Les Celtes Livres de Femmes Livres de Vérités

Livres de Femmes, Livres de Vérités (11) Conséquence de l’invasion romaine 1/2

La mort n’est que le milieu d’une longue vie. Sagesse celte

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique
5ème chapitre : La guerre des sexes dans la Grèce antique
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6ème chapitre : De l’Israélisme au Judaisme
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7ème chapitre : Origine et histoire du christianisme
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8ème chapitre : Vierge Marie et mystère de l’Immaculée Conception
9ème chapitre : Faits et temps oubliés
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10ème chapitre : Celtes et latins
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Chapitre 11

APRÈS L’INVASION ROMAINE

Résumons l’histoire de la conquête de la Gaule par César.

Une peuplade gauloise, alliée des Romains, les Eduens, prit une attitude conquérante sur les autres tribus.

La tribu des Séquanes, pour se venger, appela à son aide une tribu teutone commandée par Arioviste. Les Eduens furent vaincus, mais Arioviste voulut alors dominer les Séquanes, qui se virent obligés d’appeler à leur tour les Eduens pour les défendre. Les deux tribus s’unirent, mais furent ensemble vaincues par le chef germain qui exerça sur elles la plus complète tyrannie.

Elles appelèrent alors Rome à leur aide, et Rome envoya César qui vainquit toute la Gaule.

En 58, César parut en Gaule, au moment où les Helvètes (les Suisses) attaquaient aussi la Gaule, pour lui prendre une part de son territoire. César les vainquit. Alors les Gaulois félicitèrent le proconsul romain de les avoir délivrés de cette invasion et, se mettant sous sa protection, le prièrent d’expulser aussi Arioviste, ce qu’il fit.

Dès lors, tous les hommes galliques acclamèrent César comme un libérateur.

Après une diversion causée par une invasion des Cimbres (Danois) et des Teutons, qui furent vaincus par les Romains, nous retrouvons les Gaulois en lutte avec leurs voisins et livrés à la guerre civile.

La Province aurait pu profiter de cette guerre civile pour recouvrer son indépendance, mais César, profitant de cet état d’esprit, établit l’armée romaine dans le pays, leva des tributs, entassa des vivres et gouverna les Assemblées fédérales.

Rome avait un tel prestige aux yeux des hommes que, loin de songer à se soustraire à sa domination, ils se divisèrent en deux partis, romains tous deux, l’un qui se joignit au peuple, l’autre aux partisans du Sénat. Et ce fut une abominable guerre civile au milieu de laquelle sombra le pouvoir féminin, dominé par la tyrannie du vainqueur et la rapacité des proconsuls.

Cette Province, jadis si heureuse, perdit bientôt toute vigueur et tout souvenir de sa nationalité ; elle s’anéantit dans la domination romaine et ne conserva pas trace de son ancien gouvernement gynécocratique, si prospère.

C’est alors que Vercingétorix essaya de relever son malheureux pays, sans autre résultat que l’exil et le martyre.

César cherchait à établir la domination romaine par la ruse. Cependant, les Celtes du Nord (Belges) se méfiaient de lui, de ses actes et des alliances qu’il recherchait, et ils formèrent une ligue contre lui. Ce fut le commencement de la guerre de conquêtes qui dura six années, de 58 à 52, et qui fut terrible.

César promena le fer et le feu dans toutes les tribus gynécocratiques, qu’il anéantit les unes après les autres, souvent en les excitant les unes contre les autres (diviser pour régner). Il alla jusque dans la Grande-Bretagne pour effrayer et arrêter les Celtes réfugiés dans cette île.

Quelques tribus résistaient encore ; une d’entre elles, celle des Cadurques, commandée par Luctère, s’enferma dans Uxellodunum, petite ville détruite dont on retrouve les débris dans la commune de Saint-Denis, sur les confins des cantons de Martel et de Vayre (dans le département du Lot) ; elle était située sur une petite colline appelée en patois du pays Puech d’Uxellon. Elle ne se rendit qu’après une si vive résistance que César exaspéré devint féroce et, pour épouvanter les peuples, fit couper la main droite à tous ceux qu’il venait de vaincre, mais leur laissa la vie pour que la mutilation

(1) rappelât longtemps leur rébellion et leur châtiment.

Enfin, en l’an 52, César vit la Gaule tout entière soumise à sa puissance. Il laissa ses légions dispersées dans les garnisons et revint en Italie où il se fixa à Pise.

César s’appelait Caius, nom latinisé de Caïn. Il fut tué par son fils adoptif Brutus.

C’est ainsi que la Gaule, affaiblie par ses discordes intestines, ne put pas échapper à la domination étrangère qui se partagea ses dépouilles, ne trouvant plus en elle qu’un cadavre sans force.

C’est alors qu’on dut se souvenir, mais trop tard, des paroles de Velléda qui disait aux Gaulois :

Est-ce là le reste de cette nation qui donnait des Lois au monde ? Où sont les États florissants de la Gaule, ce Conseil des Femmes auquel se soumit le grand Annibal ? Où sont ses Druides et ses Druidesses qui élevaient dans leurs collèges sacrés une nombreuse jeunesse ? Proscrits par les tyrans, à peine quelques-uns d’entre eux vivent inconnus dans des antres sauvages.

Velléda, une simple Druidesse, voilà donc tout ce qui vous reste aujourd’hui.

« 0 île de Sayne, île vénérable et sacrée, je suis demeurée seule des neuf Vierges qui desservaient votre sanctuaire ! » (Chateaubriand, Les Martyrs.)

Les Gaulois, alors, durent comprendre que, pour se libérer de la domination si douce et si juste de la Déesse-Mère, ils s’étaient jetés dans une aventure qui avait été pour eux un danger réel, puisqu’ils s’étaient donné des maîtres bien plus terribles !

L’invasion de Jules César dans la Gaule avait porté la terreur dans le pays, dans cette Gaule dont Horace dit : « la terre où l’on n’éprouve pas la terreur de la mort ».

Les femmes s’étaient montrées d’une vaillance admirable.

Au siège de Gergovie, elles avaient, par leurs objurgations, fait retirer les Romains. C’étaient des vaillantes qui préféraient la mort aux déshonneurs d’être livrées aux hommes qui venaient violer leurs droits. Les Femmes, à cette époque, prenaient part aux combats, non seulement comme soldats, mais comme commandant en chef aux guerriers les plus fameux, qu’elles égalaient par leurs exploits.

Les Vierges gauloises, prêtresses, guerrières et prophétesses, prenaient part au conseil (2), donnaient leurs avis et décidaient avec les hommes de la paix ou de la guerre.

Ces mêmes Gauloises excitaient leurs maris, leurs frères et leurs fils au combat, défendant les villes, aidant aux retranchements des camps. M. Flach cite à l’appui l’Augusta gallo-romaine, Aurélia Victorina, qui fit trois empereurs et fut surnommée « la Mère des camps » par les soldats qu’elle menait à la victoire.

La Gaule vaincue par César n’exista plus dans sa première forme de République celtique groupée en Nations fédérées (comme la Suisse), elle ne fut plus qu’une dépendance de Rome, une province romaine.

Quand la résistance des femmes et des Celtes eut cessé, César séduisit les Gaulois masculinistes par le prestige de la force ; il les enrôla dans son armée et se fit d’eux des auxiliaires utiles à ses fins contre Rome. Grâce à eux, il devint le seul maître dans sa patrie, qui perdit sa liberté par l’action de ces Gaulois que César avait vaincus et asservis.

Dès lors, le territoire de la Gaule va servir de champ de bataille à l’ancienne civilisation celtique, qui ne veut pas mourir, et à la barbarie romaine qui veut la vaincre.

C’est la formidable lutte des sexes qui va se dérouler à travers l’histoire pendant des siècles. La Gaule va être le théâtre des plus grands événements, les peuples les plus divers y viendront.

Mais elle a perdu la force que lui donnait « le Droit », et elle ne la retrouvera qu’avec la rédemption de l’Esprit féminin et le retour à l’ordre qui résulte du droit naturel sur lequel s’appuie la Gynécocratie.

Le régime masculin empruntera à tous ce qu’il pourra, il ne produira rien par lui-même, il s’assimilera les idées des autres hommes, fermant hermétiquement les issues par lesquelles pourrait resurgir la pensée féminine.

Fabre d’Olivet dit (Etat Social, t, II, p. 31) :

« Jules César fit la conquête des Gaules. Il n’y avait plus de Celtes proprement dits ; le nom antique s’était bien conservé, mais la nation avait disparu. Il n’existait pas davantage de Gaulois, de Tudesques, ni de Polasques ; ces noms persistaient seulement comme monuments historiques. On aurait cherché en vain les nations qu’ils avaient primitivement désignées. On trouvait dans les Gaules les Rhètes, les Bibractes, les Rhutènes, les Sénones, les Allobroges, les Alvernes, les Carnutes, les Bitures, les Hennètes et une foule d’autres.

« La Germanie, qui avait pris la place du Teutsland, et la Sarmatie, qui tenait lieu du Poland et du Rosland, étaient également partagées entre une infinité de peuplades.

« Les Gaulois donc que César vainquit n’étaient plus précisément des Gaulois et encore moins des Celtes ; c’était un mélange de cent petits peuples qui souvent ne s’entendaient pas entre eux. »

Et ailleurs Fabre d’Olivet dit encore (Etat Social, t. II, p. 29) :

« Le culte public, privé de base, ne consistait plus qu’en vaines cérémonies, en superstitions atroces ou ridicules, en formules allégoriques qui n’étaient plus comprises. Le corps du peuple se reposait bien encore sur ce fatras indigeste de mythologie phénicienne, étrusque et grecque, et se livrait bien à quelques croyances vagues, mais la tête de la nation ne recevait aucune de ces idées comme vraies ; elle les considérait seulement comme utiles et s’en servait politiquement. Les Augures, les Aruspices se faisaient pitié l’un à l’autre et, selon la remarque de Cicéron, ne pouvaient plus se regarder sans rire. »

(1) La main-morte, dans son origine, vient de la force et de l’absurde pouvoir dans les siècles barbares, où les grands tenaient les petits dans l’esclavage le plus rude et se servaient d’eux pour défricher la terre, comme aujourd’hui nous nous servons des animaux.

Des seigneurs osèrent expliquer le mot par la chose en se faisant apporter dans leur manoir la main coupée de l’homme de main-morte décédé, comme un avis de sa mort et du besoin de lui constituer un successeur de même condition.

(2) Chateaubriand nous dit : « Je n’ignorais pas que les Gaulois confient aux femmes les secrets les plus importants, que souvent ils soumettent à un conseil de leurs filles et de leurs épouses les affaires qu’ils n’ont pu régler entre eux.

« Les habitants de l’Armorique avaient conservé leurs mœurs primitives et portaient avec impatience le joug romain. « (Les Martyrs, Livre IX.)

ETAT MENTAL DE L’HUMANITÉ RÉSULTANT DU POUVOIR ABSOLU DE L’HOMME

Il est curieux d’étudier dans l’Empire en décadence les formes diverses que prend la Religion, depuis qu’il n’y a plus de Religion.

On ne croit plus aux Dieux parce qu’on ne croit plus aux Déesses ; ils sont tombés ensemble. Mais alors que croire ?… Et comme l’âme humaine a horreur du vide, quand la foi ne la remplit plus, la superstition s’y précipite ; on admet les idées les plus absurdes, des rites sans explication, des cérémonies sans raisons, des prières sans conviction, des offrandes sans amour, des sacrifices impies.

Et les prêtres de ces cultes irréligieux sont occupés de divination, de magie, de sorcellerie, tout cela entouré de grands mystères afin d’impressionner les gens crédules, et cela réussit. « Plus le pouvoir est mystérieux, dit Lucain, plus il est redouté. »

Il n’y a plus qu’une chose universellement imposée : l’erreur ; c’est pour cela que la foi est exigée par le prêtre, qui se donne l’autorité morale de la Prêtresse. Il impose ses erreurs parce que la Femme imposait sa science, sachant que l’homme n’est pas juge de la vérité religieuse. Le Prêtre retourne tout cela et l’exploite à son profit : « Malheur, dit-il, à celui qui doute ou qui nie, la damnation éternelle l’attend ; l’Enfer et les supplices sont le partage éternel des incrédules. »

Les écoles masculines qui se fondent sont intolérantes, leurs dogmes sont déclarés sacrés, en trahir un seul est un crime. Et ceci est encore une ancienne idée dénaturée : la Prêtresse avait tant dit que trahir la Vérité et la Justice était le crime des crimes, que ceux qui imitent son sacerdoce imposent leurs erreurs comme elle imposait ses Vérités. C’est ainsi que les clercs, attachés à la lettre, greffent sur elle des subtilités troublantes. On crée un vocabulaire nouveau pour exprimer ces idées nouvelles.

Ils ont d’abord lutté contre la doxie qui était la croyance, l’eudoxie (la bonne croyance), qu’il fallut désigner ainsi quand les Prêtres firent une mauvaise croyance, une cacodoxie.

Les tentatives masculines pour faire une religion sans femmes aboutissent à la nouvelle forme religieuse d’Auguste, le culte de la Cité Reine.

A Rome, on ne regardait la religion que comme une institution politique ; on nommait le Souverain Pontife non à cause de sa valeur morale, mais à cause de ses opinions et des services qu’il pouvait rendre. Du reste, les convictions étaient si peu solides, depuis qu’on avait perdu la vraie foi, que c’était la coutume de mêler les cultes des religions les plus diverses.

Agoréus Praetextatus, le Père des Pères, que met en scène le livre des Saturnales, cumule les sacerdoces les plus variés. Il est Quindécemvir, Pontife de Vesta, Hiérophante d’Isis. Sa femme, Aconia Paulina, se félicite d’avoir été initiée aux Mystères de Bacchus, de Cérès et de Cora, à ceux du Liber de Lerna, d’Isis et de l’Hécate d’Egire.

Au milieu de tout cela, la philosophie grecque voulut se donner quelques-unes des formes et des allures d’une religion et prétendit prendre la direction des consciences. Ce fut une tentative stérile, impuissante à agir sur les cœurs et sur les consciences, quoiqu’elle eût un semblant de réussite sous les Antonins.

« Jamais, dit M. Gasquet, le monde n’a vu pareil débordement, pareille orgie de surnaturel ; jamais tant de devins, de charlatans, d’astrologues, de vendeurs de pieuses recettes et d’amulettes ; l’espace se peuple de génies et de démons qui interviennent pour faire de la vie de l’homme un miracle. D’extravagantes chimères hantent les cerveaux les plus lucides. Mais cette folie même est le signe d’un travail intérieur, d’une fermentation spirituelle, d’une attente. Des préoccupations nouvelles, des mots nouveaux circulent, qu’on entend dans les réunions secrètes, dans les associations des humbles, et qu’on retrouve sur la pierre des inscriptions. L’âme est, en sa vie, au tournant de l’inconnu et de l’au-delà, elle réclame un sauveur, elle aspire au salut, elle souffre de la tare intime du péché ; non de cette amertume que laisse après elle la faute commise, mais de cette souillure radicale et foncière, qui vient de l’infirmité originelle de l’homme. Pour la laver et l’épurer, on a recours aux lustrations, aux expiations connues, et l’imagination enfiévrée en invente de nouvelles ».

Toutes les anciennes religions sont discréditées, parce que toutes ont été altérées.

Le Judaïsme a remplacé l’Israélisme qui avait joui d’une extraordinaire faveur à cause de sa haute morale et de la simplicité grandiose de son dogme, résumés dans ces deux mots : la Femme ; le Bien. Tout cela est remplacé par le Talmud qui discrédite la race juive.

Le culte de Cybèle est devenu charlatanesque depuis que les prêtres, les Galles, s’en sont emparés. Il est réduit à l’état de basse superstition populaire.
On tourne les yeux vers Isis, on cherche Mithra. Mais Isis est trop femme pour la Rome des hommes ; Mithra leur plaît davantage, il est plus viril et répond mieux aux idées du temps.

« Le monde, dit Renan, eût été mithriaste, si le Christianisme avait été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle. »

CALIGULA

C’était le temps où le monde était conduit par des aliénés. Le plus monstrueux de ces fous fut peut-être Caligula.

Caius César Caligula, au moment de la mort de Tibère, restait seul des fils de Germanicus. Sa mère avait été condamnée, ses frères exilés. Il voyait tout cela sans émotion ; il était déjà doué de l’insensibilité des aliénés et se livrait à des amusements de bas étage. Son adolescence annonçait ce qu’il serait à l’âge viril.

Caligula, du temps de Tibère, montrait déjà quels horribles goûts il aurait plus tard : les supplices étaient pour lui un spectacle plein de charme, et Tibère l’avait deviné et jugé lorsqu’il disait : « C’est un serpent que je nourris pour le genre humain. »

Il s’appelait Caius, nom qui est l’ancien Caïn de la Bible, latinisé ; on lui donna un surnom, Caligula, qui vient de caliga, nom de la chaussure militaire qu’il portait dans son enfance, alors qu’il vivait dans les camps au milieu, des soldats. Dès son enfance, il avait été sujet à des crises nerveuses violentes, moitié épilepsie, moitié hallucination, pendant lesquelles il voyait des choses effrayantes et s’entretenait avec des êtres ou des objets imaginaires.

Plein d’instincts vicieux, sa raison mal équilibrée, il ne pouvait vouloir que le mal ; puis, esprit déclamatoire et vaniteux, Caius n’attendit pas longtemps pour établir sa folie.

L’homme modeste des premiers jours se fit donner du jour au lendemain tous les titres d’abord refusés ; la liste en est longue auguste, empereur, père de la patrie, grand pontife, fils des camps, père des armées, sans oublier certaines épithètes qui faisaient également bon effet à énumérer dans les cérémonies solennelles et autres, par exemple le grand, le pieux, l’excellent, l’’action de lèse-majesté, si terrible du temps de Tibère, et supprimée par Caius à son avènement, fut rétablie. Les crimes commencèrent alors. Silanus, son beau-père, le gênait : il lui fit dire de se tuer.

Le jeune Tibère, au dire de César, avait pris du contrepoison, par crainte d’être empoisonné par l’empereur ; cette défiance était un outrage : il lui fit dire de se tuer. Macron, son ancien confident du temps de Tibère, le rappelait parfois aux règles du décorum et de la bienséance ; cette surveillance était importune : il lui fit dire de se tuer. Ce genre de supplice était d’ailleurs devenu à la mode, et l’on s’y soumettait, en général, d’assez bonne grâce.
Mais tout ceci n’est que de la férocité ; voici la folie.

La puissance que possédait Caius et la platitude avec laquelle s’inclinait devant cette puissance quiconque approchait l’empereur, lui firent définitivement croire qu’il n’était pas de la même race que les hommes. C’était, du reste, un brillant raisonneur, et il s’adjugea la divinité en vertu du syllogisme suivant : « Ceux qui conduisent les bœufs, les moutons et les chèvres, ne sont ni bœufs, ni moutons, ni chèvres ; ce sont des êtres d’une nature supérieure ; ce sont des hommes. De même, ceux qui conduisent les hommes ne sont pas des hommes, mais des dieux. » Il montra pourtant une certaine modération au début, et ne fut que demi-dieu.

On le voit être successivement Hercule, Castor et Pollux, Amphiaraûs ; puis il devint tout à fait dieu : un jour c’est Bacchus, un autre jour Apollon ; une autre fois c’est Mercure, puis Neptune, puis Vénus (ce jour-là, il était doublement fou) ; il ne lui reste plus qu’à se faire Jupiter, et il se proclame Jupiter. Il prend les temples des dieux, il vole leurs statues, il leur fait couper la tête ; on ajuste la sienne à la place ; il a des machines qui imitent le tonnerre et les éclairs ; il lui naît une petite fille, il confie à Minerve les fonctions de gouvernante de l’enfant. Sa sœur Drusilla meurt, la sœur d’un dieu sera déesse naturellement, et même un sénateur est chargé de venir jurer officiellement qu’il l’a vue monter vers l’Olympe.

Car, il faut bien le dire, en devenant dieu, Caius était tout simplement devenu plus féroce et plus raffiné dans sa cruauté. Tuer, toujours tuer, même sans aucune raison de vengeance, d’intérêt ou de peur, voilà la pensée qui obsède l’esprit de ce monstre.

Des gladiateurs sont vieux et infirmes, il les fait jeter aux bêtes.

La viande devient chère, il nourrit les bêtes du cirque avec des prisonniers. Un gladiateur, avec qui il faisait des armes, feint d’être vaincu et tombe ; Caligula lui donne traîtreusement un coup de poignard. Dans un sacrifice où il jouait le rôle de sacrificateur, il se trompe volontairement de tête, et abat la hache non sur la victime, mais sur le victimaire. Il ne donne plus un banquet, il ne célèbre plus une orgie, sans avoir à côté de lui, comme instrument de volupté exquise, le bourreau qui n’attend qu’un signe pour torturer ou tuer.

Sa folie était d’autant plus atroce qu’elle était savante et qu’elle avait une habileté merveilleuse pour tirer d’une douleur tout ce qu’elle pouvait donner. Quand il condamnait les fils à mort, il invitait les pères à l’exécution, et envoyait poliment une litière à ceux qui étaient trop souffrants pour marcher. On connaît cette horrible aventure d’un père dont le fils aîné venait d’être tué, que l’empereur invita à un festin, et qui non seulement n’osa pas refuser, mais encore étouffa sa douleur et ses larmes pour boire gaiement à la santé de Caligula. Pourquoi ? dit Sénèque dans son dramatique langage. Parce qu’il avait un autre fils.

Quand le monstre ne tuait pas, il faisait entendre des paroles dignes de ses actes : c’est lui qui regrettait que son règne ne fût pas signalé par quelque calamité épouvantable ; c’est lui qui souhaitait que le peuple romain n’eût qu’une seule tête pour la couper d’un seul coup.
Que dire de ses prodigalités inouïes, de ses constructions extravagantes ; de ses dons à des farceurs, des bouffons, des cochers ; de ses repas où la dépense se comptait par millions ?

En un an, les prodigieuses économies de Tibère avaient disparu.

Mais tout cela ne serait rien si cette ruine n’avait pas stimulé sa cruauté : proscriptions, suicides par ordre, confiscations, condamnations rétrospectives, testaments exigés et suivis promptement de la mort du testateur, sont ses moyens journaliers de remplir ses coffres vides. Il jouait un jour, en Gaule, et perdait ; comme il n’avait pas d’argent, il se fait apporter la liste des contribuables, désigne pour la mort les plus imposés, et s’adjuge leur fortune. On n’en finirait pas si l’on voulait raconter tous les procédés qu’il employait pour piller. L’amour de l’or était devenu chez lui une rage : il en fit un jour remplir une salle, ôta ses sandales, marcha et se roula sur les pièces d’or comme sur le plus moelleux tapis.

Non seulement il voulait être le plus riche de tous, mais le plus beau, le plus grand, le plus habile, le plus éloquent, le mieux vêtu, le mieux coiffé même, et malheur à quiconque lui portait ombrage ! Disons bien vite que c’était à qui s’humilierait, s’avilirait devant lui. On ne s’étonnera donc pas de l’immense mépris qu’il portait au genre humain, et l’on ne trouvera pas trop extraordinaire qu’un jour il se soit mis en tête de faire nommer consul, qui ? Incitatus, son cheval.

Ce maniaque, moitié par cupidité, moitié par vanité, eut envie de faire la guerre. Il partit, et passa le Rhin. Il se trouva que les ennemis n’étaient pas là ; mais un soldat s’étant avisé de dire : « Quel désordre, si l’ennemi apparaissait ! », Caius se prit de peur, descendit-de sa voiture, monta à cheval, et regagna le pont à toute bride. Le pont, malheureusement, était encombré ; il fallut passer de main en main et par-dessus les têtes le vaillant empereur, qui ne cessa de trembler que sur la terre de Gaule.

Mais il fallait à toute force une victoire. Une première fois, il fait cacher quelques prisonniers dans un bois voisin du Rhin ; ils reviennent, par ordre, avec un grand fracas. L’empereur, sur l’avis que l’ennemi arrive, quitte noblement son repas, il était à table, et s’élance avec quelques cavaliers et ses convives sur ces ennemis formidables : on ne les voit plus ; ils avaient fui.

L’empereur fait dresser des trophées, réprimande ceux qui ne l’ont pas suivi, et distribue des récompenses aux compagnons de ses dangers et de sa victoire.

La gloire qu’il avait acquise en Germanie par cette guerre simulée le mit en goût pour une autre expédition aussi glorieuse.

Jules César avait remporté sur les Bretons une victoire fort douteuse ; en tout cas, la Bretagne semblait rangée de la liste des conquêtes à venir de Rome.

Caius trouva qu’il lui appartenait de faire ce que les autres ne faisaient pas : son armée vint se ranger sur les côtes de la Gaule ; quant à lui, monté sur sa galère, il s’avança à quelque distance du rivage, et revint. La guerre était terminée ; il n’avait pas vaincu la Bretagne ; il avait fait beaucoup plus et mieux ; de son regard d’aigle, il avait vu que l’Océan était dompté. Il proclama son triomphe du haut d’un trône, devant toute son armée ; les soldats, par ses ordres, ramassèrent des coquilles sur la grève, pour les rapporter comme dépouilles au Capitole ; puis il fit bâtir un phare, monument destiné à transmettre aux races futures le précieux souvenir de cette étonnante expédition.

Sur ces entrefaites, il y eut des difficultés à Alexandrie et à Jérusalem au sujet de l’établissement du culte du dieu Caius.

Les Juifs étaient assez nombreux dans la première de ces villes pour y jouer un rôle important, et, quant à la seconde, ils y étaient absolument maîtres, à tel point que les gouverneurs romains prenaient les plus grandes précautions pour ne pas choquer leurs scrupules religieux.

Lorsqu’il fut question d’introduire la statue du nouveau dieu dans les synagogues, ce fut un cri général d’alarme et d’indignation, dans le peuple israélite, à la pensée de cette idolâtrie sacrilège. Il y eut des pourparlers, des ambassades, des négociations, des supplications, des lueurs d’espérance presque aussitôt éteintes : avec un fou comme Caius, on ne pouvait compter sur rien.

Si Rome fut gouvernée par des monstres, c’est que la foule romaine était tellement pervertie qu’elle admirait toutes les manifestations du mal et les encourageait. Son éducation était faite dans les principes de la misogynie.

LA FOLIE SANGUINAIRE DES ROMAINS

Comment dire le terme des égarements, comment sonder la profondeur de l’abîme dans lequel l’homme peut s’enfoncer quand il se libère de la direction morale de la Femme, Elle qui est son idée directrice ? Sans Elle, il devient un corps sans âme, comme Elle est, sans l’homme, une âme sans corps, c’est-à-dire sans action.

La Nature a donné à chacun des fonctions différentes : l’homme féconde le corps de la Femme, et la Femme féconde l’esprit de l’homme.

C’est dans l’exercice du pouvoir que l’on voit ce que vaut l’homme, puisqu’alors, ne reconnaissant plus aucun frein, ses actions sont l’expression de sa nature librement manifestée.

La Rome des empereurs nous montre un étalage de monstruosités inouïes. Partout crime et luxure, ces deux monstres accouplés. Les hommes subissent un empoisonnement moral qui les fait dépérir ; on les voit se précipiter dans tous les excès et commettre les violences les plus outrées.
Une phrase de Sénèque nous apprend que, sous Auguste, un Volésus, proconsul d’Asie, avait fait décapiter trois cents hommes en un jour et qu’il se promenait fièrement, content de son œuvre, au milieu de ces trois cents corps décapités.

Sous Trajan, on voit un préteur d’Afrique qui se conduit comme un brigand dans sa province ; il volait et se faisait payer pour tuer des innocents.

Les orgies immondes des palais servaient d’exemple au peuple.

Les violences, les brutalités des empereurs excitaient celles des inférieurs.

Le livre grec de Philodime, trouvé dans les papyrus d’Herculanum, nous montre les maîtres estropiant leurs esclaves, leur crevant les yeux, et les esclaves exaspérés tuant la femme et les enfants du maître et brûlant ses maisons.

Voici Caligula jugé par Suétone (Collection des auteurs latins publiée par Nisard, p. 117, Suétone, XXXVI) :

« Il n’eut aucun souci de sa pudeur ni de celle des autres, et il passa pour avoir aimé d’un amour infâme M. Lépidius, le pantomime Mnester et quelques otages. Valérius Catullus, fils d’un consulaire, lui reprocha tout haut d’avoir abusé de sa jeunesse jusqu’à lui fatiguer les flancs. Sans parler de ses incestes avec ses sœurs, ni de sa passion bien connue pour la courtisane Pyrallis, il ne respecta aucune femme de distinction. Le plus souvent il les invitait à souper, avec leur mari, les faisait passer et repasser devant lui, les examinait avec l’attention minutieuse d’un marchand d’esclaves ; et, si quelques-unes baissaient la tête par pudeur, il la leur relevait avec la main. Il emmenait ensuite dans une chambre voisine chacune de celles qui lui plaisaient le plus ; puis, en rentrant dans la salle du festin avec les marques toutes récentes du plaisir, il louait ou critiquait tout haut ce qu’elles avaient de bien ou de mal et il disait jusqu’au nombre de ses exploits. Il en répudia quelques-unes, au nom de leur mari absent, et il fit insérer ces divorces dans les actes publics. »

Caligula voulut anéantir les poèmes d’Homère et demandait pourquoi il ne pourrait pas faire ce qu’avait fait Platon qui l’avait banni de sa République.

N’est-ce pas là une preuve de plus que cet auteur est une femme jalousée et honnie des hommes pervers ?

Un jour, ce grand fou se déguise en Jupiter, pendant son voyage en Gaule. Un cordonnier l’aperçoit. « Que penses-tu de moi ? », lui dit l’empereur. « Que tu es un grand niais », répond-il. Il alla jouer aux dés. C’est à Lyon que cela se passe. L’argent vint à lui manquer, il lui en fallait, où en prendre ? Rien de plus simple ; il s’absente, fait tuer les plus riches habitants de la ville, prend leurs richesses et revient jouer.

Dans Néron, nous voyons la force brutale qui dispose de toutes les façons de faire souffrir et qui tient la dignité humaine accablée sous elle. Néron était, disait-on, « une punition des Dieux ».

Ne pourrait-on pas plutôt dire « une vengeance des Déesses détrônées » ?

Claude est cet empereur aussi célèbre par ses crimes et sa débauche que par sa proverbiale bêtise, qui fait que son nom devient une épithète bouffonne, « godiche », d’où gaudir, gaudriole. (N’est-ce pas de là qu’est venu le god des Saxons ?) (1).

Et cet être immonde a une femme supérieure, une impératrice d’une grande beauté, à qui il fait supporter la vue de son abjection, de sa stupidité, de ses crimes. Enfin elle le quitte, outrée de tant d’excès dans le mal ; elle suit, dit-on, un jeune homme qu’elle aimait, cela excite la jalousie furieuse du monstre qui la fait mettre à mort, puis s’excuse de ce nouveau meurtre en couvrant de boue sa mémoire, en vouant le nom de cette sainte victime au mépris des générations futures.

Cette impératrice, c’est Messaline, la mère de Britannicus et d’Octavie, la femme qui supporta Claude et qu’il accusa de vendre ses charmes au plus offrant dans les lieux mal famés. Il faut être descendu aux derniers degrés de l’aliénation mentale pour oser représenter une impératrice romaine quittant son palais, ses enfants et celui qu’elle aime réellement, pour se livrer à des débauches qui ne sont, en réalité, que celles de Claude qu’il attribue à sa sainte femme. Et il faut que les historiens soient eux-mêmes bien peu clairvoyants ou bien pervertis pour s’être fait les complices d’un monstre en répétant l’infâme calomnie qu’il répandit sur elle. Calomnie, du reste, qui atteint le sexe féminin tout entier, puisqu’elle porte sur les actes sexuels d’une femme !

Du reste, elle fut vengée par une autre femme, Agrippine, que Claude épousa après le meurtre de Messaline, et qui empoisonna ce dément.

(1) C’est le iod hébreu qui est devenu le god des Anglo-Saxons, mais il est probable qu’à Rome cette racine hébraïque avait formé les mots qui indiquent les fonctions ou les excès de la masculinité.

JUVENAL LE BLASPHEMATEUR

C’est Juvénal qui a eu la triste gloire d’avoir sali Messaline devant la postérité. Il ne l’a pas connue, cependant. Il naquit Vers l’an 42 de notre ère, Messaline fut assassinée par Claude en 49. Juvénal avait alors 7 ans. Il publia ses satires à 40 ans, 33 ans après la mort de Messaline.

Voici comment ce blasphémateur parla de la plus sainte des femmes :

« Regarde quels furent les rivaux de nos Césars-Dieux ! Ecoute ce que Claude eut à souffrir. Dès qu’elle sentait l’empereur endormi, Messaline, préférant à son lit de pourpre le grabat des prostituées, se couvrant d’une misérable mante, cachait sous de faux cheveux blonds ses cheveux noirs et s’échappait audacieusement du palais, accompagnée d’une seule esclave. Suivons-la !

C’est dans un lupanar à la chaude et lourde atmosphère qu’elle est entrée ; elle va droit à une logette vide, qui est la sienne.

Aussitôt l’auguste courtisane rejette tout vêtement, enferme ses seins dans un réseau d’or, puis, sous le nom de Lycisca, elle offre à tous les flancs qui te portèrent, généreux Britannicus ! Oh ! les joies, les caresses dont elle accueille les plus vils champions !

Et, sans rougir, elle revendique son salaire. (Ici un vers supprimé parce que trop obscène.) L’heure vient cependant où le maître du lieu congédie ses filles d’amour ; Messaline est désolée ; l’œil rouge, la poitrine encore frémissante (autre vers supprimé), du moins est-elle la dernière à clore sa cellule. II le faut ! Épuisée de luxure, mais non rassasiée, elle part hideuse à voir, le teint blême, la peau imprégnée des fumées de sa lampe, elle rapporte au lit impérial l’odeur de la prostitution. »

Messaline fut tuée par Claude (en 49) qui, tout de suite après, épouse Agrippine, fille de Germanicus, veuve de Domitius, sa nièce, qui avait un fils, Néron.

Néron devint, par adoption, fils de Claude, tandis que Britannicus, fils de Messaline, est délaissé, isolé. Narcisse le prend sous sa protection et cherche à réveiller les sentiments paternels de Claude.

Agrippine empoisonne Claude avec un plat de champignons.

Néron est proclamé empereur à 17 ans. Il empoisonne Britannicus, l’héritier légitime du trône impérial, en 55. Néron mourut en 68.

Juvénal dit de la mort de Claude empoisonné par Agrippine :

« Une femme veut-elle, chez son mari, tuer la raison, elle va lui révéler les incantations magiques ; une autre lui vend les philtres thessaliens. Au moins le bolet clans lequel Agrippine empoisonna Claude eut-il des effets plus innocents ; il ne causa que la mort d’un vieillard au chef branlant, aux lèvres toujours dégoutantes de salive. »

Voici, du reste, le portrait de cet empereur fait dans l’Histoire romaine de Dauban (cours de 4ème) :

« Malade dès son enfance, méprisé par sa Mère, humilié dans sa famille, bafoué par tous en public, repoussé longtemps des hommes, il avait eu une existence malheureuse ; abandonné au ridicule et aux outrages, il en était venu à se délaisser lui-même et à se plonger dans les amusements grossiers du jeu et de l’ivrognerie. Il avait de véritables absences et, cependant, il n’était pas complètement stupide. Mais il resta toujours un homme nul, timide, irrésolu, débauché, naïvement sanguinaire et commettant ou laissant commettre, par imbécillité, autant de crimes que Caligula par démence.

« On voyait avec dégoût sa gloutonnerie, on riait de ses étranges distractions.

« Quand les prétoriens le nommèrent empereur, on le chercha, on parcourut le palais ; on aperçoit derrière le voile d’une porte un homme de grande taille, à tête chauve et branlante, qui se cachait ; c’était Claude, l’oncle de Caligula. Il tombe à genoux et demande la vie ; on le proclame empereur, on le jette dans une litière, on le porte au camp des prétoriens. Le Sénat reconnaît l’élu des soldats. »

Juvénal vécut à la fin du 1er siècle, sous les Antonins. Il fut d’abord déclamateur (acteur). Il traitait des sujets fictifs ; il réussit peu et s’en plaint vivement. Il descendit de plus en plus bas dans la société du cabotinage, étant de basse extraction.

Il avait les colères des envieux contre les riches, contre les grands, contre les femmes, contre les princes, mais aussi la lâcheté des inférieurs.

Sous Domitien, la tyrannie était épouvantable alors, il n’osa rien faire ; sous Trajan seulement, il commença à publier quelque chose.

Il dit qu’il écrit des satires parce que l’indignation fait des poètes, il se plaint de ce que les riches négligent trop les pauvres, ils ont des clients qui les saluent pour que l’intendant leur donne de l’argent, tandis que, dans le régime antérieur, c’était simplement honorable. Les aumônes s’appellent sportule ; il se plaint qu’elles ne soient pas plus abondantes. Il se plaint aussi des embarras de Rome. Il attaque les jeunes gens de la noblesse, qui aiment trop le plaisir, dans une satire violente qui semble une vengeance personnelle.

Il écrit contre les femmes. Le mot Femme l’irrite. Il met tous les défauts, toutes les passions dans le sexe féminin.

Il invite le Prince régnant à donner des pensions aux gens de lettres. Il ne parle que de ceux qui sont morts pour les critiquer, il ne risque rien. C’est un révolutionnaire manqué. Il mourut très vieux, et fit 16 satires en tout.

Voici quelques extraits de la satire contre les femmes (satire VI) :

« Les femmes n’ont d’intrépidité que pour le mal. Vers combien de crimes l’influence tyrannique de leur sexe ne pousse-t-elle pas les femmes ? Le libertinage est le moindre de leurs défauts.
— Je ne sais pas un mari si pleinement captivé, auquel ne soit à charge celle-là même qu’il porte aux nues et qui ne la déteste sept heures sur douze.
— Pas une femme n’épargne l’homme qui l’aime. Celle qui rendrait amour pour amour ne s’en ferait pas moins un jeu de torturer, de dépouiller son amant.
— Tu peux désespérer de la concorde aussi longtemps que vivra ta belle-mère. Elle apprend à sa fille l’art de te ruiner en riant.
— Une Mère peut-elle donner d’autres mœurs que les siennes ? Ces vieilles éhontées ont trop d’intérêt aux débordements de leurs filles.
— Les femmes ont en haine les enfants d’une concubine, c’est leur droit, personne n’y contredit. Mais n’ont-elles pas admis déjà comme naturel le meurtre des filles du premier lit ? Et vous-mêmes, leurs propres entrailles, si votre patrimoine est opulent, je vous avertis : défendez bien vos jours, prenez garde à ces mets succulents, leur teinte livide peut recéler du poison. Ayez soin qu’un vieux serviteur, le premier, et malgré ses craintes, déguste les aliments que vous présentera celle qui vous a donné la vie.
— Quel conseil donner à Silius que la femme de César veut épouser ? C’est un jeune patricien de mœurs irréprochables, d’un visage charmant ; on le traîne aux genoux de l’Impératrice ; il va mourir de l’amour de Messaline. Depuis longtemps, impatiente, elle l’attend couverte du voile des nouvelles mariées ; le lit nuptial, aux tentures de pourpre, s’étale à ciel ouvert, dans les jardins. Le million de sesterces est prêt, suivant l’antique usage. L’augure arrive, voici les témoins. Tu te figures un hymen secret ! Elle veut, elle, un mariage avec toutes les solennités légitimes.
« Choisis : il faut obéir ou mourir sur l’heure. Si tu deviens son complice, tu peux compter sur un sursis ; tu vivras jusqu’au moment où le crime, connu de Rome et du peuple entier, parviendra enfin aux oreilles du Prince, le dernier à savoir le déshonneur de sa maison. Tu prises assez quelques moments d’existence pour tout consentir ? Peine perdue, il faudra toujours finir par tendre au glaive ce beau cou d’albâtre.
— Toutes les femmes sont adultères. »

Après avoir montré partout l’avortement, il ajoute : « S’il prenait fantaisie à ta compagne de sentir les tressaillements de la maternité, c’est, probablement, un Éthiopien dont tu te trouverais le père. Et, bon gré, mal gré, il figurerait sur ton testament, cet héritier de couleur disparate, dont la vue, chaque matin, te serait un supplice. »

La satire XIV est écrite contre la Maternité :

« Comment la fille de Larta ne serait-elle pas adultère ? Si rapidement qu’elle les nomme, je la défie de citer les amants de sa Mère sans reprendre haleine jusqu’à trente fois. Vierge, elle fut la confidente des désordres maternels. Que rien de ce qui peut faire rougir les yeux ou les oreilles n’approche du toit où s’abrite le premier âge. Hors d’ici les femmes perdues ! »

Deux légendes ont existé sur Messaline :

– Celle qui l’avilit, et qui vient du portrait tracé par Juvénal pour entretenir la haine des masculinistes.
– Et la légende populaire propagée oralement, sans doute par le parti féministe, et par les honnêtes gens, qui font de Messaline une sainte.

De vieilles gravures ont été retrouvées qui la montrent entourée de ses enfants et la représentent comme le type du dévouement maternel.

Cette légende de sainteté était si bien établie au commencement du Christianisme que, lorsque l’on créa des saintes, on mit parmi elles Messaline.

Depuis, on a fait de la sainte et de l’Impératrice deux femmes différentes, la légende ignominieuse de Juvénal ayant surnagé.

Au IVe siècle, une variété de Manichéens de la Thrace prit le nom de Messaliens ; ces initiés se divisèrent en apôtres ou prédicants, en euchètes ou illuminés et en gnostes ou parfaits ; ceux-ci possédaient seuls la science des Mystères et le secret de la secte. Les Messaliens pratiquaient l’antique Eucharistie.

Ils avaient fondé sur le mont Argée un phalanstère nommé Téphrique, c’est-à-dire distinction, qui devint la cité de tous les sages du temps.
Ceci nous révèle un aspect imprévu de la vie de Messaline. Elle était affiliée au Christianisme primitif et c’est ce qui déchaîna la haine contre elle.
Actuellement, dans le monde catholique, on mène une double campagne à propos de Messaline :

Le cercle catholique de Saint-Félicien, à Foligno, a entrepris de réhabiliter le nom de Messaline et demande qu’on donne le nom de cette sainte au plus grand nombre possible de petites filles. Ce cercle devait célébrer en 1903 l’anniversaire de sainte Messaline et donner une prime de 100 fr. à toute enfant née ce jour-là qui serait baptisée sous le nom de Messaline ; l’évêque de Foligno, Mgr Bertuzzi, donnait son appui moral à cette campagne.

Parallèlement, un autre mouvement se produisait. M. Nonce Casanova, voulant imiter l’auteur de Quo vadis, dans le but d’atteindre le même succès par le roman historique à thèse, publiait une Messaline avec l’intention de personnifier en elle le vice universel du paganisme, mettant en face d’elle la Vierge chrétienne, la jeune Coelerina qui va devenir l’idéal chrétien, la femme sans sexe, mais cependant livrée à l’homme.

Nous retrouvons donc dans ce roman l’esprit dépravé de l’époque romaine, cette époque de laquelle on disait que des entrailles mêmes de la Terre sortaient des cratères qui vomissaient l’injure, l’outrage, le blasphème, dont tous les peuples, jusqu’aux plus infimes, ressentaient le contre-coup. Cette crise morale, ce fut l’universel mensonge qui avilissait la Femme dans son sexe.

La science nous en délivrera.

Mais combien Elle aura souffert, en attendant, celle qui a sanctifié cette Terre par son action providentielle, jamais arrêtée, écoutant impassible les plus ineptes apostrophes et les plus monstrueux outrages contre sa sainteté sexuelle, sans jamais se venger du mal subi et prouvant par son attitude la grande force morale que sa nature féminine lui assure !

PHÈDRE (1er siècle après notre ère)

Nous venons de voir Juvénal ridiculisant, avilissant la Femme.

Voici un auteur qui fait le contraire ; c’est l’œuvre de l’homme qu’il critique, mettant dans des fables les vérités défendues. Il dit : « Un esclave obligé d’être timide, n’osant pas s’exprimer librement, mit une traduction de ses propres sentiments dans des apologues et déjoua la malveillance par des fictions badines. »

En effet, la Fable fait deviner ce qu’on n’est pas libre de dire.

Au milieu de cette Rome où la dureté triomphe, Phèdre exprime la pitié ; à l’orgueil de l’homme, cet auteur oppose l’humanité, la justice, il prend la défense des humbles, des faibles. C’est la voix féminine, cachée sous l’allégorie, qui plaide en faveur des Innocents (voir cette fable) ; elle défend le faible, attaque l’égoïsme de l’homme dans Le Bœuf et l’Âne.

Donc, Phèdre est, comme Ésope, une personnalité féminine cachée.

M. Louis Havet dit : « Voilà pourquoi Phèdre, qui se sent romain, nous semble pourtant bien différent des Romains ordinaires ; sa pitié fait contraste au milieu de l’impitoyable Rome. »

C’est que Phèdre est un auteur qui écrit en Femme, comme Ésope qu’il (ou qu’elle) copie. Phèdre est un nom féminin, comme Lucrèce, qui exprime aussi des idées féminines.

Louis Havet, dans une étude sur ce fabuliste, voit des allusions politiques dans des fables qui sont des allusions sexuelles.

Ainsi, dans une de ces fables, un loup emporte un agneau ; le loup, c’est l’homme, l’agneau la femme. Dans une autre, une grue happe des grenouilles ; la grue symbolise le sexe mâle, les grenouilles le sexe féminin. Phèdre nous montre le soleil dévorant qui dessèche le monde ; ce soleil-là est celui d’Apollon-Jupiter.

Dans une de ses fables, nous voyons un lion qui vole ses associés.
Le lion, c’est le vainqueur qui trompe les hommes associés à lui pour la victoire dont il profite sans eux.
Dans « l’Aigle, la Tortue et la Corneille », nous voyons la Femme écrasée par les deux puissances masculines, le Roi et le Prêtre.
L’aigle, c’est la grue ennoblie devenue l’insigne de l’Empire ; la tortue, c’est la Femme sans action, mais qui porte le monde ; la corneille, c’est le prêtre personnifiant la ruse, la trahison. Et le fabuliste dit : « Contre les puissants, personne n’est défendu par assez de remparts, mais c’est bien autre chose quand il vient se joindre à eux un conseiller perfide. »

On connaît la fable : «Un aigle enleva dans les airs une tortue. »
C’est l’homme qui enleva la Femme avec lui dans son régime masculin.
« Comme celle-ci avait caché son corps dans sa maison d’écaille et qu’elle était invulnérable en s’y tenant enfermée, une corneille vint à travers les airs et, volant à côté de l’aigle, lui dit : « Certes, c’est une belle proie que tes serres ont ravie, mais, si je ne te montre ce que tu dois faire, elle te fatiguera inutilement par sa lourdeur.
« L’aigle lui ayant promis une part, elle lui conseilla de fracasser, en la lançant du haut du ciel sur un rocher, la dure enveloppe ; celle-ci brisée, il pourra facilement prendre sa nourriture. Ainsi, la tortue qu’avait protégée un don de la nature, trop faible contre deux ennemis, périt d’une mort malheureuse.»

C’est la Femme, précipitée de sa hauteur psychique dans un abîme de honte par l’homme qui l’emporte dans son monde, mais il ne peut la manger, c’est-à-dire en faire sa proie sexuelle, que s’il brise le bouclier qui la protège : sa science et son esprit.

C’est dans Phèdre qu’on trouve Les grenouilles qui demandent un roi. Quelle allusion à la faiblesse féminine qui veut être dominée par l’homme ! Puis la fable du Vieillard et de l’Âne dont la morale est que « dans un changement de gouvernement il n’y a que la personne de maître qui change », conséquence fatale du règne légendaire de Minos, qui introduisit dans le monde le gouvernement des lois (Phèdre, L. II).

Dans « Les deux taureaux et la grenouille », il s’agit d’une dispute d’hommes. Moralité de cette fable : quand les puissants se querellent, ce sont les faibles qui pâtissent ; les grenouilles, étrangères au combat, risquent d’être écrasées par le vaincu. Dans la fable « Le milan et les colombes » se trouve la critique du droit romain qui asservit les femmes. En voici la moralité : « Celui qui se met sous la sauvegarde d’un scélérat, en cherchant protection trouve sa perte. »

Les Colombes (symbole féminin), bien des fois, avaient échappé au milan, et la rapidité de leurs ailes les avait sauvées de la mort (allusion aux émigrations des femmes). Le brutal ravisseur, changeant de méthode, eut recours à la fourberie et trompa cette race sans défense par la ruse suivante:

« Pourquoi, leur dit-il, passer dans l’inquiétude toute votre vie, au lieu de me créer votre roi, par un contrat en forme, pour vous garantir de tout dommage ? » Les colombes, sans méfiance, se livrèrent au milan ; mais, mis en possession de la royauté, il se met à les dévorer les unes après les autres et, comme moyen de gouvernement, à se servir de ses serres cruelles. Alors, une de celles qui restaient : « C’est justement, dit-elle, que nous sommes frappées, nous qui avons confié notre vie à ce brigand. »

La lutte pour l’enfant est dans L’Aigle et le Renard, fable grecque, imitée par Phèdre. Dans la fable grecque, l’aigle (l’homme) et le renard (la femme rusée), ayant conclu amitié, convinrent de vivre près l’un de l’autre. L’un donc fit ses petits en haut d’un grand arbre, l’autre mit bas dans les broussailles qui poussent au pied. Un jour que le renard était sorti pour chercher sa nourriture, l’aigle, qui avait faim, enleva les renardeaux et les mangea avec ses aiglons. Le renard, à son retour, fut réduit à lancer, de loin, des imprécations contre son ennemi. Mais l’amitié profanée ne fut pas longtemps sans vengeance. Des gens ayant sacrifié une chèvre dans la campagne, l’aigle s’abattit sur l’autel, enleva les viscères enflammés et les porta dans son nid. Au souffle du vent, la paille légère et desséchée flamba vivement, brûlant les aiglons qui étaient encore sans ailes et qui tombèrent à terre. Et le renard accourant, sous les yeux de l’aigle, les dévora tous.

On a, sans doute, voulu montrer, dans cette fable, l’imprévoyance de l’homme et le triomphe de la Femme.

Autre allusion à la lutte entre le droit paternel et le droit maternel : « L’aigle ravit un jour des renardeaux (les enfants de la Femme) et les déposa dans son nid pour les dépecer et les donner en pâture à ses aiglons. La mère le suivit, le supplia de ne pas infliger à une malheureuse une si grande douleur. Mais l’aigle méprisa ses prières : « N’étaient-ils pas en sûreté là-haut ? » La Mère saisit sur un autel un tison ardent et fit autour de l’arbre un cercle de flamme, déclarant la guerre à l’aigle et le menaçant dans sa progéniture. (Allusion au massacre des garçons.) L’aigle, pour arracher ses petits à la mort, dut rendre sains et saufs les renardeaux, en demandant grâce à leur mère. »

De Phèdre on nous dit qu’il fut l’affranchi d’Auguste, parce qu’il nous parle lui-même de son esclavage. Mais il s’agit de l’esclavage de la Femme, asservie par les lois et les mœurs romaines ; il ne s’agit pas de l’homme appartenant à la caste inférieure des prolétaires.

Les auteurs du temps d’Auguste n’avaient pas cité les écrits de Phèdre. Cependant, lorsque l’on découvrit son manuscrit, les savants ne doutèrent pas que ce fût une production du siècle d’Auguste. C’est que l’on pratiquait déjà alors la conspiration du silence vis-à-vis des œuvres de femmes.

UNE LUEUR DE RAISON DANS L’OBSCURITÉ ROMAINE (de 218 à 222)

Nous avons lu, avec surprise, un article publié le 1er novembre 1918 dans le Mercure de France. Dans cet article, on nous montre un Empereur romain féministe.

En voici, du reste, le résumé :

Dans une cité fameuse, Emèse, le Dieu-Soleil eut son temple, merveille de cette opulente Phénicie si riche en monuments.

Selon la coutume de ce temps, dans les profondeurs mystérieuses de ce temple vivait une armée de sacerdotes, Prêtresses, hiérodules, secteurs, sous l’autorité d’un grand Pontife dont la puissance s’étendait sur toute la contrée.

Et les grands Prêtres du soleil montèrent sur le trône lorsque la dynastie des Séleucides se fut éteinte.
Mais Emèse tomba au pouvoir de Rome.
Seulement, les vaincus ayant une valeur morale très supérieure à celle des vainqueurs, ils imposèrent leur autorité et leur religion à la Rome victorieuse. Ce fut leur revanche.

La somptueuse religion de l’Asie, encore féministe, séduisit les légions romaines elles-mêmes, et la pourpre impériale couvrit les épaules de deux grands Prêtres du soleil, Héliogabale, féministe, et Alexandre Sévère, masculiniste.

Mais, dans le monde de la corruption romaine, ceux qui restaient partisans de l’ancien culte féministe étaient considérés comme des fous ou des débauchés. C’est ce qui fit donner à Héliogabale un renom de folie et de débauche, et c’est sous cet aspect qu’il est représenté dans l’histoire par les masculinistes qui avaient renversé toutes les lois de la morale.

Son nom était Aurélius Antoine. Héliogabale est un surnom.

La grande religion féministe, la Théosophie, est considérée comme une religion monstrueuse.

Cependant, les ruines de Baalbek et de Palmyre témoignent de la grandeur du culte voué dans toute la Phénicie à la Déesse Astarthé (ridiculisée dans Astoreth et devenue l’épouse de Baal pour les masculinistes).

La grande Déesse Astarthé était adorée à Emèse sous le nom d’Eliogabal.

Héliogabale, encore jeune et déjà grand Prêtre, avait pris part aux Mystères dans lesquels Adon sacrifiait à la Déesse à la fête symbolique du printemps. Il était beau et fit impression sur les soldats romains. Sa mère Julia Saemias ou Sémiamira (d’après Lampride) seconda le caprice des légions en répandant l’or à profusion, tandis que son aïeule Julia Moesa, « dame assez belle, dit Allègre, mais au reste prompte d’esprit », faisait courir le bruit que sa fille avait eu les faveurs de Caligula et qu’Héliogabale en était le fruit.

Le nouvel empereur entra dans Rome où on lui fit une ovation enthousiaste. Le Sénat était avili par un long esclavage.

Ceci se passait en 218. Pendant son règne de près de quatre ans, il n’eut qu’une pensée : glorifier la Déesse asiatique et lui donner la prédominance sur tous les dieux de l’Olympe latin.

Son premier soin fut de faire venir à Rome le symbole qui la représentait, une pierre noire de forme conique (sexe féminin) sur laquelle étaient gravées de mystérieuses empreintes. On la disait descendue du ciel. Peut-être la croyait-on une émanation de l’astre puissant, foyer de toute lumière, de toute chaleur, de toute vie, agent des fécondes décompositions, objet d’un culte profond chez tous les peuples de l’antiquité (imité par les masculinistes qui lui substituèrent le phallus).

Héliogabale fit construire sur le mont Palatin un temple magnifique, dans lequel il installa solennellement la Pierre sacrée d’Emèse. Autour du temple étaient dressés de nombreux autels, où l’empereur officiait lui-même. Il paraissait dans les cérémonies, vêtu d’une robe flottante enrichie d’or et de pierreries, son front était ceint d’une couronne d’or.

Un peu plus tard, il fit construire un nouveau temple dans un de ses jardins, et chaque été, au temps du solstice, la Pierre sacrée y était conduite en grande pompe. On la plaçait sur un char somptueusement décoré et traîné par six chevaux blancs. Aucun mortel ne pouvait s’asseoir aux côtés du symbole sacré. L’empereur, en qualité de grand Prêtre, conduisait seul, tenant les chevaux par la bride et marchant à reculons pour ne pas quitter la Divinité du regard ; à la suite du char s’avançaient les dieux antiques de Rome, qui semblaient être ainsi les serviteurs du Phénicien.

« Il disait, rapporte Lampride, que tous les autres dieux n’étaient que les ministres du sien. » Et Hérodien ajoute qu’« ordre fut donné à tous les magistrats de Rome d’invoquer, même dans les sacrifices publics, le nouveau dieu avant tous les autres ».

Il y associa la Thanit punique, qui était une dérivation de l’Astarthé phénicienne.

On reproche à Héliogabale d’avoir étendu sa protection toute puissante sur les plus viles courtisanes, c’est-à-dire sur les féministes de son temps.
On attribue ce fait à l’éducation qu’il reçut entre sa mère Sémiamira et sa grand-mère Julia Moesa.

Il voulut garder à Rome la morale pure de la religion naturelleet on lui en fit un crime ; il voulut continuer à honorer la femme dans un monde d’orgie masculine où tout le monde l’outrage.

« Il paraissait en public, dit Lampride, vêtu comme une femme et coiffé d’un diadème orné de pierres précieuses qui rehaussait sa beauté et donnait plus de féminité à son visage. »

Il arracha une Vestale aux autels pour protester contre la religion romaine.

Le fait le plus curieux de son règne est la création d’un Sénat de femmes.

Malheureusement, les auteurs latins, si prodigues de détails lorsqu’il s’agit de raconter les cruautés, les licences, les moindres gestes des empereurs romains, sont peu prolixes sur de tels faits, dont le côté philosophique leur a échappé. Lampride est, croyons nous, le seul qui donne à ce sujet quelques renseignements que nous allons lui emprunter :

Il fut tellement dévoué à Sémiamira, sa mère, qu’il ne fit rien dans la République sans la consulter, tandis qu’elle, vivant en courtisane, s’abandonnait dans le palais à tous les désordres.

Lors de la première assemblée du Sénat (des hommes), il fit mander sa mère. A son arrivée, elle fut appelée à prendre place à côté des consuls ; elle prit part à la signature, c’est-à-dire qu’elle fut témoin de la rédaction du sénatusconsulte. De tous les empereurs, il est le seul sous le règne duquel une femme, avec le titre de clarissime, eut accès au Sénat pour y tenir la place d’un homme.

Il établit aussi, sur le mont Quirinal, un petit Sénat ou Sénat de femmes, dans un lieu où se tenait auparavant la réunion des dames romaines, aux fêtes solennelles seulement, réunion à laquelle n’étaient admises que les femmes de consuls, honorées des ornements consulaires ; c’est une concession faite par les anciens empereurs en faveur de celles surtout qui n’avaient pas leurs époux anoblis, pour qu’elles ne restassent pas elles-mêmes sans distinction.

Julia Saemia siégea dans le Sénat des hommes tant que dura le règne d’Héliogabale. Un passage de Lampride ne permet pas d’en douter :

« Avec lui on mit à mort Sémiamira sa mère, femme sans honneur et bien digne d’un tel fils. Après Héliogabale, on s’occupa, avant toutes choses, du soin d’empêcher que jamais femme ne mît le pied au Sénat, et l’on dévoua aux enfers, chargée de malédictions, la tête de celui qui commettrait pareille énormité. »

Un rôle politique, une part dans les affaires de l’État, l’accès aux charges publiques ; voilà ce que rêva pour les Matrones romaines le Syrien couronné ;

Ne méritait-il pas le titre que nous lui avons donné d’Empereur féministe ? Il ne s’en tint pas là, malheureusement, et voulut pour les femmes plus encore. Il revendiqua pour elles le libre choix des amours, la satisfaction de leurs caprices, toutes les facilités de mœurs qui sont l’apanage sinon légal, du moins toléré, de l’homme dans nos sociétés modernes elles-mêmes ; en un mot, il voulut les sortir du gynécée, prison, jalouse où depuis des siècles elles étaient enfermées.

Ce n’est pas tout encore. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, il couvrit de sa protection les prostituées de Rome. Comment s’y prit-il pour les relever de l’anathème qui pesait sur elles, pour leur donner dans le monde romain une place conforme à l’idée qu’il se faisait de leurs fonctions d’après l’éducation reçue et les rites de la religion d’Emèse ? Sur ce point, les historiens latins abondent en détails précis, et nous n’avons qu’à glaner les plus singuliers documents ; à les entendre, on comprend que la réhabilitation de la prostituée ait été une des grandes préoccupations de son règne.

Tout d’abord, nous ne pouvons plus guère nous étonner qu’il considérât la chasteté, chez la femme, comme une chose monstrueuse, peut-être comme un sacrilège. Sa Divinité ne demandait elle pas le sacrifice de la virginité comme un acte recommandable ?

Aussi devons-nous croire Allègre quand il nous raconte qu’Héliogabale « avait fait publier une loi portant qu’aucune Vierge romaine, voire Vestale, ne se peut obliger à garder virginité, mais qu’elles eussent liberté de s’enfermer ou de se marier ».

Et, pour mettre sa conduite d’accord avec ses principes, Héliogabale courait souvent les quartiers mal famés de Rome et rachetait toutes les prostituées, leur rendant la liberté (donc ce sont des esclaves).

« Enveloppé d’une cape de muletier, pour n’être pas reconnu, ajoute Lampride, il visita un jour toutes les courtisanes du cirque, du théâtre, de l’amphithéâtre et autres lieux de la ville, et leur distribua des pièces d’or, en leur disant : « C’est Antonin Héliogabale qui vous donne cela, mais que personne ne le sache. »

C’est le fait d’un homme généreux et sensible à certaines misères humaines ; bien digne en tout cas de l’homme qui, traversant un jour le marché qu’il trouva bien pauvre, pleura sur la misère publique.

Et cet homme tant calomnié par les historiens « ordonna, dit Allègre, qu’aucun Romain, ne fût si hardi de jeter et mettre hors de sa maison un serviteur, esclave, cheval, chien ou autre animal de service, pour sa vieillesse et infirmité, afin que les jeunes, en servant et entretenant les vieux, pussent espérer d’avoir semblables soins et liberté quand seraient vieux ».

D’autres fois, il ramassa au cirque, au stade, au théâtre et dans les bains toutes les courtisanes qui s’y trouvaient, les réunit dans un édifice public et les harangua comme s’il eût parlé à des soldats, les appelant « braves camarades ».

Et voilà l’homme couvert de boue !…

Consultons maintenant l’opinion des masculinistes.

Les Dictionnaires de vulgarisation nous diront : « Héliogabale (218-222) fut tué dans une émeute, se signala par son extravagance. »

Mais, au-dessus des dictionnaires, il y a des savants. En voici un, c’est Salomon Reinach qui dit dans Orpheus (p. 633) :

« Le culte de la Déesse Syrienne s’introduisit en Grèce et en Italie où il fut propagé par des prêtres vagabonds et mendiants, par des soldats, des marchands et des artisans qui formèrent des confréries jusqu’en Gaule. A côté de la Déesse Syrienne, d’autres dieux de ce pays trouvèrent des fidèles, en particulier les Baalim ou Jupiters d’Héliopolis et de Doliché (en Commagène). Les impératrices syriennes favorisèrent ces cultes à Rome au 3ème siècle, et l’empereur Elagabal, prêtre de la Pierre noire d’Emèse, fit adorer ce fétiche jusque dans le palais de César. »

Après les masculinistes, consultons les féministes ; ce sont toujours eux qui nous donnent les renseignements les plus sérieux.

Cailleux nous dit (Origine celtique, p. 156) :

« Dans les anciens Mystères était une Pierre noire où brûlait le feu de Vesta. » Ces Mystères étaient célébrés par les Filles du soleil (Amazones, qui vient du grec Aimasia, et Maoz chez les Hébreux).

Plus loin, Cailleux nous donne un autre renseignement (p. 141) ; il dit :

« Esat signifie serment et Hito pierre noire.

« Apollonius de Rhodes, décrivant les Mystères de Cybèle dans l’Asie Mineure, signale la Pierre noire, qu’il appelle Mêlas lithos. A Hiérapolis, on l’appelait Hélio Kepel, pyramide du Hélion.

« En jurant sur cette pierre, on jurait donc sur le Hélion, le fleuve sacré du soleil. »

Les hommes, par imitation, jurèrent sur leurs testicules.

Pour ceux qui se moquent, Héliogabale devient Gabalus. Une grosse pierre noire est tombée du soleil, ou c’est le soleil lui-même.
Quelques-uns disent la lune. Et, comme Héliogabale est appelé Gabinus, Junon est appelée Gabina et un culte lui est rendu à Gabies, ville des Volsques.

Maintenant, voici des découvertes archéologiques qui nous rendent aussi la Pierre noire.

Il s’agit des fouilles du Forum. Nous lisons ceci :

« En Italie, les explorations de la route devant la basilique Julie commencent à amener des découvertes très importantes. On peut voir actuellement six puits rituels de forme rectangulaire, obliquant légèrement vers le midi et entourés de dalles soigneusement encastrées.

Chacun de ces puits s’étend sur un espace de deux pieds romains sur quatre. Dans l’un d’eux, on a trouvé un grand nombre de calices en terre cuite, de forme très curieuse, car la coupe est réduite aux proportions les plus minimes, parce que, sans doute, ces calices ne servaient qu’à des cérémonies augurales.

« Les deux premiers puits rituels, les plus près du temple de Saturne, furent coupés vers l’an 18 de l’ère chrétienne pour poser les fondations de l’arc de Tibère, mais il subsiste des traces d’une des parois de chacun de ces puits et ce sont ces restes qui ont engagé à entreprendre cette nouvelle et importante exploration.

« La question des puits rituels se rattache, en effet, intimement au problème du Lapis Niger, la Pierre Noire, sur laquelle on a tant disserté alors que le directeur des fouilles continuait en silence ses explorations. »

Aller vers : Conséquence de l’invasion romaine (2/2) La délivrance viendra de France

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