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Livres de Femmes, Livres de Vérités (14) Fin du 4ème siècle et début du Moyen-âge (1/2)

« L’empereur s’occupa donc désormais du concile général, réunion en un même lieu de divers corps de l’armée sainte. Des lettres impériales invitèrent les évêques à s’y rendre avec empressement. » (Vie de Constantin, III, 6) Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 339)

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique
5ème chapitre : La guerre des sexes dans la Grèce antique
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6ème chapitre : De l’Israélisme au Judaisme
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7ème chapitre : Origine et histoire du christianisme
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8ème chapitre : Vierge Marie et mystère de l’Immaculée Conception
9ème chapitre : Faits et temps oubliés
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10ème chapitre : Celtes et latins
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11ème chapitre : Conséquence de l’invasion romaine – La délivrance viendra de France
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12ème chapitre : La Gaule romaine
13ème chapitre : L’EDDA, La VOLUSPA, Les SCANDINAVES et ODIN

Chapitre 14

Le Monde Ancien a pris fin avec le triomphe du Catholicisme au Concile de Nicée. Le Monde Moderne commence.

Entre les deux, une époque de transition :

Le Moyen Age, que l’histoire classique fait commencer à la mort de Théodose le Grand (395) et termine à la prise de Constantinople par les Turcs (1453).

Ces divisions n’ont pas de valeur pour nous. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir comment à l’ancien gouvernement féminin va succéder le gouvernement masculin. Nous allons en étudier les péripéties.

Il s’agit surtout de dévoiler l’histoire de la Femme en lutte avec l’Église, depuis le Concile de Nicée jusqu’à la Révolution française.

Nous l’avons spécialement étudiée en France parce que c’est pour nous l’histoire la plus connue.

LE PREMIER CHRISTIANISME EN GAULE

Pendant que ceux qu’on appelait les « barbares » envahissaient le Midi, les Chrétiens envahissaient le Nord.

Déjà ils avaient fondé l’île d’Iona, qui fut le berceau du premier Christianisme en Ecosse et le foyer des lumières religieuses du royaume. Le nom donné à cette île indique bien qu’il s’agit de la religion johannite (voir l’article sur les origines et l’histoire du Christianisme).

Les propagateurs de la doctrine vinrent dans les Gaules, alors soumises à la domination romaine, et que commençaient à troubler les infiltrations ou incursions germaniques. Les Chrétiens féministes constituaient des sociétés ayant leurs lois propres, leur morale et leurs mœurs distinctes, leur culte et leur justice.

Ils étaient à la fois les éducateurs moralistes, économes et administrateurs de la Société, veillant non seulement à la conservation du culte caché dans les anciens Mystères, mais encore et surtout à l’observation des obligations de réciprocité entre les associés, qui s’appellent des « frères », et à l’application de la doctrine, dénonçant les infractions et les punissant par des pénitences infligées et au besoin par l’expulsion de la Société sous forme d’interdiction.

Pour donner aux riches l’exemple du désintéressement, ces délégués d’une classe qui ne possédait rien imposaient à ceux qui possédaient la charité et le renoncement à leurs biens.

Telle fut la primitive Église Johannite, dans les conceptions et les pratiques de laquelle on retrouve toutes les traditions féministes des anciens Israélites et des anciens Celtes.

Mais ce qui est bien « christien », c’est-à-dire johannite, c’est la conception de l’organisation de la société nouvelle sur une base égalitaire, c’est-à-dire en supprimant les supériorités factices et conventionnelles des hommes, qui prennent toutes les premières places sans avoir aucun mérite, aucune valeur qui y donne droit.

L’Église primitive voulut affranchir le monde de tous les privilèges masculins injustifiés.

Voilà l’idéal chrétien que des rénovateurs modernes, tel Saint-Simon, proposent comme un exemple à imiter.

Un peu plus tard, pendant que l’Église Johannite devenait un Ordre de Chevalerie, le peuple resté fidèle aux anciens principes de Justice du régime antérieur matriarcal organisait le mouvement communal, qui ne fut que l’application dans le domaine civil des principes de la doctrine chrétienne.

Ce sont ces principes de Justice qui présidèrent à l’organisation ouvrière des Confréries ou Corporations, que les syndicats modernes essaient de reconstituer.

Et nous soulignons le mot Confréries pour que l’on comprenne bien leur origine religieuse, mais féministe.

Le mouvement communal, à raison des circonstances dans lesquelles il Se produisit, demeura local, comme le régime féministe des tribus fédérées. Il n’a pas été une révolution nationale comme les mouvements masculins toujours plus étendus, mais, tel qu’il est, il demeure encore un modèle d’organisation attestant le génie de ceux qui l’avaient créé, et l’on peut même dire que ce régime social aurait atteint la perfection sans les difficultés qui l’entravèrent.

C’est la philosophie des temps primitifs qui fut mise en institutions par le peuple à côté de l’Église Johannite, et c’est ce qui a pu persister de ces anciens principes qui fit la civilisation, l’art, la science, et le bonheur des peuples à toutes les époques.

Ce n’est donc pas le Catholicisme qui créa l’association, le concours mutuel, en un mot la solidarité restée l’idéal social ; c’est si peu la morale de l’Évangile masculin qui produisit tout cela que, lorsqu’il parut, le peuple déjà (et toujours) se moquait du prêtre et s’insurgeait contre les évêques. Le Catholicisme, que l’on a appelé bien à tort le socialisme chrétien, loin d’organiser, désorganisa le monde, aidé par la royauté que prétendaient exercer les pirates de toutes les nations.

Après le grand désordre moral de la Rome impériale, il fallait pour faire sortir la Gaule de l’avilissement et y reconstituer une civilisation, que tout fût renouvelé, la vie privée et la vie publique.

Il fallait des « Principes » nouveaux, des hommes capables d’héroïsme, pour que l’humanité retrouvât la Justice, basée sur le Droit Naturel, condamné par les révoltés. C’est ce qu’apportait à la Gaule la doctrine des Johannites.

LA GAULE ROMAINE

La corruption romaine avait détruit l’œuvre sociale des anciens temps gynécocratiques ; il n’y avait plus que perversion en haut et misère en bas, et, pour les femmes, servitude et désespoir.

C’est au milieu de ce désordre qu’avait surgi la doctrine Christienne de Johanna en Judée, et déjà elle s’était répandue dans l’Empire romain, puisque, depuis Tibère et Néron, on la persécutait.

Cette doctrine restituait les anciennes vérités sous une forme nouvelle, elle rétablissait l’ancienne morale, et elle renouvelait toutes les institutions sociales ; elle portait donc en elle les éléments d’une renaissance, elle rouvrait la voie de la Justice et suscitait des vertus nouvelles, des héroïsmes.
Rome avait condamné le Droit Naturel ; le Christianisme de Johanna le rétablissait.

Mais ce sont ces lois si sages, ces principes si élevés qui inquiétaient les hommes. La foule ne savait plus rien, mais souffrait de l’injustice que l’ignorance avait engendrée ; elle avait accepté toutes les fables que les Druides ou les Romains avaient enseignées, mais ces vaines croyances, sans morale, avaient fait une société dans laquelle, suivant l’expression d’Henri Martin, « les riches s’étourdissaient dans les orgies, les pauvres s’abrutissaient dans la misère ».

Il fallait autre chose : le retour aux lois de la Nature, le retour à la morale scientifique.
C’est ce que tout le monde attendait.

Ce fut alors que la doctrine de Johanna fut introduite en Gaule par saint Pothin et saint Irénée, disent les Catholiques ; nous ne savons pas, mais peu importe ; il est certain qu’en 160 on fonda la première Église à Lyon, et on nous dit que la doctrine nouvelle fut accueillie avec transport par les pauvres, par les opprimés. C’était en effet leur salut.

Elle avait pour base la Justice, la Liberté et l’Amour divin (féminin). Aussi nulle part la foi nouvelle, qui rendait sa place à la Femme, ne s’étendit avec autant de rapidité.

Moins d’un siècle après l’apparition des premiers Chrétiens en Gaule, la nation tout entière était convertie.

De nombreuses églises étaient fondées suivant l’architecture et le symbolisme des anciens Mystères que l’on retrouve encore dans ces vieux temples, tel le temple Saint-Jean à Poitiers, fondé par saint Hilaire, que les Catholiques, plus tard, ont consacré à leur culte, et dans lequel la Franc-Maçonnerie pourrait reconnaître le vieux symbolisme des Loges.

Inutile de dire que, dans ce premier Christianisme, il n’était pas question de la légende de Jésus.

La trahison de Paul n’était pas encore connue, et sa doctrine surnaturelle de l’homme-Messie ne se propagea que longtemps après. Nous avons montré comment la fondatrice du premier Christianisme, Johanna, est devenue saint Jean dans l’histoire masculinisée.

LE CULTE DE MARIE EN GAULE

L’introduction du Christianisme dans les Gaules y apporta, avec la doctrine de Johanna, la glorification de l’antique Myriam, car la Rédemption (mot qui signifie redonner) ne pouvait rendre la science antique sans en faire connaître en même temps l’auteur caché et persécuté.

L’origine végétale avait été connue et enseignée par les Druidesses, et cela avait fait naître la vieille tradition de l’arbre de Noël, ce symbole du recommencement de la vie à l’époque des naissances.

C’est que, avec le temps, les traditions mystérieuses du Druidisme étaient descendues du chant des Bardes aux croyances populaires.

Il fut d’autant plus facile de raviver en Gaule le culte de la Femme que, en réalité, ce culte avait toujours existé.

La Madone était depuis longtemps populaire, et le peuple rendait un hommage à la Divinité féminine sous des noms divers, et lui édifiait, de distance en distance, d’humbles chapelles champêtres.

Il y en avait sur toutes les routes, dans les bois, dans les prairies, dans les plaines, sur les monts, partout. Ces petites chapelles étaient couvertes de lierre et de fleurs. Cette dévotion naturelle, naïve, spontanée, si bien appropriée aux instincts profonds de l’homme, aux habitudes primitives, à l’atavisme de l’antique Age d’Or, subsista longtemps avec sa religieuse poésie. La Madone a plusieurs fois changé de nom, mais elle est toujours restée « la Femme », et, près d’elle, il y avait toujours une petite lampe mystérieuse qui ne devait jamais s’éteindre : c’est la lumière de l’Esprit Féminin.
Les images de Myriam, devenue Marie chez les Gaulois, se multiplièrent.

Donc, malgré tout, la Gaule, c’est la Femme, comme Rome, c’est l’Homme. La lutte va s’établir entre ces deux puissances.
Elle durera jusqu’à la Révolution française.

PERSÉCUTION

La Rome des Empereurs avait persécuté les Chrétiens Johannites en Italie, elle allait les persécuter en Gaule.

Les philosophes masculinistes et les prétendus savants les combattaient par la parole comme on combat le féminisme moderne, les gouvernements par la persécution.

Les tortures les plus horribles furent employées contre ces femmes et contre les hommes qui défendaient leur cause, et, comme elles voulaient la Vérité et la Justice sociale, on voulut les obliger à rendre les honneurs divins aux dieux mâles. « Les Chrétiens sont accusés d’être des séditieux qui refusent d’adorer l’image de l’empereur et d’offrir des sacrifices aux dieux pour le Père de la Patrie. » (Henri Martin.)

En effet, les Gaulois restaient fidèles à la Matrie. Chateaubriand, dans les Martyrs (Livre XXIV), dit : « Cyrille s’écrie : Fils de la Femme, on vous a donné un front de diamant. »

Mais les empereurs romains voulaient prendre la première place dans la religion. On ne les appelle pas seulement divins, on les appelle éternels (copie de l’éternel féminin), et dieux paternels, pour copier les Déesses-Mères. Chateaubriand dit des Chrétiens, qu’il confond à tort avec les Catholiques : « Poussés à bout par leurs persécuteurs et poursuivis comme des bêtes fauves, ils n’ont pas même fait entendre le plus léger murmure ; neuf fois ils ont été massacrés. »

On les déclara ennemis publics et on les fit dévorer vivants par des bêtes féroces.

Les martyrs furent nombreux, et les dignités dont quelques-uns étaient revêtus ne les sauvaient pas.

En 177, saint Pothin, évêque johannite de Lyon, fut envoyé au supplice avec 47 de ses disciples. Une jeune esclave Blandine, fut livrée aux bêtes. A Autun, Symphorien, fils d’un des magistrats municipaux, fut mis à mort. Saint Denis fut décapité à Paris, en 260, sur la butte Montmartre. Toute la Légion thébaine fut passée au fil de l’épée.

Crépin et Crépinien, frères, vinrent de Rome pour prêcher l’Évangile et s’établirent à Soissons ; ils furent décapités en 287.

La persécution redoubla en 303.

Mais tout cela n’empêcha pas la doctrine de se répandre, car nous trouvons l’Église Johannite s’organisant et se perpétuant au milieu des luttes jusqu’à l’époque de l’Inquisition qui la fit sombrer tout à fait.

ORGANISATION DE L’ÉGLISE CHRÉTIENNE JOHANNITE

Les primitives Églises Johannites s’étant perpétuées dans les sociétés secrètes, nous en retrouvons l’organisation dans les Temples maçonniques.

La Mère-Vénérable (presbyte), que les masculinistes appellent l’Ancien, l’Oratrice et la Secrétaire (de secretum, secret), sont des fonctions féminines et siègent à l’Orient, partie réservée du Temple.

Tout était symbolique dans cette religion naturelle. Orient signifie soleil qui monte. Ce mot indique l’ascension dans l’évolution féminine.

Les hommes avaient aussi des fonctions dans les Temples. Mais ils siégeaient à l’Occident (mot qui signifie soleil qui descend, symbole de l’involution masculine). Ces fonctions étaient celles des Surveillants, appelés Épiscopes, d’où Évêques. Elles ont pris de l’extension, comme tout ce qui est masculin, au point que, plus tard, ce sont les Épiscopes qui ont accaparé la grande autorité des Mères-Vénérables ; puis ils ont siégé dans la partie réservée des Temples et ont dirigé toute la religion. La femme de l’Évêque s’appelait Episcopa.

Les historiens modernes nous disent que chacune des cités de la Gaule (il y en avait 155) avait son Evêque, élu par les Chrétiens.

Évidemment, il s’agit de l’époque de transition qui sépare le premier Christianisme du Catholicisme, car, à l’époque de la Gaule Romaine, la religion catholique de saint Paul et des Papes n’est pas encore née.

Mais ce sont des auteurs catholiques qui ont écrit l’histoire, et toujours avec l’intention de faire croire que c’était leur religion qui était le premier Christianisme, quand en réalité ils en furent les ennemis et les destructeurs. Mais ces ennemis ne surgirent que plus tard (bien après Constantin). Pour le moment, l’Église Johannite a à se défendre sur un autre terrain.

« L’Empereur prétendait exercer une autorité sur les Églises, et il se qualifiait l’’évêque du dehors, l’évêque laïque, et s’attribuait la présidence des Conciles. » (H. Martin.)

« Le Christianisme, fondé par l’esprit de paix, de persuasion et de liberté, fut de la sorte mis en possession de l’empire par les armes et par l’autorité politique. » (H. Martin.)

PRISE DE POSSESSION DE LA RELIGION PAR LES EMPEREURS

Nul doute n’est possible. Ce qui est en jeu, au fond de ces luttes, c’est le Droit divin (féminin), le Droit maternel (naturel) que l’homme dispute à la femme ; et, quand il aura triomphé, la Déesse-Mère s’appellera le Saint-Père, les Prêtresses deviendront des prêtres, qui du reste portent le costume de la femme et se rasent pour faire disparaître le caractère principal de la masculinité.

L’État masculin favorisera le développement de la religion, quand la religion, sera masculinisée ; alors il facilitera sa diffusion et persécutera l’ancienne forme religieuse, qui se cachera dans les sociétés secrètes.

Tous les historiens font confusion entre le Christianisme Johannite et le Catholicisme Jésuiste qui l’a remplacé. Les Catholiques, ont tellement dénaturé l’histoire qu’ils ne savent plus se débrouiller eux-mêmes dans ce dédale.

C’est que l’égoïsme tyrannique de l’homme reparaît partout.

Qu’importent les noms donnés, les étiquettes mises sur un régime, si au fond il y a toujours un homme libre et maître, et une femme assujettie et dominée.

LES DERNIERS PAÏENS

Les Israélites appelaient les nations étrangères, qui avaient d’autres croyances que les leurs, Go’im (Psaume 21 ; Isaïe, 41,6) ; et ce mot servit plus tard à désigner les sectateurs des autres cultes.

Dans le Nouveau Testament, ce mot, sous sa forme grecque Ethnè et ethnikoï, désigne les païens.

La Vulgate rend Ethnè par gentes et par gentiles, pluriel de gentilis, « qui appartient à une nation ».

Ce mot gentiles sert presque toujours dans la Vulgate à traduire le mot Hellènes.

Après le triomphe du Jésuisme, sous Constantin, les païens, du latin paganus, paysan, qui sont ceux qui habitent les villages, les pagi, furent les derniers sectateurs de l’ancien culte théogonique, parce que ce culte persistait dans les campagnes, tandis que, dans les villes, où régnait la corruption, il avait cédé la place aux cultes nouveaux.

On trouve le mot païen pour la première fois dans l’édit suivant promulgué par Valentinien 1er en 368 ou 370 :

« Nous ordonnons que la décision rendue par le Divin Constance (305-306) ait force de loi et que, sous aucun prétexte, on n’ait égard aux décrets rendus à l’époque où les esprits des païens étaient soulevés par la méchanceté contre cette loi si sainte » (Codex Theodosianus).

C’est que les « païens » s’étaient mêlés aux premiers Chrétiens, dans les villes et dans les maisons, et les défendaient.

Fabre d’Olivet, dans ses Vers dorés (p. 282), fait une remarque très judicieuse au sujet du mot Païen. Il dit : « Le nom de Païen est un terme injurieux et ignoble, dérivé du latin Paganus, qui signifie un rustre, un paysan.

« Quand le néo-christianisme eut entièrement triomphé du polythéisme grec et romain et que, par l’ordre de l’empereur Théodose, on eut abattu dans les villes les derniers temples dédiés aux Dieux des Nations, il se trouva que les peuples de la campagne persistèrent encore assez longtemps dans l’ancien culte, ce qui fit appeler par dérision Pagani tous ceux qui les imitèrent.

Cette dénomination, qui pouvait convenir dans le 5e siècle aux Grecs et aux Romains qui refusaient de se soumettre à la religion dominante dans l’Empire, est fausse et ridicule quand on l’étend à d’autres temps et à d’autres peuples. On ne peut point dire, sans choquer à la fois la chronologie et le bon sens, que les Romains et les Grecs des siècles de César, d’Alexandre ou de Périclès, les Persans, les Arabes, les Égyptiens, les Indiens, les Chinois anciens ou modernes soient des Païens, c’est-à-dire des paysans réfractaires aux lois de Théodose. Ce sont des polythéistes, des monothéistes, des mythologues, tout ce qu’on voudra, des idolâtres peut-être, mais non pas des païens. »

Ceux que les masculinistes appellent païens sont ceux que les féministes appellent « les gentils » parce qu’ils les soutenaient.

La haine des Jésuistes contre les Païens (qui étaient pour eux un reproche vivant qui les irritait) se manifestait violemment : ils détruisaient leurs temples, ou les convertissaient en églises catholiques, ils prohibaient leurs spectacles, leurs jeux, ils permettaient de se ruer sur eux, de les piller, de violer leurs femmes et leurs filles, de dévaster leurs sépultures, de saccager tout ce qui rappelait le culte de leurs divinités, le culte des Déesses désormais aboli.

De plus, avides autant que débauchés, ils volaient les richesses des familles païennes qu’ils faisaient injustement condamner ; avec cela, ils fondaient des couvents de prostitution qui s’enrichissaient promptement et étaient le commencement de la richesse ecclésiastique qui devait tant s’accroître en continuant le système de vol qui eut son point de départ du temps de la simonie de Paul.

Pour comprendre l’histoire que nous allons relater maintenant, il faut connaître l’état social du monde à l’époque qui va commencer.

Cet état social ayant toujours été présenté par les historiens modernes comme répondant aux préjugés actuels, l’histoire n’a jamais été impartiale et n’a jamais cherché à l’être ; elle a été une arme dont se sont servis ceux qui ont voulu dominer, et ils l’ont fait servir à leurs fins. L’histoire racontée par l’homme est celle de ses instincts et de ses luttes. Or le règne de l’homme s’occupe des choses matérielles, les guerres, les intrigues pour la domination.

L’histoire racontée par la femme est celle des impulsions de la nature féminine. Le règne de la Femme s’occupe des choses spirituelles. Elle raconte ses craintes de la brutalité de l’homme, ses efforts pour cacher ce qui la blesse, ses souffrances et ses humiliations.

Donc, l’histoire des hommes, c’est la demi-histoire et la demi-humanité.

Nous allons faire l’autre moitié de l’histoire, celle que les hommes ont cachée, parce que, de siècle en siècle, ils ont affirmé leur puissance et supprimé toutes les contingences qui en entravaient la manifestation.

L’ETAT, IMAGE DE LA FAMILLE

La vie sociale, c’est le prolongement de la cause dans les faits.

« L’État, ne venant qu’après la famille et tirant d’elle son origine et ses droits, ne peut évidemment rien entreprendre sur ce qui la constitue essentiellement », dit l’abbé Naudet.

Ce qui est premier ne peut être ni analysé ni critiqué. C’est la source même où puise la tradition, où s’alimente l’esprit.

La forme de l’antique Matriarcat était logiquement basée sur cette considération que la Femme est l’élément économique tant psychique que moral du monde. Elle est le centre de la famille. Où il n’y a pas une Mère, il n’y a pas de famille.

Son nom, Mater, a fait Matri-monial, dont les hommes ont fait patrimoine.

Elle est la vie morale et la vie matérielle, Elle est l’éducatrice et la protectrice, Elle est la Justice.

C’est pour cela que la famille a quelque chose de sacré et d’inviolable, que nous résumons dans le mot foyer et que les Anglais appellent le home (1).

C’est le lieu de refuge au milieu des difficultés de la vie, l’endroit où l’on sait qu’on est aimé et protégé et où le mal, l’ennemi, est impuissant et ne peut nous atteindre.

(1) En latin, Mora (demeure). En arabe, Morabit (uni à Dieu, mis pour Déesse). En gaélique, Mor (grand, monumental). Le wallon belge désigne encore la demeure par Mon. Ainsi, pour dire aller chez Fabre d’Olivet, on dira aller à Mon-Fabre d’Olivet.

LE CULTE FAMILIAL

Le culte de la Déesse-Mère a régné partout. Chaque maison a son atrium autour duquel se réunissent, pour la prière aussi bien que pour le repos, les membres de la famille matriarcale.

Ils chantent en commun les hymnes que leurs ancêtres leur ont légués. C’est, avant tout, la religion du Foyer, des aïeules, qui est le lien de la famille antique. La famille maternelle est une organisation religieuse.

Le caractère général des récits de cette époque, c’est la subordination des hommes aux Divinités, qui n’exigent pas seulement la piété, mais la pureté et la Justice.

L’ÉGALITE DES ENFANTS

Le régime maternel, c’est l’égalité des enfants devant la Mère et devant sa loi.

Dans le régime maternel, les hommes ne sont pas divisés en castes, il n’y a ni pauvres ni riches, tous travaillent, mais le travail n’avilit pas, au contraire, c’est une loi générale à laquelle tous se soumettent avec joie. C’est pour cela que l’antiquité nous montre la vie agricole sous un aspect poétique, esthétique et joyeux, que les modernes ne connaissent plus.

Le travailleur n’a pas l’aspect du prolétaire moderne, il ne se distingue pas par des vêtements sordides, par un langage vulgaire, par un manque d’éducation ; tout cela est le résultat des castes masculines. Le travailleur de l’ancien régime, c’est le berger qui chante les vers du poète, c’est la bergère enrubannée, gracieuse et même élégante, les dryades, les hamadryâdes, les nymphes, etc. La caste pauvre n’existe pas. Le peuple malpropre n’est pas né. Il y a partout beauté, propreté, abondance et joie.

Rappelez-vous les Bucoliques de Virgile. Celui qu’il appelle Tityre et qui chante sous un arbre ne ressemble pas au paysan moderne, malpropre, mal élevé, avare et souvent brutal.

ORGANISATION DU TRAVAIL

Quelques mots sur l’histoire de la propriété foncière, pour montrer que les biens nationaux ne sont légitimes que quand ils appartiennent à la Matrie.

Avant l’organisation matriarcale, les hommes erraient d’un lieu à l’autre, étrangers au sol qu’ils occupaient.

Les Déesses-Mères, en organisant le travail, divisèrent le sol et le délimitèrent pour les travaux agricoles. Elles donnèrent aux hommes la part de terre qu’ils avaient à cultiver. De là vint le mot tenancier, qu’on retrouve dans le vieux mot latin tenere (tenir ; celui qui a).

Mais le tenancier devait donner une part de ses produits à la Mère, à l’organisatrice, dont le rôle moral, maternel, éducateur, n’était pas producteur des biens matériels nécessaires à la vie. Il fallait donc que l’homme travaillât pour elle et pour les enfants de la collectivité. Il faisait cinq parts du produit de sa terre, en gardant quatre et donnant la cinquième à sa Maîtresse.

Le travail que représentent ces quatre parts a eu des appellations restées dans les langues. Ainsi, arbé, dans les langues celtiques, veut dire quatre. De là s’est formé arbeit qui, en celtique, signifie travailler (en allemand arbeiten).

Arabe est le nom donné à ceux qui étaient soumis à cette redevance (arba’a : quatre en arabe).

Arabe ne serait pas un nom de peuple, mais un nom générique désignant celui qui travaille la terre. Arare veut dire labourer.

Les Bretons étaient quelquefois appelés arbi (hébreu, heber, arabe), ceux qui travaillent.

Chez les Celtes, où Vyer signifie quatre, la grange dans laquelle se gardaient ces quatre parts fut appelée Vyer heim (vyer, quatre, heim, demeure), d’où nous avons fait ferme.

Le souvenir du cinquième lot payé à la Maîtresse laisse également des traces dans le mot five, qui signifie cinq et dont on fait fief.

Une ferme s’appela quinta chez les Ibères. Le grec pente, cinq, forma le latin penaere, payer l’impôt.

Et, si nous poussons plus loin, nous trouvons que, dans la langue géorgienne, cinq se dit chuth, qui n’est que le schot celtique, tribut. En Corée, cinq se dit tasel, désignant par son nom même la taxe imposée au tenancier.

La personne à qui était payé l’impôt s’appelait Fron (Frau, Dame). La terre de son obédience prit le nom de Fron-terre, dont nous avons fait frontière.

L’homme tenancier se fixa sur le sol où il errait auparavant sans s’y intéresser. A partir de ce moment, il contracta des habitudes de permanence, et cela eut un retentissement sur sa vie morale ; ses affections passagères devinrent plus durables quand il demeura dans un même lieu. Mais ce fut aussi le commencement de l’idée de propriété foncière, qui devait avoir un si triste avenir à cause de l’exagération que l’homme met dans tout ce qu’il fait, et à cause aussi de ce manque de jugement qui l’empêche d’apercevoir les causes naturelles des choses, surtout du Droit des Femmes, ce privilège donné à l’autre sexe et dont il ne comprend pas le motif.

C’est ainsi qu’avec le temps les hommes commencèrent à trouver bien lourde leur sujétion. Ils travaillaient sur un sol dont ils n’héritaient pas (la fille seule héritait). On vit alors des hommes, plus audacieux que les autres, s’attacher à la Maîtresse et prétendre partager avec elle la redevance des tenanciers.

Alors le cinquième donné fut divisé, et chacune de ses deux moitiés devint un dixième (la Dîme).

C’est ainsi que Joseph, à la cour de Pharaon, régla la taxe du peuple (Genèse, XLI, 24).

Cailleux dit : « Le cinquième se dédoubla dans la suite, par la séparation des pouvoirs (civil et religieux), ce qui produisit la Dîme. »

Par civil, il faut entendre le pouvoir masculin, et par religieux, le pouvoir féminin.

C’est le commencement du partage de l’autorité entre l’Homme et la Femme.

Par toute la terre, nous trouvons la même organisation.

La loi divine de Manou attribuait à la Déesse-Mère le sixième du revenu. Darius instaura en Perse cette redevance, mais dans des conditions de gouvernement masculin qui font de la Maîtresse un Maître. Quelle différence entre le Maître et la Maîtresse, entre la douceur dans l’assujettissement naturel de l’homme à la Femme et l’assujettissement forcé d’un homme sous le joug brutal d’un autre homme !

Le servage est issu de cet esclavage illégal, imposé par l’homme vainqueur à l’homme plus faible qui, ayant été dépossédé de ses droits de propriété par la force, est obligé de se soumettre à un Maître de terre, un Maître terrien, et se trouve forcé de lui consacrer une partie de son travail, comme l’homme des anciens temps gynécocratiques la consacrait à la Mère commune de la Tribu.

C’est encore ici l’imitation d’une loi légitime devenue illégitime par le changement des sexes.

L’homme doit le produit de son travail à la Femme parce qu’elle est d’une autre nature que lui et parce qu’elle est la Mère qui a enfanté l’humanité, il ne doit rien à un autre homme qui peut travailler comme il travaille.

L’obéissance de l’homme à la Femme est une vertu. L’obéissance de l’homme à un autre homme est une bassesse.

Celui qui, dans l’antiquité, cherchait à se libérer de l’autorité maternelle était flétri, et le mot libertin indique le sens de cette flétrissure.

Les principes qu’on inculquait à l’enfant lui donnaient le respect de l’autorité maternelle, il savait que sa soumission l’ennoblissait.

Le jeune homme était encore le dévoué serviteur de la Dame, et il en était récompensé par des marques d’approbation que sa conscience demandait, par des signes de tendresse que son cœur désirait. Cela mettait dans sa vie l’immense satisfaction du Bien réalisé, en même temps que cela le mettait à l’abri des soucis de la vie matérielle, la Dame pourvoyant à tout, et c’est pour cela qu’elle est la « Providence ». L’homme tenait tout de cette sécurité providentielle.

L’ancienne organisation matriarcale régnait partout, elle avait établi une autorité morale, religieuse et législative, invincible comme tout ce qui est basé sur les lois de la Nature.

« Chaque peuplade avait sa Grande Prêtresse, dit Edouard Grimard ; ces femmes jouaient un-rôle plus ou moins semblable à la fameuse Voluspa des Scandinaves, qui, avec une autorité que nul n’eut osé lui contester, dirigeait tout un Collège de Druidesses. Et, tandis que l’homme tremblait devant les manifestations d’un monde inconnu, les femmes, plus hardies, exaltées par leur enthousiasme, prophétisaient sous certains arbres centenaires, considérés comme sacrés. » (Cité dans Les Bibles de Leblois.)

« Chez les Celtes, dit Fabre d’Olivet, les Femmes du suprême sacerdoce exercèrent la première Théocratie. Un Collège de Femmes était chargé de tout régler dans le culte et dans le gouvernement. Les lois données par les Femmes étaient toutes reçues comme des inspirations divines.

« A la tête de chaque Collège de Femmes, car il y en avait dans toutes les contrées, était une Druidesse qui présidait le culte et rendait des oracles ; on la consultait dans les affaires particulières, comme on consultait la Voluspa dans les affaires générales. Leur autorité était très étendue. Leur nom vient de Drud, qui veut dire puissance directrice de laquelle dépendent toutes les autres. Les Druides, que l’on voit à côté des Druidesses, ne faisaient rien, sans prendre leurs avis. Le peuple recevait avec le plus grand respect les ordres et l’enseignement de ces prêtresses, qui exerçaient le pouvoir législatif, mais confiaient à l’homme le pouvoir exécutif. C’est ainsi que la Voluspa nommait un Kank (ou Kang ou King), qui signifia plus tard « roi », qu’on regardait comme le délégué de la Déesse institué par Elle, par sa faveur divine. Et le peuple se soumettait sans aucune hésitation à ce chef qu’elle avait nommé et qui était, autant pontife que roi. »

A cette époque primitive remonte la formation de la langue ; la création de la poésie et de la musique qui étaient appelées « la langue divine ». On dira plus tard « la langue des Dieux » quand on mettra des Dieux à la place des Déesses, mais, à l’origine, les Dieux ne sont pas nés.

« Tel avait été le décret divin que l’homme recevant ses premières impulsions de la Femme tiendrait de l’amour ses premiers développements », dit encore Fabre d’Olivet.

JUSTICE DIVINE

Les Déesses-Mères rendaient la Justice. C’était dans leurs attributions. Elles avaient, à certaines époques, des cours de Justice, que leurs ennemis appelaient des cours d’amour pour s’en moquer.

Celui qui avait offensé une femme était passible d’une amende, plus forte que s’il eût offensé un homme. Le viol était puni de la peine de mort.

LES DÉESSES-MÈRES

On désigne par le mot Mères les Prêtresses de la Déesse Hemoera. Ce nom a été trouvé dans de nombreuses inscriptions au bord de la Méditerranée.
Oscar Vignon, dans le Rhin français (31 mars 1917), dit :

« Le mot gaulois ma-yr (mair) a donné non seulement le mot latin mater, mais aussi cet autre, ma-yr-a, dont témoignent les vieilles inscriptions : Mairae.

« Les Romains élevaient des pierres aux trois Mères, qu’ils nommaient indifféremment Maïra, Mater, Matrona ; les trois Marie de Galilée ont continué la tradition.

« Comment se fait-il que les dictionnaires latins les plus récents passent ce Maïra sous silence ? »

Et Oscar Vignon ajoute : « Vous avez donc bien peur de voir éclater la Vérité Celtique, la Vérité Gauloise, que vous dissimulez avec tant de soin tout ce qui peut servir à la faire resplendir ! »

Donc, primitivement, la fonction des rois est d’accomplir la volonté des Déesses-Mères.

L’homme, guerrier par sa nature, savait conquérir de vastes pays, mais il ne devait agir que sous la volonté morale d’une Déesse. Il était « duc » (conducteur), mais non législateur. Quand les Catholiques auront pris le pouvoir, ils nous diront que « les rois devaient gouverner les âmes pour la gloire de la Reine des cieux et de la Terre ».

Cependant, des révoltes se produisirent. L’homme fort, devenu roi, brave le pouvoir suprême de la Déesse et va se révolter contre l’ancienne Justice. Les hommes déclarent qu’à l’avenir ils ne veulent plus être jugés par des femmes, ils veulent être jugés par des hommes comme eux ; on dira : jugé par ses pairs.

Et, quand les Francs vont régner, ils vont introduire dans leurs usages cet axiome : « Chaque citoyen ne peut être jugé que par ses pairs. »

Et, pour justifier cette prétention, on va mettre, à côté des Maïrs (les Prêtresses), des hommes qu’on appellera Mayer.

Les masculinistes feront venir ce mot de mak ou mok (force), mais, en réalité, c’est une altération masculine du mot Maer.

D’altération en altération, ce mot deviendra Ma-or (major) et finalement maire (1). C’est un pouvoir qui n’a pas comme excuse une supériorité intellectuelle, comme celui des Lochrs ; il ne vient que de la force brutale, qui, du reste, commence à être partout glorifiée. Hercule, qui la symbolise, va s’appeler Hérold chez les Celtes, d’où on fera Roll, Raoul, Rolland, nom qui, décomposé, Roll-land, signifie « l’homme fort dominant sur une étendue de terre ».

Puis nous voyons naître une royauté représentée par des hommes qui gouvernent par droit divin, c’est-à-dire droit concédé par la Déesse.

Ceux-là prennent le titre de Kank. On attache à ce mot Kank ou Konk (qui deviendra King) une idée de force morale, tandis que le mot Mayer ne représente que la force brutale. Aussi une violente rivalité s’éleva entre le Konk et le Mayer, et l’on a vu souvent les Mayer (les Maires) dépouiller les rois de leur autorité.

Depuis que les Celtes avaient abandonné la paisible gynécocratie, qui avait duré tant de siècles, ils ne marchaient plus que de division en division.

Cependant, au milieu des guerres, une sorte de vénération pour les femmes, que les hommes justes et éclairés continuaient à regarder comme divines, adoucissait l’âpreté des mœurs. Mais cette vénération ne devait pas rester longtemps générale ; la raison s’obscurcissant, l’homme n’aima plus la Femme, mais une femme. Alors le mot aimer changea de signification.

D’après les Latins, les Germains avaient gardé l’esprit des tribus matriarcales. Chez eux, la famille comptait plus que l’individu ; la tribu se rangeait sous une gynécocratie souveraine qui la guidait et la protégeait, à qui elle remettait le soin de sa destinée. Ces hommes avaient le respect des grandes Déesses et se soumettaient à leurs ordres : c’était l’esprit de vasselage.

Ceux que les Latins appellent les Germains, ce sont surtout les Hollandais et les Flamands. Leur nom primitif est teuch ou teuton. C’est chez eux qu’apparaît la Chevalerie, qui est la pratique de l’équité, la Justice Divine. Équitable (d’où équestre) a plus tard été remplacé par Chevalerie, parce que Marc’h signifie cheval dans l’ancien celte. De ce mot, on fera Marc (monnaie), mais on fera aussi Marquis, l’homme de marque.

Le Mark allemand, c’est le Marc’h dont l’effigie était sur les monnaies gauloises.

Le féal chevalier sera le vassal de la Dame-Fée (d’où Féal). Il sera Féal, ce qui indique la Foi et l’hommage que le vassal doit à sa suzeraine.

L’homme-lige, celui qui est lié par un lien moral (légal), promet à sa Dame toute fidélité contre qui que ce soit sans restriction.
(

1) Le comte Maurice de Périgny, archéologue français, a découvert au Guatemala, dans le district de Peten, les vestiges d’une immense cité de l’époque des Mayas, c’est-à-dire des Maïrs.

LES FRANCS

Après le départ des Romains, la Gaule fut envahie par des étrangers qui y apportèrent un nouveau ferment de révolte masculine.

C’est ainsi que, vers l’an 241, on trouve tout à coup des peuples du Nord appelés Francs.

Ce mot n’appartenait à aucune langue du pays. Il venait de frei et signifiait les fracasseurs, ceux que rien n’arrête.

Mais les Francs comprennent deux peuples et deux partis : les Francs-Saliens (masculinistes), ainsi nommés parce qu’ils viennent de l’Yssel ou Sala, et les Francs-Ripuaires (féministes), qui viennent des bords du Rhin, de Cologne et d’une partie de la Belgique.

Leurs chefs avaient un Roi suprême, ou roi inamovible, qui n’était autre qu’une Reine.

Leurs prêtres étaient supérieurs aux chefs (petits rois), mais ils obéissaient au Roi des Rois (la Reine), appelé « si-nist ».

Voyons ce qu’était ce Roi des Rois.

Le mot gone signifie femme (Théogonie, Divinité féminine). C’est chez les Celtes que nous allons trouver l’origine de ce mot « gone » et de ses dérivés.

L’histoire des Celtes nous dit que ce « Roi des Rois », le Roi permanent, inamovible (c’est-à-dire la Reine), s’appelait « ist », continu (qui avance, supérieur). C’est la supériorité naturelle que donne le sexe, l’avance dans l’évolution de la fille sur le garçon.

En même temps, les petits rois qui étaient révocables portaient le nom de Cunic (Cun-ic.) ; ce sont ceux-là qui étaient des hommes.

La terminaison « ic » servait à former des diminutifs. On prononçait aussi Conic ou Konig, et c’est de là que sont sortis les noms Konig, King, Koning, Kong.

C’est donc un diminutif de cun, con ou gone, qui désignait la Femme. Ce qui prouve que c’est bien d’elle qu’il s’agit, c’est qu’on nous dira que cun signifie l’aimable, l’élue (le vase d’élection).

Le mot latin cuniculus (lapin) vient de cun-ic-ulus (mon petit lapin), petit mignon. Cun-ic a fait en espagnol con-ejo. Ce mot est connu comme étant celtibère et se retrouve dans la symbolique de l’Ibérie.

L’histoire nous dira que Gondioc, le Roi des Rois, le sinist, qu’il faut écrire cyn-ist, franchit le Rhin à la tête de 80.000 burgondes (Francs-Ripuaires). Or Gondioc n’est pas un nom, c’est un titre comme Brenn. Ce mot, formé de gone et dioc, signifie surveillant, inspecteur, conducteur (de là doge et duc).
Gondioc est donc l’intendant de gone, celui qui agit sous les ordres de gone (Dioc, duc, c’est le lieutenant de la Reine, le gérant, le ménager de gone, et de gonic on fait gérance).

Gondioc se retrouve en breton dans Goni-dec.

Dans le Cornouailles, c’est Gonidoc, qui devient tioc, dioc. Et de tioc les Anglais font till, cultiver, parce que la culture de l’esprit se confond avec la culture de la terre, et alors gones signifiera cultiver et gôn plaine arable (gonys, cultiver la terre).

Toutes les mythologies des hommes ont confondu la Femme et la terre ; de là la façon dont le symbolisme avait représenté les sexes, montrant le féminin comme ce qui est plat (d’où plaine) et le masculin comme ce qui est saillant (d’où l’idée de colline, montagne), et ce mot saillant se retrouve dans salien, le parti masculiniste, alors que le parti féministe (plat) sera appelé ripuaire.

Donc, gone, pour les symbolistes, devient la plaine cultivable, et, si nous ne connaissions cette interprétation donnée par ceux qui ont voulu cacher l’histoire réelle, nous ne comprendrions rien à leurs explications.

Ainsi, M. Oscar Vignon nous dit que Gondimar vient de gone et moor ou mawr et que oic signifie le major de la plaine. Donc, cela veut dire « le major de la Femme ». En effet, dans Gondyn-maor, nous trouvons gon, femme, dyn, homme, et maor, major.

Dans Con-ty, major de la maison, majordome (ti signifie demeure). Le major-dome, c’est le major de la Dame (la Domina latine).

Des noms qui ont une étymologie féministe sont restés comme Con-dillac, Con-dorcet, Gon-dinet (dinet, petit homme) (1).

Les Burgondes, qui sont les primitifs Bourguignons, se disaient Bor-gon-dyn (bor, gras, gone, femme, dyn, homme).

Bor-gogne a fait Bourgogne. Et gogne (de gone) a fait gonia (chez les Grecs gunè). Les Latins en feront cognât (parenté par les femmes).

Le mot allemand Kunst, art, est mis pour Kun-ist (Kun, c’est Cun), mot qui signifie agrément suprême ou suprêmement agréable.

Donc, l’allemand vient du celte en grande partie.

Les petits roitelets sont appelés Al-ber (Al-bert), et aussi Beral et Ber-ic (l’article après), ce qui signifie le petitot, le petitpetit.

De Ber-ber, les Latins ont fait bar-bar.

Autre preuve que l’allemand dérive du celte : Wall-halla, assemblée de tous les Gaulois, est resté en allemand l’assemblée des dieux.
Toutes les Déesses portent des noms celtiques comme dans le panthéon Scandinave.

(1) Dans les antiques ballades des 2 Bretagnes, on chante le monarque des temps primitifs, qu’on appelle Cone, Conan ou Codon. La ville saxonne de Caen s’appelle de son nom primitif Cathom ; de là sont venus Cathare, Catherine. Conan Mériadec, c’est l’affidé de Mériam ou Myriam (auteure de la loi d’Israël, Ha-Thora).

ORIGINE DU MOT CONGRÉGATION

Le mot Con-grégation dérive du mot gaeren, anciennement réunir, qui désignait des associations de personnes qui s’appelaient des frères (herman ou german, d’où Germains pour les Latins qui ne comprennent pas les langues du Nord, mais qui constatent que ces peuples manifestent un grand respect pour la Femme).

Ils sont frères par la loi, c’est-à-dire par la croyance qui les relie à l’autorité féminine, d’où Con-grégation.

Les Con-grégations, ce sont les anciennes tribus matriarcales.

Le mot Germain semble désigner tous les peuples du Nord pour les Romains, car Tacite dit ceci : « Les Germains sentaient dans les femmes quelque chose de divin et de divinatoire. »

Il ne faut pas confondre les Germains avec les all-mands qui occupaient la rive droite du Rhin.

LES DEUX RACES

Voici donc, dans la Gaule Franque, deux races venant occuper le pays après le départ des Romains :

L’une, continuant la vieille tradition celtique, représentera la raison calme, la réflexion, la Justice : ce sont les Ripuaires.

L’autre, turbulente, et en lutte avec la vieille tradition féministe, impose ses idées et sa domination masculiniste, en même temps qu’elle supprime la Justice : ce sont les Saliens.

TRAHISON DES SALIENS

Les Francs-Saliens sont des renégats. Ils ont abandonné l’ancienne religion, antérieure à l’occupation romaine en Gaule, et sont devenus masculinistes avec les Latins.

C’est pour cela que nous les retrouvons appelés les Prêtres de Mars. Mais ils gardaient le titre de Saliens qui avait un grand prestige, tout en pratiquant une religion profane en opposition avec celle des anciens Germains (Flamands).

Comme tous les mots sur lesquels on ne Veut pas faire trop de lumière, on donne à celui-ci des étymologies Avariées et disparates.

Si nous les demandons aux savants modernes, ils nous répondent, en remontant au latin, que ce mot vient de salire qui veut dire sauter, que c’est l’acte du mâle qui prend possession de la femelle : saillir, mouvement qui se fait par saut, par élan ; mais aussi qui est en dehors, en relief, angle saillant opposé à angle rentrant dans les anciens symboles des Mystères.

Safaris : nom des prêtres saliens.
Saliatus : dignité de prêtre salien.
Salii : prêtres de Mars et d’Hercule.
Salio : danser, sauter, bondir.
Saltatio : danse.
Saltator : danseur, mime, pantomime.
Saltatus : réciter en dansant.
Les Italiens en ont fait saltarelle (de sauter) et saltimbanque.

Pourquoi le mot Salien est-il une trahison?

Parce que primitivement le mot Sala signifiait « lieu où se tiennent les réunions des fidèles de la science sacrée ».

Voici ce que de Grave dit de cette origine :

« Borsela, une des îles de la Zélande (Bor, d’où Boréens ; sele, en latin sala ou salia), veut dire salle des Boréens, (Sala comitum), lieu d’assemblée.

« En traitant de l’étymologie de Franci Salii, que quelques-uns font dériver du fleuve Sala, Alting tire ce mot sala de comitii loco, salle étant le nom du sanctuaire où les chefs du peuple tenaient leurs assemblées pour régler les affaires publiques ; le mot sale a la même racine que salig, beatus, saligheid, salus. On regardait comme sacrés (salig) les lieux où les gouvernants tenaient leurs séances. C’était là que l’on statuait sur le salut (salig-heid) de l’État. On donnait aux lois qui en émanaient l’épithète de saliques (Salige Wetten) lois sâlutaires ou sacrées. »

Les modernes, pour cacher cette étymologie féminine, nous diront que Sala était le nom d’un affluent de la Marne et que c’est sur les rives de cette rivière que s’établirent les Francs.

D’autres nous diront que le mot sala signifiait chez les Francs, « maison », parce que dans l’ancien haut-allemand salle veut dire maison.

LES DEUX PARTIS

Les adhérents de ces deux partis, Salien et Ripuaire, se vouèrent une haine implacable.

Ils vont représenter dans l’histoire deux races qui dirigeront tour à tour les destinées du pays, mais chacune en y apportant sa psychologie spéciale.
Nous ferons comprendre aux modernes cette différence en disant que les Ripuaires furent et restèrent les hommes de salon (sala), les Saliens les hommes du dehors, de la rue.

Les hommes de la rue sont arrivés à former des associations masculinistes très importantes, mais dont les femmes ont toujours été exclues ou bien où elles ont eu un rôle très secondaire, effacé, toujours subordonné à l’autorité de l’homme.

Les hommes des salons, quelles que soient les doctrines que les fluctuations sociales aient introduites dans le monde, sont restés des êtres policés, obligés au respect, parce qu’ils sont chez la Femme, dans son domaine, sous sa loi. Et ce sont eux qui ont toujours sauvé la civilisation.

CE QUE DISENT LES MODERNES

Les Ripuaires, qu’on accusait d’être efféminés parce qu’ils représentaient le parti féministe, étaient appelés grenouilles ; on les ridiculisait.

Les Saliens, leurs ennemis, étaient considérés comme des gens rustiques, manquant d’esprit. On les appelait grues, oies, pour représenter par une figure l’organe qui était l’origine de leur bêtise.

C’est cette oie symbolique que nous retrouvons au Capitole dans le temple de Jupiter.

Fabre d’Olivet dit : « Les Ripuaires étaient ainsi appelés du mot ripa ou riba, qui signifiait rivage, et les Saliens, à cause du mot sal ou saul, qui exprimait une éminence. C’est de ce dernier mot que sortent les expressions sault, seuil, saillant, et l’ancien verbe saillir.

« A l’époque de la domination des Étrusques, les Celtes Saliens, prêtres de Mars, avaient la coutume de sauter en chantant des hymnes à leur dieu. Leur enseigne, qui était une grue, s’ennoblit assez, par la suite, pour devenir l’aigle romaine. Il en arriva autant aux grenouilles des Ripuaires, qui, comme on le sait assez, sont devenues les fleurs de lys des Francs. » (L’État social, t. I, p. 249.)

Les Saliens avaient pour emblème un taureau portant une grue sur le dos, les Ripuaires une grenouille, mais le taureau fut abandonné et la grue resta seule.

Certains auteurs diront par ironie que les Saliens étaient les prêtres de Vénus, alors qu’ils étaient les ennemis des Vénètes (initiés du culte féministe. Vénètes viens de Vénus).

Ils ont toujours eu une mauvaise réputation. Dans les temps modernes, on dit encore de ceux qui font parodie d’autorité ou de sainteté : « Ce sont des sauteurs. »

A suivre …

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