tard, quand ils furent égalés et dépassés en trahison et en révolte, qu’ils commencèrent à être inquiétés.

Depuis le schisme, les dissidents d’Israël avaient pris le nom de Judéens (d’où Juifs). Un intérêt commun les unissait, mais ils n’avaient plus dans leur vie et dans leurs mœurs le lien moral, l’ancien pacte d’alliance, qui avait fait des Israélites une famille unie et forte.

Le lien qui maintenant unissait les Juifs entre eux était plutôt une honte commune, une vengeance ou un remords, et, s’ils furent des frères, ce fut dans la trahison qu’ils puisèrent le ciment de leur alliance.

Les anciens Israélites leur avaient donné un nom, Caleb (chien de Dieu), qui était presque synonyme de Juda.

ADONAÏ

C’est l’époque des Dieux nouveaux. Celui que nous voyons surgir en Syrie, Adonaï, a une histoire qui va nous éclairer sur sa réelle signification.

Adon, d’où il vient, est un nom qu’on prononça d’abord Edon. C’est depuis qu’on a donné le nom d’Adam au premier homme (pendant la captivité), qu’on va introduire ce nom dans la nouvelle religion masculine, en opposition avec le nom de Hevah (la Femme).

Il est facile de montrer que Adon ou Adam sont un même nom. Tous deux signifient le rouge ou le roux (c’est l’arbre ancêtre, venu de la terre Adamique).

Adam, l’homme, le premier-né (comme Esaù, dont il recommence la légende), c’est l’adversaire de la Femme ; Esaù était son frère, Caïn aussi.

Celui-ci sera son époux, parce que, depuis, on a inventé le mariage. Ce sont les Juifs Kabbalistes qui de Adam ont fait Edon et Adon.
Il était facile de changer les voyelles, puisqu’on ne les écrivait pas.

Cet Edon, cet ennemi, est représenté d’abord comme le « farouche Adonaï » du désert, l’adversaire redoutable, tel que les Caïnites le furent pour les Habélites (la légende est la même, du reste).

Plus tard, on va lui donner un nouveau rôle, le faire monter en grade dans la hiérarchie des Dieux, il va devenir le « Seigneur maître des cieux et de la terre ». C’est lui qu’on va adorer à Byblos.

Puis, quand arrive l’époque de grande affliction des femmes, quand elles s’en vont pleurer leur Déesse morte, leurs nations dispersées, les hommes parodient leur douleur, pleurent la mort de l’homme, du Dieu mâle. C’est ce que nous avons vu en Egypte où Osiris, le mort, dont les membres sont dispersés, est pleuré par les femmes, les pleureuses ! ô ironie !…

En Syrie, en Phénicie, même parodie : Adonis est mort et on le pleure.

Quand ce culte nouveau s’introduisit chez les Juifs, après leur retour de l’exil, ils substituèrent ce nom à celui de Hevah, et choisirent le mont Calvaire placé au nord-ouest de Jérusalem (ce mont où David avait pleuré sa royauté perdue) pour célébrer les fêtes de ce Dieu nouveau, auquel les hommes donnaient la beauté de la Femme, en même temps qu’ils lui donnaient son rôle et sa puissance.

C’est sur ce mont Calvaire (mont des chauves, Golgotha en hébreu) que la femme avait pleuré les souffrances qui lui avaient été causées par les hommes dégénérés (les hommes chauves). C’est pour cela que ce lieu fut choisi par ces ironiques, pour être le lieu où l’on venait se tondre en souvenir d’Adonaï !… La tonsure était destinée à masquer la calvitie.

Quand arriva l’époque de transition pendant laquelle les Déesses devinrent des signes astronomiques, les mettant ainsi hors du monde, on ne manqua pas de mettre au ciel un Adonis qu’on appela Vénus-Adonis ; c’est ainsi que la Déesse androgyne est représentée pendant les premiers temps de l’ère chrétienne.

Adonaï porte un manteau semé d’étoiles, c’est la Divinité qui représente le Ciel. Que le voilà loin du brutal Caïn, de l’envieux Esaù !

On donna si bien à Adonaï l’apparence d’une femme, que des auteurs s’y sont trompés. Du temps de Plutarque, il était considéré comme androgyne.

Dans les hymnes d’Orphée, c’est aussi un être androgyne (Hymne 53). Ce n’est qu’après le Christianisme qu’il ne sera plus qu’un Dieu mâle doué des qualités et de la beauté de la Déesse.

Et, quand il sera ainsi spiritualisé, on altérera les textes pour lui donner une place dans des écrits déjà anciens.

C’est l’Adonaï des Syriens qui devint, en Grèce, le bel Adonis. Et les modernes, au lieu de nous expliquer l’origine de ce Dieu mâle, l’élèvent jusqu’à l’hermaphrodisme divin, et, ne considérant la légende que dans sa dernière forme, nous le représentent comme étant un jeune Grec d’une grande beauté.

On lui fait une nouvelle légende. Il inspire à Vénus une ardente passion, il est mis en pièces par un sanglier furieux (l’homme-sanglier qui tua la femme), mais maintenant c’est Diane qui est cause de tout, c’est elle qui a suscité le sanglier à la prière de Mars. Voilà tous les rôles changés. Descendu aux Enfers, il est remarqué par Proserpine qui s’en éprend, puis rendu à la vie pendant six mois de l’année. Jupiter finit par ordonner que le bel Adonis soit libre quatre mois de l’année, qu’il en passe quatre avec Vénus et quatre avec Proserpine. C’est l’histoire de la Femme morte, descendue dans l’enfer masculin et ressuscitée plus tard, suivant l’espérance du temps, qui est ici dénaturée, mais encore reconnaissable.

Les Grecs acceptaient avec enthousiasme les cultes étrangers ; c’était nouveau, cela venait des pays d’Asie, qui avaient tant de prestige, puis cela ne ressemblait pas à leur culte officiel, les affiliés y trouvaient le plaisir de la révolte. Il n’en fallait pas davantage pour faire leur succès.

Les femmes, qui ne comprenaient pas, y voyaient une idée de délivrance qui les séduisait.

Adonaï, qu’on traduit par « Mes Maîtres », « Mes Seigneurs », est un mot pluriel, comme Elohim, pris pour le singulier.

On disait Adonaï (les Seigneurs) comme on disait Shaddaï (les forts, les hommes). On imitait en cela l’ancien usage qui consistait à dire, pour désigner les femmes, « les Dêwas ».

On introduisit ce nom dans les textes hébreux, en quelques endroits, en le mettant à la place de Jehovah.

En Syrie, la parodie va plus loin : Adonis est appelé Sabaoth. Seigneur des sept cieux, de l’armée des étoiles. C’est la parodie de Hevah-Sabathée.

En Phrygie, le nouveau Dieu Attis se fait aussi appeler Sabas. Le petit mâle, l’Adonis phrygien devient Sabas-Attis, l’intéressant martyr qui meurt, puis ressuscite.

On pleure sa mort, puisque la femme est morte, et cela durera 2.000 ans, cela dure encore, la comédie du martyre de l’homme, mort pour la Femme, alors que c’est la Femme qui est morte pour l’homme.

Nous retrouvons partout la parodie de la persécution.
C’est la bonne Mère Ma qui dépouille Attis, le Père souverain, de sa force virile.

En réalité, c’est la femme qui fut moralement châtrée par l’homme.
On nous raconte qu’Isis fut livrée au désespoir, parce que, les membres d’Osiris ayant été dispersés, un seul (le lingam : le sexe masculin) a été perdu dans le Nil. On veut faire croire que cette perte la désole, on la montre rassemblant en pleurant les membres d’Osiris.
Ces fables outrageantes pour la Femme sont d’ironiques vengeances.

Le torrent bourbeux des passions de l’homme crée partout les mêmes parodies. On va jusqu’à donner le surnom de Hevah au Dieu des ivresses furieuses, et on crée Bacchus-Sabas.
Puis on s’excuse en écrivant dans l’histoire que les Bacchants sont des Bacchantes ; ce ne sont plus des hommes qui se livrent à l’orgie, ce sont des femmes, de chastes jeunes filles, tout d’un coup prises de rage frénétique, tous les crimes masculins sont attribués à des femmes.
Et des écrivains comme Diodore, Apollodore, racontent ces choses !

On va jusqu’à attribuer à des femmes les suites de la débauche masculine, les crimes que l’amour du sang fait commettre à l’homme.

Depuis la fondation des « Mystères de Jérusalem », à l’époque de Daud (David), c’est-à-dire mille ans avant notre ère, chez tous les peuples avoisinant la Judée, le parti masculin avait imité les Féministes israélites et créé, lui aussi, des Mystères, en donnant au personnage divin dont on déplorait la mort le sexe masculin.

C’est ainsi que les Juifs instituèrent le mythe d’Adonaï, auquel ils firent une légende.

ESDRAS (Hezra)

Sous le règne d’Artaxercès (la 7ème année de son règne), vers 456 ou 458, vint à Jérusalem une nouvelle colonie de Judéens, conduite par Esdras ; « c’était un scribe bien exercé dans la Loi de Moïse », dit-on. En réalité, un mauvais écrivain, ignorant et prétentieux.

Il avait pris connaissance du Sépher, emporté à Babylone, et c’est lui qui en rapportait la traduction (il ne faut pas oublier qu’à cette époque on ne parlait plus la langue de Myriam).

D’un caractère dominateur et ambitieux, d’un esprit faux et étroit, Esdras était en même temps dévot dans le mauvais sens du mot, c’est-à-dire adonné aux pratiques futiles. On l’a comparé, non sans raison, à un clérical moderne.

Mais ce qui le distinguait surtout, c’était sa haine de la Femme et le mépris qu’il affectait de lui prodiguer. Son premier acte en Judée en témoigne :
Il apprend que les Juifs ont pris des femmes appartenant à l’ancien régime gynécocratique, ce qu’il traduit par le mot « étranger », qui servait à désigner « ceux de l’autre parti » ; son premier soin est d’en débarrasser « la sainte race mâle », qu’il ne veut pas voir mêlée à ces viles femmes. On eût dit que la Terre allait s’écrouler.

Voici comment il exprime son indignation : « Lorsque j’entendis ce discours, je déchirai ma tunique et mon manteau et je m’arrachai les cheveux de la tête et les poils de la barbe et m’assis atterré » (Esdras, 9, 3) ; et, furieux, il fit expulser les femmes et leurs enfants.

Tel fut son début. Ce qui n’empêche qu’on trouva plus tard des Juifs qui avaient pris des femmes asdodites, ammonites et moabites.

Cette belle colère n’était qu’une comédie ; il voulait imiter l’indignation des Prophétesses et prenait leur ton et leurs phrases, en les exagérant et en appliquant aux femmes les reproches qui avaient été adressés aux hommes « des autres cultes », aux goïm.

LE LIVRE DE LA LOI DE MOISE

Esdras, debout sur une estrade, lut lui-même ce livre, depuis l’aube jusqu’à midi, « en présence des hommes et des femmes et de tous ceux qui étaient capables d’entendre », et qui tous, pendant cette lecture, se tenaient debout (voir tout le chapitre VIII de Néhémie).

Or, quel était ce Livre de la Loi de « Moïse », qu’on imposait au peuple avec tant de solennité, ce livre qu’Esdras lisait publiquement ?
C’était une rédaction grotesque, une parodie infâme, faite par Esdras lui-même, ou par ses collaborateurs, de l’admirable Sépher de Myriam!

C’est cette rédaction d’Esdras que les savants modernes appellent « l’Ecrit élohiste » (rédigé vers 450), et dans lequel tout le grand rôle de la Déesse est attribué à Elohim, confondant ainsi volontairement Hevah et Elohim, la puissance morale de la Déesse et la puissance cosmique.

On a remarqué que les préoccupations législatives dominent chez cet auteur, qui s’occupe de la généalogie dans le but de substituer la filiation paternelle à la filiation maternelle (1).

Mais il n’y a pas que cette confusion dans cette hypocrite rédaction. On y supprime tout ce qui était destiné à glorifier la femme et on y substitue des faits avilissants.

C’est le livre dans lequel Esdras mit toute la ruse, toute la jalousie, toute la misogynie de l’homme pervers.

Le Pentateuque, sous sa forme actuelle, n’existait pas encore du temps de l’exil. On ne constate sûrement l’existence des quatre premiers livres que vers l’an 400.

C’est alors, dans le chaos qui régnait, que, ne pouvant supprimer d’anciens souvenirs, on imagina d’y attacher un nom d’homme, Moïse (de l’ancien mot Musa), que l’on représenta comme celui qui a tiré les Juifs de l’Egypte et en a fait un peuple.

On fit de lui l’auteur du Sépher de Myriam, dont le nom disparut presque de l’histoire et ne fut guère conservé, dans les sociétés secrètes, que sous sa sa forme renversée : Hiram.

(1) Le mot « ab » (père en hébreu) commence à entrer dans la composition des noms ; on dit Abija (de Abi-yah), « celui dont Iahveh est le père » ; Abihou, « il est mon père » ; Elihou, « il est mon Dieu » ; Abbo, « serviteur de Lui », d’où Obed, abbé, abbatial, mais d’où aussi Abracadabra.

Hanno, « la grâce de lui », d’où Hanan ; Jo-hanan (Jean) veut dire « Iahveh est bon ».

D’abord, au mot « ab » on attache une idée de négation, la négation du rôle de la mère qui sera désigné, plus tard, ironiquement par un mot composé de ces deux racines ; « abnégation ».

LE NOUVEAU SÉPHER D’ESDRAS

Aussitôt que les anciens fidèles de la Thorah surent qu’Esdras s’occupait de récrire le Sépher en le dénaturant, quelques-uns d’entre eux se réunirent pour combattre cette imposture. La lutte s’engagea.

Esdras combattit ces ennemis gênants ; voulut les intimider par son audace et les frappa d’anathème. Mais cela ne suffisait pas pour détruire leur Livre, c’est alors qu’il imagina de donner au sien une autre forme ; il prit la résolution d’en changer l’écriture ; il substitua aux caractères phéniciens les caractères chaldéens ou hébraïques, ce qui fut accepté avec d’autant plus de faveur que les Juifs de cette époque avaient, non seulement dénaturé, mais perdu tout à fait la langue de de leurs aïeux, ils lisaient les caractères antiques avec difficulté et s’étaient accoutumés au dialecte assyrien et aux caractères plus modernes dont, les Chaldéens avaient été les inventeurs.

Esdras, pour se donner plus de force contre les Samaritains, a cherché à s’assimiler les idées qu’il contient, sans en comprendre lui-même le sens, et a fini par s’en croire l’auteur. Mais il donne à sa rédaction la tournure mesquine de son esprit, il est fortement réceptif de la pensée féminine qu’il répète sans savoir ce qu’il dit.

Son récit est fait pour nous expliquer comment fut composé un livre qu’on nous donne comme révélé par Dieu lui-même.
Il nous éclaire sur l’esprit charlatanesque d’Esdras qui nous dit que c’est à l’aide d’une inspiration surnaturelle qu’il a écrit un livre qu’il n’a eu qu’à copier.

Cela nous renseigne aussi sur sa valeur mentale, puisqu’il invoque le surnaturel, a recours au miracle, pour se donner du prestige, et s’attribue, à lui, les conséquences spirituelles de la sexualité féminine.

Si nous comparons ce genre de littérature aux écrits des femmes, nous voyons qu’un genre nouveau surgit. C’est le commencement de la période juive proprement dite ; elle forme contraste avec la période hébraïque qui va de Samuel à l’exil, et pendant laquelle la femme parlait sans entraves. Maintenant elle se tait et c’est l’homme qui a la parole.

Samuel avait fondé le règne de l’Esprit ; Esdras fonde celui de la lettre (et quelle lettre !) ; Samuel avait été la première des « voyantes », Esdras est le premier des Rabbins. Ce fut une transformation radicale, « sans pareille dans l’histoire », dit un écrivain juif.

Autrefois, les hommes vivaient sous la direction morale de la Femme et ne pensaient pas à se mêler de littérature, ils connaissaient à peine les livres, ne les réfutaient pas encore, ils respectaient ce qui émanait de l’Esprit de Hevah.

Après Esdras commence chez eux un besoin tourmentant de justification et de lutte, une poussée d’orgueil et des remords en même temps que la crainte des récriminations féminines.

Tout cela pousse les Prêtres à parler, à écrire. Ce n’est pas une œuvre originale qu’ils font, c’est une justification et une affirmation nouvelle des droits qu’ils se donnent.

Ce sont eux qui vont écrire, et vous allez voir ce qu’ils vont faire de cette faculté. D’abord, ils vont réviser tous les livres des femmes, en altérer le sens, en dénaturer l’esprit, aux idées substituer des mots ; ensuite ils vont écrire des lois, se donnant à eux-mêmes le pouvoir législatif.

La femme avait expliqué les lois de la Nature, les seules immuables, vraies et légitimes ; le Prêtre aussi va donner des lois, et quelles lois, une réglementation de la vie de l’homme, mais surtout de celle de la femme, un frein mis à tous ses actes, à toutes ses pensées, à ses rêves, à son amour.

Et cela s’appelle un canon, mot bizarre dont on cherche l’origine.

FALSIFICATION DU SÉPHER

Esdras ne s’en tint pas au changement de caractères, il changea également les idées contenues dans le Sépher. Cela devait arriver. C’est ce que Myriam avait prévu, c’est ce que les Israélites avaient toujours craint.

Le Sépher était l’affirmation de la loi morale et le triomphe du pouvoir féminin ; il était impossible que celui qui fondait sa puissance sur la violation de cette loi et sur le renversement de la Déesse laissât subsister un livre qui le condamnait.

Il trouva facilement des auxiliaires qu’il flatta en pliant la loi aux mœurs nouvelles que les Juifs avaient contractées à Babylone.

A l’esprit large et clair de la Thorah on fit succéder une casuistique hypocrite qui devait fleurir depuis pendant tant de siècles, casuistique qui n’est pas autre chose que l’effort fait par l’homme qui a tort, pour prouver qu’il a raison.

C’est ainsi que le Sépher, cet admirable livre d’une science élevée, devint une Genèse absurde.
C’est ainsi que la haute raison et la forme poétique de la primitive rédaction féminine devinrent une trame d’absurdités.
C’est ainsi que, après les génies immortels des grandes femmes, on vit dans les assemblées les cerveaux les plus délirants, après la science la plus sublime, la plus minutieuse puérilité !

Cela amena un changement radical dans la société.

Tant que la Matrone, la Soffet, avait gouverné, la paix avait régné.

Assise, sans appareil, aux portes des villes, ou à l’ombre des arbres, elle écoutait les réclamations de tous : la femme éplorée, le serviteur opprimé, le pauvre, l’étranger, la veuve, l’orphelin.

Heureuse de soulager la misère, de faire régner la paix, de veiller sur les mœurs, de défendre l’opprimé, de consoler l’affligé, elle apaisait la colère des hommes, elle ramenait le fils égaré, et tous renaissaient à la paix, tous reprenaient courage.

L’homme dont elle censurait la conduite revenait à de meilleurs sentiments.

Enfin, durant les jours consacrés, les « voyantes » faisaient la lecture de la Loi, l’expliquaient, elles communiquaient aux assemblées le caractère calme et mesuré qui est le propre de la femme sage.

C’est ainsi que s’étaient passées des années, des siècles, qui avaient été la période de calme de l’humanité, le repos d’Israël, paix heureuse qui a laissé dans l’esprit des Hébreux des souvenirs éternels et qui est l’origine du charme que l’on trouve encore dans les Livres sacrés de l’antiquité, quoique, après l’image de la paix, ils nous fassent le tableau de la lutte.

LA BIBLE DITE D’INSPIRATION DIVINE

Pour les théologiens modernes, la Bible est un livre d’inspiration divine.
Comment cette croyance dogmatique a-t-elle pris naissance ?

Est-ce parce que le Sépher dans sa première forme fut écrit par une Déesse, Myriam-Hathor?

Non. Pour les Prêtres, le Dieu qui a dicté le Livre n’est pas une Déesse, c’est le Dieu mystérieux d’Esdras, et nous trouvons l’évolution de cette croyance dans les opinions émises par les défenseurs de ce rabbin, Saint Basile, Saint Irénée et Clément d’Alexandrie entre autres.

La préoccupation des Prêtres juifs était de faire remonter leur religion à un homme, et ils prirent le nom de Mosé (Muse), dont les Occidentaux ont fait Moïse, d’après la prononciation grecque des Eoliens.

Puis ils donnent à ce Mosé le pouvoir de faire des miracles, croyant ainsi en faire plus qu’un homme, ce qui fait dire à Voltaire : « Je puis soupçonner que ces miracles ont été insérés dans les Livres sacrés des Hébreux longtemps après la mort de ceux qui auraient pu les démentir. »

« Ces prodiges n’ont jamais été, mais ils ont été insérés après coup dans une histoire qui, de leur propre aveu (il s’agit des Juifs), a été compilée par celui qui les ramena de Babylone » (Lettre de Thrasibule à Leucippe).

En même, temps qu’Esdras grandit ainsi un homme imaginaire, il jette le discrédit sur Daud (David) en disant : « Si une famine ruine la Judée, c’est que David a fait, par orgueil, un recensement. ». On voulait donc la faire détester.

Si Daud a fait un recensement, c’est évidemment parce qu’elle a voulu établir le nombre des fidèles de l’ancienne Loi.

Alex Weill a publié des études sur les 5 Livres Mosaïques, destinées à les rendre tels qu’ils existaient avant le deuxième Temple, c’est-à-dire dégagés de leur linceul miraculeux et ténébreux.

Esra, d’après lui, aurait entièrement défiguré l’enseignement mosaïque et introduit dans la religion d’Israël une masse de pratiques et de superstitions, causes de tous les maux passés et présents, et qui ont été l’origine, chez le « peuple de Dieu », de tous les fanatismes et de toutes les erreurs du miraculisme et de la piété exagérée, pour ceux qui profanent et violent les lois.

Esra a naturellement trouvé des imitateurs. Les Pharisiens, les scribes, les sanhédrins, et même les Catholiques, ont été les premiers à applaudir Esra et à le continuer ; le mal, au lieu de diminuer, s’est agrandi de jour en jour et, présentement, continue même à faire de très grands ravages au milieu de nous.

Cette critique biblique mérite d’arrêter les yeux des rabbins et des prêtres sur tous ces détails d’interpolation, de fraude et de miraculeuse inconséquence, montrant qu’Esra est le fondateur du Mosaïsme actuel et le forgeur des interventions miraculeuses d’une Divinité qui, cependant, a horreur du miracle parce qu’elle est la logique souveraine et la raison même et qu’elle ne saurait commander l’obéissance aux lois qu’elle a établies, si elle se permet de les transgresser en les violant et de donner ainsi, aux hommes, le plus funeste des exemples, et une piètre idée de sa puissance et de sa justice.

En résumé, Esdras a fait œuvre d’audace et d’inconscience.

« Et puis, s’il y a eu des réclamations, nous les ignorerons éternellement », dit Josèphe, L. VII, c. n.

Le public les a ignorées parce que les continuateurs d’Esdras eurent seuls le droit de rédiger les Annales. Les fourbes ont toujours demandé le respect absolu et silencieux pour leurs erreurs et leurs mensonges, et c’est par la complicité de leurs pareils qu’ils arrivent à s’imposer.

Cette antique Loi ne fut pas complètement oubliée, et fut cachée dans les sociétés secrètes pendant l’époque de terreur qui commença alors. L’histoire, du reste, ne garde pas le souvenir des réclamations des Femmes. Et nous allons voir avec Malachie leur dernière protestation.

Comment, après elle, auraient-elles pu écrire des livres quand elles devaient se cacher pour assurer leur sécurité ? C’est ce qui nous explique l’existence de la tradition orale, la seule qu’on ne pouvait pas empêcher.

Esdras imposa son livre, imposa sa loi et sa nouvelle religion au milieu de la désapprobation générale.

Et c’est ainsi que la « parole divine » (Féminine) est devenue la parole humaine (masculine).

MALACHIE (Maleaki) (440)

Malachie est le dernier des Prophètes. C’est un auteur anonyme.

« Malachie » n’est pas un nom propre, c’est une expression hébraïque tirée du chapitre III, verset 1, et qui veut dire : « Je vais envoyer mon messager ». Voici le texte :

« Voici, je vais envoyer mon messager et il préparera le chemin devant moi, et aussitôt Hevah, celle que vous cherchez, entrera dans sa demeure, le messager du pacte y est attendu. Le voici qui vient, dit Hevah des bataillons (pour Çébathée). Qui soutiendra le jour de sa venue ? »

On croit que ce messager est une allusion à ce qui est dit dans Isaïe, la grande inspirée (Isaïe, XI, 13, et XII, 19).

Le messager attendu pour ramener l’homme et lui proposer un nouveau pacte ne peut être qu’une femme, une de ces apparitions « par lesquelles la Divinité elle-même se rend visible ».

Le mot ange (aggelos, mot grec qui signifie messager, de aggelein, envoyer) est dans Samuel et dans les Rois : « bon comme un messager de Hevah », « clairvoyant comme un messager de Hevah ».

Cette idée d’un « Ange » qui annonce reste dans la religion et passe dans le Catholicisme où elle servira à faire l’Angélus.

Cette attente d’un sauveur est encore annoncée à la fin du livre : « Voici venir le jour qui sera comme un feu brûlant, et tous les méchants, tous ceux qui commettent l’iniquité seront comme la paille, ce jour qui arrive les fera flamber, dit Hevah Çébathée (traduit par l’Éternel des armées célestes), et il n’en restera ni branche ni racine. » (1).

Malachie condamne avec force le Juif qui répudie la femme, qui abandonne la Juive pour suivre des étrangères : « Les gémissements de la femme abandonnée se répandent sur l’autel et, Hevah n’accepte pas l’hommage de celui qui les a causés » (II, 13 15).

Ce mot répudier, si blessant pour la Femme, ferait supposer que le mariage existait alors, tel qu’il est institué dans les temps modernes ; il n’en est rien et le mot répudier (qui renie) ne peut indiquer qu’une rupture venant de l’homme qui a honte de la Femme; (de re et pudere, avoir honte). Malachie se plaint de la négligence qui s’est introduite dans les sacrifices (réformes suivant la nouvelle forme religieuse).

Ce verset, évidemment dénaturé, nous fait apercevoir la décadence du culte et la petitesse des idées régnantes. C’est dans cet écrit que, pour la première fois, la Loi de Moïse est mentionnée (Malachie, 3, 22) : « Souvenez-vous de la Loi de Moïse auquel j’ai prescrit sur le mont Horeb des préceptes et des ordonnances pour tout Israël. » Ceci est aussi une interpolation.

Les anciens Prophètes ne connaissaient pas Moïse. Pour eux, c’était Hevah seule qui avait racheté Israël (peut-être Eva-Maria). Amos, Isaïe, Osée, n’écrivent jamais le nom de Moïse. A leur époque, on ne connaissait pas encore ce nom qui devait remplacer plus tard celui de Myriam.

C’est dans le livre de Michée (écrit vers 725) qu’on introduisit le nom de Moïse pour la première fois, à côté de ceux d’Aaron et de Myriam. Mais il est certain qu’il y a été interpolé et que ce n’est qu’après l’exil que Moïse commence à être mentionné.

(1) Il ne faut pas oublier que l’ « Eternel des armées » a été mis pour Hevah Çébathée qui signifie Déesse des Bataillons célestes, et que l’armée céleste, ce sont les défenseurs du régime gynécocratique, le monde féminin étant appelé le Ciel par opposition au monde masculin appelé la Terre, ou l’Enfer.

LES JUIFS APRÉS ESDRAS

La pénurie de documents littéraires chez les Juifs, après Esdras, nous fait comprendre que l’esprit d’Israël est affaissé, découragé. Peut-être aussi la parole est-elle étouffée !

Pendant trois siècles, presque toute source de documents disparaît, et nous pouvons difficilement reconstruire l’origine des institutions nouvelles qui prennent naissance à cette époque. Nous les verrons florissantes, plus tard, sans avoir su les luttes que leur introduction dans la vie sociale dut provoquer.

C’est particulièrement le régime familial qui fut modifié à ce moment par suite des tentatives que les hommes faisaient partout pour substituer le régime paternel au régime maternel. On modifia aussi l’enseignement. On substitua l’instruction donnée dans les synagogues par des Prêtres à l’instruction donnée dans les Temples par des Prêtresses.

Tous ces changements étaient appuyés sur le Livre de la Loi de Moïse, révisé par Esdras et, désormais, enseigné comme étant le fond de l’instruction nationale.

C’est dans les assemblées régulières des synagogues qu’on lisait la « Loi », principalement le jour du Sabbat. Cela créa une nouvelle catégorie d’hommes, les Sopheriim (docteurs de la Loi) ou rabbins, comme on les appela vers l’époque de l’ère chrétienne.

Le premier docteur dont on parle est Simon le Juste (3ème siècle avant notre ère). Il apparaît comme le fondateur de la science rabbinique et se fait appeler « Juste », sans doute parce qu’il impose l’injustice. Ses disciples fondent des écoles divergentes dont les chefs portent le nom de Tunaïm (Maîtres-sages).

Avant cette époque, il n’y avait pas dans la langue des Juifs de terme pour rendre le mot « école ».

Un siècle avant l’ère chrétienne, on en trouve plusieurs ; le plus populaire est « maison d’ensemble ». Ces écoles sont la copie du Didascalion (de didaskein, enseigner) qui était situé derrière les temples des Déesses et où l’on donnait aux jeunes filles l’enseignement de toutes les sciences et de tous les arts, divisé en sept classes. C’est ce qui explique la réputation de haute culture des femmes grecques.

Le sanhédrin remplaça le « Conseil des Matrones » (les anciens).

Au conseil éclairé que Myriam avait fondé, succéda un corps despotique et aristocratique (dans le mauvais sens du mot, c’est-à-dire orgueilleux et vaniteux) qui prêta les mains à des ordonnances d’iniquité contre lesquelles les Prophétesses s’étaient élevées avec une si grande indignation.

Si dès ce moment les femmes se taisent, les hommes parlent et nous voyons apparaître une littérature ecclésiastique et liturgique à travers laquelle la poésie masculine se laisse entrevoir. On fait des psaumes, à l’imitation de ceux de Daud ; on les chante aux assemblées du culte, aux fêles, pendant les pèlerinages à Jérusalem.

C’est à ce moment que l’on fait une révision générale des écrits féminins, pour éliminer tout ce qui glorifie la Femme ou rappelle sa puissance, pour substituer des noms d’hommes aux noms des grandes femmes dont on ne veut plus reconnaître le génie, si ce n’est en l’attribuant au sexe mâle.

Les Samaritains, qui conservaient les traditions féministes, essayaient de s’insinuer partout où les hommes avaient pris la place des femmes, mais on se méfiait d’eux, on les repoussait. Ils gardaient le Sépher comme l’unique Livre sacré, et ils se construisirent un Temple, pour eux seuls, sur le mont Garizim.

Lors des persécutions d’Antiochus, ce Temple fut consacré à Zeus hellénique, et, une cinquantaine d’années plus tard, détruit par Jean Hyrcan. Il avait eu deux siècles d’existence et ne fut pas reconstruit.

Le Garizim et le Mont des Oliviers ont gardé quelque chose de sublime. Les hauteurs du Thabor gardent les immortels souvenirs du peuple d’Israël.

LES CHRONIQUES (vers 300)

Les Chroniques ou Paralipomènes d’Esdras (Ezra) et de Néhémie (Nehemyah) furent rédigées vers 300.

Paralipomène est un mot grec qui signifie choses omises ou oubliées, parce qu’on y trouve plusieurs choses qui ne sont pas dans les autres livres qui racontent l’histoire des rois d’Israël.

C’est un livre de mensonge qui tend à antidater la royauté en Israël. On le nomme encore Chroniques ou Annales des Rois. Il a été écrit après le livre des Rois. C’est un abrégé très considéré par les masculinistes, et saint Jérôme l’appelle la Chronique des chroniques.

Dans ce livre, qui porte sa date, puisqu’il y est parlé de Cyrus, roi de Perse, on établit la généalogie par les mâles, depuis Adam.

C’est dans les Chroniques que l’on change le sexe de Daud (David) et qu’on montre les Lévites comme des prêtres existant depuis Moïse.

FONDATION D’ALEXANDRIE ET SA NOUVELLE LITTÉRATURE

En 332, Alexandre fonda la ville d’Alexandrie, qui devint un centre intellectuel grâce à ses écoles philosophiques.

Vingt-cinq mille Juifs y affluèrent lors de sa fondation, et, sous les Ptolémées, alors qu’elle était devenue une ville juive, plutôt que grecque, on vit surgir une littérature qui était due surtout aux Juifs hellénistes. Ils parlaient grec et imitaient l’esprit philosophique d’Athènes tout en gardant les traditions littéraires de leurs anciens Prophètes, ces « Prophétesses » dont les idées, cependant, différaient tant des leurs.

De ces éléments disparates, un nouveau genre littéraire se forma, dans lequel on trouvait associées les idées grecques et les anciennes croyances des Hébreux auxquelles, du reste, on commençait à donner une forme nouvelle.

Au contact de l’esprit grec, la religion de « Hevah » devint une philosophie qui se perdit peu à peu dans les brouillards de la pensée nuageuse des docteurs, et c’est de cette philosophie juive que sortira la théologie chrétienne.

Et pendant que les Juifs s’hellénisaient, les Grecs se judaïsaient.

Dans cette colonie littéraire on vit paraître des poésies juives . sous le nom d’Orphée, de Phocylide, de Sophocle, etc., on vit paraître de la philosophie juive sous ceux de Cléarque, de Théophraste et d’autres. Enfin, les Juifs firent des vers sibyllins, imitant les anciens Oracles.
Le rôle qu’on donne à la Femme dans les écrits masculins de cette époque nous montre quel changement profond s’est produit dans la mentalité de l’homme et dans les mœurs qui en résultent.

D’ans l’Ecclésiaste (le Prêcheur), publié à Alexandrie au 3ème siècle, on lit : « Et j’ai reconnu que la femme est plus amère que la mort, qu’elle est le filet des chasseurs, que son cœur est un rêt et que ses mains sont des chaînes. Celui qui est agréable à Dieu se sauvera d’elle ; mais le pécheur s’y trouvera pris. »

Dans les Proverbes, nous voyons la Femme mieux traitée, mais considérée seulement comme un objet utile aux autres : « Le prix d’une vaillante femme surpasse de beaucoup tous les trésors de la richesse. »

Le portrait de la « Femme forte » fait dans les Proverbes nous représente la femme comme l’homme la veut, ; elle n’est louée que pour ce qu’elle produit, pour ce qu’elle rapporte à la maison, pour ce qu’elle donne aux autres, non pour ce qu’elle est.

La Sagesse de Salomon est aussi un livre de cette époque.

C’est à Alexandrie, du 3ème au 2ème siècle, qu’on a fait de Salomon le type, de la sagesse et qu’on lui attribue toutes les grandeurs de sa mère Daud devenue « le roi David ».

L’union des Juifs et des Hellènes fut cimentée par une haine commune : la haine de la Femme.

Associés dans la même œuvre de réaction et de destruction, ils y travaillaient chacun différemment, les Grecs par leur philosophie, les Juifs par leur mauvaise traduction du Sépher ; mais ils devaient fatalement arriver à une entente, à une union, ayant pour but la suppression de l’influence féminine dans le monde et la suppression de la vérité enseignée par la Femme, vérité qui avait fait sa puissance.

La philosophie condamnait « la pluralité des dieux », cette pluralité que l’homme lui-même avait créée en mettant des dieux à côté des Déesses, et contre laquelle la Femme s’était, tant révoltée, quand elle voulait qu’on respectât son unité divine.

Mais les philosophes ne voulaient plus voir de supériorité spirituelle sur la terre, le règne de l’envie commençait, ils ne reconnaissaient plus qu’une mystérieuse puissance cosmique à laquelle ils donnaient le nom générique qui avait servi à désigner primitivement la Divinité primitive ; ils ne voulaient plus connaître que cette puissance extra-terrestre ; ils condamnaient la représentation des dieux, et cela se comprend, on avait mis dans leur Panthéon masculin des types odieux ou ridicules.

Donc la Divinité n’aura plus pour eux de forme humaine, ce qui a l’avantage de cacher le sexe attribué à la personnification de la Vérité, de la Justice, de la Sagesse.

Les Juifs arrivaient au même résultat que les philosophes eu faisant de leur Divinité Hevah une puissance cosmique Iehovah.

Depuis longtemps, ils ne prononçaient plus son nom, ne lui faisaient plus d’images, si bien que cette Déité sans nom, sans sexe et sans forme pouvait représenter tout ce qu’on voulait. Varron l’appelle Jupiter.

La corruption des Juifs par les livres des philosophes grecs fut facile, ils y étaient préparés ; l’entraînement, les idées régnantes aidant, cela dut amener promptement une entente entre les hommes arrivés au même degré de corruption.

LA VERSION DES SEPTANTE (IIIème SIÈCLE)

Un événement qui eut dans l’histoire des religions des conséquences formidables, se passa dans ce siècle (de 286 à 280). On traduisit en grec l’antique Sépher, remanié par Esdras.

Tant que cette version dénaturée demeura confinée dans le petit monde juif, elle eut peu d’influence sur les idées du temps.

En se présentant traduite dans la langue grecque, qui était alors répandue presque partout, ce livre entra dans le monde intellectuel où, par une fortune extraordinaire, il devait s’imposer et, finalement, servir de base aux trois grandes religions modernes.

L’histoire de cette version est obscure. On l’a, à dessein, remplie de légendes merveilleuses ou absurdes.

Les principaux documents qui racontent l’origine de la Version des Septante sont en désaccord sur les points essentiels.

D’abord il n’est question que de la traduction de la Loi (les livres du Pentateuque), puis de celle de tous les livres sacrés ; enfin on y ajoute encore celle de 72 livres apocryphes.

Constatons aussi que la légende, sous aucune de ses formes, n’existe encore du temps de Jésus, fils de Sirach (vers 130). Cet écrivain déclare que la version grecque des Saintes Ecritures était imparfaite. Or les légendes ne font que chanter sa perfection.

Le fils de Sirach, dans la préface de sa traduction de l’Ecclésiastique, parle des difficultés que présente une traduction de l’hébreu en grec : « Les mots hébreux, dit-il, n’ont point la même forme lorsqu’ils sont traduits dans une langue étrangère, ce qui n’arrive pas seulement, en ce livre-ci, mais la Loi même, les Prophètes et les autres Livres sont fort différents (dans leur version) de ce qu’ils sont dans leur propre langue ».

Si nous consultons les renseignements donnés par les Juifs eux-mêmes sur la Version des Septante, nous y trouvons une histoire des 70 traducteurs par Aristée, conservée jusqu’à ce jour.

Cet Aristée avait été officier de la garde de Ptolémée II qui vécut de 285 à 247. Il aurait écrit à son frère Philocrate l’histoire suivante :

Démétrius de Phalère, bibliothécaire de Ptolémée Philadelphe, interrogé par le Roi, lui apprit qu’il y avait chez les Juifs des livres dignes de trouver place dans la Bibliothèque du Roi, mais qu’il fallait les traduire, d’abord, en grec.

Ptolémée fut transporté (toujours d’après le même récit) lorsqu’il entendit lire ces saintes lois (celles d’Esdras).

Un jour qu’il s’en entretenait avec Démétrius, il lui demanda comment il se pouvait faire qu’étant aussi excellentes, nul historien et nul poète n’en eût parlé (ceci nous apprend que les historiens et les poètes tenaient en mépris le livre d’Esdras).

Démétrius répondit que, comme elles étaient toutes Divines, on n’avait osé l’entreprendre, et que ceux qui avaient été assez hardis pour le faire en avaient été châtiés par Dieu (voilà les divagations qui commencent).

Que Théopompe, ayant eu le dessein d’en insérer quelque chose dans son histoire, perdit l’esprit pendant trente jours. Mais qu’après avoir reconnu, dans des moments de santé, et dans un songe, que cela ne lui était arrivé que pour avoir voulu pénétrer les choses divines et en donner la connaissance aux hommes profanes, il apaisa la colère de Dieu par ses prières et rentra dans son bon sens.

Tout ceci a pour but d’expliquer le silence des auteurs du temps sur une œuvre qu’ils devaient tenir en profond mépris, s’ils la connaissaient ; mais on la cachait aux gens instruits, dont on craignait le jugement.

Cet Aristée, qu’on fait parler ainsi, est juif, quoiqu’on veuille le faire passer pour un païen.

Tout cela a été inventé à Jérusalem. Les lettres qu’on attribue au Roi, et les autres, sont écrites dans le même mauvais style. Démétrius n’écrivait pas ainsi, il était si éloquent que Cicéron le prit pour modèle. Tout ce récit est faux (voir Leblois, Les Bibles, livre V, supplément III, p. 382).

On sent que toute cette fable a été imaginée pour donner plus d’autorité à un Livre qu’on avait altéré à dessein.

Les docteurs voyaient dans cette traduction la ruine définitive de l’ancienne forme religieuse, aussi ils l’acceptèrent avec enthousiasme et fêtèrent tous les ans l’anniversaire de cet heureux événement.

Mais, si un parti juif se réjouissait de cette traduction qui détruisait l’ancienne Loi et avilissait la Femme, les anciens Israélites, dispersés et mélangés partout aux populations, en furent profondément affligés et maudirent ce Livre que les traducteurs grecs avaient intitulé « les Bibles », et qui préparait à l’humanité tant de siècles d’obscurité et de malheur !

Les rabbins eux-mêmes considéraient la traduction du Sépher comme une profanation et craignaient d’en être punis ; le jour anniversaire de ce forfait fut pour eux un jour de deuil. On établit un jeûne public le huitième jour du mois de Tebeth, en expiation de cette mauvaise action.

Les érudits croient que la traduction d’un livre en une autre langue n’avait pas été faite avant la Version des Septante, et celle-ci ne le fut que dans un intérêt masculin ; avant cela, les hommes n’avaient eu aucun intérêt à propager les livres, presque tous d’origine féminine ; au contraire, ils les brûlaient.

Les Juifs firent, de cette traduction, leur justification. Mais le Livre, ainsi parodié, était de beaucoup au-dessous de la littérature grecque du temps.

Les Grecs, d’ailleurs, ne le connaissaient pas, d’autant plus que les Juifs, qui en avaient une secrète honte, ne voulaient pas le laisser lire aux Grecs dont ils craignaient les sarcasmes.

Le Sépher travesti n’était destiné qu’aux Judaïsants, c’est-à-dire à ceux qui étaient déjà gagnés à la nouvelle secte et qui étaient, en général, des gens vulgaires et sans instruction.

Ce n’est pas par des livres, mais par la tradition orale que la mythologie asiatique passa en Grèce.

Jusqu’au temps du premier Christianisme, il n’y a pas un seul écrivain grec qui semble avoir connu la Bible.

Avant le 2ème siècle de notre ère, il avait existé différentes recensions du recueil des livres juifs. Cela formait trois espèces d’écrits : la Thorah officielle ; le texte samaritain (1) ; la version des Septante.

C’était trois manières bien différentes de présenter les idées contenues dans le Sépher. C’est plus tard que prévalut un seul texte hébreu.

Alors on accusa les Juifs d’avoir donné pour base de leurs traditions sacrées un livre immuable, condamnant ainsi l’examen. Mais le livre ne devint immuable que quand il devint si obscur qu’il ne supportait plus l’examen.

On n’impose que les erreurs, la Vérité se laisse toujours discuter.

C’est à cette époque que l’on donna définitivement au Sépher un homme pour auteur : « Moïse », qui n’a pas encore d’histoire, mais dont on va commencer la légende.

C’est Philon (né de 20 à 30 ans avant notre ère) qui, le premier, fera une biographie de Moïse, dans un ouvrage en trois volumes, De Vita Mosis.

Ce livre servira à faire le Deutéronome et qui est, du reste, beaucoup plus moderne qu’on ne croit.

Il fallait que la mentalité des hommes fût bien troublée, qu’ils fussent bien las de philosopher, pour accepter si facilement le « Livre des Juifs », cette Bible devenue si puérile et si ridicule ! Son succès vient de ce qu’elle servait à l’avilissement de la Femme, qui allait, maintenant, passer pour un dogme, puisque l’infériorité qu’on lui donnait était présentée sous la responsabilité de la parole de « Dieu », de ce Dieu nouveau qui grandissait depuis Socrate.

A cela, il n’y avait pas de réplique, la Femme n’avait plus qu’à s’incliner, Dieu avait, parlé, il avait exprimé toute la haine des misogynes, la déclarant l’être second, la tentatrice, la pervertrice, qui devait être soumise à l’homme.

C’est sur ce texte que l’on allait s’appuyer pour continuer la grande lutte de sexes qui régnait depuis si longtemps et devait durer tant de siècles encore !

C’est ce livre qui a ouvert la porte à tous les maux causés par les religions modernes, il en fut la cause première, il flatta les esprits disposés au mal, il leur donna une excuse, il justifia la haine des misogynes, le mépris des orgueilleux, et prépara l’avènement du Catholicisme qui allait supprimer du monde la raison et la Justice.

(1) La Bible samaritaine, le Sépher, fut apporté de Palestine en France il y a trois siècles ; il fut déchiffré et interprété par le Père Morin, de l’Oratoire.

LES MASSORÈTES AU IIIème SIÈCLE

Nous avons déjà vu qu’au 5ème siècle, lors de la révision du Livre par Esdras, on appela ainsi certains docteurs qui s’occupaient de questions grammaticales relatives aux textes sacrés. Ce sont eux qui inventèrent et perfectionnèrent le système des points voyelles, imaginés, semble-t-il, pour dénaturer les mots, pour changer les noms et égarer l’esprit dans ses investigations.

Par ce moyen, on fixe d’une manière conventionnelle les noms nouveaux que l’on veut substituer aux anciens.

Cette façon de donner une forme nouvelle à l’écriture est un système d’altération que nous avons vu employer partout. C’est une ruse dont la Femme devait être la victime, puisqu’on effaçait son nom de l’Histoire. Ce même système fut mis en œuvre en Chine, quand on altéra les primitifs Livres sacrés.

Cette méthode, qui consiste à fixer une écriture quand elle altère les idées antérieures, a été imaginée, suivant le langage des rabbins, pour sauvegarder la forme nouvelle et « l’entourer d’une haie ». Imitant le langage de leurs adversaires, ils disent qu’ils font cela pour empêcher leurs écrits d’être altérés, alors que ce sont eux qui, par ce système, dénaturent les écrits antérieurs. Au fond, ce qu’ils craignent, c’est que la Vérité se fasse jour, c’est que les Livres soient remis dans leur forme primitive.

On alla plus loin, tant on craignait la critique. On compta le nombre des versets, des mots et même des lettres contenues dans chaque livre remanié, afin qu’il restât fixé dans la forme nouvelle qu’on lui donnait. Ce travail fut l’œuvre de l’école de Tibériade, qui le commença au 3ème siècle.

Il ne fut terminé qu’au 6ème ou au 7ème siècle de notre ère.

PERSÉCUTION SOUS ANTIOCHUS ÉPIPHANE

Les Juifs ne devaient pas jouir en paix de leur réforme religieuse. Quand l’homme rejette l’autorité morale de la Femme, c’est la lutte d’homme à homme qui commence.

La Judée, sans cesse troublée, passa tour à tour sous plusieurs dominations politiques jusqu’au jour où elle fut soumise à une domination religieuse. Antiochus IV, surnommé par ses flatteurs Epiphane (illustre) et par les autres Epimane (fou), voulut établir l’unité de religion.

Pour atteindre ce but, il eut recours aux moyens violents les plus vexatoires. Il ordonna dans tout l’empire, et spécialement aux Juifs, de pratiquer, sous peine de mort, le culte des Dieux grecs.

Il voulut vexer les Juifs et, pour cela, ordonna la profanation du Temple et du sabbat, et la destruction des Livres sacrés ; il donna l’ordre de manger de la chair de porc et enjoignit de participer au culte des idoles.

Son règne fut considéré comme « l’abomination de la désolation » ; il excita l’horreur et l’indignation des Juifs.

Il y eut, dans ces persécutions, des martyrs. C’étaient surtout des femmes.

Sous prétexte qu’elles s’adonnaient à l’idolâtrie, on les massacra. On leur renvoyait leur reproche, car ce sont elles les premières qui avaient défendu à l’homme d’adorer son image. Maintenant on défendait la représentation des Déesses que l’art grec avait tant multipliée.

C’est sous Antiochus Epiphane que l’on vit commencer la persécution des femmes, le premier mot de l’Inquisition.

Cet homme fut un précurseur.

Les nombreux martyrs qu’il fit le rendirent célèbre. A Babylone, à Ninive, on enfermait les malheureuses qui se plaignaient.

Quelques-unes parvenaient à s’échapper de leur cachot, elles s’enfuyaient avec leurs enfants et leurs derniers adeptes, et se cachaient. C’est dans les forêts solitaires que l’enseignement de la Vérité se mettait à l’abri des fureurs de l’homme. C’est là qu’on le retrouva chez les Grecs, dans la forêt de Dodone. Chez les Celtes aussi, la forêt fut le dernier temple lorsque se produisit la grande persécution.

Cependant, cette persécution avait fini par irriter la population qui arriva au paroxysme de la colère et s’insurgea. Ce fut l’occasion d’une guerre, victorieusement gagnée par les Macchabées. Il s’en suivit un siècle d’indépendance (de 167 à 63).

Sous les Asmonéens, Judas Macchabée se fit passer pour un Messie. C’étaient donc de simples ambitieux qui luttaient pour s’assurer le pouvoir bien plus que pour soutenir une idée.

LES MACCHABÉES

Le récit des persécutions d’Antiochus et des guerres des Macchabées fait l’objet des livres qui portent leur nom (les Macchabées).

Le premier livre parut en hébreu vers 100, il est intitulé « le Premier Livre des Macchabées » et a été traduit en grec. C’est cette traduction qui nous reste. Deux autres Livres des Macchabées ont été composés en Egypte ; ils sont postérieurs à notre ère et ont peu de valeur.

Le premier Livre des Macchabées est l’unique source qui nous permette de connaître ces temps troublés. C’est par lui que nous apprenons qu’une destruction de livres eut lieu lors des persécutions d’Antiochus.

Les intendants du roi, secondés par les Juifs apostats, « déchirèrent et brûlèrent au feu les livres de la Loi qu’ils trouvèrent. Et ceux chez qui l’on trouvait un Livre de l’Alliance et ceux qui prenaient plaisir à la Loi étaient condamnés à mort par ordre du roi » (I, 59, 60).

Or, ce livre persécuté, c’est le Sépher. Et c’est au moment où on le supprime de cette façon violente que se répand la traduction grecque de ce Livre, devenu la Bible.

Ces faits sont une révélation, ils nous apprennent que cette mauvaise traduction souleva des récriminations et que c’est pour les étouffer qu’on persécuta ceux qui réclamaient.

Les partisans de la Version des Septante étaient appelés avec mépris hellénistes ou grécisants par ceux qui lisaient le Sépher en hébreu.
Quelle triste époque ! Quel effondrement de l’ancien monde et quel désordre pour le remplacer !

Et les principaux événements survenus en Palestine au 2ème siècle nous montrent des hommes luttant pour le pouvoir et guerroyant autour du Temple que les partis se disputent.

Aussi, ceux-ci suffisent pour montrer que ce qu’on avait fait de la « Religion », ce qu’on lui substitue n’a plus rien de religieux.

LES SCRIBES CONTRE LES FEMMES

Aux Psalmistes, aux Prophétesses, qui enseignaient, succèdent des hommes raisonneurs, les scribes.
Ils envahissent le monde, fondent des synagogues et des écoles où on va donner l’enseignement de toutes les erreurs.

La loi primitive est altérée pour justifier la conquête de l’homme, et c’est cette loi altérée qu’on enseigne partout. Et on multiplie les lieux d’enseignement pour répandre à profusion le dogme nouveau qui n’a qu’un but : justifier le pouvoir sacerdotal.

Nous trouvons là, dans l’histoire, un fait fréquent dans la vie des individus. Chaque fois qu’un homme commet une injustice dont la femme est victime, nous le voyons tomber dans un excès de raisons justificatives de sa conduite, qui sont la preuve même de sa faute.

Lorsqu’on agit suivant les lois de la raison, on ne se donne pas tant de mal pour le prouver, l’évidence est la seule démonstration du vrai. On n’a recours à une grande multitude de preuves que lorsqu’on sent que le tort qu’on a est difficile à faire admettre.
Toute l’histoire des religions est contenue dans cette justification, expliquée par ce fait psychologique.

Nous assistons, à cette époque de l’histoire juive, à ce fait devenu presque général : L’homme a écrasé la Femme, le scribe a falsifié la Loi, tous ses efforts vont tendre à justifier cet acte en accusant sa victime.

Il va présenter la femme comme la grande coupable, c’est elle qui a fait tout le mal qui règne dans le monde ; du reste, c’est un être inférieur. La preuve, c’est sa création secondaire, c’est sa constitution physiologique, ses menstrues (on écrit plus de 500 ouvrages pour le prouver), c’est son enfantement dans la douleur, etc. ; tous ses caractères féminins sont présentés comme des caractères d’infériorité.

Si l’homme a quelques torts, c’est sa faute à Elle, c’est Elle qui l’a entraîné, lui n’est et ne sera jamais qu’une innocente victime irresponsable de ses actes ; donc il ne fait aucun mal, il continue à vivre comme l’agneau sans tache.

Chaque fois qu’il y a séduction, c’est la Femme qui est coupable, c’est toujours Elle qui a voulu être outragée, violentée, elle va le chercher pour cela, le prier. Lui, il résiste, mais enfin, la Nature aidant, il se laisse séduire. Et pour justifier ce renversement de la psychologie sexuelle, on invente la légende du vertueux Joseph et de l’impudique Mme Putiphar.

Et il se trouve des gens naïfs qui lisent cela sans comprendre dans quel esprit ces contes furent introduits dans la Bible.

Comment comprendre la terrible lutte que durent soutenir les partisans de l’ancien « Livre de la Loi » contre le nouvel esprit des Prêtres, si l’on ne sait pas dans quel sens et pourquoi ils altéraient les textes, puis pourquoi ils niaient ces altérations ? Là encore, ils tombent dans une exagération qui les perd, ils invoquent un luxe de preuves pour nier ce qu’on leur impute, qui vaut une preuve affirmative de leur faute.

Et cependant, quelle maladresse dans les altérations !

Comment a-t-on laissé les adjectifs féminins subsister dans la Bible hébraïque, et des versets tout entiers, restés intacts, qui donnent la clef de tout le système ? L’histoire d’Habel, symbolisant la première femme victime de l’homme, relatée dans toutes les Écritures antiques des autres peuples, est si maladroitement défigurée qu’on n’a pas de peine à en retrouver la signification.

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’il existait à cette époque une grande lutte dans laquelle la Femme devait être vaincue, mais comme elle se débattait contre cet assujettissement qui était un fait nouveau dans la vie morale de l’humanité !

Du reste, quel que soit le mal que les Prêtres se sont donné pour justifier les altérations des Ecritures, jamais on ne les a crus. Il est toujours resté, au fond de l’esprit des peuples, l’idée que la Bible était un livre falsifié ; on n’a jamais cessé d’en rechercher la version primitive, d’en pénétrer le sens caché.

C’est cette curiosité inquiétante qui a décidé l’Eglise à édicter tant de prohibitions concernant le Livre saint. L’Eglise savait, ou pressentait, que cette étude serait un jour faite dans un esprit vraiment scientifique et que là serait sa condamnation.

C’est dans ces Livres, en effet, que l’on devait découvrir tous les mensonges de ses origines.

LE CULTE DE MYRIAM EN ORIENT

Les Arabes ont rendu un culte à Marie avant le Christianisme, puisqu’ils l’avaient mise solennellement au nombre des 360 divinités des trois Arabies.

Burkhardt, dans son Voyage en Arabie, dit : « El Arraki allègue le témoignage de plusieurs personnes pour prouver un fait remarquable dont, je crois, il n’a pas été fait mention ; c’est que la figure de Marie, avec le jeune Issa sur ses genoux, était sculptée comme une Divinité sur une des colonnes les plus proches de la porte de la Caaba. »

Du temps de Mahomet, on voyait encore cette image de Myriam sur la Caaba.

En Arabie étaient aussi l’autel d’Hebal (Abel) et les gazelles d’or de la Caaba données par un roi de Perse.

Il existait chez les Arabes une « Fontaine de Marie », où on allait en pèlerinage. Et même, encore au temps des Chrétiens et des Musulmans, on continua à y aller demander la guérison des maladies et de tous les maux.

Les Arabes gardaient la science de Myriam. Un grand arbre appelé zat arouat était vénéré par les Koreischites.

D’autre part, on nous dit : « Ils avaient en haute vénération un arbre du genre des mimosas que Niebuhr a trouvé dans le désert. Ils l’appellent « arbre hospitalier », il n’est pas permis d’en arracher une feuille.

La mosquée d’Omar (El Aksa) représentait l’ancien Temple de Jérusalem ; et l’on disait que « El Sakhra » (la roche) est bâtie à l’endroit où vécut Marie depuis l’âge de trois ans.

El Sakhra fut, dans l’origine, une église dédiée à Myriam, le Saint des Saints.

Les Turcs joignirent à son nom le titre de Seddika qui veut dire Juste. C’est parce que depuis longtemps les Arabes du désert avaient rendu à Marie les honneurs divins que l’Islamisme, qui avait recueilli les traditions orales de l’Arabie, connaît Myriam, la mentionne et lui fait jouer un grand rôle dans la fondation de la religion, tout en changeant singulièrement les localités, les époques et les différentes formes religieuses, parce qu’il la confond avec la Marie des Catholiques.

La vénération que l’on porte à Marie en Orient a gagné jusqu’aux infidèles qui, tout en détruisant ses images, n’en professent pas moins pour elle un respect profond.

Les Turcs et les Persans, qui en parlent dans les termes les plus honorables, la tiennent pour la femme la plus pure et la plus parfaite qui fût jamais.

Cette vénération est bien plus grande parmi les Chrétiens schismatiques de l’Orient. Chez les Arméniens, les fêtes de Marie sont toujours précédées de plusieurs jours de jeûne.

Les Coptes, qui appellent l’Assomption la Pâque de Notre-Dame, s’y préparent par un vrai carême, où l’abstinence est portée au comble. 2 des 4 monastères qui existent encore dans le célèbre désert de Scété sont dédiés à Marie.

Avec le temps, toutes les légendes et toutes les saintes se mêlèrent, et les Francs qui allèrent en Orient s’étonnèrent de rencontrer des femmes turques priant au lieu dit « le tombeau de la Vierge », au Gethsémani, avec les filles de Sion, les riches Arméniennes, les Grecques ou les Arabes.

L’abbé Orsini a écrit une histoire de la Vierge. Nous y lisons ceci :

« Les empereurs de Constantinople couvrirent les champs sacrés de la Palestine de monuments religieux en l’honneur de Marie. Sainte Hélène fit construire à Nazareth, en 260, la somptueuse basilique de Sainte-Marie. Théodose bâtit le Giasmaniach ; Justinien fit élever à Jérusalem Notre-Dame-la-Neuve, où il prodigua les marbres les plus rares de l’Archipel.

Les Chrétiens élevèrent, à frais communs, des sanctuaires non moins splendides : ceux de Damas bâtirent en l’honneur de Marie la célèbre basilique de Mart-Miriam, qui leur coûta deux cent mille dinars d’or et que les Mahométans brûlèrent sous le Kalifat de Moktader, l’an 312 de l’Hégire. »

L’Egypte, la Syrie, la Kaldée et jusqu’au littoral de la mer Caspienne, abondaient en couvents dédiés à Marie. Tout cela à une époque où aucune église n’était dédiée à Jésus, dont la légende n’était pas encore acceptée.

Le plus célèbre de ces monastères orientaux fut Notre-Dame du Mont-Carmel, dont la fondation, évidemment fort ancienne, a été entourée de tant de nuages qu’il serait difficile d’en fixer l’époque précise, bien antérieure au Christianisme.

L’histoire du Mont-Carmel rapporte que la chapelle est placée sous l’invocation de Marie, et que la Mère de Jésus y prit le voile et y mourut.

Ce qu’il y a de vrai, c’est que le sanctuaire du Mont-Carmel fut dédié à Notre-Dame Myriam par les reines de Tyr, qui y célébraient des Mystères analogues à ceux de Jérusalem, à une époque où le nom de Myriam, lu de droite à gauche, était Hiram.

Et l’abbé Orsini, parlant de la basilique dédiée à la Marie du Mont-Carmel, ajoute « qu’elle réjouit, dès la naissance du Christianisme, le cœur des nombreux pèlerins d’Europe qui la découvraient de loin en mer ».

Il ne s’agit donc pas de la Marie des Catholiques, qui n’existait pas lors de la naissance du premier Christianisme.

LE TEMPLE D’HATHOR A DENDERAH

C’est dans la grande ville de Denderah, une des plus fameuses de la Haute-Egypte, aimée d’Hathor, dit Loti, que se trouvent les ruines du magnifique temple consacré à la Déesse. Serait-ce là qu’elle naquit, ou qu’elle vécut avant la fuite au Sinaï?

De la terrasse du Temple on découvre la grande chaîne de montagnes du désert d’Arabie à l’est. Et j’emprunte à Loti la description du Temple (La Mort de Philae, p. 193) :

« On arrive au sanctuaire de la Déesse par une large tranchée dans cette colline de décombres. Il déconcerte dès qu’il apparaît, tant il est grandiose, austère et sombre.

« Un portique sévère, bâti en pierres géantes et surmonté du disque à grandes ailes, laisse entrevoir un asile de religieux effroi.

« On entre. D’abord le pronaos (parvis) avec des piliers chargés d’hiéroglyphes. De grandes figures humaines servent de chapiteaux pour les colonnes, elles sont, l’image de la belle Hathor, Déesse du lieu.

« Ce temple d’époque décadente différait à peine de ceux que l’on bâtissait en ce pays deux millénaires auparavant. Même rectitude et même lourdeur.

« Aux plafonds, bleu sombre, mêmes fresques représentant des astres, des génies du ciel et des séries de disques ailés. »
Le disque ailé est un symbole qui indique l’action radiante des astres incandescents. Cette action est le Principe sur lequel s’appuie toute la cosmogonie de Myriam.

« En bas-relief sur toutes les parois, même peuplade obsédante de personnages qui gesticulent, qui se font, les uns aux autres, des signes avec les mains, éternellement ces mêmes signes mystérieux répétés à l’infini partout. Les temples memphites et thébains, qui précédèrent celui-ci de tant de siècles et furent tellement plus grandioses encore, ont tous perdu, par suite de l’écroulement des énormes granits des toitures, leur obscurité voulue, autant dire leur sainte horreur.

Chez la belle Hathor, au contraire, à part quelques figures mutilées jadis à coups de marteau par les Chrétiens et les Musulmans, tout est demeuré intact, et les plus hauts plafonds n’ont pas cessé de jeter sur les choses leur ombre propice aux frayeurs.

« Cette ombre augmente dans l’hypostyle qui fait suite au pronaos. Puis viennent, l’une après l’autre, deux salles de plus en plus saintes, où un peu de jour tombe à regret par d’étroites meurtrières, éclairant à peine les rangs superposés des innombrables figures qui gesticulent sur les murailles. Et après de nombreux couloirs encore, voici enfin le cœur de cet entassement de terribles pierres, le saint des saints, enveloppé d’épaisses ténèbres ; les inscriptions hiéroglyphiques dénomment ce lieu « la salle occulte », où jadis le Grand-Prêtre avait seul et une seule fois chaque année le droit de pénétrer pour l’accomplissement de rites que l’on ne sait plus.

Vers la fin de l’ère antique et au début de l’ère chrétienne, l’Egypte, on le sait, exerçait encore sur le monde une telle fascination par son prestige d’aïeule, par le souvenir de son passé dominateur et par l’immutabilité souveraine de ses ruines, qu’elle imposait aux conquérants ses dieux, son écriture, son art architectural et jusqu’à ses rites et ses mystères.

« Le temple a aussi des dépendances souterraines, des cryptes, longues galeries superposées qui devaient servir à cacher des trésors, et qui sont ornées sur toutes les parois de personnages gesticulants et des images de la belle Déesse que les profanes appellent la voluptueuse Hathor.

« Dans un des vestibules du sanctuaire, parmi tant de bas-reliefs qui représentent là des souverains rendant hommage à la Déesse Hathor, un jeune homme, coiffé de la tiare royale à tête d’uréus, est assis dans la pose pharaonique : l’empereur Néron. Les hiéroglyphes sont là pour affirmer son identité, bien que le sculpteur, ignorant son vrai visage, lui ait donné des traits conventionnels réguliers comme ceux du dieu Horus.

Durant les siècles de la domination romaine, les empereurs d’Occident envoyèrent des ordres pour que leur image fût placée sur les murs des temples et pour que l’on fît en leur nom des offrandes aux divinités égyptiennes. »

Pendant qu’on ciselait ici cet archaïque bas-relief d’empereur, il y avait déjà des Chrétiens qui s’assemblaient à Rome dans les catacombes et mouraient en extase dans le cirque pour la défense de la doctrine dont Hathor fut la première Déesse révélatrice.

LE ZODIAQUE

Lors de l’expédition de Bonaparte en Egypte, on découvrit à Denderah, dans des temples en ruines, des zodiaques sculptés sur des plafonds. Ces zodiaques représentent symboliquement les premières phases de l’évolution humaine telles qu’elles étaient expliquées dans le Sépher.

Il est bien évident que c’est pour en conserver le souvenir, et aussi pour en donner l’explication aux initiés, que ces représentations avaient été faites.

Mais le Temple de Denderah fut restauré plusieurs fois. Il le fut sous Ptolémée XI, en pleine époque de réaction. Il est bien évident que, dans ces restaurations faites à l’époque du plus fervent masculinisme, on modifia le zodiaque.

Cependant, on y retrouve le fond de l’histoire primitive de l’humanité dont voici les 12 signes :

  • 1) Les Gémeaux, qui sont les deux enfants mâle et femelle issus de la vie végétale par la genèse naturelle primitive.
  • 2) La Femme ou la Vierge (Hevah), qui devient la Mère universelle et prend la direction morale du monde. Elle porte une palme, signe de victoire.
  • 3) Le Lion ou Sphinx, qui représente l’intuition, la faculté divine qui fit connaître les lois de la Nature à la Femme révélatrice. Le lion représente la force de la vérité.
  • 4) Le Bélier (ou le Bouvier), symbole du mâle qui, en évoluant est arrivé à la force. Il fuit, la tête tournée en arrière ; le taureau, qui le représente aussi, a la moitié du corps enfoncée en terre.
  • 5) Le Cancer ou crabe ; c’est la marche régressive, ou déviée, de l’homme après la chute.
  • 6) Le Verseau (Aquarius) représente le déluge, l’eau versée sur le flambeau de l’Esprit féminin pour l’éteindre. C’est la jalousie sexuelle.
  • 7) Les Poissons, ceux qui vivent dans les eaux de l’ignorance et défendent l’erreur.
  • 8) La Thorah, la loi donnée à l’homme pour le ramener à la Vérité et au Bien. (De ce mot Thorah, les reviseurs ont fait, par ironie, le taro. En français, le taureau. C’est quand la Thorah devient un Toro que Myriam devient la vache Hathor.)
  • 9) Le Capricorne, bélier à cornes et queue de poisson. C’est l’erreur qui attaque.
  • 10) Le Sagittaire, l’homme à cheval, le chef qui combat le régime gynécocratique et veut se faire roi.
  • 11) Le Scorpion, le mal qui empoisonne et qui tue ; c’est la ruse, le mensonge, la trahison.
  • 12) La Balance représente le régime hermaphrodite, l’égalité des sexes, période intermédiaire entre le régime maternel et le régime paternel, qui dura 3.000 ans, et dont nous retrouvons la tradition dans la mythologie.

Les noms des mois, chez les Pré-Chaldéens et chez les Egyptiens, étaient dérivés des noms des signes du zodiaque. C’est pour cela qu’on plaça les figures du zodiaque dans le ciel, donnant aux constellations qui s’élèvent sur l’horizon le nom du mois que le signe représente.

Ce n’est pas à cause d’une ressemblance quelconque entre ce signe et le dessin de la constellation, cette ressemblance n’existe pas.
Ce sont les prêtres ignorants qui, plus tard, firent le dessin de la figure de manière à ce que, dans ses lignes, les principales étoiles de la région céleste qui apparaissent se trouvassent comprises.

Toutes les fois que le soleil entrait dans une de ces divisions du ciel, tout en portait le signe, c’est-à-dire que cela servait à rappeler un épisode de l’histoire du passé.

Le zodiaque de Denderah commençait par le Lion ou Sphinx symbolisant l’intuition qui fut l’origine de toutes les connaissances.

Le Bélier était considéré comme commençant le royaume ténébreux de la force.

En Asie, on prenait le deuil quand on entrait dans ce signe qu’on appelait « Maison du mauvais Génie » (Caïn).

La Maison de Thorah représentait l’exaltation potentielle de la Femme, sa triple puissance physique, morale, intellectuelle, c’est-à-dire son état d’évolution spirituelle suprême.

Toute cette science primitive fut, peu à peu, couverte par les représentations concrètes dont les prêtres la revêtirent, incapables qu’ils étaient de s’élever jusqu’aux conceptions primitives de l’Esprit féminin, « l’Esprit divin », qui les dépassait, et c’est ainsi que ce qui reste, dans les temps modernes, de cette science antique, ne représente plus qu’un résidu grotesque de choses informes devenues absurdes.

CONCLUSION SUR LES ÉVÉNEMENTS QUE NOUS VENONS PARCOURIR

On a dit que le 19ème siècle avait été le siècle de la Bible.

En effet, pendant ce siècle, ce Livre a été traduit dans toutes les langues, on en a fait des milliers d’éditions et on en a distribué les exemplaires avec la plus grande libéralité.

Il semble qu’on ait voulu ainsi prendre une revanche sur les époques du Moyen Age qui en avaient défendu la lecture.

Mais si ce Livre a été le plus traduit et le plus lu, il est cependant resté le moins connu.

Admiré ou décrié, suivant le fanatisme des uns et des autres, très peu de savants en ont fait une étude sérieuse. Plusieurs causes ont empêché l’examen de la Bible.

D’abord, toutes les versions faites dans les langues modernes, ayant été traduites sur la Version des Septante, ne faisaient que propager les erreurs mises dans cette mauvaise rédaction, condamnée avec tant d’indignation, quand elle parut, par ceux qui avaient conservé le véritable sentiment religieux.

Quelques savants sont remontés jusqu’à la version hébraïque des rabbins. Mais cette rédaction est l’oeuvre d’Esdras et des prêtres juifs. Ce n’est pas encore là qu’il fallait chercher le Livre primitif.

Un seul auteur a eu l’idée géniale que, pour comprendre le Sépher, il fallait d’abord reconstituer la langue dans laquelle il avait été écrit. C’est Fabre d’Olivet, dans son remarquable ouvrage, La Langue hébraïque restituée.

Mais cette science inattendue apportait un fait qui causa aux savants une grave inquiétude : elle restituait le rôle, de la Femme dans l’histoire, que tous les efforts, toutes les ruses des prêtres avaient fait disparaître sous un entassement de faussetés préméditées, voulues.

Comment publier un livre qui allait raviver toutes les jalousies de sexe ? Fabre d’Olivet en fut effrayé ; il dit :

« Je me dispense d’engager le lecteur à réfléchir, il sera assez porté à la réflexion par le souvenir du passé (l’ordre) et par l’image du présent (le désordre). Que si, jetant tour à tour ses regards et sur ma version et sur celle des hellénistes, il est effrayé de la profondeur où l’entraîne l’écrivain hiérographe, il sentira bien pourquoi les Esséniens, instruits de ces mystères, ont pris tant de soin de les dissimuler. »

Voilà le secret de tout le désordre social, de toutes les guerres religieuses, de toutes les persécutions, les crimes, les infamies : la lutte de sexes, la prétention de l’homme de faire une loi morale qui renverse et domine la loi de la femme, l’antique Thorah.

Mais, si la Vérité fait naître de mauvais sentiments chez l’homme pervers, elle éveille les plus hautes facultés de l’âme chez l’homme supérieur.

C’est que l’image de la femme Divine est restée dans le cœur de l’homme, qui, en vertu du souvenir atavique de ses années de jeunesse phylogénique, la fait revivre dans ses aspirations poétiques.

Ecoutez Lamartine sentant dans Iehovah l’Esprit féminin qui plane sur la vie de l’homme :

Jehovah ! Jehovah ! ton nom seul me soulage !
Il est le seul écho qui répond à mon cœur !
Ou plutôt, ces élans, ces transports sans langage,
Sont eux-mêmes un écho de ta propre grandeur.

Tu ne dors pas souvent dans mon sein, nom sublime,
Tu ne dors pas souvent sur mes lèvres de feu !
Mais chaque impression t’y trouve et t’y ramène
Et le cri de mon cœur est toujours toi, mon Dieu !
(Le cri de l’âme, « Harmonies ».)

Un auteur plus moderne, M. Kousnetzoff, de Saint-Pétersbourg, soulevant plus complètement le voile qui cache la Vérité, écrivit ceci (Dans la Revue des Femmes russes, 1er septembre 1896) :

« L’Eve antique a poussé l’homme inerte dans la sphère du savoir ; c’est à l’Eve moderne d’achever la grande mission de son ancêtre, qui est de créer la renaissance morale de l’homme en le faisant participer à la réorganisation de la société sur les principes de l’amour tout-puissant.

« Et il y aura alors un nouveau ciel et une terre nouvelle », dans lesquels régnera la Vérité. Les peuples briseront leurs glaives pour en faire des charrues ; la guerre disparaîtra, l’humanité ayant atteint l’unité dans la foi par la conscience de la Vérité. »

LES JUIFS AU MOYEN AGE

Les Israélites dispersés s’étaient répandus sur toute l’Europe. On les appelait Juifs, quoique les vrais Juifs eussent presque tous passé au Catholicisme, et fussent devenus les plus ardents adversaires des anciens représentants des tribus d’Israël. Ce sont les Juifs christianisés, par ironie sans doute, qui donnaient aux Israélites leur nom de Juifs qui était discrédité et détesté partout.

Depuis leur grande dispersion, les Israélites n’avaient plus eu de centre, plus de nation. Considérés comme des gens dangereux parce qu’ils étaient restés longtemps fidèles aux principes de l’ancien régime théogonique et gynécocratique, on se méfiait d’eux.

C’est sous le règne de Philippe-Auguste que les Juifs furent autorisés à s’établir en France. Cette détermination avait, du reste, un but intéressé, on avait besoin d’eux. Ils venaient d’établir l’assurance contre les risques du commerce (en 1182).

D’abord Philippe-Auguste, monté sur le trône en 1180, inaugura son règne par une ordonnance de 1182 qui voulait que les débiteurs des Juifs fussent déchargés des sommes qu’ils leur devaient. Les évêques célébrèrent cette mesure de proscription. Ils obtinrent encore de ce roi dévot une ordonnance qui condamnait les jureurs et les blasphémateurs à l’amende s’ils étaient nobles, à la mort s’ils étaient roturiers.

Chassés après cette ordonnance, les Juifs furent rappelés, en considération du profit que les barons tiraient des Juifs domiciliés dans l’étendue de leur baronnie par le moyen des fortes tailles qu’ils levaient sur eux. Donc, le Juif était exploité, dépouillé par le Catholique,

C’est pour cela qu’il fut accusé d’exploiter, de dépouiller le Chrétien. L’accusation est toujours l’envers de la Vérité.

Donc, les barons s’efforcèrent de se les rendre patrimoniaux ; « de là la maxime qu’il n’était pas libre à un Juif domicilié dans une baronnie de transférer son domicile dans une autre, et que, s’il le faisait, sa personne et ses effets étaient réclamés par le baron du lieu de son ancien domicile » (1).

On se disputait la présence du Juif, à cause du bénéfice qu’on en tirait. C’est lui qui, à cette époque désolée, releva le commerce, et, loin de lui en savoir gré, on lui en fait reproche. C’est qu’il était intelligent (son origine et son passé le prouvent), et tout ce qu’il entreprenait réussissait entre ses mains. En fallait-il davantage pour exciter contre lui la haine ? M. Darmesteter, dans ses Essais Orientaux, montre que c’est au Moyen Age que le Juif, chassé par l’Église Catholique de la vie politique, de toutes les charges, de toutes les professions libérales, et de la propriété immobilière, fut refoulé dans le commerce. En réalité, on ne lui laissait que cela.

L’existence qu’on lui faisait était le pendant de celle qu’on faisait à la Femme. Et cela se comprend, ils étaient les défenseurs de la même cause, ils conservaient au fond de l’âme une invincible fidélité à la même loi, cette-loi morale si forte qu’on ne peut la vaincre, et ils savaient si bien qu’elle était vraie, que c’étaient eux qui avaient raison, qu’ils puisaient dans cette conviction une force immense, une confiance sans bornes. De là cette opiniâtreté dans l’idée qui les faisait vivre, et qui les a amenés jusqu’à nous, leur réservant la grande joie de voir la Vérité triompher. Ils n’ont jamais perdu l’espoir de voir l’ancien régime rétabli, de voir la vérité et la Femme renaître, et ils ont un secret pressentiment que, le jour de cette renaissance, eux, les sans-patrie, seront le peuple-roi.

C’est à cette époque qu’on commença à sévir contre les Juifs.

A la fin du XIIème siècle, il y avait à Paris un grand nombre de synagogues et d’écoles israélites. C’est vers 1182 que l’autorité ecclésiastique les fit fermer et commença à persécuter cette famille juive, dont elle ne parvint cependant jamais à altérer l’unité. Cette unité est un fait admirable dans le monde. Sans patrie, ils possèdent l’esprit national à un degré bien plus élevé que tous les autres peuples ; s’ils ne possèdent pas de territoire, l’univers est à eux, leur patrie est partout où ils se réunissent ; exclus, rejetés de la société et souvent même des lois, ils sont les dépositaires d’une loi sociale et morale bien plus parfaite que toutes celles que les hommes ont faites à l’imitation de la leur. Saint Thomas prit leur défense, considérant combien ils étaient utiles au commerce et à la science, et recommanda la douceur à leur égard, sinon au nom de la charité chrétienne, au moins comme moyen politique.

On commença à brûler leurs livres, parmi lesquels il y en avait de remarquables.

« Ils ont duré, dit M. Havet, pendant tout le Moyen Age, en face de l’Église, comme ils avaient fait en face de l’empire romain, également invincibles aux deux plus redoutables tyrannies qui aient jamais pesé sur l’humanité. Et leur vigueur s’est si bien entretenue sous cette éducation du malheur, qu’à mesure que la liberté moderne les fait rentrer dans le concert des peuples, ils y apportent des forces considérables, qui s’annoncent comme devant contribuer grandement aux progrès de l’avenir. On ne doit pas oublier de rappeler que l’exégèse religieuse des temps modernes est sortie principalement de la polémique des rabbins contre la théologie chrétienne. » (Havet, Origines du Christianisme, p. 330.)

(1) Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XXII, p. 55.

MAÏMONIDE

Maïmonide (Moïse, fils de Maïmon) naquit à Cordoue en 1135. C’est dans cette ville que florissait, un siècle et demi auparavant, la célèbre Académie fondée par Hakim II. C’était un savant ; il connaissait toute la science de son temps et toute la littérature juive. Médecin ordinaire de Saladin, il voyagea beaucoup et mourut au Caire en 1204.

Le plus célèbre de ses écrits est Le Guide des égarés, dans lequel il cherche à concilier la science et la religion, déjà irréconciliables alors.
Maïmonide s’occupa d’expliquer l’anthropomorphisme. Il rappelle le principe des anciens rabbins : « L’Écriture s’est exprimée selon le langage des hommes. Tout ce que le vulgaire croit être une perfection, on l’attribue à Dieu, bien que cela ne soit une perfection que par rapport à nous, car pour lui toutes ces choses que nous croyons être des perfections sont une extrême imperfection. »

Donc, il s’égare, comme tous ceux qui discutent sur la Divinité en lui donnant la forme masculine. On trouve quelque chose cependant dans ce gâchis mental, c’est ceci : les qualités de la Déesse sont attribuées à Dieu, mais ce Dieu est tellement amplifié que ces qualités mêmes sont inférieures à la grandeur que lui donne l’imagination exagérée de l’homme.

Maïmonide discute aussi sur les prophètes et dit qu’il ne comprend pas qu’ils soient des êtres dans lesquels « Dieu a versé l’inspiration ». Il ne les comprend qu’à la condition qu’ils soient arrivés à la science par un travail, un effort personnel ; il nie l’intuition ; il ne sait pas, du reste, que c’étaient des femmes, et il dit : « Il n’est pas possible que l’ignorant devienne prophète… Il faut un homme supérieur, parfait, dans ses qualités rationnelles et morales. La prophétie ne réside que dans l’homme savant, fort. » Combien ce médecin ignore la nature humaine, ou plutôt la nature féminine ! Il ne sait pas que cette voyance des prophètes est une qualité spontanée de la Femme, fût-elle la plus ignorante de la terre. Oui, l’homme ne s’en rapproche que par un grand effort personnel, mais, chez la Femme, nul effort n’est nécessaire. Elle aperçoit la Vérité sans travail et sans aucune recherche.

Maïmonide (More Nevoch, pars 2, 29) dit : « On ne doit pas entendre ni prendre à la lettre ce qui est écrit dans le livre de la Création, ni en avoir les idées qu’en a le commun des hommes ; autrement, nos anciens sages n’auraient pas recommandé avec autant de soin d’en cacher le sens et de ne point lever le voile allégorique qui cache les vérités qu’il contient. Pris à la lettre, cet ouvrage donne les idées les plus absurdes et les plus extravagantes de la Divinité. Quiconque en devinera le vrai sens doit se garder de le divulguer ; c’est une maxime que nous répètent tous nos sages, et surtout pour l’intelligence de l’oeuvre des six jours. Il est difficile que, par soi-même ou à l’aide des lumières d’autrui, quelqu’un ne vienne à bout d’en deviner le sens ; alors il doit se taire, ou, s’il en parle, il ne doit en parler qu’obscurément et d’une manière énigmatique, comme je fais moi-même, laissant le reste à deviner à ceux qui peuvent m’entendre. »

AVICÉBRON ET AVERROÈS

Un célèbre penseur juif du Xème siècle, Avicébron ou Salomon ben Gebirol, écrivit un livre intitulé La Source de vie (traduit de l’hébreu par M. Munk), dans lequel on peut se rendre compte des rapports des trois croyances basées sur la Bible : le Judaïsme, le Christianisme, l’Islamisme, au moyen âge.

Averroès, qui vivait à la même époque, enseigna une philosophie qui fit de rapides progrès.

Au XIIIème siècle, il y avait beaucoup d’Averroïstes.

Saint Thomas dit : « Il y a longtemps qu’il y en a ; ils enseignent leur doctrine en secret. Cet impie a nié la création, et il appelle Moïse, Jésus et Mahomet trois imposteurs tels qu’on n’en a jamais rencontré. Il nie l’immortalité de l’âme ; il enseigne que l’âme est la forme du corps et périt avec le corps. Quand on lui dit que Dieu peut tout et que l’homme ne peut rien, il répond que l’homme peut tout et que Dieu n’est pas tout-puissant. »

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