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Livres de Femmes, Livres de Vérités (14) Fin du 4ème siècle et début du Moyen-âge (2/2)

Nous devons au Code des Wisigoths toutes les maximes, tous les principes et toutes les vues de l’inquisition d’aujourd’hui – Montesquieu

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique
5ème chapitre : La guerre des sexes dans la Grèce antique
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6ème chapitre : De l’Israélisme au Judaisme
LIRE LA 1ère PARTIE – 2ème PARTIE – 3ème PARTIE – 4ème PARTIE
7ème chapitre : Origine et histoire du christianisme
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8ème chapitre : Vierge Marie et mystère de l’Immaculée Conception
9ème chapitre : Faits et temps oubliés
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10ème chapitre : Celtes et latins
LIRE LA 1ère PARTIE – 2ème PARTIE – 3ème PARTIE
11ème chapitre : Conséquence de l’invasion romaine – La délivrance viendra de France
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12ème chapitre : La Gaule romaine
13ème chapitre : L’EDDA, La VOLUSPA, Les SCANDINAVES et ODIN
14ème chapitre : Fin du 4ème siècle et début du Moyen-âge
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Chapitre 14 suite

CINQUIÈME SIÈCLE

LUTTE DU NORD CONTRE LE SUD – ALARIC (401)

Pendant que les Romains, les Grecs, les Africains se disputaient, sur leurs dogmes absurdes, les Wisigoths et les Saxons soutenaient d’autres superstitions.

Les Goths, en général, sont les sectateurs d’Odin.

Les Sicambres (1) , les Francs, les Vandales, les All-mands, etc., sont des surnoms donnés à ces mêmes Goths, relativement à leurs caractères ou à leurs mœurs, comme ceux d’Ostro-goths et de Wisi-goths le sont relativement à leur position géographique.

Les Goths (Gothans ou Gothins) étaient les défenseurs d’Odin, comme les Catholiques sont les défenseurs de Jésus.

La lutte du Nord contre le Sud, c’est la lutte des sectateurs d’Odin contre les sectateurs de Jésus. Leur dieu avait un nom différent, mais leur dogme ne valait guère mieux.

Cependant, les hommes du Nord, n’ayant pas hérité de la corruption latine, étaient restés plus près de la primitive religion de la Nature ; ils avaient gardé des principes plus élevés, avaient encore au fond les mœurs et les lois des Celtes primitifs.

Les Goths avaient un profond mépris pour les Romains, et, dans leur haine pour eux, ils rendaient odieux tout ce qui venait de leur nation. Le nom romain était pour eux l’expression de tout ce qu’on peut imaginer de bas, de lâche, d’avare, de vicieux.

Ils attribuaient à la philosophie et aux lettres cultivées par les Romains l’état d’avilissement dans lequel ceux-ci étaient tombés. Et il faut bien reconnaître que c’est cette littérature dépravante (Devenue classique) qui corrompt la jeunesse par la fausseté des idées qui y sont exposées.

Quant à l’opinion des Romains sur les Goths, elle était celle qu’ont les inférieurs sur les supérieurs, une envie haineuse manifestée par le dénigrement et la calomnie. Procope dit que c’est par un sentiment d’humanité qu’il ne veut pas transmettre à la postérité le détail des cruautés exercées par les Goths, pour ne pas l’effrayer par ces monuments de barbarie. Il oublie la barbarie des empereurs romains. Idace qui se dit témoin des désolations qui suivirent l’irruption des Vandales en Espagne, dit que, lorsque ces barbares eurent tout ravagé avec férocité, la peste vint encore ajouter ses horreurs à cette calamité.

A côté de ces accusations, ils prétendaient que les Goths ne savaient pas écrire et n’avaient pas de littérature. Mais ce qu’ils ne nous disent pas, c’est que, quand les Romains furent vainqueurs du monde, et après eux les Catholiques, ils détruisirent les annales des peuples du Nord. Ils oublient aussi qu’on leur doit une renaissance architecturale et artistique. Si leurs historiens Jornandès, Paul Warnefinde, Grégoire de Tours, ne donnent sur leur origine, leurs lois, leurs mœurs, que des lumières confuses et peu satisfaisantes, c’est parce que ces auteurs ne voulaient pas glorifier leurs adversaires, les partisans d’une religion que les Catholiques venaient détruire ; ils ne voulaient pas non plus faire connaître les principes de l’Ancien Régime gynécocratique qui s’étaient conservés chez les Celtes jusqu’à l’invasion romaine.

Les femmes du Nord, avaient encore à l’époque d’Alaric (vers 400) une prépondérance que les Romaines avaient depuis longtemps perdue.

Quand les Germains descendirent vers le Sud, des femmes les accompagnaient ; elles exerçaient la médecine, soignaient les blessés, pansaient et guérissaient les plaies, « mettaient-emplâtre et donnaient des simples en infusions », disent les vieilles chroniques.

Ce sont elles qui, avec le concours des Germains venus en conquérants en Italie, fondèrent la célèbre école de médecine de Pavie.

La grandeur du monde barbare, que Montalembert appelle « une mêlée de scélérats », était faite de caractères sincères et énergiques se mettant résolument à la besogne pour empêcher le règne du mensonge latin ; déjà alors la lumière venait du Nord.

Les Germains et les Scandinaves, qui vinrent s’établir en Gaule, en Espagne et en Italie, y apportèrent un mépris dédaigneux pour la religion de ces peuples qu’ils allaient dominer.

Si les barbares, sous Alaric, parurent aux portes de Rome, ce fut pour venger la conscience outragée, la femme vaincue…

Alors il y eut un retour sur soi-même, dans le monde romain, et l’on vit ces hommes insoumis se repentir : « A bout de ressources, dit l’historien Zozène, le Sénat monta au Capitole et y observa, aussi bien que dans les places et les marchés, les cérémonies selon l’ancienne coutume. »

L’invasion des barbares, dont les chefs de guerre prenaient eux-mêmes le titre de Fléaux de Dieu, montre bien que c’est contre le dieu surnaturel, qui règne depuis Socrate, et contre le Catholicisme naissant qui le magnifie, que ce grand mouvement fut déchaîné.

Ce fut un temps d’arrêt dans la propagation de l’effroyable erreur.

Quand le bruit de ce grand passage d’hommes eut cessé, et que l’on put distinguer quelque chose à travers la fumée des conflagrations et la poussière des champs de bataille, on vit que l’Europe avait changé de face.

Les Saxons occupaient l’Angleterre, les Francs s’étaient emparés de la Gaule, les Goths de l’Espagne et les Lombards de l’Italie. Il ne restait plus le moindre vestige des institutions civiles et politiques du puissant peuple romain. La barbarie avait tout envahi et tout balayé devant elle.

Partout on remarquait de nouvelles formes de gouvernement, de nouvelles lois, de nouvelles coutumes ; c’était un nouveau masculinisme contre l’ancien. Valait-il mieux? Il ne pouvait pas être plus mauvais que le masculinisme romain, qui reprend, du reste, dans l’Église de Rome. Car c’est au milieu de cette transformation générale que le Catholicisme s’affermit et se propagea, parce qu’il était comme les barbares le fléau, non de Dieu, mais des Déesses.

(1) Le nom de Sicambres vient de Sig-Kembers et signifie Cimbres victorieux.

QUELQUES DATES

Alaric 1er, roi des Wisigoths, ravagea l’Orient, puis se jeta sur l’Italie (401) où il fut arrêté par Stilicon. Plus tard (410), il prit Rome, et il se disposait à passer en Sicile lorsqu’il mourut à Cosenza (411).

Déjà, du temps de saint Augustin, Hippone avait été assiégée et les 400 Églises d’Afrique ravagées par les Vandales.

Ces barbares ne voulaient pas permettre le « massacre des idées » et détruisaient les temples catholiques parce que les Catholiques voulaient détruire le passé.

ORIGINE DU MOT BARBARE

Chez les anciens Germains, Wer signifie homme. En latin Vir, en anglo-saxon Were, en gallois (vieux français) Ber.

Quand les hommes du Nord vinrent en Italie, on les appela Ber (hommes), puis, comme les Romains se rasaient tandis que les envahisseurs portaient la moustache, on appela les étrangers ber-ber (bar-bar), c’est-à-dire deux fois homme. Donc, les bar-bar étaient les hommes à barbe, les poilus de cette époque, et le mot barbe vient de bar-bar.

On appelle leur langue, qui est pour les Latins un jargon barbare, baragouin.

LES ROIS DE FRANCE

L’histoire de France ne sera, à ses débuts, qu’une lutte entre les Francs-Saliens et les Francs-Ripuaires, c’est-à-dire entre les masculinistes et les féministes. Ces derniers devaient faire cause commune avec les Celtes Gaulois restés fidèles aux anciennes traditions.

Les historiens nous ont caché la part prise dans cette lutte par les féministes et n’ont enregistré que les succès des masculinistes.

C’est à nous à rétablir la vérité en cherchant le rôle caché de la femme dans cette histoire lointaine.

Nous voyons, tout d’abord, qu’on mentionne comme premier Roi de France un nom sur lequel on ne nous dit rien, on ne sait rien. On va même jusqu’à mettre en doute son existence.

Or, étant donné ce que nous avons dit plus haut du Roi des Rois chez les Francs, il est bien certain que Pharamond est le terme générique sous lequel on désigne ces Rois suprêmes. C’est du reste le nom d’une Fée, qui joua un grand rôle, la Fée Faramonde.

En cherchant l’origine des langues égyptienne et hébraïque, nous y avons trouvé des origines, des racines celtiques, et d’abord le mot Reine Faée. Ce mot, devenu pharaï (parler), désignait l’inspirée qui parle. Ce terme rapproche singulièrement les Déesses du Nord des Pharaons de l’ancienne Egypte, qui étaient aussi des Puissances morales et sacerdotales exercées par des femmes.

Les mots Pharao Pharaonis, resteront dans la langue grecque, mais qui les rapprochera de l’ancienne Fata ? Qui saura que le nom de Phasias, donné à Médée, en vient aussi ?

Les Phara-mund, comme les Phara-on étaient donc les grandes Cheffesses du Gouvernement théocratique, et ce qui le prouve, c’est qu’entre la Meuse et le Rhin se trouvait leur centre appelé Mèdiomatrice. C’est de là que partit la civilisation celtique. Ce centre était près de la ville de Divodurum (aujourd’hui Metz), à l’orée de la forêt des Ardennes, à laquelle la Déesse Arduina donna son nom.

Nous verrons bientôt les Pères de l’Église, qui copiaient tout, se faire appeler Patrices pour imiter le centre féminin, la Matrice, comme nous verrons les rois prendre l’appellation de la grande déesse Cybèle (Mater Magna) et se faire aussi appeler Magne (Charlemagne).

Le roi Pharamond, que l’on fait monter sur le trône de France en 420 (quoique son existence soit niée), serait mort en 428.

Dans ce règne, qui serait venu remplacer la domination romaine qui finissait, nous voyons l’indication déguisée d’une restauration du pouvoir féminin quelque temps éclipsé, mais venant reprendre ses droits, en même temps que l’influence de la doctrine johannite rendait à la femme la place qu’elle avait occupée dans l’ancien gouvernement celtique.

DEUXIÈME ROI DE FRANCE

CLODION (Monté sur le trône en 427, par droit d’élection, mort en 448 à Amiens.)

On ne sait guère de lui qu’une chose, c’est qu’il avait beaucoup de cheveux, puisqu’il est appelé le Chevelu. Mais ce qui est certain, c’est que, pendant tout le temps de son règne, une femme gouverne le pays. C’est celle que les Catholiques ont appelée « sainte Geneviève » (422-512). Elle vécut sous quatre rois :

Clodion, qui régna de 427 à 448 ; Mérovée, de 448 à 458 ; Childéric, de 456 à 481 ; Clovis, de 481 à 511, et mourut sous Childebert, monté sur le trône en 511.

Inutile de rappeler l’histoire ridicule que l’Église a faite ; Geneviève a été légendée comme toutes les femmes qui ont fait quelque chose.

Ce qui est certain, c’est qu’elle a existé et qu’elle a joué un grand rôle dans les événements de son temps, puisqu’on en a fait la patronne de Paris et que longtemps on lui a rendu un culte.

Elle devait s’appeler Junièvre, ou Genovefa ; elle était probablement la grande cheffesse de la vie morale et sacerdotale, la Matrice, et c’est pour cela qu’on en a fait une Pastoure.

Sans doute elle résidait sur le mont Valérien où l’on sait qu’il existait un temple à Isis, qui devait être une métropole. On sait qu’elle était la fille d’un noble gallo-romain, qui avait une villa à Nanterre, où elle naquit. Donc, elle n’était pas une bergère ; mais, pour diminuer socialement les grandes femmes, l’Église les classe toujours dans les rangs inférieurs de la société.

Rappelons que le nom de païens qu’elle donne aux partisans de l’ancienne doctrine féministe vient de pagus, nom du territoire du clan matriarcal, dont les habitants sont appelés pagani, d’où païens, que l’on fait synonyme de paysans.

GENEVIÈVE ET ATTILA

Tous les historiens, même les plus masculinistes, nous disent que, lors de l’invasion de la Gaule par Attila, Paris fut défendu par sainte Geneviève.

On nous dit aussi que le siège de Paris dura dix ans, comme celui de Troyes, et que Geneviève alla chercher des vivres à Troyes ; et on raconte une entrevue qu’elle eut avec ce chef guerrier qui détruisait tout entre la Seine et la Loire.

Cette femme avait donc une grande puissance morale et sociale et une grande autorité sur le peuple, qui la suivait, puisque sa parole suffit à éloigner l’envahisseur.

Ce n’est donc pas Clodion qui régnait, c’était elle, car nous ne voyons pas Clodion intervenir en cette affaire.

Les libres-penseurs masculinistes modernes ont voulu supprimer le rôle de cette femme vis-à-vis d’Attila, sous prétexte que l’évêque Grégoire de Tours n’en parle pas. Quelle naïveté !

Jamais un évêque catholique ne mentionnera ce qui est à la gloire d’une femme ! Ils ont revendiqué Geneviève pour leur Église, mais en faisant d’elle une humble paysanne, soumise au prêtre et faisant des miracles pour la plus grande gloire du Catholicisme.

On dit que la légende de sainte Geneviève, en contradiction manifeste avec l’histoire, fut fabriquée au milieu du 7ème siècle, ce qui veut dire que c’est alors qu’on cacha son véritable rôle et inventa la légende catholique.

L’Église fait gloire de la victoire de Geneviève sur Attila à des évêques.

Mais, en 450, les évêques qui pouvaient exister en Gaule n’étaient pas catholiques, ils étaient encore johannites. Donc, l’Église n’y était pour rien et tous ces saints qu’elle nous cite n’ont existé que dans son imagination, à moins que ce soient des noms pris à l’histoire antérieure qu’elle ait catholicisés, suivant son habitude, tel le diacre Mémorius, dont elle fait saint Menier ou saint Mesmin.

Il y a plus. Suivant un autre système de l’Église, ce qui fut fait par une femme est attribué à un homme, et nous voyons, au siège de Troyes, un évêque, saint Loup, refaisant la scène classique et se présentant à Attila du haut des remparts comme Geneviève se serait présentée à lui aux portes de Paris.

LA LÉGENDE CATHOLIQUE DE SAINTE GENEVIÈVE

Si nous reprenons les faits principaux enregistrés au fond de la légende de sainte Geneviève, nous trouvons ceci :
(La légende que nous citons est celle qui a été publiée par les Causeries du Dimanche, publication catholique. Nous mettons en italique les phrases qui en sont empruntées.)

Une femme, sur le mont Valérien, ravie en extase et qui fut tenue pour morte pendant trois jours que dura la crise. Pendant ce temps, son âme contemplait au Ciel la joie des bienheureux et en enfer le tourment des damnés.

Ce sont là les circonstances qui accompagnent la grande intuition, qu’on a toujours considérées comme surnaturelles. Ce qui veut dire qu’elle trouva, par une lumière de l’esprit, le principe du Bien et le principe du Mal. C’est pourquoi cela lui permit de puiser dans le trésor des grâces, ce qui lui donna particulièrement le discernement des esprits. Rien n’était caché pour elle.

Donc, elle connaissait les hommes et faisait un enseignement, ce qui explique le Temple du mont Valérien et le titre de Bergère (Pastoure, qui enseigne) et les petits moutons dont on l’entoure (ses disciples).

Mais le loup rôdait autour du troupeau, dit un auteur de sa vie, le loup infernal qui ne cherche qu’à nous dévorer. C’est l’homme de mensonge, l’homme de proie, d’astuce et de haine envieuse.

Elle était initiée à la Science secrète des Esséniens, devenus les Johannites.

C’est pour cela qu’on nous dit qu’elle prit le voile des vierges, ce qui veut dire qu’elle n’accepte pas le mariage des masculinistes, que les premiers Chrétiens rejetaient.

Elle portait leur signe, le chi-ro, ce qui ressort de cette phrase : Or il se trouva à terre un nummus d’airain, qui portait sur l’une de ses faces le signe sacré de la croix. C’était le signe des Johannites. Les Catholiques avaient comme signe trois phallus enlacés, ils n’adoptèrent le signe de la croix qu’après le 6ème siècle.

Comme les Esséniens et les premiers Chrétiens, elle était végétarienne, et la légende nous, dit que sa nourriture se composait d’un peu de pain d’orge et de quelques légumes ». Jamais elle ne voulut manger de viande.

Plus loin, voici ceci : L’évêque la nomma supérieure des Vierges et des Veuves de Paris, qui étaient en grand nombre. A Meaux, elle conquit à la virginité, c’est-à-dire contre le mariage, suivant la doctrine des Manichéens, une jeune personne nommée Céline, dont l’Église a fait une sainte.

D’abord, il n’y avait pas encore d’évêques catholiques à cette époque en Gaule, il n’y avait que des évêques johannites. Puis, dans ce titre de supérieure des veuves et des vierges de Paris, c’est-à-dire des femmes chrétiennes féministes, qui n’admettent pas le mariage, il faut voir la preuve qu’elle est l’autorité suprême de la Religion, la Vénérable Mère qui la dirige. Et ce qui va le prouver, c’est la persécution qu’elle va subir. Le diable éteignit leur flambeau et elles furent plongées dans l’obscurité. Mais sainte Geneviève le ralluma et le diable s’épuisa en vains efforts pour l’éteindre.

On cherche aussi à l’isoler, suivant l’habitude des persécuteurs. La sainte passait des journées et des semaines entières dans la solitude. Depuis la fête des Rois jusqu’au jeudi saint, elle demeurait enfermée dans sa chambre sans nul entretien.

Ceci arrive à toutes les grandes persécutées.

Le diable, furieux du bien qu’elle accomplissait, cherchait par tous les moyens à lui nuire. Poussées par des instigations secrètes, des personnes plus remplies d’orgueil que de jugement se mirent à répéter à qui voulait l’entendre que Geneviève était une hypocrite et que, sous des dehors austères, elle cachait les crimes les plus affreux. Ces bruits, semés avec tout l’artifice de l’esprit malin, trouvèrent de nombreux échos ; les gens de bien finirent par avoir la Vierge de Nanterre en mauvaise estime.

Voilà qui prouve que la calomnie est éternelle, qu’elle régnait alors comme elle règne aujourd’hui, et qu’elle n’a même pas changé de forme à travers les siècles.

On disait aussi d’elle que par ses rêveries stupides elle empêchait ses concitoyens de sauver leur vie et allait tout livrer aux barbares et à la ruine. La populace ameutée parlait déjà de la massacrer. Mais l’archidiacre Germain apaisa le peuple, Geneviève fut acclamée, et les Parisiens restèrent dans leur ville.

C’est ici qu’il faut placer son intervention pour empêcher Attila de pénétrer dans Paris. Mais, si nous n’avons aucun document historique, écrit par des hommes, pour nous en rendre compte, nous avons un genre de document qui ne manque jamais : c’est la parodie que font les hommes de ce qu’ont fait les femmes.

Ainsi, voici dans le récit des Catholiques, ce dialogue : Un saint, qu’on appelle Loup, pour rappeler celui que la légende a mis près des brebis sur le mont Valérien vient au-devant d’Attila et lui dit :

— Qui es-tu, toi qui troubles le monde du bruit de tes armes ?

— Je suis Attila, roi des Huns, et je ravage tout par où je passe.

— Et qui t’a fait roi ?

C’est que la royauté de l’homme n’était légitime que lorsqu’elle avait été conférée par le Roi des rois (la Reine).

Après ce dialogue, on nous dit que l’intrépide douceur de ce moine évêque (Loup) (mis à la place de la Femme) désarma le féroce envahisseur et qu’il lui promit d’épargner la ville. Il (c’est-à-dire elle) prit à ses yeux des proportions surhumaines, et il lui sembla que sa présence serait un talisman précieux pour son armée et il lui demanda de l’accompagner jusqu’au Rhin (cela se passe en 450 ; elle est née en 422, donc elle a 28 ans), lui promettant de lui laisser toute liberté de s’en retourner dans son pays (1).

De cette légende ainsi arrangée il est resté un dicton : lupus et leo, un loup et un lion.

Le lion (le sphinx), c’est la femme. C’est pour justifier ce dicton que l’Église a inventé saint Loup.

Dans l’histoire écrite par les Catholiques, on nous dit qu’Attila, roi des Huns, ravagea l’empire d’Orient, puis la Gaule, et qu’il fut surnommé le fléau de Dieu. Or, sachant ce qu’est à cette époque le Dieu de l’Église, celui de saint Paul, nous ne pouvons que l’admirer, s’il en a été l’adversaire. Mais il fut vaincu en 450, par Aétius, et le Dieu qu’il combattait triompha (2).

(1) C’est à cette occasion qu’on donna comme emblème à Paris la barque d’Isis et la devise fluctuât nec mergitur (elle flotte, mais ne sombre pas).

(2) 5 novembre 462, mort du pape Léon le Grand ; ce fut lui qui, en l’année 452, se présenta devant Attila arrêté aux portes de Rome et parvint à l’empêcher d’y entrer. Ceci est la copie de l’épisode de Geneviève.

MÉROVÉE ASSIÈGE PARIS

Voici maintenant un autre ordre de faits sur lequel la légende jette une lumière inattendue. Elle nous dit : cinq ou six mois après la défaite d’Attila, Mérovée, roi des Francs (Saliens), vint assiéger Paris, encore au pouvoir des Romains. Le siège durait depuis quatre ans quand Mérovée s’en rendit maître. Alors, comment se fait-il que Geneviève régnait à Lutèce quand Attila s’en approcha et qu’elle y exerçait une autorité morale suffisante pour intervenir dans les faits de guerre et pour protéger la ville ? Et comment cette ville dans laquelle règne une femme gauloise est-elle assiégée par Mérovée, 3ème roi de France ?

C’est évidemment qu’il y avait séparation des pouvoirs : le spirituel (féminin) et le temporel (masculin).

C’est qu’il y avait deux Frances : celle des Saliens masculinistes, dont Mérovée est le petit roi et qui n’a qu’un tout petit territoire à l’Est, et celle des Ripuaires féministes, qui reconnaît le pouvoir spirituel et qui est allié à ceux qui occupent le reste de la Gaule, y compris Paris.

Voilà ce qui va nous expliquer l’histoire de France, qui ne sera qu’une lutte de sexes : les masculinistes et les féministes : l’une qui veut la Vérité et le Bien, l’autre qui veut l’erreur et le mal ; l’une qui va produire des persécuteurs, et l’autre des persécutés.

Les historiens masculins ne nous parleront jamais que des Francs Saliens (les masculinistes), ils tairont ce qui concerne les peuples féministes de la Gaule. Et toute cette primitive histoire de France ne sera que l’histoire du petit parti des révoltés saliens, affranchis de la morale, de la raison, du devoir et de la soumission au Droit divin de la Déesse-Mère, ce qui nous est révélé par cette phrase : « Qui t’a fait roi ? »

Il y a donc une autre histoire de France à faire, celle des peuples légitimes de la Gaule Celtique, vaincus, après de longues luttes, par les révoltés illégitimes.

Et cette histoire fut si glorieuse que, malgré tous les efforts faits pour la cacher, nous trouvons encore assez de documents pour la reconstituer.
Donc, Mérovée vint attaquer Paris, ce qui causa une grande famine. Et c’est encore Geneviève qui se dévoua pour nourrir ces hommes, qui l’avaient attaquée, appelée sorcière et démoniaque.

Elle équipa onze grands vaisseaux et, se dirigeant vers la Champagne, elle recueillait de ville en ville le grain que lui procurait la charité des habitants. Revenue à Paris, elle se mit à cuire elle-même le pain et à le distribuer aux pauvres.

Pendant que ces événements se passent, l’histoire place trois rois : Clodion, qui ne fait rien, Mérovée, qui attaque Paris et Geneviève, et Childéric, qui n’est connu que parce qu’il a épousé la reine Basine.

On nous dit, de cette reine Basine, qu’elle était la femme d’un chef des Thuringiens et qu’elle quitta son mari pour venir habiter avec Childéric. Ceci est dit en style moderne, selon les mœurs modernes, qui n’ont aucun rapport avec les mœurs et les usages de cette époque.

On nous dit aussi de Childéric que, exilé à cause de ses désordres, en Thuringe ou à Constantinople, il fut rétabli sur le trône de France au bout de huit ans. Voilà qui n’est pas glorieux pour les Francs Saliens.

Mais revenons à Geneviève. La légende nous dit que Mérovée et Childéric ne pouvaient s’empêcher d’admirer ses vertus. Ils l’appelaient une demi-Déesse.

Ce demi est mis là pour imiter le demi-dieu. Les Catholiques ne donnent plus la divinité entière à la femme, mais, sous prétexte d’égalité, la donnent tout entière à l’homme.

Geneviève avait 59 ans quand Clovis monta sur le trône en 481. Elle était encore pleine de vie et d’activité, et la légende catholique va nous dire que « sainte Clotilde, la noble épouse de Clovis, regardait comme un grand bonheur de recevoir les visites de Geneviève ; elle eut avec elle de longs entretiens, et les deux saintes, s’ouvrant l’intime de leur cœur, s’entretenaient familièrement d’assurer leur salut. Geneviève avait été le conseil et le soutien de Clotilde pendant ses premières années. »

Or tout ceci nous fait comprendre que c’est la cause des femmes qui est en jeu et dont elles s’entretiennent, et nullement celle de l’Église, qui ne règne pas encore en Gaule.

Geneviève mourut à 90 ans. Son corps fut inhumé dans l’église de Saint-Pierre et Saint-Paul, que Clovis avait bâtie par le conseil de Geneviève, et qui, dès lors, porta son nom, dit-on hypocritement.

Or ceci est impossible, car aucune femme, alors, n’aurait glorifié Paul.

Cette église, détruite à la fin du 18ème siècle, était à la droite de Saint-Étienne-du-Mont dans la rue Clovis. Elle avait toujours été desservie par les chanoines réguliers de saint Augustin, appelés Génovéfains.

Depuis que l’Église a fait de Geneviève une sainte catholique, on lui a rendu de grands honneurs. Tant qu’elle n’était qu’une savante, on la regardait comme démoniaque. Tel est le sort des femmes.

L’ancienne église de Sainte-Geneviève, située sur la colline et gardienne des reliques de la sainte, menaçait ruine au 18ème siècle. Le roi Louis XV en fit construire une nouvelle près de l’ancienne ; mais survint la Révolution, qui changea l’église de la patronne de Paris en Panthéon, destiné aux grands hommes (1).

La Révolution supprime toutes les femmes. L’Église avait laissé les siennes ; le régime laïque masculin ne reconnut plus que la masculinité : il dédia l’église Sainte-Geneviève « aux Grands Hommes ».

(1) Le peuple de Paris, « né badaud », dit Rabelais, a toujours eu un culte profond pour sainte Geneviève ; dans les grandes calamités, on descendait la châsse et on la promenait dans Paris avec la plus grande pompe. C’était le clergé de Notre-Dame, portant les reliques de saint Marcel, cet autre patron de Paris, qui venait chercher la sainte et allait de même la reconduire après la cérémonie.

Voici ce que dit Guy Patin de la procession de 1652 : « Je ne vis jamais tant d’affluence de peuple par les rues qu’à cette procession. Je ne sais s’il s’y est fait quelque miracle, mais je tiens que c’en est un, s’il n’y a eu plusieurs personnes d’étouffées. Si vous aviez vu tout cela, vous auriez appelé notre ville de Paris l’Abrégé de la Dévotion. »

Et Madame de Sévigné : « C’étaient les orfèvres qui portaient la châsse de saint Marcel ; la sainte allait après, portée par ses enfants nu-pieds. Arrivés près de Notre-Dame, ils font, l’un à l’autre, une douce inclination et s’en vont chacun chez soi. »

La dévotion à sainte Geneviève était si ardente chez le peuple parisien, et surtout chez les femmes, qu’elle dégénérait en idolâtrie ; on n’abordait les reliques de la sainte qu’avec des pleurs, des soupirs, des sanglots, des transports de passion enthousiastes ; on lui demandait, par billets écrits des remèdes pour tous les maux, des consolations pour tous les chagrins ; on faisait toucher à la châsse des draps, des chemises, des vêtements. En 1793, la châsse fut envoyée à la Monnaie.

CLOVIS

Clovis est le premier roi de France que l’Église Catholique revendique et dont elle parle longuement. Il monte sur le trône en 481.

Ce roi s’appelait en réalité Lodoïx, nom devenu Ludovicus, puis Louis ; mais, devant ce nom, il mettait le titre Kaï (conquérant mâle, ennemi des femmes) que nous avons déjà rencontré et expliqué.

Rappelons que Kaï a fait Caïn et que, chez les Latins, en mettant le K devant Esar (le mâle), on avait fait César, ce que les Allemands écrivent K-aiser.

Donc, Kaï-Lodoïx, devenu pour les modernes Clovis, était un roi qui affirmait par son titre ses convictions masculinistes et sa haine de la féminité et du régime qui avait consacré son autorité.

Voyons ce que valait cet homme.

Voici ce que dit saint Grégoire de Tours, historien du 6ème siècle, de ce Clovis que l’Église de France invoque :

« Il envoya secrètement dire au fils du roi de Cologne, Sigebert le Boiteux : « Ton père vieillit et boite de son pied malade. S’il mourait, je te rendrais son royaume avec mon amitié. ».

Chlodéric envoya des assassins contre son père et le fit tuer, espérant obtenir son royaume… Et Clovis lui fit dire : « Je rends grâce à ta bonne volonté, et je te prie de montrer tes trésors à mes envoyés, après quoi tu les posséderas tous. ».

Chlodéric leur dit : « C’est dans ce coffre que mon père amassait des pièces d’or. »

Ils lui dirent : « Plonge ta main jusqu’au fond, pour trouver tout. » Lui l’ayant fait et s’étant tout à fait baissé, un des envoyés leva sa hache et lui brisa le crâne. Clovis, ayant appris la mort de Sigebert et de son fils, vint en cette ville, convoqua le peuple et dit : « Je ne suis nullement complice de ces choses, car je ne puis répandre le sang de mes parents, cela est défendu ; mais, puisque tout cela est arrivé, je vous donnerai un conseil : venez à moi et mettez-vous sous ma protection. Le peuple applaudit avec grand bruit de voix et de boucliers, l’éleva sur le pavois et le prit pour roi. »

Cela faisait deux têtes de moins et un royaume de plus pour Clovis.

« Il marcha ensuite contre Chararic, le fit prisonnier avec son fils et les fit tondre tous les deux. Comme Chararic pleurait, son fils lui dit : « C’est sur une tige verte que ce feuillage a été coupé, il repoussera et reverdira bien vite. Plût à Dieu que pérît aussi vite celui qui a fait tout cela ! »

Ce mot vint à l’oreille de Clovis ; il leur fit à tous deux couper la tête. Eux morts, il acquit leur royaume, leurs trésors et leur peuple. »

Cela faisait encore deux têtes de moins et un royaume de plus pour Clovis.

Ragnacaire était alors roi à Cambrai. Clovis, ayant fait faire des bracelets et des baudriers de faux or, car ce n’était que du cuivre doré, les donna aux leudes de Ragnacaire pour les exciter contre lui. Ragnacaire fut battu et fait prisonnier avec son fils Richaire. Clovis lui dit : « Pourquoi as-tu fait honte à notre famille en te laissant enchaîner ? Mieux valait mourir. » Et, levant sa hache, il la lui planta dans la tête. Puis, se tournant vers Richaire, il lui dit : « Si tu avais secouru ton père, il n’eût pas été enchaîné. » Et il le tua de même d’un coup de hache. »

Cela faisait encore deux têtes de moins et un royaume de plus pour Clovis.

« Rigomer fut tué par son ordre, dans la ville du Mans. »

Cette fois-ci, ce n’était qu’une seule tête pour un royaume, mais le bon saint Grégoire de Tours continue :

« Ayant tué de même beaucoup d’autres rois et ses proches parents, il étendit son royaume sur toutes les Gaules. Enfin, ayant un jour assemblé les siens, il parla ainsi de ses parents qu’il avait lui-même fait périr : « Malheureux que je suis, resté comme un voyageur parmi des étrangers, et qui n’ai plus de parents pour me secourir si l’adversité venait ! » Mais ce n’était pas qu’il s’affligeât de leur mort ; il ne parlait ainsi que par ruse et pour découvrir s’il avait encore quelque parent afin de le tuer. »

Le bon évêque de Tours trouve sans doute que ces horreurs n’étaient que de saintes ruses, puisque c’est un Catholique qui les pratiquait pour la plus grande gloire de l’Église, car il conclut en disant : « Tout lui réussissait, car il marchait le cœur droit devant Dieu. »

C’est à la bataille de Tolbiac, livrée près de Cologne en 496, que Clovis promit à Dieu de se faire chrétien, s’il était victorieux.

Voilà un marché peu glorieux pour Dieu et un motif de conversion peu recommandable pour une religion. Cela peint bien ce qu’était l’esprit néo-chrétien.

Clovis fut baptisé avec 3.000 soldats, subitement convertis, dans la basilique de Reims en 496, le jour de Noël.

On sait comment ce saint roi s’y prenait pour convaincre ses hommes de l’excellence de la doctrine des néo-chrétiens.

L’histoire du vase de Soissons, cette lâcheté criminelle, nous le montre : croire ou mourir.

Et ce sont ces abominations que l’on enseigne à nos enfants.

C’est par des forbans comme Clovis que la royauté et le Catholicisme furent introduits et soutenus dans la Gaule.

Ce chef de pirates germains, dont saint Rémi fit un Chrétien et dont l’Église romaine se servit pour combattre les gouvernements des Wisigoths et des Burgondes, qui étaient ariens et féministes, fut appelé par les évêques du 5ème siècle, dans le seul intérêt de leur autorité pontificale, à ravager la France et à s’enrichir des dépouilles des Gaulois.

Et cet assassin de toute sa famille fut traité par l’Eglise presque comme un saint. Il fut le Constantin du Nord.

Les historiens officiels, comme Henri Martin, disent de Clovis qu’il était « actif, rusé, ambitieux, doué de qualités supérieures, pieux, vaillant, glorieux, mais cruel et perfide ».

Quand on est criminel, cruel et perfide, comment peut-on être doué de qualités supérieures ?

C’est à Clovis que l’on fait remonter la promulgation de la loi salique, à tort, car cette promulgation n’eut jamais lieu.

C’est lui qui commença à prendre le nom de Franc et à appeler la Gaule France. Par franc, il entendait affranchi des principes, des lois, de la morale du régime antérieur à lui. C’est de son temps qu’on remplaça l’ancienne justice par les épreuves judiciaires par l’eau bouillante et le fer rougi.

LA CONVERSION DE CLOVIS

Le premier Christianisme régnait dans la Gaule depuis longtemps, puisqu’il avait eu ses martyrs.

Quant au second (le Catholicisme), il n’y avait pas encore pénétré.

On savait que le premier avait pour fondateur Pierre et le second Paul. C’est peu à peu que le second s’infiltra dans le premier, lui prit ses doctrines (en partie), copia et dénatura ses Évangiles, et substitua un clergé masculin au premier sacerdoce des Prêtresses, appelées alors diaconesses.

Or voilà que la légende de sainte Geneviève nous dit que Clovis éleva une église consacrée à Pierre et Paul. Et cela, sur le conseil de Clotilde, qui était chrétienne et catholique, disent les historiens de France. Ce n’était donc pas la même chose.

Nous voyons dans ce fait un indice révélant l’état des esprits de ce temps.

Les gens ignorants ne savent pas qui a raison de Pierre ou de Paul. On a tant glorifié Paul qu’on a fini par croire à son mérite. Alors, exploitant le doute, l’Église, pour se faire accepter, crée une opinion neutre, qui s’appuie sur les deux apôtres dont on réunit les noms.

Mais les féministes johannites ne s’y trompent pas. Elles rejettent Paul et n’acceptent que Johanna et son fils Pierre.

Mais, à toutes les époques, il y eut des esprits timorés, qui firent des concessions. L’Église naissante arriva à convaincre certaines femmes que, pour faire cesser les luttes, il fallait accepter les deux Christianismes fondus en un seul, et c’est ce système d’union sacrée, au profit du Catholicisme naissant, que nous voyons imposé par le pape et accepté par Clovis.

L’Église s’en glorifie comme d’une conquête pour son dogme, et y ajoute ses commentaires et ses maladresses, telle l’histoire du vase de Soissons, qui n’est ni à la gloire de l’homme, ni à celle de l’Église.

La basilique romaine de Reims, où Clovis reçut le baptême des mains de saint Rémi (25 décembre 496), ne pouvait être alors qu’une église johannite ; il n’y en avait pas encore d’autres dans la Gaule. Mais on s’emparait de ces églises et on les transformait. Elle fut bâtie en 401 et dédiée à Marie, avant l’introduction du Catholicisme en Gaule.

La basilique romaine de Reims fut détruite par un incendie au 11ème siècle, puis reconstruite avec les aumônes de dix diocèses. Reims était la métropole de la province de Gaule Belgique ; elle avait remplacé le centre théosophique appelé « Médiomatrice ». Par la suite, cette cathédrale s’est appelée Notre-Dame. C’est que, depuis le Concile d’Éphèse (431), dans lequel on avait déclaré que Marie devait être appelée Mère de Dieu, les masculinistes mettaient partout des Notre-Dame pour amener à leur cause, par cette confusion, les partisans de l’ancienne Marie, si longtemps vénérée.

C’est ainsi que Clovis bâtit à Paris une église métropolitaine à Notre-Dame, à la pointe de la Cité. Il en posa la première pierre ; son petit-fils Chilpéric l’acheva. Cette église était bâtie sur l’emplacement d’un temple druidique. Les autres princes mérovingiens dédièrent à Marie des chapelles et des abbayes.

Sainte Bathilde fonda Notre-Dame de Chelles.

On se réfugiait dans ce culte à Marie, si peu défini, pour faire accepter la légende de Jésus, devenue « légende chrétienne », alors que, cependant, dans cette légende, telle qu’elle nous est relatée dans les Évangiles, Marie a un rôle bien effacé et bien humiliant même.

Après l’invasion du Catholicisme, le régime qui devait durer (le régime actuel) commença par deux anomalies : l’anarchie sacerdotale, l’anarchie royale.

Non seulement ces deux autorités ne se connaissaient pas, dans la première Église, mais les divers membres dont elles étaient composées ne les reconnaissaient pas eux-mêmes. Ces deux pouvoirs naissants tendaient chacun à dominer exclusivement.

Comment les chefs gaulois devinrent-ils catholiques?

On nous dit que ce fut à l’instigation des femmes qu’ils adoptèrent cette religion nouvelle, sans doute de celles qui, assez faibles pour écouter les insinuations perfides des moines hypocrites, courbaient la tête pour recevoir d’eux l’eau du baptême.

On se servit d’elles pour faire plier le front du fier Sicambre.

On sait assez le rôle donné à Clotilde, femme de Clovis, qui aurait exigé que son mari se convertît au Catholicisme.

Mais c’est l’histoire écrite par les prêtres qui nous raconte cela, rien n’est moins prouvé.

On nous raconte aussi qu’une sœur des empereurs Basile et Constantin, mariée à un grand Kniaz de Russie, nommé Vladimir, obtint de son mari qu’il se fit baptiser. Dans le même temps, Miécislas, duc de Pologne, fut converti par sa femme, sœur du duc de Bohême. Les Bulgares reçurent ce culte de la même manière. Gisèle, sœur de l’empereur Henri, fit encore catholique son mari, roi de Hongrie. La même chose fut dite en Angleterre de l’influence des femmes, mise à profit par les moines pour faire des conversions. Tout cela est faux, c’est une façon d’expliquer le mouvement chrétien, en le confondant avec le mouvement catholique pour le mettre à l’avoir de l’Église masculine.

Il ne faut pas oublier que ce ne fut que l’an 325 que la secte catholique, qui avait complètement dénaturé le Christianisme depuis Paul, s’installa en maîtresse à Rome.

Ce n’est qu’au 5ème siècle qu’elle pénétra en Gaule ; elle ne conquit la Suède qu’au 9ème siècle et il lui fallut mille ans pour envahir la Russie. Donc, toutes les histoires de conversion de rois sous l’influence de leurs femmes sont fausses. Les femmes étaient les ennemies des prêtres et non leurs auxiliaires.

LES ÉCROUELLES GUÉRIES PAR LES ROIS DE FRANCE

Ce ne sont pas seulement les prêtres, ce sont aussi les rois qui font des miracles ; c’est-à-dire que le fait d’être au pouvoir donne à l’homme le droit d’être absurde, parce que personne n’a le droit de le lui dire.

Charles V disait : « Tant que Sapience sera honorée en ce royaume, il continuera à prospérer, et quand déboutée sera, décherra. » Donc, c’est la lutte contre la science. Quelle science ?

Raoul de Presles disait à Charles V : « Vos devanciers et vous avez telle puissance, qui vous est donnée et attribuée de Dieu, que vous faites miracles en votre vie, telles si grandes et apertes que vous garissez d’une très horrible maladie, qui s’appelle les escroelles, de laquelle nul autre prince terrien ne peut garir, ors vous » (1).

Cette dernière phrase était une flatterie. A cette époque, d’autres que les rois de France faisaient des miracles ; c’était la folie du temps ; les rois de Hongrie guérissaient la jaunisse, les rois de Castille les démoniaques, et les rois d’Angleterre les épileptiques ; ils prétendaient même guérir aussi les écrouelles, rivalisant ainsi de puissance miraculeuse avec les rois de France.

Du reste, il n’y avait pas que les rois qui avaient le don de guérir. On soutenait alors que tout enfant qui venait au monde une main en avant et avait aussitôt touché un cochon de lait, avait le même pouvoir que le roi de guérir les écrouelles. On se demande si, en prévision du cas possible d’un enfant mal placé, on avait toujours, près du lit d’une accouchée, un petit cochon de lait…

Le fils aîné du baron d’Aumont, comte de Châteauroux, guérissait aussi cette maladie. On disait encore que ce même pouvoir était donné au septième enfant mâle né d’un même père, sans que la naissance d’une fille soit venue interrompre la série des garçons.

Les bonnes gens croyaient sincèrement que cet affreux mal « dont le germe est une cacochimie, l’apparence d’un ulcère hideux à voir, dangereux au toucher et incurable, était tenu de disparaître sans autre formalité que l’attouchement de nos roi et par la seule parole, sans anneaux, sans simples et sans autres ingrédients et préceptes particuliers, ainsi vraiment par racle ».

Hélas ! le miracle n’était qu’un effet d’imagination ; mais qui aurait osé se plaindre d’avoir été trompé par le roi ?

C’était après le sacre des souverains, la veille des fêtes, Pâques, à la Pentecôte, à la Toussaint, à Noël, que cette comédie se jouait.

Le prévôt de Paris faisait publier le jour et l’endroit de cérémonie ; les malades s’y rendaient de bon matin.

Le premier médecin et les médecins ordinaires les visitaient et ne gardaient que ceux qui étaient sérieusement atteints, rangeait les malades sur plusieurs lignes, à genoux, les mains jointes. Le roi arrivait avec une suite nombreuse de princes, de prélats et de gardes du corps. Il s’approchait de chaque malade lui traçait sur le visage le signe de la croix avec la main droite puis répétait à chacun : « Le Roi te touche, Dieu te guérit. »

Et les rois se soumettaient tous à cette répugnante cérémonie, à cette folie malpropre.

C’est à Clovis que l’on fait remonter toutes les institutions auxquelles on veut donner une haute antiquité. Ainsi, les chroniqueurs, qui ne sont pas d’accord sur l’origine du privilège accordé (par qui ?) aux rois de France de guérir les écrouelles, le font remonter à Clovis.

Voici la légende qui accrédite cette croyance :

On sait que l’Église raconte que Clovis fut baptisé à Reims par saint Rémi et oint de l’huile divine qu’une colombe avait apportée du ciel. La vertu de guérir les écrouelles émanait précisément de ce Saint-Chrême, qui servit dans la suite au sacre de tous les rois.

Ici, une parenthèse. Nous avons expliqué la signification de l’onction, reçue par la femme et donnée par l’homme, qui se trouve, par ce fait, con-sacré, c’est-à-dire élu par la femme, qui fait de lui son prêtre domestique, son sacrificateur. Cette antique idée d’une onction reçue persiste, mais le sexe de celui qui la reçoit a changé, puisque partout il y a eu renversement sexuel. Du reste, le fait lui-même est devenu un symbole, mais il n’en est pas moins curieux de voir la colombe, cette antique personnification de Vénus, apporter le Saint-Chrême.

Donc, voilà que le fait d’être oint donne à l’homme des vertus féminines, entre autres celle de guérir les malades.

L’Église, qui prend toutes ces adaptations au sérieux, raconte ainsi l’origine de ce don de guérison :

« Un jour, comme le Roy Clovis sommeillait, il luy fut advis qu’il touchait doucement et maniait le col et la playe à Lancinet et qu’aussitôt son lict fut tout brillant et enflammé d’un feu céleste, et qu’à même instant Lancinet se trouva guéri, sans qu’il parût aucune cicatrice. Le Roy s’étant levé plus joyeux que de coutume, tout aussi tost qu’il fit jour, il fit son premier essai et essaya de le guérir en le touchant ; et estant arrivé comme il désirait, avec l’applaudissement de tout le monde, en ayant rendu généralement grâce à Dieu, toujours depuis cette grâce et faculté a esté comme héréditaire aux rois de France et s’est infusée et transmise à la postérité, la tenant purement de Dieu ».

Clovis mourut le 27 novembre 511.

(1) Traduction de la Cité de Dieu, dédicace au roi, 1386 (p. 2).

LA FLEUR DE LYS

On sait que les Féministes ont toujours eu comme emblème une fleur sacrée représentant le sexe féminin.

En Asie, en Egypte, c’est le lotus. A Rome, c’est la rose. Chez les Celtes, le lotus prend le nom de lys.

Mais d’abord les peuples du Nord ont le Nénu-phar (Nénu, nien, ninus ; et ce mot phar, qui complète le nom, est celui qui entre dans les mots phara-on et phara-mond).

Le lotus a disparu, mais il a laissé dans les langues du Nord le verbe louteren, qui signifie laver, purifier, parce que dans les initiations on lavait ou purifiait ceux à qui on conférait le droit de se ranger sous la bannière du lotus, ou du lys (de là la confession).

Lodwitsch signifie « fils du lotus ». C’est le nom qu’on donnait aux initiés avant leur trahison. Mais après ils en firent Lodoïx, Ludovicus, Louis, et, du signe sacré féminin, ils firent un signe infamant.

Sous Clovis, on marquait les criminels (du moins ceux que l’on voulait reconnaître comme tels) d’une fleur de lys imprimée d’une façon ineffaçable sur l’épaule. C’était le signe infamant, parce que c’était l’emblème des anciens partisans du régime gynécocratique.

Plus tard, cet emblème gardant son prestige malgré tout, les masculinistes l’adoptèrent pour se donner les apparences de la légitimité que ce symbole représentait toujours dans l’esprit populaire.

M. Herriot, qui, dans les Annales, décrit le costume des femmes antiques, nous dit qu’une statue de Clotilde, au porche de Saint-Germain-des-Prés, nous la montre portant une couronne décorée d’ornements qui semblent présager la fleur de lys des futurs rois de France.

Ce qui veut dire que les femmes portaient encore la fleur de lys.

Dans une quantité d’anciennes images, on trouve le lotus sacré.

Dans une vieille église de Bruxelles, on voit un tableau représentant saint Joachim et sainte Anne ; il sort de leur cœur deux tiges, qui se réunissent en une seule, supportant un lotus dans lequel, comme dans un berceau, sont Jésus, Marie, Joseph : ce qui prouve que les Catholiques appliquaient tous les symboles à leur dogme, sans les comprendre.

LE CHAPELET

Le chapelet, qui tire son nom des couronnes de fleurs qu’on appelait au moyen âge chapas ou chapeaux, était la couronne spirituelle de Marie, sorte de réparation et d’expiation pour les grandes douleurs représentées par la couronne d’épines de la Déesse.

Le chapelet des Catholiques dut son origine à un jeune religieux de l’Ordre de saint François. Avant de prendre l’habit des Frères mineurs, ce jeune homme avait l’habitude de faire tous les jours une guirlande de fleurs dont il couronnait une image de Notre-Dame. C’est lui qui eut l’idée de substituer à la couronne de fleurs la couronne spirituelle du chapelet. (Le P. Alex. Saclo, Méth. ord. pour hon. la V. M., p. 672.)

Une légende poétique rapporte que, auprès de chaque homme qui récitait consciencieusement le chapelet, se plaçait un ange qui enfilait dans un fil d’or une rose par ave, un lis d’or par dizaine, et, après avoir posé cette guirlande sur le front du dévot serviteur de Marie, disparaissait laissant après lui une douce senteur de rose.

Les rois d’Ecosse et leurs grands vassaux portaient des chapelets à dizaines d’or, pour se préserver de tout mal ; les gens plus modestes s’en faisaient avec des noisettes.

Les Géorgiens et le peuple de l’Italie se fabriquaient des courones avec des noyaux de l’azedarah.

La Rose ayant été consacrée aux grandes Déesses, tous les noms de fleurs le furent aussi :
– Le narcisse fut appelé lis de Marie.
– La rose de Jéricho, la rose de Marie.
– Le sceau de Salomon, le sceau de Marie.
– La pulmonaire tachée de blanc, le lait de Notre-Dame.
– L’Ecosse prit pour emblème son chardon bénit.
– L’Arabe appelle fumée de Marie une sorte d’absinthe à fleur blanche qui croît sur les dunes sablonneuses.
– La menthe des Alpes, le romarin et la persicaire, herbes de sainte Marie.
– Les Orientaux, y compris les Musulmans, appellent le cyclamen odoriférant bokour Miryam, parfum de Marie.
– En Perse, la même plante s’appelle tchenk Miryam (sa main).
– Une plante printanière d’Europe s’appelle manteau de Nôtre-Dame.

Tout cela, c’était l’imitation de ce que les Johannites avaient fait dans leurs Mystères, du culte que Manès avait institué dans la Rose-Croix.

Saint Dominique, fondateur des Dominicains, voulut les imiter.

En 1208, il créa le saint Rosaire en l’honneur de la dévotion à la très sainte Vierge Marie, qu’il substituait à la doctrine des Albigeois. Singulière mentalité : substituer une femme surnaturelle aux femmes naturelles !…

Dès l’an 1094, Pierre l’Ermite avait imaginé de faire en bois des grains de chapelet sur lesquels les soldats croisés, qui, pour la plupart, ne savaient pas lire, récitaient des ave, dont le nombre variait suivant la solennité des fêtes.

Avant lui, d’anciens historiens rapportent qu’on disait déjà une série d’ave sur des cordes à nœuds : per cordulam nodis distinctam. (Astolfi, Règl. de la Confr. du Rosaire ; Gabriel Pennatus, in Hist. Tripart.)

Le Rosaire (de Rose-Croix) et le chapelet, que les Italiens nomment corona, étaient en grand honneur ; les bourgeois et les gentilhommes le disaient en allant aux champs ou en revenant à la ville, les plaideurs au Palais. Les rois eux-mêmes en donnaient l’exemple : Louis XI en portait plusieurs sur sa poitrine ; un rosaire bénit était attaché au glorieux pavilllon amiral de Don Juan d’Autriche lors de la bataille de Lépante.

Remarquez les Ave, c’est la continuation du culte israélite de Hevah.

Nous soupçonnons, dans cette préoccupation de faire répéter le nom de Haveh tant de fois, une réaction contre le silence dans lequel les Juifs tenaient ce nom (voir l’article sur l’Israélisme.)

LA SORCIÈRE

La sublime Prêtresse qui chantait le cantique de la Nature, l’inspiratrice des hommes, la grande consolatrice, Celle qui était la promesse et la miséricorde, Celle qui était la science et guérissait toutes les blessures, a été chassée du temple.

L’ignorance a pris sa place et s’est faite orthodoxie. Alors, que va-t-elle devenir ?… Qu’elle le veuille ou non, la voilà destinée à l’oeuvre sourde des conspirations.

« Humiliée dans les petites occupations, elle qui avait vu par-dessus nos fronts, dit Jules Bois, elle fut enfoncée dans les détails obscurs. La sibylle qu’elle porte en elle fait semblant de dormir, mais s’éveille parfois.

« La femme est en tête de l’hérésie. Chassée du temple, elle devint la sorcière. Elle paya cette révolte du plus riche et du plus précieux de son sang. Les Albigeois et les Gnostiques la glorifièrent. La sainte Sophia était pour eux la Déesse invisible.

C’est dans le massacre que fut noyée cette résurrection mystique de la femme. Plus tard, quand les Bohémiens arrivent à Paris, ils disent obéir à la sublime maîtresse du feu et du métal, prêtresse d’Isis, qui dans le dernier de leurs chariots penche un front couronné de sequins sur les livres antiques. Mais la pauvre sorcière du moyen âge est encore la plus dolente. On l’extermine par hécatombes. »

Mais il faut un prétexte pour l’exterminer.

On l’accuse d’exercer un pouvoir magique, occulte et tout-puissant, pour nuire à l’homme.

Le synode de Paderborn, en son 6ème Canon, confirmé par un édit de Charlemagne, reprit la question des masques anthropophages en ces termes : « Quiconque, aveuglé par le Diable, croit, à la manière des païens, qu’une femme est sorcière et dévore des hommes, et brûle pour cela cette femme et fait manger sa chair par d’autres, doit être puni. »

Donc, on mangeait des femmes !… et on accusait les païens de cette invention, pour les noircir !

Et c’est parce qu’on mangeait des femmes qu’on accuse les sorcières de manger des hommes !…

Le synode de Riesbach et Freisingen, en 799, dit dans son 5ème Canon que « les magiciens et magiciennes devront être emprisonnés, mais que, dans aucun cas, il ne pourra être attenté à leur vie ».

Voilà des documents qui nous font connaître les mœurs qui existaient en ces temps.

La puissance donnée aux femmes sorcières était immense. Une d’elles, du pays de Constance, qui n’avait pas été invitée aux noces de son village, à cause de sa supériorité, se fit, dit-on, porter par le Diable sur une haute montagne, y creusa une fosse dans laquelle elle répandit sa sécrétion urinaire, puis prononça quelques mots magiques, et, aussitôt, un formidable orage éclata qui dispersa la noce, les ménétriers et les danseurs. Tout cela prouve que le mal qui arrivait lui était attribué : c’était sa vengeance qu’elle exerçait, l’ancienne vengeance divine à laquelle on croyait toujours, quoiqu’elle ne fût plus Déesse. Elle était devenue au moyen âge la Stryge, celle qui s’envolait par les cheminées, se précipitait du haut des montagnes, devenait une chatte, etc.

Et cependant, malgré la persécution, elle travaille, elle écrit, son esprit toujours actif se manifeste sous l’impulsion de sa plus brillante faculté, l’intuition ; c’est ce qui fait dire à Jules Bois, dans Le Satanisme et la Magie (p. 43) : « Elle se relève la nuit, écrit d’étranges pages, qui semblent ne jaillir ni de ses souvenirs, ni de ses lectures, ni de ses conversations. D’où alors ? Autour d’elle, on s’inquiète : comment croire à des fraudes ? On se récrie, on résiste, puis d’épouvante on accepte tout. C’est que l’invisible devient visible de plus en plus, il commande, il conseille, il investit la maison de sa présence outrecuidante, utile cependant. Il gère les affaires, prophétise, allonge dans la famille moderne l’ombre des vieux Dieux. »

La Fée Mélusine, la femme savante et bonne, n’était-elle pas représentée dans un corps qui finit en serpent par le Catholique qui la maudit?

Après ce massacre de la Femme, qu’allait-il rester de la société humaine?

« La Femme universelle, toujours refoulée par l’Eglise, la Mère étouffée par la Vierge, la Femme vraie, sans fausse honte de sa nature et de ses dons » (Jules Bois). En effet, il restait la Nature avec ses éternelles lois. Il restait la Femme !.. Déesse sans autels, Reine sans royaume, qui n’ose avouer sa royauté,… mais la prend quand même !

Mais toutes n’étaient pas des femmes fortes, des sorcières. Il y avait aussi les femmes faibles et amoureuses de l’homme perverti. Celles-là vont au prêtre, et ce sont les riches, les joyeuses, les heureuses, celles qui plaisent aux séducteurs par leurs complaisances ; elles lui apportent leurs amours et leur or. Qui oserait critiquer la sainteté de leurs intentions ? Aussi les maris se taisaient.

Ces bons Pères ! on les comblait vraiment, on les traitait comme des dieux ; il n’y avait pas assez de belles dentelles pour leurs surplis, pas assez d’or pour leurs ornements, pas d’étoffe assez belle pour les vêtir,… les saints hommes !

Des mains princières travaillaient pour eux, filaient le fin lin de leur robe… Et tout cela couvrait si bien leur boue, qu’on ne la voyait plus.

Mais les femmes fortes allaient à l’homme maudit, à celui que, par un paradoxe fréquent, le prêtre appelait « Satan », c’est-à-dire à l’homme vrai, grand et droit. Elles allaient donc au diable, elles se donnaient au diable, modeste, pauvre, déshérité comme elles.

Ce sont eux qu’on appelle les bons hommes, on les prend en pitié parce qu’ils n’ont pas l’astuce et l’hypocrisie des grands seigneurs de l’Église. Ces naïfs sont restés fidèles à l’antique loi morale ; aussi, comme ils sont ridiculisés, avilis, meurtris, les pauvres grands bons hommes, et hués par le peuple abruti ! Mais qu’importe à ces hommes ce qu’on dit d’eux ? il leur reste la vraie femme, la grande, c’est-à-dire tout, et c’est cela qui, finalement, les fera triompher

LA MÉDECINE AU XIVème SIÈCLE

L’enseignement médical donné de 1300 à 1400 était basé sur des traductions d’Hippocrate et de Galien, sur les préceptes de l’école de Salerne, les vers de Gilles de Corbeil (sur les urines et sur le pouls), l’anatomie de Théophile, et quelques traités arabes d’Avicenne, d’Abulcasis, de Rhasès, d’Averroès et d’Isaac. Ce furent les seuls ouvrages classiques jusqu’à Fernal (mort en 1558), qui, dit Hauzou, « eut le rare honneur de voir ses livres enseignés de son vivant ».

Dès que l’homme usurpa les fonctions médicales de la femme, il se créa, pour justifier cette usurpation, un passé médical, comme les prêtres s’étaient créé un passé religieux ; les médecins se sont inventé des ancêtres, tel Esculape, dont le nom est une parodie des Asclépiades, nom des femmes-médecins en Grèce ; puis Hippocrate, sur lequel on n’a jamais rien pu savoir. Et enfin on a donné à Galien la paternité de tous les livres de médecine écrits par des femmes avant son époque.

Les maîtres et les élèves vivaient en camarades. Les étudiants étaient presque tous pauvres. Les professeurs devaient être fort malpropres, car, en 1350, les statuts les obligent à se vêtir convenablement d’une robe violette de bon drap, présentable et qui leur appartient.

Hugues Le Sage fut le premier doyen de la Faculté de Médecine en 1338. Ses fonctions étaient surtout de sévir contre les « charlatans », c’est-à-dire les « indépendants », et contre les empiriques, les « expérimentateurs » (La plupart des documents mentionnés dans cet article sont pris dans le livre du Dr Marcel Baudouin sur « Les Femmes-Médecins ».).

Les Commentaires (recueil de comptes rendus de la Faculté) nous apprennent qu’en 1395 il existait 32 médecins diplômés. Ils portaient de riches habits et le bonnet doctoral.

Arnaud de Villeneuve, maître de médecine, donnait à ses élèves le conseil de ne témoigner, en aucune occasion, ni surprise ni étonnement.

« La septième précaution, leur disait-il, est d’une application générale. Supposons que vous ne puissiez rien comprendre au cas de votre malade ; dites-lui avec assurance qu’il a une obstruction du foie. S’il répond que c’est de la tête ou de toute autre partie qu’il souffre, affirmez hardiment que cette douleur provient du foie. Ayez bien soin d’employer le terme d’obstruction, parce que les malades ignorent ce qu’il signifie, et il importe qu’ils l’ignorent » (Arnoldi de Villanova, Opéra, édité en 1505).

Cette façon de pratiquer la médecine n’était pas faite pour inspirer une grande confiance au public ; aussi, lorsque les rois ou les grands personnages s’adressaient aux médecins libres, ils faisaient contrôler l’avis des uns par les autres et, au lieu d’un médecin, en prenaient un nombre plus ou moins grand, pensant sans doute que l’ignorance multipliée devient la science.

Philippe le Bel avait douze médecins, entre autres un certain Hermingard, qui possédait l’art de deviner les maladies à la simple vue et sans tâter le pouls (Histoire littéraire de la France, t. XXI, p. 96).

Guillaume de Nangis raconte ainsi la mort de ce roi si bien soigné : « Le roi mourut d’une longue maladie, dont la cause, inconnue aux médecins, fut pour eux et pour beaucoup d’autres le sujet d’une grande surprise et stupeur. »

Philippe le Long, deuxième fils de Philippe le Bel, eut pour médecins Pierre de Caspicanie, Geoffroy de Courvot, etc. Il mourut à 28 ans. Et Guillaume de Nangis explique ainsi sa maladie : « Les malédictions du pape le rendirent malade ».

En fait de soins, on lui apporta à baiser un morceau de la vraie croix et un clou venant de la crucifixion du Christ. Cela ne le guérit pas. Il mourut.
Charles IV, son frère, vécut jusqu’à 34 ans. Son médecin était Guillaume Aymar, curé de Sainte-Marie du Mont. Charles IV eut au moins 22 médecins.

Dans un moment d’impatience, à la fin de 1393, on les chassa tous de Paris, mais ils revinrent.

En 1395, on appela de la Guyenne un sorcier nommé Armand Guillaume, qui s’était vanté de pouvoir guérir le roi par un seul mot (solo sermone). Il ne guérit pas et eut la bonne chance de ne pas en être puni.

En 1397, deux moines augustins, qui se disaient magiciens, offrirent aussi de guérir le roi ; ils lui firent prendre des perles réduites en poudre, ce qui n’eut pas l’effet qu’ils en attendaient, mais un autre qu’ils n’attendaient pas : ils furent décapités en place de Grève. A cette époque, c’est ainsi que les rois payaient leurs médecins.

Pendant que les hommes faisaient ainsi leur médecine, les femmes continuaient à soigner plus sérieusement les malades.

Mais cette concurrence déplaisait aux hommes.

Une ordonnance de 1352 interdit aux femmes d’administrer aucune ancienne médecine, altérante ou laxative, des pilules ou des clystères.

Déjà, un édit du 11 novembre 1311 avait fait défense aux femmes d’exercer la chirurgie à Paris sans avoir été examinées par un jury compétent.

A partir du XIVème siècle, le cartulaire de l’Université de Paris abonde en documents relatifs à la lutte contre la Femme-médecin.

En 1312, le prieur de Sainte-Geneviève excommunie Clarisse de Rotomago pour exercice de la médecine.

Entre 1322 et 1327, Jeanne Converse, Cambrière Clarisse, Laurence Gaillon, subirent la même peine.

En 1331, une Clarisse est excommuniée de nouveau. Une dame noble eut à soutenir un procès retentissant, dame Jacobe Félicie ; elle avait étudié la médecine et la pratiquait. C’est cela que l’accusation lui reprochait quand elle disait : « falcem in messem mittere alienam », c’est-à-dire « mettre une faucille dans la moisson d’autrui est un crime ».

La Faculté lui intenta un procès, puisqu’elle s’était réservé « la moisson ». Cependant, dame Félicie ne soignait pas les malades pour gagner de l’argent, elle ne se faisait pas payer : Sept témoins furent appelés ; ils déclarèrent tous qu’elle ne leur avait jamais parlé d’honoraires. Dans presque tous les cas, les malades qui s’étaient adressés à elle étaient abandonnés par les médecins de la Faculté. Dominus Odo de Carnessiaco, frater Domus Dieu Parisiensis, « avait été traité sans succès par Maître Jean de Tours, par Maître Martin, par Hermann et plures alii ».

Jeanne Bilant fut abandonnée par le même Hermann, par Mainfroi et autres ; Jeanne de Monciac s’adressa à dame Félicie après avoir subi le traitement des médecins Hermann, Mainfroi, Guilbert et Thomas. Et il en fut de même pour beaucoup d’autres, ce qui prouve que cette femme avait une science supérieure à celle des docteurs de la Faculté ; et, si quelqu’un devait être légitimement entravé dans l’exercice de la médecine, ce devait être eux et non elle. Tous ses malades parlaient d’elle avec reconnaissance, tous vantaient son dévouement, et, malgré la brillante défense qu’elle fit de son droit, elle fut condamnée par la Faculté, qui s’appuyait sur l’édit qui défendait aux femmes d’exercer la médecine.

Son procès est relaté dans le cartulaire.

Les statuts de l’Université de Paris nous fournissent la preuve que les femmes exerçaient la chirurgie, puisque, vers la fin du XIIIème siècle, un de leurs articles dit :

« Tout chirurgien ou chirurgienne, apothicaire ou apothicaresse, herbier ou herbière, ne passeront pas les bornes de leur métier. »

C’était alors spécialement un métier de femme que celui « d’étancher les plaies, de les entourer de bandelettes, de réduire les fractures ».

Il y avait des femmes ventouseuses et d’autres chargées de faire les saignées, de composer les élixirs et les potions, d’oindre les parties malades avec le suc de bonnes herbes et de les désenfiévrer.

C’étaient les femmes de cette catégorie que l’on désignait à Bruxelles, en 1360, par le nom de « Cloet latersen ».

Les luttes de la Faculté contre la science libre n’étaient pas toujours suivies de succès ; la population se mettait toujours du côté de ses anciens médecins ; on se méfiait des nouveaux docteurs de l’École.

Les statuts de la Faculté, en 1281, et le Concile d’Avignon, en 1337, s’étaient élevés contre l’ingérence des apothicaires et des herbiers (apothecarii vel herbarii) dans l’art médical.

Mais le public tient peu de compte de ces prohibitions, et, en 1319, la comtesse Mahaut d’Artois fait venir de Paris à Conflans l’herbière Perronnelle pour une consultation, ce qui dut bien déplaire aux médecins, puisque le nom de cette dame devint tout de suite un terme de mépris, c’est-à-dire de jalousie, et qu’il est resté dans la langue pour désigner une personne qui se permet d’avoir du mérite et d’être préférée aux hommes, donc jalousée et méprisée.

A cette même époque (vers 1364) vivait une savante d’un grand renom, Christine de Pisan, dont le père, Thomas de Pisan, était médecin de Charles V.

Les femmes occupaient encore une grande place dans la science, et la prohibition qu’on leur faisait d’exercer leur art était un fait nouveau dans le monde, qui dut soulever bien des récriminations, que l’histoire ne nous a pas transmises.

Dans tous les États d’Europe, nous voyons les mêmes faits se produire.

En Pologne, nous trouvons des documents qui signalent en 1278 une medica appelée Johanna à Posen. En 1371, on en rencontre une autre à Cracovie, sans compter toutes celles qui ne laissent pas de traces dans les documents historiques.

Dans les actes de la ville de Cracovie, on lit ceci : « En 1371, l’échauson de Catherine la médecienne (pincerna Catherinae medicae) fut chassée de la ville pour coups et blessures. »

Le docteur Swiczawski, dans son travail sur les médecins en Pologne au temps de Casimir le Grand, dit, à propos de ce nom : « si ce n’est pas une erreur du copiste, supposant qu’on a mis medicae au lieu de Medicae avec une majuscule, ce qui serait un nom propre ». Il faut vraiment avoir un esprit bien étroit pour refuser ainsi de croire au rôle joué par la femme dans l’histoire, alors que partout à la fois les mêmes faits sont constatés.

La sœur du roi Casimir le Grand, Elisabeth, femme de Charles 1er, roi de Hongrie, étudia aussi la médecine, sans l’exercer cependant, à cause sans doute de sa haute situation. Cela prouve que c’était un art réservé aux femmes du grand monde. C’est elle qui est l’auteur d’un élixir contre les rhumatismes, appelé « eau de la reine de Hongrie », que les charlatans officiels imitèrent si grossièrement.

« Un jour, raconte la tradition, comme elle souffrait cruellement d’un rhumatisme aigu que personne ne pouvait guérir, elle fit infuser du romarin dans de l’esprit de vin rectifié et s’en frotta les membres plusieurs fois, à la suite de quoi elle guérit radicalement et, quoique déjà septuagénaire, vécut encore dix ans. »

C’eût été cependant bien nécessaire alors d’avoir de bons médecins, car la mortalité faisait de terribles ravages.

En 1348, il y eut « une grande mort », une peste noire importée d’Orient. Philippe VI demanda à la Faculté une consultation sur les moyens de combattre le fléau. La Faculté répondit que le fléau remontait à 1348, parce que cette année-là, le 20 mars, il y avait une conjonction des trois planètes supérieures dans le signe du Verseau. Et, au dire d’Aristote (un autre grand docteur), la conjonction de Saturne et de Jupiter suffit déjà pour produire la dépopulation des États.

Du reste, Albert le Grand pensait de même. Ces arguments ne convainquirent pas le peuple, dont la conscience troublée voulait voir, dans tous ces malheurs, une vengeance divine. Pendant ce temps-là, les malades mouraient, et les femmes étaient exclues des Facultés où on discutait de tout cela sérieusement.

On empoisonnait les fontaines, disait-on, puis on accusait les Juifs de ce méfait et on les massacrait.

La Faculté se perdait en minuties ; préoccupée de persécuter les femmes, elle oubliait tout le reste, et sa haine (ou sa crainte) de l’autre sexe était si forte qu’en 1393 on refusa d’admettre à l’examen de licence le bachelier Jean Despois parce qu’il était marié. Devenu veuf, il put continuer ses études, et fut même doyen de la Faculté en 1410 et 1411.

L’extraordinaire violation des lois de la Nature que le Catholicisme avait engendrée, eut comme conséquence l’apparition de maladies nouvelles que l’antiquité n’avait pas connues.

Une des plus bizarres est cette affection qu’on appelle la danse de Saint-Guy. La danse de Saint-Guy se manifesta pour la première fois en 1374, peu après l’année de la grande mort. On voyait se répandre dans les rues des hommes et des femmes, courant effarés, sans direction, sans but ; à un moment donné, ils se réunissaient, formaient des cercles, ou se tenaient par la main et dansaient, sautaient, se contorsionnaient de façon hideuse, jusqu’à ce qu’ils tombassent épuisés, haletants, l’écume à la bouche. Ils se plaignaient de vives angoisses et suppliaient qu’on leur serrât fortement le ventre avec des linges et qu’on leur donnât, sur l’abdomen, des coups de poing. Tant que durait l’attaque, ils ne voyaient rien, n’entendaient rien de ce qui se passait autour d’eux. La plupart étaient en proie à des hallucinations extatiques. Les uns voyaient des démons, d’autres le ciel ouvert ; il y en avait qui se croyaient noyés dans des mares de sang, d’où ils cherchaient à sortir en faisant des bonds de carpe. La couleur rouge, une musique bruyante, un visage triste, avaient la propriété de les exaspérer. Dans la province de Liège, on en rencontrait des bandes de plusieurs mille courant les villes et les villages. Ils envahissaient les églises et y exécutaient les danses les plus bizarres ; ils déclamaient contre les prêtres et les nobles, dont Satan ne devait pas tarder à briser la puissance. On les tint pour possédés et on les exorcisa. La maladie était contagieuse ; beaucoup de ceux que la curiosité attirait autour des danseurs, cédant à une attraction irrésistible, s’élançaient tout à coup au milieu d’eux, et se joignaient à la ronde.

C’était la première forme de l’hystérie de la femme, due à l’abstinence sexuelle et communiquée à l’homme par suggestion. L’épidémie prit naissance sur les bords du Rhin et, de là, gagna tous les pays avoisinants.

LE CULTE DE MARIE AU MOYEN-AGE

Les siècles qui avaient brillé du Christianisme de Johanna avaient remis en lumière la grande Myriam, et le culte de cette personnalité, entourée du prestige des choses lointaines, s’était répandu dans tout l’Orient.

Il avait une place prépondérante dans les Mystères et devait, par cette voie, arriver jusqu’aux temps modernes.

Les Catholiques comprirent que, pour faire accepter leur doctrine, il était indispensable d’offrir au peuple la continuation de cette légende mariale, dont on connaissait si peu l’histoire réelle qu’il était facile d’y intercaler la nouvelle légende de la Mère de Jésus devenu un Dieu sauveur. On pensa même que la Mère ferait accepter le fils, et on ne se trompait pas ; le culte de Marie se propagea facilement, et c’est elle qui, pendant tout le Moyen-Age, eut dans la religion nouvelle la place prépondérante.

En 608, le pape Boniface IV consacra le Panthéon de Rome à Marie. C’était rétablir le culte de la Femme. On lui rendait son nom antique « Notre-Dame », si peu en harmonie avec la pauvre femme de Judée de la légende évangélique, si peu Dame.

Sans cette réintégration de la Femme dans la religion, le culte catholique eût certainement sombré. C’était une imitation lointaine du Paganisme, en laid, car la Sainte Vierge, dont le principal mérite est de ne pas être une femme comme les autres, est présentée sous un aspect qui l’enlaidit ; enveloppée de voiles, elle cache la radieuse beauté de la Femme. Son expression de douleur, sa maternité, qui prime tout, sont des conditions qui vont créer un art spécial, dont le Moyen Age va remplir les églises, la reproduction du laid, les contorsions de la souffrance comme idéal.

C’est que le mensonge ne peut pas créer la beauté, qui restera toujours le privilège du vrai.

« Il ne faut pas croire, dit Burnouf, que le paganisme ait été promptement remplacé par la religion du Christ. Celle-ci était déjà montée sur le trône impérial depuis plus de deux cents ans, que l’on sacrifiait encore aux dieux dans plusieurs temples de la Grèce ; nous-même avons constaté, dans ce pays, que beaucoup de saints ou de personnages chrétiens n’ont succédé aux dieux d’autrefois que parce qu’ils portaient des noms pareils aux leurs, ou pouvaient être l’objet de cultes analogues. Saint Hélie a succédé à Hélios, le Soleil ; saint Démétrius à Dèmèter ou Cérès ; la Sainte Vierge à la Vierge Minerve, qui fut l’Aurore, et ainsi d’autres. Des traces nombreuses de l’ancien culte existent encore au sein du Christianisme, qui n’a jamais pu les effacer entièrement. Tous les faits recueillis dans ces dernières années, soit en Allemagne, soit en France ou ailleurs, prouvent que les religions ne font pas table rase quand elles se succèdent l’une à l’autre, mais qu’elles se pénètrent en quelque sorte à la façon d’un insecte qui se métamorphose, la forme nouvelle se substituant par degrés à l’ancienne et ne s’en débarrassant tout à fait qu’avec le temps.

« Ces lois générales, que tous les hommes de science admettent aujourd’hui, ont pour l’étude cette conséquence que plus une religion est moderne et universelle, plus sont nombreux les éléments qu’elle a réunis et qu’elle renferme dans son sein ; en d’autres termes, plus sont diverses ses origines. Un ignorant ou un esprit timoré peut seul s’imaginer que le Christianisme a tiré exclusivement son origine des Livres juifs ; car non seulement la doctrine chrétienne n’est pas tout entière dans la Bible, comme le pensent volontiers certains Israélites, mais encore, dans sa marche, elle a beaucoup emprunté aux idées grecques et latines, et plus tard à celles qui avaient cours au Moyen Age dans la société féodale. Si du dogme on passe au rite, on voit que la majeure partie de ses éléments ont une source orientale et une signification symbolique par laquelle il se rapproche des cultes indiens. » (Science des Religions, p. 75.)

L’Église n’a accepté et glorifié Marie qu’à l’époque où elle n’a plus craint de voir renaître le culte des anciennes Déesses.

Dans les Évangiles catholiques, on a supprimé tout ce qui glorifiait la femme. Et cependant, à l’époque où on les faisait, Marie (la grande Myriam) était célébrée en maints endroits ; elle avait des temples dans les villes et des chapelles dans les campagnes, mais les Catholiques n’en parlent pas.

Lorsque, après la conversion de Constantin, on chercha à introduire la religion nouvelle en Gaule, on comprit qu’il faudrait des siècles pour détruire le culte de la Nature, qui y régnait, et la glorification de Marie, l’antique Déesse égyptienne. L’Église aima mieux faire des concessions ; elle rendit un culte à Marie à cause de sa rivalité avec les Johannites, bien plus puissants qu’elle, à cette époque, malgré les persécutions.

Ce fut une surenchère : l’Eglise s’appropria la Sainte et l’exalta avec exagération, tout en l’incorporant dans sa légende, pendant que les Fraternités qui, dans les Loges de saint Jean, lisaient son nom à l’envers et en faisaient Hiram, la cachaient de plus en plus ; et c’est par cette ruse que les Catholiques ont dominé le monde et que les Johannites ont disparu.

L’Église a multiplié les temples, les fêtes, les pèlerinages et les prières, pendant que les défenseurs de la Vérité se cachaient et se taisaient.

L’abbé Orsini nous fait remarquer « ce soin héréditaire et incessant des souverains pontifes, d’animer en mille manières la dévotion publique envers Marie ; cet empressement de toutes les nations à se mettre sous son patronage ; cette ardeur des anciens Pères, des saints de tous les siècles, des peuples entiers, à défendre ses prérogatives contre ceux qui les attaquaient. ».

C’est que, en effet, c’est toujours quand l’homme a tort qu’il met le plus d’acharnement à répandre les doctrines par lesquelles il se justifie.

Le culte de Marie fut une justification.

Toutes les religions de l’antiquité ont adoré la Femme.

Le Catholicisme l’avait d’abord supprimée pour lui substituer un homme. Mais, comme l’homme n’adore pas un autre homme, il en est résulté que le Catholicisme n’a été qu’une religion pour les femmes faibles, qui ont adoré le Principe mâle dans Jésus. Quant aux hommes qui ont voulu retrouver une satisfaction à donner à leurs aspirations religieuses, ils ont introduit dans leur religion le culte de la Vierge Marie, pour perpétuer l’antique culte de la Femme.

Le culte de Marie se répandit plus vite que celui de Jésus, parce que Marie représentait une Déesse antique et avait un passé glorieux depuis Myriam, tandis que la légende de Jésus, avec toutes ses invraisemblances, ne pouvait être écoutée que comme une histoire sans valeur.

Puis, dans la Gaule, déjà, on attendait la Vierge qui devait enfanter ; on était donc préparé à la recevoir, mais on n’attendait pas un homme, d’autant plus qu’on voyait déjà, dans ce culte renversé des Catholiques, qui adoraient l’homme et n’adoraient pas la Femme, la cause des mauvaises mœurs qui régnaient partout et allaient prospérer.

C’est ce renversement des facultés psychiques des sexes qu’on appelait le Satanisme.

Donnant à l’homme la Divinité de la Femme, il y avait une apparence de logique à lui donner aussi le culte rendu à la Déesse, mais cette substitution fut grotesque et fit naître, pendant tout le Moyen Age, la querelle résumée dans l’histoire du Satanisme.

L’Église, qui n’a jamais été qu’une société politique, n’a pas su appliquer aux besoins moraux de l’humanité les vérités profondes des lois de la Nature. Ses prêtres sont impuissants à comprendre l’antique science et le secret des Mystères.

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