La Grèce Antique Livres de Femmes Livres de Vérités

Livres de Femmes, Livres de Vérités (5) La guerre des sexes dans la Grèce antique 1ère partie

LA GRÈCE ANTIQUE

Sur les traces de la Grande Déesse, nous retrouvons Médée, figure civilisatrice, comme un avatar de la divinité, dont le renforcement des caractères humains médiatise la puissance auprès des hommes. Comme la « maîtresse que surtout elle révère », elle sera évincée progressivement du panthéon pour se retrouver projetée dans l’Histoire. De Médée à Sapho, l’esprit des Amazones a inspiré la littérature grecque.


Buste présumé de Sappho. L’inscription ΣΑΠΦΩ ΕΡΕΣΙΑ veut dire en grec ancien « Sappho d’Érésos ». Copie romaine d’un original grec du ve siècle av. J.-C., musées du Capitole

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique

5ème chapitre

INTRODUCTION

Les grandes époques de la religion grecque sont résumées dans son histoire et représentées par les noms que ce peuple se donne.

Nous y trouvons d’abord les Pélasges qui créent la grande civilisation pélasgique, « qui tient le caractère qui la distingue, dit Bachofen, de l’importance prépondérante de la maternité ». C’est pour cela qu’ils sont condamnés et décriés par les masculinistes qui les appellent « peuples noirs » (non pas de race noire, mais de la noirceur qu’on attribue au mal).

Viennent ensuite les Héraclides (de Hercule) qui triomphent des Pélasges. C’est l’époque héroïque, celle de la grande lutte des Amazones contre les héros conquérants et usurpateurs.

Les Hellènes leur succèdent. C’est le triomphe du parti féministe qui rend à la nation le nom d’une femme, car Hélène, en Laconie, a toujours été considérée comme une Déesse. Par le nom d’Hellènes, on doit entendre les solaires, Hélices ou Iliones.

Les Orphiques qui viennent après s’opposent aux Hellènes et créent une religion nouvelle, l’Orphique Apollonienne, avec ses mystères obscènes, sa loi sévère du mariage imposé à la Femme, loi qu’on veut opposer à l’hétaïrisme, c’est-à-dire au régime de liberté de la Femme.
Les Orphiques renversent la signification des mots ; pour eux, ce sont les Hellènes qui sont les lunaires, et ils vont se déclarer, eux, les solaires.

On voit alors apparaître une secte masculiniste ; les Argiens (les blancs), qui font opposition aux féministes phéniciens (les rouges).

Enfin, la division se retrouve dans les Doriens ou Achéens, parti mâle, en opposition avec les Ioniens, parti féminin.

C’est après ces étapes que nous arrivons à l’époque philosophique qui amène une décadence masculine. Cette époque est une réaction contre la fugitive renaissance de la religion théosophique, le Pythagorisme, dont les historiens masculins parleront peu, mais qui nous est révélée par les monuments.

C’est quand le parti masculin se croit vaincu que les hommes élèvent des temples à la Concorde. Quant au nom de Grec, qu’ils se donnaient difficilement à eux-mêmes, il venait d’un mot celte, Graïa (une grue) (1). Ne perdons pas de vue que la langue grecque, dans sa première forme, a été celle des Celtes, et que les noms qui ont été transmis chez les Grecs et les Latins, et que nous retrouvons dans leur mythologie, venaient du Nord.

Cette origine de leur nom prouve que les Grecs étaient mal vus, ils étaient considérés comme les suiveurs de Ram, le rejeté des nations.

Le misérable orgueil qui les animait leur donna l’idée de passer pour autochtones et de s’élever au-dessus des autres nations qu’ils jalousaient.

Profitant d’une certaine analogie qui se trouvait entre les noms de leurs villes et ceux des villes de la Phénicie ou de l’Egypte, ils faisaient naître dans la Thèbe béotienne celui qu’ils appelaient le souverain universel, Hercule, qui copie la Déesse Héra.

Pour eux, le Manou des Indiens devient le Minos de l’île de Crète. Ils assuraient que Persée, fils de Danaë, avait été le législateur des Perses ; ils attribuaient l’invention de la charrue à une Cérès grecque et forgeaient une infinité de fables plus absurdes les unes que les autres, pour prouver que les grandes découvertes scientifiques, faites chez les Celtes, venaient de leur pays. Nous expliquons, entre autres, dans l’article « FAITS ET TEMPS OUBLIÉS », ce qu’ils inventèrent, sous le titre de Cycle de Méton, ou nombre d’or, pour attribuer à un prétendu astronome grec la découverte de la périodicité des éclipses de lune faite par la Déesse Corona, qui donna son nom aux Cornouailles. On y ajouta les calculs d’éclipses attribués à Anaxagore.

Puis voici Litasthène à qui on attribue le mesure de la circonférence de la terre, qui était enseignée dans les collèges des Druidesses.
Et pendant qu’ils attribuaient à la Grèce tout ce qui se faisait en Celtique, ils niaient la grandeur de ce pays à qui ils devaient toutes leurs connaissances.

Et le peuple grec, devenu arrogant, croyait à tous ces mensonges et commandait aux plus fortes têtes d’y croire.

Les Mystères établis pour faire connaître la Vérité, ouverts à un trop grand nombre d’initiés, perdaient leur influence. Les Hiérophantes, intimidés ou corrompus, se taisaient ou consacraient le mensonge. Il fallait nécessairement que la Vérité se perdît tout à fait. C’est ce qui arriva. La Grèce, éprise d’une folle liberté, céda aux orages des passions ; elle se divisa. A peine vainqueurs, les Athéniens et les Spartiates se brouillèrent et arrosèrent de leur sang les plaines du Péloponèse.

(1) Les religions masculines ont fait de Hansa (cigogne ou grue) un symbole du dieu mâle et enseignaient que l’oie ou le cygne était un oiseau fabuleux qui boit du lait. Les sectes masculines prenaient le titre de Hansa, et une association appelée Hanse fut renouvelée au moyen âge.

Le chameau, qui a deux bosses et un long cou, a aussi représenté le phallus.

Les hommes des ports, les portefaix, étaient appelés grao (grues), d’où graii, groeci, gravii, terme de mépris qui indique qu’ils n’ont pas droit de cité. Ces hommes des ports étaient mal reçus par les habitants du pays, qui leur disaient, en celte, Vor (hors d’ici). Ils répondaient en les repoussant hors de leur ville et les appelaient, avec leur prononciation grecque, bar-bar, ce qui servit à désigner les populations du pays. Les Grecs ne seraient pas une race, mais le ramassis de tous les hommes des ports qui emportèrent avec eux l’épithète de graïa (grue) qui devint le nom de la Grèce.

RÉVOLUTION RELIGIEUSE EN GRÈCE

Rappelons que dans les premiers temps, le pouvoir gynécocratique a été attaqué en Grèce par des hommes que l’histoire appelle des Héros, mais qui en réalité ne sont que des grands bandits poursuivant et volant lâchement des femmes qui régnaient paisiblement dans leurs tribus.

Ces hommes, Thésée, Persée, Bellérophon, Jason, etc. doivent être montrés aux jeunes générations comme des brigands qu’il faut mépriser et non comme des héros qu’il faut admirer. Ils vont disputer à la femme son hégémonie, qui, dans ces temps anciens, était la suprématie qui appartenait au sexe féminin dans les fédérations de l’antiquité grecque.

Avec ce dernier millénaire avant notre Ère, un cycle nouveau va commencer.

LA SCIENCE ANTIQUE CACHÉE DANS LES MYSTÈRES

Les Hellènes n’avaient pas proprement d’Écritures saintes, ils avaient seulement des espèces de rituels, servant de codes sacrés. Rien n’en a été conservé. Mais ils avaient des oracles, c’est-à-dire des récitations orales, très courtes en général. On les attribue à des inspirées libres, les premières Sibylles, que nous retrouvons plus tard dans les Temples, où elles continueront à enseigner.

Mais cet enseignement n’est pas donné à tous, il est réservé pour les initiés qui sont admis dans les Mystères.

C’est dans ces assemblées qu’on enseignait tout ce qui concerne la Religion, et la religion comprend la science.

La divulgation des Mystères était considérée comme un crime et punie de mort. Horace dit : « Je ne voudrais pas habiter sous le même toit ni me confier à la même barque fragile que l’homme qui aurait trahi les Mystères d’Éleusis ».

Les anciens historiens s’accordent tous à montrer dans quelle vénération et quel respect étaient tenus les Mystères. Plutarque rapporte qu’Alcibiade fut traduit en justice pour sacrilège parce qu’il avait, en compagnie d’amis, imité les Mystères d’Éleusis.

L’initié, dans les Mystères, devenait un autre homme, un homme régénéré, et prenait un autre nom, en même temps qu’il s’intitulait Mâo Soon qui, en grec, signifie : « Je cherche ce qui est sûr », c’est-à-dire la Vérité.

C’est de ces 2 mots Mâo Soon qu’on fera plus tard maçon.

Maçonnerie vient de Mesouraneo (Je suis au milieu du ciel) d’après le Dr Fischer.

Ce sont les « Mystères » d’Egypte qui servirent de modèle à ceux de la Grèce, mais c’est en passant par la Palestine qu’ils arriveront en Europe.

On fixe au règne d’Erechtée, qui venait d’Egypte, ou à l’an 1423 avant l’ère actuelle, l’établissement des Mystères d’Éleusis (Diodore)

LE POLYTHÉISME EN GRÈCE

La chronologie a une importance capitale. Cependant, elle a toujours été négligée (ou altérée) à dessein, puisque les usurpateurs ont toujours voulu justifier leurs conquêtes en donnant une haute antiquité au fait nouveau qu’ils venaient établir.

L’introduction des Dieux dans la Religion est le grand fait qui caractérise l’époque dont nous nous occupons. Elle commence vers le 8ème siècle avant notre ère et dure jusqu’au Christianisme, qui change le système théologique en résumant toutes les entités divines en un seul Dieu.

Nous avons à chercher quand, et par suite de quelles circonstances, les Dieux furent introduits dans l’Olympe hellénique.

Jupiter, qui va se placer à côté de Déméter, puis devenir si grand qu’il l’éclipsera, semble remonter au 9e siècle. Vers 884, Iphitus établit les Jeux Olympiques en l’honneur de ce nouveau Dieu, et avec l’intention de le faire accepter.

Ces jeux ne commencèrent à servir d’époques chronologiques que vers 776. L’ère des Olympiades date de la victoire de Corébus, qui fut le premier inscrit sur les registres publics (1).

Jupiter fut d’abord appelé Junan à Rome ; il était un dédoublement de Junon. D’autres croient que c’est de Dia-Mater (Déméter) que l’on a fait Diu-Piter. Il peut se faire que deux anciennes formes, d’abord distinctes, se soient fondues l’une dans l’autre (l’une grecque, l’autre latine). Ju vient de dyu, thème infléchi de Dyaus qui, en sanscrit, signifie Ciel ; Piter (le Pater des Latins), c’est le Pator des Egyptiens.

Hercule semble remonter aux temps héroïques et avoir été un de ces hommes forts et batailleurs, qui furent des héros d’aventures retentissantes. Panyasis, oncle d’Hérodote, chantait les exploits d’Hercule vers 600 avant notre ère.

Apollon a une histoire plus compliquée. Nous ne le connaissons généralement que par la dernière forme donnée à ses multiples avatars, celle qui l’a déifié et glorifié en en faisant le Père de la poésie. On lui donne 10 apparitions, imitant celles de Vishnou. Sa destinée ultime, figurée dans la mythologie classique, est loin, d’être sa forme primitive.

(1) Le commencement des Olympiades n’est pas bien connu. On négligea assez longtemps de marquer les noms des vainqueurs dans les Jeux Olympiques. Corébus est le premier dont le nom soit venu jusqu’à nous, et il ne fut couronné que dans la 27° Olympiade, environ 108 ans après l’établissement de ces jeux par Iphitus.

LES TEMPS HÉROÏQUES EN GRÈCE

Vers cette époque, la Grèce fut troublée par de terribles luttes. Quelques hommes sortis de la vie paisible des tribus pour se soustraire au travail régulier et à la contrainte du devoir, parcouraient le pays « armés d’une massue », disent les légendes, c’est-à-dire en batailleurs, cherchant à « prendre » ce qu’ils ne voulaient pas s’astreindre à conquérir par le travail.

Tels sont Thésée, Jason, Bellérophon et une multitude d’autres. Hercule est le type de l’homme fort, du héros d’aventures retentissantes.

La mythologie les appelle des héros, mais ce nom qui, aujourd’hui, est un titre de gloire, avait alors une tout autre signification : il désignait l’homme redoutable sorti des rangs de la famille matriarcale et vivant de rapines.

Persée, Thésée, Pirithoüs et les autres héros n’étaient que des chevaliers errants cherchant des aventures, très redoutés dans le pays, surtout par les femmes ; redoutés même de celles qu’ils aimaient et prétendaient protéger.

Le mot héros avait une signification analogue à celle du mot mâne, ombre, mort ou mortel (1) chez les autres peuples.
Il désignait celui qui est dans la mauvaise voie et « perd son âme ». Toutes les idées fausses qui servent à glorifier la force, à mépriser le droit, datent de cette époque ; elles sont le résultat de l’évolution sexuelle que l’homme subit et qui dévie sa mentalité.

Les récits mythologiques sont remplis des luttes de cette époque ; tous ont les mêmes causes et arrivent aux mêmes résultats. C’est toujours le caractère dominateur de l’homme qui s’affirme, en même temps que les passions se déchaînent, et le résultat est toujours la lutte avec la Femme, lutte sourde dans la Famille, lutte ouverte dans la Société.

« Aux rivages thraces, les hommes attachent leurs vaisseaux, et volent les jeunes filles thraciennes qu’ils emmènent. »

Cette façon de s’emparer des femmes par la force exaspère les Lemniennes et les pousse à commettre leurs fameux crimes tant célèbres : elles tuent les mâles et s’organisent en état amazonique, c’est-à-dire disposé à lutter.

C’est dans une île ainsi dépourvue de mâles que les Argonautes abordent. On dit qu’ils y trouvèrent un accueil favorable.

Les femmes Scythes de Thermodon perdirent tous leurs hommes dans les guerres ; alors elles prirent les armes elles-mêmes et des bandes de femmes armées débarquèrent sur toute l’Asie Mineure.

Partout on voyait se produire des événements semblables.

Arrêtons-nous à quelques-uns de ces récits, il serait trop long de les mentionner tous.

(1) Héros est le masculin de Héra. D’après Cailleux, il vient de heir en celtique (le fils de la Vierge), d’où héritier. Il fait héros en grec. Cailleux croit que, chez les Hindous, héros a formé « Arya » qui désigne les brahmes. Je ne le crois pas.

Dans les noms comme Hérostrate, l’h tombe et le mot devient Erostrate.
Quand, dans héros, l’h tombe, cela devient éros.

LE MYTHE DE JASON

Jason est un des héros qui combattent ouvertement la Femme et cherchent à renverser le régime matriarcal.

C’est Médée qui est sa victime ; c’est elle qu’il arrive à dépouiller de son autorité et de sa liberté ; c’est cette dépouille qui est symbolisée par la « toison d’or », alors que la Femme était représentée par l’agneau.

Et on nous dit :

« Médée, vaincue par l’apparition magnifique de Jason, renonce pour toujours à la lutte ». Et on a voulu voir dans cet assujettissement de la femme à l’homme l’origine du mariage.

Partout où les Jasonides débarquent, les anciennes conditions sont renversées, l’ère religieuse est vaincue.

Euripide, qui viendra plus tard et donnera un coup terrible aux droits de la Femme, présente cet assujettissement comme une garantie pour elle, puisqu’elle va se trouver, dès lors, en sûreté devant les poursuites d’Absyrtus. C’est donc dans son intérêt qu’elle va être assujettie.

Cependant, la fureur de Médée vaincue nous prouve qu’elle n’accepte pas cette protection de l’homme et préfère sa liberté.

Voici comment le mythe de Jason est enseigné à la jeunesse :

Jason et les Argonautes. Ce personnage se fait appeler le salutaire, celui qui porte secours (medeor, curo, sano), c’est lui qui va chercher en Orient la toison d’or, palladium du pays, et que Médée, une magicienne, reine des Mèdes, poursuit de sa passion charmeresse.
Donc, les jeunes collégiens vont croire que c’est la femme qui poursuit l’homme, alors que c’est l’homme qui poursuit la femme et veut l’assujettir à ses passions. Quelle belle occasion cependant de faire une leçon de morale à la jeunesse, en lui montrant que les Argonautes sont des bandes révoltées qui ne veulent pas s’assujettir au travail (Argon signifie paresseux) !
Et au lieu de montrer les hommes comme des vagabonds dangereux, on en fait des sauveurs !.., sauveurs de quoi ? Jason est le héros connu pour l’enlèvement de Médée qui porte encore à Corinthe le nom de Reine et dispose du trône.
Et Jason est un sauveur !

THÉSÉE

Dans les livres classiques que l’on met entre les mains de nos jeunes gens, on dit que « Thésée purgea l’Attique des Amazones et qu’il épousa leur Reine Antiope, qui fut mère d’Hippolyte. »

En effet, Thésée se posa en adversaire des Femmes et attaqua violemment la gynécocratie qui était défendue par les Amazones.

Les nouvelles mœurs que Thésée essaya d’introduire dans le monde étaient en contradiction avec celles qui avaient existé jusque-là ; il en résulta une lutte violente qui s’engagea entre les deux partis. Athéné en fut le prétexte.

On croit que c’est vers 1.200 que Thésée arriva à vaincre les Amazones (1). Cette défaite fut le prélude de la lutte soutenue entre l’Asie et l’Europe.

Le souvenir de cette lutte est resté dans la littérature et dans les arts. Aristophane la mentionne ; Attalas décora les murs de l’Acropole de tableaux représentant le combat des Amazones et la défaite de Gallieus en Mycie. Dans l’intérieur du temple dédié à Thésée, le combat des Amazones est représenté par des sculptures. On le trouve aussi sur la façade du Parthénon et à la base des jeux Olympiens.

Ce fameux combat est figuré également au pied du sanctuaire d’Arthémise (voir au Louvre) et en maints endroits à Athènes.
La colonne du temple Olympien a, dit-on, été élevée en l’honneur de l’amazone Hippolyte à l’endroit où elle succomba.
Une place près du temple de Thésée perpétue le souvenir de la conclusion de la paix et porte le nom de Horkomosium.

A ce propos, Plutarque parle d’une grande fête de Thésée et des Amazones. D’abord on institua la fête des héroïnes tombées, puis celle de leur vainqueur.

Plutarque nous parle du lieu où sont enterrées les Amazones vaincues. Les blessées étaient envoyées secrètement par Antiope à Chalcis où elles recevaient des soins.

D’après d’autres, c’était une fondation des Amazones, et Diodore nous dit qu’elles avaient là leur camp.

A Athènes, on montre le mausolée d’Antiope et celui de Molpadia.

D’autres villes sont, comme Athènes, pleines du souvenir des Amazones, entre autres Chalcis. Un tombeau amazonique existe encore à Mégara, juste au-dessus du marché ; un autre tombeau a été trouvé au bord du ruisseau Thermodon, d’autres en Thessalie.

Le temple d’Ares à Trézène est également désigné comme la commémoration du combat des Amazones, car là aussi Thésée vainquit les femmes.

On dit que l’hostilité des hommes se changea en amour et qu’alors l’Amazone, vaincue par les sentiments plus que par la lutte, déposa les armes et suivit son vainqueur.

La guerre se termina donc dans une heureuse harmonie, disent les historiens, et le sacrifice de la femme fut dédié à la Déesse Arthémise qui devint alors la Déesse de la Paix. On termina la guerre par une grande fête. L’amour d’Antiope pour Thésée le magnifique fut le meilleur argument on faveur de la paix.

L’héroïne, sous sa cuirasse guerrière, cachait toutes les douceurs de la femme aimante. Elle alla même trop loin, car, par amour pour Thésée, elle trahit sa ville natale. C’est du moins ce qui nous est raconté par Pausanias.

On a retrouvé un vase sur lequel le héros est conduit par une Amazone. Donc, l’homme combat la femme pour arriver finalement à se soumettre à elle dans l’amour.

A Athènes, Antiope combat bravement à côté de Thésée ; c’est une trahison envers ses sœurs qui lui vaut une condamnation à mort de la part de Molpadia.

Mais Thésée venge celle qu’il aime. C’est elle qui, après quatre mois de luttes, conclut la paix. Dans Hérodote, elle apparaît comme la pacificatrice d’Athènes.

Les deux aspects de la lutte sont représentés sur beaucoup de vases. Sur l’un se trouve d’un côté le combat de Thésée et d’Antiope et de l’autre côté leur union par Aphrodite.

Un autre vase nous montre d’un côté Antiope comme reine des Amazones, à ses pieds est la lance amazonique, de l’autre elle est unie à Thésée ; la transition entre ces deux tableaux a été faite par Eros, qui s’approche de la souveraine pour lui imposer son empire. Elle passe de l’état de femme libre à l’asservissement.

Dès lors elle est sujette à la maternité en même temps que livrée aux douleurs de la servitude. Alors Antiope devient Hippolyta : deux noms qui sont représentés souvent comme ceux de deux sœurs. Sous le premier nom elle apparaît comme libre et heureuse, sous le second comme mère ; courbée sous la douleur, elle meurt de chagrin.

Ainsi la Femme est représentée sous deux aspects de la nature : la vie et la mort, la joie et le deuil, la création et la déperdition, suivant qu’elle est libre ou esclave. Antiope l’amazone est représentée sur les monuments comme exempte de tous maux ; quand elle devient esclave et mère, elle est la proie de toutes les douleurs.

Pour les auteurs masculinistes, la victoire de Thésée fut un fait immense dans l’histoire de la Grèce, ce fut le plus grand mérite d’Athènes. Quant aux Amazones vaincues, elles furent représentées comme rebelles et envieuses (elles qui furent victimes de la rébellion et de la jalousie des hommes).

On leur reprocha d’élever leur tour vis-à-vis de la nouvelle ville de Thésée ; de Thésée à qui on fait gloire d’avoir vaincu Antiope et de lui avoir ravi sa ceinture.
Il lui a ravi sa ceinture, donc elle est ravie et le ravisseur devient ravissant.

Thésée fut pour l’Attique ce que Bellérophon fut pour la Lycie, le vainqueur du régime féminin, le fondateur de l’esclavage de la Femme. A son nom reste attachée la chute de la gynécocratie ; c’est ce que les historiens glorifient en lui, c’est pour ce haut fait qu’il est considéré comme un héros, appelé magnifique et lumineux.

Avec nos idées modernes, nous dirions que ce fut le plus grand des lâches. Il est probable que les femmes de son temps le disaient aussi.

Thésée se dit fils de Neptune (le roi des eaux symboliques qui éteignent les lumières) ; il est un vrai Poséïdonien, ses œuvres sont des actes de violence, des rapts de femmes, des abus de la force, des brigandages. Et l’on trouve cela glorieux !

Cependant, les Femmes aussi sont vaillantes, et souvent, dans ces luttes, ce sont elles qui triomphent des hommes, elles qui les exterminent, dans leur colère. Alors elles sont considérées comme les dernières des criminelles.

Cependant, le vrai courage consiste à s’attaquer au plus fort, non à lutter contre le faible.

(1) La ville de Troie fut prise en 1185. C’est l’époque des Juges en Israël.

HÉRACLÈS-HERCULE

Il est resté dans les traditions qu’Hercule représente la force musculaire. Ne trouvant pas ce rôle assez noble, avec le temps on a voulu modifier ses attributs, on en a fait le protecteur des champs, le génie de l’abondance, des richesses inespérées, et, pour comble d’ironie, le symbole de la loyauté ; comme si la richesse acquise par la force pouvait être un symbole de loyauté !

On sent là percer l’intention d’une justification.

Il a deux amis, Evandre, un faune, et Cacus qui représente le feu souterrain. Nous avons déjà dit que le feu d’en bas, c’est le symbole des passions qui agissent dans la moitié inférieure du corps.

Héraclès-Hercule est le type de l’homme indompté, qui rompt toutes les digues, ne connaît aucun devoir, asservit tout le monde, même la terre qu’il bouleverse, puis, fatigué de ses exploits, rempli de l’orgueil fou que donne la force qui se prend pour une supériorité, il dit : « Il me semble que je deviens Dieu ».

Némésis l’entendit, s’indigna de cette prétention d’un mortel, se fit la Déesse de la vengeance pour défendre la Femme outragée par les prétentions de l’homme.

Son nom, « Némésis » ou Moïra, veut dire partage, distribution (Loi des sexes). Elle est la justice, l’ordre, la Providence, ses sentences sont des décrets qui émanent d’une cause supérieure (1).

Cependant, Michelet trouve qu’elle ne fait pas à l’homme une part assez large quand il dit : « Elles ont fait des lots aux mortels, mais avec des réserves avares. Elles donnent peu, gardent beaucoup. Elles lâchent certaines faveurs en limitant, refusant le surplus, le trop, l’excès. Ce trop, c’est la gloire, le génie, la grandeur de l’homme, ce pourquoi il se fera Dieu. Donc ceux que les Déesses frappent, Dédale, Icare, Bellérophon, furent punis d’avoir pris des ailes. Dans Homère, les vaisseaux trop hardis sont changés en roc par Neptune. Esculape n’a-t-il pas été foudroyé pour avoir voulu guérir l’homme ? » (La Bible de l’humanité, p. 230).

Guéri, non, prétendu guéri. Dans les temples d’Esculape et de Sérapis, on faisait des guérisons miraculeuses qui rappellent tous les charlatanismes modernes.

Hercule, ce type d’homme, bien humain, qui combat la Femme-Esprit, mais qui aime la Femme-Chair et dépose aux pieds de la reine de Lydie, Omphale, le butin qu’il a pris à la femme guerrière, ce vainqueur de l’amazone qui lutte est vaincu lui-même par la femme amoureuse dont il devient l’esclave.

C’est bien là la personnification de l’injustice qui naît de la force, du favoritisme qui prend aux uns ce qu’il donne aux autres et n’a d’autres lois que son bon plaisir.

Michelet le juge bien cependant, quand il dit : « Dans ses statues, Hercule a le trait des athlètes, la frappante disproportion du pectus énormément large et de la tête fort petite. Même inégalité dans sa nature morale, il a de la bête et du Dieu. »

C’est l’homme fort de corps et faible d’esprit. Il dompte l’empire de la Femme et tombe ensuite sous son règne. Il personnifie l’industrie, fait de grands travaux, endigue les fleuves, change leur cours pour les empêcher d’arroser les villes où règne la gynécocratie, il trace des routes, remue des blocs de pierre.

On a trouvé dans les fouilles archéologiques d’Olympie une pierre de forme ovale qui pèse plus de 300 kilos. Elle porte cette inscription : « Je suis la pierre de l’athlète Bibon, qui m’a soulevé de terre d’une seule main et m’a jetée par-dessus sa tête. »

Il y avait donc déjà des Hercules de foire.

La légende d’Héraclès est celle du mâle premier-né que l’on trouve partout. Conçu le premier par sa Mère, la vertueuse Alcmène, il devint le cadet par l’injustice de Jupiter, dira-t-on, disons de la Nature, et esclave de celle qui devient son aînée par la raison ; il est victime de sa force et de l’ivresse de son sang.

« Sa force épouvantable est sa fatalité, elle n’est pas en rapport avec la faiblesse du monde ; souvent il croit toucher, il tue ; il vit accablé de crimes involontaires, de repentirs, d’expiations.

« C’est la consolation des opprimés d’opposer la grandeur du misérable et de l’esclave à la sévérité du Dieu.

« Légende des tribus inférieures, touchante, mais sublime et bouffonne. Hercule a des appétits terribles, mange un bœuf, mais il est bon et laisse rire de lui, il aime à rire lui-même. » (Michelet).

La transformation de l’homme sexuel en porc, légende que l’on retrouve partout, se rencontre ici.

« Eurysthée lui a demandé l’affreux sanglier d’Erymanthe ; il le prend, le lie, l’apporte hérissé, la hure noire, les dents blanches. Elle, épouvantée d’un tel don, s’enfuit de son trône et se met dans un tombeau d’airain ».

Moralité : Quand l’homme est devenu la brute humaine, que l’on compare au porc, il épouvante la femme, la renverse de son trône. Elle le fuit et ne tarde pas à subir l’assujettissement qui est, pour Elle, la mort.

Ce sont les Doriens qui prendront Héraclès pour divinité.

On fait de lui l’ami de Thésée ; cependant, il ne sera divinisé que plus tard. Il est parmi les « jeunes Dieux » de la mythologie, les tard venus.

Il est le héros propre au pays des athlètes. Il rompt les mystères qui firent la force des religions théogoniques, profane le sanctuaire des Amazones dont nul homme n’osait approcher ; il brave la sombre mer du nord de la Grèce, il l’appelle « hospitalière » (Euxin) ; l’Amazone Reine de ce rivage est vaincue par lui, il l’humilie, lui enlève sa ceinture, manière d’exprimer le viol dans le style mythologique.

Son nom, Héraclès, est formé de celui de Héré, la Reine du Ciel.

Il donne à la Déesse la seconde place, la représente par la lune, et se fait représenter, lui, par le Soleil, jusque-là emblème de la Déesse (2).

Les auteurs qui feront, plus tard, la mythologie, diront que Héraclès fut admis dans l’Olympe à cause de ses travaux.

Or, ces fameux exploits ne sont pas, comme on pourrait le croire, des travaux industriels propres au génie de l’homme, ce sont des combats, ou bien la parodie des grandes œuvres morales de la Femme.

En voici, du reste, l’énumération :

  • 1°) Il étouffe le lion de Némée. (On a fait remarquer qu’il n’y avait pas de lion à Némée, il s’agit donc d’une idée symbolique.)
  • 2°) Il tue l’Hydre de Lerne. (Cette hydre à sept têtes est une figure représentant l’homme pervers, livré aux sept esprits du mal dont on fera les sept péchés capitaux. Hercule en est le type. C’est donc pour se défendre d’être pris pour cette hydre qu’il prétend l’avoir tuée. C’est le serpent dont la Femme doit écraser la tête.)
  • 3°) Il apporte vivant à Eurysthée le sanglier d’Erymanthe. (Nous venons de voir que le sanglier est le symbole de l’homme sexuel, la brute humaine ; c’est donc lui qui est le sanglier qu’il rapporte vivant.)
  • 4°) Il s’empare de la biche aux cornes d’or et aux pieds d’airain du mont Cérymée. (Cette biche me semble bien représenter la Femme, l’or sur la tête, l’airain aux pieds. Cela rappelle le sphinx auréolé d’or, et aussi la « toison d’or » de l’agneau.) Le sens caché de ceci, c’est qu’il assujettit la Femme et lui prend ses attributs.
  • 5°) Il perce de ses flèches les oiseaux du lac Stymphale. Voilà un travail peu glorieux.
  • 6°) Il vainquit des Amazones !… Une lâcheté de la part d’un Hercule.
  • 7°) Il nettoya les écuries du roi d’Elide en y faisant passer l’Alphée dont il détourna le cours.
  • 8°) Il délivra la plaine de Marathon du Minotaure qu’il avait amené de Crète à Eurysthée et que ce prince avait laissé échapper.
  • 9°) Il tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine, et leur donna à dévorer le cadavre de leur maître.
  • 10°) Il tua Géryon et emmena ses bœufs, (C’est-à-dire qu’il assassina pour voler.)
  • 11°) Il délivra Thésée des enfers.
  • 12°) Il enleva les pommes d’or du Jardin des Hespérides (3).

Donc, les travaux de ce héros sont des œuvres infernales, des meurtres, des vols, des crimes.

Ce demi-Dieu, du reste, descend aux enfers, c’est-à-dire dans la vie de tourments qui ronge le cœur de l’homme. Cependant, il y a une trêve dans sa vie, un amour, il aime la reine Omphale, et c’est cette reine qui arrive à dompter sa force et sa perversion, et l’oblige à filer à ses pieds.

Près d’elle, il reprend le travail de la vie familiale que son humeur aventureuse lui avait fait quitter.

A cette époque, ce sont les hommes qui filaient et qui tissaient.

La légende thessalienne raconte que Déjanire envoya à un Hercule (il y en eut plusieurs), une robe teinte d’un poison qui le consuma. Image du poison physiologique qui résulte de sa vie sexuelle et qui tourmente l’homme fort.

Enfin, on arrive au comble du ridicule en faisant d’Héraclès un Dieu « spirituel ».

(1) Némésis, Déesse de la vengeance, était la femme outragée qui se venge. C’est ce qu’on appellera plus tard « la vengeance divine ». Elle était chargée de punir le crime. On la représente portant des flambeaux pour dissiper le mensonge.
La vengeance de Némésis est la conséquence du Droit violé. Les hommes lui mirent en main des serpents.
M. Tournier a écrit une thèse intitulée « Némésis et la jalousie des Dieux », 1863.

(2) Les Arcadiens s’appelaient Prosélénoi, ce qui veut dire antérieur à la lune, comme attribut féminin.

(3) Hespéros, mère des Hespérides, Etoile du soir, c’est l’espérance, c’est-à-dire la femme dont la puissance disparaît, mais qui espère sa résurrection.

BELLÉROPHON

Bellérophon est encore un personnage solaire (ils sont tous des soleils), qui combat des monstres (des Femmes, emblèmes des ténèbres).

Bachofen nous dit de lui « qu’il est un héros sans tache dont la beauté enflamme les Amazones, qu’il est chaste et vaillant, auteur d’œuvres héracliennes, et qu’il a pour devise cette phrase orgueilleuse : « être toujours le premier, dépasser les autres ». Il est le type de la valeur guerrière, ce qui semble à Bachofen une preuve de ses sentiments gynécocratiques, puisque, dit-il, le culte de la Femme et les sentiments chevaleresques sont inséparables. « Vaillant vis-à-vis de l’ennemi et respectueux envers la Femme, fut toujours le caractère d’un peuple jeune et fort. »

Ce serait parfait si ces héros se contentaient de combattre des hommes, mais nous les voyons combattre des femmes et les assujettir, ce qui n’est pas du tout chevaleresque.

Du reste, la lutte, quelle qu’elle soit, est en opposition avec le régime gynécocratique basé sur le droit qui engendre la paix.

Et Bachofen cite un mot absurde d’Aristote qui dit que « la plupart des peuples guerriers sont sous le régime féminin ; ainsi les Celtes, dont les femmes avaient la réputation de grande beauté, au lieu d’exclure la bravoure, en faisaient la base de leur gynécocratie. »

Ce sont là des idées masculines destinées à justifier les batailleurs ; du reste, l’homme justifie toujours ses mauvais instincts en prétendant qu’ils plaisent aux femmes.

« La gynécocratie lycienne, dit encore Bachofen, nous apparaît comme source de qualités supérieures : sincérité, chasteté, bravoure, chevalerie de l’homme à côté de la femme qui représente la beauté, et le gouvernement doux et sévère dont la sanction religieuse est reconnue par les Dieux (il n’y a encore que des Déesses), voilà les éléments de puissance par lesquels un peuple assure sa force. Nous y trouvons la cause qui fit garder si longtemps aux Lyciens leur gynécocratie.

Ce n’est pas un effet du hasard qui fit que deux peuples glorifiés dans l’antiquité, les Lyciens et les Locriens, furent ceux qui gardèrent le plus fidèlement le régime matriarcal ; un élément de force conservatrice réside dans l’autorité de la Femme. »

Il y a dans tout ceci un malentendu. L’homme peut avoir une certaine grandeur quand il combat pour défendre le droit de la Mère, le respect de la Femme, mais il n’est qu’un lâche quand, au lieu de défendre la Femme, il l’attaque. Et c’est le cas de tous ces héros amoureux et violents.

PERSÉE

Persée est aussi un personnage « solaire ». Son ennemie, c’est la Gorgone, encore une femme exaspérée des outrages du héros.

Les hommes la représentent comme un monstre parce qu’elle ose se défendre quand on l’attaque. Elle défend le droit et la raison, on en fait le symbole des ténèbres, de la mort, et sa tête, après que Persée l’a tuée, devient l’ornement du bouclier de Pallas : ce qui ferait croire que les Femmes s’armèrent pour la venger (1).

Tous ces jeunes héros représentent « la force ». Hercule, Thésée, comme Râma aux Indes, parcourent la terre, armés d’une massue, ils sont donc animés d’un besoin de destruction.

Pour les justifier, les historiens diront que ce qu’ils voulaient exterminer, ce sont les monstres qui causaient la terreur des Femmes. Mais ces monstres sont symboliques, ils représentent l’homme dangereux, l’homme fort qui tue. Or, l’homme qui tue, le monstre, c’est le héros lui-même.

C’est pourquoi ces personnages resteront dans la Mythologie comme le symbole du mal sous toutes ses formes : Mercure sera le vol, Hercule, la force brutale, Bacchus, l’ivrognerie, Vulcain, la laideur, Protée, l’homme qui change d’opinion à tous moments, Phaéton, celui qui ment jusqu’à ce qu’il soit pris et attaché ; cela fait pleurer ses sœurs, mais leurs larmes deviennent de l’ambre (ce qui attache). Tous sont, d’abord, de mauvais esprits qui inspirent la terreur ; du reste, leur but est de terroriser.

Chacun des mythes que nous venons de mentionner retrace l’histoire de la lutte d’un homme et d’une femme, mais ce ne sont pas des faits isolés, ils résument, en quelques épisodes, de longues discordes qui se produisirent partout, et qui ne pouvaient pas manquer de se produire, puisqu’elles étaient la conséquence des facultés différentes de l’homme et de la femme.

(1) Gorgonia, surnommée Pallas, se nommait aussi Gorgophore.

Il y avait trois Gorgones : Méduse, Euryale et Sthéno.

On leur attribuait le pouvoir de transformer en pierre (pétrifier) ceux qui les regardaient, et l’on croyait qu’elles n’avaient qu’un œil (celui des cyclopes qu’on leur attribue par vengeance), dont elles se servaient tour à tour.

On dit qu’elles sont coiffées de couleuvres, qu’elles ont de grandes ailes, pour dents des défenses de sanglier, et des griffes de lion aux pieds et aux mains.

Persée les tua et coupa la tête de Méduse, qui fut attachée à l’égide de Jupiter pour la rendre plus terrible.

Tout cela, c’est la réponse de l’homme aux accusations de la femme, faite plusieurs siècles après la lutte des Amazones, car Jupiter n’est pas encore dans le Panthéon grec.

LES AMAZONES

La paix avait partout disparu.

L’homme subissait la réaction terrible de l’amour, il devenait injuste, violent, sanguinaire, et semait partout la discorde.

Aux Indes, c’est Ahi, le nuage qui passe sur le soleil de la vie heureuse, c’est Vritra, l’enveloppeur qui assombrit le Ciel, ou bien encore Ugra, l’effroyable, un des noms de Çiva, d’où vient le mot ogre.

C’est alors que les Femmes, renonçant à se défendre par des raisonnements qu’on n’écoutait pas, par des arguments qui donnaient à leurs revendications la sanction de la science, se virent obligées de se défendre les armes à la main. Elles se firent guerrières pour soutenir leurs droits et défendre leurs domaines menacés, envahis.

La lutte avait commencé sous une forme morale, on avait vu les vices lutter contre les vertus ; peu à peu, elle changea de caractère, elle devint une bataille ouverte, une armée contre une armée, pour savoir qui imposerait sa volonté. C’est alors que l’on vit les femmes former des bataillons d’amazones.

On dit que le mot amazone vient de a privatif, et mazos, mamelle, parce que les Amazones se brûlaient le sein droit, et c’est par là qu’elles indiquaient qu’elles ne voulaient plus de relations sexuelles avec l’homme. Le mot amazone signifie, dès lors, celles qui n’ont pas de mâles.
Mais cette étymologie est inexacte.

Fabre d’Olivet en donne une autre qui est plus scientifique. Le mot mâle (mas en latin, masle dans l’ancien français, maschio en italien, macho en espagnol, math en irlandais), uni à la racine négative ohe, constitue le mot mas-ohe, précédé de l’article phénicien, ha, cela fait ha-mas-ohe, d’où amazone, celle qui n’est pas mâle et non celle qui n’a pas de mâle ; cela peut aussi vouloir dire « le mâle non », ce qui peut sous-entendre « ne doit pas régner ».

Ces femmes guerrières parurent en Perse, aux Indes, en Grèce, partout.

Elles étaient constituées en gouvernement régulier et avaient des Reines qui se rendirent célèbres. Le nom de plusieurs d’entre elles est parvenu jusqu’à nous.

Les Hindous appellent le pays des Amazones Strirâdjya et le placent auprès des monts Koulas sur les bords de la mer. Dans le Boun-Dehesh des Perses, il est dit qu’elles habitent la ville de Salem. Les Amazones avaient fondé Milet, Ephèse et Athènes.

Pausanias parle de leur invasion dans la Grèce et les fait combattre jusque dans les murs d’Athènes.

A Milet, de son temps, les Femmes vivant sous la protection d’Arthémise appartenaient au parti des Amazones. Polydora est le nom de l’une d’elles.

On les appelle « Filles du Soleil », selon Apollonius de Rhodes.

Apollonius raconte dans ses Argonautiques qu’elles s’étaient établies dans l’île de Lemnos et sur la terre ferme auprès du cap Thémiscure.
Diodore nous renseigne aussi sur ces femmes guerrières, habitantes des rives du Thermodon, et nous parle de leur souveraine ; « sa gloire était grande, dit-il, elle soumettait les peuples les uns après les autres, faisait des hommes captifs des esclaves et les employait aux travaux les plus bas. » Ceci me semble une appréciation partiale (1).

Les Amazones de Scythie n’étaient pas moins célèbres, mais les plus connues sont celles d’Afrique.

Divers monuments à Mégara, à Trézène, à Tirriki, conservent la mémoire des exploits de l’armée innombrable des Amazones et des royaumes importants qu’elles avaient fondés (2).

On peut nommer encore les Amazones de la Baltique, de Biskaï, de Bohême, et bien d’autres encore (3). Elles formaient un gouvernement monarchique qui dura longtemps encore après leur première défaite.

Leurs persécuteurs étaient les échappés du régime régulier. Les attaques qu’ils dirigèrent contre elles eurent des succès divers.

En Asie, ils avaient deux grands chefs (deux ministres) ; l’un d’eux se dirigea vers le nord où il combattit les Amazones avec fureur et renversa complètement leur domination. Elles furent obligées de se soumettre ou de quitter le continent de l’Asie. C’est ce dernier parti qu’elles adoptèrent.

Elles se réfugièrent dans l’île de Chypre, dans celle de Lesbos et dans quelques autres de l’archipel grec.

C’est cette circonstance qui fut l’origine de la calomnieuse légende des femmes lesbiennes, qui ne veulent pas de mâles.

Le fait de n’avoir pas voulu se soumettre aux hommes suscita contre Elles des vengeances, et les hommes se vengent toujours des femmes en les déshonorant, c’est-à-dire en leur renvoyant les accusations qu’elles avaient portées contre leurs agresseurs.

C’est que, en effet, les hommes avaient pris les femmes en haine, les mœurs de Sodome et de Gomorrhe en sont le témoignage.

L’existence des Amazones a été un objet de controverse. La conscience de l’homme protestant, plus tard, contre ces luttes sauvages dirigées contre la Femme, on a voulu croire qu’elles n’avaient pas existé.

L’histoire nous raconte, cependant, que Thésée, Bellérophon, furent vainqueurs des Amazones, et la tradition masculine, voulant noircir ces femmes, dit qu’Elles massacrèrent les vieillards qui étaient restés parmi Elles. Si cela est, c’est que, évidemment, ils les insultaient.

Bachofen, dans la préface de son livre : Das Mutterrecht, nous montre la destinée des Etats issus des luttes armées de la Femme. Il dit :
« Après la guerre, les Femmes victorieuses fondèrent des établissements stables, construisirent des villes, s’adonnèrent à l’agriculture. Des bords du Nil aux bords du Pont, de l’Asie centrale à l’Italie, nous trouvons dans l’histoire de la fondation des villes, célèbres plus tard, des noms et des faits d’origine amazonique (4). Des observations faites sur des peuples qui existent encore prouvent que ce sont les Femmes, surtout, qui ont amené la société humaine à la période de l’agriculture détestée par l’homme. »

Puis il cite à l’appui de sa thèse les multiples traditions de l’antiquité, telles que l’incendie des vaisseaux par les Femmes pour mettre fin à la vie nomade des hommes, les villes qui portent des noms de femmes, la part des femmes dans le partage des terrains, notamment à Rome et à Elis.

« Quand la vie se fixe, dit-il, les Femmes accomplissent leur destinée. De la fondation et de l’embellissement du foyer dépend le relèvement de l’existence et de toute la civilisation. »

Pendant que la Femme perd peu à peu sa suprématie primitive, sa domination dans l’intérieur de l’Etat et de la famille reste longtemps intacte. Reculant de degré en degré, la gynécocratie se restreint dans des cercles plus étroits, mais la suite de cette évolution est très diverse ; tantôt c’est le pouvoir politique qui s’effondre le premier, tantôt le pouvoir domestique.

C’est en Lycie que nous trouvons la dernière reine, bien que, nous le savons, la régence soit transmise à la façon gynécocratique.

(1) Orythie, reine des Amazones, était célèbre par sa valeur et sa vertu. Elle voulut venger ses sœurs qui avaient été insultées par Hercule et par Thésée.

(2) Voici ce que l’enseignement classique dit des Amazones :
« Amazones – femmes guerrières de la Cappadoce, sur les bords du fleuve Thermodon. Elles ne souffraient pas d’hommes avec elles, et n’en recevaient qu’une fois l’an, ensuite elles les renvoyaient : encore fallait-il pour en avoir qu’ils eussent auparavant tué trois de leurs ennemis.
« Elles faisaient mourir ou elles estropiaient (châtraient) leurs enfants mâles, élevaient avec soin leurs filles, auxquelles elles brûlaient la mamelle droite, et les exerçaient à tirer de l’arc. Elles eurent de grandes guerres avec leurs voisins et furent presque détruites par Hercule, ..qui fit leur Reine prisonnière. »

(3) A une époque que nous ne pouvons pas préciser, nous voyons qu’en Bohême, après la mort de la célèbre Loubouch, une de ses compagnes, Vlasta, forma une armée de femmes pour combattre l’autorité des hommes et faire de la Bohême un royaume exclusisement féminin. La fortune pencha d’abord de son côté. Elle fonda Magdebourg et édicta une loi sévère ordonnant le massacre des mâles nouveau-nés. Les hommes se révoltèrent contre cette loi et déclarèrent la guerre â Vlasta. Elle fut tuée sur le champ de bataille et son armée, désemparée par cette perte, se rendit. Cependant, un parti gynécocratique ne cessa jamais d’exister en Bohème, et c’est l’ancienne royauté de la Femme que les bohémiens errants proclament encore.

(4) La tête d’Aphrodite, ceinte d’une couronne murale, représente la ville. C’est cette même tête qui est sur la monnaie de Lycie, ainsi que sur celle d’Athènes.

ORIGINE DE LA POÉSIE ET DE LA DIVINITÉ D’APOLLON

Poésie, en grec, dérive d’un mot phénicien phah qui signifie bouche, voix, langage, discours, et de ich, un être supérieur, une Déité.

On donnait à la Poésie le nom de langue sacrée, langage des Dieux. Mais comme avant les Dieux il y eut des Déesses, la poésie fut d’abord la langue qu’elles parlèrent. Elle venait de la Thrace.

L’histoire primitive s’est confondue avec la Poésie parce qu’elle émanait des Déesses.

Quand l’histoire n’est plus que le récit des actions des hommes, elle devient inférieure à l’esprit poétique de l’époque primitive, elle n’a plus de grandeur, plus d’idéal, plus de vertu, elle couvre la vérité d’un voile, glorifie le conquérant, l’usurpateur, le crime et le criminel.

La poésie primitive s’altéra quand la Religion elle-même perdit son unité primitive et se transforma. De là tant de demi-Dieux (union d’un homme et d’une Déesse).

Quand le couple divin fut formé, le Prêtre, qui était près de la Déesse, arriva à s’attribuer les ouvrages des Muses qu’il servait.

Cette prise de possession s’appela « l’Inspiration ». Et nous verrons tous les hommes de l’antiquité, auxquels l’histoire attribue des œuvres spirituelles, être présenté comme recevant l’inspiration de telle ou telle Muse.

Pausanias insinue qu’un personnage appelé Olen fut le plus ancien auteur des hymnes qu’il y eut en Grèce.
C’est comme cela qu’on arrive à faire d’Olen un personnage et que, peu à peu, en altérant le nom de ce personnage, on fera Apollon : Olen, en grec, dérive de Whôlon phénicien, ce qui est éternel, universel ; C’est de ab ou ap (père) joint à Whôlon qu’on a fait Ap-wolon, puis Apollon.

Une fois l’idée émise, la légende créée, il n’y a plus qu’à la faire grandir. Et cela sera facile, étant donnée l’âpre lutte dans laquelle l’homme s’ingénie à reprendre à la femme une à une toutes ses facultés, toutes ses œuvres, toutes ses grandeurs.

C’est le renversement de l’Hellénisme. Car Hellène (Hélène ou Sélène) avait été, avant Apollon, la Déesse lumineuse personnifiant le jour naissant.

La racine du mot Hell, en hébreu, signifie clair, lumineux, splendeur, gloire. On dit encore en allemand heilig (saint) et seelig (bienheureux) ; on dit aussi seele, l’âme, et seelen, les âmes. Le réservoir des âmes, leur source, c’est le Soleil. C’est donc la splendeur du Soleil que représente le mot Hellène ou Sélène.

Ce n’est que dans la période de réaction et de renversement de toutes les idées primitives que Sélène désigna la Lune.

LE PRÊTRE CHEZ LES HELLÈNES

Toutes ces attaques à la Divinité étaient l’œuvre des premiers Prêtres.

La Grèce, qui copiait l’Egypte et lui prenait ses Dieux, adopta ses Hermès.

Si elle, n’avait pris à l’Egypte que des lumières, la Grèce serait devenue pour le monde un phare éblouissant, mais elle lui prit aussi ses erreurs, ses fautes, ses ruses. C’est Hermès (le Prêtre) qui les introduisit en Grèce avec l’hypocrisie sacerdotale.

Dans l’hymne homérique à Hermès, ce personnage représente l’obscurité. Une femme seule peut avoir écrit cela ; les Hommes le glorifiaient, au contraire, parce qu’il attaquait la puissance féminine en prenant la place de la Prêtresse dans le Temple.

Hermès représente aussi l’argent, les transactions commerciales ; il fait de la science un commerce, du temple un marché.

Il est le Dieu des voleurs en attendant Mercure qui l’imitera ; aussi, fait de la religion une affaire et, en même temps, un privilège qu’il veut garder pour lui et ceux qui le soutiennent. Et, pour se donner de l’importance, il impose à ceux qui veulent le suivre dans la carrière sacerdotale, des initiations longues, atroces, cruelles, quelquefois mortelles.

On donne à Hermès les traits d’un jeune homme avec des ailes à la tête et des ailes aux pieds, ce qui indique que son esprit s’envole par en haut et son âme par en bas. Il tient une bourse et un caducée. Inutile d’expliquer le symbolisme de la bourse. Quant aux 2 serpents, ce sont les deux formes du pouvoir malfaisant, le Prêtre et le Roi ; l’un qui s’impose par la ruse et le mensonge, l’autre par la force.

Mais à son origine il fut simplement « le Prêtre », cherchant à tromper le peuple par des artifices, des mystifications, parodiant la Prêtresse pour s’attribuer son pouvoir, en même temps qu’il lui prend ses habits, et c’est risible de voir les anciennes gravures représentant les sacerdotes antiques vêtus de robes légères bleues, rouges ou blanches, avec des ceintures de ruban et des corsages de femmes.

Puis, pour imiter la Déesse Hygie, il prétend guérir, et le caducée sera le symbole de sa médecine, celle qui tue.

Et, continuant le système qui consiste à diviniser l’homme, il confère à ceux qu’il appelle des héros les honneurs divins. C’est ainsi que l’Oracle de Delphes fut, à une certaine époque, chargé de canoniser des héros, et l’on vit alors déifier des poètes, des philosophes et jusqu’à des athlètes.

L’apothéose (la mise au rang des Dieux) leur était aussi facile que la béatification chez les modernes.

LA LÉGENDE D’ORPHÉE

Orphée est un personnage qui semble jouer un grand rôle dans la religion grecque, puisque c’est à lui qu’on fait remonter l’intention de la masculiniser en substituant le culte des Dieux au culte des Déesses, surtout le culte de Bacchus à celui de Cérès.

On lui fait une légende pompeuse. Né en Thrace, à l’endroit où l’Hèbre prend sa source, il était fils du roi de Thrace. Plus loin, mêlant le merveilleux au réel, on nous dit que son père OEgros est le fleuve lui-même, le faisant ainsi naître de l’eau.

Il apprit de sa mère, continue la légende, l’art de charmer par son chant la nature entière, d’émouvoir les oiseaux, les poissons, les plantes et les rochers, de faire sortir les bêtes féroces de leur tanière, de suspendre le cours des fleuves.

En lisant cela, on pense tout de suite à David, charmant avec sa lyre et apaisant les fureurs de Saûl. Seulement, nous savons maintenant que la légende n’a rien d’historique ; l’histoire vraie n’a pas constaté l’existence d’un poète du nom d’Orphée et les hymnes orphiques sont apocryphes.

Alors on s’explique la copie de la Lyre de David, d’autant plus que la rédaction des hymnes paraît dater des premiers siècles de notre ère, époque à laquelle on s’occupait beaucoup, en Grèce et à Rome, des Ecritures sacrées des Hébreux.

Orphée est un personnage légendaire qui n’a aucune réalité historique.

Son histoire a été créée pour donner un fondateur à un dogme nouveau, comme on l’avait fait en Perse pour Zoroastre, et aux Indes pour Vyâsa. Tout ce qui concerne la naissance, la vie et la mort d’Orphée est sorti de l’imagination des Prêtres. L’époque de son existence n’est même pas fixée ; Orphée est postérieur à Homère parce qu’on lui attribue le rythme créé et employé par Homère, et parce que la poésie orphique est l’imitation de la poésie de l’Iliade. Elle est donc venue après.

Orphée est mis dans l’histoire pour donner un chef responsable à la doctrine qui va diviniser l’homme.

Il faut remarquer que ce genre de fondateur anonyme est partout le même, et joue toujours le même rôle. Il fait ce que les hommes n’osent pas faire eux-mêmes ; il dit ce qu’aucun d’eux n’aurait osé dire ; puis on s’appuie sur son autorité pour répéter (sans en avoir la responsabilité) ce qu’on lui a fait dire.

Les fables allégoriques qui restent, à son sujet, ressemblent à toutes celles qui entourent ces êtres irréels, elles sont nées de l’imagination des hommes.

On représente Orphée comme un sauveur venant apporter la lumière, la science, alors qu’il vint l’éteindre.

On lui attribua une quantité d’ouvrages, tous les écrits, démarqués, des Femmes des temps passés. On ne lui donne pas de spécialité, on lui attribue les œuvres de tout le monde.

Les anciens le citaient dans leurs luttes de sexes comme la plus grande gloire masculine. Nous n’avons que ce témoignage intéressé pour appuyer ses prétendues supériorités.

On lui attribua la Théogonie qu’on place 5 siècles avant celle d’Hésiode, pour faire croire qu’il y eut des Dieux mâles avant Hésiode, ce qui n’est pas ; les Initiations aux Mystères de la Mère des Dieux, titre en contradiction avec les idées orphiques. On lui attribue encore une Cosmogonie célèbre, où se développait un système astronomique dont nous ne connaîtrons jamais le véritable auteur.

A l’austérité du culte féminin, les Orphiques opposent un culte fait de plaisirs, de fêtes, de joies. Ses Mystères sont sexuels, mais couverts de pompe et d’éclat, et tous les sens en sont impressionnés ; On intéresse les cœurs, on ne parle pas à l’Esprit.

Quand on écrivit les livres orphiques, la fourberie était déjà entrée dans le monde avec la magie et il s’agissait de l’étayer sur une grande autorité. Ce fut Orphée qui en fut le prophète.

Son nom signifie le Guérisseur, le médecin éclairé (Son nom Orphée vient de AUR, lumière, et ROPHE, guérison, salut).

Tout cela était fait pour mettre en échec la puissance féminine, imiter sa poésie, prétendre la dépasser, faire comme les Déesses des guérisons, aller plus loin, jusqu’au miracle. C’est le système de la surenchère que l’homme met toujours en pratique dans ses luttes.

Remarquons encore qu’on introduisit dans sa légende le nom de Bacchus qui est un Dieu romain, au lieu de celui de Dionysos qui joue le même rôle en Grèce. Cette substitution de nom nous fait penser que c’est à Rome qu’on a écrit les Hymnes Orphiques.

La légende d’Eurydice qu’on y ajoute est encore un reflet lointain de la descente de la Femme aux Enfers. Eurydice meurt de la piqûre d’une vipère à la cheville (le serpent, symbole de l’homme qui attaque la femme en bas, dans son sexe), en fuyant la poursuite d’Aristée (la fuite de la femme devant l’homme). Elle descend aux Enfers (c’est-à-dire dans la nouvelle vie sociale), et c’est là qu’Orphée la cherche.

L’homme qui asservit la Femme prétend toujours la libérer.

LA LÉGENDE DE PYTHAGORE.

Les fables inventées sur la prétendue vie d’un homme appelé Pythagore n’ont aucune réalité.

Ernest Havet dit : « Rien de plus connu que ce nom, rien de moins connu que l’homme lui-même » (Le Christianisme, t. I, p. 30).

Et ailleurs (p. 28), il dit : « Je ne considère Thalès, Pythagore, que comme des noms représentatifs d’un système scientifique. » Ce qui n’empêche que les auteurs classiques modernes feront de Pythagore un personnage historique et lui inventeront une biographie.

Voici ce qu’on enseigne à la jeunesse crédule :
« Pythagore, né à Samos (569-470), était fils de Mnésarque ; il fit un long séjour en Egypte et à Babylone, où il fut instruit par un mage célèbre que l’on croit être Zoroastre lui-même (lequel n’a jamais existé). Puis il revint dans la Grande Grèce où il fonda une Ecole à Crotone. »

Tout cela est du roman édifié à la gloire de l’homme pour enfoncer dans l’esprit de la jeunesse le masculinisme moderne.

Nous trouvons encore, parmi les faits historiques, une petite aventure qui a pour but de masculiniser le nom des Pythies en en faisant un homme. On nous dit que Pythias fut condamné à mort par Denys le Tyran ; que Damon de Syracuse se porta caution du retour de son ami Pythias qui, étant condamné à mort, avait demandé à s’absenter. Pythias revint au jour marqué et Denys lui fit grâce.

Vers la fin du IIIème siècle (avant notre ère), un auteur appelé Hermippe écrivit une vie de Pythagore, dans laquelle il dit que celui-ci avait emprunté aux Juifs et aux Thraces une partie de sa doctrine, mais que, comme il n’a pas laissé d’écrits, on ne sait rien de précis sur l’enseignement donné en son nom ; on sait seulement qu’on mettait complaisamment sur son compte tout ce qui se rapprochait des idées orientales.

Il est bien évident qu’on s’est servi du prestige qui s’attachait encore à ce nom pour faire admettre les idées que les masculinistes voulaient imposer, à une époque où les femmes n’avaient plus assez de liberté pour protester. C’est ainsi que, à côté des idées féminines que nous avons trouvées dans les Vers dorés, nous trouvons dans la légende de Pythagore des idées franchement masculines ; il y a donc eu un mélange, par la suite, de deux opinions ou de deux versions touchant le célèbre Collège.

Ces idées masculines sont, d’abord, la Métempsycose, qui tient du surnaturel. Le Pythagore masculin admettait plusieurs existences successives. Il disait que la plupart des hommes perdent, en revenant à la vie, le souvenir de ces existences, mais que lui devait à une faveur des dieux de s’en ressouvenir.

Le personnage qui prétendait ainsi se placer en dehors de la Nature, n’est arrivé qu’à se placer en dehors de la raison, car on le montre faisant des miracles, ayant recours à des charmes et à des incantations, propageant des idées de mortification, la confession auriculaire, et prêchant la vie monacale et hermétique. Il prétendait qu’il savait se faire écouter des bêtes, et un jour, dit-on, il arrêta le vol d’un aigle par sa seule volonté.

Jamblique, qui a écrit son histoire (Vita Pythagorae), raconte (cap. 28) qu’il aimait se promener sur les bords du fleuve Nessus et lui récitait ses Vers dorés avec tant de charme, que le fleuve, enchanté, lui répondit, en présence même des disciples du philosophe : Salut, Pythagore! Jamblique assure que ces paroles étaient très distinctement entendues.

Or, comme le miracle n’existe pas et que ceux qui prétendent en faire sont toujours des esprits mal équilibrés, en même temps que des orgueilleux, nous devons conclure de tout ceci que des hommes inférieurs, après avoir persécuté les Pythagoriciennes, voulurent mettre à l’avoir de leur sexe la renommée qui avait consacré la célèbre Ecole de Crotone, et c’est ainsi qu’on mit à la gloire d’un personnage imaginaire tout ce qui avait été produit dans le Collège sacré des Pythies.

Bacon, dans son Novum Organum (Aph. 65 et 71), dit de Pythagore que c’était un homme fantasque et superstitieux. En effet, s’il avait existé, tel que Jamblique nous le montre, il n’aurait été qu’un déséquilibré.

Ce qui trahit toujours les hommes quand ils imaginent des substitutions de sexes, c’est que, sans le vouloir et même sans le savoir, ils introduisent toujours la psychologie masculine dans leurs récits, et surtout dans leur morale, qui est en opposition avec la morale féminine.

C’est ainsi qu’ils vont mettre le mariage dans cette histoire alors que nous savons que les Pythagoriciennes s’opposaient formellement à l’introduction en Grèce de cette nouvelle institution. Ceux qui écrivirent la biographie de Pythagore, après que le mariage eut triomphé, nous disent que Théano était la femme, ou la fille, de ce personnage, et ils ajoutent qu’elle était sa disciple ardente ; mais comme on voulait aussi affirmer la morale masculine, on ajoutera qu’il l’avait vouée aux dieux par un voeu de virginité perpétuelle.

C’est ainsi qu’on parodie l’enseignement des Prêtresses !

On disait que, dans un excès d’enthousiasme et s’étant livré à un zèle aveugle et véhément, il traitait fort durement ses disciples et reprenait, en général, les hommes de leurs vices avec beaucoup d’aigreur ; et on ajoute : « Il arriva qu’un jour un jeune homme dont il avait dévoilé les défauts en public, et qu’il avait outragé par des reproches très amers, en conçut un tel désespoir qu’il se tua. Le philosophe ne vit pas ce malheur, dont il était cause, sans un violent chagrin : il rentra en lui-même et fit, sur cet accident, des réflexions qui lui servirent le reste de sa vie. »

Or ce ne sont pas les hommes qui ont, d’ordinaire, cette véhémence contre les vices de l’homme, ce sont les femmes !

RENAISSANCE PYTHAGORICIENNE

Au milieu des luttes religieuses, le 6ème siècle vit se produire une réaction contre le nouvel Hellénisme, c’est-à-dire contre le désordre moral des nouveaux cultes liés aux religions phalliques.

Ce mouvement fut naturellement provoqué par les femmes de toutes les nations, mais c’est de la Celtide, que vient l’initiative de la fondation, en Grèce, d’une Ecole donnant l’enseignement des sciences comme il était donné dans les Collèges des Druidesses.

Du reste, ceux qui feront, plus tard, de Pythagore un homme, nous diront qu’il voyagea, dans sa jeunesse, et fut initié aux sciences chez les Druides.

Il y eut un retour momentané aux grandes idées du passé. Une Ecole se fonda dans laquelle on enseigna les lois de la Nature telles qu’elles avaient été formulées dans la brillante époque de la primitive religion pélasgique. C’est l’Ecole Pythagoricienne, dans laquelle on donnait l’enseignement de la science aux Prêtresses grecques, les Pythies.

Le mot Pythagore ne désignait pas un homme, mais une science.

Pythagore est un nom composé ; sa terminaison gore est un dérivé du gourou (curé en sanscrit) ou guru des Hindous, et il signifie « celui qui enseigne », le Maître. En décomposant le nom, nous avons Pytha-gore. Or ce mot Pytha, c’est la Pythie qui enseigne.

Quoi que l’on ait fait pour cacher le nom de celle qui fonda et dirigea, cette Ecole, il est arrivé jusqu’à nous : c’est Théano, appelée aussi Dano ou Iheano.

Théano était une Prêtresse qui avait gardé le dépôt sacré de la tradition scientifique et qui voulut en faire un enseignement régulier. Quand on donnera le nom de Pythagore à un homme, on ne manquera pas de dire que Théano fut sa femme ; c’est le système toujours employé par les falsificateurs de l’histoire.

C’est dans cette Ecole que l’on employa, pour la première fois, le mot philosophie, pour indiquer les dissertations de ceux qui aiment la sagesse. Et ceux qui aiment la sagesse (Sophia), ce sont les sages. Ce mot a la même signification que le mot Soffet chez les Hébreux, et tous les deux se rattachent à la Déesse égyptienne Sophet, qui présidait à la vie intellectuelle.

Bachofen nous la présente en ces termes : « En pleine époque hellène, la vie et la religion de Pythagore nous ramènent à l’ancien régime. Il essaya de faire revivre le mystère du culte maternel, de donner satisfaction à la renaissance du sentiment religieux. Ce n’est pas dans son développement, mais dans sa lutte contre l’Hellénisme que repose le Pythagorisme, […] ».

ORDONNANCE DE L’ECOLE PYTHAGORICIENNE

Cette Ecole comprenait deux degrés : un enseignement public auquel tout le monde pouvait assister : un enseignement secret réservé à ceux qui étaient capables de le comprendre.

L’admission à cette Ecole était très difficile. On scrutait rigoureusement la vie du candidat. Lorsqu’il était reçu, il devait verser sa fortune entière dans la caisse commune de la société, les intérêts privés empêchant la défense de la vérité.

Les symboles des Pythagoriciens étaient l’angle droit, emblème de Moralité et de Justice :

  • le triangle équilatéral (c’est le daleth des Hébreux, symbole de Divinité)
  • le cube, symbole de l’esprit humain
  • le triple triangle, emblème de la santé
  • la lettre Y qui représente le cours de la vie humaine dans laquelle il y a deux routes divergentes, une de vertu conduisant au bonheur, une de vice conduisant au malheur.

L’UNITÉ DIVINE L’INDIVIDU ET LE DUPLEX

A l’Ecole Pythagoricienne, on enseignait l’unité de la nature féminine, dont le principe de vie ne se divise jamais : c’était le nombre 1.

Et la dualité de la nature masculine dont le principe de vie se divise en deux parties : l’une pour être conservée et l’autre pour être donnée à la génération : d’où le nombre 2.

L’unité féminine était appelée la Monade, parce que la femme est l’être indivisé, d’où le mot individu.

La dualité masculine était la dyade. En latin, on disait homo duplex pour désigner la contrariété du cœur et de la raison, la duplicité (le double), suprême mystère de l’existence de l’homme.

On réunissait, ces deux chiffres 1 et 2 pour symboliser l’union qui est la base même de la société, et cela faisait le nombre 12.

Le mot grec Monas (unité), d’où sort le mot monade, servit à faire le mot mona-stère (un seul sexe).

Fabre d’Olivet dit encore : « L’essence de cette Unité et la manière dont la Dualité qui en émanait y était enfin ramenée, étaient les mystères les plus profonds de la doctrine, les objets sacrés de la foi de ses disciples, les points fondamentaux qu’il leur était défendu de révéler. »

Ce grand mystère, c’est la loi des sexes. Elle est dévoilée tout entière dans la suite de ce blog.

Fabre d’Olivet dit : « Je ne pourrais entrer dans la discussion du fameux symbole de Pythagore, un-deux, sans dépasser de beaucoup les bornes que je me suis prescrites ; qu’il me suffise de dire que, comme il désignait Dieu par 1 et la matière (l’homme) par 2, il exprimait l’Univers par le nombre 12 qui résulte de la réunion des deux autres : un, deux, « en, duo ».

« C’est le même symbole de Fo-hi, si célèbre parmi les Chinois, exprimé par une ligne entière — 1 (Yang) et une ligne brisée — — 2 (Ying)

». (Note de Fabre d’Olivet).

A suivre …

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