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Livres de Femmes, Livres de Vérités (2) Révolution religieuse en Egypte 2ème partie

« Au milieu du chaos des superstitions populaires, il existait une institution qui empêcha toujours l’homme de tomber dans la brutalité absolue, c’était celle des Mystères. » (Voltaire)

Suite du 2ème chapitre

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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ORIGINE DE LA CIVILISATION

LA SCIENCE INTUITIVE

En étudiant les Livres sacrés, écrits dans le passé lointain, nous avons vu que les primitives institutions sociales n’avaient pas été, comme on l’a tant dit, édifiées sur un assemblage de fictions créées par le génie poétique des peuples, mais qu’au milieu des croyances que les mythologies nous ont conservées, on pouvait découvrir l’origine de toutes les lois de la Nature, que la science moderne cherche vainement.

L’intuition de la Déesse Toth, primeur de la pensée humaine, conçut magnifiquement l’édifice de l’univers et la loi du divin dans la vie, et c’est sur ces connaissances qu’elle posa avec tant de sûreté et de grandeur les bases de toute sagesse.

Quand cette belle fleur de féminité se fut fanée, un monument immortel en perpétua le souvenir : le Sphinx.

« Le Sphinx, effigie humaine démesurément agrandie, lève la tête, regarde avec des yeux fixes et sourit ; le sourire de ces lèvres fermées semble garder le mot de l’énigme suprême. C’est la grande figure intimidante.

« Les grands symboles qu’on a cessé de vénérer depuis des millénaires, attirent par leur énormité et leur mystère.

« A l’époque des Romains, ils étaient déjà des symboles au sens perdu, legs d’une antiquité fabuleuse.

« Ce que les hommes du passé ont dû emmagasiner et éterniser de secrètes pensées derrière ce masque mutilé ! » (Loti).

Pour les hommes de son temps, que représentait-il ? « De toutes les images hiéroglyphiques il reste la moins bien déchiffrée ».

Les insondables penseurs de l’Egypte symbolisaient tout en d’effroyables figures de dieux à l’usage du peuple non initié. On dit qu’il fut jadis d’une surprenante beauté, le Sphinx, alors que des enduits, des peintures harmonisaient et avivaient son visage et qu’il trônait de tout son haut sur une sorte d’esplanade dallée de longues pierres.

Aujourd’hui, il est presque enseveli dans les sables du désert. Les touristes intimidés baissent la voix comme on fait d’instinct dans les temples !

Toute la grandeur passée est enfouie sous la terre, le Sphinx seul émerge encore.

Le sol s’est élevé de six mètres sur la ville de Thèbes depuis qu’elle est une ville morte. On a entrepris de rétablir l’antique niveau.

Sous les plus vieux temples connus on constate qu’il y en avait d’autres, plus vieux encore et plus massifs, que l’on ne soupçonnait pas et dont l’âge dépasserait huit mille ans.

Celui qui connaît le phénomène extraordinaire de l’intuition, cette faculté Divine, qui dans sa plénitude ne s’est manifestée sur la terre que dix fois, celui-là comprendra que la première femme qui en fut favorisée ait établi sur ce grand fait un culte et un symbole.

Le symbole, c’est le Sphinx, et l’hymne qu’on lui a consacré rappelle les conditions de l’intuition, l’action du soleil levant quand la tête est tournée vers l’Orient et qu’on occupe une hauteur.

Réunissez-vous et rétablissez en Son lieu « La Figure de la véritable Liberté »

Du temps de l’ancien empire, le Sphinx, dont la face est tournée vers l’Orient, était couronné d’un disque d’or.

Quand le soleil du matin jaillissait de la chaîne arabique, son premier rayon allait frapper le disque et le visage du Sphinx, qui resplendissait alors comme un soleil à face humaine, ou comme un dieu auréolé de flammes. Des coups de cymbale et des fanfares retentissaient dans le temple de granit et d’albâtre, aux piliers carrés et nus, et les prêtres vêtus de blanc, montant vers le Sphinx par le dromos en pente douce, entonnaient l’hymne sacré :

« Tu t’élèves bienfaisant, Ammon-Râ Harmakouti.

« Tu t’éveilles véridique, Seigneur des deux horizons, tu resplendis et tu flamboies, tu sors, tu montes, tu culmines en bienfaiteur. Les Déesses et les hommes s’agenouillent devant cette forme qui est la tienne, ô Seigneur des formes ! Viens vers le pharaon (1), donne-lui ses mérites dans le ciel, sa puissance sur la terre, épervier saint à l’aile fulgurante, phénix aux multiples couleurs, coureur qu’on ne peut atteindre au matin de ses naissances. »

(Cet hymne fut découvert par Grébant et traduit par Maspéro.)

C’est en souvenir de cet événement qu’on a construit des pyramides, afin que, à leur sommet, l’on pût se mettre dans les conditions qui produisent le phénomène cérébral de l’intuition, si désiré, quand une fois on l’a connu (2) !…

C’est à cause de cette lointaine tradition que, en Egypte, le lion personnifie la force du soleil. Il ne faut pas confondre la signification du mot force, employé dans ce cas, avec la force que donne l’intensité musculaire, c’est tout l’opposé.

Le soleil est la source du Principe de vie qui nous anime.

On reconnaît donc au lion un degré d’héliotropisme plus grand que celui qui existe dans les autres animaux, et partant de là on lui attribue toutes sortes de qualités : la magnanimité, la grandeur d’âme, la générosité, la noblesse, etc.

Les radiations solaires sont comparées à des déesses léontocéphales, c’est-à-dire à tête de lion, elles personnifient la force des feux du soleil. De là vient tout le symbolisme du lion et du Sphinx.

« Le lion est un symbole de lumière », dit M. Mariette. L’horizon céleste d’où émerge le soleil est supporté par deux lions.

Des explications naïves seront données par les non-initiés qui ignorent les antiques réalités. Pour eux le lion est le symbole de la force, de la vigilance, de la noblesse, parce que cet animal est réputé dormir les yeux ouverts. C’est pourquoi on le place devant les grandes portes des temples, et c’est ainsi qu’on explique que dans des avenues précédant les temples se trouvent des rangées de sphinx.

(1) Pharaon vient de pharai, qui signifie parler. Le Pharaon, c’est le Prophète qui parle, qui enseigne, ce n’est pas un roi.

(2) L’intuition est un phénomène cérébral favorisé par l’altitude. C’est pourquoi les Muses sont toujours représentées comme vivant sur les montagnes. C’est l’Olympe en Grèce, « la montagne des filles de Sion » en Palestine, le Sinaï où vécut la Déesse Hathor, le mont Méron où se réfugièrent les dernières fidèles Israélites, le Carmel en Phénicie, le Liban, etc., etc.

LE SPHINX

L’Egypte connut, dès la plus haute antiquité, les lois de la Nature, c’est-à-dire la science des principes, parce que la Femme, qui en fut la Révélatrice, eut, dans cette jeunesse phylogénique, une intuition profonde de l’Univers, de la Vie et de l’homme.

Le sens éternel et universel des grands symboles que ce pays a légués au monde en atteste. La science égyptienne a formulé des principes immuables qui émanent de la pensée juste, des principes qui sont vrais à travers le temps et qui ne sont pas perfectibles, étant la Vérité absolue.

Mais cette fixité de l’idée est ce que l’homme ne comprend pas, parce qu’il n’y arrive pas spontanément lui-même ; il ne prend, de la Vérité, que des aspects isolés et divers, il la morcelle ; dans son ensemble, en bloc, elle lui échappe, il en fait la chimère de l’incompréhensible.

Aussi reproche-t-on à l’Egypte de s’être murée dans l’idée de l’absolu, forme austère que la Femme donne toujours à ses conceptions intuitives, mais forme ingrate, puisque l’homme ne la comprend pas et n’accepte que le relatif, c’est-à-dire ce qui est adéquat à son mode intellectuel présent, lequel mode est variable dans la vie masculine.

Cet absolu de la science féminine, incompréhensible pour l’homme, c’est l’énigme cachée dans le Sphinx.

Cette tête de femme, calme dans sa noblesse, consciente de sa force que le corps de lion symbolise, regarde le soleil levant ; c’est l’esprit impassible comme l’éternelle Vérité.

Le Sphinx est le plus ancien symbole de l’Egypte (1). Les textes lapidaires l’appellent le Hou de Hor Em Kou, c’est-à-dire le gardien du soleil levant. C’est le soleil de vie, le génie de toutes les renaissances, c’est-à-dire des réapparitions de l’Esprit dans un corps féminin.

La radiation solaire Râ fait sortir la Vérité du néant, comme une vive lumière. Cette lumière, c’est la grande intuition, celle qui, en une minute, déchire le voile qui cache les réalités.

Qui connaît l’intuition, ce phénomène aussi rare qu’extraordinaire, comprendra que la première femme qui en fut favorisée ait voulu en commémorer le souvenir dans un symbole qui devait durer aussi longtemps que brillerait la lumière qui avait jailli de son esprit.

Ce symbole fut le sphinx, énigme pour les profanes, compris seulement des initiés, comme la faculté qu’il représente. Il rappelle les conditions cosmiques qui génèrent le phénomène intuitif : l’altitude, l’action du soleil levant quand on est placé au réveil en face de l’Orient.

Au temps de l’ancien empire, le sphinx était couronné d’un disque d’or. Quand le soleil du matin jaillissait de la chaîne arabique, son premier rayon allait frapper le disque et le visage du sphinx, qui resplendissait alors comme un soleil à face humaine.

Par la suite, on institua une cérémonie cultuelle à cet endroit. A l’aurore, quand le soleil, frappant le sphinx, le faisait apparaître comme auréolé de flammes, les prêtres vêtus de blanc montaient vers lui par le dromos en pente douce et entonnaient un hymne de gloire à l’astre bienfaisant qui éclaire la Terre et fait naître la Vérité dans le cerveau des inspirés.

(1) Dans le voisinage de Memphis (aujourd’hui près du Caire), se dresse le Sphinx, colosse de granit de 90 pieds de long, de 74 pieds de haut, dont la tête énorme a 26 pieds du menton au sommet. Ce grand Sphinx était primitivement un grand rocher au milieu des sables. Ce symbole a été copié à profusion. Dans toute l’Egypte, on trouve des sphinx moins gigantesques. Il y en a qui sont rangés en avenues devant les temples de l’ancienne religion. A propos du sphinx de la pyramide de Chéops, il ressort de la stèle trouvée par Mariette que le sphinx est antérieur à Chéops et certainement au premier Pharaon.

RESTAURATION DE LA SOUVERAINETÉ FÉMININE

Dans l’histoire d’Adam et Eve, on nous dit que ce premier couple eut trois enfants : Caïn et Abel, puis un troisième sur lequel on ne nous dit rien. C’est ce personnage, effacé avec intention, qui va entrer en jeu ou plutôt entrer dans l’histoire à l’époque que nous étudions. Seth, ce troisième enfant (sans sexe comme tous ceux des écritures masculines), est une fille qui arrive au monde pour remplacer celle que Caïn a tuée, la femme vaincue partout. Celle-ci va vivre et faire revivre, avec elle, la puissance féminine éclipsée pendant plusieurs siècles.

Les anciens Egyptiens appellent cette nouvelle souveraine Sota, Seta ou Seti.

Seth, ou Seti, a une légende entourée de merveilleux, mais les historiens mettent son nom au masculin naturellement. Hérodote nous raconte son enfance dans le palais de son père (alors que l’enfant ne connaît pas son père) et entourée des enfants nés le même jour qu’elle.

Devenue grande, elle voyage et subjugue tout le pays que baigne la Mer Rouge, elle parcourt le continent, passant d’Asie en Europe, laissant des colonies féministes jusque dans la Colchide : « La plupart des colonnes (colonies), dit Hérodote, que ce roi a dressées en diverses contrées, ne subsistent plus, mais dans la Palestine Syrienne j’en ai vu moi-même ».

De retour en Egypte, cette Reine aurait utilisé la multitude qui s’était attachée à elle en lui faisant élever des temples et construire les canaux qui existent encore en Egypte.

Elle fait construire des vaisseaux, dans des ports qui depuis ont porté les noms de Adulé, Bérénice, Leucos ; ce sont les premiers vaisseaux longs qu’eussent construit des mains égyptiennes (Diodore, L. I, chap. iv). Il, c’est-à-dire elle, s’embarqua sur les eaux du golfe Arabique et en subjugua les îles et les rives jusqu’à son extrémité méridionale.

L’histoire classique en fait le deuxième roi de la XIXe dynastie et l’appelle Seti 1er.

« Seti (ou Sethos), nous dit-on, recommence les campagnes de Thouthmès III et joint par un canal la Mer Rouge au Nil. Constructeur de la salle hypostyle de Karnak, l’un des chefs-d’oeuvre de l’architecture égyptienne, du grand Temple d’Abydos et du tombeau de la Reine Seti à Bal-el-Melouk (ou Biban-el-Malouk) (Thèbes) ».

LA DÉESSE SETH

Le nom de cette grande femme va se mettre, comme un titre de gloire, devant les noms des Déesses. Il y avait à Assouan un temple dédié à Isis-Sothis. L’Arthémise de Pallène, dans l’Achaïe, est appelée Arthémise-Soteira. L’astre Sirius lui était consacré, et son règne ouvre une ère nouvelle qui va s’appeler la période Sothiaque (1).

Dans le tarot égyptien, la première des figures représente la Reine. Elle est appelée la Sota (c’est encore ainsi dans le jeu de cartes espagnol).

Parmi les noms donnés à la femme en sanscrit, se trouve Sati, « la bonne, la chaste ». Sati-Saras signifie femme vertueuse. Donc on met Sati devant les noms de femmes pour les rehausser. Seth est parfois appelée Soutekh, nom dérivé du premier.

(1) « A une certaine époque, nous dit Bunsen, Seth et Typhon étaient « les dieux » importants universellement adorés dans toute l’Egypte et conféraient, aux souverains des XVIIIe et XIXe dynasties, les symboles de la vie et de la puissance : mais plus tard, durant la XXe dynastie, ils furent soudain traités comme de mauvais démons, si bien que leurs effigies et leurs noms furent effacés sur tous les monuments et dans toutes les inscriptions que nous avons pu voir ».

SÉSOSTRIS

Cette histoire de la Sothis, universellement connue, fut portée de pays en pays dans le cours des siècles, mais prit une forme légendaire, surtout en Grèce, où l’on ne savait pas grand chose, mais où l’on exagérait tout.

Cette Reine ayant été masculinisée, on en fit un personnage extraordinaire, sur la tête duquel on mit tous les exploits des premiers guerriers de l’Egypte et particulièrement ceux des Ramsès, en les amplifiant encore, et on donna à ce personnage le nom de Sésostris. Ce sont ces traditions légendaires, ces récits devenus fabuleux, racontés de bouche en bouche par le peuple, que les Grecs recueillirent avidement. Et c’est avec ces récits que pendant bien des siècles on a écrit l’histoire de l’Egypte. Sésostris fut inventé par les Grecs pour mettre à la gloire d’un homme les mérites d’une femme.

Le culte de la Déesse Seth a eu plusieurs phases historiques.

Pendant sa vie, elle fut persécutée par la haine envieuse de ses contemporains, on la compara au Typhon des Grecs et on la représenta avec une tête d’animal. L’Isis avilie est représentée par la Déesse Seth à la tête surmontée d’un scorpion. Comme l’astre Sirius lui était consacré et que cette brillante étoile apportait l’inondation du Nil, on donna à la Déesse la signification symbolique de l’eau, emblème d’erreur et d’ignorance.

Comme on l’avait fait de toutes les grandes femmes qui avaient combattu le masculinisme et en avaient triomphé, on fit d’elle un être pervers et le mot Sathan servit à la désigner. Après sa mort, on en fit un homme et on la mit au nombre des grands Dieux d’Abydos, où on lui donna un rôle solaire dans lequel elle figure comme l’adversaire du serpent Apophis, qui est le symbole du mal et des ténèbres.

Puis, par suite d’un revirement politique, Seth est aboli, ses images sont détruites, et les savants modernes nous diront : « Horus prend possession de l’héritage d’Osiris, s’empare de la couronne des deux lions, il repousse les compagnons de Seth (les féministes), qui, voyant le diadème placé sur son front, tombent sur leur face ». (P. Pierret, Myth., p. 42.)

A travers une pareille littérature, que peut-on comprendre de l’histoire réelle ?

Tout en supprimant cette Déesse, comme on ne peut pas supprimer tous les noms qui la désignaient, on les donne à des Rois et nous en verrons plus tard qui se feront appeler Ptolémée-Soter.

Dans la langue celtique, on désignait les hommes qui prenaient les titres et les fonctions des femmes par le mot sod ou sot, on disait aussi soto, mot qui dès lors signifiait sous ou dessous, et c’est par apocope qu’on en fait sot. Et nous allons même voir que ceux qui, avec son nom, lui prenaient sa robe (pour imiter ses fonctions sacerdotales), donnent à leur vêtement le nom de sotana (d’où soutane).

En Syriaque, le nom devint Soté, et en Chaldaïque, Seta (1).

Au moyen âge, nous trouvons encore le souvenir de ce nom dans le mot Sotie qui signifiait un Mystère, une Moralité, qu’on appelait quelquefois le Bon jugement de la Sainte Vierge. Mais, comme tout dégénère, ces moralités finirent par devenir des farces et des Soties.

Nous dirions aujourd’hui des sottises.

(1) « Dans son livre Des divers noms du Nil, l’historien Ahmed Ben Youssouf Eliphas nous parle de la croyance, répandue parmi les Arabes sémitiques, que Seth, qui devint plus tard le Typhon d’Egypte, Seth avait été l’un des sept Anges ou Patriarches de la Bible et devint ensuite un mortel, après quoi il communiqua le don de prophétie et de science astronomique à Iared, qui les transmit à son fils Hénoch. Mais Hénoch (Idris), « l’auteur de 30 livres », était d’origine Sabéenne, c’est-à-dire appartenait à Saba, « une légion » (une fraternité scientifique et secrète). Ayant établi les rites et les cérémonies du culte primitif, il se rendit en Orient où il construisit 140 villes, dont la moins importante fut Edessa, puis il retourna en Egypte où il devint Roi ».

LES « CITÉS DES MORTS » EN ÉGYPTE

Ce que nous avons déjà appris sur la signification des ombres, des morts, des mânes, va nous faire comprendre ce qu’étaient les idées régnantes en Egypte, à l’époque que nous étudions.

Là, plus qu’ailleurs, l’homme est montré comme l’être imparfait, qui n’est complet que par son union spirituelle avec la Femme ; sans elle, il n’est qu’une ombre errante par les solitudes, par les champs, par les villages.

M. Amélineau, dans un ouvrage intitulé Histoire de la Sépulture et des funérailles en Egypte, recherche quelles étaient les croyances des Égyptiens à ce sujet et nous montre que l’on appelait « Ka » ce complément de l’Etre humain que nous traduisons par le mot « double ».

Ce double était quelque chose d’assez semblable aux idoles des Grecs, aux idoles des morts, telles que les dépeignent Homère et les poètes tragiques. C’était à peu près aussi l’ombre des Latins.

Pour durer, il avait besoin d’un appui, d’un support.

« C’est cette idée du Double qui a évolué et qui a abouti à l’idée de l’âme, séparée du corps, telle que la conçoivent les spiritualistes modernes. Quant aux Égyptiens, ils ne croyaient pas primitivement, s’ils y ont jamais cru, à l’âme spirituelle, ou même tant soit peu immatérielle. Au reste, il est certain, comme l’a démontré M. Guizot, que les premiers Pères de l’Eglise eux-mêmes n’y croyaient pas du tout. »

Ces réflexions de M. Amélineau nous amènent à parler de l’origine de cette idée : L’âme immortelle de l’homme, c’est son double, et son double, ou sa moitié, c’est la Femme ; il est le corps matériel, Elle est l’âme immortelle, et c’est pour cela qu’il l’appelle « Alma mia ».

M. Amélineau établit d’abord qu’il faut, d’après les monuments, faire remonter la civilisation de l’Egypte à 6.000 ans avant notre ère. Et puis, avec les éléments que lui fournissent la pierre, le marbre et la gravure, la peinture et la sculpture des « cités des morts », il nous fait l’histoire des mœurs, de la religion et de l’art à travers cette longue série de siècles. Seulement, il se trompe en prenant ces « morts » pour des trépassés ; ce mot désigne seulement les hommes morts à la vie de l’esprit, à la vie morale, et nous allons voir par la suite que ces « morts » là se portent très bien et continuent à vivre longtemps dans leurs « cités des morts ».

M. Amélineau, qui les appelle des cimetières égyptiens, nous dit « qu’ils sont grands comme des villes, ordonnés et distribués de la même façon, avec des constructions beaucoup plus solides et plus fastueuses qui ont résisté au temps, alors, ajoute-t-il, que les Palais des Pharaons et les maisons contemporaines ont disparu ».

Si ces palais n’ont pas subsisté, c’est que c’étaient les demeures des femmes, peut-être mal construites par elles, ou pour elles, que les Pharaons qui les habitaient étaient des Déesses-Mères.

A cette époque de l’histoire, le règne de l’homme n’a pas commencé.

« Les Égyptiens, dit M. Amélineau, appelaient la tombe l’endroit où l’on se tient, la maison où l’on dure, puis, la maison de l’existence, le lieu du bonheur. Apparemment, au lieu de craindre la mort et ses suites, ils s’en réjouissaient. Pour eux, le cimetière était la vraie cité, la cité éternelle. Le mort n’y dormait pas, il y vivait. »

On voit que le malentendu continue. Il faut connaître la psychologie humaine et la psychologie de l’histoire pour comprendre que ces expressions « lieu de bonheur », « maison de l’existence », sont des exagérations destinées à répondre aux accusations dont les hommes étaient l’objet quand ils se séparaient des tribus gynécocratiques.

Nous croyons, en effet, que ce que bien des savants ont appelé « des nécropoles », c’étaient les villes « des morts », les villes masculines.
On trouve encore en Afrique ce nom, Nécropolis, cité des morts.

C’est Osiris qui personnifie l’homme déchu, « le mort ».

Ces préliminaires étaient nécessaires pour comprendre la signification de l’ouvrage fameux que les savants modernes ont intitulé « le Livre des Morts », que l’on étudiera plus loin, alors que son vrai titre aurait dû être « le Livre des Initiés », car ce livre fameux était le rituel des « Mystères » fondés par la reine Séti.

THÈBES

Thèbes fut la ville brillante des anciens Féministes égyptiens.

« Thèbes, dit M. Rozières (description de l’Egypte), Thèbes bouleversée par tant de révolutions, Thèbes maintenant déserte, remplit encore d’étonnement ceux qui ont vu les antiques merveilles d’Athènes et de Rome. Thèbes, célébrée par Homère, est, de son temps, la plus belle ville du monde ; après XXIV siècles de dévastation, elle en est encore la plus étonnante. On se croit dans un songe quand on contemple l’immensité de ses ruines, la grandeur, la majesté de ses édifices et les restes innombrables de sa magnificence, cette ville n’ayant pas d’enceinte se déroulant librement sur les deux rives du Nil. »

C’est de Thèbes que sortirent environ dix illustres générations de Souveraines (qu’on appellera des dynasties), depuis la Xème jusqu’à la XXème.

Les masculinistes qui dévastèrent le monde des Femmes ne laissèrent que peu des monuments des premières Déesses-Reines Thébaines ; mais la VIIIème dynastie (ou génération), celle de Seth, a laissé des traces ineffaçables.

C’est à la Reine Amersé (El-Assasif) qu’il faut attribuer les grands édifices de Médinet.

Lorsque la Reine Séti revint de ses voyages, elle fit élever à Abydos un temple magnifique, l’un des plus remarquables de l’Egypte, et l’un de ceux qui se sont conservés jusqu’ici. Thèbes a conservé jusqu’à nos jours les merveilles de Karnak.

Presque tous les Rois du nouvel empire donnèrent avec prodigalité pour l’entretien du Temple de Karnak. Le plus ancien nom qu’on y trouve est celui d’Ousirtesen 1er (on l’a mis dans la XIIème dynastie).

Les travaux y furent suspendus pendant la période des Hyksos ; mais les rois des XVIIIème et XIXème dynasties l’agrandirent par des constructions dont la grandeur ne fut jamais dépassée. La grande salle, commencée par Séti, contenait 134 colonnes sculptées avec un art infini et comptait 102 mètres de long sur 51 de large. Ramsès II joignit le temple de Louqsor (XVIIIème dynastie) à celui de Karnak et le compléta par des constructions grandioses. Il le consacra au dieu mâle Ammon. Les présents affluèrent dans le trésor de ces temples et chaque roi voulait rivaliser de générosité avec ses prédécesseurs.

Mariette a publié d’admirables plans et restitutions des principales parties du Temple colossal de Karnak. Il n’y a rien dans le monde (sauf peut-être certaines ruines de l’Inde) de comparable aux débris superbes de la salle immense de Karnak. On trouve dans ce temple l’Obélisque d’Hatasou qui a 33 mètres de hauteur (celui qui a été transporté de Louqsor à Paris n’a que 22 mètres) (1).

(1) Cleyre Yvelin, au sujet de cet obélisque, nous dit ceci (« Le féminisme dans l’antiquité », p.35) :

« Voici la traduction des hiéroglyphes gravés sur l’obélisque de Louqsor, qui ornait la fameuse Thèbes aux cents portes, et se trouve aujourd’hui place de la Concorde ; c’est un savant philologue qui en a donné l’explication au peintre David au milieu des ruines de Thèbes où ils se rencontrèrent.
« Face 1 : La culture des terres et des générations prirent leur origine dans les temples d’isis et d’Hathor.
« Face 2 : L’Amour universel qui unit lous les membres de la famille humaine, a son siège dans le cœur de la femme.
« Face 3 : La femme a la science de la vie : En elle est l’avenir et nos succès futurs. Ce qui la caractérise, c’est l’amour d’où naît la famille, la société.
« Face 4 : L’Amour est le devoir. L’Amour est le dévouement. L’Amour est la justice. L’Amour est l’infini.
« Ce monument date de trois mille ans. A qui pourrait-on faire croire que ces maximes ont été gravées sous un gouvernement masculin ? Tout le monde sait que seul l’éloge des souverains doit figurer dans les inscriptions lapidaires. »

LA THÈBES DES VIVANTS

Thèbes fut la capitale de la Thébaïde, dont le nom est resté comme un synonyme de séjour paradisiaque. Cette gloire lui vint de la Déesse Seth qui y restitua la science et y fonda un ordre nouveau, celui de Misraïm, c’est-à-dire une législation nouvelle, sans doute celle conservée dans le livre des morts.

Et les rituels disent encore : « Seth succéda à Adam comme suprême grand conservateur ».

Puis, pour expliquer que c’est, une résurrection d’un personnage disparu (la femme qu’on ne veut pas nommer), on dira : « Misraïm, second fils de Cham, donna son nom à l’Egypte l’an 1816 du monde et, en 1827, institua l’ordre chevaleresque des défenseurs de la Vérité ».

Les modernes diront que « c’est le grand architecte lui-même qui a créé l’ordre de Misraïm et en a confié le dépôt à Adam, le 17ème jour du 1er mois de la 17ème année du monde ».

D’autres diront qu’ « Amphion bâtit les murs de Thèbes au son d’une flûte à sept tuyaux ; la Thèbes d’Egypte était dans l’Heptanomide ».

Ceci veut dire, ou plutôt cacher, que la science qu’on y rétablit explique le septénaire universel, c’est-à-dire les lois de la cosmogonie, telles qu’elles avaient été expliquées une première fois avant la dévastation des hommes (le déluge) (1).

La Thèbes des vivants était la ville où il y avait des femmes ; c’est là que les Prêtresses qui enseignaient vivaient avec leurs familles.

On appelait ces Prêtresses la Grande Maison, la maison sublime, la Haute Porte, en égyptien Peraa, d’où s’est formé le mot Pharaon des Hébreux, et le mot prophète.

« La demeure imposante du chef des prophètes s’élevait à cent pas derrière la maison de Seti, entre de riants ombrages et une pièce d’eau limpide, le lac sacré du Temple. On la reconnaissait à ses bannières flottantes. Les prophètes y venaient pour s’acquitter de leur service ; ils habitaient avec leur famille dans la Thèbes des Vivants ».

C’est dans cette ville que les Phéniciens de passage rendaient un culte aux anciennes Déesses dans le sanctuaire de Set.

D’après le papyrus Sallier, le roi-Pasteur (c’est-à-dire la Reine) Apapi (Aptobis) choisit Set pour son Dieu et affecta de n’en point adorer d’autre en Egypte. Plus tard, le dieu Baal fut nommé Set par les Égyptiens, ainsi que le constate le traité de paix conclu entre Ramsès II et les Rhetas (ou Qhétas), traité dont le texte, trouvé à Karnak, porte d’un côté l’invocation au Set des Rhétas et à Astarté, de l’autre celle aux dieux de l’Egypte.

Tous les détails relatifs à cette particularité de la religion phénicienne sont commentés dans les savants ouvrages de Pleyte, Chabas, Brugsch, Meyer, G. Ebers.

(1). Dans la Doctrine Secrète, nous lisons : « L’auteur arabe Soyouli dit que les annales les plus reculées font mention de Seth, ou Set, comme du fondateur du Sabéisme, et que les Pyramides, qui personnifient le système planétaire, étaient considérées comme le lieu de sépulture de Seth et d’Idris. Et les Sabéens s’y rendaient en pèlerinage et y chantaient des prières sept fois par jour, en se tournant vers le nord. »

Nous avons vu que la momie de Sésostris (Seth) a été de celles qu’on a sorties de leur sépulture royale et reléguées, avec d’autres, dans des caveaux plus modestes. Cette citation de la Doctrine Secrète nous montre qu’une Pyramide était bien la sépulture de Seth.

THÈBES DES MORTS

Nous venons de mentionner la Thèbes des vivants, celle que fonda la Déesse Séti, mais il y eut aussi la Thèbes des morts, celle de Ramsès. Celle-là est une ville sans famille, la ville des hommes séparés, mais non pas cependant sans femmes. On y trouve des harems et des prostituées.

La grande préoccupation de Ramsès semble avoir été de rivaliser avec le monde des femmes et de les surpasser en tout. On institua des collèges où des Prêtres, des médecins, des juges et des professeurs de tous genres enseignaient.

C’est le commencement des Hermès.

Ramsès dépensa des sommes considérables pour l’entretien de son collège de prêtres. Ces Prêtres avaient pour mission de rivaliser de science et d’éclat avec les Prêtresses et d’assurer à Thèbes, nouvelle capitale de la Haute-Egypte, la prééminence sur les cités royales féministes du Delta, si renommées par leurs travaux scientifiques et la vogue de leurs Ecoles.

Les institutions masculines copiaient les institutions féminines. Cependant, une Ecole masculine fut appelée Séti, pour lui donner du prestige. Elle se distingua entre toutes. Les fils de tous les citoyens libres riches ou pauvres étaient invités à y venir. Ils y étaient hébergés moyennant rétribution. Le temple prenait des pensionnaires logés dans un bâtiment spécial.

On traitait durement les élèves, car nous trouvons cette phrase : « Les oreilles de l’écolier étaient sur son dos ».

C’est que le bâton, la férule jouaient un grand rôle dans les écoles de garçons dirigées par des hommes.

C’est dans cette « ville des Morts » qu’on inaugure l’enseignement secret des Hermès, qui explique que Ramsès, l’homme, le Dieu, est à la fois l’époux de sa Mère, son propre Père et son propre fils. Il anime et pénètre les créatures qui, grâce à lui, pénètrent dans un ordre de vie d’un degré supérieur.

Voilà de la psychologie renversée. Et cela continue.

L’homme vénère en lui la secrète puissance, qui tient l’équilibre moral, récompense les bons, punit les méchants. Il a pour attribut une haute plume double à sa couronne.

Les masculinistes lui donnent une tête de bélier.

Ra change aussi de nature. Primitivement, c’est Rhéa, Déesse solaire : plus tard, l’enseignement secret des prêtres la transforme, elle devient sous le nom de Ra l’essence composant l’univers tout entier (la pré-substance). Et c’est ainsi que peu à peu la Divinité féminine quitte la terre et monte dans les cieux. Alors sa place sera prise par Ammon, le Dieu-caché, le Dieu de Thèbes.

Après l’expulsion des Hyksos de la vallée du Nil, sous la protection de Ramsès et par ses soins, on associa son image à celle de Ra d’Héliopolis, Ammon-Ra, en leur donnant les attributs de tous les autres dieux. C’est l’hermaphrodisme divin.

Le temple de Qournak, dans la nécropole de Ramsès II, est un temple copié sur les vieilles institutions d’Héliopolis et de Memphis qui étaient féminines.

Près de Karnak, on a trouvé les traces et les débris d’une allée de sphinx qui n’avait pas moins d’une demi-lieue et conduisait au palais de Louqsor, vaste amas de temples, de galeries, de pylônes, de statues, d’obélisques, donc de symboles masculinistes (1), qui étaient mis en face de la Déesse. C’est parmi ces obélisques que l’on prit celui qu’on apporta à Paris.

Le fondateur du palais de Louqsor est Aménophis Memnon (vers 1732).

Le tombeau d’Osy-mandias (nom grécisé), appelé aujourd’hui Ramesseum, est surmonté d’un colosse de granit de 53 pieds qui représente Ramsès assis sur un trône. Son pied a plus de deux toises de long.

(1) Ho-bélisque, flèche de pierre, vient de Bel.

LES DÉESSES RENVERSÉES ET RIDICULISÉES

L’homme est implacable pour ses victimes.

Quand les Déesses furent attaquées, vaincues, il les ridiculisa à outrance. C’est ce qui explique les deux aspects de l’histoire : la haine et l’amour. Mais la haine a prévalu.

Loti nous dit (Mort de Phîlae, p. 307) : « Une des voies magnifiques de Thèbes est celle qui part à angle droit de la ligne des temples d’Ammon, aboutit à un lac sacré au bout duquel les Déesses à tête de chatte sont assises en cénacle. Elle fut commencée, il y a 3.400 ans, cette voie-là, par une belle reine appelée Makeri, et nombre de rois en continuèrent la construction pendant une suite de siècles ».

On peut voir, au Musée des Momies du Caire, la reine Makeri dans son cercueil, une longue forme féminine dessinée sous les bandelettes qui la serrent.

Elle mourut en mettant au monde un petit prince qui repose là, aux pieds de sa Mère.

Loti dit encore : « Le temple de la déesse Moût est recouvert et caché depuis XX siècles. Il n’en reste que des tronçons de colonnes, alignées en rangs multiples sur une vaste étendue du désert, et enfin voici le lac sacré au fond duquel les grandes chattes sont assises sur un trône ».

Est-ce ironie, parce que le Sphinx avait le corps du lion, qu’on renversait le symbole et donnait aux Déesses un corps de femme et une tête de chatte, ou plutôt de lionne ?

« Car, dit Loti, des chattes n’auraient pas ces oreilles courtes et ce menton cruel épaissi par une barbiche, image de Sokhmet qui fut Déesse de la guerre et à ses heures Déesse de la luxure (voilà la calomnie masculine). Elles ont des corps sveltes de femme, qui rendent plus terribles ces grosses têtes félines coiffées d’un haut bonnet. »

Et voilà pourquoi on nous dit que l’Egypte adorait les chats ! Sekhmet, qui vient d’être citée, semble être une caricature de la Déesse Séti dont le nom est quelquefois écrit Seket.

L’Astarté des Phéniciens prend souvent sur les représentations des monuments la place de Seket (Déesse ridiculisée). A Edfou, on la voit avec une tête de lionne, conduisant un char tiré par des chevaux. Son nom se trouve souvent dans les papyrus avec ceux de Ramsès II et d’un cheval et d’un chien, favoris de ce roi.

Voici sur Sekhmet de plus amples informations. Nous savons, par Loti, qu’on l’appelait l’Ogresse de Thèbes ; combien ce titre décèle de haine ! Et quelle grandeur il faut avoir eue pour avoir été à ce point outragée !

CONFIRMATION INATTENDUE DES SUBSTITUTIONS DE SEXES EN ÉGYPTE

Loti, dans La mort de Phylae, vous conduit dans le musée de Boulaq, au Caire, où viennent aboutir les momies sorties des sépultures royales. Mais que de tricheries, là encore !

Ainsi, Loti nous dit de ces personnages momifiés (page 57) : « Dans l’antiquité, ils ont pérégriné souvent depuis leur mort, car, aux époques troublées de l’histoire d’Egypte, c’était une des lourdes préoccupations du souverain régnant : cacher, cacher ces momies d’ancêtres dont la terre s’emplissait et que les violateurs de sépultures étaient si habiles à dépister. Alors on les promenait clandestinement d’un trou à un autre, les enlevant chacun de son fastueux souterrain personnel, pour, à la fin, les murer en compagnie dans quelque humble caveau plus discret ».

Ce travail de déplacement des momies fait aux époques troublées de l’histoire, c’est-à-dire au moment où l’homme s’empare du pouvoir, nous est une révélation. Il nous apprend les ruses employées par les usurpateurs pour cacher le sexe des Reines qui avaient gouverné l’Egypte avant eux, et dont les femmes de ces époques malheureuses devaient réclamer la gloire et le souvenir brillant. Et c’est pour les faire taire et faire disparaître la trace de ces souveraines qu’on enlevait leurs momies des sépultures royales pour mettre à leur place celles des hommes.

C’est ainsi que l’homme va apparaître comme ayant été le Pharaon, alors que ce titre, qui indique une suprématie spirituelle, signifiait Prophétesse.

Les savants modernes le traduisent par Professeur, ou Prêtre. On appelait leur caste la grande maison, la maison sublime, la Haute Porte, ce qui en égyptien se rendait par Peraa, d’où s’est formé Pharaon.

Dans l’hébreu primitif, Pharai signifie « parler ». C’est la parole de vérité que, par la suite, on appellera « logos ».

Mais à côté de la femme qui représentait l’autorité spirituelle, il y avait l’homme, associé ou ennemi, qui était son auxiliaire matériel, son officiant, son prêtre, celui qui agissait pour elle. Puis il y avait d’autres hommes qu’on appelait des Ack (chefs).

Manéthon les mettra dans ses listes de dynasties masculines pour faire croire à l’antiquité du règne de l’homme, mais son histoire n’est qu’un tissu de mensonges ; il ne pouvait pas exister de dynasties masculines dans un pays où l’enfant ne connaissait pas son père et ne dépendait que de sa Mère qui lui donnait son nom et son rang.

C’est Ptolémée Philopator qui, dans son décret appelé le Prostagma de Philopator, décide que l’enfant connaîtra son père et portera son nom, c’est-à-dire sera dit « fils de tel père » (2 siècles avant notre ère).

Donc les Pharaons n’étaient pas des hommes, c’étaient des prophétesses comme les druidesses, les sibylles, les pythies, les magiciennes, les brahmines, les vénètes et les vestales.

Mais quand l’histoire fut masculinisée, lorsqu’on parlait des règnes les plus brillants que la tradition propageait, ne pouvant pas supprimer les noms des femmes, qui étaient encore dans toutes les mémoires, on les accouplait aux noms des hommes, les chefs, qui étaient les contemporains de ces brillantes prophétesses.

Et ceci va nous faire comprendre une découverte faite au Musée de Boulaq, qui a été une grande surprise pour la science historique et une grande lumière pour nous.

RAMSÈS 1er ET RAMSÈS II – Sésostris (Vers 1400 avant notre ère)

Ramsès 1er était issu d’une famille sémitique demeurée en Egypte après l’expulsion des Hyksos. Il se distingua par son orgueil et son despotisme sous les règnes de Thotmès et d’Aménophis. Usant de ruse et de violence, il renversa la famille royale légitime (maternelle, pharaonique), et usurpa le trône.

A sa mort, Séti reprend le pouvoir légitime. Ce personnage, évidemment une femme comme on l’a expliqué précédemment, eut un fils, Ramsès II, qui pouvait se dire héritier de la vieille dynastie par sa Mère. Mais ce n’est pas l’hérédité qui fait la légitimité, c’est le sexe. Il faut être femme pour avoir le droit de régner, c’est-à-dire d’exercer la suprématie spirituelle dans une gynécocratie.

Cependant, Ramsès II se vante d’avoir été déjà roi dans l’œuf (d’après une inscription d’Abydos que Mariette et Maspéro ont commentée).

Les historiens masculins, qui ont fait de Séti un homme, nous diront que, pour affermir le pouvoir dans la ligne masculine, il décréta que Ramsès II régnerait avec lui, et qu’il fut associé au trône dès sa naissance. Ceci est une imposture.

(Ramsès est un nom masculin, il signifie « disciple de Ram », mais Séti est un nom féminin. Ce sont les Grecs qui en ont fait Sethos.)

Ramsès II fut l’usurpateur du trône de sa mère, et non son associé.

Ce qui le prouve, c’est que sur le tombeau de Séti 1er à Biban-el-Malouk (Thèbes), se trouvent les peintures des quatre races d’hommes avec un passage ainsi conçu : Vous êtes une larme de mes yeux, vous qu’on appelle des hommes.

Ramsès II était surnommé Gesou-Ra. Ce nom est sur les monuments (1).

Le temple de Gournak (ou Karnak) était appelé « la maison de Séti ». Les inscriptions du péristyle oriental de ce temple nous apprennent qu’il venait, aux fêtes, des députés de la lointaine province du Delta, région restée gynécocratique.

On dit que les Grecs, qui étaient très masculinistes, confondaient les exploits de Séti avec ceux de Ramsès II ; ce sont eux qui, de ce nom de Seth-Sos (sos, roi pasteur) (2), ont fait « Sésostris ».Et ce sont eux qui ont voulu voir dans Ramsès II et Sésostris le même homme, puisqu’ils supprimaient partout les femmes.

L’historien Josèphe, à propos de Sésostris, nous dit que sos, dans le langage populaire, signifie pasteur sédentaire. C’est l’appellation donnée aux femmes, alors que les hommes sont considérés comme étant un peuple chasseur et nomade.

(1) La transformation du nom Seth-sos, s’explique facilement, quand on se rappelle que les Grecs prononçaient le ψ comme S. Quant à tris, c’est le mot trois (Tris-mégiste, trois fois grand). Donc, ce nom de Sesos-tris, c’est Seth-sos-tris. Dans la langue celtique des Bretons, tri veut dire trois. Ce sont les Grecs qui y ont ajouté l’S final.

(2) C’est sous les Ramsès qu’on masculinise les Dieux. Alors l’enseignement secret des Prêtres enseigne qu’Ammon, le Dieu caché, est à la fois l’époux de sa mère, son propre père et son propre fils. Ces divagations ont pour but de permettre à l’usurpateur de s’attribuer ce qui est fait par sa mère, puisque sa mère, c’est lui.

LES EXPLOITS DE RAMSÈS

Les Kétas contre lesquels il lutte sont les féministes, ceux probablement que l’histoire moderne appelle des Hébreux. On les appelle aussi Retas.

Ramsès, qui les appelle vils Chétas, misérables Chélas, dit d’eux (1) :

« Je me jetai sur eux, semblable au dieu Mouth; dans l’espace d’un instant, ma main les moissonna. Je massacrai parmi eux, j’égorgeai au milieu d’eux et j’étais seul à crier ; il n’y avait pas une seconde parole, aucun d’eux n’a élevé sa voix, chacun de mes ennemis sentant sa main sans force contre la mienne ; ils ne savaient plus tenir l’arc ou le javelot.

« Lorsque les archers est les cavaliers arrivèrent l’un après l’autre de leur camp, vers l’heure du soir, ils trouvèrent toute la région baignée dans leur sang ; tous bons guerriers du pays de Chéta, champions valeureux de leur Souveraine. Lorsque le jour éclaira la terre d’Atesch, le pied ne pouvait trouver sa place, tant les morts étaient nombreux. »

Cette expédition, dans laquelle Ramsès courut un grand danger, ne termina pas la guerre.

Ce chef (Ak) régna 68 ans, c’est lui qui dirigea contre les Hébreux les persécutions qui les obligèrent à s’enfuir dans la presqu’île du Sinaï, sous la conduite d’une femme, Myriam (dont les modernes feront la sœur de Moïse).

C’est cette cheffesse qu’on appelait Meia-Moun, nom qu’on a donné à un Pharaon ; bien plus, nom qu’on donne à Ramsès lui-même comme on lui a donné le nom de sa Mère.

(1) Ce sont eux qui semblent être les Shasous, tribu sémitique de l’Est de l’Egypte, détestée des hommes qui les accusent de brigandage.

QUELQUES MOTS SUR LES SUMIRS ET LES ACCADS

L’écriture cunéiforme nous a conservé les annales des Sumériens.

Les Sumirs seraient les féministes de la Pré-Chaldée.

Les Accads seraient les féministes déportés de l’Inde lors du schisme d’Irschou. Ils vinrent se réfugier chez les Sumirs à cause de leur communauté d’idées.

Les Accadiens sont un rameau détaché de la race sémitique. Lorsqu’ils arrivèrent chez les Summériens, « race pleine de mansuétude », dit-on, ils se mêlèrent à eux ; ils étaient au début de leur histoire dont la suite allait remplir le monde ; ils accomplissaient la première étape de ce qu’on a appelé « Israël errant ».

Les Sumériens occupaient la plaine basse où s’élevaient les plus anciennes cités : Nippour, Eridac, Our, Larsam, Ourouk, Sirpoula, Houmma, etc., etc.

Les réfugiés Accadiens s’établirent plus au nord, dans les terrains encore vacants : à Kish, à Opis, à Agadé, etc.

Ces deux peuples se pénétrèrent et se fusionnèrent si bien qu’ils apparaissent dans l’histoire intimement unis, sous des noms qu’on ne sépare pas.

Des historiens ont nié l’existence des Sumirs et des Accads parce que c’étaient des tribus féministes.

On s’en occupe maintenant parce qu’on a trouvé des documents masculins antidatés, qui ont fait croire que l’homme avait régné sur ces peuples ; alors on les a fait entrer dans l’histoire.

LEUR GOUVERNEMENT GYNÉCOCRATIQUE

Le gouvernement matriarcal qui existait à Bab-ilou, nom primitif de Babylone, était un régime théocratique. Les ordres, comme les lois, émanaient de la Déesse (les historiens modernes diront d’un Dieu), et la divination (faculté intuitive) imposait à tous le respect et l’obéissance. C’est ce qui a créé dans l’âme humaine l’atavisme de l’autorité divine à laquelle l’homme se soumet. Mais il y avait une multitude de Déesses ; chaque contrée avait la sienne, elles étaient, d’après le style moderne, « des dieux locaux ».

Un homme est près d’elle, il est son lieutenant ou son officier (on dira plus tard son vicaire), il sert d’intermédiaire entre elle et le peuple et transmet ses ordres. On l’appelle Lou-Gal (homme grand), ou Patesi, ce qui veut dire : « Soumis à la Déesse ».

Les officiers forment donc une caste privilégiée. Ils sont investis de biens, mais qui sont inaliénables et dont ils n’ont que la gestion, le fonds reste à la communauté, car la propriété collective familiale est à la base de toute société matriarcale.

A l’origine, la tribu est un territoire limité sur lequel vit la famille sous la protection d’une Déesse-Mère. Il ne faut donc pas s’étonner d’apprendre que le panthéon chaldéen, au IXème siècle avant notre ère, comptait plusieurs milliers de Grands Dieux, c’est-à-dire de Déesses-Mères, dirigeant chacune une famille, mais avec une inégalité de pouvoir qu’on a évaluée mathématiquement en les classant de un à soixante.

C’est ainsi que Ninghirsou, Déesse de Sirpoula, a une puissance évaluée à cinquante. (Cette puissance est peut-être basée sur le nombre des habitants de la tribu.)

Les villes et les villages ne sont d’abord que des agglomérations d’enclos créés le long du fleuve ou du canal d’irrigation à proximité du temple. Les Déesses possédaient quelquefois de vastes tènements ; au delà s’étendait la plaine laissée à la jouissance commune.

C’est en s’emparant des terrains libres que les officiers-Prêtres se sont créé des domaines, qu’ils ont opposés plus tard à ceux des Déesses-Mères.

SÉMIRAMIS

La grande figure qui brille dans l’histoire de cette époque, c’est Sémiramis. On croit qu’elle régna 2000 ans avant notre ère.

Il existe un monument, à la gloire de cette grande Femme, qui se compose de sculptures singulières que M. Dauville a décrites. Ces figures gigantesques sont taillées dans le roc et forment de vastes bas-reliefs. Ctésias, qui vivait à la cour de Perse, raconta l’histoire de Sémiramis,dont le nom chaldéen était Sammouramit.

C’est cette brillante Reine qui fit construire Babylone.

Le nom de cette ville, retrouvé dans les inscriptions, est Bab-ilou (porte du ciel, ou porte divine). Sémiramis y tint le sceptre du monde à une époque que l’on ne saurait préciser. Elle était fille de Derceto (ou Dercetis), grande Déesse phénicienne qui avait un magnifique temple à Ascalon, élevé par Sémiramis en l’honneur de sa Mère.

C’est Derceto qui fut surnommée Astarthé, après avoir écrit le grand livre sacré appelé « Cosmogonie Phénicienne ».

Josèphe identifie Derceto avec Oannès, adoré dans les mêmes contrées. Sémiramis avait pour emblème la colombe, symbole de la pureté et de l’esprit. Elle exerçait sa domination sur tous les peuples voisins de son empire et se consacrait aux travaux pacifiques ; ses expéditions avaient pour but de faire défricher les pays incultes, de percer des montagnes, de briser des rochers, de faire pratiquer de grandes et belles routes qui reliaient son pays aux autres. C’est dans ce but qu’elle alla jusqu’aux Indes.

Elle fit exécuter à Babylone des travaux gigantesques qui ont fait l’admiration de l’antiquité : le Temple, les palais, les jardins suspendus et les tours en étages.

Les remparts de Babylone formaient un carré de 120 stades de côté, renfermant, outre Babylone, plusieurs autres villes et des champs. Borsippa n’était qu’un faubourg de Babylone (1).

Sémiramis parcourut le monde et partout sur son passage, elle suscita un mouvement d’enthousiasme et d’admiration. Rien ne lui résistait, elle ne connut ni les difficultés, ni les obstacles ; elle dicta ses volontés à l’Egypte et reçut les hommages des Éthiopiens. Elle rentra à Babylone en une marche triomphale.

Plus tard, elle visita l’Empire du Milieu où elle eut une entrevue avec une souveraine chinoise.

Elle s’avança jusqu’aux Indes, mais elle se heurta à l’Empire des Aryas et fut repoussée par eux ; elle dut rétrograder jusqu’en Assyrie.
Cette grande Reine disparut brusquement de la scène du monde. Une légende la fit s’envoler de son palais au milieu d’une bande de colombes, mais les historiens rapportent qu’elle mourut de mort violente.

Sémiramis porta la civilisation antique à son apogée et fut l’initiatrice de la haute culture des Kaldéens, cette race supérieure qui remplissait dans le monde une sorte de sacerdoce scientifique.

Hérodote parle de la tour de Bélus qu’il a vue à Babylone, monument composé de huit étages, couronnés par une plateforme régulière où l’on faisait des observations astronomiques.

Callisthène, au temps d’Alexandre, trouva à Babylone des observations astronomiques remontant à 1900 ans. Donc, l’astronomie apparaît comme une science déjà constituée en Kaldée, dès une antiquité prodigieuse. Les Grecs en savaient bien peu avant les conquêtes d’Alexandre ; Aristarque parle des observations des Kaldéens, mais ce n’est que plus d’un siècle après la conquête de Babylone que les fameuses tablettes astrologiques furent utilisées par Hipparque.

C’est aux Kaldéens que l’on doit le Zodiaque. C’est aussi parmi les antiques conceptions de ce peuple que nous trouvons le système duodécimal qui est resté dans l’usage de vendre à la douzaine.

Ce système a été appliqué à la mesure du temps et de la révolution diurne du soleil, c’est-à-dire à la division du jour en 24 heures. Ce sont les Chaldéens qui ont divisé l’année en 365 jours 6 heures 11 minutes.

Boeckh a démontré, et après lui Brandis, que toutes les mesures de grandeur, de poids et de capacité dont se sont servis les anciens doivent être rapportées à une même échelle, et qu’en Phénicie, en Palestine, en Perse, comme à Athènes et à Rome, on retrouve partout le système sexagésimal des Babyloniens.

M. Hilprecht, qui était professeur à Pittsburg (Université de Pensylvanie), qui dirigeait les fouilles entreprises sur l’ancienne Nippour, la première capitale de l’empire Babylonien, a retrouvé la célèbre bibliothèque du Temple de Nippour qui contenait près de trente mille écrits, parmi lesquels il y avait des dictionnaires, des plans, des ouvrages littéraires et scientifiques, des poèmes, des contrats commerciaux ou industriels, des recueils chronologiques, des traités légaux et religieux. Tout cela pourrait jeter un jour nouveau sur l’histoire, si les traducteurs modernes n’y mettaient pas trop leurs idées masculinistes.

Les 10 à 12 mille volumes supplémentaires extraits des ruines du Temple se rapportaient, suivant le professeur Hilprecht, à l’histoire des Hébreux.

Les premiers manuscrits retirés de la bibliothèque de Nippour semblaient tous être dans un excellent état de conservation, écrits sur des tablettes d’argile, en caractères cunéiformes.

On croit que Sémiramis fonda aussi Ninive.

Cette ville était entourée de murs hauts de plus de 30 mètres et assez épais pour y faire passer de front trois chariots ; ces murs contournaient la ville, qui occupait une surface mesurant 80 stades sur 50 (environ 13 km sur 8 km) ; sur ce périmètre étaient, de distance en distance, 15 tours fortifiées, atteignant la hauteur de 70 mètres. Ce chiffre est peut-être exagéré, il est peut-être exact et prouve alors que, dans ces époques de jeunesse humaine et de grande force corporelle, on faisait de grandes choses que l’on ne sut plus accomplir dans les âges, suivants.

La population de Ninive fut estimée à plus de 2 millions d’habitants. Ce fut la ville de toutes les splendeurs, la ville puissante, sans rivale, gorgée de richesses et qu’on accuse d’orgueil parce qu’elle est fière de sa splendeur.

« C’est moi et il n’y en a point d’autre que moi », lui fait dira le prophète Sophonie (11-15).

Tel était le monde antique que les hommes allaient détruire.

Au mois de juin 1914, une nouvelle venait d’Amérique et causa une impression profonde à Paris. Les journaux la reproduisirent en l’intitulant : La créatrice du monde. Voici ce qu’on disait :

« L’Université de Pensylvanie possède une pierre gravée qui a été mise au jour, il y a quelques années, au cours de fouilles faites à Nippur. Le professeur Arno Poebel avait entrepris de déchiffrer les caractères gravés sur la plaque, et il vient d’annoncer qu’il y aurait réussi. Il déclare que ce document préhistorique date de 7000 ans environ avant notre ère.

Ces caractères donneraient, d’après M. Arno Poebel, une nouvelle version de la Genèse, avec cette différence que le monde aurait été créé, non par un dieu, mais par une Déesse ».

Il n’y a pas de quoi s’étonner de pareilles découvertes.

Les sociétés secrètes conservent depuis longtemps la vieille tradition qui enseigne que la Déesse était appelée « le grand Architecte de l’Univers » ; mais la création qu’elle accomplit n’a rien de surnaturel : elle fonde des villes et elle crée l’enfant.

(1) Si l’on prend pour mesure le stade de 198 mètres, Babylone avait environ 95 kilomètres de tour et 595 kilomètres carrés de superficie. Paris, y compris Pantin, Levallois-Perret, Montrouge, Ivry, Vanves et Neuilly, ne couvre que 108 kilomètres carrés.

D’après Quinte-Curce, Babylone avait 90 stades de pourtour, c’est-à-dire environ 16 kilomètres. L’enceinte murée de Paris était de 39 kilomètres. Ces différences de mesures viennent de ce que les uns comptent toute la région babylonienne (la tribu) qui comprenait plusieurs villes, et les autres ne mesurent que la ville ; c’est comme si les uns mesuraient Paris et les autres Paris et les département de la petite couronne.

LE LIVRE DES MORTS

Il s’agit, dans ce livre, non de la mort réelle du corps, mais de cette mort de l’âme, qui n’empêche pas les hommes de vivre. Ce symbolisme, ainsi compris, change complètement l’esprit du livre.

C’est Lepsius qui donna à ce recueil son titre actuel « Todtenbuch ». Champollion, qui n’y avait rien compris, parce qu’il ignorait l’ésotérisme hermétique des prêtres, voulut l’appeler « Rituel funéraire ».

Les Égyptiens ne lui avaient pas donné ce titre. C’est un ouvrage très ancien, datant, dit-on, des premiers temps de l’Egypte, et écrit par un ou des auteurs inconnus.

D’abord, nous savons qu’on donne toujours comme très anciens les livres altérés, pour reporter dans un passé lointain les idées nouvelles qu’on y introduit. Ensuite, nous savons aussi que les auteurs « inconnus » sont les Femmes dont on a caché le nom ; les œuvres des hommes ne sont jamais anonymes et les historiens n’en laissent pas perdre la mémoire.

L’ouvrage dont nous nous occupons se compose de sections ou chât (livres) appelés Ro. Il contient des variantes qui laissent supposer plusieurs rédactions ou plusieurs interprétations.

C’est le « mort » qui parle, il raconte ce qu’il fait, ce qu’il voit, où il est, etc. Et il faut se rappeler que le surnaturel n’existait pas à cette époque, donc c’était bien quelqu’un, qui était quelque part. La plupart des sections se terminent par la formule : « Celui qui sait ce chapitre », ou « celui qui sait ce livre durant sa vie entrera dans la région de la vie Divine ».

Or la vie Divine, c’est la vie dans les villes qui ont conservé le régime Théogonique, le monde où règnent les Déesses. Ce sont donc des conseils, des leçons donnés aux hommes pour les rendre dignes de vivre parmi ces femmes Divines.

C’est une collection de prières en 165 chapitres.

Le chapitre 125 expose ce qu’il fallait pratiquer ou éviter et fait connaître sous une forme dramatique les conditions morales du salut.

Le chapitre 162 se termine par ces mots : « Ce livre renferme le plus grand des mystères, ne le laisse voir à aucun œil humain (masculin), ce serait un crime, apprends-le, cache-le ».

Voilà qui prouve bien qu’il s’agit de la lutte de sexes.

Cela nous confirme dans l’idée qu’il a été écrit par une femme pour moraliser les hommes, et que c’est cette circonstance qui fait que le livre primitif a été altéré.

En effet, dans la rédaction remaniée qu’on nous donne, Osiris n’est plus « le mort », mais « le seigneur de la vie ». Ce n’est plus la Femme, la Déesse Isis, qui est l’Etre bon, vivant, la grande âme, c’est l’homme qui est devenu tout cela. On a donc corrigé une première rédaction en changeant le rôle des Dieux.

On a vu dans ce livre une allégorie représentant la défaite de la Femme vaincue, et sa résurrection à la vie et à la puissance. On a fait de cela un symbole astronomique. Ra descend dans l’enfer d’Osiris, comme Istar, comme Perséphone, puis elle en sort et renaît à la vie. Sa mort provoque des pleurs, son retour à la puissance s’affirme graduellement par des modifications successives, opérées par des Divinités qui avaient pour mission de faire avancer le soleil (c’est-à-dire l’Esprit qui conçoit la vérité) jusqu’à son lever. Belle image de la renaissance de la Femme à la vie sociale. Ces Divinités devaient changer perpétuellement les conditions des êtres en les faisant renaître. Ceci est l’histoire du progrès à travers les générations.

Après cela venaient des idées obscures, qui ne peuvent avoir été exprimées que par des prêtres cachant, renversant, exagérant une idée primitive qu’ils voulaient à dessein rendre inintelligible.

Tels ces trois paragraphes :

1° Les Justes divinisés, vivant dans l’adoration du soleil, ou constitués gardiens des bassins dans lesquels les corps s’épurent pour le renouvellement.
2° La barque du Dieu Af naviguant dans la région souterraine, en fécondant la larve des hommes promis à la résurrection.
3° Les criminels, les morts enchaînés, renversés, torturés par Toun, Horus et les Génies qui les assistent, puis traînés à la « demeure d’anéantissement ». Des âmes, des ombres sont plongées dans des gouffres de feu, où l’on voit aussi des têtes coupées. A ces gouffres président des bourreaux féminins, des Déesses à tête de lionne qui « vivent des cris des impurs, des rugissements des âmes et des ombres qui leur tendent les bras du fond du gouffre ».

Ce dernier paragraphe a été écrit par un auteur qui a voulu renverser sur les Femmes ce qu’elles avaient dit du séjour infernal, du monde des hommes. Il leur renvoie leurs accusations, en faisant croire que ce sont Elles qui torturent et non Elles qui sont torturées. C’est le système de la « réflexion sexuelle », c’est une façon de donner à la Femme la responsabilité des souffrances infligées par des hommes.

Le « livre des Morts » a été traduit en français par M. Paul Pierret, qui nous dit : « Le livre s’ouvre par une représentation des funérailles. Le traîneau qui porte la momie est escorté par les parents, les pleureuses, les prêtres, qui portent des insignes sacrés, ou lisent les prières prescrites. Les quatorze premiers chapitres, au-dessous desquels se déroule cette procession, introduisent le défunt dans la région souterraine et lui promettent la résurrection, « la vie après la mort » (c’est l’initiation) ».

Chacun des mots que je souligne devrait être expliqué.

Ainsi, à l’époque qu’on assigne au Livre des Morts, il n’existe pas encore de prêtres.

Donc le livre a été remanié à l’époque où les prêtres ont existé, les prières et les insignes sont de la même époque, ainsi que le surnaturel, né du symbolisme destiné à cacher les vérités qui servaient de bases à la Théogonie.

Ceci dit, continuons l’exposé de M. Pierret :

Les chapitres XVIII et XIX sont des invocations à Thoth, pour qu’il accorde au mort la faculté de proférer la vérité, privilège divin.
Ici, le mort, c’est l’homme (l’ombre) ; le privilège divin, c’est le privilège féminin.

Dans les chapitres XXX et XLII, on parle des combats de l’âme contre les animaux fantastiques de l’IIadès. Le mort y apprend les paroles sacrées à l’aide desquelles il doit obtenir la victoire.

Les chapitres XLII et LIII s’occupent des maux qui accablent les méchants après la mort (de l’âme) et que l’âme accomplie doit au contraire éviter.

Dans les chapitres LIV et LXV, faveurs qui attendent les âmes accomplies.

Le chapitre LXIV compare la résurrection de l’homme (son retour à la vie morale) au lever du soleil, en mettant en regard l’homme qui sort de son tombeau et le soleil qui émerge de l’horizon.

Chapitre LXXXIX. Réunion de l’âme à son corps (de la Femme-âme à l’homme-corps).

Chapitre XCIX. Le mort arrive à la barque du soleil (symbole de vérité) et y navigue avec lui (le voilà revenu à la vie morale et le tableau suivant indique la vie heureuse qu’il rencontre dans le séjour bienheureux où la réconciliation s’est effectuée).

Chapitre CX. Le mort laboure, sème, moissonne, navigue dans l’Elysée.

Chapitre CXXVI. Invocation aux Génies (les Déesses) chargés d’effacer la souillure du péché.

Chapitre CXXVII et suivants. L’âme est renseignée sur la nature et les habitants des diverses régions célestes qu’elle doit parcourir.

Le chapitre CXXV est l’un des plus intéressants du recueil ; il est intitulé littéralement et en maintenant la forme hiéroglyphique : « Livre d’entrer dans la salle de vérité et de séparer l’homme de ses péchés afin qu’il voie la face des Dieux ».

Le mort adresse aux Dieux l’allocution suivante : « Salut à vous, seigneurs de vérité ; salut à toi, Dieu grand, seigneur de vérité. Je suis venu à toi, mon seigneur, pour voir tes beautés. Je sais ton nom. Je sais le nom des 42 Dieux qui sont avec toi dans la salle de vérité » (1).

Ces 42 Déesses sont les auteurs des 42 livres sacrés des Égyptiens.

(1) La connaissance du nom réel et du nom mystique des Dieux était un secret d’initiation dans la période du sacerdoce masculin ; c’était des noms féminins qu’on ne voulait plus citer, qu’on tenait cachés.

Un de ces 42 Dieux est la Déesse Ranen ou Ranon, qui préside aux moissons et symbolise l’alimentation. C’est d’Elle que le mort reçoit le renouvellement de la vie. Nous ne savons pas à quelle époque les prêtres ont altéré ce livre et caché les noms des Déesses, mais c’est certainement après le Xe siècle (avant notre ère). Il n’a pas existé de prêtres avant cette époque.

DÉCADENCE DES MYSTÈRES D’ISIS

Mais les femmes se défendent comme elles peuvent, en cachant leur culte dans le plus grand secret. Cependant, la vieille tradition surnageait, mais on en perdait la signification.

Loti, visitant ce qui reste du Temple de Louxor, nous dit : « Des statues colossales à la porte principale tiennent en main cette sorte de croix bouclée (le swastika) qui était en Egypte l’emblème de l’immortalité. » (Il s’agit de l’immortalité des Déesses due à leurs conditions physiologiques. Les modernes en feront la vie éternelle).

Les hommes ont pris pour eux le symbole du sexe féminin. Il en est bien d’autres aussi, détournés de leur signification première, devenue incompréhensible puisque la science qu’ils exprimaient a disparu, mais le prestige reste et aussi le mystère !

C’est ainsi que les Prêtres d’Isis, les Isiaques, ne mangeaient pas de porc, par chasteté, parce que le porc, c’était l’homme sexuel ; ils ne mangeaient pas non plus de brebis, parce que cet animal représentait la femme victime des passions de l’homme.

Toute l’histoire de l’agneau pascal est basée sur ce symbolisme.

Les Isiaques se rasaient la tête parce qu’ils avaient appris jadis, dans l’enseignement des Prêtresses, que les passions sexuelles font tomber les cheveux de l’homme ; cet usage qui, se modifiant avec le temps, est devenu la tonsure. Ces Prêtres qu’on appelle Ision ne font plus dans les Temples d’Isis que des simulacres sans valeur.

C’est par la suppression du pouvoir divin de la Femme que commença l’Athéisme.

En effet, la révolution dans les idées et dans les principes de morale qui résulta de la substitution d’un sexe à l’autre, eut pour conséquence de jeter le doute et le discrédit sur tout ce qui, par là suite, se présenta accompagné de l’épithète divine.

Cependant l’antique foi, basée sur une loi de la Nature, avait eu, au début de la vie humaine, une telle force qu’elle sommeillait toujours au fond de la conscience de l’homme.

Mais la connaissance parfaite de la Divinité restera toujours un mystère pour l’homme. Et pourtant, cette connaissance est ce que la Femme désire le plus, parce que c’est la base de l’entente qu’elle voudrait voir régner entre elle et lui.

C’est pour cela que l’enseignement qu’elle donnait avait pour premier précepte : « de croire à la Divinité, de la connaître, de l’aimer, de la servir ».

Recommandations restées dans tous les catéchismes, qui tous ont remplacé la vraie Divinité par une chimère incompréhensible

« L’Égypte est restée élégante d’allure dans ses haillons modernes ; pauvre belle race fatiguée de domination et devenue indifférente à la qualité du dominateur, hantée du souvenir mystérieux du passé, dans son immobilité millénaire.» (Loti.)

Aller vers : Chapitre 3 Les Aryas – 1 Guerre des sexes dans la Perse antique

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